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Canada: Doug Ford « maudit » le masque et dit que les triple vaccinés attrapent la COVID

février 15, 2022
Doug Ford en point de presse dans une usine.

Le premier ministre Doug Ford dit que les Ontariens doivent apprendre à vivre avec la COVID. Photo : Pool des Médias

Le premier ministre ontarien Doug Ford affirme qu’il faut en finir avec le « maudit » masque. Il ajoute qu’il connaît des « centaines » de personnes qui avaient reçu trois doses de vaccin contre la COVID-19 et qui ont tout de même été infectées, y compris Justin Trudeau.

M. Ford a annoncé lundi un déconfinement accéléré en Ontario, y compris l’abandon du passeport vaccinal dès le 1er mars, mais pas du masque.

En point de presse mardi dans une usine à Hamilton, il a rappelé qu’il n’avait jamais aimé le passeport vaccinal, mais qu’il s’était plié aux recommandations à l’époque du médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore.

Maintenant que les hospitalisations et le taux de positivité des tests de dépistage baissent, il est temps d’en finir avec le passeport vaccinal, selon lui.

« Qu’on ait eu une dose ou dix doses, on peut attraper la COVID. Le premier ministre [Justin Trudeau, il était triplement vacciné, et je connais des centaines de personnes qui avaient eu trois doses et qui ont été infectées. »— Une citation de  Doug Ford, premier ministre de l’Ontario

Il faut être prudents et se laver les mains, mais il faut apprendre à vivre avec le virus, lance-t-il.

M. Ford a aussi écorché mardi la directive provinciale quant au port obligatoire du masque dans les lieux publics.

« Je pourrais demander à n’importe qui autour de moi s’ils veulent se débarrasser de ces maudits masques et ils vont me répondre que oui. Ils veulent revenir à la normale. »— Une citation de  Doug Ford, premier ministre

Il a ajouté ceci : Certains ne croient pas à ça, c’est leur choix. C’est une question de démocratie et de libertés. Je n’aime pas en tant que gouvernement dire aux gens quoi faire.

M. Ford n’a pas fixé de date pour ce qui est de la fin du masque obligatoire.

Il a dit lundi que le couvre-visage était une couche supplémentaire de protection pendant le déconfinement, promettant d’attendre le feu vert du Dr Moore avant d’abandonner le masque.

La santé publique en faveur de la 3e dose

Le chef de la santé publique ontarienne a expliqué que le passeport vaccinal était devenu inutile, selon lui, parce que plus de 90 % des Ontariens de 12 ans et plus ont déjà reçu au moins deux doses de vaccin.

Le Dr Moore continue toutefois à inciter le public à recevoir une troisième dose, pour éviter les complications liées au virus et prévenir une autre hausse des hospitalisations, dit-il.

L’attachée de presse de Doug Ford, Ivana Yelich, a d’ailleurs nuancé les propos de ce dernier en réponse aux questions de Radio-Canada mardi.

Selon notre expérience récente avec Omicron, même les gens pleinement vaccinés ou ceux qui ont eu leur dose de rappel peuvent contracter ce variant et avoir des symptômes, dit-elle. Toutefois, le fait d’être pleinement vaccinés aide grandement à éviter les complications, l’hospitalisation ou la mort. C’est pour ça que le premier ministre a reçu sa dose de rappel et qu’il incite constamment tous les Ontariens admissibles à faire de même.

Hospitalisations

Il y a 181 hospitalisations de plus que la veille en Ontario mardi, pour un total de 1550 patients infectés par le coronavirus.

En revanche, le nombre de patients infectés aux soins intensifs diminue de 10, se chiffrant à 384.

Il y a 19 décès de plus et 1593 nouveaux cas confirmés de COVID-19. Toutefois, ce chiffre représente une sous-estimation des infections, compte tenu de l’accès restreint aux tests de dépistage PCR.

Près de 13 000 tests de dépistage PCR ont été effectués au cours des dernières 24 heures. Le taux de positivité des tests est de 11,9 %.

Près de 25 300 doses de vaccin contre la COVID-19 ont été administrées lundi, y compris près de 13 000 doses de rappel.

Cinq écoles sont fermées en lien avec la pandémie.

Avec Radio-Canada

Canada: Quand les tensions entre vaccinés et non-vaccinés s’invitent dans la cour d’école

février 7, 2022

Des parents qui choisissent de ne pas faire vacciner leurs enfants s’inquiètent de les voir stigmatisés. Et une psychologue prévient que le climat social polarisé a bel et bien des conséquences sur les plus jeunes.

Un enfant assis dans la neige.

Dans un jeu d’enfants observé par un surveillant, un premier groupe, les vaccinés, devait courir après le second groupe, les non-vaccinés, pour les attraper et les forcer à aller se faire donner l’injection (archives). Photo: Getty Images/Shannon Savory

« Je n’en croyais pas mes yeux! » Anthony, un surveillant au service de garde d’une école primaire, a été choqué, c’est le moins qu’on puisse dire, lorsqu’il a été témoin, il y a quelques jours, d’un jeu des plus particuliers auquel s’adonnaient les enfants dans la cour d’école : la chasse aux non-vaccinés.

« Le jeu allait comme suit : il y avait un hôpital dans la cour d’école, où des infirmières administraient le vaccin « obligatoire » contre la COVID-19. Un premier groupe, les vaccinés, devait courir après le second groupe, les non-vaccinés, pour les attraper et les forcer à aller se faire donner l’injection. »— Une citation de  Anthony, surveillant en service de garde dans une école primaire de la région de Québec

Le tout était une mise en situation, évidemment. Les groupes n’étaient pas divisés selon le véritable statut vaccinal des enfants, selon lui. Mais il n’en demeure pas moins que ce jeu improvisé par les enfants l’a rendu mal à l’aise au point où il s’est précipité pour en parler à sa supérieure.

Elle m’a dit que c’était en effet inacceptable. Sa supérieure lui a assuré qu’un message serait transmis aux enseignants pour les mettre au courant du jeu malsain auquel se prêtaient les enfants. Anthony préfère d’ailleurs ne pas partager publiquement son nom de famille pour ne pas exposer son employeur, qui s’est montré sensible et qui a réagi face à la situation, selon lui.

Malgré cela, il était important pour lui de parler de cet événement. Ça prouve à quel point tout ce qui se passe au Québec en ce moment, avec la division quant aux restrictions sanitaires, ça se rend aux oreilles des enfants et ça les influence, dit-il.

La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier n’est pas surprise de cet incident et le trouve éloquent à sa manière.

« C’est magnifiquement parlant, cet exemple-là. Les enfants transforment en jeu une réalité sociale qu’ils subissent. C’est leur manière d’exprimer ce qu’ils perçoivent. »— Une citation de  Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue, conférencière et professeure associée à l’UQAM

La psychologue, qui a aussi corédigé le guide Parler de la COVID-19 aux enfants, ne croit pas que des incidents semblables se déroulent dans toutes les cours d’école ces jours-ci.

Elle est toutefois convaincue que les enfants sont très conscients du climat de polarisation et du déchirement social qui s’accentue entre vaccinés et non-vaccinés, et qu’ils en sont influencés. Les enfants entendent que de ne pas être vacciné, ce n’est pas bien. Donc, ils en font un jeu! Ce n’est pas bien surprenant, quand on y pense, affirme-t-elle.

L’école, c’est comme une microsociété. Les enfants rejouent dans la cour d’école ce qui se passe à l’extérieur, dans l’espace social, explique la Dre Beaulieu-Pelletier.

Pressions et mises à l’écart d’enfants non vaccinés

Le surveillant Anthony assure aussi avoir vu, dans ses dernières semaines de surveillance, certains enfants faire la police et reprocher à d’autres jeunes ou à des adultes, parfois, de ne pas porter leur masque correctement, par exemple. Ils reproduisent clairement ce qu’ils entendent de leurs parents et à la télévision, dit-il.

Il ajoute avoir eu l’occasion de parler à une fillette de huit ans qui lui a confié que ses camarades de classe étaient au courant du fait qu’elle n’était pas vaccinée. La petite élève se serait plainte de se faire importuner par ses amis qui lui demandaient pourquoi elle ne l’était pas.

De son côté, Émilie a un petit garçon de sept ans qui vit une situation qu’elle dit similaire à celle de la fillette. La mère de famille préfère que son fils ne soit pas vacciné. Elle trouve que celui-ci paie le gros prix de sa décision de mère.

Les enfants parlent de vaccins entre eux, ils savent qui est vacciné et qui ne l’est pas, raconte-t-elle. Par conséquent, ses amitiés en souffrent. Depuis quelques semaines, son fils n’est plus invité à aller jouer chez certains copains vaccinés, et les parents de ces derniers refusent que leurs enfants viennent chez lui.

« Mon garçon vit beaucoup d’incompréhension. Il se fait demander pourquoi il n’est pas vacciné par d’autres amis. Il se fait dire qu’il est dangereux parce qu’il n’est pas vacciné. Il se sent différent, rejeté, discriminé. »— Une citation de  Émilie, mère d’un garçon de deuxième année du primaire

La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier rappelle que les mises à l’écart ou toutes formes de rejet peuvent être très souffrantes pour les enfants et doivent être prises au sérieux, même si elles n’atteignent pas un niveau d’intimidation ou de harcèlement.

Émilie ajoute que son fils ressent de la détresse qu’elle-même dit vivre face au traitement réservé en général aux non-vaccinés par les temps qui courent.

Elle n’a toutefois pas de reproche à faire au personnel enseignant qui semble prendre soin de ne pas exacerber les tensions entre vaccinés et non-vaccinés, selon elle.

Une autre expérience

Les enfants de Sidali M. ont toutefois vécu une autre expérience. À plus d’une reprise, des enseignants de sa fille de 12 ans, qui fréquente une école secondaire de Montréal, auraient demandé à l’ensemble de la classe qui était vacciné parmi les élèves. Sa fille, ne l’étant pas, lui a confié avoir trouvé cela difficile et s’être sentie jugée.

Son jeune garçon de huit ans, de son côté, est revenu à la maison un peu ébranlé après que son enseignant a qualifié de champions et applaudi devant toute la classe ses camarades qui venaient de se faire vacciner dans le gymnase.

« On crée deux classes d’élèves, les vaccinés et les non vaccinés. Ça n’a pas de sens. C’est inapproprié. Et pour les enfants, c’est très difficile à comprendre et à accepter. »— Une citation de  Sidali M., père de famille de Montréal

Le père de trois enfants déplore qu’un climat de promotion du vaccin et de fixation sur le port du masque teinte le quotidien des enfants à l’école. C’est lourd à porter pour les enfants. […] Et ce n’est pas le rôle des enseignants de s’immiscer dans le débat sur la vaccination. L’école, c’est pour apprendre!, conclut-t-il.

Tout comme Émilie, Sidali M. préfère garder son nom de famille confidentiel pour éviter une plus grande stigmatisation sociale pour lui et ses enfants en raison de son refus de se faire vacciner contre la COVID-19.

Plusieurs enseignants au primaire ont indiqué à Radio-Canada avoir reçu des directives, écrites ou orales, de la part de leur direction, leur demandant d’être prudents dans leur approche de la question vaccinale avec leurs élèves. Selon eux, plusieurs parents craindraient que le statut vaccinal de leur enfant soit source de stigmatisation ou de discrimination.

La Dre Beaulieu-Pelletier confirme qu’il est important que les enseignants prennent garde à ne pas attiser la division en identifiant le statut vaccinal des enfants ou en émettant un jugement à ce sujet. L’enfant doit se sentir en sécurité et accepté à l’école. Et ça passe beaucoup par les enseignants, avise-t-elle.

Les enfants, des baromètres affectifs

La psychologue estime que les enfants, comme des éponges, absorbent les craintes ou les jugements des parents. Les enfants captent ce qui se passe autour d’eux et tentent de comprendre tout ça. Mais ils n’ont pas nécessairement les ressources pour faire les nuances nécessaires, souligne-t-elle.

Ils vont donc réagir, chacun à sa manière, face à ces tensions. Certains deviendront anxieux, d’autres plus réactifs et turbulents.Une femme portant une chemise noire et étant adossée à un mur de pierre regarde l'objectif.

La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. Photo : Courtoisie de Geneviève Beaulieu-Pelletier

La Dre Beaulieu-Pelletier rappelle que les enfants, surtout d’âge primaire, considèrent leurs parents comme leur modèle. Il n’est donc pas surprenant qu’ils répètent ou reproduisent à l’école ce qu’ils entendent à la maison.

Si un parent est très critique de la vaccination ou, au contraire, de la non-vaccination, l’enfant adoptera sûrement la même position très campée et pourrait être porté à juger, voire à rejeter, ses pairs qui sont « dans l’autre camp », estime-t-elle.

« C’est très important d’en parler, de cet enjeu-là. Parce qu’il y a des enfants en ce moment qui se sentent exclus ou incompris, et on ne les entend pas. »— Une citation de  Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue, conférencière et professeure associée à l’UQAM

Le rôle des parents pour prévenir des incidents fâcheux

Collectivement, on doit comprendre que chaque famille a son vécu, pour éviter de tomber dans le jugement, la critique ou le reproche, indique la Dre Beaulieu-Pelletier.

Ce n’est pas non plus le rôle de l’enfant de mener les batailles des parents, ajoute-t-elle : Nos émotions, nos angoisses, nos croyances d’adultes, ça nous appartient. On a une responsabilité de ne pas transférer cette charge émotionnelle sur nos enfants.

Elle recommande donc, pour éviter des incidents discriminatoires ou même de l’intimidation entre les enfants, que les parents soient conscients que leur irritation, voire leur animosité envers, par exemple, ceux qui refusent de se faire vacciner, pourrait faire en sorte que leur enfant ne traite pas avec respect un camarade de classe non vacciné.

Il serait préférable d’inviter à la tolérance, au respect des choix et des opinions différentes des nôtres, conclut-elle.

Avec Radio-Canada par Fannie Bussières McNicoll