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Tueries aux États-Unis: les autorités s’inquiètent du «terrorisme intérieur»

août 4, 2019

APTOPIX Texas Mall Shooting

Le tueur a tiré de sang froid sur des passants et des personnes venues faire leurs courses dans un supermarché de la ville située à la frontière avec le Mexique, dont la population est à 85 % d’origine ou de naissance hispanique. Mark Lambie/AP

Les deux fusillades qui ont fait ce week-end 29 morts au Texas et dans l’Ohio ont ravivé les débats sur les armes à feu et la rhétorique incendiaire de Donald Trump, accusé de racisme par les démocrates.

L’Amérique s’est éveillée pantelante, dimanche, frappée par la double tragédie qui a coûté la vie à trente personnes, lors de deux fusillades distinctes, au Texas et en Ohio ; en l’espace de treize heures, ces massacres devraient relancer le débat sur l’impossible contrôle des armes à feu outre- Atlantique, en pleine campagne présidentielle, ainsi que sur l’ombre grandissante d’un terrorisme intérieur visant immigrants, juifs, musulmans et tous ceux censés menacer la «race blanche».

Samedi matin, à El Paso, cité fron-tière texane avec le Mexique, un tueur armé d’un fusil d’assaut de type AK-47 a abattu froidement vingt passants, dont un enfant de 6 ans, et blessé vingt-six autres personnes venues faire leurs courses dans un supermarché, avant de se constituer prisonnier. Le bilan risque de s’alourdir dans les prochains jours, certains des blessés, âgés de 2 à 82 ans, se trouvant dans un état critique. «C’est écœurant, intolérable et ce n’est pas texan», s’est indigné Greg Abbott, le gouverneur du Texas. Pas plus texan qu’ohien, sans doute. Et pourtant, le cauchemar s’est reproduit dans la nuit de samedi à dimanche, devant un bar du centre-ville de Dayton, en Ohio (voir ci-dessous).

D’une banalité terrifiante, la litanie insensée des statistiques défile en boucle sur les écrans de télévision, comme à chacune de ces tragédies: il s’agit de la 2187e tuerie de masse outre-Atlantique depuis le massacre tristement célèbre de 26 personnes dans une école maternelle de Sandy Hook (Connecticut), le 14 décembre 2012. 8666 Américains ont déjà été tués par armes à feu en 2019, et 249 tueries déjà recensées, pour une année qui ne comptait samedi que 215 jours.

Des clients abattus de sang-froid

La tragédie d’El Paso, elle, s’inscrit comme la sixième la plus sanglante de l’histoire récente et, selon son gouverneur, la pire de l’histoire du Texas, cet État où le port d’armes est toléré sans restriction (open carry), et où l’on peut porter un fusil en bandoulière au supermarché. À 10 h 30 du matin, le tueur imberbe est apparu devant l’entrée de l’imposant Walmart. Une caméra de sécurité a figé sa silhouette inquiétante: tee-shirt noir et pantalon cargo, fusil d’assaut presque trop grand pour sa corpulence, casque antibruit sur les oreilles, comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo ou d’une séance au stand de tir.

Après avoir semé la mort, avec un calme sidérant selon les témoins oculaires, le tueur s’est rendu sans résister. Le dénommé Patrick Crusius, originaire d’Allen, une bourgade du nord de Dallas située à plus de 1000 kilomètres et dix heures de route d’El Paso, est âgé de 21 ans. Il a ouvert le feu au jugé sur les clients, abattus de sang-froid sur le parking, près des caisses et dans les travées bondées en cette prérentrée scolaire.

Dix-neuf minutes avant que ne retentisse le premier appel paniqué au 911 (urgences), un manifeste était apparu en ligne, sur le site de partage 8chan, coutumier des imprécations islamophobes et antisémites. Élucubrant sur «une invasion hispanique du Texas» et le soi-disant «grand remplacement» en cours des Blancs par les «étrangers», classique des écrits suprémacistes blancs attribué au penseur identitaire français Renaud Camus et entendu lors du rassemblement néonazi de Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017, le document de cinq pages proposait de «diviser l’Amérique en territoires racialement distincts». «Si nous pouvons éliminer suffisamment de gens, écrit l’auteur de ces lignes infamantes, alors notre mode de vie pourra subsister.» Six des victimes étaient des citoyens mexicains, a déclaré le président Andres Manuel Lopez Obrador dimanche soir, ajoutant que sept autre de ses concitoyens ont été blessés dans l’attaque.

Enquête pour crime à caractère raciste et terrorisme intérieur

Le FBI, qui a déjà procédé à une centaine d’arrestations dans les milieux suprémacistes blancs depuis octobre 2018, a ouvert une enquête pour crime à caractère raciste et terrorisme intérieur. Le manifeste d’El Paso mentionne en effet la tuerie dans une mosquée de Chrischurch, le 15 mars dernier en Nouvelle-Zélande (51 morts), devenue un cri de ralliement pour les extrémistes occidentaux.

«Nous sommes le seul pays au monde avec plus d’armes que d’habitants»

Pete Buttigieg, candidat à la primaire démocrate

L’un des premiers candidats présidentiels à réagir, le démocrate de l’Indiana Pete Buttigieg, s’est alarmé que l’Amérique soit «attaquée par un terrorisme nationaliste blanc intérieur». «Nous sommes le seul pays au monde avec plus d’armes que d’habitants, a poursuivi “Maire Pete”, un ancien officier de renseignement de l’US Navy en Afghanistan et maire de la ville de South Bend. Le nationalisme blanc incite des gens à commettre des meurtres, et il est conforté aux plus hauts échelons du gouvernement américain.»

La pique vise ouvertement le président des États-Unis, Donald Trump, qui s’est fendu d’un message sur Twitter, depuis son parcours de golf de Bedminster, dans le New Jersey. Qualifiant le drame d’El Paso d’«acte lâche», il a estimé qu’«il n’existe aucune raison ou excuse qui puissent justifier de tuer des gens», puis il a adressé au «formidable peuple du Texas» ses «pensées et prières les plus sincères». «La haine n’a aucune place dans notre pays», a-t-il renchéri dimache soir. Il a également annoncé que le drapeau américain sera en berne jusqu’au 8 août.

À El Paso, ville du candidat présidentiel démocrate Beto O’Rourke, qui a dénoncé les imprécations de Trump envers les Mexicains «voleurs et criminels», la générosité s’est manifestée devant les centres de don du sang: des volontaires sont apparus les bras bardés de pizzas, pour soutenir tous ceux patientant sagement afin de donner leur sang au profit des victimes.

La compassion des Américains s’arrête là, entravée par la paralysie du débat politique. Malgré les incessants appels à un contrôle renforcé des armes à feu, le débat n’ira pas plus loin, surtout en pleins congés parlementaires. Pas plus qu’après la fusillade dans un lycée de Floride à Parkland (17 morts), le 14 février 2018, qui avait déclenché de vaines manifestations étudiantes.

Gravé dans les mémoires, le massacre de Sandy Hook, en 2012, avait également suscité une intense émotion à travers le pays. Là encore, même le massacre sauvage de vingt bambins de maternelle n’avait pas suffi à convaincre une majorité républicaine du Sénat d’interdire les fusils d’assaut et les chargeurs à forte capacité, la plupart des élus jugeant une telle réforme contraire au deuxième amendement de la Constitution sur la liberté de posséder des armes. L’assassin d’El Paso, quant à lui, risque la peine capitale.

Une seconde fusillade meurtrière à Dayton

Une deuxième tuerie a endeuillé les États-Unis, treize heures après celle perpétrée à El Paso. À 1 heure du matin, devant un bar du centre de Dayton (Ohio), une grêle de balles s’est abattue sur les clients du Ned Pepper’s Bar, dans le quartier très animé et habituellement sûr d’Oregon, lorsque est apparu un inconnu muni d’un fusil d’assaut de type AR-15, de chargeurs multiples et d’un gilet pare-balles. Un videur a tenté de s’opposer à l’individu en bloquant le canon de l’arme de sa main, mais l’agresseur a alors dégainé une arme de poing. L’assaillant a été identifié dimanche soir comme un jeune homme blanc de 24 ans dénommé Connor Betts.

Dix personnes sont mortes, dont le tueur neutralisé par des policiers, et sa soeur. Seize autres personnes sont blessées. La scène a duré moins d’une minute. «Rendez-vous compte, le tueur a été en mesure de tuer neuf personnes et d’en blesser vingt-six autres en moins d’une minute, soupire le maire de Dayton, Nan Whaley. Si la police n’avait pas été présente dans le quartier d’Oregon, avec ces milliers de gens profitant de leur samedi soir, imaginez ce qui aurait pu se passer.» Le fusil d’assaut AR-15 est l’arme privilégiée des tueurs de masse depuis le massacre de Sandy Hook, en 2012, pour sa maniabilité et sa puissance de feu dévastatrice.

«Ma femme et moi nous avons le cœur absolument brisé après l’horrible attaque qui s’est produite ce matin à Dayton, a tweeté le gouverneur Mike DeWine. Nous nous joignons à tous ceux à travers l’Ohio et le pays qui offrent leurs prières aux victimes et à leurs familles.»

Des pensées et des prières, à défaut de toute législation plus sévère à l’encontre des armes de guerre telles que l’AR-15.

Le Figaro.fr par Maurin Picard

RDC: au moins 30 morts dans de nouvelles tueries en Ituri

mars 13, 2018

Bunia (RD Congo) – Au moins trente personnes ont été tuées dans la nuit de lundi à mardi dans plusieurs villages de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo en proie à une reprise des violences depuis décembre, selon des sources de cette région.

Des villages du territoire de Djugu ont été la cible d' »une attaque, (…) on a compté 30 morts. Il y a certainement d’autres corps dans la brousse. Les recherches se poursuivent », a déclaré à l’AFP un responsable administratif de l’Ituri, sous couvert d’anonymat. D’autres sources locales avancent un bilan plus élevé.

« Dans le village de Djo [les assaillants] ont tué 10 personnes, à Gbi il y a 10 morts et à Takpa 19 personnes abattues. Ce qui fait au total 39 morts », a déclaré pour sa part à l’AFP Willy Pilo Mulindro, chef de la localité de Bahema-nord.

La Radio onusienne Okapi donne un bilan de 41 morts dans ces nouvelles attaques.

Selon le responsable administratif, l’attaque a eu lieu juste après le départ du ministre de l’Intérieur Henri Mova dans la région.

« Le vice-Premier ministre (ndr: ministre de l’Intérieur) est sur le terrain mais pendant qu’il est là, on continue à tuer », s’est indigné le député Grégoire Lusenge, porte-parole du groupe des parlementaires de l’Ituri, qui reprend le chiffre de 200.000 déplacés du fait des récentes violences.

L’armée congolaise avance une autre version. « A Djo il n’y a pas eu massacre. Il s’agissait d’un groupe de voleurs venus investir le village déjà abandonné par la population. Nos forces les ont pourchassé et actuellement la situation est sous contrôle de l’armée », a dit lieutenant Jules Ngongo, porte-parole militaire de la 32e région militaire basée en Ituri, interrogé par l’AFP.

Depuis décembre, plus de 130 personnes ont été tuées depuis la reprise des violences, selon des sources.

Un conflit communautaire entre Hema et Lendu entre 1999 et 2003 avaient provoqué des dizaines de milliers de morts jusqu’à l’intervention d’une force européenne Artémis.

Les dernières violences « sont assez différentes de celles du conflit qui oppose les ethnies Hema et Lendu depuis plusieurs décennies. Les causes peuvent être multiples et sont encore à élucider, car non clairement exprimées », a avancé lundi la Communauté iturienne de Kinshasa (CIK) qui affirme regrouper des membres de toutes les communautés.

Romandie.com avec(©AFP / 13 mars 2018 14h50)