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Ukraine: « Les gens sont brisés. Mentalement brisés. »

mai 28, 2022

Il y a presque deux mois que les troupes russes se sont retirées de la région de Tchernihiv après y avoir semé la mort et la destruction. Notre envoyé spécial y a trouvé des habitants toujours sonnés qui tentent de se relever.

Les ruines d'une maison avec des arbres et d'autres maisons endommagées à l'arrière.

Une partie de la maison d’Antonina Harbuz à Ivanivka, en Ukraine, où elle habitait avec ses deux enfants et deux petits-enfants. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

À peine 130 kilomètres séparent Kiev d’Ivanivka, dans la région de Tchernihiv. C’est un des chemins que les troupes russes ont empruntés dans l’espoir de prendre le contrôle de la capitale en roulant depuis la Russie ou depuis le Bélarus, non loin de là.

Le temps de s’y rendre depuis la capitale, on s’habitue aux paysages de la guerre : les stations d’essence fermées, les points de contrôle fortifiés, les épaves de véhicules militaires russes calcinés.

Des tanks brûlés, il y en a plusieurs dans la région d’Ivanivka. Les corps des soldats russes n’auraient été retirés qu’il y a une dizaine de jours à peine. Ce sont des résidents qui l’auraient fait, par crainte des maladies.Les restes d'un tank abandonné.

Des restes de véhicules militaires russes abandonnés dans les environs d’Ivanivka. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Ces mêmes résidents ont empilé les débris de leurs maisons et de leurs bureaux. Les piles sont parfois très ordonnées, le sol est souvent propre. Comme si nettoyer pouvait effacer les traces des derniers mois.

De petites piles qui détournent le regard, le temps de quelques instants, des grands chantiers qu’il reste à entreprendre dans cette région rurale d’ordinaire très tranquille.

Environ 300 maisons ont été complètement détruites. Tout a brûlé dans le centre culturel : l’édifice municipal n’a presque plus de fenêtres sur toute sa façade.Une vitre percée d'une balle à travers laquelle on voit un édifice incendié sans toit.

Le centre culturel, voisin de l’édifice municipal, a perdu son toit dans un incendie. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

À l’intérieur, les traces des balles des mitrailleuses russes sont encore bien visibles. Elles ont creusé des trous dans les murs, détruit des portes en bois, percé le métal, déchiré les rideaux.

C’était épeurant, explique un employé en lançant un rire nerveux. Très épeurant! Trois semaines d’occupation à vivre dans la terreur, souvent en se terrant dans de petites caves.

« Les cœurs sont brisés »

Le départ des envahisseurs a révélé d’autres angoisses. Valentina Kouznetsova se rappelle combien il lui a été difficile de revenir dans l’édifice municipal où elle travaille comme administratrice de cette municipalité qui compte 17 villages.Valentina Kouznetsova est accoudée à une rampe devant un édifice aux vitres cassées ou placardées.

Valentina Kouznetsova devant les bureaux de la municipalité d’Ivanivka, près de Tcherhiniv. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

C’est d’abord l’ampleur des dégâts qui l’a estomaquée. Une bonne partie du mobilier avait disparu, de même que le matériel informatique. Curieusement, les disques durs ont été laissés sur place.

Dans une des salles de bains, le séchoir mural pour les mains a été arraché. Dans le bureau du maire, il ne reste que des plantes vertes desséchées.

Une fois passé le choc, les habitants ont nettoyé et ont repris quelques-unes de leurs activités normales. Ils retournent aux champs ou au bureau. Ils tentent d’oublier, explique Valentina Kouznetsova.

« Mais ils n’oublieront jamais. C’est très douloureux. Les cœurs sont brisés. Revenir à la routine, ça permet de se changer un peu les idées. »— Une citation de  Valentina Kouznetsova, administratrice d’Ivanivka, en Ukraine

Besoin d’aide

Dynamique, Inna Michtchenko fait partie de celles qui se plongent dans leurs tâches pour ne pas penser au reste. Elle gère de manière très rigoureuse les dons reçus pour la communauté.Assise à une table sur laquelle sont déposés des contenants de nourriture, Inna Michtchenko remplit des papiers à côté d'une femme plus âgée, elle-même conseillée par une autre personne.

Inna Michtchenko (à gauche) tient une comptabilité rigoureuse pour veiller à ce que chaque résident d’Ivanivka reçoive sa juste part de l’aide offerte. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Sur les pages blanches de son cahier, elle prévoit tout ce qui sera livré, en parts égales et au gramme près, à chaque résident. Une méthode qui rappelle les habitudes soviétiques.

Nous avons besoin de médicaments, explique-t-elle. Nous avons aussi besoin de nourriture, surtout des aliments qui peuvent être mangés sans préparation.

Près d’elle, une femme s’assoit, le regard fixe et vide; elle semble sonnée, fatiguée. Inna Michtchenko reste patiente, laisse faire. Les gens sont brisés. Mentalement brisés.

Elle pense à son petit-fils qui dort toujours mal et aux plus âgés.

« Certains ont même perdu leurs sens. J’ai l’impression qu’il faudra beaucoup de temps pour s’en remettre. »— Une citation de  Inna MichtchenkoUn gymnase rempli de denrées où on aperçoit des gens au fond de la salle.

Le gymnase de l’école a été transformé en centre de cueillette et de tri des dons nécessaires à la survie des 1600 résidents d’Ivanivka. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Des dizaines de résidents sont réunis dans une salle communautaire un peu plus loin. Les questions fusent, le ton monte. Les gens sont nerveux, explique une dame.

Les résidents ont aussi beaucoup de questions. Qui va payer la reconstruction des maisons détruites? Où pourra-t-on se loger en attendant? Et surtout, quand va-t-on réparer le pont?Un pont démoli sur un cours d'eau.

La destruction du pont oblige les résidents d’Ivanivka à faire un détour de 150 kilomètres pour rejoindre Tchernihiv, située à seulement sept kilomètres de là. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Ce pont permet d’ordinaire de rejoindre rapidement Tchernihiv, sept kilomètres plus loin. C’est là-bas qu’on s’approvisionne, qu’on travaille, qu’on se divertit. Ce pont a disparu avec le conflit.

Pour aller à Tchernihiv, il faut donc faire 150 kilomètres de mauvaise route. Bien des gens ont perdu leur emploi là-bas, explique une dame.

« Les rêves, ça s’oublie au réveil »

Une de celles qui ont tout perdu nous guide vers ce qui reste de sa maison. Quelques murs tiennent toujours; il y a des débris partout, de la tôle, du verre. Dans un coin qu’on devine être la cuisine, les squelettes du four et de l’évier.

Les flammes ont tout emporté, constate avec regret Antonina Harbuz. Le résultat de deux années de rénovations est en cendres. La scène brise le cœur.Antonina Harbuz debout au milieu de ruines.

Antonina Harbuz dans ce qui reste de sa maison. Photo : Radio-Canada/Yanik Dumont Baron

Je suis comme morte à l’intérieur, sanglote cette fière mère. La voix baisse, elle murmure, avoue se permettre de pleurer certains soirs en cachette. Quand personne ne peut l’entendre.

Ils habitaient à cinq dans cette maison. Elle, ses deux enfants et deux petits-enfants. Cinq à avoir perdu leur foyer.

Du doigt, elle montre une pièce pour ne pas avoir à s’y rendre en marchant sur la vaisselle et sur la brique brisées. C’est la chambre toute neuve de la petite de cinq ans, meublée avec ce qui se fait de mieux, qui lui rappelle ce que l’enfant a dit il y a quelques jours.

« La petite a demandé à ses parents pourquoi elle était venue au monde si tôt. « J’avais tout et j’ai tout perdu. J’aurais préféré être née plus tard pour ne pas voir ce que je n’ai plus. » »— Une citation de  Antonina Harbuz

Cette fois-ci, Antonina Harbuz ne pleure pas. Elle veut rester forte pour ses enfants. Dans les ruines d’un foyer tant aimé, cette mère doit l’admettre : tout ça n’est pas un mauvais rêve.

Les rêves, ça s’oublie au réveil. Ce qu’on a vécu, ce qu’on vit là, on ne peut pas l’oublier. C’est une très, très dure réalité.

Avec Radio-Canada par Yanik Dumont Baron

Ukraine: Les forces russes se retirent des régions de Soumy et Tchernihiv

avril 4, 2022

Une nouvelle tentative pour évacuer des résidents de Marioupol a échoué, confirment Kiev et la Croix-Rouge. 90 % des infrastructures de la ville ont été détruites, selon le maire.

Une femme salue des soldats ukrainiens embarqués sur un tank traversant la région de Tchernihiv, le 2 avril. Photo : Reuters/Serhii Nuzhnenko

Les forces russes se retirent graduellement des régions de Soumy et de Tchernihiv, dans le nord de l’Ukraine, selon les autorités locales, confirmant implicitement que la guerre se concentrera dorénavant dans le sud-est du pays.

Les troupes russes n’occupent plus aucune ville ni aucun village de la région de Soumy, a confirmé lundi le gouverneur régional Dmytro Zhyvytskyi dans une entrevue à la télévision nationale ukrainienne.

Les troupes russes se sont essentiellement retirées et les forces ukrainiennes s’emploient à repousser celles qui restent, a-t-il dit. L’armée russe a abandonné beaucoup d’équipements derrière elle, selon lui.

Soumy, qui comptait environ 250 000 habitants avant le début de la guerre, a été encerclée dès le début du conflit et a subi d’importants bombardements.

Les échos sont similaires du côté de Tchernihiv, au nord-est de la capitale Kiev, où le gouverneur régional, Viatcheslav Tchaous, affirme que les troupes russes ont quitté la ville du même nom sans avoir pour autant quitté l’ensemble de la région.

Cette information est confirmée par l’armée ukrainienne, qui affirme que ses forces ont repris quelques villes dans la région, et que de l’aide humanitaire y est livrée. La route reliant Tchernihiv à Kiev sera rouverte lundi, a annoncé l’agence ukrainienne RBK.

Soulignant que les troupes russes ont placé des mines sur des routes de la région, le gouverneur Tchaous a demandé aux résidents désireux de revenir dans la région d’être patients et d’attendre que l’armée ukrainienne procède à des opérations de déminage.

Boutcha : l’Occident dénonce « un génocide »

L’Occident dénonce un génocide à Boutcha, au nord-ouest de Kiev, et de nouvelles sanctions sont réclamées. On en parle avec François Brousseau, chroniqueur d’information internationale à la radio de Radio-Canada.

Tchernihiv, ville de 250 000 habitants, a été assiégée, privée de ravitaillement et intensément bombardée dès le début de l’invasion russe. Son maire estime que 70 % de la ville a été détruite.

La semaine dernière, Moscou avait annoncé après des pourparlers avec Kiev à Istanbul qu’elle allait réduire « radicalement » ses opérations militaires aux alentours de Kiev et de Tchernihiv.

Les troupes russes se sont effectivement retirées des banlieues de Kiev au cours des derniers jours, après avoir semé la destruction et la mort dans des villes comme Boutcha, Irpin et Gostomel.

Le ministère russe de la Défense avait auparavant annoncé avoir terminé la première phase de ses opérations militaires en Ukraine, et qu’il allait désormais se concentrer sur la région du Donbass, dans le sud-est ukrainien.

Pas de répit pour Marioupol

Dans le sud-est ukrainien, l’opération d’évacuation des résidents de la ville assiégée de Marioupol continue de se faire attendre, une nouvelle tentative n’ayant pas donné les résultats escomptés.

Selon la vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk, les forces russes continuent d’empêcher des autobus d’entrer dans la ville portuaire, et bloquent l’accès à une équipe de la Croix-Rouge.

Marioupol, qui comptait plus de 400 000 habitants avant la guerre, a été presque complètement détruite par les bombardements russes. Photo: Reuters/Pigiste

Un porte-parole de l’organisation, Jason Straziuso, a confirmé cette information à Reuters. En raison des conditions de sécurité, notre équipe n’a pas été capable d’atteindre Marioupol aujourd’hui, a-t-il indiqué.

En conférence de presse, le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a brossé un portrait particulièrement sombre de l’état des lieux, où environ 130 000 habitants demeurent coincés, selon lui.

« La triste nouvelle est que 90 % des infrastructures de la ville sont détruites et 40 % d’entre elles sont irrécupérables. »— Une citation de  Vadim Boïtchenko, maire de Marioupol

La prise de Marioupol revêt une grande importance pour Moscou, qui veut établir un corridor terrestre entre la Crimée, territoire ukrainien qu’elle a annexé en 2014, et les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk, dans le Donbass, dont elle a reconnu l’indépendance.

Les autorités de Marioupol affirmaient la semaine dernière que les bombardements et les combats ont fait au moins 5000 morts.

Les résidents qui s’y trouvent toujours sont privés d’eau, de nourriture, d’électricité et de chauffage depuis déjà plusieurs semaines.

Le corps du soldat ukrainien Tereshko Volodymyr a été porté en terre lundi, à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Photo: La Presse Canadienne/AP/Nariman EL-Mofty

Huit morts dans des bombardements dans le sud

Huit personnes ont été tuées et 34, blessées dans des bombardements des forces russes dimanche sur les villes d’Otchakiv et de Mykolaïv, dans le sud de l’Ukraine, a aussi confirmé lundi le parquet ukrainien.

Du fait des bombardements de l’ennemi, sept habitants de la ville d’Otchakiv ont été tués et 20 autres ont été blessés. Dans la ville de Mykolaïv, une personne a été tuée et 14 autres ont été blessées, dont un enfant, a-t-il indiqué dans un communiqué.

Selon le parquet, les tirs des forces russes ont endommagé des habitations et des infrastructures civiles ainsi que des véhicules.

Ville-verrou sur la route d’Odessa, le plus grand port d’Ukraine, Mykolaïv, 475 000 habitants avant la guerre, a été longuement pilonnée quand l’armée russe avait en vain tenté de s’en emparer.

L’étau russe semblait s’y desserrer ces derniers jours.

Le port d’Otchakiv, 15 000 habitants, au bord de la mer Noire, était l’une des premières cibles de l’invasion russe le 24 février.

Par Radio-Canada avec les informations de Reuters, Associated Press et Agence France-Presse

Canada: Moscou va réduire « radicalement » ses activités militaires à Kiev et Tchernihiv

mars 29, 2022

Le Canada, la Pologne, la Turquie et Israël pourraient agir à titre de garants d’un futur accord de paix entre la Russie et l’Ukraine, avancent les négociateurs ukrainiens après des pourparlers de paix à Istanbul.

Des soldats ukrainiens déployés à un point de contrôle installé en périphérie de Kiev. Photo: Getty Images/AFP/Sergei Supinsky

La Russie va réduire « radicalement » ses activités militaires dans les régions de Kiev et Tchernihiv pour favoriser le dialogue avec l’Ukraine, a annoncé mardi le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, au terme d’une nouvelle ronde de négociations de paix entre les deux pays. Aucune entente formelle n’a cependant été conclue.

Les négociations sur un accord sur la neutralité et le statut non nucléaire de l’Ukraine entrant dans une dimension pratique […], il a été décidé, pour accroître la confiance, de réduire radicalement l’activité militaire en direction de Kiev et Tchernihiv, a-t-il expliqué depuis Istanbul, en Turquie, où les pourparlers ont eu lieu.

Les autorités russes fourniront davantage de précisions sur cette désescalade autour de la capitale ukrainienne et de Tchernihiv, au nord-est de la capitale, une fois que la délégation de négociateurs sera rentrée à Moscou, a encore dit M. Fomine.

Si l’annonce se vérifie sur le terrain, il s’agira d’une première véritable percée en vue d’un règlement pouvant mettre fin à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’attaque, lancée le 24 février, a fait des milliers de morts et de blessés, forcé 10 millions d’Ukrainiens à fuir leur foyer et causé des dégâts de plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Le chef de la délégation russe et représentant du Kremlin, Vladimir Medinski, a pour sa part fait état de discussions substantielles et a dit que les propositions claires de l’Ukraine en vue d’un accord allaient être étudiées très prochainement et soumises au président russe Vladimir Poutine.

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a prononcé le discours d’ouverture de cette ronde de négociations. Photo: AP/Présidence Turque

Les négociateurs ukrainiens ont confirmé avoir proposé que leur pays devienne neutre – ce qui impliquerait que l’Ukraine ne se joigne à aucune alliance militaire et n’accueille aucune armée étrangère sur son sol – à condition que le tout soit consigné dans un accord international dont seraient signataires plusieurs pays garants.

« Nous insistons pour qu’il s’agisse d’un accord international qui sera signé par tous les garants de la sécurité. Nous voulons un mécanisme international de garanties de sécurité où les pays garants agiront de façon analogue au chapitre 5 de l’OTAN et même de façon plus ferme. »— Une citation de  David Arakhamia, négociateur en chef de la délégation ukrainienne

L’article 5 du Traité de Washington qui a fondé l’alliance militaire transatlantique prévoit qu’une attaque contre l’un des pays membres est une attaque contre tous. Autrement dit, les 30 pays signataires de l’accord doivent obligatoirement se porter à la défense d’un pays agressé.

Le négociateur en chef de l’Ukraine, David Arakhamia (à gauche), accompagné de ses collègues, Mustafa Dzhemilev (au centre) et le conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Mykhaïlo Podolyak (à droite), après leur rencontre avec la délégation russe. Photo: Reuters/Mehmet Caliskan

Selon M. Arakhamia, les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, la Pologne, la Turquie et Israël pourraient agir à titre de garants dans le cadre d’une telle entente. Ottawa et les autres pays cités n’ont pas encore commenté cette information.

L’Ukraine acceptera un statut neutre si le système de garantie de sécurité fonctionne, a résumé M. Arakhamia.

« Nous n’accueillerons pas de bases militaires étrangères sur notre territoire ni le déploiement de contingents militaires sur notre territoire, et nous n’intégrerons pas d’alliances politico-militaires. Les manœuvres militaires sur notre territoire auront lieu avec l’assentiment des pays garants. »— Une citation de  Oleksander Tchaly, membre de la délégation ukrainienne

Le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, après la rencontre avec la délégation ukrainienne. Photo : Reuters/Kemal Aslan

Tout accord de paix devra être approuvé par référendum en Ukraine, ont aussi souligné les négociateurs de Kiev, répétant du coup des propos du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

La Crimée et les républiques autoproclamées du Donbass temporairement exclues de l’entente

Pour que ces garanties puissent prendre effet dans les plus brefs délais, la Crimée, territoire ukrainien annexé par Moscou en 2014, et les territoires du Donbass sous contrôle des séparatistes prorusses, dont l’indépendance a été reconnue par la Russie tout juste avant le début de l’offensive, seraient temporairement exclus de l’accord, a précisé M. Arakhamia.

Kiev réclame en outre que l’accord n’interdise en rien l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne (UE), et que les pays garants s’engagent à contribuer à ce processus. Le négociateur russe Medinski a ultérieurement confirmé que l’Ukraine avait fait cette demande.

Selon ce dernier, une rencontre entre les présidents ukrainien et russe, Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, et des représentants des États garants sera possible lorsqu’il y aura un accord […] La rencontre pourrait être multilatérale, avec la participation d’États garants, a-t-il dit.

« Après la discussion substantielle d’aujourd’hui, nous nous sommes entendus et proposons que la rencontre se fasse pour parapher l’accord. À condition d'[effectuer] un travail rapide sur l’accord et de trouver les compromis nécessaires, la possibilité de conclure la paix se rapprochera. »— Une citation de  Vladimir Medinski, chef de la délégation russe

M. Arakhamia a aussi estimé qu’après ces pourparlers, les conditions étaient suffisantes pour une rencontre au sommet entre MM. Poutine et Zelensky.

Au terme des discussions, qui ont duré environ trois heures, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, a salué les progrès les plus significatifs depuis le début de la guerre, lors des pourparlers entre la Russie et l’Ukraine à Istanbul. Il a précisé que les négociations ne reprendraient pas mercredi.

Réaction immédiate sur les marchés boursiers

Les marchés boursiers n’ont pas tardé à se montrer rassurés par ces avancées positives. Dès l’annonce des derniers développements, les bourses européennes sont parties à la hausse et les marchés américains ont suivi ce mouvement à leur ouverture. La Bourse de Toronto évoluait en dents de scie.

Sur le marché du pétrole, le prix des contrats de référence pour les barils de Brent de la mer du Nord et de West Texas Intermediate a rapidement reculé de plus de 5 %. Ces prix avaient été significativement dopés dans la foulée de l’invasion russe de l’Ukraine.

Les pourparlers russo-ukrainiens ont eu lieu dans le palais de Dolmabahçe, dernière résidence sur le Bosphore des sultans et ultime centre administratif de l’Empire ottoman, où la présidence turque dispose de bureaux. Photo: Reuters/Dilara Senkaya

Sur le marché des changes, l’euro a gagné plus de 1 % par rapport au dollar américain, et le rouble, attaqué par des sanctions internationales, s’est apprécié de plus de 10 % par rapport à la devise américaine. L’or, valeur refuge par excellence, a aussi reculé de plus de 1 %.

À la Bourse de Paris, les actions des banques, aux prises avec la mise en œuvre des sanctions occidentales contre la Russie, ont grimpé fortement, tandis que celles des entreprises de la défense perdaient du terrain.

Les bourses sont soutenues par des messages positifs en provenance de Turquie, où l’Ukraine et la Russie pourraient se rapprocher d’un accord de cessez-le-feu, a commenté Craig Erlam, analyste d’Oanda.

Les négociations se sont déroulées sous haute surveillance. Des membres de la sécurité du président turc montaient la garde à l’extérieur du palais de Dolmabahçe, à Istanbul. Photo: Reuters/Dilara Senkaya

Invité à commenter les derniers développements, le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est montré prudent. Je n’ai rien vu qui puisse suggérer qu’il y a un véritable mouvement parce que nous n’avons pas vu de signes de réel sérieux de la part de la Russie, a-t-il commenté lors d’une conférence de presse donnée au Maroc.

Nous jugerons Poutine et son régime sur ses actes, pas ses paroles, a déclaré aux journalistes un porte-parole du premier ministre britannique Boris Johnson aux journalistes.

Il y a eu une certaine réduction des bombardements russes autour de Kiev, en grande partie parce que les forces ukrainiennes ont réussi à repousser les offensives russes au nord-ouest de la ville, a-t-il ajouté. Mais les combats continuent à Marioupol et dans d’autres secteurs. Alors nous ne voulons rien voir de moins qu’un retrait complet des forces russes du territoire ukrainien.

Dans une entrevue subséquente accordée à l’agence russe Tass, le négociateur russe Medinski a d’ailleurs rappelé que la proposition russe de désescalade n’est pas un cessez-le-feu et qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant qu’une entente formelle soit conclue.

Erdogan demande la fin de la tragédie

Les délégations russe et ukrainienne avaient entamé leurs négociations après avoir été accueillies par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui les a exhortées à mettre un terme à la tragédie que constitue l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Moscou.

Les deux parties ont des préoccupations légitimes, il est possible de parvenir à une solution acceptable pour la communauté internationale, a estimé le chef de l’État turc Recep Tayyip Erdogan en accueillant les deux délégations.

C’est aux deux parties de mettre un terme à cette tragédie, a-t-il insisté, estimant que la prolongation du conflit n’est dans l’intérêt de personneLe monde entier attend de bonnes nouvelles de votre part, a-t-il encore dit.

L’oligarque russe Roman Abramovitch, qui tente de jouer les médiateurs entre Moscou et Kiev, était également présent à l’ouverture de la rencontre, selon une photo diffusée par la présidence turque qui le montre assistant à l’allocution de M. Erdogan.

L’oligarque russe Roman Abramovitch (en arrière-plan, à gauche) était présent pour les pourparlers. Photo : Reuters/Présidence Turque

Après une réunion dans la capitale ukrainienne courant mars, le milliardaire, dont deux yachts sont depuis la semaine dernière ancrés au large des côtes turques, a montré des signes faisant penser à un empoisonnement. Cette rumeur a toutefois été démentie par un responsable américain

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters