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Soudan : le général al-Burhane s’explique sur son coup de force

octobre 26, 2021

Au lendemain du coup d’État militaire, le chef de l’armée et du Conseil souverain de la transition a tenté de rassurer sur la situation dans laquelle est plongé son pays.

Le chef de l'armee soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, a tenu une conference de presse ce 26 octobre 2021 a Khartoum, au lendemain de son coup d'Etat.
Le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, a tenu une conférence de presse ce 26 octobre 2021 à Khartoum, au lendemain de son coup d’État. © ASHRAF SHAZLY / AFP

Englué depuis deux ans dans une transition tuée dans l’œuf, le Soudan est désormais plongé dans l’inconnu alors que la chute du régime de l’autocrate Omar el-Béchir, en 2019, sous la pression populaire et de l’armée, et la signature d’accords avec les rebelles avaient fait croire à une issue après des décennies de crises.

« Tout le pays était dans l’impasse en raison de rivalités politiques »

Accusé d’avoir « trahi » la révolte de 2019, le général Abdel Fattah al-Burhane, lors d’une conférence de presse fleuve à Khartoum, a défendu son coup de force et l’armée. Il a affirmé avoir dissous les autorités chargées de mener la transition vers un pouvoir civil et des élections, car « certains attaquaient l’armée », « composante essentielle de la transition ». En résumé, l’armée a été forcée d’intervenir pour résoudre une crise politique croissante qui, selon lui, aurait pu conduire à une guerre civile.

« Oui, on a arrêté des ministres et des politiciens, mais pas tous », a-t-il ajouté en affirmant : le Premier ministre renversé Abdallah Hamdok est « chez moi ». Avant d’indiquer que l’homme politique serait libéré « aujourd’hui ou demain », a dit le chef de l’armée lors de sa deuxième apparition publique depuis sa prise du pouvoir.

Mais les propos du nouvel homme fort du Soudan n’ont visiblement pas rassuré.

Réunion à l’ONU

Le chef de l’ONUAntonio Guterres, a aussitôt appelé à libérer « immédiatement » le Premier ministre et les autres responsables « détenus illégalement », à quelques heures d’une réunion à huis clos des 15 membres du Conseil de sécurité sur le Soudan. De même, le bureau d’Abdallah Hamdok a interpellé les « putschistes » sur son sort.

Plusieurs pays et organisations ont appelé depuis lundi à libérer le Premier ministre renversé. Tôt ce 25 octobre, ce dernier, son épouse, plusieurs de ses ministres et les dirigeants civils ont été emmenés par les militaires.

Le général Burhane a promis un gouvernement « compétent » pour bientôt, mais son coup de force a suspendu de fait la transition dans un pays resté sous la férule de l’armée quasiment en continu depuis son indépendance.

Les Soudanais pas près de céder

Après la proclamation de la « désobéissance civile », des milliers de Soudanais campent depuis lundi dans la rue pour protester contre le coup d’État militaire. Ils veulent, disent-ils, « sauver » la révolution qui a renversé le général Béchir, au prix d’une répression qui avait fait plus de 250 morts. Même si l’on sait maintenant où est le chef du gouvernement, « on ne quittera la rue qu’une fois le gouvernement civil réinstallé », a affirmé à l’AFP Hocham al-Amine, ingénieur de 32 ans. « On n’acceptera plus jamais de partenariat avec l’armée. »

« Un usage de la force n’entraînerait pas seulement un bain de sang (…) mais pourrait aussi mener à un face-à-face prolongé qui fermerait la porte à la résolution de la crise », a averti le cercle de réflexion International Crisis Group en commentant la mort de manifestants lundi.

Déjà coupés du monde avec des connexions Internet et téléphoniques qui vont et viennent, les Soudanais ne peuvent désormais plus quitter le pays : les vols vers et depuis l’aéroport de Khartoum ont été suspendus jusqu’à samedi.

Par Le Point avec AFP

Soudan : Emmanuel Macron condamne le coup d’État

octobre 25, 2021

Le président français a condamné « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect du Premier ministre ».

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhane a dissous lundi 25 octobre les autorités de transition, dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants prodémocratie.

Depuis le matin, le « coup d’État » dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissous, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron a condamné lundi « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils ». « La France condamne avec la plus grande fermeté la tentative de coup d’État au Soudan. J’exprime notre soutien au gouvernement de transition soudanais et appelle à la libération immédiate et au respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils », a souligné le président français dans un tweet.

De nombreuses réactions dans le monde entier

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé El Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné lundi « le coup d’État militaire en cours » au Soudan et a réclamé la libération « immédiate » du Premier ministre Abdallah Hamdok. « Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte », a-t-il affirmé sur Twitter.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ».

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ». Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est dit engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

La Commission européenne a appelé à la « libération rapide » des dirigeants civils du gouvernement du Soudan et à « ce que les moyens de communication ne soient pas entravés pour permettre de joindre ceux qui en ont besoin ». L’Allemagne a « clairement condamné » la tentative de coup d’État au Soudan qui « doit cesser immédiatement » pour permettre la poursuite d’une « transition politique pacifique vers la démocratie », selon un communiqué du ministre des Affaires étrangères. « Les informations faisant état d’une nouvelle tentative de coup d’État au Soudan sont atterrantes », a déclaré Heiko Maas.

Des tensions qui existent depuis longtemps entre les deux parties

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane, qui chapeaute le Conseil de souveraineté désormais amputé de sa part civile, ont constaté des correspondants de l’AFP. Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville, où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de « révolution » pour refuser ce que les militants appelaient déjà « un coup d’État rampant ».

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis l’éviction du président Omar el-Béchir, en avril 2019. Depuis août 2019, le pays est dirigé par une administration composée de civils et de militaires chargée de superviser la transition vers un régime entièrement civil.

Le principal bloc civil – les Forces pour la liberté et le changement (FFC) –, qui a mené les manifestations anti-Béchir en 2019, s’est scindé en deux factions opposées. « La crise actuelle est artificielle et prend la forme d’un coup d’État rampant », a déclaré Yasser Arman, leader du FFC, lors de la conférence de presse de samedi dans la capitale Khartoum. « Nous renouvelons notre confiance dans le gouvernement, le Premier ministre Abdallah Hamdok, et dans la réforme des institutions de transition, mais sans ordre ni imposition », a ajouté Yasser Arman.

Les tensions entre les deux parties existent depuis longtemps, mais les divisions se sont exacerbées après le coup d’État manqué du 21 septembre. La semaine dernière, des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé dans plusieurs villes pour soutenir le transfert complet du pouvoir aux civils, et pour contrer un sit-in rival de plusieurs jours devant le palais présidentiel dans la capitale Khartoum qui exigeait un retour au « régime militaire ».

La « crise la plus grave et la plus dangereuse »

Abdallah Hamdok a précédemment décrit les divisions au sein du gouvernement de transition comme la « crise la plus grave et la plus dangereuse » à laquelle est confrontée la transition. Samedi, Abdallah Hamdok a démenti les rumeurs selon lesquelles il avait accepté un remaniement ministériel, les qualifiant de « non exactes ». Le Premier ministre a également « souligné qu’il ne monopolisait pas le droit de décider du sort des institutions de transition ».

Par Le Point avec AFP

Soudan : le général Abdel Fattah al-Burhane dissout les autorités de la transition

octobre 25, 2021
Les soldats ont tiré sur les manifestants qui protestaient contre l’arrestation du Premier ministre, ce lundi 25 octobre à Khartoum. © NICOLAS CORTES/ZEPPELIN/SIPA

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan a dissous lundi les autorités de transition dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants pro-démocratie.

Depuis le matin, le coup d’État dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissout, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Tirs à balles réelles sur les manifestants

Des manifestants protestent contre l’arrestation du Premier ministre, le 25 octobre 2021 à Khartoum.
Des manifestants protestent contre l’arrestation du Premier ministre, le 25 octobre 2021 à Khartoum. © NICOLAS CORTES/ZEPPELIN/SIPA

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ». Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ».

Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

« Révolution »

Dans les rues de Khartoum, où internet et le téléphone ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais conspuent depuis tôt le matin le général Burhane. « Nous refusons le régime militaire et sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique », a juré l’un d’eux, Haitham Mohamed. « Nous ne quitterons pas les rues avant le retour du gouvernement civil », affirme Sawsan Bachir, elle aussi sous la nuée de drapeaux soudanais.

Dans un pays quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l’aile depuis longtemps. Entre luttes de pouvoir parmi les civils et militaires décidés à conserver leurs acquis politiques et économiques, elle a débuté dans l’union sacrée avant de finir morcelée.

En avril 2019, l’armée poussait au départ d’Omar el-Béchir, sous la pression d’une énorme mobilisation populaire. Depuis août de la même année, un Conseil de souveraineté composé pour moitié de civils et pour moitié de militaires, menait le pays, promettant les premières élections libres fin 2023.

Montée des tensions

Mais ces derniers jours, la tension est montée entre les deux camps. Le 16 octobre, des pro-armée ont planté leurs tentes devant le palais présidentiel où siègent les autorités de transition. En réponse, le 21 octobre, des pro-civils sont descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays, dans un joyeux festival pour, disaient-ils, « sauver » leur « révolution ».

Il y a deux jours, le camp pro-civil avait mis en garde contre un « coup d’État rampant », lors d’une conférence de presse qu’une petite foule avait cherché à empêcher. Mais ce camp est divisé. La preuve? Le sit-in qui réclame un « gouvernement militaire » comme les pro-« révolution » se revendiquent tous des Forces de la liberté et du changement (FLC), la grande alliance anti-Béchir qui s’est créée en 2019.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali : pour un nouvel âge d’or de la démocratie

octobre 17, 2021
Décompte des voix à Kidal, en juillet 2013 © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Les élections présidentielle et législatives qui doivent marquer la fin de la transition sont toujours prévues en février 2022. Mais, pour avoir un réel espoir de sortir le Mali de la crise, le processus électoral doit être modernisé.

Que ce soit en Turquie, en Russie, en Guinée ou, dans une moindre mesure, aux États-Unis, les idéaux démocratiques sont en net recul. Confrontée à la dure réalité de crises multiples, la démocratie est devenue la victime expiatoire du mécontentement des populations. Au Mali, une décennie marquée par trois coups d’État s’achève. Des coups de force suivis de transitions censées remettre sur les rails une démocratie jadis citée en exemple.

Une démocratie devenue spécialiste dans l’art des diagnostics à répétition, qui s’apprête à organiser les Assises nationales de la refondation, après les Concertations nationales en 2020 et le Dialogue national inclusif en 2019. Inapte à répondre à des problèmes récurrents, qui cristallise les peurs et a érigé une « république des privilèges » en réponse aux demandes de justice sociale. Incapable d’apporter des solutions politiques à une guerre dont les pertes civiles et militaires ne se comptent plus, et qui menace d’embraser toute la région sahélienne.

Espoir de renouveau

L’espoir de renouveau réside dans les prochaines élections, fixées en février 2022, qui devront permettre d’élire une nouvelle figure pour présider aux destinées d’une nation minée par les divisions. Malgré la nature titanesque du chantier, les candidatures ne manquent pas, mais est-ce vraiment la question?

LE MALI EST EN TRAIN DE MANQUER UNE OPPORTUNITÉ DE RENFORCER LA DÉMOCRATIE EN LA RENDANT PLUS INCLUSIVE

Il s’agit désormais d’éviter le scénario de 2013, où une transition a mené à l’élection d’un président qui, de l’avis général, aura conduit le pays au désastre. À Bamako, le débat s’est mué en une bataille entre partisans et détracteurs de l’Organe unique de gestion des élections, dont la genèse remonte pourtant à un rapport de 2008. Au pied du mur, l’ensemble des acteurs semblent s’accorder sur la nécessité d’une structure unique qui regrouperait les compétences aujourd’hui éparpillées entre la Délégation générale aux élections, la Commission électorale nationale indépendante et le ministère de l’Administration territoriale.

Les craintes portent sur les lourdeurs administratives. Face à cette situation, le gouvernement semble contraint de proroger la transition afin d’organiser des élections plus crédibles. Si on ne peut que louer cette volonté du gouvernement, elle aboutit à de nouvelles incertitudes sur l’issue d’une transition qui a déjà connu un «coup dans le coup » et tarde à concrétiser les espoirs qu’elle avait suscités. Pis encore, le Mali est en train de manquer une opportunité de renforcer la démocratie en la rendant plus inclusive et, en définitive, d’éviter que les dirigeants changent et que les problèmes de fond demeurent.

Confiance ébranlée

En premier lieu, les élections au Mali ne mobilisent que très peu. Le taux de participation, indicateur clé de la vitalité d’une démocratie, est en baisse – de plus de 65 % en 2002 à moins 35 % en 2018. Ainsi, sur les 8 millions d’électeurs inscrits sur les listes, seuls 2,6 millions se sont déplacés aux urnes lors du premier tour des dernières présidentielles. Pire encore, dans un pays de plus de vingt millions d’habitants, le dernier chef de l’État a été élu avec moins de 1,8 millions de suffrages. En cause : des problèmes logistiques dans la distribution des cartes d’électeur, des difficultés d’identification des bureaux de vote et un niveau élevé de migration interne.

LA RÉCURRENCE DES COUPS D’ÉTAT S’EXPLIQUE PAR LE MANQUE DE REPRÉSENTATIVITÉ ET DE LÉGITIMÉ DES DIRIGEANTS

L’incapacité des partis à mobiliser traduit aussi un profond mal-être. Au Mali, plus de 200 formations politiques nourrissent principalement l’ambition d’un homme – dont le culte remplace tout projet politique. Difficile dans ces conditions de mobiliser, à moins de s’allier avec des chefs religieux ou de promettre un billet. La faillite démocratique a conduit au rejet d’un système qui accouche d’élus sans assise électorale et pose les jalons d’une gouvernance instable où la moindre crise sérieuse peut avoir raison des gouvernants. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la récurrence des coups d’État, que dans le manque de représentativité et de légitimé des dirigeants.

Les récentes scènes de liesse à Conakry nous rappellent que cette tare de la démocratie est commune à une grande partie de l’Afrique. Ensuite, en dépit d’un code électoral basé sur un consensus de l’ensemble de la classe politique, les acteurs ont une très faible confiance dans le système électoral. En abandonnant le terrain des idées, la classe politique investit plus dans la recherche et l’exploitation de toutes les défaillances du processus électoral. Ainsi, dans un pays où la tradition de l’alternance démocratique n’est pas bien établie, les concessions sont rares et les élections ne sont perdues que parce que « les autres » ont triché. Lorsque l’adversaire politique n’est qu’autre qu’un dirigeant sortant, la suspicion atteint son paroxysme.

De plus, la confiance est ébranlée par les défaillances du fichier électoral. Devant l’impossibilité d’organiser un recensement général de la population depuis 2009, les différentes élections ont utilisé les fichiers de l’état civil. Malgré des progrès significatifs réalisés au cours des dernières années, trop peu de décès sont encore formellement notifiés. Il en résulte des listes électorales truffées de « morts-votants ».

Des vote par « robocalls »

La possibilité de voir des agents électoraux employés par l’État ayant accès aux cartes d’électeurs potentiellement décédés au cour d’une procédure très manuelle de vote, dépouillement, et décompte des suffrages pose les germes des conflits post-électoraux. Enfin, on l’oublierait presque, mais le Mali est un pays en guerre, où l’État est absent de la quasi-totalité des localités du Centre et du Nord – souvent depuis plus de neuf ans. Dans des zones où les lieux de vote traditionnels (écoles, tribunaux) ont fermé, l’administration (préfets et sous-préfets) n’exerce plus.

Un scrutin comme en 2018, qui exclurait les citoyens les plus avides de changement, ceux-là mêmes qui souffrent le plus de l’incapacité de l’État à assurer ses fonctions régaliennes, servirait de leitmotiv à toutes les factions qui militent pour une partition du pays. Alors que faire ?

Pour relever ces défis, le Mali peut décider d’entrer dans la modernité par la grande porte et organiser les premiers scrutins utilisant la téléphonie mobile comme vecteur de vote. Fort d’un taux de pénétration de plus de 97 %, la téléphonie mobile est devenue une part intégrante de la vie des Maliens. Si le taux d’alphabétisation ne permet pas de considérer des solutions basées sur des applications ou la messagerie, il est possible de mettre en place des« robocalls », appels automatisés vers tous les votants afin de récolter leurs suffrages. Pour être clair, il s’agit d’appeler des électeurs et non des numéros de téléphone, ce qui implique de relier chaque électeur à ses numéros de téléphone. Ce mode de scrutin aurait l’avantage d’atteindre une plus grande partie de la population, serait accessible sur l’ensemble du territoire, et rendrait le vote plus pratique en éliminant les contrariétés liées à la recherche d’un bureau de vote et aux files d’attente.

IL FAUDRA AU MOINS UNE GÉNÉRATION POUR MENER À BIEN TOUTES LES RÉFORMES NÉCESSAIRES POUR REFONDER LA NATION

En fixant des horaires d’appels flexibles, il serait possible de limiter, voire d’éliminer, les achats et ventes de suffrages en rendant impossible de contrôler le vote effectif des citoyens par des agents politiques. L’automatisation des appels et du décompte permettrait de réduire les délais entre la fin du scrutin et la proclamation des résultats, une période cruciale où les spéculations sur de possibles manipulations ouvrent la voie aux conflits. Par ailleurs, les contestations pourraient être facilement résolues en rendant disponibles les enregistrements audio de tous les votes contestés.

Enfin, les avantages financiers ne sont pas à négliger pour des élections dont le coût est estimé à près de 68 milliards F CFA. Sans les impressions de carte d’électeur et de bulletins, et sans les salaires du personnel de surveillance et des assesseurs, il s’agira uniquement de constituer un fichier unique électeur/numéro de téléphone et les frais d’appels ne coûteraient que quelques centaines de millions de FCFA.

Revenir à des ambitions plus modestes

« Si longue et si noire que soit la nuit, il vient toujours une heure où enfin le jour se lève », disait Oumar Sangaré – une évidence, pourrait-on penser. Dans un Mali assailli de toutes parts, exprimer l’espoir d’un jour nouveau est devenu la panacée d’une poignée de rêveurs. La posture actuelle de la transition, qui insiste sur des réformes profondes avant d’organiser des élections, n’est pas très réaliste. Le mal est si profond qu’il faudra au moins une génération pour mener à bien toutes les réformes nécessaires pour refonder la nation.

De plus, à regarder de près, les autorités de transition ne proposent aucune solution nouvelle – la plupart des pistes de réformes datent de plus de dix ans, les pouvoirs passés n’ont pas pu les mettre en œuvre faute d’une légitimé suffisante. Ainsi, il serait plus sage de revenir à des ambitions plus modestes – une modification de la loi électorale, l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes ferait de la transition une grande réussite et serait une première étape vers le rétablissement d’une relation de confiance entre gouvernants et gouvernés. Les élections utilisant la téléphonie mobile offrent cette opportunité et l’assurance de pouvoir organiser de nouveaux scrutins dans des délais courts si le nouveau pouvoir ne se montre pas à la hauteur.

Modibo Seydou Sidibé

avec Jeune Afrique par Modibo Seydou Sidibé

Professeur d’économie à la Duke University (États-Unis)

Guinée : et si la transition de Mamadi Doumbouya s’appuyait sur les femmes ?

octobre 4, 2021
Des votantes lors de l’élection présidentielle de 2020, à Conakry. © REUTERS/Emmanuel Braun

Les nouveaux hommes forts de Conakry poursuivent les tractations autour du futur gouvernement post-Alpha Condé. Ils seraient bien inspirés de placer les femmes en son centre et de favoriser la parité dans tous les secteurs.

Après l’éviction du président guinéen Alpha Condé lors d’un coup d’État, le 5 septembre denier, le commandant des forces spéciales guinéennes, le colonel Mamadi Doumbouya, a ouvert une période de consultations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Des réunions ont été organisées avec des dirigeants des sphères politique, religieuse et économique, et j’ai moi-même participé à la réunion avec le secteur financier. Nous espérons que ce processus de consultation se traduira par un engagement résolu en faveur d’élections libres et équitables, un calendrier pour la transition vers un nouveau gouvernement démocratique, et des idées de réformes politiques et institutionnelles qui pourraient permettre de bâtir une démocratie forte et durable en Guinée. Ce que notre peuple, et les dirigeants à l’origine du coup d’État, disent vouloir.

La parité, une chance

Si le colonel Doumbouya souhaite vraiment « ne pas répéter les erreurs du passé », il devra, conjointement aux autres responsables, saisir cette opportunité pour mettre en œuvre les réformes fondamentales qui intégreront et autonomiseront très clairement les femmes. Même en cette période incertaine, il est indispensable de ne pas les oublier : elles seront, en définitive, bénéfiques pour tous les Guinéens.

L’AUTONOMISATION DES FEMMES PRÉSENTE DES AVANTAGES SOCIAUX ET SÉCURITAIRES IMPORTANTS

Un nouveau gouvernement qui désirerait s’appuyer sur les valeurs démocratiques et la transparence ne pourrait pas atteindre un tel objectif sans la participation égale des femmes. Il a été largement démontré que l’autonomisation des femmes présente des avantages sociaux et sécuritaires importants. Récemment, de nouvelles recherches ont montré que les sociétés qui oppriment les femmes (inégalité des droits de propriété, pratique du mariage précoce pour les filles, préférence pour les fils et indulgence face à la violence faite aux femmes) sont plus exposées à la violence et l’instabilité.

L’autonomisation des femmes présente également des avantages économiques : selon une projection de la Banque mondiale, la réduction des inégalités entre les sexes en Guinée pourrait entraîner une croissance du PIB par habitant de plus de 10 % d’ici à 2035.

Selon ONU Femmes, le cadre juridique de la Guinée présente de grosses lacunes lorsqu’il s’agit de promouvoir, faire appliquer et contrôler le respect de l’égalité entre les sexes, notamment en matière d’emploi et d’avantages économiques. La Guinée a fait des progrès en 2019 en adoptant une loi sur la parité pour les listes électorales. En février 2021, 31 % des ministres du gouvernement étaient des femmes, contre seulement 22 % en moyenne dans le monde et dans la Cedeao. Nous devons veiller à ne pas régresser et nous devons placer les femmes au centre des nouvelles structures de gouvernance qui se forment.

Nouvelles technologies et postes de direction

La Guinée (et d’autres nations africaines d’ailleurs) dispose de trois moyens pour soutenir l’inclusion financière et l’autonomisation des femmes, et renforcer ainsi la stabilité sociale et économique du pays. En premier lieu, les secteurs public et privé peuvent être proactifs en développant et en mettant en œuvre des politiques sensibles à la dimension de genre afin de renforcer considérablement l’inclusion des femmes. Les banques pourraient faciliter l’ouverture par les femmes de comptes personnels et professionnels en réexaminant les conditions requises. En collaboration avec les agences gouvernementales, les institutions financières pourraient développer des programmes ciblés pour les femmes entrepreneures qui cherchent à officialiser leurs activités commerciales, qu’elles soient de petite taille ou informelles.

Ces politiques doivent également concerner les nouvelles technologies. Selon le rapport 2021 sur les inégalités entre hommes et femmes dans la téléphonie mobile, l’écart entre les sexes dans l’utilisation de l’internet mobile en Afrique subsaharienne est de 27  %, ce qui signifie que les femmes ne profitent pas des services bancaires et commerciaux mobiles de la même manière que les hommes. La parité hommes-femmes concernant les ventes en ligne d’ici à 2025 permettrait d’ajouter près de 15 milliards de dollars au marché africain d’ici à 2030.

DANS LE PARLEMENT DISSOUS DE LA GUINÉE, SEULS 16,7 % DES SIÈGES ÉTAIENT OCCUPÉS PAR DES FEMMES

Deuxièmement, il est nécessaire que le nombre de femmes occupant des postes de direction augmente. Dans le Parlement dissous de la Guinée, seuls 16,7 % des sièges étaient occupés par des femmes. D’après ma propre expérience au sein du gouvernement et dans des conseils d’administration guinéens, les quelques femmes directrices de banques et de compagnies d’assurance sont souvent éclipsées. L’augmentation du nombre de femmes aux postes de direction permettrait aux entreprises de mieux comprendre une clientèle largement inexploitée.

Les femmes sont également sous-représentées dans le secteur de la finance, comme dans le reste du monde. ONU Femmes et l’initiative de développement de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques ont constaté que les portefeuilles des finances sont détenus par des femmes dans seulement 11 % des pays du globe et que moins d’un tiers de tous les chefs des bureaux d’audit nationaux sont des femmes. Comment espérer que les gouvernements et les organismes financiers élaborent des politiques qui tiennent compte des femmes lorsque les dirigeants en place connaissent si peu les défis uniques auxquels elles sont confrontées ?

Comprendre les obstacles

Troisièmement, nous devons augmenter notre capacité à collecter et à analyser les données sur les femmes. En décembre 2020, à peine un tiers des indicateurs qui permettraient de suivre les performances de la Guinée en matière de réalisation des Objectifs de développement durable d’un point de vue du genre étaient disponibles. Seuls 3,3 % d’entre eux se trouvaient dans des catégories de « haute performance ». Les données les plus récentes sur le pourcentage de femmes ayant accès à un compte bancaire en Afrique subsaharienne remontent à 2017. Trois ans et une pandémie persistante plus tard, l’écart entre les hommes et les femmes s’est probablement creusé…

NOTRE PAYS ET NOTRE ÉCONOMIE DÉPENDENT DE LA PARTICIPATION ÉCONOMIQUE, SOCIALE ET POLITIQUE DES FEMMES

Comme indiqué précédemment, la plupart des utilisateurs de téléphones mobiles en Afrique subsaharienne sont des hommes. Par conséquent, il est très difficile de comprendre la manière dont les femmes ont accès aux services mobiles en Afrique subsaharienne et comment elles les utilisent. Si nous pouvions nous efforcer d’améliorer l’accès des femmes à ces services et mieux comprendre comment elles les utilisent, les entreprises seraient en bien meilleure position pour les servir.

Les entreprises et les organisations non gouvernementales peuvent aider le gouvernement à trouver des données actualisées concernant les obstacles auxquels les femmes sont confrontées aujourd’hui en matière d’inclusion financière.

Nous devons mieux comprendre la manière dont les politiques actuelles affectent les femmes. Alors que le monde se numérise de plus en plus, nous avons plus que jamais besoin de produits et de services qui répondent à leurs besoins. La conduite du changement peut être extrêmement difficile. Mais j’exhorte les Guinéens à profiter de cette période de transition délicate pour jeter des bases solides en faveur d’une participation économique, sociale et politique des femmes en tant que citoyennes à part entière. Notre pays et notre économie en dépendent.

Malado Kaba

Avec Jeune Afrique par Malado Kaba

Ancien ministre guinéen de l’Économie et des Finances (2016-2018), PCA d’Orabank Guinée. Membre de la cohorte inaugurale de l’Initiative Amujae, programme phare du Centre présidentiel Ellen Johnson Sirleaf pour les femmes et le développement.

Mali : la Cour constitutionnelle déclare Assimi Goïta président de la transition

mai 29, 2021
Le colonel Assimi Goïta lors d’une rencontre avec une délégation de la Cedeao, le 22 août 2020 à Bamako.

La Cour constitutionnelle malienne a déclaré vendredi le colonel Assimi Goïta chef de l’État et président de la transition censée ramener les civils au pouvoir.

L’arrêt stipule que le vice-président de la transition, le colonel Goïta, « exerce les fonctions, attributs et prérogatives de président de la transition pour conduire le processus de transition à son terme », et qu’il portera « le titre de président de la transition, chef de l’État ».

La Cour constitutionnelle dit avoir constaté la « vacance de la présidence » consécutive à la démission de celui qui était jusqu’alors le président de la transition, Bah N’Daw.

« Vacance de la présidence de la transition »

« En raison de la vacance de la présidence de la transition, il y a lieu de dire que le vice-président de la transition assume les prérogatives, attributs et fonctions de président de la transition, chef de l’État », écrit-elle.

Le colonel Goïta, homme fort du Mali depuis le coup d’État qu’il a mené le 18 août 2020 avec un groupe d’officiers contre Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), avait fait arrêter lundi le président Bah N’Daw et le Premier ministre Moctar Ouane, cautions civiles de la transition ouverte après le putsch. Assimi Goïta avait annoncé mardi les avoir démis de leurs charges. 

Par Jeune Afrique avec AFP

États-Unis: Un conseiller de Trump promet une transition en douceur avec Biden

novembre 17, 2020

©Copyright 2020, L’Obs

Le conseiller à la Sécurité nationale des Etats-Unis a promis lundi une transition en douceur vers une administration Biden, alors que le président Donald Trump refuse toujours de concéder sa défaite face au démocrate.Joe Biden peut-il guérir les plaies de l’Amérique ?

Robert O’Brien, qui coordonne les questions de sécurité nationale à la Maison-Blanche, a déclaré que le pays avait eu « des transitions pacifiques et réussies même dans les périodes les plus litigieuses ».

« S’il est déterminé que le ticket Biden/Harris est le gagnant, et évidemment il semble que ce soit le cas maintenant, nous aurons une transition très professionnelle de la part du conseil à la Sécurité nationale, cela ne fait pas de doute », a dit Robert O’Brien lors du Global Security Forum, une conférence virtuelle.

« Des gens très professionnels »

En décalage avec le président Trump, Robert O’Brien a aussi affirmé que Joe Biden et sa colistière Kamala Harris avaient « des gens très professionnels » dans leur équipe, capables de reprendre les rênes.

« Ils méritent d’avoir un peu de temps pour arriver et mettre en œuvre leurs politiques », a-t-il ajouté. Presque deux semaines après l’élection du 3 novembre, Donald Trump affirme toujours qu’il a gagné et fait état, sans preuves, de fraudes.

Joe Biden doit être investi président le 20 janvier, que Donald Trump concède ou non sa défaite, mais l’agence qui gère la bureaucratie fédérale, la General Services Administration, refuse de certifier sa victoire, ce qui le prive d’informations classées secret-défense et de moyens pour préparer la transition.

« Tout notre possible pour récupérer Austin »

Robert O’Brien, avocat républicain de longue date, a aussi semblé reconnaître les résultats de l’élection en évoquant les efforts en vue de libérer Austin Tice, journaliste américain porté disparu en Syrie.

« Nous faisons tout notre possible pour récupérer Austin », a-t-il dit. « Le président voudrait le voir de retour avant de quitter son poste ».

Avec NouvelObs

Mali : la Cedeao lève les sanctions après la nomination du gouvernement de transition

octobre 6, 2020
Le Premier ministre de la transition au Mali, Moctar Ouane, en mars 2016 à Alger.

L’organisation ouest africaine a décidé de la levée des sanctions qui pesaient sur le Mali au lendemain de la nomination d’un gouvernement de transition. Celui-ci est composé de militaires, qui y tiennent plusieurs postes-clés, de membres de groupes armés, de technocrates et de quelques personnalités issues du M5.

Évoquant des « avancées notables vers la normalisation constitutionnelle et pour soutenir ce processus », les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont décidé de la levée des sanctions qui pesaient encore sur le Mali.

Annoncée dans une déclaration datée du 5 octobre, signée de la main du président ghanéen Nana Akufo Ado, président en exercice de la Cedeao, cette décision a été rendue publique ce mardi, quelques heures après l’annonce de la nomination d’un gouvernement de transition, qui était l’une des conditions requises par la Cedeao en préalable à la levée des sanctions.

Plus d’une semaine après la nomination du diplomate Moctar Ouane comme Premier ministre de la transition, la composition de son gouvernement a e effet été rendue publique le lundi 5 octobre dans la soirée par le secrétaire général de la présidence, Sékou Traoré.

Les 25 membres de cet exécutif aux allures de gouvernement d’union nationale seront chargés de conduire la transition dans les dix-huit prochains mois.

Trois membres de la junte

La junte s’y taille une place de choix. Plusieurs portefeuilles régaliens ont été en effet confiés à des militaires : quatre officiers, dont trois sont membres du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) qui a renversé Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août, ont été nommés à des postes-clés.

Le colonel Sadio Camara, ancien directeur du Prytanée militaire de Kati et deuxième vice-président du CNSP, devient ministre de la Défense et des anciens Combattants.

Le colonel Modibo Koné, ancien commandant à Koro (Centre) et troisième vice-président de la junte, est pour sa part nommé à la Sécurité et à la Protection civile.

Autre ministère stratégique, qui échoit à l’un des officiers ayant conduit le coup d’État : celui de la Réconciliation nationale, dont les rênes sont confiées au colonel-major Ismaël Wagué, chef d’état-major adjoint de l’armée de l’air et porte-parole du CNSP (il en fut la figure la plus médiatique dans les jours qui ont suivi le putsch).

Quatrième militaire à faire son entrée au gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga dirigera le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation – un portefeuille capital puisque, en attendant une éventuelle réforme du système électoral, c’est lui qui aura la charge de l’organisation des scrutins.

Des ministres issus de groupes armés

Des membres de groupes armés signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation de 2015 rejoignent également le gouvernement.

Mossa Ag Attaher et Mahmoud ould Mohamed, de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), ont été nommés respectivement ministre de la Jeunesse et des Sports et ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche.

La Plateforme n’a pas été oubliée : deux de ses leaders font leur apparition : Harouna Mahamadou Toureh, ministre du Travail et de la Fonction publique, assurera également les fonctions de porte-parole du gouvernement, et Alhamdou Ag Ilyene devient ministre des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine.

Société civile

À noter aussi que plusieurs personnalités issues de la société civile, dont certaines affiliées au Mouvement du 5 juin- Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), ont été nommées.

C’est le cas de Mohamed Salia Touré, ancien président du Conseil national de la jeunesse (CNJ) et membre de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko. Il « hérite » du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

L’ancien procureur du pôle anti-corruption, Mohamed Sidda Dicko, fait quant à lui une entrée remarquée comme ministre de la Justice et des Droits de l’homme. Un poste d’autant plus stratégique que les nouvelles autorités sont particulièrement attendues sur les questions de lutte contre l’impunité et la corruption.

Autre figure issue de la société civile, Mohamed Coulibaly, proche de Cheick Oumar Sissoko, qui se voit confier la Refondation de l’État et les Relations avec les institutions.

Hamadoun Touré, ancien secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications, est nommé ministre de la Communication et de l’Économie numérique. S’il ne comptait pas parmi ses leaders les plus médiatiques, il était membre du M5.

Technocrates

Conduit par Moctar Ouane, ce gouvernement compte aussi de plusieurs personnalités aux profils de technocrates.

Zeïni Moulaye, ancien ministre des Transports et du Tourisme de 1989 à 1991, ex-ambassadeur du Mali en Arabie saoudite de 2016 à 2020 et ex-conseiller diplomatique d’IBK, a été nommé ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Alhousseini Sanou devient ministre de l’Économie et des Finances, tandis que Doulaye Konaté est nommé ministre de l’Éducation nationale.

La portion congrue pour les femmes

En revanche, la nouvelle équipe gouvernementale, forte de 25 membres, ne compte que quatre femmes. Outre le fait que c’est contraire à la législation, qui prévoit qu’au moins 30% des postes électifs et nominatifs soient confiés aux femmes, aucune n’a obtenu de ministère régalien.

Kadiatou Konaré, fille de l’ancien président Alpha Omar Konaré, a été nommée ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme. Fanta Siby devient ministre de la Santé et du Développement social et Bernadette Keïta aura la charge de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable. Enfin, Bintou Founé Samaké est la nouvelle ministre de la promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille.

La Cedeao demande la dissolution du CNSP

En annonçant la levée des sanctions, la Cedeao a notamment « pris acte » de l’investiture de Bah N’Daw en tant que président de la transition et de la nomination de Moctar Ouane, un civil, comme Premier ministre.

Elle a également noté que, dans la Charte de la transition publiée au Journal officiel, les dispositions permettant au vice-président – en l’occurrence le colonel Assimi Goïta – de remplacer le président de la transition ont été retirées.

L’organisation régionales demande cependant aux nouvelles autorités de « mettre en oeuvre rapidement les autres décisions du Sommet (d’Accra du 15 septembre dernier), en particulier la libération de tous les officiels militaires et civils arrêtés le 18 août 2020 et la dissolution du CNSP »

Avec Jeune Afrique par Aissatou Diallo

Soudan: le premier ministre de transition investi

août 21, 2019

 

Abdallah Hamdok a été investi ce mercredi comme premier ministre du Soudan et devra mener un gouvernement de transition dans ce pays dirigé durant trente ans par le général aujourd’hui destitué Omar el-Béchir, ont rapporté les médias d’État. Peu de temps après avoir atterri dans la capitale soudanaise, cet ancien collaborateur des Nations unies a prêté serment au cours d’une brève cérémonie.

Désigné par les chefs de la contestation pour devenir le nouveau premier ministre du Soudan, Abdallah Hamdok a appelé ce mercredi à l’établissement d’une démocratie pluraliste après 30 ans de régime autoritaire, a rapporté l’agence de presse soudanaise officielle SUNA.

Cet économiste chevronné qui a travaillé durant des années pour les Nations unies. Il prend la tête d’un futur gouvernement après les mois de manifestations qui ont conduit à la chute de l’ex-président Omar el-Béchir, après 30 ans à la tête du pays, et au transfert du pouvoir par les généraux ayant pris sa suite à une instance de transition dominée par les civils, le Conseil souverain.

La nouvelle phase qui s’ouvre au Soudan va nécessiter des «efforts concertés du peuple pour s’unir et construire un Etat fort», a-t-il déclaré selon SUNA. «Abdallah Hamdok a appelé à l’établissement d’une démocratie pluraliste en accord avec tous les Soudanais», a ajouté l’agence. Deux membres civils du nouveau Conseil souverain l’ont accueilli à son arrivée à l’aéroport. Ce Conseil qui compte onze membres supervisera la transition durant trois ans et trois mois et remplace le Conseil militaire de transition. Le nouveau gouvernement doit en principe être formé le 28 août.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Soudan: les généraux veulent un plan commun Éthiopie-UA pour la transition

juin 23, 2019

 

Le Conseil militaire au pouvoir au Soudan a réclamé dimanche un plan «commun» du médiateur éthiopien et de l’Union africaine pour dessiner les grandes lignes de la transition, exprimant des réserves sur une proposition présentée par Addis-Abeba.

Après plusieurs mois de manifestations qui ont poussé en avril l’armée à destituer le président Omar el-Béchir, le Soudan est le théâtre d’un bras de fer entre le Conseil militaire de transition qui a succédé à el-Béchir et les chefs du mouvement de contestation qui exigent le transfert du pouvoir aux civils.

Samedi, les représentants de la contestation ont accepté la proposition du médiateur éthiopien qui selon eux prévoit la formation d’une instance majoritairement composée de civils pour diriger la transition.

Le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamseddine Kabbachi, a assuré dimanche que le plan éthiopien était «différent» d’une autre initiative présentée par l’Union africaine, sans évoquer les détails des deux documents. Il a critiqué le retard pris selon lui par le médiateur éthiopien pour présenter son plan au Conseil militaire qui n’en a eu connaissance que jeudi.

Le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane, a rencontré le médiateur éthiopien et celui de l’UA, a précisé le général Kabbachi. «Il a souligné qu’il vaudrait mieux que les efforts des médiateurs se concentrent sur la préparation d’un document commun, pour rapprocher les points de vue», selon le général.

Les protestataires soudanais demandent depuis des semaines au Conseil militaire de céder le pouvoir aux civils mais les négociations ont été suspendues le 20 mai, chaque camp voulant prendre la tête d’une future instance de transition.

Avant la rupture des pourparlers en mai, les deux parties s’étaient mises d’accord sur une période de transition de trois ans.Ils avaient également convenu d’un Parlement de transition occupé aux deux tiers par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation. Ces derniers jours, le Conseil militaire a aussi critiqué ce partage.

La tension est montée d’un cran depuis le 3 juin et la dispersion meurtrière d’un sit-in de manifestants devant le QG de l’armée. Au moins 128 personnes ont été tuées dans l’opération et la répression qui s’est poursuivie les jours suivants, selon des médecins proches de la contestation.

Les autorités ont évoqué un bilan de 61 morts. Le Conseil militaire a assuré ne pas avoir ordonné la dispersion. Le lendemain de la dispersion, il avait annoncé l’annulation de toutes les mesures sur lesquelles les deux camps s’étaient mis d’accord.

Par Le Figao.fr avec AFP