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Les « sexpertes », ces Africaines qui brisent les tabous

janvier 30, 2022
« parler de sexe librement et honnêtement” © Delmaine Donson/Gettyimages

Dans des pays et communautés où la sexualité est souvent passée sous silence, de plus en plus de femmes s’emparent de leurs micro, plume ou clavier pour parler sans filtre des questions intimes.

« Dans les médias, la sexualité des Africaines est toujours traitée de manière étriquée, à travers l’unique spectre de la maladie, du HIV ou des grossesses à répétition », déplore Nana Darkoa Sekyiamah, chroniqueuse et autrice ghanéenne installée à Londres. Si l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive (SSR) demeure une question centrale en Afrique de l’Ouest, la co-fondatrice du blog Adventures From Bedrooms of African Women (Aventures depuis la chambre à coucher des femmes africaines) souhaite partager d’autres narrations. Sexe hors mariage, relations interraciales, à trois, asexualité ou questionnements d’ordre pratique et anatomique (par exemple : « comment réagir face à une panne ? »)… Aucun sujet sexo n’échappe à celle qui a pourtant grandi dans un pays très religieux et étudié dans une école catholique d’Accra.

Polygamie et polyamour

Aux oubliettes les rapports à but procréatif et place à la recherche du plaisir. « Il s’agit d’un espace ouvert aux femmes africaines dans lequel on peut parler de sexe librement et honnêtement », résume-t-elle. Plus de dix ans après la création de son blog, Nana Darkoa Sekyiamah continue son travail de partage d’expériences libidinales avec Sex Lives of African Women (éditions Little Brown Book Group, juillet 2021), une fresque sociologique sur les vies amoureuses et intimes des ménages africains à travers les témoignages de femmes venues de 30 pays du continent.

Nura – le prénom a été modifié par l’autrice – une Kényane de 42 ans mariée à un Sénégalais, raconte par exemple sa difficulté à s’intégrer au sein d’un ménage polygame, et explique avoir le sentiment que sa vie sexuelle est soumise à un calendrier et à l’endurance variable de son époux. « “Oh mon Dieu, je suis fatigué ! s’est exclamé un jour mon mari. Je croyais qu’on allait faire l’amour qu’une fois par mois ». (…) Il pensait sûrement qu’à 40 ans, ma libido allait décliner », relate-elle.

KAZ KAREN LUCAS ENTEND « DÉCOLONISER LA SEXUALITÉ » EN INVITANT GYNÉCOLOGUES, OBSTÉTRICIENNES ET AUTRES SEXOLOGUES

Relations hétérosexuelles ou LGBT, monogames, polygames ou polyamoureuses… Un large spectre des différentes façons de vivre sa sexualité et l’amour au XXIe siècle est passé au crible de l’éducatrice sexuelle, comme Nana Darkoa Sekyiamah – elle-même polyamoureuse et bisexuelle – aime se définir. Des pratiques et préférences que cette expatriée peut plus facilement aborder en Grande-Bretagne, les relations homosexuelles étant interdites au Ghana.

Sans jugement

Parler sexualité sans jugement et sous couvert d’anonymat, c’est aussi le parti pris des animatrices soudanaise et jordanienne du podcast Jasadi (Mon corps), lancé en 2019 par la société de production Kerning Cultures, basée au Émirats Arabes Unis. Nommée meilleur podcast au Moyen-Orient et en Afrique du Nord par la société Apple, cette émission invite les femmes à interroger les tabous liés à la sexualité et au corps féminin dans les sociétés arabes. « Pas un seul mot se référant à notre anatomie sexuelle n’est utilisé de manière normale », déplore l’une des invitées. Une autre dit quant à elle regretter le recours systématique aux anglicismes pour nommer les organes génitaux féminins, ou bien les moqueries que suscite le terme « mahbal » (« vagin » en arabe) phonétiquement proche du mot « ahbal » (stupide), dans les cours de récréation.

FOSSÉ ORGASMIQUE, PLAISIR FÉMININ EN SOLITAIRE, SEX TOYS… UNE LIBERTÉ DE TON QUI FAIT RIMER SEXE AVEC ÉMANCIPATION

Pour ces « sexpertes », plus question d’éluder et d’avoir recours à des emprunts lexicaux ou un vocabulaire enfantin pour définir l’anatomie sexuelle. Il est en revanche urgent de s’affranchir du discours hétéronormatif dominant. « P comme pansexuel, Q comme queer, R comme Rim Job (anulingus) »… Voilà le genre d’abécédaire sexuel que l’on peut découvrir sur la page Instagram du podcast à succès The Spread (« la propagation »), créé par la Kényane Kaz Karen Lucas, 38 ans. Elle-même lesbienne et non-binaire – elle utilise les pronoms she/they (iel) –, l’ex-rappeuse est devenue en 5 saisons et près de 90 épisodes une référence pour la communauté LGBTQI+, dans un pays où le film Rafiki (de la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu) a été temporairement censuré par les autorités pour apologie du lesbianisme. L’animatrice entend « décoloniser la sexualité » avec sérieux en invitant gynécologues, obstétriciennes et autres sexologues à prendre la parole dans son émission.

« Consentement is sexy »

La Britanno-Nigériane Dami Olonisakin, 31 ans, plus connue sous le nom d’Oloni, et à l’initiative depuis 2018 du podcast The Laid Bare (« Mise à nu ») est suivie par une communauté de 500 000 personnes (tous réseaux sociaux confondus). Sur sa page Instagram, elle use de filtres en tenues sexy. Au micro, elle parle sexe sans filtre. Du fossé orgasmique (orgasm gap) entre les femmes et les hommes au plaisir féminin en solitaire, en passant par l’usage des sex toys et les pratiques BDSM, sa liberté de ton fait rimer sexe avec émancipation.

Et à l’ère post #Metoo, le harcèlement et les abus sexuels ne sont plus passées sous silence. Olini, qui proclame dans sa bio que le « consentement est sexy », intervient même dans les établissements scolaires pour sensibiliser la plus jeune génération à cette notion.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

Une boxeuse saoudienne brise les tabous autour du sport féminin

mars 18, 2018

Halah Alhamrani, entraîneuse de boxe en Arabie saoudite qui dirige un club de gym pour femmes, le 19 février 2018 à Djeddah / © AFP/Archives / AMER HILABI

Donnant de puissants coups de poing à l’abri des regards indiscrets, une entraîneuse de boxe en Arabie saoudite affirme un droit longtemps refusé à de nombreuses femmes dans ce royaume musulman ultra-conservateur: le droit de faire du sport.

Halah Alhamrani, 41 ans, dirige un club de gym pour femmes appelé Flag (Fight Like a Girl) dans la ville occidentale de Jeddah, sur la mer Rouge, qui offre des cours de conditionnement physique comme le CrossFit.

Comptant sur le bouche-à-oreille dans un pays où l’exercice physique en public est considéré comme indigne pour les femmes, Mme Alhamrani contribue à rendre autonome une nouvelle génération n’ayant eu quasiment aucune exposition au sport.

« Chaque jour, des femmes qui n’ont jamais fait de sport arrivent, certaines avec leur mère », explique-t-elle à l’AFP dans sa salle de sport ouverte en 2016. « Elles repartent plus confiantes. Les mères s’approchent de moi et me disent: +Merci d’offrir un tel sentiment d’émancipation+ ».

Halah Alhamrani a eu la chance d’avoir elle-même accès au sport depuis son plus jeune âge: sa mère américaine et son père saoudien l’y ont encouragée, une rareté en Arabie saoudite.

Dans le club de gym qu’elle dirige, certaines femmes retirent leurs abayas (longues robes traditionnelles de couleur noire) et les jettent dans des casiers, avant de revêtir des tenues de sport et des bandeaux dans les cheveux.

Ici, les femmes soulèvent des poids et apprennent des techniques de boxe, donnant de puissants coups de poing sur un punching-ball. Elles transpirent en écoutant de la musique.

Elles sont environ 150, des Saoudiennes et des ressortissantes d’autres pays arabes, à partager dans ce club de sport un même sentiment de camaraderie. Une note griffonnée sur un tableau blanc affirme: « J’ai hâte de revenir ». « DURE A CUIRE », proclame un poster sur un mur.

« On se sent parfois comme à un goûter, sans thé ni biscuits », plaisante toutefois Mme Alhamrani.

– Thérapie –

D’importantes réformes sociétales en Arabie saoudite, dont un décret historique autorisant les femmes à conduire à partir de juin, ont braqué les projecteurs sur des personnalités comme Halah Alhamrani, qui ont longtemps lutté seules pour obtenir des libertés fondamentales.

Dans le cadre du plan Vision 2030 annoncé en 2016 par le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, le gouvernement cherche à dynamiser le sport féminin, au risque d’agacer les milieux religieux conservateurs.

Seules quatre Saoudiennes ont participé aux jeux Olympiques de Rio en 2016, après les deux sélectionnées pour la première fois aux JO de Londres en 2012.

En 2016, la princesse Reema bint Bandar a été nommée pour superviser le développement du sport féminin dans le royaume, qui s’oriente vers des cours d’éducation physique obligatoires pour les filles depuis la levée d’une interdiction en 2014.

Mme Alhamrani est elle-même impliquée dans l’élaboration du nouveau programme scolaire public.

Pour l’heure, sa salle de gym fonctionne dans un complexe résidentiel, derrière des murs de verre opaques et sans signalisation extérieure. L’emplacement est précisé sur son site internet mais, parfois, des femmes appellent pour trouver leur chemin.

Certaines considèrent la séance de gym comme une thérapie, dit Halah Alhamrani. Elle leur offre une telle libération qu’elles en pleurent parfois, ajoute-t-elle.

– ‘Mon mari est mécontent’ –

« J’étais une mère timide qui ne pouvait pas regarder les gens dans les yeux », dit une femme au foyer de 36 ans, qui vient régulièrement au club. Cette salle « m’a donné une voix que j’avais perdue, elle m’a donné une force dont je ne connaissais pas l’existence ».

Mais Halah Alhamrani précise que certaines femmes abandonnent après avoir commencé à « exprimer une audace », ressentie comme une menace par les hommes de leur famille.

« Mon mari est mécontent » est l’une des raisons entendue par la propriétaire du club.

En vertu du système de la tutelle, toujours en vigueur en Arabie saoudite, un membre masculin de la famille – généralement le père, le mari ou le frère – doit donner une autorisation à une femme pour des études, des voyages ou des démarches administratives.

Le manque d’athlètes et d’entraîneuses professionnelles freine également le sport féminin.

Et si le nombre de salles de gym augmente lentement, l’idée de sports mixtes reste tabou.

« Le sport, c’est l’émancipation », affirme Lina Almaeena, membre de la Choura (Conseil consultatif) du royaume et directrice de Jeddah United, la première équipe féminine de basket-ball d’Arabie.

« Nous ne luttons pas pour des événements sportifs mixtes, sans abaya. Notre but n’est pas d’aller à l’encontre de notre culture. Notre objectif est une participation massive des femmes dans les sports ».

Romandie.com avec (©AFP / 18 mars 2018 18h00)                

Ma vie au désert

octobre 6, 2010

Ma vie est un désert infini
Qui ne conduit nulle part
Car je suis un homme fini
Souffrant l’errance du lézard

Mon espoir a atteint ses limites
Dans cette captivité rampante
Où mon sort de vague à l’âme
Est un désespoir à vil terme

Le monde torchon de raison
Est un pied coupé de talon
Qui ne tient plus bien debout
Pour avoir perdu ses tabous

Quand approche cette minute
De ma vie de simple termite
Je suis prêt à joindre la terre
Dans la tristesse de ma mère

Bernard NKOUNKOU