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Cedeao : Umaro Sissoco Embaló veut une force anti-putschistes

juillet 30, 2022

Le nouveau président en exercice de la Cedeao vient d’annoncer la création d’une force anti-putsch, sans toutefois en dévoiler les modalités concrètes. 

© Damien Glez

Le changement récent à la tête de la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) semble augurer tout autant une main de velours qu’un gant de fer. Si le remplacement, début juillet, du Ghanéen Nana Akufo Addo par le Bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló semblait rimer avec levée des sanctions économiques contre le Mali et avec un consensus sur la durée de la transition burkinabè, la visite du président français a inspiré un ton plus martial au chef de l’État de Guinée-Bissau…

Le jeudi 28 juillet, lors d’une conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron, Embaló n’a pas mâché les mots de son français plutôt fluide : « tout le monde » doit « comprendre que nous sommes au XXIe siècle et qu’il est inadmissible et inacceptable de faire des coups d’État ». Et d’ajouter que l’on « ne peut penser que pour arriver au sommet de l’État, c’est un fast track [une voie rapide] »  et que seul « le peuple a le droit de sanctionner les dirigeants, mais pas avec des coups d’État militaires.

Vous avez dit « putsch » ?

Pour joindre une esquisse d’acte à la parole, Embaló a annoncé la création « d’une force anti-putsch ». En ligne de mire de ce militaire – général de brigade : la fâcheuse habitude d’autres militaires de s’emparer du pouvoir, qu’ils soient colonels malien ou guinéen ou lieutenant-colonel burkinabè…

Vous avez dit « putsch » ? La Guinée-Bissau sait de quoi elle parle. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, elle a connu une kyrielle de coups d’État militaires, dont le dernier réussi remonte à 2012. Des coups de force parfois sanglants, comme celui qui coûta la vie, en 2009, au compagnon de route d’Amílcar Cabral, Bernardo Vieira. Umaro Sissoco Embaló, en particulier, sait de quoi il parle : en février dernier, il était fait cas d’une tentative manquée de putsch qui obligea le chef de l’État à rester plusieurs heures enfermé dans un palais du gouvernement visé par des tirs nourris à l’arme lourde. C’est la Cedeao que le reclus avait alors appelé à la rescousse, obtenant la création d’une force de stabilisation.

De surcroît, même président d’un pays lusophone, Umaro Sissoco Embaló n’en connaît pas moins la situation de l’Afrique de l’Ouest francophone. Il est né d’une mère d’origine malienne et de père burkinabè.

Il reste la question qu’éludent souvent les politiciens : « concrètement ? ». Concrètement, jusqu’à quel niveau d’ingérence militaire la force anti-putsch « sur la table » sera-t-elle prête à aller ? L’Ecomog, force armée de la Cedeao, avait essuyé bien des critiques, dans les années 1990…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Guinée-Bissau : Embaló accuse des barons de la drogue d’être derrière la tentative de coup d’État

février 11, 2022
Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, à Bissau, le 1er février 2022. © ALIU EMBALO/AFPTV/AFP

Le président bissau-guinéen a désigné José Americo Bubo Na Tchuto, Tchamy Yala et Papis Djemé, comme étant derrière le putsch raté du 1er février.

Le président de Guinée-Bissau a accusé, jeudi 10 février, un ex-chef de la Marine nationale et deux autres hommes – arrêtés dans le passé par l’agence américaine antidrogue – d’être derrière ce qu’il présente comme une tentative de coup d’État avortée. Devant la presse, Umaro Sissoco Embaló a cité les noms de l’ex-contre-amiral José Americo Bubo Na Tchuto, chef de la Marine pendant la première décennie des années 2000, de Tchamy Yala, également ancien officier, et de Papis Djemé. Tous ont été arrêtés après les évènements du 1er février, a précisé le chef de l’État.

Umaro Sissoco Embaló a présenté le coup de force du 1er février comme directement lié au trafic de stupéfiants, alors que la Guinée-Bissau est considérée comme une plaque tournante du trafic de cocaïne en provenance d’Amérique latine. Dans un pays où les positions rémunératrices sont rares et disputées, nombre de membres des forces armées, omniprésentes, passent pour tremper dans les trafics.

Condamnés aux États-Unis

Il y a dix jours, le palais du gouvernement, siège des ministères, a été attaqué par des hommes armés pendant que le président et les membres du gouvernement y tenaient un conseil des ministres. Le président était sorti indemne, après des heures d’échanges de tirs qui ont fait 11 morts, selon les autorités. « Je ne dis pas que ce sont les politiciens qui sont derrière ça, mais la main qui porte les armes, ce sont des gens liés aux grands cartels de la drogue », a dit le président Embaló, avant de citer les noms des trois hommes. Il a rappelé que tous trois avaient eu maille à partir avec la justice américaine.

“ATTENDEZ, ON VA L’APPELER POUR QU’IL NOUS ENVOIE DES RENFORTS”

Ils avaient été arrêtés en avril 2013 par des agents des services antidrogues américains, à bord d’un bateau qui naviguait dans les eaux internationales au large des côtes ouest-africaines. Selon la justice américaine, les mois précédents, ils avaient négocié, avec des enquêteurs américains se faisant passer pour des représentants de narcotrafiquants sud-américains, l’importation en Guinée-Bissau de cocaïne qui aurait ensuite été redistribuée en Amérique du Nord ou en Europe.

Bubo était déjà à l’état-major de la Marine

José Americo Bubo Na Tchuto avait été désigné comme un baron de la drogue par le Trésor américain. Il avait été condamné en 2016 à quatre ans de prison à New York. Tchamy Yala et Papis Djemé avaient été, eux, condamnés en 2014, à cinq et six ans et demi de prison, à New York également. Ils sont depuis rentrés en Guinée-Bissau.

Alors qu’il était coincé à l’intérieur du palais du gouvernement, et que les combats faisaient rage dehors, le président Embaló a rapporté : « Bubo était déjà à l’état-major de la Marine et en uniforme militaire. À un certain moment, j’ai entendu un des assaillants dire : “attendez, on va l’appeler pour qu’il nous envoie des renforts”. »

Par Jeune Afrique avec AFP

Guinée-Bissau : tentative de coup d’État contre le président Embaló

février 1, 2022
Le palais du gouvernement, à Bissau, en novembre 2019 (illustration). © AFP

Le président Umaro Sissoco Embaló et son gouvernement étaient réunis en conseil des ministres extraordinaire ce mardi 1er février après-midi, lorsque des tirs ont retenti autour du palais du gouvernement où ils se trouvaient.

Des tirs nourris étaient entendus ce mardi depuis le début de l’après-midi à Bissau dans le secteur du palais du gouvernement. Le président Umaro Sissoco Embaló ainsi que son Premier ministre, Nuno Gomes Nabiam, et des ministres, étaient présumés s’y trouver pour un conseil des ministres extraordinaire. Le bâtiment était encerclé par des hommes lourdement armés, selon la même source.

Les militaires autour du palais du gouvernement, situé à la périphérie de la ville non loin de l’aéroport, tenaient les gens à distance. Un correspondant de l’AFP a rapporté qu’un homme en arme l’avait sommé de s’éloigner en le braquant avec son arme. Les alentours étaient en proie à des mouvements d’habitants fuyant les lieux. Les marchés se sont vidés et les banques ont fermé leurs portes. De nombreux véhicules militaires chargés de soldats sillonnaient les rues.

Alors qu’aucune information n’était encore disponible sur le sort du président, un communiqué de la Cedeao diffusé dans l’après-midi tenait « les militaires [pour] responsables de l’intégrité physique » du chef de l’État et leur demandait de « retourner dans leurs casernes ».

Cela intervient moins d’une semaine après un remaniement ministériel, opéré le 24 janvier dernier, lors duquel le secrétaire d’État à l’ordre public, Albert Malu, a été limogé. Il était en première ligne du conflit qui opposait ces dernières semaines le gouvernement et le président autour d’un airbus A340 venu de Banjul avec l’accord présidentiel. Le Premier ministre avait d’abord déclaré que l’avion transportait une cargaison suspecte et était entré illégalement dans le pays, avant de revenir sur ses dires.

Par Jeune Afrique avec Agences