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Canada: Les variants seront dominants au Québec d’ici deux semaines, selon l’INSPQ

mars 26, 2021

Plus de la moitié des cas de COVID-19 enregistrés dans la province sera liée à un variant d’ici début avril, prévoit l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) dans sa plus récente modélisation. Les mesures imposées par la santé publique risquent d’ailleurs d’être insuffisantes pour freiner leur propagation.

Un homme passe un test de dépistage pour la COVID-19 dans une clinique à Montréal.

© Graham Hughes/The Canadian Press Un homme passe un test de dépistage pour la COVID-19 dans une clinique à Montréal.

«L’augmentation des cas de variants […] signifie que le niveau actuel d’application des mesures de prévention est insuffisant pour contenir leur transmission et maîtriser l’épidémie, du moins jusqu’à ce qu’une très grande proportion de la population québécoise soit vaccinée», a affirmé le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ, par voie de communiqué.

L’adhésion de la population aux mesures de prévention imposées par la santé publique diminue «à un moment où il est plus important que jamais de les appliquer de façon rigoureuse pour réduire l’impact des variants», explique-t-il. «De voir qu’avant même l’ouverture de certaines activités, on n’avait pas le contrôle sur les variants, ça n’augure pas bien pour la suite», ajoute le Dr De Serres.

Une tendance mondiale

Les variants se transmettent environ 40 % plus efficacement au Québec, selon la modélisation, ce qui correspond à la tendance de leur progression ailleurs dans le monde.

La province compte présentement plus de 4682 cas cumulatifs de variants qui sont présents dans presque toutes les régions du Québec, selon l’épidémiologiste.

Pour les régions à l’extérieur du grand Montréal, le nombre de nouveaux cas enregistrés est plus faible, mais les variants pourraient déjà être dominants dans la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches.

Pour l’instant, c’est le variant britannique qui est le plus présent dans la province, «mais les variants, il y en a au Canada, il y en a ailleurs dans le monde, et on pourrait voir ce tableau se modifier au cours des prochains mois», ajoute-t-il.

Les chercheurs derrière cette modélisation ont d’ailleurs conclu que le taux de reproduction (Rt) des variants du SRAS-CoV-2 est d’environ 1,31 alors que celui des autres souches du virus est de 0,92. Un Rt supérieur à 1 signifie que l’épidémie est en croissance.

«Le taux de reproduction, c’est dépendant de la façon dont les gens appliquent les mesures. Si on réussit à bien les appliquer, on peut espérer garder ce fameux taux de reproduction le plus près de 1 possible et même en dessous de 1», explique le Dr De Serres.

Avec Laurianne Croteau

Quels sont les variants du coronavirus qui inquiètent les experts?

février 2, 2021

Depuis la fin de 2020, la multiplication des cas liés à des variants du SRAS-CoV-2 provenant de trois pays inquiète particulièrement les autorités. Quels sont ces variants qui pourraient provoquer une troisième vague d’infection?

La France a recours à l'analyse des eaux usées pour détecter la propagation du virus et de ses variants.

© Daniel Cole/Associated Press La France a recours à l’analyse des eaux usées pour détecter la propagation du virus et de ses variants.

D’entrée de jeu, il faut rappeler qu’il est tout à fait normal de voir des mutations dans un virus. Lorsque le virus se multiplie, il accumule des mutations (changements au code génétique). La plupart de ces mutations n’ont pas d’impact sur le taux de mortalité ou sur le rythme d’infection.

Toutefois, les variants identifiés au Royaume-Uni, en Afrique du Sud et au Brésil ont tous subi des mutations dans la protéine nommée spicule. Ainsi, ces variants semblent être davantage capables d’attaquer les cellules et de se propager. Que sait-on de ces variants?

  • Découvert en septembre
  • Présent dans plus de 60 pays, dont le Canada
  • Ce variant se transmet de 30 % à 70 % plus facilement

Ce variant est responsable de la croissance exponentielle du nombre d’infections au Royaume-Uni. Le variant B.1.1.7. a frappé soudainement et très rapidement, il a donc été difficile de le contenir. Au début de novembre, le quart des nouvelles infections détectées au Royaume-Uni étaient liées à ce variant. En décembre, c’était 60 %. Aujourd’hui, ce variant domine les nouvelles infections.

Non seulement ce variant semble plus contagieux, mais il serait également plus mortel. Notons qu’environ 30 % des 106 000 décès au Royaume-Uni ont été recensés depuis le 1er  janvier 2021. Plus de 33 000 Britanniques sont morts de la COVID-19 en moins d’un mois. 

Le CDC a indiqué cette semaine que ce variant, même s’il est encore peu présent aux États-Unis, pourrait devenir le variant le plus dominant d’ici le mois de mars.

Ce variant a été détecté au Canada. Au début de février, il y avait plus de 70 cas en Ontario, près d’une dizaine au Québec, une cinquantaine en Alberta et une quinzaine en Colombie-Britannique.

Selon une modélisation de la propagation de la COVID-19 développée par des chercheuses de l’Université Simon Fraser, si le nombre de cas augmentait de 30 %, le pays pourrait connaître jusqu’à 20 000 nouveaux cas quotidiens lors d’une autre vague en mars.

Selon les premiers constats, le vaccin de Pfizer et BioNTech est efficace contre ce variant. Moderna étudie la possibilité d’ajouter une dose supplémentaire pour que son vaccin soit davantage efficace contre ce dernier.

Par contre, les autorités britanniques disent avoir récemment une autre mutation dans le variant B.1.1.7 qui serait potentiellement plus contagieuse et qui semble rendre certains vaccins moins efficaces. Une campagne de dépistage de porte-à-porte a été lancée dans certaines zones pour essayer de circonscrire la propagation de ce « super-variant ».

Les vaccins de Novavax et Janssen (pas encore approuvés au Canada) semblent être efficaces contre ce variant.

Variant B.1.351 (Afrique du Sud)

  • Découvert en octobre
  • Présent dans plus de 30 pays, dont le Canada

Ce variant inquiète les experts en raison de son nombre élevé de mutations, surtout dans le spicule.

Selon les estimations, ce variant est 50 % plus contagieux, mais il ne serait pas plus mortel. Ce nouveau variant pourrait aussi présenter un risque de réinfection plus élevé, mais les études à ce sujet sont encore préliminaires.

Le premier cas du variant B.1.351 a été découvert pour la première fois au pays en Alberta, au début du mois de janvier. Une personne en Ontario qui a été infectée par ce variant n’aurait pas voyagé ni n’aurait eu de contact avec un voyageur, signe que le variant a possiblement commencé à se propager dans la communauté.

Les vaccins semblent être un peu moins efficaces contre ce variant; Novovax (efficace à 60 %), Johnshon & Johnson (efficace à 57 %). Moderna et Pfizer disent qu’ils étudient la possibilité d’ajouter une dose supplémentaire pour que leur vaccin soit davantage efficace contre ce variant.

Variant P.1 (Brésil)

  • Découvert en novembre
  • Présent au Brésil et aux États-Unis

La ville de Manaus au Brésil avait été fortement touchée par le virus lors de la première vague au printemps. En fait, on estimait qu’en octobre, 75 % de la population avait été infectée. C’est pourquoi les experts ont été surpris par une nouvelle vague de cas et d’hospitalisations en janvier.

 Les hôpitaux de Manaus manquent de bonbonnes d'oxygène et plusieurs familles de patients hospitalisés essaient d'en acheter de compagnies privées.

© BRUNO KELLY/Reuters Les hôpitaux de Manaus manquent de bonbonnes d’oxygène et plusieurs familles de patients hospitalisés essaient d’en acheter de compagnies privées.

Les chercheurs ont encore peu de réponses à leurs questions concernant ce variant, mais la hausse fulgurante du nombre d’hospitalisations les inquiète. Est-ce que ce variant est plus contagieux et a réussi à infecter les personnes qui y avaient échappé? Ou est-ce que ce variant réinfecte ceux qui ont déjà été malades? Ont-ils surestimé le nombre de personnes qui avaient été infectées au printemps?

Tandis que le variant britannique a pris trois mois pour dominer les nouvelles infections, le variant brésilien a réussi à dominer en un mois. En décembre 52 % des nouveaux cas étaient liés à ce variant; en janvier, c’était plus de 85 %.

Variant CAL.20C (Californie)

  • Découvert en juillet
  • Présent en Californie et dans au moins 11 États (Arizona, Connecticut, Maryland, New Mexico, Nevada, New York, Texas, Utah, Washington, Wyoming et District de Columbia)

Les chercheurs américains cherchaient la présence du variant britannique, mais ils ont plutôt découvert un variant californien. Il semblerait que ce variant existe depuis juillet, mais il a commencé à se répandre davantage en novembre. Ce variant est maintenant responsable de plus de la moitié des cas à Los Angeles. Ailleurs dans l’État de la Californie, entre 20 % et 30 % des cas seraient reliés à ce variant.

Les chercheurs n’ont pas encore déterminé avec certitude si ce variant est plus infectieux ou plus mortel. Toutefois, il faut noter que le nombre de cas et de décès a monté en flèche en décembre et en janvier dans cet État et que ce variant a été détecté dans plusieurs éclosions.

Un variant canadien à l’horizon?

Pour l’instant, il semblerait que le variant britannique se répande le plus rapidement à travers la planète. 

Mais le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, est clair : le Québec et le Canada ne sont pas à l’abri de leur propre variant. «Plus on transmet la maladie, plus il y a de chances qu’il y ait des mutants qui s’installent. Ça peut être des mutants qui peuvent ne pas être dangereux du tout, mais ça peut devenir des souches dangereuses.»

Par exemple, le Québec a détecté dans le cadre de ses analyses génomiques un cas qui s’apparente à une mutation découverte en Australie. «Toutefois, les autres mutations qui définissent la lignée australienne n’étaient pas présentes dans l’échantillon du patient du Québec, explique l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). La souche québécoise porteuse de cette mutation appartient donc à une lignée distincte.»

L’INSPQ indique que cette «situation est sous surveillance, mais n’est pas source de préoccupation à l’heure actuelle».

La conseillère scientifique en chef du premier ministre, Mona Nemer, partage les préoccupations du Dr Arruda. Des variants pourraient échapper aux vaccins, a-t-elle prévenu dans une entrevue aux Coulisses du pouvoir. Elle ajoute que la stratégie de retarder la deuxième dose du vaccin – comme c’est le cas au Québec – peut entraîner le développement de variants.

Elle ajoute que les provinces doivent absolument accélérer la cadence du nombre de tests faits pour limiter la propagation de ces variants.

Avec La Presse acanadienne par Mélanie Meloche-Holubowski 

Des variants pourraient échapper aux vaccins, selon la conseillère scientifique du Canada

janvier 31, 2021

L’arrivée des variants du coronavirus au Canada inquiète la conseillère scientifique en chef du premier ministre, Mona Nemer.

Mona Nemer, la conseillère scientifique en chef du premier ministre du Canada, est très critique quant à la stratégie de dépistage menée par le gouvernement du Québec.

© Adrian Wyld/La Presse canadienne Mona Nemer, la conseillère scientifique en chef du premier ministre du Canada, est très critique quant à la stratégie de dépistage menée par le gouvernement du Québec.

«C’est préoccupant. Notre course contre la maladie – contre les variants – se fait en même temps qu’on commence la vaccination. Et si on ne prend pas le dessus rapidement, on peut favoriser le développement de variants qui vont échapper aux vaccins», a-t-elle affirmé en entrevue aux Coulisses du pouvoir.

Mona Nemer soutient qu’il faut en faire plus pour détecter ces nouvelles souches du virus qui pourraient devenir de plus en plus importantes.

«Je ferais beaucoup plus de séquençage et de caractérisation du virus, particulièrement dans les endroits où il y a des éclosions, comme aux frontières», dit-elle.

Selon une étude publiée en décembre, le nouveau variant du coronavirus détecté au Royaume-Uni est de «50 % à 74 %» plus contagieux.

Les variants sont d’ailleurs l’une des raisons qui ont incité le premier ministre Justin Trudeau à mettre en place des mesures plus restrictives pour les voyages non essentiels.

Les Canadiens de retour au pays doivent maintenant se soumettre à un test obligatoire de dépistage de la COVID-19. Ils devront ensuite s’isoler dans un hôtel désigné par le gouvernement en attendant leur résultat.

Moderna et Pfizer-BioNTech ont affirmé que leurs vaccins devraient être efficaces contre les mutations actuelles du virus.

Retarder la deuxième dose : une stratégie risquée

Mona Nemer estime que la stratégie de retarder la deuxième dose du vaccin peut entraîner le développement de variants. En effet, les individus qui ont reçu la première dose acquièrent une immunité partielle, surtout lorsqu’il s’agit de personnes qui n’ont pas un bon système immunitaire.

«On se retrouve donc avec le virus qui circule dans des milieux où les gens ont une immunité partielle. C’est un peu comme ça qu’on a commencé à générer les variants britannique et de l’Afrique du Sud», a-t-elle expliqué.

Le fédéral recommande de ne pas dépasser six semaines entre l’administration des deux doses du vaccin. Toutefois, Québec a plutôt décidé d’étendre ce délai à un maximum de 90 jours, afin d’administrer une première dose au plus grand nombre de gens possible.

La scientifique est dubitative quant à cette décision de la province.

«C’est la première fois qu’on a des vaccins à ARN, alors on ne connaît vraiment pas la qualité de la réponse immunitaire qu’ils génèrent […] Si on veut avoir les résultats très efficaces qui ont été démontrés, il faut suivre le protocole et éviter d’innover», a-t-elle soutenu.

«On est tombé dans la pensée magique»

Selon Mona Nemer, la deuxième vague a été sous-estimée et les gouvernements ont été pris de cours par l’évolution du virus. «On est peut-être tombé un peu dans la pensée magique», lance-t-elle.

La conseillère scientifique en chef du premier ministre soutient qu’il y a eu des lacunes sur le plan de la stratégie de dépistage, ce qui nous a empêchés de maîtriser la pandémie.

«On n’a pas mis sur pied un système de dépistage assez robuste pour détecter rapidement les premiers signes d’une nouvelle éclosion, que ce soit dans les milieux vulnérables comme les CHSLD ou les lieux de travail […] À partir du moment où vous n’êtes plus capable de retracer les contacts des gens infectés, vous avez perdu la bataille.»

Avec Radio-Canada par  Thomas Laberge