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Procès Depp-Heard : le verdict de TikTok

mai 27, 2022

Le procès opposant les acteurs Johnny Depp et Amber Heard qui tire à sa fin a abondamment été commenté sur les réseaux sociaux depuis six semaines. Un déluge de vidéos satiriques contre l’actrice cumule des millions de vues, en particulier sur TikTok.

Amber Heard, debout, à gauche de l'image. On voit à l'avant-plan, à droite, Johnny Depp.

L’actrice Amber Heard au procès pour diffamation intenté par son ex-mari Johnny Depp. Photo: AFP/Jim Lo Scalzo

Le procès en diffamation de Johnny Depp contre Amber Heard tire à sa fin; il ne manque plus que le verdict des jurés. Mais le tribunal des réseaux sociaux, lui, a déjà tranché. Depuis maintenant six semaines, les images du procès sont décortiquées quotidiennement et la vaste majorité des publications sont en appui à l’acteur de 58 ans.

TikTok a été le réseau social de prédilection pour les fans qui suivaient le procès de près, avec des milliards de vues sur des montages vidéo des images du tribunal. Les témoignages d’Amber Heard sont coupés et remontés, avec l’ajout d’effets sonores et de musique dans le but de la ridiculiser. On se moque de ses mimiques et de son jeu d’actrice. À l’opposé, on met de l’avant l’humour de Johnny Depp lors du procès.

Ce parti pris se ressent aussi dans les mots clés utilisés. #JusticepourJohnnyDepp récolte pas moins de 17 milliards de vues sur la plateforme, soit bien plus que les 53 millions obtenus pour #Justiceforamberheard. L’actrice doit aussi composer avec les 658 millions de vues récoltés pour #Amberheardisguilty, qui ne laisse planer aucun doute sur le peu de crédibilité dont elle dispose auprès de cet auditoire.

Johnny Depp poursuit en diffamation son ex-femme, l’actrice Amber Heard, avec qui il a été marié entre 2015 et 2016, pour une tribune qu’elle a publiée en 2018 dans le Washington Post. Elle y affirmait être devenue une figure publique des violences conjugales, sans toutefois mentionner le nom de Depp. Ce dernier nie fermement les allégations de son ancienne conjointe.

D’après Callum Hood, responsable de la recherche au Center for Countering Digital Hate(Nouvelle fenêtre), ONG qui lutte contre la désinformation en ligne, il est cependant difficile de distinguer le vrai du faux sur TikTok. Sur la plateforme, de très courts extraits du procès sont retenus et présentés avec un gros parti prisexplique-t-il en entrevue à CNN(Nouvelle fenêtre).

Le contenu sur TikTok, plus que sur toute autre plateforme, ajoute-t-il, est sans contexte. Nous avons tendance à en savoir moins sur le compte derrière la publication, le moment où cela a été publié, la provenance du matériel, les motivations de la personne. […] C’est vraiment difficile, avec les informations dont vous disposez dans l’application, de comprendre le contexte et d’évaluer si c’est vrai ou faux.

L’appui à Depp favorisé par les algorithmes?

La viralité du procès est en fait nourrie par les plateformes elles-mêmes, selon Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal et spécialiste de la désinformation et de la manipulation en ligne. Les algorithmes vont chercher à nous alimenter en contenu de plus en plus spectaculaire, voire incendiaire, pour maintenir notre attention, souligne-t-il.

« Il y a de la satire, avec des mèmes, des montages vidéo et audio qui se moquent des acteurs du procès. Il y aussi beaucoup de commentaires virulents corrosifs, en particulier à l’égard d’Amber Heard. Ce sont des manifestations qui contribuent à orienter le débat en ligne entourant ce procès-là. »— Une citation de  Simon Thibault, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal

D’après Simon Thibault, il ne faut pas non plus minimiser les prises de position de personnalités très influentes au sujet du procès, comme Joe Rogan, animateur du balado The Joe Rogan Experience, l’un des plus populaires sur Spotify.

Il a eu des propos très durs à l’égard d’Amber Heard, explique-t-il. Et ce genre d’intervention là, ça peut contribuer à libérer la parole de certains de ses auditeurs qui vont se permettre ensuite, par émulation, de tenir des propos encore plus virulents sur les réseaux.

Des faux comptes utilisés

Un tel soutien envers Johnny Depp pourrait-il s’expliquer par l’utilisation de comptes automatisés, aussi appelés bots, des campagnes coordonnées en faveur de l’acteur?

L’équipe de Amber Heard y faisait référence en 2019, lorsque l’actrice déposait sa poursuite à la suite de la plainte en diffamation de Johnny Depp contre l’actrice. Il est notamment allégué dans des documents de cour : Dans le cadre de sa campagne de diffamation en cours, M. Depp et/ou ses agents agissant en son nom ont dirigé des comptes de médias sociaux authentiques et non authentiques, et/ou des bots contrôlés par des non-humains, pour cibler Mme Heard sur le compte Twitter et tenter d’interférer avec sa [carrière].

Mais une firme israélienne(Nouvelle fenêtre), spécialisée dans la détection de fausses informations et de faux comptes en ligne, vient en partie déconstruire cet argument. L’entreprise Cyabra a passé au crible les comptes impliqués qui participent aux échanges en ligne dans le cadre de ce procès.

Selon les données récoltées(Nouvelle fenêtre) fin avril, 11 % des 2300 comptes Twitter analysés seraient inauthentiques. Cependant, la majorité de ces faux comptes seraient en soutien à Amber Heard et non à Johnny Depp, selon le PDG de Cyabra Dan Brahmy, dans une entrevue accordée à Fox News Digital(Nouvelle fenêtre)

Pour l’expliquer, le professeur Simon Thibault fait référence à stan culture, contraction entre stalker (harceleur) et fan.

Ces données montrent qu’il y aurait des faux comptes associés à chaque camp, mais que ça serait plus du côté Amber Heard, remarque-t-il. C’est peut-être une illustration de la popularité de Johnny Depp qui, manifestement, a un groupe d’admirateurs prêts à aller très loin pour manifester leur appui et à le faire en ligne de façon très disgracieuse, voire haineuse.

Avec Radio-Canada par Aude Garachon

L’avenir de TikTok aux Etats-Unis de plus en plus incertain

août 1, 2020

 

Le président américain Donald Trump a menacé, tour à tour, de forcer le chinois ByteDance à céder l'application TikTok, puis de la bannir des Etats-Unis tout court
© Lionel BONAVENTURE Le président américain Donald Trump a menacé, tour à tour, de forcer le chinois ByteDance à céder l’application TikTok, puis de la bannir des Etats-Unis tout court
Les négociations entre Microsoft et TikTok étaient au point mort samedi, selon le Wall Street Journal (WSJ), à cause de l’opposition du président Donald Trump à un rachat par un groupe américain de l’application qu’il menace d’interdire.

La plateforme américaine, qui appartient au groupe chinois ByteDance, est soupçonnée par Washington de partager ses données avec Pékin, ce que l’entreprise a toujours fermement nié.

Une acquisition du très populaire réseau social, pour le rapatrier aux Etats-Unis, semblait à de nombreux acteurs en présence une solution idéale.

Après des semaines de rumeurs et de pression, la Maison Blanche avait d’ailleurs indiqué vendredi que le président s’apprêtait à signer un ordre officiel pour obliger ByteDance à se séparer de l’appli américaine, au nom de la protection de la sécurité nationale.

Et plusieurs médias américains assuraient vendredi que le géant de l’informatique Microsoft était en négociations avancées pour la racheter.

Mais vendredi soir, à bord de l’avion présidentiel, Donald Trump a annoncé d’une part qu’il « bannissait TikTok des Etats-Unis » et a précisé aux reporters qu’il n’était pas en faveur d’une opération de rachat des activités américaines de TikTok par une société de son pays.

« J’ai ce pouvoir (d’interdire TikTok) », a-t-il assuré. « Je peux le faire avec un décret ».

« Nous sommes ici pour rester », a déclaré samedi Vanessa Pappas, responsable de la branche Etats-Unis de TikTok, dans une vidéo enjouée sur l’application, à l’attention des utilisateurs inquiets.

« Nous avons entendu votre déferlement de soutien et nous voulons vous dire merci. Nous n’avons pas l’intention de partir », a-t-elle insisté.

– Américanisation –

La plateforme de divertissement — principalement des vidéos musicales courtes — compte près d’un milliard d’utilisateurs dans le monde. Sa popularité s’est encore renforcée à la faveur des mois de pandémie et de distanciation sociale.

Selon le WSJ, les négociations entre Microsoft et TikTok auraient pu aboutir dès lundi. Les deux sociétés attendent désormais plus de clarté de la part de la Maison Blanche, au cas où celle-ci soit décidée à bloquer toute transaction.

« Même si nous ne faisons pas de commentaire sur les spéculations, nous sommes confiants dans le succès à long terme de TikTok », a réagi le groupe.

« Je veux remercier les millions d’Américains qui utilisent TikTok tous les jours, apportant créativité et joie à nos vies quotidiennes », a déclaré Vanessa Pappas en ouverture de sa vidéo.

Elle s’est aussi dite « fière » des 1.500 employés américains et a promis de créer « 10.000 emplois additionnels dans ce pays au cours des trois prochaines années ». « Nous sommes ici pour rester. Continuez à faire entendre votre voix ici et continuons à soutenir TikTok ! »

Ces derniers mois, le réseau social a tenté de démontrer que son identité et ses pratiques était solidement ancrées aux Etats-Unis.

Le 1er juin, Kevin Mayer, l’ancien responsable des plateformes de streaming de Disney (Disney+, Hulu et ESPN+), a pris la tête de la plateforme.

Il est chargé de superviser les ventes, le marketing, les relations publiques, la sécurité, la modération des contenus et les affaires juridiques de TikTok, en rapportant directement à Zhang Yiming, fondateur et PDG de ByteDance.

– Pas de quartier –

Début juillet, l’application a interrompu son activité à Hong Kong à cause de la récente loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine, qui donne plus de pouvoirs à la police, notamment en matière de surveillance.

Une décision alignée sur celle des autres grands réseaux sociaux californiens: Facebook, YouTube (Google) et Twitter venaient d’annoncer qu’ils ne répondraient plus aux demandes d’informations sur leurs utilisateurs émanant des autorités de Hong Kong, par respect pour la liberté d’expression.

Pas de quoi convaincre le gouvernement américain.

Le CFIUS, l’agence chargée de s’assurer que les investissements étrangers ne présentent pas de risque pour la sécurité nationale, enquêtait sur TikTok.

« Nous devons être vigilants sur le risque que des données privées et sensibles soient transférées à des gouvernements abusifs, y compris le nôtre », est intervenue Jennifer Granick de la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU.

« Mais bannir une plateforme, même si c’était légalement possible, nuit à la liberté d’expression en ligne et ne fait rien pour résoudre le problème plus vaste de la surveillance gouvernementale non justifiée », a-t-elle ajouté.

Lors du meeting de campagne de Donald Trump à Tulsa (Oklahoma) fin juin, marqué par des rangées de sièges vides et la vidéo d’un président visiblement dépité, des adolescents avaient proclamé sur TikTok qu’ils avaient commandé de nombreux billets d’entrées avec la ferme intention de ne pas y aller.

Avec AFP