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CAN: Guinée Equatoriale, des couacs mais pas le chaos redouté

janvier 24, 2015

CAN: Guinée Equatoriale, des couacs mais pas le chaos redouté
CAN: Guinée Equatoriale, des couacs mais pas le chaos redouté © AFP

La catastrophe redoutée a, pour l’instant, été évitée en Guinée Équatoriale, qui n’a eu que 50 jours pour se préparer à l’organisation de la CAN-2015 après la défection du Maroc, non sans les couacs dont seule la Coupe d’Afrique a le secret.

Globalement, il y a un réel contraste entre Malabo (sur l’île de Bioko) et Bata, qui disposent d’infrastructures correctes déjà utilisées lors de la CAN-2012 (coorganisée avec le Gabon), et les deux autres villes choisies in extremis il y a deux mois, Mongomo et Ebebiyin.

– Logements: luxe à Malabo, des ratés ailleurs –

Les quatre équipes du groupe D (Côte d’Ivoire, Cameroun, Mali, Guinée) basées dans la capitale ont été logées dans deux hôtels de grand standing. D’où une CAN vue comme une « belle réussite » par Hervé Renard, le sélectionneur des Éléphants ivoiriens.

Mais les autres participants ne peuvent en dire autant. Les Tunisiens sont ainsi passés par tous les états à Ebebiyin, subissant des coupures d’eau et d’électricité. La chambre de deux joueurs a même été inondée par une énorme fuite. . .

Le Burkina Faso a, de son côté, été contraint de changer d’hôtel à Bata: les Étalons étaient logés dans le même établissement que de nombreux journalistes et des dizaines de supporteurs, ce qui n’était pas idéal pour la concentration. Dans la même ville, plusieurs membres de la délégation congolaise n’ont pas trouvé de chambres dans l’hôtel réservé. Ce qui a suscité la colère du sélectionneur Claude le Roy, qui en a pourtant vu d’autres du haut de ses huit Coupes d’Afrique (un record).

Paradoxalement, la situation est loin d’être catastrophique à Mongomo, la ville natale du président Teodoro Obiang, qui faisait l’objet des plus grandes craintes, et les quatre pays de la poule C (Algérie, Sénégal, Afrique du Sud, Ghana) ont, au contraire, été surpris par la qualité de leur hébergement.

Le sélectionneur du Ghana Avram Grant a ainsi délivré un satisfecit à la Guinée Équatoriale: « Je suis très impressionné par l’organisation. Ils ont eu un délai très court. Bien sûr, il y a des imperfections, mais ce n’est pas facile d’organiser un tournoi aussi vite ».

– Terrains: à géométrie variable mais des stades pleins –

La Confédération africaine de football avait assuré avant le début de l’épreuve que les installations sportives à Mongomo et Ebebiyin étaient au point. « Nous nous attendions à moins bien, et nous avons eu mieux », avait déclaré le 16 janvier le secrétaire général de la CAF, Hicham El Amrani. « Nous avons quatre sites de niveau acceptable ».

Certaines équipes ne sont pas tout à fait du même avis. Les Algériens ont pesté vendredi contre la mauvaise qualité du terrain de Mongomo, qui « ne permet pas d’accélérer le jeu de passes », selon le sélectionneur Christian Gourcuff. Son défenseur Madjid Bougherra a carrément lâché: « On tombe hélas sur un terrain catastrophique. Il fallait faire deux ou trois contrôles à chaque ballon ».

A Ebebiyin, la Zambie a vu l’une de ses contre-attaques échouer face à la Tunisie, jeudi, parce que le ballon transmis par Kalaba à son attaquant a rebondi au dernier moment sur une motte. Le sélectionneur adverse Georges Leekens a lui trouvé la pelouse « bonne ». Évidemment, puisque ses joueurs l’ont emporté 2-1. . .

Le gros point positif concerne les affluences. Tous les stades affichent complet et certains sont même débordés, les forces de l’ordre ayant dû intervenir dans l’enceinte de Malabo pour évacuer des supporteurs agglutinés juste devant la tribune de presse. La forte diaspora camerounaise, malienne et guinéenne présente dans la capitale explique cet enthousiasme ainsi que les 40. 000 places offertes par le régime de Teodoro Obiang à la population.

– La CAN reste la CAN –

Des cars scolaires pour transporter certaines délégations, des changements de terrain et d’horaire d’entraînement à la dernière minute, le bus du Congo bloqué une heure par 40°C avant d’affronter le pays-hôte, Congolais et Burkinabè arrivant au même moment sur leur lieu d’entraînement: la CAN a, comme d’habitude, offert son lot de contrariétés et d’épisodes cocasses.

Des ratés pour lesquels la CAF est plus à blâmer que la Guinée Équatoriale, comme l’a lancé Claude Le Roy: « La CAF doit nous protéger, ce n’est pas possible ! »

Jeuneafrique.com avec AFP

CAN-2015: la Guinée équatoriale, solution de rechange contestée

janvier 14, 2015

CAN-2015: la Guinée équatoriale, solution de rechange contestée
CAN-2015: la Guinée équatoriale, solution de rechange contestée © AFP

« A deux mois de l’événement, pour accepter d’organiser une compétition comme celle-là, il faut être vraiment un vrai Africain », a plaisanté le président de la Confédération africaine de football, Issa Hayatou lorsque la Guinée équatoriale a accepté d’organiser la CAN-2015 après le désistement du Maroc.

En quête d’une reconnaissance internationale qu’on a longtemps refusée à la Guinée équatoriale, pays peu démocratique et parmi les plus pauvres du monde, le président Teodoro Obiang a relevé le défi trois ans après avoir coorganisé avec le Gabon la CAN-2012. Obiang veut briller et il s’est placé en recours, en bouée de sauvetage à laquelle s’est accrochée la Confédération africaine de football, ravie de l’aubaine et soucieuse de ne pas avoir à tenir la coupe hors du continent.

Il compte sur les infrastructures construites pour 2012, et notamment les deux stades de Malabo (île de Bioko) et Bata ainsi que les routes et complexes hôteliers bâtis pour l’occasion. Réutiliser ce genre de structures souvent critiquées dans d’autres pays pour leur usage unique paraît logique. Ces deux sites devraient fonctionner sans problème, mais reste Mongomo et Ebebiyin, où l’hébergement risque de faire défaut alors que leurs bassins de population semblent faibles pour des événements de cette ampleur.

« L’hébergement à Ebibeyin et Mongomo est parfait et prêt, les hôtels et logements sociaux où seront aussi logés certaines équipes », a assuré le ministère équato-guinéen des sports. « Il n’y a aucun problème, nous pouvons recevoir n’importe quelle quantité de personnes pouvant venir », a-t-il ajouté, affirmant aussi que les aménagements dans le stades seraient terminés.

– Pétrodollars pour redorer son image –

Fort de ses pétrodollars depuis l’exploitation à grande échelle de l’or noir à partir du début des années 2000, M. Obiang a lancé son pays dans une politique de grands travaux destinés aussi à redorer son image. Il a ainsi construit un double palais des congrès accueillant de nombreux sommets internationaux et lancé un immense chantier d’une nouvelle capitale (Oyala).

Il a aussi commencé à briguer pour son pays des postes dans les organisations internationales, en particulier africaines, pesant sur les choix grâce au poids économique du 3e producteur de pétrole subsaharien. « Il se comporte comme un nouveau riche », se moque sous couvert de l’anonymat un diplomate africain, soulignant l’envie du chef de l’Etat de prendre sa revanche après avoir été longtemps traité comme un pestiféré, en raison d’une pauvreté extrême et d’un régime dictatorial.

Arrivé au pouvoir en 1979 par un coup d’Etat et réélu en 2009 avec 95,37% des voix, il dirige la Guinée équatoriale d’une main de fer.

Reporters sans frontières (RSF) a protesté contre l’organisation de la CAN par la Guinée, évoquant « la terrible répression qui frappe la liberté de l’information ».

« De la Guinée équatoriale, vous ne verrez que les pelouses des stades de foot (. . . ) Vous n’apprendrez rien de la pauvreté, de la corruption et de la répression politique qui minent le pays, car la liberté de l’information n’existe pas ».

– ‘Improvisation irresponsable’ –

D’ailleurs, le pays très fermé ne devrait accueillir qu’une poignée de supporteurs triés sur le volet. Le président Obiang a rappelé que la chasse à l’immigration clandestine serait à l’ordre du jour: « les voisins qui veulent venir voir les matchs de la CAN, qu’ils s’organisent à venir avec les bus, qu’ils s’enregistrent dans nos consulats et ambassades, aux frontières leur passeport sera confisqué et remis quand ils rentrent ».

Sur la scène nationale, l’unique député de l’opposition, Placido Miko s’est insurgé contre ce qu’il considère comme « une absurdité, une manifestation de l’irresponsabilité du régime dont le chef fait ce que bon lui semble. Il gère l’argent comme si c’était le sien »

Il rappelle que la réception de la CAN s’est fait sans consulter le Parlement et qu’aucun financement n’est prévu au budget 2015 voté par les députés en novembre et décembre.

« Le pétrole représente 90% des ressources du pays. Dans la conjoncture économique actuelle avec un baril qui perdu 40 à 50% de sa valeur, c’est une improvisation irresponsable qui ne rapportera rien au pays et se fera au détriment total du développement et de la population », a-t-il déclaré à l’AFP.

Jeuneafrique.com avec AFP