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Burkina Faso : la famille Sankara ne réclame qu’un euro symbolique

avril 29, 2022

Après le verdict au procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, les familles des victimes attendent de savoir quels dommages et intérêts leurs seront accordés.

© Glez

« La justice n’est pas une affaire d’argent », semble indiquer la famille Sankara en accueillant, le 6 avril dernier, la condamnation de Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando et Gilbert Diendéré à la prison à perpétuité, 35 ans après l’assassinat de l’ancien président du Conseil national de la révolution burkinabè. Alors que le tribunal militaire décidera, le 10 mai, d’éventuelles compensations financières à l’endroit des parties civiles, les parents du défunt ne demandent qu’un franc symbolique de dommages et intérêts.

Comme pour mieux souligner le caractère politique de la tragédie d’octobre 1987, les avocats souhaitent que l’État soit solidairement responsable des préjudices, les exécutants des faits ayant reçu des ordres de certains dirigeants d’alors.

L’alliance et l’arme

Les ayants droit de Thomas Sankara insistent à ce point sur la primauté de la vérité qu’ils exigent que le certificat de décès soit délivré conformément aux faits, alors que le document de l’époque stipule que le président s’est éteint d’une « mort naturelle ». La famille veut également que ses effets personnels lui soient restitués, notamment son alliance et son arme.

Si le panache des Sankara prend des airs de mansuétude, la vérité et la justice conduiront-elles à la réconciliation qui a largement truffé les discours des régimes successifs ?

N’est pas nation arc-en-ciel qui veut, mais Blaise Compaoré espérerait quitter le quartier abidjanais de Cocody-Ambassades et finir ses jours dans son Faso natal. Évoqué par le nouveau ministre d’État chargé de la Cohésion sociale et de la Réconciliation nationale Yéro Boly – ancien cacique du compaorisme -, un projet d’amnistie gagnerait à être précédé de la bienveillance des familles de victimes.

« Prendre un thé avec Blaise Compaoré ? »

Avant même les dernières conclusions du tribunal, Adama Ouédraogo dit « Damiss » a mis les pieds dans le plat. Dans une tribune s’adressant à la veuve Mariam Sankara, le journaliste-écrivain pose une question directe : « Et si vous partiez à Abidjan prendre le thé avec Blaise Compaoré ? » Et d’invoquer Nelson Mandela rendant visite aux architectes de l’apartheid. Relayée par la presse, la tribune suscite un débat sur les réseaux.

Le thé abidjanais devrait donc refroidir. Tous les acteurs du procès n’affichent pas le même désintéressement que la famille Sankara. Les parents d’autres victimes de la tragédie réclament des centaines de millions de francs d’indemnisation. L’État lui-même a demandé un peu plus d’un milliard cent quarante-cinq millions de francs CFA pour les préjudices financiers, matériels et moraux subis. Requête rejetée par les avocats de la défense…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Burkina-Faso- Assassinat de Sankara : l’ex-président Blaise Compaoré condamné à la perpétuité

avril 6, 2022

Le verdict est tombé dans le procès des assassins de l’ancien président burkinabè. L’ex-président Compaoré, absent du procès, a été condamné à la perpétuité. Tout comme Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

Blaise Compaoré, en exil depuis 2014 en Côte d’Ivoire, a été condamné par contumace, le 6 avril, à la prison à perpétuité pour sa participation à l’assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara, tué avec douze de ses compagnons lors d’un coup d’État en 1987. Le tribunal militaire de Ouagadougou a également condamné à la perpétuité le commandant de sa garde Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016, et le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987.

Dans le détail, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando ont été reconnus coupables d’« attentat à la sûreté de l’État ». Kafando a en outre été reconnu coupable d’« assassinat », Compaoré et Diendere de « complicité d’assassinat ». Ces deux derniers ont cependant été acquittés des faits de « recel de cadavre », pour cause de prescription. Le tribunal a également maintenu les mandats d’arrêt émis à l’encontre de Compaoré et de Kafando.

Idrissa Sawadogo et Nabonssouindé Ouedraogo, reconnus coupables d’assassinat, ont été condamnés à 20 ans de prison ferme. Yamba Élysée Ilboudo, lui aussi reconnu coupable d’assassinat, a écopé de 11 ans de prison. Jean-Pierre Palm et Tibo Ouedraogo ont été condamnés à 10 ans de prison. Nida Tonde, dit « Mang-Baaba », a été condamné à trois ans de prison.

Cinq ans de prison avec sursis ont été prononcés contre Djakalia Dème et Pascal Sidibi Belemlilga. Bossobè Traoré, qui comparaissait pour complicité d’attentat à la sûreté de l’État et de complicité d’assassinat, a été acquitté.

Les différentes parties ont désormais quinze jours pour faire appel.

Grands absents

L’énoncé du verdict est intervenu au terme d’un long procès démarré en octobre dernier devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Le jour de la première audience, le 11 octobre, douze des quatorze accusés étaient présents, dont le général Gilbert Diendéré, 61 ans, un des principaux chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Tous doivent répondre des chefs d’inculpation suivants : « complicité d’assassinat », « assassinat », « recel de cadavres » et « attentat à la sûreté de l’État ».

Le principal accusé, l’ancien président Blaise Compaoré, porté au pouvoir par ce putsch et ami proche de Sankara, est absent, ses avocats ayant dénoncé « un simulacre de procès » devant « un tribunal d’exception ». Soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Sankara – ce qu’il a toujours nié -, il a été chassé du pouvoir en 2014 par la rue et vit depuis en Côte d’Ivoire. Le parquet militaire a requis 30 ans de prison contre lui.

Trente ans ont également été requis contre l’autre grand absent, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, ancien commandant de la garde de Compaoré, en fuite depuis 2016 et soupçonné d’avoir mené le commando qui a assassiné Thomas Sankara et ses compagnons.

L’écrasante majorité des accusés présents plaide non coupable, dont le général Diendéré qui risque une peine de 20 ans de prison, durée de celle qu’il purge actuellement pour une tentative de coup d’État en 2015. Les prévenus racontent une tentative d’arrestation de Sankara qui a « mal tourné », à la suite de divergences avec Blaise Compaoré « sur la marche de la révolution« .

Complot international

D’anciens collaborateurs du président tué lèvent le voile sur les relations tendues entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara et sur l’existence d’un « complot international » ourdi contre un leader progressiste qui voulait bouleverser l’ordre du monde et éradiquer la pauvreté dans son pays. « Le drame du 15 octobre 1987 est arrivé sous la pression de certains chefs d’État, tels que Félix Houphouët Boigny de la Côte d’Ivoire », témoigne Abdoul Salam Kaboré, ministre des Sports de Sankara.

C’EST LA CRÉATION D’UN PARTI POLITIQUE UNIQUE QUI A MIS LE FEU AUX POUDRES

Entendu en visioconférence depuis la France, ancienne puissance coloniale au Burkina, Moussa Diallo, aide de camp du président assassiné, assure que les événements d’octobre 1987 « ont été prémédités » et que le président Houphouët Boigny, grand ami de la France, était « au centre de ce complot ».

Houphouët Boigny avait dit à Thomas Sankara : « Il faut que vous changiez, si vous ne changez pas, nous allons vous changer », selon Serge Théophile Balima, ancien directeur de la télévision burkinabè.

À LIREQuand Thomas Sankara était surveillé par la CIA

« Blaise Compaoré voulait le pouvoir. C’est la création d’un parti politique unique qui a mis le feu aux poudres » car Compaoré « ne voulait pas de l’unification des organisations du Comité national de la révolution (CNR) », a expliqué aux enquêteurs Valère Somé, politologue burkinabè dont la déposition a été lue au procès. Selon un commandant militaire, Blaise Sanou, « celui qui était accro au pouvoir, c’était Blaise Compaoré ». « C’est également à cause (de cette soif) du pouvoir qu’il a voulu modifier la constitution après 27 ans de règne », ce qui a provoqué sa chute en 2014.

Coup d’État

Le procès a été interrompu à plusieurs reprises à la suite du coup d’État du 24 janvier mené par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba qui a renversé le président élu Roch Marc Christian Kaboré. L’une de ces interruptions a été motivée par un requête des avocats de la défense auprès du Conseil constitutionnel qui a investi Damiba le 16 février. Ils estiment qu’on ne peut pas condamner des accusés pour « attentat à la sûreté de l’État » alors que le coup d’État est en lui-même une telle atteinte. Une requête rejetée par le Conseil constitutionnel.

Par Jeune Afrique avec AFAvec AFP

Procès Sankara au Burkina : trente ans de prison requis contre Blaise Compaoré

février 8, 2022
Le général Diendéré au tribunal militaire de Ouagadougou, le 9 novembre 2021. © General Diendere at the Military Tribunal of Ouagadougou, Tuesday, November 9, 2021. General Diendere will be questioned as an accused from this Tuesday. Le General Diendere au Tribunal Militaire de Ouagadougou, le mardi 9 novembre 2021. Le General Diendere sera interroge en tant qu accuse a partir de ce mardi. © Sophie Garcia/Hans Lucas

L’ancien président burkinabè, en exil en Côte d’Ivoire, a été désigné par le parquet comme le principal responsable de l’assassinat de Thomas Sankara. Trente ans de prison ont également été requis contre Hyacinthe Kafando et vingt contre Gilbert Diendéré, alors que le procès historique touche bientôt à son terme.

Trente ans de prison ferme ont été requis ce mercredi contre Blaise Compaoré, soupçonné d’être le principal commanditaire de l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons en 1987. Le parquet militaire a demandé au tribunal de reconnaître l’ancien président du Burkina Faso coupable « d’attentat à la sûreté de l’État », de « recel de cadavre » et de « complicité d’assassinat ».

Une réquisition énoncée en l’absence du principal concerné. Chassé du pouvoir par la rue en 2014, Blaise Compaoré vit depuis en Côte d’Ivoire. Il ne s’est pas présenté devant ses juges, ses avocats dénonçant « un tribunal d’exception ». Il a toujours nié toute implication dans les événements du 15 octobre 1987.

Vingt ans à l’encontre de Diendéré

Trente ans de prison ont également été requis contre l’autre grand absent, Hyacinthe Kafando, en fuite depuis 2016. L’ancien commandant de la garde de Compaoré est soupçonné d’avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara et ses collaborateurs. Le parquet a réclamé sa condamnation pour « attentat à la sûreté de l’État » et « assassinat ». Outre ces deux absents de marque, douze autres accusés étaient présents lors de ce procès fleuve qui a débuté en octobre. L’écrasante majorité avait plaidé non coupable.

La veille, mardi 7 février, vingt ans de prison ont été requis contre le général Gilbert Diendéré, l’un des chefs de l’armée lors du putsch de 1987. Il purge déjà une peine de vingt ans de réclusion pour avoir pris le pouvoir au terme du coup d’État de 2015. De trois à vingt ans d’emprisonnement ferme ont également été demandés pour cinq accusés, en plus d’une peine de onze ans avec sursis. Enfin, le parquet a requis l’acquittement de trois accusés « pour faits non constitués » et des deux derniers pour « prescription ».

« Personne n’a avoué »

Lors de son réquisitoire, mardi matin, le parquet militaire a retracé la chronologie des évènements du 15 octobre 1987. Selon lui, alors que le chef de l’État burkinabè se rendait au Conseil de l’entente, le siège du Conseil national de la révolution où s’est produite la tuerie, vers 16h20, « ses bourreaux étaient déjà sur place ». Lorsque Thomas Sankara est entré dans la salle de réunion, « le commando, scindé en deux groupes, a investi les lieux en abattant les gardes du chef de l’État. Le commando a ensuite ordonné au président Sankara et à ses collaborateurs de sortir de la salle. Ils seront tour à tour abattus », a poursuivi l’accusation.

HÉLAS, AUCUN ACCUSÉ NE S’EST REPENTI

Suspendu après le coup d’État militaire survenu au Burkina il y a deux semaines, le procès a repris le 2 février avec les plaidoiries des parties civiles, qui se sont achevées lundi 7 février. « Après quatre mois de débat, c’est un sentiment de soulagement qui anime les familles », a indiqué Me Prosper Farama, l’avocat de la famille Sankara. « Hélas, au cours de ce procès, aucun accusé n’a avoué, aucun ne s’est repenti. Personne ! Nous demandons au tribunal de rendre justice aux familles. Nous ne voulons pas une vengeance, nous demandons simplement justice », a-t-il ajouté. Le procès doit se poursuivre avec les plaidoiries des avocats de la défense.

Par Jeune Afrique avec AFP

Procès Sankara : Diendéré, victime autoproclamée

novembre 12, 2021

Damien Glez © Damien Glez

Droit dans ses rangers, Gilbert Diendéré a nié toute implication dans l’assassinat de Thomas Sankara. À l’audience, il s’est déclaré « non coupable », et même victime…

Sur les événements du 15 octobre 1987 qui coûtèrent la vie au président burkinabè Thomas Sankara et douze de ses compagnons, tout semblait avoir été su et rien n’avait été formellement dit. Dans l’esprit du Burkinabè lambda –volontiers autoproclamé sankariste –, les responsabilités semblaient établies.

« Faire dire » est sans conteste l’enjeu principal du procès actuel qu’on n’espérait plus, tant il semblait ancré dans une historicité moins contemporaine que l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en 1998. De témoignages en reconstitutions journalistiques, parfois sur le simplissime mode du « à qui profite le crime », tout semblait transparent sur le rôle présumé et la présence supposée, le jour J, de Blaise Compaoré, Hyacinthe Kafando, Arzouma « Otis » Ouédraogo ou Gilbert Diendéré. Tout ?

Aplomb spectaculaire

Ces derniers jours d’audience ont permis d’assister aux auditions contradictoires du colonel-major à la retraite Jean-Pierre Palm et approximative de l’ex-chauffeur militaire Yamba Élysée Ilboudo. Du fretin si menu, dans le casting du procès, que personne ne s’émeut outre mesure de quelque arrangement avec la vérité. Mais quand apparut la star du feuilleton judiciaire, le 9 novembre, les auditions prirent des allures de climax.

En l’absence du bénéficiaire du putsch – Compaoré exilé – et de ceux qui firent vraisemblablement feu – Kafando en fuite et « Otis » neutralisé –, la vedette du prétoire reste Gilbert Diendéré. Au moment des faits, ce dernier était chef de corps adjoint du Centre de formation commando (CNEC, dont étaient issus les assaillants) membre de la division information du Haut Commandement des forces armées populaires et responsable de la sécurité du « Conseil de l’entente », lieu des assassinats du 15 octobre 1987.

Il vaut mieux entendre certaines choses que d’être sourd : « la quatorzième victime », c’est ce que le général aurait failli être, si l’on en croit sa déclaration sous serment. « Boîte noire » des turpitudes du régime qui suivit le coup d’État, Diendéré affiche un aplomb spectaculaire en se proclamant victime potentielle devant les familles de victimes effectives.

Désarmé et inconscient ?

Non coupable des chefs d’attentat à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavre et subornation de témoins ? Le scénario de l’accusé vedette est simplissime : s’il s’est effectivement retrouvé sur les lieux du drame – intrigué par les déflagrations –, ce serait juste après la mort de Sankara, en tenue de sport et avec un niveau d’information nul sur le complot.

DIENDÉRÉ EXPLIQUE QU’ILS N’ÉTAIENT QUE DES HUMAINS BIEN NATURELLEMENT TÉTANISÉS PAR CETTE VIOLENCE

Désarmé, inconscient de « qui était avec qui », il aurait donc subi l’événement. Dédouanant au passage Blaise Compaoré, il explique qu’un membre du commando lui aurait indiqué avoir pris l’initiative d’une arrestation de Sankara malencontreusement achoppée. Quid de ceux qui étaient censés intercepter les assassins ? Diendéré explique qu’ils n’étaient que des humains bien naturellement tétanisés par cette violence…

Le calme légendaire du général, grand échalas socialement affable, frise l’énigme. Comment pouvait-il être à ce point droit dans ses bottes qu’il ne chercha pas à fuir avec les autres compaoristes, à l’insurrection populaire de 2014 ? Comment pouvait-il être à ce point stoïque qu’il incarna – il nie en être à l’origine – le putsch absurde et avorté de 2015, qui le conduira en prison pour une vingtaine d’années ?

Si on lui posait la question, « Golf » (surnom du général) répondrait sans doute que ne fuient, ne complotent et ne troquent leur jogging que ceux qui ont des choses à se reprocher. Tout est simple au pays de Diendéré…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Procès Sankara : la ligne de défense de Blaise Compaoré mise à mal par un témoin-clé

octobre 29, 2021
Thomas Sankara, à Paris en février 1986. © PASCAL GEORGE/AFP

Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, absents aux audiences, sont au centre du procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara. En une semaine, témoins et accusés se sont succédé à la barre, et l’un d’eux a particulièrement fragilisé la défense de l’ancien président burkinabè en exil à Abidjan.

Cette fois, les choses sérieuses ont commencé. Après une première audience rapidement reportée, lundi 11 octobre, le procès historique qui doit lever le voile sur les circonstances de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune, le 15 octobre 1987, est entré depuis une semaine dans le fond du dossier. Et au fil des premières auditions des 12 accusés présents au tribunal militaire, principalement d’anciens soldats du Centre national d’entraînement commando de Pô, la parole se libère et la lumière commence peu à peu à émerger.

Appelé à la barre lundi, Yamba Élysée Ilboudo, 62 ans, premier accusé à comparaître devant le tribunal militaire présidé par le juge Urbain Méda, a expliqué avoir exécuté un ordre de son supérieur hiérarchique. En l’occurrence, l’adjudant-chef Hyacinthe Kafando, l’un des deux grands absents de ce procès, avec l’ancien président Blaise Compaoré, en fuite en Côte d’Ivoire depuis sa chute en 2014. À la barre, le soldat de 1ère classe, se montre beaucoup moins prolixe que lors de l’instruction.

« J’ai oublié, cela fait longtemps »

Celui qui était à l’époque le chauffeur de la sécurité rapprochée de Compoaré avait affirmé, lors de ses auditions devant le juge d’instruction, avoir été présent au Conseil de l’entente, ce jour funeste d’octobre 1987. Il a aussi assuré y avoir aperçu Gilbert Diendéré. Devant le tribunal, cependant, il botte souvent en touche face à la vague de questions à laquelle le soumettent le juge, le procureur et les avocats des parties civiles. « Je ne me souviens pas » ; « J’ai oublié, cela fait longtemps »… Au fil de l’audition, l’ancien soldat, qui plaide non coupable, a pourtant fini par livrer quelques détails sur la manière dont le commando a exécuté le père de la révolution burkinabè.

« Je suis militaire, si le chef dit de faire quelque chose, je le fais », a-t-il notamment déclaré, pointant – sans le nommer – Hyacinthe Kafando. Il confirme que le commando est bien parti du domicile de Blaise Compaoré, situé alors dans le quartier de Koulouba, dans le centre-ville de Ouagadougou. Un témoignage qui vient mettre à mal la ligne de défense de Blaise Compaoré, qui a refusé de comparaître à ce procès dont il est le principal accusé et que ses avocats qualifient de « politique ».

THOMAS SANKARA SORT DE LA SALLE, LES MAINS EN L’AIR… HYACINTHE KAFANDO ET MAÏGA TIRENT SUR LUI.

Arrivé au Conseil de l’entente, celui qui conduisait l’un des deux véhicules transportant les hommes du commando raconte que l’assaut lancé contre Thomas Sankara et ses compagnons a duré « 4 à 5 minutes ». Lui n’y a pas participé, promet-il. À peine les portes franchies, Hyacinthe Kafando descend précipitamment et scinde le commando pour encercler la salle où se tenait la réunion présidée par le « camarade capitaine ».

De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983.
De gauche à droite : les capitaines Blaise Compaoré et Thomas Sankara, avec le commandant Lingani, au lendemain du coup d’État du 4 août 1983. © Archives Jeune Afrique

Hyacinthe Kafando et l’adjudant Maïga se dirigent vers l’entrée de la salle où sont réunis Thomas Sankara et ses compagnons. « J’ai assisté aux coups de feu depuis le véhicule, qui avait été endommagé après avoir percuté violemment le portail. Je me souviens avoir vu Oualilahi Ouédraogo, un garde de la sécurité de Thomas Sankara, touché par les balles. C’est la première victime », a raconté Yamba Élysée Ilboudo. « Puis, Thomas Sankara sort de la salle, les mains en l’air, en demandant ce qui se passe… Là, Hyacinthe Kafando et Maïga, qui avançaient, tirent sur lui. Il s’effondre, d’abord sur les genoux, avant de tomber sur un côté », poursuit-il, avant d’affirmer : « Je ne sais pas lequel des deux à tirer le coup fatal. »

Quant à la présence de Gilbert Diendéré sur place au moment du massacre, Yamba Élysée Ilboudo change d’abord de version, affirmant ne pas l’y avoir vu. Puis pressé de questions par le président du tribunal, il finit par faire à nouveau volte-face et confirme sa présence sur les lieux, en réunion avec ses soldats. « Pourquoi, quand il s’agit du général Diendéré, vous ne vous souvenez de rien ? Avez-vous peur ? », l’interroge le juge Méda. « Cette question est compliquée », concède le soldat. « Mais oui, j’ai peur ». Après l’assaut, le commando a regagné, à pied, le domicile de Blaise Compaoré.

Dénégations et versions contradictoires

Jeudi, ce fut au tour d’Idrissa Sawadogo de se présenter devant les juges. Aujourd’hui âgé de 59 ans, l’ancien soldat a tenu sa ligne de défense : il affirme ne pas avoir été présent au moment de la tuerie, puisqu’il était resté au domicile de Blaise Compaoré. « C’est de là-bas que j’ai entendu les tirs », a-t-il assuré, affirmant même que Yamba Élysée Ilboudo, dont le témoignage est si accablant pour Blaise Compaoré, n’était pas présent lors de l’attaque, car « malade » le jour des faits. Un témoignage balayé d’un revers de manche par l’accusation. « Nous n’attendons pas grand-chose de l’interrogatoire d’Idrissa Sawadogo, car sa ligne de défense est de tout rejeter », a lâché le substitut du procureur militaire Sidi Becaye Sawadogo.

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Troisième accusé à comparaître au cours de cette première semaine d’audiences, Nabonswendé Ouédroago qui était, comme Sawadogo, membre de la sécurité rapprochée de Blaise Compaoré. Et comme lui, également, il s’inscrit en faux vis-à-vis du témoignage de Yamba Élysée Ilboudo. Non, il ne faisait pas parti du commando qui a donné l’assaut, puisque, affirme-t-il, il était en poste à la surveillance de l’entrée du Conseil de l’entente. « Le 15 octobre, entre 15 h 30 et 16 heures, Hyacinthe Kafando – dont le pied à terre est mitoyen de celui de Blaise Compaoré – est passé dans les locaux [du Conseil de l’entente] où j’étais de garde. Il y a embarqué avec lui des éléments qui l’attendaient à la porte. Peu après leur départ, les coups de feu ont retenti », a-t-il raconté au tribunal. Sans vraiment convaincre. Son audition doit reprendre à la réouverture des audiences, prévue ce mardi 2 novembre.

Ce sera ensuite au tour du général Gilbert Diendéré d’être appelé à la barre. La version de ce militaire, qui purge actuellement  une peine de vingt ans pour son implication dans le putsch manqué de septembre 2015, est particulièrement attendu. Il viendra clore la série d’auditions des accusés présents lors de ce procès, ouvrant la voie aux réquisitions et plaidoiries des parties civiles et de la défense.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Burkin-Faso/Assassinat de Thomas Sankara : ce qu’il faut retenir du premier jour du procès historique

octobre 11, 2021
Thomas Sankara, en 1986. © Pascal Maitre/JA

L’heure du procès a enfin sonné. Plus de trois décennies après l’assassinat du président burkinabè, le 15 octobre 1987, les audiences ont démarré devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Revivez cette première journée grâce aux envoyés spéciaux de « Jeune Afrique ».

15h33 – Les audiences suspendues jusqu’au 25 octobre 

Le président du tribunal, le juge Urbain Méda, a annoncé que les audiences reprendront le 25 octobre à 9h.

Les défenseurs des accusés réclamaient un délai plus long, d’un mois, afin que les avocats commis d’office puissent prendre connaissance du dossier. Le magistrat a estimé que quinze jours étaient suffisants, comme l’avait plaidé le procureur.

Par ailleurs, le tribunal a décidé de rejeter les demandes formulées par les avocats des parties civiles, qui souhaitaient que le procès soit filmé.

13h45 – Plusieurs semaines de procès

Alors que l’audience est suspendue depuis près de deux heures, nous allons clôturer ce live.

À retenir :

· Le procès s’est ouvert peu après 9 h dans la salle des Banquets de Ouaga 2000. Un dispositif exceptionnel a été mis en place. Environ 150 personnes assistaient à cette première audience, en grande majorité des journalistes, mais aussi des membres des familles de Thomas Sankara et des douze autres victimes de la tuerie du 15 octobre 1987 au Conseil de l’Entente.

· Douze hommes étaient dans le box des accusés, mais deux manquaient à l’appel : Blaise Compaoré, accusé d’être le commanditaire du crime, qui est en exil à Abidjan depuis 2014, et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir été à la tête du commando. Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, sera donc particulièrement scruté.

· Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président, a fait le déplacement depuis Montpellier, où elle réside. Elle a regretté l’absence du principal accusé, Blaise Compaoré.

· Attendue depuis 34 ans par les familles des victimes, cette première journée d’audience était essentiellement consacrée au règlement de questions formelles. Les audiences doivent durer plusieurs semaines.

12h45 – Absence de Compaoré : « Un vrai homme viendrait s’expliquer »

Mariam Sankara a fait quelques déclarations sur l’absence du principal accusé, l’ancien président burkinabè, Blaise Compaoré, à ce procès : « Blaise Compaoré a fui et ne veut pas rentrer [au Burkina Faso] pour répondre des faits qui lui sont reprochés. Un vrai homme viendrait s’expliquer », a dénoncé la veuve de Thomas Sankara.

Blaise Compaoré, 70 ans, est en exil en Côte d’Ivoire depuis qu’il a été renversé par un soulèvement populaire en 2014. Selon son avocat, Pierre-Olivier Sur, il refuse de répondre à cette cour car il s’agit d’un « procès politique ».

12h00 – Alouna Traoré : « Nos rêves de révolution »

Alouna Traoré, ancien collaborateur de Thomas Sankara et seul survivant de la tuerie du 15 octobre 1987, est présent au procès. « J’éprouve un sentiment de soulagement. On n’y croyait plus mais finalement ce procès se tient enfin. C’est une opportunité unique de rétablir la vérité, a-t-il déclaré à Jeune Afrique. Maintenant, nous voulons que justice soit faite. La justice ne pourra pas nous restituer les rêves de changement de la société que nous avions sous la révolution, mais elle pourra au moins restituer la vérité. Elle finira par être connue. Quant à nos rêves de révolution, c’est aux nouvelles générations de les porter désormais.

11h55 – Suspension d’audience

L’audience a de nouveau été suspendue par le président Urbain Méda. Le juge veut consulter les parties sur le chronogramme de l’audience.

11h15 – Les « autres » accusés

Quatorze hommes sont inculpés et trois d’entre eux sont bien connus : Blaise Compaoré, l’ancien président burkinabè, qui est accusé d’avoir commandité le crime, Gilbert Diendéré, l’ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, qui est accusé de l’avoir organisé, et Hyacinthe Kafando, qui est soupçonné d’être le chef du commando.

Mais qui sont les onze autres ?

Trois hommes étaient gardes du corps de Blaise Compaoré au moment des faits et sont poursuivis pour « assassinat » : le caporal Idrissa Sawadogo, les soldats de première classe Nabonswendé Ouédraogo et Yamba Elysée Ilboudo.

Tout comme le sergent Bossobè Traoré, poursuivi pour « complicité d’attentat à la sûreté de l’État », ils officiaient au Centre national d’entraînement commando (CNEC) de Pô au moment des faits, en 1987. Créé par Thomas Sankara en 1976, ce centre situé dans le sud du Burkina, à la frontière avec le Ghana, avait dès le début la vocation de former et d’héberger les meilleurs militaires du pays. En 1987, il était dirigé par Blaise Compaoré, qui était secondé par Gilbert Diendéré.

Trois autres accusés servaient à Pô, cette fois-ci au sein de l’escadron motocycliste : le colonel Tibo Ouédraogo, l’adjudant-chef Albert Pascal Sibidi Belemlilga et Diakalia Démé.

Parmi les inculpés, il y a également Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm, qui officiait au camp militaire de Bobo-Dioulasso, et le soldat Nina Tondé.

Enfin, il y a deux anciens médecins militaires : Alidou Jean Christophe Diébré et Hamado Kafando. Ce sont eux qui ont inscrit sur le certificat de décès de Thomas Sankara que le président du Faso était décédé de « mort naturelle ».

11h10 – Les assesseurs choisis

Après un nouveau débat sur les liens qui ont pu exister entre les assesseurs tirés au sort et les accusés, trois officiers supérieurs ont finalement été retenus comme assesseurs militaires titulaires pour composer la chambre. Il s’agit du colonel-major Boureima Ouédraogo, du colonel-major Alfred Somda, et du colonel Saturnin Poda.

10h45 – Thomas Sankara : derniers instants, derniers témoins, derniers secrets…

Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986.
Le capitaine Thomas Sankara et le journaliste Sennen Andriamirado, à Paris, en 1986. © Pascal Maitre/Archives JA

« Il a à peine franchi la porte de la villa qu’il est littéralement canardé. Les assaillants étaient venus pour tuer ! » Dans Il s’appelait Sankara, paru deux ans après la mort de l’ancien président, Sennen Andriamirado, rédacteur en chef de Jeune Afrique et intime de l’ex-chef de l’État, faisait le récit des dernières heures de Thomas Sankara.

10h30 – Urbain Méda, le juge

La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021.
La chambre de première instance du tribunal militaire devant laquelle se tient le procès des assassins présumés de Sankara, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

L’homme qui a la lourde charge de présider les audiences de ce procès historique est Urbain Méda. S’il sera assisté de militaires, lui est un civil.

Il a été président du tribunal de grande instance de Ouagadougou, puis de ceux de Dori (dans le nord du pays) et Koudougou (à l’ouest de la capitale). C’est aujourd’hui en qualité de président de la chambre de première instance du tribunal militaire qu’il officie.

10h25 – Les révélations de Moussa Diallo, l’ex-aide de camp du « camarade capitaine » 

Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021.
Moussa Diallo, officier à la retraite, ancien aide de camp de Thomas Sankara, ancien commandant adjoint de la gendarmerie nationale, en banlieue parisienne, le 8 septembre 2021. © Vincent Fournier pour JA.

« En idéaliste qu’il était, il se pensait sûrement plus utile pour la cause mort que vivant ». Moussa Diallo, l’ancien aide de camp de Thomas Sankara était l’un des maillons essentiels du dispositif de l’ancien président burkinabè. Il a accepté de livrer son témoignage en exclusivité à Jeune Afrique.  

Au-delà des anecdotes sur le « camarade capitaine » dont il fut l’un des plus proches collaborateurs, Moussa Diallo revient sur les semaines qui ont précédé l’assassinat du président burkinabè. La montée des tensions avec Blaise Compaoré, la manière dont Thomas Sankara faisait face, jusqu’à ce jour fatidique du 15 octobre 1987. L’intégralité de ce témoignage est à retrouver dans notre article ci-dessous.  

10h15 – Dispositif sécuritaire renforcé

Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou.
Des policiers burkinabè devant la salle d’audience où s’est ouvert le procès des assassins présumés de Thomas Sankara, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou. © Sam Mednick/AP/SIPA

Un dispositif sécuritaire renforcé a été mis en place autour de la salle des Banquets de Ouaga 2000 durant toute la durée du procès. Trois entrées sont prévues pour accéder à l’intérieur de la salle : une pour les magistrats et les officiels, une pour les accusés, et une pour le public.

Le port de tout vêtement, accessoire ou pancarte à l’effigie d’un des accusés ou d’une victime est interdit dans la salle d’audience, tout comme à ses abords.

10h00 – Problème d’assesseurs

L’audience a été suspendue à 9h40 car les deux généraux de brigade qui ont été appelés pour être assesseurs se sont récusés. Brice Bayala a mis en avant des raisons de santé et Ouedraogo Nazingouba sa proximité avec certains accusés, dont Gilbert Diendéré et Blaise Compaoré, dont il fut le médecin personnel.

Alors que les assesseurs doivent théoriquement être de grade égal ou supérieur à celui de l’accusé le plus haut gradé (en l’occurrence Gilbert Diendéré, qui est général), le juge a dû suspendre l’audience afin qu’une dérogation lui permettant de choisir des assesseurs de grade inférieur soit acceptée.

9h40 – Audience suspendue

L’audience s’est ouverte à 9h10 exactement, selon nos correspondants sur place. Le juge Urbain Méda, qui présidera les débats lors de ce procès, a fait son entrée dans la salle d’audience.

Il a d’abord lu l’ordonnance n°004 sur la  délocalisation du tribunal dans la salle des Banquets de Ouaga 2000 – une mesure exceptionnelle à la mesure de ce procès. Il a ensuite procédé à l’appel des accusés et constaté l’absence de deux d’entre eux – Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando.

Enfin, ce juge, qui est le président du tribunal de première instance, a demandé au greffier en chef de procéder au tirage au sort de trois juges militaires qui officieront en tant qu’assesseur et suppléants. Mais une difficulté est apparue qui a contraint à suspendre temporairement l’audience.

9h35 – [Vidéo] Trois minutes pour comprendre les enjeux d’un procès historique

Pourquoi a-t-il fallu attendre plus de trente ans pour que le procès s’ouvre enfin ? Quelles seront les conséquences de l’absence de Blaise Compaoré ? Pourquoi les thèses de la « main de l’étranger » dans l’assassinat de l’ancien président burkinabè ne sera pas abordée lors des audiences ?

Décryptage des enjeux du procès en vidéo :
https://www.youtube.com/embed/TCrqPrMzWa4

9h25 – Mariam Sankara, vêtue de bleu, à l’ouverture du procès

Benjamin Roger / JA

9h15 – Un procès enterré… puis ressuscité

Thomas Sankara et ses douze compagnons tués le 15 octobre 1987 ont été immédiatement enterrés à la sauvette. Leur mort devient tabou et quasiment impossible à évoquer pendant des années. Alors que Blaise Compaoré, suspecté d’être le commanditaire de cet assassinat, a pris le pouvoir, le régime refuse de lancer une quelconque enquête.

Le dossier est enterré, mais Mariam Sankara, la veuve de Thomas Sankara, porte plainte contre X en 1997 pour éviter que l’affaire soit prescrite. Il lui faudra encore attendre des années avant qu’un juge ne s’en empare.

C’est en 2014, alors que Blaise Compaoré est renversé après 27 années de pouvoir, que l’espoir renaît pour la famille Sankara. En mars 2015, un juge ouvre une enquête, puis auditionne Mariam Sankara deux mois plus tard. « J’ai été entendue. J’ai eu l’impression que le juge voulait vraiment aller au bout de cette enquête, je ne peux qu’espérer que cela se passe bien », déclare-t-elle à l’époque.

Six ans d’instruction plus tard, la voilà ce matin, dans la salle d’audience, pour assister au procès.

9h00 – Ouverture du procès imminente

Il est 9h00 à Ouagadougou, le procès historique des assassins présumés de Thomas Sankara doit désormais s’ouvrir d’un instant à l’autre.

8h55 – Gilbert Diendéré, bras-droit de Blaise Compaoré

Gilbert Diendéré fait figure de principal accusé. Ancien chef d’état-major particulier de Blaise Compaoré, il est poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins dans le dossier Sankara.

Lors de l’assassinat de Thomas Sankara, il était le commandant adjoint des para-commandos de Pô et faisait déjà office de bras droit de Compaoré. Ce sont ses hommes qui ont tiré sur Sankara et ses douze camarades. Véritable boite noire du régime Compaoré pendant vingt-sept ans, il a été arrêté à la suite d’une tentative de putsch raté en 2015, pour laquelle il a été condamné à vingt ans de prison.

8h50 – Les accusés sont dans la salle d’audience

Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021.
Les accusés dans le procès de l’assassinat de Thomas Sankara, lors de l’ouverture du procès, le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

Nos journalistes, Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly, sont dans la salle d’audience du tribunal militaire.

Neuf accusés sont déjà présents. Douze doivent venir – les deux autres, l’ancien président Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando qui a tué Thomas Sankara, seront jugés par contumace.

Dans le box, Gilbert Diendéré sera le plus scruté. C’est le seul à comparaître ce matin en treillis militaire. Benjamin Roger a pu échanger quelques mots avec lui. Détendu et souriant, il lui a déclaré : « Je ne peux rien vous dire pour l’instant, mais je vous invite à venir quand je témoignerai. »

8h45 – Des journalistes mais peu de curieux

Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021.
Quelques instants avant l’ouverture du procès des assassins présumés de Sankara, à Ouagadougou le 11 octobre 2021. © Benjamin Roger pour JA

À une demi-heure de l’ouverture du procès, seules quelques dizaines de personnes attendaient de pénétrer dans la salle d’audience. Des journalistes pour la plupart. Tous sont méticuleusement fouillés, dans le calme.

Quelques personnalités sont également présentes, comme Cheriff Sy, l’ancien ministre de la Défense, ou Domba Jean-Marc Palm, ancien ministre et spécialiste de l’histoire politique du Burkina Faso.

8h35 – Mariam Sankara attendue au procès

Mariam Sankara, la veuve de l’ancien président burkinabè, est aussi attendue à l’ouverture de ce procès pour lequel elle se bat depuis trois décennies. Elle est arrivée dimanche 10 octobre de Montpellier, dans le sud de la France, où elle réside depuis plusieurs années. Philippe et Auguste, les deux fils du couple Sankara, qui vivent aux États-Unis, ne seront, eux, pas présents. Plusieurs frères et sœurs de l’ancien président, comme Valentin ou Odile, devraient également assister à l’ouverture de l’audience.

8h20 – Les accusés arrivent au tribunal

Benjamin Roger pour JA

Les douze accusés viennent d’arriver à la salle des Banquets de Ouaga 2000, nous informe notre envoyé spécial, Benjamin Roger. Derrière les vitres des bus qui les amènent à la salle d’audience, on les distingue, habillés en treillis militaire.

Quatorze personnes sont inculpées dans ce dossier, mais seuls douze vont comparaître. Les deux principaux accusés, l’ancien président Blaise Compaoré, et Hyacinthe Kafando, ne sont pas présents. Le premier est en exil à Abidjan depuis sa chute en 2014 et le second a fui le Burkina Faso, il est toujours recherché.

8h05 – Un procès historique

Le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons doit s’ouvrir ce lundi 11 octobre à 9h GMT devant la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou. Pour des questions logistiques, il se tiendra dans la salle des Banquets de Ouaga 2000, comme cela avait été le cas pour le procès du putsch manqué de 2015, qui s’y était tenu entre février 2018 et septembre 2019.

Ce procès historique, attendu par de nombreux Burkinabè depuis plus de trente ans, est ouvert au public dans la limite des quelques centaines de places de cette salle des Banquets.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger et Nadoun Coulibaly – à Ouagadougou

Assassinat de Thomas Sankara : enfin la vérité ?

septembre 28, 2021
Thomas Sankara.

Qui a tué l’ancien président burkinabè, icône de la révolution ? C’est un procès historique qui doit s’ouvrir le 11 octobre à Ouagadougou, au cours duquel seront notamment jugés Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando.

L’heure du procès a enfin sonné, mettant fin à plus de trente ans d’attente, durant lesquels l’enquête judiciaire a d’abord été enterrée, avant d’être relancée après la chute du régime de Blaise Compaoré, en 2014. Le 11 octobre, à 9 heures, s’ouvrira, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, le procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, le 15 octobre 1987. Un procès historique dont les audiences seront publiques tant cette affaire d’État cristallise l’attention des Burkinabè – et de nombreux Africains – depuis trois décennies. 

En tout, 14 prévenus sont appelés à comparaître devant le tribunal militaire de Ouagadougou. Parmi eux, des membres du commando qui a tué Sankara, des complices, mais aussi et surtout trois hommes dont beaucoup pointent depuis longtemps la responsabilité directe dans cet assassinat : Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando. Ancien aide de camp de Sankara et ex-commandant adjoint de la gendarmerie nationale, Moussa Diallo était l’un des intimes du président assassiné. En amont du procès, ce témoin de premier plan qui a longtemps gardé le silence s’est longuement confié à JA. Et livre des détails inédits sur la fin sanglante de la révolution burkinabè.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Assassinat de Thomas Sankara : un procès sans Blaise Compaoré ?

août 18, 2021
Le capitaine Thomas Sankara, président du Burkina Faso, le 7 février 1986 à Paris.

Le procureur militaire a annoncé l’ouverture du procès des assassins présumés de l’ancien président burkinabè et de ses compagnons, tués en octobre 1987. Parmi les accusés figure Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire depuis sa chute.

Depuis le 14 avril, le procès semblait inéluctable. Ce jour-là, la chambre de contrôle de l’instruction avait renvoyé le dossier de l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara et de ses douze compagnons en jugement devant le tribunal militaire de Ouagadougou.

En annonçant, ce mardi 17 août, qu’une date a finalement été retenue, le procureur militaire vient donc confirmer que justice va être rendue dans ce dossier vieux de trente-quatre ans : ce sera le 11 octobre 2021, à partir de 9 heures. « Cette audience de la chambre de jugement, délocalisée dans la salle des banquets de Ouaga 2000, est publique », est-il précisé dans un communiqué. Les Burkinabè sont invités à suivre les audiences dans cette salle des fêtes transformée pour l’occasion en tribunal.

« Attentat à la sûreté de l’État »

Quatorze personnes vont être jugées pour l’assassinat du père de la révolution burkinabè, le 15 octobre 1987 : l’ancien président Blaise Compaoré ; Gilbert Diendéré, qui est déjà sous le coup d’une condamnation à vingt ans de prison pour le putsch manqué de 2015 ; Hyacinthe Kafando ; Bossobè Traoré ; Nabonswendé Ouédraogo ; Idrissa Sawadogo ; Yamba Elysée Ilboudo ; Tibo Ouédraogo ; Albert Pascal Sibidi Belemlilga ; Diakalia Démé ; Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm ; Alidou Jean Christophe Diébré ; Hamado Kafando et Ninda Tondé.

Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont accusés d’« attentat à la sûreté de l’État » et de « complicité d’assassinat ». L’ex-président et celui qui fut son chef d’état-major particulier sont également poursuivis pour « recel de cadavres ». Les charges d’« assassinat », que l’accusation avait initialement réclamées à l’encontre de Diendéré, n’ont finalement pas été retenues, mais il sera poursuivi pour « subornation de témoins ».

Quatre hommes, qui comptaient parmi les gardes du corps de Blaise Compaoré à l’époque des faits, seront pour leur part jugés pour « assassinat ». Il s’agit de Nabonsouindé Ouedraogo, Idrissa Sawadogo, Yamba Élysée Ilboudo et Hyacinthe Kafando.

Ce dossier politico-judiciaire a été relancé après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014. Si le cas de l’ex-président cristallise l’attention, il y a toutefois peu de chances qu’il assiste à son procès. En exil en Côte d’Ivoire depuis 2014, pays dont il a pris la nationalité, il ne devrait pas être extradé malgré les mandats d’amener délivrés par la justice burkinabè.

Retour au pays compromis

Depuis quelques mois, des discussions ont lieu entre les autorités des deux pays. Alors que Roch Marc Christian Kaboré a placé son second mandat sous le signe de la réconciliation, les partisans de Blaise Compaoré ont fait de son retour l’une des conditions de leur participation à d’éventuelles discussions. Zéphirin Diabré et Kouadio Konan Bertin, ministres de la Réconciliation respectifs des deux pays, ont d’ailleurs échangé sur la question.

L’annonce de l’ouverture prochaine du procès compromet néanmoins l’hypothèse d’un retour. « Cela serait évidemment mieux que Blaise Compaoré soit là, avait confié en mars dernier à Jeune Afrique Me Guy Hervé Kam, avocat de certaines familles de victimes. Mais il y a suffisamment d’éléments et de témoignages dans le dossier qui permettent de montrer qu’il était le cerveau de cette affaire. »

Par Jeune Afrique

Burkina-Faso/Assassinat de Thomas Sankara: Blaise Compaoré mis en accusation

avril 13, 2021

Le tribunal militaire burkinabè a décidé, le 13 avril, de mettre en accusation l’ex-président Blaise Compaoré dans le dossier Thomas Sankara, assassiné le 15 octobre 1987.

Blaise Compaoré a été mis en accusation dans le dossier de l’assassinat de son prédécesseur, Thomas Sankara, pour des faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat et de recel de cadavres.

Son ancien bras droit, le général Diendéré qui purge actuellement sa peine dans l’affaire du putsch manqué du 16 septembre 2015, est poursuivi dans le présent dossier pour attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, subornation de témoins et recel de cadavres. Trente-sept ans après, au total, quatorze personnes comparaîtront devant le tribunal dans ce dossier.

Arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat, le 4 août 1983, Thomas Sankara a été assassiné lors d’un putsch qui amena au pouvoir Blaise Compaoré, le 15 octobre 1987. Ce dernier vit en Côte d’Ivoire depuis 2014.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Burkina Faso: des manifestants réclament « justice » pour Sankara, 30 ans après sa mort

octobre 15, 2017

Dans une rue de Ouagadougou, un panneau affiche des portraits de Ernesto « Che » Guevara (g) et Thomas Sankara, le 14 octobre 2017 / © AFP / Ahmed OUOBA

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche à Ouagadougou pour réclamer « vérité et justice » pour Thomas Sankara, 30 ans après l’assassinat du père de la révolution burkinabè, tué lors du coup d’Etat de 1987 qui porta au pouvoir son compagnon, Blaise Compaoré.

Des manifestants, majoritairement vêtus de tee-shirts à l’effigie de Sankara, ont scandé « vérité et justice pour Thomas Sankara » et « justice pour ses compagnons » en brandissant des pancartes où l’on pouvait lire : « Honte à la justice pourrie et aux magistrats corrompus » et « 30 ans d’impunité, c’est trop ».

A l’appel du Comité international mémorial Thomas Sankara, les manifestants s’étaient rassemblés au Conseil de l’entente, siège de la révolution burkinabè, où Thomas Sankara a été tué le 15 octobre 1987, avec douze de ses compagnons.

Poings levés, entonnant l’hymne national burkinabè, les manifestants ont fait une halte devant l’ambassade de France où ils ont déposé un mémorandum exigeant « la levée du +secret défense+ par l’Etat français concernant le dossier Sankara ».

Ils ont également réclamé « l’ouverture d’une enquête judiciaire en France dans l’affaire Sankara pour situer les responsabilités de la partie française dans cet assassinat planifié » et « l’accès à toutes les archives (audio visuelles, documents classés secrets) portant sur Sankara ».

« Aucune personne, de l’intérieur ou de l’extérieur, burkinabè ou non, impliqué de près ou de loin dans ces assassinats, ne doit échapper au châtiment de la justice souveraine », a lancé le président du Comité international Mémorial Thomas Sankara, le colonel Bernard Sanou.

Au tribunal militaire, les manifestants ont également remis leur mémorandum au directeur de la justice militaire, le colonel Sita Sangaré.

« Trente ans après l’assassinat du +Che Africain+ et ses douze compagnons, les familles et tous les peuples épris de justice attendent que la vérité soit dite dans cette affaire et que justice soit faite », a déclaré le colonel Sanou.

Thomas Sankara et douze de ses compagnons avaient été assassinés par un commando dans ses bureaux alors qu’il allait assister à un conseil de cabinet. Les corps avaient été enterrés en catimini le soir même au cimetière de Dagnoën, à l’est de Ouagadougou.

Les corps présumés de Sankara et ses compagnons tués avec lui ont été exhumés fin mai 2015 pour une expertise ADN, afin de tenter de déterminer l’identité des victimes et de lever le voile sur les circonstances de leur mort.

Malgré des analyses en France puis en Espagne, il n’a pas été possible de confirmer les identités.

Les manifestants ont exigé que « les principaux inculpés, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré et Hyacynthe Kafando, encore vivants aident à l’identification du corps de Thomas Sankara » et reçoivent « un châtiment à la hauteur de leur forfait ».

Trente ans après l’assassinat de Sankara, une douzaine de personnes ont été inculpées, dont des militaires de l’ex-régiment de sécurité présidentielle – l’unité qui a perpétré le coup d’Etat avorté du 17 septembre 2015 et qui a été dissoute -, dont le chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré.

Romandie.com avec(©AFP / 15 octobre 2017 15h20)