Posts Tagged ‘transition’

Guinée : la transition pourrait prendre jusqu’à 52 mois

avril 30, 2022

Le gouvernement mis en place par la junte militaire du colonel Mamadi Doumbouya a conclu, le 29 avril, un forum politique contesté, en annonçant avoir reçu des « propositions » pour un calendrier pour restituer le pouvoir à des civils élus.

Mamadi Doumbouya après une rencontre avec la délégation de la Cedeao à Conakry, vendredi 10 septembre 2021. © Sunday Alamba/AP/SIPA

En Guinée, la transition ne pourrait être effective qu’en 2026, voire plus tard. C’est du moins la fourchette haute des différentes « propositions » de calendrier de transition politique qu’a reçues, ce 29 avril, au sortir d’un forum politique contesté, le gouvernement mis en place par la junte en Guinée. Les autorités issues du coup d’État ayant renversé le président Alpha Condé ont lancé depuis mars deux consultations politiques – une conférence dite de réconciliation et « un cadre de concertation inclusif » –, toutes deux boudées par un grand nombre de partis politiques.

En clôturant le « cadre de concertation inclusif », le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Mory Condé, a déclaré que l’ »ensemble des acteurs » ayant accepté d’y participer avaient « proposé des durées allant de 18 à 52 mois » pour la transition, sans préciser à partir de quelle date. « La durée et le chronogramme de la transition seront définis de commun accord entre le CNRD [le Comité national du rassemblement et du développement, l’organe dirigeant de la junte] et les acteurs des forces vives », a-t-il ajouté.

L’opposition réclame un dialogue permanent

Mais Rafiou Sow, porte-parole de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (Anad) et du G58, deux importantes coalitions politiques, a déclaré à l’AFP que « le cadre de concertation […] ne nous concerne pas, les conclusions de ce cadre de concertation ne nous engagent pas […] ce cadre de concertation n’est pas valable, il n’est pas national ».

Sow a réclamé au contraire la mise en place d’un « cadre de dialogue permanent » incluant « un facilitateur désigné par la communauté internationale », faute de quoi les partis qu’il représente seront « obligés d’user de manifestations pacifiques pour [se] faire entendre ».

Vers un allongement des sanctions ?

Après le putsch militaire du 5 septembre 2021 ayant porté à la tête de l’État le colonel Mamady Doumbouya, Conakry est sous la pression de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) pour restituer le pouvoir à des civils élus le plus rapidement possible. Fin mars, la Cedeao avait sommé Conakry de lui présenter « au plus tard le 25 avril » un calendrier de transition« acceptable », sous peine d’une extension des sanctions économiques décidées contre le pays, après le coup d’État et le refus manifeste de la junte d’organiser rapidement des élections.

Mais celle-ci a laissé passer l’échéance et, selon un communiqué de la Cedeao publié le 27 avril, Conakry a demandé à disposer de « davantage de temps par rapport à l’échéance du 25 avril », afin de « permettre la poursuite des consultations ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Tchad : un an après la mort de Déby, la transition dans l’impasse ?

avril 18, 2022

CONTEXTE. Fin du prédialogue entre les politico-militaires et le gouvernement à Doha, élections, transfert du pouvoir aux civils : l’horloge tourne pour la transition.

Mahamat Idriss Deby Itno, le fils du president Idriss Deby Itno, dirige depuis un an le Conseil militaire de transition (CMT).
Mahamat Idriss Déby Itno, le fils du président Idriss Déby Itno, dirige depuis un an le Conseil militaire de transition (CMT).© BRAHIM ADJI / Tchad Presidential Palace / AFP

Il y a un an, l’armée annonçait que le président tchadien Idriss Déby Itno, à la tête d’un pouvoir très autoritaire depuis 30 ans, avait été tué au front contre une énième rébellion. Soit neuf jours après la présidentielle qu’il a remportée dès le premier tour, pour un sixième mandat. Le même jour, le 20 avril 2021, son fils Mahamat Idriss Déby Itno, jeune général de 37 ans, est proclamé chef d’une junte de 15 généraux et président de la République de transition, en accord avec le président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, successeur constitutionnel en cas de décès du chef de l’État.

Il est aussitôt adoubé par la communauté internationale, France, Union européenne (UE) et Union africaine (UA) en tête, les mêmes qui sanctionnent des militaires putschistes ailleurs en Afrique. Parce que son armée est indispensable dans la guerre contre les djihadistes au Sahel et que Mahamat Déby promet de remettre le pouvoir aux civils dans les 18 mois. Mais la situation s’est figée depuis.

Qu’a promis la junte il y a un an ?

Le nouvel homme fort de N’Djamena dissout immédiatement le Parlement, limoge le gouvernement, abroge la Constitution, mais promet des « élections libres et démocratiques » après une transition de dix-huit mois. Renouvelable « une fois », tempère, le lendemain, une « Charte de transition ». Le général Déby s’engage aussi à ne pas se présenter à la future présidentielle.

Paris, l’UE et l’UA demandent que la transition ne dépasse pas 18 mois, ce qui suppose l’organisation d’élections à l’automne 2022.

Premier coup de canif dans ces engagements deux mois plus tard : Mahamat Déby envisage une prolongation de la transition, si les Tchadiens ne sont pas « capables de s’entendre », et « remet à Dieu » son « destin » personnel pour la présidentielle.

Autre promesse importante : un « Dialogue national inclusif » ouvert à « toutes » les oppositions, politiques et armées, donc à la cinquantaine de groupes et groupuscules rebelles qui harcèlent le pouvoir depuis 30 ans.

Pourquoi ce sera difficile, voire impossible, à tenir ?

Aujourd’hui, les élections sont une chimère à six mois de la date butoir théorique, tant les positions sont aux antipodes et les retards irréversibles.

Un « prédialogue de paix », impératif pour leur participation au dialogue inclusif, s’ouvre à Doha le 13 mars avec « tous » les groupes armés. Une « main tendue », comme l’affirme Mahamat Déby, qui tranche avec l’intransigeance de son père. C’est là que le bât blesse : plus de 250 membres d’une cinquantaine de mouvements rebelles sont, depuis un mois, dans la capitale du Qatar mais refusent de parler directement aux émissaires de la junte et ne parviennent même pas à s’entendre entre eux.

L’opposition y voit une manœuvre dilatoire du pouvoir pour saboter par avance ces pourparlers en imposant au médiateur qatari, qui s’y opposait, un nombre hallucinant d’interlocuteurs, recette garantie pour un dialogue de sourds.

Un mois après, à Doha, aucun progrès tangible ne perce et le maintien du dialogue national prévu le 10 mai à N’Djamena semble illusoire. D’autant que l’opposition politique – que Mahamat Déby laisse manifester, chose inconcevable sous son père – boude depuis début avril l’organisation du forum et menace de le boycotter, accusant la junte de perpétuer les « violations des droits humains » et de préparer une candidature du général Déby à la présidentielle.

Quels scénarios possibles ?

« Le calendrier de la transition ne sera pas respecté », prédit Thierry Vircoulon, spécialiste de l’Afrique centrale à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

« Doha n’avance pas, un accord sera très difficile à trouver, ce qui repousse la transition », abonde Roland Marchal, du Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.

Pourtant, samedi 16 avril, la junte a promis que la date du 10 mai sera maintenue. « Le dialogue attendu par tous doit impérativement déboucher sur des institutions démocratiques », martèle le gouvernement de transition nommé par Mahamat Déby à l’adresse des sceptiques.

Mais pour l’heure, la perpétuation du régime du père semble l’hypothèse la plus probable. Son pouvoir très autoritaire s’appuyait sur sa toute-puissante armée, dont l’encadrement est verrouillé par son ethnie zaghawa. Or, le fils a rapidement « consolidé son pouvoir en s’entourant des caciques de l’ancien régime », assure Thierry Vircoulon, « il y a une vraie continuité entre le père et le fils, le système Déby est toujours en place ». « Ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir, autour des Zaghawas », renchérit Roland Marchal.

Ce statu quo pourrait d’ailleurs convenir à une majorité de Tchadiens comme à la communauté internationale, qui y voient un gage de stabilité dans une région tourmentée – avec la Centrafrique, la Libye et le Soudan pour voisins – et contre l’activisme des djihadistes de Boko Haram et du groupe État islamique autour du lac Tchad. « Sur la sécurité, les choses sont assez gérées pour l’instant, les groupes armés ne représentent pas une menace », assure Thierry Vircoulon. Depuis un an, les rebelles n’ont lancé aucune offensive.

Par Le Point avec AFP

Mali-Côte d’Ivoire : quand un obscur opposant se proclame « président de la transition malienne » depuis Abidjan

mars 7, 2022
Ainea Ibrahim Camara© DR Ainea Ibrahim Camara © DR

Ainea Ibrahim Camara a rejoint Freetown après une mise en garde des autorités ivoiriennes et des menaces de poursuites de Bamako. Le tout dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays.

S’attendait-il à autant de réactions quand il s’est proclamé « président de la transition civile malienne à compter du 27 février », en donnant une conférence de presse à Abidjan la veille ? Ce qui est certain, c’est que le tapage provoqué par sa sortie médiatique ne semble pas l’inquiéter, et encore moins lui déplaire.

Une semaine après cette annonce très partagée et commentée sur les réseaux sociaux, l’opposant malien Ainea Ibrahim Camara affirme rester « droit dans ses bottes ». Il se dit « serein et flegmatique » et compte former prochainement son gouvernement. Il a saisi la Cour constitutionnelle malienne afin qu’elle constate « la vacance du pouvoir » et lui accorde son « feu vert » en vue de l’organisation d’élections. « Je crois en la justice de mon pays », insiste-t-il quand on lui fait remarquer que tout cela semble peu réaliste.

D’Abidjan à Freetown

La discussion a lieu par la téléphone, par l’entremise de son chargé de communication et conseiller politique, un Ivoirien qui se présente comme un ancien député et requiert l’anonymat. Ainea Ibrahim Camara, fondateur du Mouvement républicain en 2017, a en effet déjà quitté la capitale économique ivoirienne pour la Sierra Leone.

Est-ce en raison de la mise en garde du gouvernement ivoirien qui, dans un communiqué en date du 28 février, a affirmé qu’il « ne saurait tolérer la déstabilisation d’un pays frère à partir de son territoire » et « se réservait le droit de prendre des mesures à l’encontre de toute personne dont les agissements mettraient à mal ses relations avec des pays tiers » ?

« Non, mon voyage à Freetown était prévu. J’y suis pour mes activités professionnelles de président d’un groupe financier. Je suis prêt à revenir en Côte d’Ivoire, ce pays que j’aime beaucoup, si les autorités souhaitent me parler », assure cet entrepreneur de 50 ans. Selon la biographie fournie par son entourage, Ainea Ibrahim Camara est né à Bamako, a été formé en France et aux États-Unis et tient aujourd’hui les rênes de trois établissements, dont une banque, dans les secteurs de l’énergie et de l’environnement.

« Déstabilisation des institutions de la transition »

Quant aux poursuites judiciaires annoncées côté malien, il dit ne pas être au courant, évoque une manipulation des réseaux sociaux et garantit qu’il retournera bientôt dans son pays. « La junte était au courant de mes intentions dès le 10 janvier, mais le fait que je vienne en parler en Côte d’Ivoire, à l’invitation des Maliens [qui y résident], et que j’exprime ma sympathie envers le président Alassane Ouattara, explique certainement pourquoi elle s’est sentie piquée au vif. »

Dans un communiqué, les autorités maliennes ont condamné la teneur de plusieurs vidéos en ligne qui « traduisent clairement la volonté de l’intéressé, manifestement rassuré des complicités dont il pourrait bénéficier, dans un pays voisin d’où il tenait ses propos, de poursuivre son entreprise malveillante de déstabilisation des institutions de la transition ».

Une polémique qui intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Mali depuis l’instauration de nouvelles sanctions économiques prises par la Cedeao début janvier en réponse à l’intention de la junte de se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années. Depuis, plusieurs organisations représentant la communauté malienne en Côte d’Ivoire ont condamné les propos d’Ainea Ibrahim Camara, appelé à son arrestation et réitéré leur soutien à la junte. « Ils sont manipulés », tonne l’opposant.

Proche du couple Clinton ?

Alors, que cherche vraiment l’autoproclamé « président de la transition civile malienne », dont les proches assurent qu’il possède des mines d’or et de diamants et qu’il connaît bien le couple Clinton ? Il entend « agir pour les intérêts des Maliens » face à « un pouvoir illégitime et illégal », assure le candidat à la députation dans son pays en 2020.

Selon la presse malienne, il avait été écroué avant le vote en raison de soupçons d’escroquerie et d’abus de confiance. Sur ce point, Ainea Ibrahim Camara réfute toute condamnation : « Je n’ai jamais été condamné de ma vie. Mon casier judiciaire est vierge. Cette arrestation visait à m’empêcher de me présenter. J’ai été relâché juste après. »

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Burkina Faso : Paul-Henri Damiba prête serment à nouveau, les politiques grincent des dents

mars 2, 2022
Prestation de serment du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le 2 mars 2022. © OLYMPIA DE MAISMONT/AFP

La charte de la transition qui vient d’être adoptée permet au lieutenant-colonel de rester au pouvoir pendant trois ans. Mais l’omniprésence des militaires dans les institutions mécontente la classe politique.

Cela fait moins d’un mois et demi que Paul-Henri Sandaogo Damiba a renversé Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso, mais déjà deux fois qu’il prête serment. Après avoir été investi le 16 février devant le Conseil constitutionnel du Burkina Faso, le lieutenant-colonel l’a été de nouveau, ce 2 mars, au lendemain de l’adoption d’une charte de la transition.

SUR LES 71 DÉPUTÉS DU PARLEMENT, 16 SERONT DES MILITAIRES

Le texte lui permet de rester au pouvoir trois années de plus et prévoit la mise en place des organes de la transition. Un Premier ministre doit prochainement être nommé par le chef de l’État et un Parlement mis sur pied. Celui-ci comptera 71 députés dont seize seront issus de l’armée, treize de la société civile et huit pour les partis politiques. Une répartition qui fait la part belle à l’armée au détriment des formations politiques.

« Comment les partis peuvent-ils choisir si peu de représentants alors qu’il y a plusieurs dizaines de formations politiques ? Nous avons l’impression que les politiques ne sont pas les bienvenus dans cette transition », regrette Boubacar Sannou, premier vice-président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de l’ancien président Blaise Compaoré. « Nous sommes prêts à accompagner le président pour que la transition soit réussie. Mais il faut que nous soyons consultés. »

L’échec des politiques

Patron de l’institut de recherches Free Afrik, Seydou Ra-Sablga Ouédraogo s’inquiète du manque d’inclusivité de la transition. « L’importante présence des militaires dans les institutions crée un déséquilibre qui marginalise la participation de certains acteurs stratégiques de la société et affaiblit leur engagement dans la transition. En effet, ni les syndicats, ni l’administration publique ne seront représentés au sein du Parlement. Cela peut être source de dérive », analyse celui que certains pressentent au poste de Premier ministre.

NOUS AVONS L’IMPRESSION QUE LES POLITIQUES NE SONT PAS LES BIENVENUS DANS CETTE TRANSITION

Pour d’autres acteurs burkinabè, au contraire, il faut laisser les militaires tenter de reprendre en main le pays. « Les partis politiques ont échoué à gérer et sécuriser le Burkina. Il est désormais temps de laisser d’autres acteurs redresser le pays, en l’occurrence l’armée, puisque le retour de la sécurité est une priorité », justifie Roland Bayala, membre de la Coalition des patriotes du Burkina Faso (COPA-BF), un regroupement d’acteurs de la société civile.

Dans les prochains jours, la Cedeao devrait statuer sur ces derniers développements. Une transition de trois ans conduite par un militaire sera-t-elle satisfaisante pour éviter au Burkina Faso des sanctions économiques ? Le Mali voisin a été fermement sanctionné lorsqu’Assimi Goïta a annoncé qu’il se maintiendrait cinq années de plus à la tête de l’État.

Avec Jeune Afrique

Burkina Faso : Paul-Henri Damiba pourra rester trois ans au pouvoir

mars 1, 2022
Paul-Henri Sandaogo Damiba a prêté serment le mercredi 16 février en tant que président du Faso. © DR / Présidence du Faso.

Dans la nuit de lundi à mardi, les assises nationales ont signé une charte constitutionnelle de la transition qui prévoit l’organisation d’élections dans 36 mois. Le chef de la junte ne pourra pas se présenter à la prochaine présidentielle.

La période de transition avant un retour à l’ordre constitutionnel au Burkina Faso, où un coup d’État a eu lieu le 24 janvier, a été fixée à trois ans lundi soir par des assises nationales qui ont rassemblé les « forces vives » du pays. Une « charte constitutionnelle de la transition » a été signée sous les acclamations par le chef de la junte, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à l’issue de plusieurs heures de travaux des assises. « La durée de la transition est fixée à 36 mois à compter de la date de l’investiture du président de la transition », stipule la charte qu’il a signée dans la nuit de lundi à mardi.

Président non-éligible

Le lieutenant-colonel Damiba, qui a prêté serment le 16 février devant le Conseil constitutionnel, sera investi ce mercredi 2 mars par les assises qui ont impliqué la junte, les partis, syndicats, organisations de la société civile, de la jeunesse, des femmes et des personnes déplacées par les attaques jihadistes qui frappent le Burkina Faso depuis 2015. La charte stipule par ailleurs que le président de la transition « n’est pas éligible aux élections présidentielle, législatives et municipales qui seront organisées pour mettre fin à la transition ».

Cette disposition s’applique également aux 25 membres du gouvernement de transition dont « le Premier ministre est une personnalité civile ». Outre le président et le gouvernement, les organes de la transition comprennent un « Conseil d’orientation et de suivi de la transition », fixant « les grandes orientations de la politique de l’État », et une « Assemblée législative de transition » composée de 75 membres, selon la charte.

Lutte contre le terrorisme

Il précise que deux des principales missions de la transition seront « de lutter contre le terrorisme, restaurer l’intégrité du territoire national » et en « assurer la sécurité », et « apporter une réponse efficace et urgente à la crise humanitaire et aux drames socioéconomiques et communautaires provoqués par l’insécurité ». Elle devra également « renforcer la gouvernance et la lutte contre la corruption ».

Outre le reproche d’impuissance face aux groupes jihadistes, le président renversé Roch Marc Christian Kaboré – en résidence surveillée à Ouagadougou depuis le putsch – était aussi accusé de ne pas avoir fait preuve d’efficacité dans la lutte contre la corruption.

La charte définitive a revu à la hausse plusieurs dispositions contenues dans un rapport d’une commission créée par la junte début février et dans le projet de charte discuté par les assises: transition de 36 mois au lieu de 30, gouvernement de 25 membres au lieu de 20, assemblée législative de 75 membres au lieu de 51. Tous seront payés, contrairement à ce que prévoyait initialement le projet. « Les uns et les autres ont exprimé leur position sincèrement, ce n’était pas pas facile, mais nous avons abouti à un document consensuel », s’est réjoui l’ancien chef de l’opposition, Eddie Komboïgo.

Quelle réaction de la Cedeao ?

Pour Pascal Zaida, président de la Coordination nationale pour une transition réussie (CNTR), la charte est le résultat d’« un consensus qui a été dégagé tant au niveau de l’inéligibilité de certains membres de la transition, de la question de la rémunération, de la durée de la transition et du nombre des membres de l’organe législatif ».

Des discussions sur la charte devraient rapidement s’engager désormais avec la Cedeao, qui a suspendu le Burkina Faso de l’organisation le 28 janvier en raison du coup d’État. Elle avait demandé aux nouvelles autorités de présenter un calendrier « raisonnable pour le retour à l’ordre constitutionnel ». Au Mali voisin, elle avait jugé « inacceptable » celle de cinq ans exigée par le Mali et ne cesse de réclamer un calendrier à la Guinée qui refuse de se voir imposer un quelconque délai.

Par Jeune Afrique avec AFP

Transition au Mali : en avant pour le marchandage

janvier 4, 2022
. © Damien Glez

Après seize mois au pouvoir, la junte d’Assimi Goïta continue de réfléchir, à voix haute, à la suite des évènements. Les résolutions des Assises nationales de la refondation n’alimentent-elle qu’un surplace ?

C’est bien connu : dans un marché populaire, le margoulin qui veut vendre sa pacotille à 500 F CFA en réclamera d’abord 2 000 au client, avant d’affirmer qu’il ne cédera la bimbeloterie à 1 000 F CFA qu’à perte, et uniquement parce qu’il s’agit là du premier client de la journée – porte-bonheur – ou le dernier chaland – consolateur. Et ceci avant de conclure : « donne ce que tu as ».

Entre deux réveillons, les observateurs de la situation malienne espéraient l’annonce d’un chronogramme politique susceptible de projeter le Mali, dès 2022, vers un renouveau démocratique. Dans leurs résolutions, les Assises nationales de la refondation ont recommandé une prolongation de la transition de six mois à… cinq ans.À LIREMali : Assimi Goïta saura-t-il adoucir la Cedeao ?

Certes, les tâches présentées comme préalables et donc prioritaires sont légion : réforme de la Constitution, adoption d’une nouvelle loi électorale, mise en place d’un organe unique de gestion des élections ou encore amélioration de la situation sécuritaire. Mais la fourchette de prolongation de la transition – de six à soixante mois, soit un rapport de 1 à 10 – est étrangement large. Faut-il voir dans le sursis potentiel de 1 800 jours de la présidence Goïta la première base de négociation avec une Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) quelque peu grognonne ? Cette base à laquelle, sur le marché, ne croient ni le vendeur ni le client ?

Le flou allié de la junte ?

L’échéancier proposé par le gouvernement malien, dans l’apathie du jour de l’An, au chef de l’État ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de l’institution sous-régionale, table sur la tenue d’un référendum constitutionnel en janvier 2024, des élections législatives et sénatoriales couplées en novembre 2025 et une élection présidentielle au plus tard en décembre 2026.

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

Dès le lendemain de la proposition, une dizaine d’organisations politiques maliennes rejetaient le projet de prolongation, qui « violerait » la propre charte de la transition, par « une tentative de confiscation du pouvoir par la force et la ruse ». Mais la junte s’en soucie-t-elle ? Le médiateur de la Cedeao, Goodluck Jonathan, est attendu à Bamako le 5 janvier. Et, dimanche 9 janvier, devrait se tenir un sommet extraordinaire des chefs d’État de l’organisation…

« Beaucoup de bruit pour rien », aurait peut-être écrit le dramaturge William Shakespeare à l’issue des Assises. La décision de la junte est-elle une absence consciente de décision ? La fourchette surréaliste de la prolongation éventuelle de la transition ne sert-elle qu’à jouer la montre dans un marchandage à prolonger ? Certains considèrent que le flou est l’allié de la junte, en matière de légitimation politique comme de partenariat sécuritaire.

Qui nierait que le Mali a toute latitude pour choisir souverainement ses partenaires sur le terrain militaire ? Personne de sensé. Pourtant, le Mali a-t-il choisi clairement ? Combien de temps faut-il pour annoncer officiellement le déploiement d’un contingent paramilitaire du groupe Wagner que certains semblent observer ? La diplomatie n’est pas plus un jeu de bonneteau que de devinettes.

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Mali : les Assises de la refondation recommandent une prolongation de la transition

décembre 31, 2021
Le président malien par intérim, le colonel Assimi Goïta, passe en revue les troupes, le 7 juin 2021, à Bamako. © AFP/ANNIE RISEMBERG

Entre « six mois et cinq ans » : c’est la durée de la transition préconisée jeudi soir par les Assises nationales. Une délégation conduite par Assimi Goïta doit se rendre au Ghana pour rencontrer le président en exercice de la Cedeao, Nana Akufo-Addo.

Les participants aux « Assises nationales de la refondation », présentées comme la phase finale des consultations préalables à des élections et à un retour des civils au pouvoir au Mali, ont proposé jeudi 30 décembre au soir à Bamako de prolonger l’actuelle transition de « six mois à cinq ans ».

Auteurs de coups d’État successifs en août 2020 et mai 2021, les militaires s’étaient engagés sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et d’une partie de la communauté internationale, à remettre le pouvoir aux civils après des élections présidentielle et législatives initialement programmées en février 2022.

Menace de nouvelles sanctions de la Cedeao

Mais la junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, avait finalement fait savoir à la Cedeao être dans l’incapacité de respecter le calendrier convenu et avait chargé les Assises nationales d’élaborer un calendrier électoral. La Cedeao a réitéré mi-décembre son exigence d’élections le 27 février devant aboutir à la restitution du pouvoir aux civils et menacé la junte de nouvelles sanctions si les délais n’étaient pas tenus.

« Les participants se sont prononcés pour la prorogation de la transition afin de pouvoir réaliser les réformes institutionnelles structurantes et permettre des élections crédibles, équitables et transparentes. Les délais avancés varient de six mois à cinq ans», indique un document lu à l’issue des Assises, en présence du colonel Goïta. « Conformément aux recommandations des Assises nationales, le gouvernement mettra en place un chronogramme visant à assurer à un retour constitutionnel apaisé et sécurisé », a déclaré le président de la transition, lors de la cérémonie de clôture des consultations, qui ont démarré le 11 décembre dans différents cercles et communes du pays.

ASSIMI GOÏTA INVITE LA CEDEAO À « ACCOMPAGNER DAVANTAGE LE MALI (…) EN SOUTENANT L’ORGANISATION PROCHAINE DES ÉLECTIONS »

« C’est donc l’occasion et le lieu de rassurer le peuple malien sur notre engagement et notre détermination quant à la mise en œuvre des résolutions issues de ces Assises souveraines », a poursuivi Assimi Goïta. Il a invité la Cedeao à « accompagner davantage le Mali dans la réalisation d’actions en soutenant l’organisation prochaine des élections ».

Par ailleurs, un membre de l’entourage du colonel Goïta a déclaré jeudi à l’AFP qu’une délégation malienne « se rendra vendredi à Accra pour remettre au président en exercice de la Cedeao, le président ghanéen Nana Akufo-Addo,  un document sur le délai de la transition, le chronogramme pour l’organisation des élections ». Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, et Zeïny Moulaye, président des Assises nationales, feront partie de la délégation, selon la même source.

« Manœuvre dilatoire »

Présentées par les autorités comme un moment crucial de la transition ouverte depuis le putsch de 2020, ces Assises ont été boycottées par de nombreuses organisations maliennes. Elles étaient supposées accoucher de recommandations en vue de réformes destinées à remédier aux maux du pays pris dans la tourmente depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et jihadiste en 2012.

Le Mali a déjà connu de telles consultations nationales par le passé, et elles sont parfois jugées vaines. C’est l’un des griefs des organisations qui ont décidé de ne pas y prendre part, tout en demandant la tenue rapide d’élections.

Le 11 décembre, le Cadre d’échange, réunion de plusieurs partis et regroupements de partis, a jugé dans un communiqué que ces Assises n’étaient qu’une « manœuvre dilatoire » destinée à prolonger la transition, de la part d’un gouvernement « sans repère, ni boussole ». Un jour auparavant, d’autres acteurs importants, réunis au sein d’un Cadre stratégique permanent (CSP), avaient eux aussi prévenu que les conclusions des consultations  ne les engageraient « nullement ».

Les participants aux Assises ont également recommandé de « développer de nouveaux partenariats militaires avec des puissances militaires » et de « dissoudre toutes les milices et les intégrer dans l’armée malienne », indique le rapport final.

De fortes tensions opposent la junte à la France, ancienne puissance coloniale qui a décidé récemment de réorganiser son dispositif au Sahel, et notamment au Mali, destiné à combattre les groupes jihadistes qui opèrent dans la région. Bamako a récemment démenti tout déploiement sur son territoire de mercenaires du sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner, dénoncé par une quinzaine de puissances occidentales impliquées dans la lutte antidjihadiste au Sahel.

Avec Jeune Afrique

Soudan : le général al-Burhane s’explique sur son coup de force

octobre 26, 2021

Au lendemain du coup d’État militaire, le chef de l’armée et du Conseil souverain de la transition a tenté de rassurer sur la situation dans laquelle est plongé son pays.

Le chef de l'armee soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, a tenu une conference de presse ce 26 octobre 2021 a Khartoum, au lendemain de son coup d'Etat.
Le chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhan, a tenu une conférence de presse ce 26 octobre 2021 à Khartoum, au lendemain de son coup d’État. © ASHRAF SHAZLY / AFP

Englué depuis deux ans dans une transition tuée dans l’œuf, le Soudan est désormais plongé dans l’inconnu alors que la chute du régime de l’autocrate Omar el-Béchir, en 2019, sous la pression populaire et de l’armée, et la signature d’accords avec les rebelles avaient fait croire à une issue après des décennies de crises.

« Tout le pays était dans l’impasse en raison de rivalités politiques »

Accusé d’avoir « trahi » la révolte de 2019, le général Abdel Fattah al-Burhane, lors d’une conférence de presse fleuve à Khartoum, a défendu son coup de force et l’armée. Il a affirmé avoir dissous les autorités chargées de mener la transition vers un pouvoir civil et des élections, car « certains attaquaient l’armée », « composante essentielle de la transition ». En résumé, l’armée a été forcée d’intervenir pour résoudre une crise politique croissante qui, selon lui, aurait pu conduire à une guerre civile.

« Oui, on a arrêté des ministres et des politiciens, mais pas tous », a-t-il ajouté en affirmant : le Premier ministre renversé Abdallah Hamdok est « chez moi ». Avant d’indiquer que l’homme politique serait libéré « aujourd’hui ou demain », a dit le chef de l’armée lors de sa deuxième apparition publique depuis sa prise du pouvoir.

Mais les propos du nouvel homme fort du Soudan n’ont visiblement pas rassuré.

Réunion à l’ONU

Le chef de l’ONUAntonio Guterres, a aussitôt appelé à libérer « immédiatement » le Premier ministre et les autres responsables « détenus illégalement », à quelques heures d’une réunion à huis clos des 15 membres du Conseil de sécurité sur le Soudan. De même, le bureau d’Abdallah Hamdok a interpellé les « putschistes » sur son sort.

Plusieurs pays et organisations ont appelé depuis lundi à libérer le Premier ministre renversé. Tôt ce 25 octobre, ce dernier, son épouse, plusieurs de ses ministres et les dirigeants civils ont été emmenés par les militaires.

Le général Burhane a promis un gouvernement « compétent » pour bientôt, mais son coup de force a suspendu de fait la transition dans un pays resté sous la férule de l’armée quasiment en continu depuis son indépendance.

Les Soudanais pas près de céder

Après la proclamation de la « désobéissance civile », des milliers de Soudanais campent depuis lundi dans la rue pour protester contre le coup d’État militaire. Ils veulent, disent-ils, « sauver » la révolution qui a renversé le général Béchir, au prix d’une répression qui avait fait plus de 250 morts. Même si l’on sait maintenant où est le chef du gouvernement, « on ne quittera la rue qu’une fois le gouvernement civil réinstallé », a affirmé à l’AFP Hocham al-Amine, ingénieur de 32 ans. « On n’acceptera plus jamais de partenariat avec l’armée. »

« Un usage de la force n’entraînerait pas seulement un bain de sang (…) mais pourrait aussi mener à un face-à-face prolongé qui fermerait la porte à la résolution de la crise », a averti le cercle de réflexion International Crisis Group en commentant la mort de manifestants lundi.

Déjà coupés du monde avec des connexions Internet et téléphoniques qui vont et viennent, les Soudanais ne peuvent désormais plus quitter le pays : les vols vers et depuis l’aéroport de Khartoum ont été suspendus jusqu’à samedi.

Par Le Point avec AFP

Soudan : Emmanuel Macron condamne le coup d’État

octobre 25, 2021

Le président français a condamné « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect du Premier ministre ».

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhane a dissous lundi 25 octobre les autorités de transition, dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants prodémocratie.

Depuis le matin, le « coup d’État » dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissous, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron a condamné lundi « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils ». « La France condamne avec la plus grande fermeté la tentative de coup d’État au Soudan. J’exprime notre soutien au gouvernement de transition soudanais et appelle à la libération immédiate et au respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils », a souligné le président français dans un tweet.

De nombreuses réactions dans le monde entier

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé El Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné lundi « le coup d’État militaire en cours » au Soudan et a réclamé la libération « immédiate » du Premier ministre Abdallah Hamdok. « Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte », a-t-il affirmé sur Twitter.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ».

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ». Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est dit engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

La Commission européenne a appelé à la « libération rapide » des dirigeants civils du gouvernement du Soudan et à « ce que les moyens de communication ne soient pas entravés pour permettre de joindre ceux qui en ont besoin ». L’Allemagne a « clairement condamné » la tentative de coup d’État au Soudan qui « doit cesser immédiatement » pour permettre la poursuite d’une « transition politique pacifique vers la démocratie », selon un communiqué du ministre des Affaires étrangères. « Les informations faisant état d’une nouvelle tentative de coup d’État au Soudan sont atterrantes », a déclaré Heiko Maas.

Des tensions qui existent depuis longtemps entre les deux parties

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane, qui chapeaute le Conseil de souveraineté désormais amputé de sa part civile, ont constaté des correspondants de l’AFP. Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville, où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de « révolution » pour refuser ce que les militants appelaient déjà « un coup d’État rampant ».

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis l’éviction du président Omar el-Béchir, en avril 2019. Depuis août 2019, le pays est dirigé par une administration composée de civils et de militaires chargée de superviser la transition vers un régime entièrement civil.

Le principal bloc civil – les Forces pour la liberté et le changement (FFC) –, qui a mené les manifestations anti-Béchir en 2019, s’est scindé en deux factions opposées. « La crise actuelle est artificielle et prend la forme d’un coup d’État rampant », a déclaré Yasser Arman, leader du FFC, lors de la conférence de presse de samedi dans la capitale Khartoum. « Nous renouvelons notre confiance dans le gouvernement, le Premier ministre Abdallah Hamdok, et dans la réforme des institutions de transition, mais sans ordre ni imposition », a ajouté Yasser Arman.

Les tensions entre les deux parties existent depuis longtemps, mais les divisions se sont exacerbées après le coup d’État manqué du 21 septembre. La semaine dernière, des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé dans plusieurs villes pour soutenir le transfert complet du pouvoir aux civils, et pour contrer un sit-in rival de plusieurs jours devant le palais présidentiel dans la capitale Khartoum qui exigeait un retour au « régime militaire ».

La « crise la plus grave et la plus dangereuse »

Abdallah Hamdok a précédemment décrit les divisions au sein du gouvernement de transition comme la « crise la plus grave et la plus dangereuse » à laquelle est confrontée la transition. Samedi, Abdallah Hamdok a démenti les rumeurs selon lesquelles il avait accepté un remaniement ministériel, les qualifiant de « non exactes ». Le Premier ministre a également « souligné qu’il ne monopolisait pas le droit de décider du sort des institutions de transition ».

Par Le Point avec AFP

Soudan : le général Abdel Fattah al-Burhane dissout les autorités de la transition

octobre 25, 2021
Les soldats ont tiré sur les manifestants qui protestaient contre l’arrestation du Premier ministre, ce lundi 25 octobre à Khartoum. © NICOLAS CORTES/ZEPPELIN/SIPA

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhan a dissous lundi les autorités de transition dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants pro-démocratie.

Depuis le matin, le coup d’État dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissout, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Tirs à balles réelles sur les manifestants

Des manifestants protestent contre l’arrestation du Premier ministre, le 25 octobre 2021 à Khartoum.
Des manifestants protestent contre l’arrestation du Premier ministre, le 25 octobre 2021 à Khartoum. © NICOLAS CORTES/ZEPPELIN/SIPA

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ». Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ».

Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

« Révolution »

Dans les rues de Khartoum, où internet et le téléphone ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais conspuent depuis tôt le matin le général Burhane. « Nous refusons le régime militaire et sommes prêts à sacrifier nos vies pour la transition démocratique », a juré l’un d’eux, Haitham Mohamed. « Nous ne quitterons pas les rues avant le retour du gouvernement civil », affirme Sawsan Bachir, elle aussi sous la nuée de drapeaux soudanais.

Dans un pays quasiment toujours sous la férule des militaires et des islamistes depuis son indépendance il y a 65 ans, la transition battait de l’aile depuis longtemps. Entre luttes de pouvoir parmi les civils et militaires décidés à conserver leurs acquis politiques et économiques, elle a débuté dans l’union sacrée avant de finir morcelée.

En avril 2019, l’armée poussait au départ d’Omar el-Béchir, sous la pression d’une énorme mobilisation populaire. Depuis août de la même année, un Conseil de souveraineté composé pour moitié de civils et pour moitié de militaires, menait le pays, promettant les premières élections libres fin 2023.

Montée des tensions

Mais ces derniers jours, la tension est montée entre les deux camps. Le 16 octobre, des pro-armée ont planté leurs tentes devant le palais présidentiel où siègent les autorités de transition. En réponse, le 21 octobre, des pro-civils sont descendus par dizaines de milliers dans les rues du pays, dans un joyeux festival pour, disaient-ils, « sauver » leur « révolution ».

Il y a deux jours, le camp pro-civil avait mis en garde contre un « coup d’État rampant », lors d’une conférence de presse qu’une petite foule avait cherché à empêcher. Mais ce camp est divisé. La preuve? Le sit-in qui réclame un « gouvernement militaire » comme les pro-« révolution » se revendiquent tous des Forces de la liberté et du changement (FLC), la grande alliance anti-Béchir qui s’est créée en 2019.

Par Jeune Afrique avec AFP