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Burkin-Faso/Assassinat de Thomas Sankara : ce qu’il faut retenir du premier jour du procès historique

octobre 11, 2021
Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

L’heure du procès a enfin sonné. Plus de trois décennies après l’assassinat du président burkinabè, le 15 octobre 1987, les audiences ont démarré devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Revivez cette première journée grâce aux envoyés spéciaux de « Jeune Afrique ».

15h33 – Les audiences suspendues jusqu’au 25 octobre 

Le président du tribunal, le juge Urbain Méda, a annoncé que les audiences reprendront le 25 octobre à 9h.

Les défenseurs des accusés réclamaient un délai plus long, d’un mois, afin que les avocats commis d’office puissent prendre connaissance du dossier. Le magistrat a estimé que quinze jours étaient suffisants, comme l’avait plaidé le procureur.

Par ailleurs, le tribunal a décidé de rejeter les demandes formulées par les avocats des parties civiles, qui souhaitaient que le procès soit filmé.

13h45 – Plusieurs semaines de procès

Alors que l’audience est suspendue depuis près de deux heures, nous allons clôturer ce live.

À retenir :

· Le procès s’est ouvert peu après 9 h dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Un dispositif exceptionnel a été mis en place. Environ 150 personnes assistaient à cette première audience, en grande majorité des journalistes, mais aussi des membres des familles de Thomas Sankara et des douze autres victimes de la tuerie du 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente.

· Douze hommes étaient dans le box des accusés, mais deux manquaient à l’appel : Blaise Compaoré, accusé d’être le commanditaire du crime, qui est en exil à Abidjan depuis 2014, et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir été à la tête du commando. Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, sera donc particulièrement scruté.

· Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président, a fait le déplacement depuis Montpellier, où elle réside. Elle a regretté l’absence du principal accusé, Blaise Compaoré.

· Attendue depuis 34 ans par les familles des victimes, cette première journée d’audience était essentiellement consacrée au règlement de questions formelles. Les audiences doivent durer plusieurs semaines.

12h45 – Absence de Compaoré : « Un vrai homme viendrait s’expliquer »

Mariam Sankara a fait quelques déclarations sur l’absence du principal accusé, l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, à ce procès : « Blaise Compaoré a fui et ne veut pas rentrer [au Burkina Faso] pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Un vrai homme viendrait s’expliquer », a dénoncé la veuve de Thomas Sankara.

Blaise Compaoré, 70 ans, est en exil en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été renversé par un soulèvement populaire en 2014. Selon son avocat, Pierre-Olivier Sur, il refuse de répondre à cette cour car il s’agit d’un « procès politique ».

12h00 – Alouna Traoré : « Nos rêves de révolution »

Alouna Traoré, ancien collaborateur de Thomas Sankara et seul survivant de la tuerie du 15 octobre 1987, est présent au procès. « J’éprouve un sentiment de soulagement. On n’y croyait plus mais finalement ce procès se tient enfin. C’est une opportunité unique de rétablir la vérité, a-t-il déclaré à Jeune Afrique. Maintenant, nous voulons que justice soit faite. La justice ne pourra pas nous restituer les rêves de changement de la société que nous avions sous la révolution, mais elle pourra au moins restituer la vérité. Elle finira par être connue. Quant à nos rêves de révolution, c’est aux nouvelles générations de les porter désormais.

11h55 – Suspension d’audience

L’audience a de nouveau été suspendue par le président Urbain Méda. Le juge veut consulter les parties sur le chronogramme de l’audience.

11h15 – Les « autres » accusés

Quatorze hommes sont inculpés et trois d’entre eux sont bien connus : Blaise Compaoré, l’ancien président burkinabè, qui est accusé d’avoir commandité le crime, Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, qui est accusé de l’avoir organisé, et Hyacinthe Kafando, qui est soupçonné d’être le chef du commando.

Mais qui sont les onze autres ?

Trois hommes étaient gardes du corps de Blaise Compaoré au moment des faits et sont poursuivis pour « assassinat » : le caporal Idrissa Sawadogo, les soldats de première classe Nabonswendé Ouédraogo et Yamba Elysée Ilboudo.

Tout comme le sergent Bossobè Traoré, poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État », ils officiaient au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô au moment des faits, en 1987. Créé par Thomas Sankara en 1976, ce centre situé dans le sud du Burkina, à la frontière avec le Ghana, avait dès le début la vocation de former et d’héberger les meilleurs militaires du pays. En 1987, il était dirigé par Blaise Compaoré, qui était secondé par Gilbert Diendéré.

Trois autres accusés servaient à Pô, cette fois-ci au sein de l’escadron motocycliste : le colonel Tibo Ouédraogo, l’adjudant-chef Albert Pascal Sibidi Belemlilga et Diakalia Démé.

Parmi les inculpés, il y a également Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, qui officiait au camp militaire de Bobo-Dioulasso, et le soldat Nina Tondé.

Enfin, il y a deux anciens médecins militaires : Alidou Jean Christophe Diébré et Hamado Kafando. Ce sont eux qui ont inscrit sur le certificat de décès de Thomas Sankara que le président du Faso était décédé de « mort naturelle ».

11h10 – Les assesseurs choisis

Après un nouveau débat sur les liens qui ont pu exister entre les assesseurs tirés au sort et les accusés, trois officiers supérieurs ont finalement été retenus comme assesseurs militaires titulaires pour composer la chambre. Il s’agit du colonel-major Boureima Ouédraogo, du colonel-major Alfred Somda, et du colonel Saturnin Poda.

10h45 – Thomas Sankara : derniers instants, derniers témoins, derniers secrets…

Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986.
Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986. © Pascal Maitre/Archives JA

« Il a à peine franchi la porte de la villa qu’il est littéralement canardé. Les assaillants étaient venus pour tuer ! » Dans Il s’appelait Sankara, paru deux ans après la mort de l’ancien président, Sennen Andriamirado, rédacteur en chef de Jeune Afrique et intime de l’ex-chef de l’État, faisait le récit des dernières heures de Thomas Sankara.

10h30 – Urbain Méda, le juge

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

L’homme qui a la lourde charge de présider les audiences de ce procès historique est Urbain Méda. S’il sera assisté de militaires, lui est un civil.

Il a été président du tribunal de grande instance de Ouagadougou, puis de ceux de Dori (dans le nord du pays) et Koudougou (à l’ouest de la capitale). C’est aujourd’hui en qualité de président de la chambre de première instance du tribunal militaire qu’il officie.

10h25 – Les révélations de Moussa Diallo, l’ex-aide de camp du « camarade capitaine » 

Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021.
Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA.

« En idéaliste qu’il était, il se pensait sûrement plus utile pour la cause mort que vivant ». Moussa Diallo, l’ancien aide de camp de Thomas Sankara était l’un des maillons essentiels du dispositif de l’ancien président burkinabè. Il a accepté de livrer son témoignage en exclusivité à Jeune Afrique.  

Au-delà des anecdotes sur le « camarade capitaine » dont il fut l’un des plus proches collaborateurs, Moussa Diallo revient sur les semaines qui ont précédé l’assassinat du président burkinabè. La montée des tensions avec Blaise Compaoré, la manière dont Thomas Sankara faisait face, jusqu’à ce jour fatidique du 15 octobre 1987. L’intégralité de ce témoignage est à retrouver dans notre article ci-dessous.  

10h15 – Dispositif sécuritaire renforcé

Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou.
Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou. © Sam Mednick/AP/SIPA

Un dispositif sécuritaire renforcé a été mis en place autour de la salle des Banquets de Ouaga 2000 durant toute la durée du procès. Trois entrées sont prévues pour accéder à l’intérieur de la salle : une pour les magistrats et les officiels, une pour les accusés, et une pour le public.

Le port de tout vêtement, accessoire ou pancarte à l’effigie d’un des accusés ou d’une victime est interdit dans la salle d’audience, tout comme à ses abords.

10h00 – Problème d’assesseurs

L’audience a été suspendue à 9h40 car les deux généraux de brigade qui ont été appelés pour être assesseurs se sont récusés. Brice Bayala a mis en avant des raisons de santé et Ouedraogo Nazingouba sa proximité avec certains accusés, dont Gilbert Diendéré et Blaise Compaoré, dont il fut le médecin personnel.

Alors que les assesseurs doivent théoriquement être de grade égal ou supérieur à celui de l’accusé le plus haut gradé (en l’occurrence Gilbert Diendéré, qui est général), le juge a dû suspendre l’audience afin qu’une dérogation lui permettant de choisir des assesseurs de grade inférieur soit acceptée.

9h40 – Audience suspendue

L’audience s’est ouverte à 9h10 exactement, selon nos correspondants sur place. Le juge Urbain Méda, qui présidera les débats lors de ce procès, a fait son entrée dans la salle d’audience.

Il a d’abord lu l’ordonnance n°004 sur la  délocalisation du tribunal dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 – une mesure exceptionnelle à la mesure de ce procès. Il a ensuite procédé à l’appel des accusés et constaté l’absence de deux d’entre eux – Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando.

Enfin, ce juge, qui est le président du tribunal de première instance, a demandé au greffier en chef de procéder au tirage au sort de trois juges militaires qui officieront en tant qu’assesseur et suppléants. Mais une difficulté est apparue qui a contraint à suspendre temporairement l’audience.

9h35 – [Vidéo] Trois minutes pour comprendre les enjeux d’un procès historique

Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans pour que le procès s’ouvre enfin ? Quelles seront les conséquences de l’absence de Blaise Compaoré ? Pourquoi les thèses de la « main de l’étranger » dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè ne sera pas abordée lors des audiences ?

Décryptage des enjeux du procès en vidéo :
https://www.youtube.com/embed/TCrqPrMzWa4

9h25 – Mariam Sankara, vêtue de bleu, à l’ouverture du procès

Benjamin Roger / JA

9h15 – Un procès enterré… puis ressuscité

Thomas Sankara et ses douze compagnons tués le 15 octobre 1987 ont été immédiatement enterrés à la sauvette. Leur mort devient tabou et quasiment impossible à évoquer pendant des années. Alors que Blaise Compaoré, suspecté d’être le commanditaire de cet assassinat, a pris le pouvoir, le régime refuse de lancer une quelconque enquête.

Le dossier est enterré, mais Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara, porte plainte contre X en 1997 pour éviter que l’affaire soit prescrite. Il lui faudra encore attendre des années avant qu’un juge ne s’en empare.

C’est en 2014, alors que Blaise Compaoré est renversé après 27 années de pouvoir, que l’espoir renaît pour la famille Sankara. En mars 2015, un juge ouvre une enquête, puis auditionne Mariam Sankara deux mois plus tard. « J’ai été entendue. J’ai eu l’impression que le juge voulait vraiment aller au bout de cette enquête, je ne peux qu’espérer que cela se passe bien », déclare-t-elle à l’époque.

Six ans d’instruction plus tard, la voilà ce matin, dans la salle d’audience, pour assister au procès.

9h00 – Ouverture du procès imminente

Il est 9h00 à Ouagadougou, le procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara doit désormais s’ouvrir d’un instant à l’autre.

8h55 – Gilbert Diendéré, bras-droit de Blaise Compaoré

Gilbert Diendéré fait figure de principal accusé. Ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, il est poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins dans le dossier Sankara.

Lors de l’assassinat de Thomas Sankara, il était le commandant adjoint des para-commandos de Pô et faisait déjà office de bras droit de Compaoré. Ce sont ses hommes qui ont tiré sur Sankara et ses douze camarades. Véritable boite noire du régime Compaoré pendant vingt-sept ans, il a été arrêté à la suite d’une tentative de putsch raté en 2015, pour laquelle il a été condamné à vingt ans de prison.

8h50 – Les accusés sont dans la salle d’audience

Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021.
Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Nos journalistes, Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly, sont dans la salle d’audience du tribunal militaire.

Neuf accusés sont déjà présents. Douze doivent venir – les deux autres, l’ancien président Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando qui a tué Thomas Sankara, seront jugés par contumace.

Dans le box, Gilbert Diendéré sera le plus scruté. C’est le seul à comparaître ce matin en treillis militaire. Benjamin Roger a pu échanger quelques mots avec lui. Détendu et souriant, il lui a déclaré : « Je ne peux rien vous dire pour l’instant, mais je vous invite à venir quand je témoignerai. »

8h45 – Des journalistes mais peu de curieux

Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021.
Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

À une demi-heure de l’ouverture du procès, seules quelques dizaines de personnes attendaient de pénétrer dans la salle d’audience. Des journalistes pour la plupart. Tous sont méticuleusement fouillés, dans le calme.

Quelques personnalités sont également présentes, comme Cheriff Sy, l’ancien ministre de la Défense, ou Domba Jean-Marc Palm, ancien ministre et spécialiste de l’histoire politique du Burkina Faso.

8h35 – Mariam Sankara attendue au procès

Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président burkinabè, est aussi attendue à l’ouverture de ce procès pour lequel elle se bat depuis trois décennies. Elle est arrivée dimanche 10 octobre de Montpellier, dans le sud de la France, où elle réside depuis plusieurs années. Philippe et Auguste, les deux fils du couple Sankara, qui vivent aux États-Unis, ne seront, eux, pas présents. Plusieurs frères et sœurs de l’ancien président, comme Valentin ou Odile, devraient également assister à l’ouverture de l’audience.

8h20 – Les accusés arrivent au tribunal

Benjamin Roger pour JA

Les douze accusés viennent d’arriver à la salle des Banquets de Ouaga 2000, nous informe notre envoyé spécial, Benjamin Roger. Derrière les vitres des bus qui les amènent à la salle d’audience, on les distingue, habillés en treillis militaire.

Quatorze personnes sont inculpées dans ce dossier, mais seuls douze vont comparaître. Les deux principaux accusés, l’ancien président Blaise Compaoré, et Hyacinthe Kafando, ne sont pas présents. Le premier est en exil à Abidjan depuis sa chute en 2014 et le second a fui le Burkina Faso, il est toujours recherché.

8h05 – Un procès historique

Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons doit s’ouvrir ce lundi 11 octobre à 9h GMT devant la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou. Pour des questions logistiques, il se tiendra dans la salle des Banquets de Ouaga 2000, comme cela avait été le cas pour le procès du putsch manqué de 2015, qui s’y était tenu entre février 2018 et septembre 2019.

Ce procès historique, attendu par de nombreux Burkinabè depuis plus de trente ans, est ouvert au public dans la limite des quelques centaines de places de cette salle des Banquets.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Assassinat de Thomas Sankara : enfin la vérité ?

septembre 28, 2021
Thomas Sankara.

Qui a tué l’ancien président burkinabè, icône de la révolution ? C’est un procès historique qui doit s’ouvrir le 11 octobre à Ouagadougou, au cours duquel seront notamment jugés Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

L’heure du procès a enfin sonné, mettant fin à plus de trente ans d’attente, durant lesquels l’enquête judiciaire a d’abord été enterrée, avant d’être relancée après la chute du régime de Blaise Compaoré, en 2014. Le 11 octobre, à 9 heures, s’ouvrira, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, le 15 octobre 1987. Un procès historique dont les audiences seront publiques tant cette affaire d’État cristallise l’attention des Burkinabè – et de nombreux Africains – depuis trois décennies. 

En tout, 14 prévenus sont appelés à comparaître devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Parmi eux, des membres du commando qui a tué Sankara, des complices, mais aussi et surtout trois hommes dont beaucoup pointent depuis longtemps la responsabilité directe dans cet assassinat : Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Ancien aide de camp de Sankara et ex-commandant adjoint de la gendarmerie nationale, Moussa Diallo était l’un des intimes du président assassiné. En amont du procès, ce témoin de premier plan qui a longtemps gardé le silence s’est longuement confié à JA. Et livre des détails inédits sur la fin sanglante de la révolution burkinabè.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Assassinat de Thomas Sankara : un procès sans Blaise Compaoré ?

août 18, 2021
Le capitaine Thomas Sankara, président du Burkina Faso, le 7 février 1986 à Paris.

Le procureur militaire a annoncé l’ouverture du procès des assassins présumés de l’ancien président burkinabè et de ses compagnons, tués en octobre 1987. Parmi les accusés figure Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire depuis sa chute.

Depuis le 14 avril, le procès semblait inéluctable. Ce jour-là, la chambre de contrôle de l’instruction avait renvoyé le dossier de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara et de ses douze compagnons en jugement devant le tribunal militaire de Ouagadougou.

En annonçant, ce mardi 17 août, qu’une date a finalement été retenue, le procureur militaire vient donc confirmer que justice va être rendue dans ce dossier vieux de trente-quatre ans : ce sera le 11 octobre 2021, à partir de 9 heures. « Cette audience de la chambre de jugement, délocalisée dans la salle des banquets de Ouaga 2000, est publique », est-il précisé dans un communiqué. Les Burkinabè sont invités à suivre les audiences dans cette salle des fêtes transformée pour l’occasion en tribunal.

« Attentat à la sûreté de l’État »

Quatorze personnes vont être jugées pour l’assassinat du père de la révolution burkinabè, le 15 octobre 1987 : l’ancien président Blaise Compaoré ; Gilbert Diendéré, qui est déjà sous le coup d’une condamnation à vingt ans de prison pour le putsch manqué de 2015 ; Hyacinthe Kafando ; Bossobè Traoré ; Nabonswendé Ouédraogo ; Idrissa Sawadogo ; Yamba Elysée Ilboudo ; Tibo Ouédraogo ; Albert Pascal Sibidi Belemlilga ; Diakalia Démé ; Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm ; Alidou Jean Christophe Diébré ; Hamado Kafando et Ninda Tondé.

Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont accusés d’« attentat à la sûreté de l’État » et de « complicité d’assassinat ». L’ex-président et celui qui fut son chef d’état-major particulier sont également poursuivis pour « recel de cadavres ». Les charges d’« assassinat », que l’accusation avait initialement réclamées à l’encontre de Diendéré, n’ont finalement pas été retenues, mais il sera poursuivi pour « subornation de témoins ».

Quatre hommes, qui comptaient parmi les gardes du corps de Blaise Compaoré à l’époque des faits, seront pour leur part jugés pour « assassinat ». Il s’agit de Nabonsouindé Ouedraogo, Idrissa Sawadogo, Yamba Élysée Ilboudo et Hyacinthe Kafando.

Ce dossier politico-judiciaire a été relancé après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014. Si le cas de l’ex-président cristallise l’attention, il y a toutefois peu de chances qu’il assiste à son procès. En exil en Côte d’Ivoire depuis 2014, pays dont il a pris la nationalité, il ne devrait pas être extradé malgré les mandats d’amener délivrés par la justice burkinabè.

Retour au pays compromis

Depuis quelques mois, des discussions ont lieu entre les autorités des deux pays. Alors que Roch Marc Christian Kaboré a placé son second mandat sous le signe de la réconciliation, les partisans de Blaise Compaoré ont fait de son retour l’une des conditions de leur participation à d’éventuelles discussions. Zéphirin Diabré et Kouadio Konan Bertin, ministres de la Réconciliation respectifs des deux pays, ont d’ailleurs échangé sur la question.

L’annonce de l’ouverture prochaine du procès compromet néanmoins l’hypothèse d’un retour. « Cela serait évidemment mieux que Blaise Compaoré soit là, avait confié en mars dernier à Jeune Afrique Me Guy Hervé Kam, avocat de certaines familles de victimes. Mais il y a suffisamment d’éléments et de témoignages dans le dossier qui permettent de montrer qu’il était le cerveau de cette affaire. »

Par Jeune Afrique

Burkina-Faso/Assassinat de Thomas Sankara: Blaise Compaoré mis en accusation

avril 13, 2021

Le tribunal militaire burkinabè a décidé, le 13 avril, de mettre en accusation l’ex-président Blaise Compaoré dans le dossier Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987.

Blaise Compaoré a été mis en accusation dans le dossier de l’assassinat de son prédécesseur, Thomas Sankara, pour des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat et de recel de cadavres.

Son ancien bras droit, le général Diendéré qui purge actuellement sa peine dans l’affaire du putsch manqué du 16 septembre 2015, est poursuivi dans le présent dossier pour attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, subornation de témoins et recel de cadavres. Trente-sept ans après, au total, quatorze personnes comparaîtront devant le tribunal dans ce dossier.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, le 4 août 1983, Thomas Sankara a été assassiné lors d’un putsch qui amena au pouvoir Blaise Compaoré, le 15 octobre 1987. Ce dernier vit en Côte d’Ivoire depuis 2014.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Burkina Faso: des manifestants réclament « justice » pour Sankara, 30 ans après sa mort

octobre 15, 2017

Dans une rue de Ouagadougou, un panneau affiche des portraits de Ernesto « Che » Guevara (g) et Thomas Sankara, le 14 octobre 2017 / © AFP / Ahmed OUOBA

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche à Ouagadougou pour réclamer « vérité et justice » pour Thomas Sankara, 30 ans après l’assassinat du père de la révolution burkinabè, tué lors du coup d’Etat de 1987 qui porta au pouvoir son compagnon, Blaise Compaoré.

Des manifestants, majoritairement vêtus de tee-shirts à l’effigie de Sankara, ont scandé « vérité et justice pour Thomas Sankara » et « justice pour ses compagnons » en brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : « Honte à la justice pourrie et aux magistrats corrompus » et « 30 ans d’impunité, c’est trop ».

A l’appel du Comité international mémorial Thomas Sankara, les manifestants s’étaient rassemblés au Conseil de l’entente, siège de la révolution burkinabè, où Thomas Sankara a été tué le 15 octobre 1987, avec douze de ses compagnons.

Poings levés, entonnant l’hymne national burkinabè, les manifestants ont fait une halte devant l’ambassade de France où ils ont déposé un mémorandum exigeant « la levée du +secret défense+ par l’Etat français concernant le dossier Sankara ».

Ils ont également réclamé « l’ouverture d’une enquête judiciaire en France dans l’affaire Sankara pour situer les responsabilités de la partie française dans cet assassinat planifié » et « l’accès à toutes les archives (audio visuelles, documents classés secrets) portant sur Sankara ».

« Aucune personne, de l’intérieur ou de l’extérieur, burkinabè ou non, impliqué de près ou de loin dans ces assassinats, ne doit échapper au châtiment de la justice souveraine », a lancé le président du Comité international Mémorial Thomas Sankara, le colonel Bernard Sanou.

Au tribunal militaire, les manifestants ont également remis leur mémorandum au directeur de la justice militaire, le colonel Sita Sangaré.

« Trente ans après l’assassinat du +Che Africain+ et ses douze compagnons, les familles et tous les peuples épris de justice attendent que la vérité soit dite dans cette affaire et que justice soit faite », a déclaré le colonel Sanou.

Thomas Sankara et douze de ses compagnons avaient été assassinés par un commando dans ses bureaux alors qu’il allait assister à un conseil de cabinet. Les corps avaient été enterrés en catimini le soir même au cimetière de Dagnoën, à l’est de Ouagadougou.

Les corps présumés de Sankara et ses compagnons tués avec lui ont été exhumés fin mai 2015 pour une expertise ADN, afin de tenter de déterminer l’identité des victimes et de lever le voile sur les circonstances de leur mort.

Malgré des analyses en France puis en Espagne, il n’a pas été possible de confirmer les identités.

Les manifestants ont exigé que « les principaux inculpés, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacynthe Kafando, encore vivants aident à l’identification du corps de Thomas Sankara » et reçoivent « un châtiment à la hauteur de leur forfait ».

Trente ans après l’assassinat de Sankara, une douzaine de personnes ont été inculpées, dont des militaires de l’ex-régiment de sécurité présidentielle – l’unité qui a perpétré le coup d’Etat avorté du 17 septembre 2015 et qui a été dissoute -, dont le chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré.

Romandie.com avec(©AFP / 15 octobre 2017 15h20)                

Burkina Faso/Assassinat de Sankara: reportage sur les lieux du crime, dans la cité interdite du Conseil de l’Entente

octobre 14, 2017

 

Le bâtiment devant lequel Thomas Sankara a été tué. © Photo : Sophie Garcia / HansLucas

Le site du Conseil de l’entente, où fut commis le crime, est longtemps resté fermé au public. Il est aujourd’hui en voie de réhabilitation et devrait devenir un mémorial en hommage au président défunt.

Qui a tué Sankara ? Retour sur une affaire d’État, 30 ans après…

Pendant des années, les Ouagalais sont passés devant cette cité close sans savoir ce qui se cachait derrière ses murs. Passé le portail brinquebalant, une petite route en terre s’enfonce au milieu d’une espèce de terrain vague. Sur le bas-côté, quelques vieux blindés rouillés aux pneus crevés résistent comme ils peuvent à la végétation envahissante. Les seules âmes qui vivent dans ce décor figé sont une poignée de policiers qui font passer le temps en préparant du thé sous un flamboyant. Ils sont là jour et nuit, à monter la garde devant un bâtiment blanc parsemé de briques ocre.

Il y a trente ans, le 15 octobre 1987, aux environs de 16 heures, c’est ici qu’un commando d’hommes armés a fait irruption pour cribler de balles Thomas Sankara et douze de ses compagnons. De ce drame encore non élucidé il ne reste rien, sauf l’interdiction formelle – pour les besoins de l’enquête toujours en cours – d’entrer dans cette villa délabrée.

Le lieu du crime, une « no-go zone » 

Sous le régime de Blaise Compaoré, c’était l’ensemble du domaine du Conseil de l’entente, ancien centre névralgique de la révolution sankariste, qui était interdit d’accès. Le successeur de Sankara (le tombeur pour certains) l’avait sanctuarisé pour éviter que des regards curieux ne se posent sur la scène du crime qui lui a permis d’accéder au pouvoir. Seuls des militaires et des dignitaires autorisés pouvaient entrer dans ce petit parc au cœur de Ouagadougou. Certains y avaient même une maison, comme le général Gilbert Diendéré, ex-chef d’état-major particulier de Compaoré.

Après la chute de ce dernier, le 31 octobre 2014, cette « no-go zone » a continué de garder ses secrets, surveillée par des éléments du régiment de sécurité présidentielle (RSP), la puissante garde prétorienne de Compaoré. Il faudra attendre son démantèlement après son putsch manqué, en septembre 2015, pour que le Conseil de l’entente redevienne enfin accessible.

L’idée est de construire un ensemble moderne pour promouvoir l’héritage et les idées de Thomas Sankara

Si l’accès à l’intérieur du bâtiment reste toujours impossible, plusieurs militants et acteurs de la société civile ont réfléchi à l’exploitation et à la mise en valeur de ce site historique. En 2016, ils ont donc formé le Comité international du mémorial Thomas-Sankara (CIM-TS), qui se mobilise pour y construire un mémorial dédié au président assassiné et à la révolution burkinabè.

Dirigé par le colonel Bernard Sanou, vieux camarade du capitaine au béret rouge, il est parrainé par l’ancien président ghanéen et ex-ami personnel de Sankara, Jerry John Rawlings. « Le mémorial devrait comporter un mausolée dédié aux victimes du 15 octobre 1987, un musée, un espace culturel, une salle multimédia… énumère Luc Damiba, chercheur et secrétaire général du comité. L’idée est de construire un ensemble moderne pour promouvoir l’héritage et les idées de Thomas Sankara. » Coût de ce complexe flambant neuf ? Environ 5 milliards de F CFA (7,5 millions d’euros). Le comité dispose du soutien technique et financier du gouvernement, en particulier du ministère de la Culture, mais compte surtout sur l’effort collectif pour concrétiser son ambitieux projet.

La salle où Thomas Sankara était en réunion avec des membres du CNR lorsque l’attaque a eu lieu. © Photo : Sophie Garcia / HansLucas

 

Un grand appel aux dons

Le 2 octobre, il a donc lancé une vaste campagne de souscription populaire au stade municipal de Ouagadougou, en présence du président Roch Marc Christian Kaboré. Dons en liquide, virements bancaires, transferts de fonds par téléphone, campagnes de crowdfunding sur internet… tous les moyens sont déployés pour récolter un maximum d’argent au Burkina, mais aussi à l’étranger.

« Nous voulons faire comme Sankara, qui demandait l’effort de tous pour réaliser certains projets, explique le colonel Bernard Sanou. Cela peut aller vite : si 10 millions de Burkinabè donnent chacun 100 F CFA, nous aurons déjà récolté 1 milliard. » En parallèle, le 16 octobre, au lendemain du trentième anniversaire de l’assassinat de Sankara, sera lancé un concours architectural international pour sélectionner les futurs bâtisseurs du mémorial.

Sur place, les travaux ont commencé. Près du bâtiment central du Conseil de l’entente, qui accueillait les chefs d’État membres de cette organisation régionale (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Niger, Bénin, Togo) lorsqu’ils se réunissaient à Ouagadougou, la villa Togo est en pleine réfection. Située à quelques dizaines de mètres de l’endroit où « Thom’ Sank’ » a été tué, celle-ci a été investie après le 15 octobre 1987 par François Compaoré, le frère cadet de Blaise, qui y avait installé ses bureaux. Aujourd’hui, une dizaine d’ouvriers s’y activent, au milieu des décombres et de vieilles affiches de Blaise. Le comité devrait y installer son QG pour suivre au plus près les travaux. Nul ne sait quand ceux-ci finiront.

« Tout laisse à penser que leurs corps ont bien été enfouis à Dagnoën, mais tant que nous n’en avons pas la certitude, aucune piste ne peut être écartée », explique une source proche de l’enquête

Fin juin, le CIM-TS a annoncé que des tombes avaient été découvertes à l’extrémité sud du site lors de relevés topographiques. De quoi relancer les interrogations sur le lieu de sépulture de l’ex-président et de ses compagnons après l’échec des différentes expertises ADN sur leurs corps présumés, exhumés en 2015 du cimetière de Dagnoën, à l’est de Ouagadougou, où ils sont supposés avoir été enterrés après leur assassinat. « Tout laisse à penser que leurs corps ont bien été enfouis à Dagnoën, mais tant que nous n’en avons pas la certitude, aucune piste ne peut être écartée », explique une source proche de l’enquête.

La justice militaire s’est donc rapidement intéressée à cette découverte. François Yaméogo, le juge d’instruction chargé du dossier, s’est rendu sur place et a entendu le colonel Bernard Sanou à ce sujet. De leur côté, les responsables du mémorial espèrent que des investigations poussées seront rapidement menées sur ces tombes afin de dissiper tout soupçon avant la pose de la première pierre. Ils pourront ensuite se concentrer sur l’essentiel : réhabiliter le Conseil de l’entente pour en faire un site consacré à la mémoire de Sankara.

Jeuneafrique.com par – Envoyé spécial à Ouagadougou

Bernard Sanou: « Nous voulons faire revivre le souvenir de l’homme du peuple qu’incarnait Thomas Sankara »

septembre 14, 2017
De g. à dr. : Blaise Compaoré, Thomas Sankara et l’ex-président ghanéen Jerry Rawlings, à Pô, le 28 septembre 1983. © Carrefour Africain/Archives JA

Le Comité international du mémorial Thomas Sankara lance le 2 octobre prochain une campagne populaire de levée de fonds pour la construction d’un mémorial dédié au capitaine révolutionnaire burkinabè Thomas Sankara.

Le colonel Bernard Sanou, ami et camarade politique du président Sankara, qui préside ce Comité, répond en exclusivité aux questions de JA.

 

Jeune Afrique : Le Comité international du mémorial Thomas Sankara (CIM-TS) lance le 2 octobre prochain une campagne de collecte de fonds pour la construction d’un mémorial dédié au président révolutionnaire. Pourquoi cette intitiative ?

Colonel Bernard Sanou : Je dois préciser avant tout que ce projet architectural fait partie d’un ensemble d’activités élaboré par le Comité internationale du mémorial Thomas Sankara lors du colloque organisé en 2016 à Ouagadougou. Par ce mémorial, nous voulons faire revivre le souvenir de l’homme du peuple qu’incarnait le capitaine Sankara. Raison pour laquelle nous avons voulu que l’activité soit coordonnée en vue d’éviter d’entacher son image. Nous avons ainsi demandé aux camarades d’attendre le lancement officiel de cette campagne pour ensuite répliquer dans leurs pays respectifs.

Le plus important pour nous est de faire en sorte que cette activité participe à faire revivre l’image de père de la révolution burkinabè. Thomas Sankara était un homme du peuple, c’est pourquoi nous avons l’ambition de concrétiser ce projet par l’action populaire comme il l’a fait en mobilisant les masses autour des grands chantiers de la Révolution

Quel lien faut il établir entre le CIM-TS et les autorités ?

Les autorités actuelles sont partie prenante du projet de construction du mémorial Thomas Sankara. À preuve, le lancement de la campagne de souscription est placé sous le patronage du président Kaboré ainsi que le parrainage de l’ancien président ghanéen Jerry John Rawlings, que nous attendons le 2 octobre prochain à Ouagadougou. Nous voulons seulement créer un symbole par cette action. L’État burkinabè contribue au projet.

À ce jour, je peux vous affirmer que le CIM-TS a reçu des promesses de soutien de pays amis comme Cuba, l’Angola, l’Afrique du Sud. Et le mouvement que nous lançons va s’étendre sur une longue période, dans la mesure où le projet de mémorial comprend plusieurs phases comme des réalisations à Gaoua, au Prytanée militaire de Kadiogo (PMK), là où Sankara a fait respectivement ses études primaires et secondaires. À Tema-Bokin, son village d’origine et surtout à Pô, où Sankara a bâti le bataillon « Bailo »qui s’est particulièrement illustré lors du conflit contre le Mali en 1974, nous allons faire des réalisations qu’il appartiendra au ministère en charge du Tourisme d’intégrer dans les circuits touristiques.

Nous attendons donc l’ouverture du procès avec impatience

Où en est l’enquête judiciaire sur le drame du 15 octobre 1987 ?

Nous avons apporté une énorme contribution à la manifestation de la vérité dans cette affaire. Personnellement, j’ai été auditionné par le juge d’instruction. Nous suivons de près l’évolution de la procédure judiciaire. Certes, l’enquête avait quelque peu stagné. Mais avec le juge d’instruction François Yameogo, le dossier a connu des avancées. Ce dernier nous a même assuré de son intention de boucler l’enquête avant la fin de cette année. Nous attendons donc l’ouverture du procès avec impatience.

Quels étaient vos rapports avec le président Sankara et les circonstances de votre rencontre ?

Le président Sankara était pour moi un ami et un camarade politique. En tant que membre du Conseil national de la Révolution, nous nous retrouvions lors des rencontres politiques avec les camarades civils et les organisations de gauche. Étant alors directeur du génie militaire et responsable de la sécurité du secteur ouest de la capitale, j’étais amené à échanger régulièrement avec Thomas Sankara. S’agissant de notre rencontre, je dois dire que nous nous connaissions depuis 1955. Nous avions fréquenté l’école primaire à Gaoua.

Mais nos véritables retrouvailles remontent à l’année 1966, lorsque nous sommes entrés au Prytanée militaire de Kadiogo. C’est là que nos relations ont été intenses, avant de nous séparer encore pour notre formation d’officiers en 1969-1970 – lui à Madagascar et moi à Saint Cyr en France. Je suis rentré en 1974, en pleine guerre avec le Mali. Lorsque l’état-major a lancé la mobilisation générale, nous nous sommes retrouvés encore une fois sur le front. À la fin du conflit, j’ai été stationné à Djibo et lui a Pô, où il avait commencé la mise en place du Centre d’entraînement commando.

Au retour, nos rapports étaient devenus hebdomadaires. Je me rendais tous les weekends à Pô pour pour l’aider à monter son orchestre dénommé « Missile Bande de Pô », et c’était l’occasion de discuter des affaires du pays. En 1980, alors que le climat politique était délétère sur fond de désaccords entre partis politiques, les officiers supérieurs, voyant d’un mauvais œil le regroupement de jeunes officiers, ont décidé de nous disperser. Sankara a alors été muté à l’état-major de l’armée et moi envoyé en stage en Allemagne. Mais nous sommes restés en contact jusqu’aux événements du 4 août 1983 qui ont précipité mon retour au pays.

J’ai senti ce jour-là en Thomas Sankara la solitude du chef

Pouvez-vous nous raconter vos souvenirs les plus forts des années de pouvoir de Sankara ?

(Silence) Je crois, si ma mémoire est bonne, que c’était le dernier dimanche de juillet 1987. Sankara m’appelle au téléphone – « Gringo » (surnom qu’ils se sont donné depuis le PMK) – et demande à me voir. Mais, cette fois c’était différent. L’entretien, qui dure plus de deux heures, est en réalité un monologue. J’ai senti ce jour-là en Thomas Sankara la solitude du chef. Le président Sankara était profondément déçu de n’avoir pas eu l’accompagnement militant des camarades les plus proches – militaires et civils – avec lesquels il avait pris le pouvoir.

Sankara m’a clairement exprimé sa déception vis-à-vis du manque d’honnêteté et de courage politique ainsi que de la mauvaise foi de ses compagnons de lutte qu’il accusait d’avoir travesti les mots d’ordre. J’ai vu alors en Sankara un président à la croisée des chemins. L’exemple que je peux citer est la fameuse guerre qu’on lui a prêté contre la chefferie coutumière. Mais c’est inexact, d’autant que Sankara m’avait dit à Po que les meilleur alliés que nous pourrions avoir dans la gestion du pouvoir de l’État étaient bel et bien les chefs traditionnels. Il fallait seulement que nous trouvions le bon tempo pour les débarrasser de certaines prérogatives rétrogrades. Malheureusement, il n’y est pas parvenu.

Sankara a toujours été un homme pressé. Nous l’avions senti dès le PMK, lorsque élève du jour, il nous faisait passer une journée au pas de course !

Jeuneafrique.com avec par – à Ouagadougou

Fespaco : l’exhumation culturelle de l’icône Sankara

mars 2, 2017

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Feu Thomas Sankara est à la mode, singulièrement depuis la chute de son successeur Blaise Compaoré ; pour le meilleur de la culture et le pire de la récupération politique…

« Bienvenue au pays de Thomas Sankara ». La phrase a été lancée, samedi dernier, par le ministre burkinabè de la Culture et des Arts, Tahirou Barry, à l’ouverture du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou. Dans la bouche de celui qui est aussi ministre du Tourisme, le big-up semble réduire l’ancien président du Faso à un mythe dont on visite le territoire enchanté comme une falaise malienne ou un fort béninois. Et ceci d’autant plus que le parti politique auquel appartient le ministre rallié promeut des positions souvent plus réactionnaires que révolutionnaires. À sa décharge, la confusion idéologique est à son comble au Faso post-insurrectionnel, puisque Barry partage le banc du conseil des ministres avec des Sankaristes eux-mêmes accoquinés avec les anciennes groupies de celui qui s’assit sur le trône ensanglanté, pour 27 ans, en octobre 1987.

Qu’importe si l’icône « guevarienne » africaine fait l’objet de récupération politicienne, tant que l’adhésion populaire est sincère. Même si les scores électoraux des héritiers officiels du père de la Révolution ne sont guère reluisants, l’adhésion au personnage est patente. Le Faso dan fani traditionnel est tendance et le poing rageur n’a pas été déclassé par les quenelles des faux rebelles. Quant au monde du cinéma, il est bien légitime à surfer sur la vague « sankariste », tant l’ancien chef de l’État avait fait la promotion du septième art.

Un prix Thomas Sankara

Au cours de cette 24e édition du Fespaco qui s’achève ce week-end, Sankara apparaît dans le court métrage « Twaaga » de Cédric Ido et dans le documentaire « Capitaine Thomas Sankara » de Christophe Cupelin. Sur la scène de la cérémonie d’ouverture, il était tout à la fois dans les injonctions du rappeur burkinabè Smockey et dans les chants du reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Du côté des récompenses cinématographiques, la Guilde africaine des réalisateurs et producteurs va décerner, pour la deuxième fois consécutive, le prix Thomas Sankara à un film en compétition officielle dans la catégorie court métrage.

Gageons que l’overdose ne succédera pas à la censure, comme l’indigestion au jeûne. Et espérons que l’exhumation idéologique sera plus fructueuse que le déterrement de la dépouille, il y a presque un an. Le Burkinabè moyen a une certitude et un doute : la certitude d’idolâtrer « Thom’ Sank » et le doute de voir la justice rendue dans l’affaire de son assassinat. Même sous un régime sankara-compatible…

Jeuneafrique.com par Damien Glez, dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Burkina Faso/28e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara : Une commémoration sur fond d’espoirs

octobre 15, 2015

15 octobre 1987-15 octobre 2015. Voilà 28 ans que le père de la révolution d’août 1983 a été assassiné. Depuis lors, sa famille et de nombreux Burkinabè ne cessent de réclamer justice pour Thomas Sankara. Cette année, pour la première fois, cet anniversaire sera commémoré sans Blaise Compaoré, celui à qui a profité le crime. A contexte particulier, commémoration particulière. Il n’y aura pas de recueillement au cimetière de Dagnöen cette année. Les restes des corps des victimes ayant été exhumés depuis le mois de mai dernier pour des besoins de l’enquête.

 
 
28e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara : Une commémoration sur fond d’espoirsLe 28e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara sera commémoré sous le thème « 28 ans de résistance : à quand la justice ? ». L’on était habitué au recueillement des sankaristes au cimetière de Dagnöen. Ce ne sera pas le cas cette année puisque les restes du fringant capitaine n’y sont plus. L’insurrection populaire d’octobre 2014 étant passée par là. Entrainant du coup un nouvel espoir chez les burkinabè se réclamant de l’idéal sankariste. Un espoir de justice pour les suppliciés du 15 octobre 1987.

Pour ce 15 octobre 2015, le premier sans Blaise Compaoré au pouvoir, l’évènement sera marqué par des activités de prières et de réflexion sur toute l’étendue du territoire national. Un anniversaire qui se tient deux jours après que les avocats aient reçu les résultats des tests balistiques et de l’autopsie des restes du corps du président Sankara et des autres victimes du coup d’Etat d’octobre 1987. Et tout porte à croire que c’est bien le père de la révolution qui reposait au cimetière de Dagnöen. Ce sont les tests ADN (en cours) qui viendront confirmer ou infirmer cette thèse. Déjà, on parle d’un corps criblés de balles.

Des conférences en plein air

A situation particulière, commémoration particulière. Un panel sur le dossier judiciaire avec un collectif d’avocats, des conférences publiques sur les évènements du 15 octobre 1987 et des projections de film suivi de débats sont donc au menu. Et, c’est un espace ouvert dans un quartier populaire qui a été choisi pour abriter ces activités commémoratives. Il s’agit du terrain Miramar sise à Tampouy, non loin du monument des martyrs. C’est là que se passera l’essentiel des activités. Mais, des conférences publiques et projections de films sont prévues également à l’Université de Ouagadougou, à la cité universitaire de la Patte d’oie, mais aussi sur Avenue Thomas Sankara sise à Paspanga.

Ceci, en vue de permettre aux plus jeunes de connaître cette icône du panafricanisme qui aura dirigé la révolution burkinabè pendant quatre. Mais ayant laissé des traces indélébiles. Si bien que 28 ans après son assassinat, Thomas Sankara demeure plus que jamais dans les mémoires des Burkinabè. Le panel animé par les avocats de la famille permettra sans doute d’en savoir plus sur l’avancée du dossier judiciaire qui résonne au-delà des frontières du Burkina.

En tous les cas, l’on n’a jamais été aussi près de la manifestation de la vérité dans ce dossier. Car, ceux qui étaient présumés faire obstacles à la manifestation de la vérité sur les circonstances de la mort du président Sankara sont loin des affaires désormais. Celui qui a bénéficié du coup d’Etat d’octobre 1987, Blaise Compaoré, a été chassé par la rue en octobre 2014. Le général Gilbert Diendéré dont le nom revient le plus souvent dans cette affaire s’est aussi tiré une balle dans le pied en tentant une prise du pouvoir par les armes. La suite est connue. Il est depuis incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée, en attendant son procès. C’est dire que pour les proches de Thomas Sankara, une lueur d’espoir s’ouvre enfin pour que justice soit rendue.


 Lefaso.net par Moussa Diallo

Les résultats de l’assassinat de Thomas Sankara devaient être dévoilés ce 17 septembre

septembre 17, 2015

Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso, assassiné le 15 octobre 1987. © AFP

Thomas Sankara, ancien président du Burkina Faso, assassiné le 15 octobre 1987. © AFP

Le juge d’instruction en charge de l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara avait convoqué les avocats des parties civiles ce jeudi matin pour leur communiquer les résultats de l’autopsie du corps présumé de l’ex-président.

Ce n’est sûrement pas la cause, ni même l’explication, du coup d’État mené ce jeudi 17 septembre par le régiment de sécurité présidentielle (RSP) et le général Gilbert Diendéré contre les autorités de transition. Mais ce hasard de calendrier interpelle.

Dans une lettre officielle dont « Jeune Afrique » a obtenu une copie, le juge d’instruction militaire François Yaméogo, chargé de l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara, avait convoqué ce jeudi matin, à 9h00, les avocats des parties civiles impliquées dans ce dossier pour « prendre connaissance des conclusions des rapports de l’expertise balistique et de l’autopsie après exhumation des restes présumés » de l’ancien président et de ses douze camarades assassinés le 15 octobre 1987 à Ouagadougou.

Diendéré suspecté d’être impliqué dans l’affaire Sankara

Mariam Sankara, la veuve de Thomas, a elle aussi reçu cette convocation. Actuellement en France, elle n’avait pas prévu de s’y rendre mais attendait que ses avocats la tiennent informée.

Ces résultats d’enquête étaient attendus depuis près de quatre mois et l’ouverture des tombes supposées de Sankara et ses proches par des experts burkinabè et français, fin mai, au cimetière de Dagnoën, à Ouagadougou.

Étouffée par le régime Compaoré, l’enquête sur l’assassinat de Thomas Sankara avait été relancée par le régime de transition renversé jeudi par les militaires formant le Conseil national pour la démocratie (CND). Son président, le général Gilbert Diendéré, bras droit de Blaise Compaoré depuis plus de trente ans, est suspecté d’être impliqué dans l’assassinat de Thomas Sankara.

Copie de la convocation de la Cour

Copie de la convocation de la Cour

Jeuneafrique.com par et