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Le Venezuela, « au bord du précipice », dépend plus que jamais de la Russie et de la Chine

novembre 14, 2017

Paris – Le sort du Venezuela, en défaut partiel et coincé par les sanctions américaines, dépend plus que jamais de ses alliés russes et chinois, au lendemain de la réunion sans accord avec ses créanciers, ont estimé mardi des économistes interrogés par l’AFP.

« Aujourd’hui, le défaut paraît presque inévitable », analyse pour l’AFP Ludovic Subran, chef économiste chez l’assureur-crédit Euler Hermes, après une réunion à Caracas entre le gouvernement et les créanciers internationaux qui a duré une demi-heure et s’est achevée sur la promesse d’une prochaine rencontre.

Dans la foulée, l’agence de notation SP Global Ratings a déclaré le Venezuela en « défaut partiel » sur le remboursement de sa dette, devant l’incapacité du pays à rembourser 200 millions de dollars, à l’issue d’une période de grâce de 30 jours sur le paiement de deux obligations.

Le président Nicolas Maduro avait convoqué les créanciers après avoir annoncé sa volonté de restructurer sa dette extérieure, estimée à 150 milliards de dollars, car il ne dispose plus que de 9,7 milliards de réserves et doit rembourser au moins 1,47 milliard d’ici la fin de l’année, puis 8 milliards en 2018.

Selon des participants à la réunion de Caracas, qualifiée de « succès retentissant » par le gouvernement vénézuélien, ce dernier souhaite former des groupes de travail pour évaluer les propositions de renégociation de la dette à court et moyen terme.

« Le compte n’y est pas. Les créanciers ont de bonnes raisons de s’alarmer », explique à l’AFP l’économiste vénézuélien Orlando Ochoa.

« Le Venezuela se trouve paradoxalement au bord d’un précipice financier, quand bien même il dispose des ressources (pétrolières) pour mener un changement d’orientation économique qui lui permettrait de mettre sur pied un plan de redressement », affirme-t-il.

– restructuration compliquée –

« Une restructuration, ce n’est jamais simple. Mais avec les sanctions fixées par les Américains, ça l’est encore moins », prévient un spécialiste du marché de la dette, sous couvert d’anonymat.

A la fin août, Washington a interdit à ses banques et à ses citoyens d’acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords avec le gouvernement vénézuélien.

De toute façon, « c’est un peu tard pour restructurer la dette », souligne M. Subran qui ne croit pas non plus à la vente d’actifs, comme des raffineries pétrolières, pour régler la situation financière du Venezuela.

« Quand un pays est au pied du mur, il vend ses bijoux pas cher. Et de toute façon, qui serait prêt à acheter dans le contexte actuel? », s’interroge-t-il.

Pour contourner les sanctions américaines, M. Maduro compte sur la Russie et la Chine, deux alliés auxquels Caracas doit respectivement 8 et 28 milliards de dollars.

« Il est vrai que des créanciers comme ces deux pays peuvent intervenir », reconnaît le spécialiste des marchés de la dette.

– Des spéculations

La question est de savoir s’ils sont encore disposés à maintenir leur soutien financier au pays pétrolier.

Pour l’instant, rien ne laisse supposer le contraire: Pékin a déclaré mardi que sa coopération avec Caracas dans ce dossier « se déroule normalement » et Moscou devrait signer mercredi un accord pour restructurer pour trois milliards de dollars de créances vénézuéliennes, selon des sources concordantes.

Mais pour M. Ochoa, tout cela est de l’ordre de la « spéculation ». « Ces deux pays sont apparemment arrivés au bout de ce qu’ils peuvent faire », estime-t-il.

« Politiquement, bien sûr que la Russie a intérêt à aider le Venezuela », admet M. Subran. « Mais le problème ne serait que repoussé », les marchés ayant identifié le pays pétrolier comme le plus gros risque actuel pour des investissements.

Le danger pour le Venezuela, autrefois le plus riche d’Amérique latine, est de se retrouver coupé des marchés, tout comme son groupe pétrolier PDVSA, et de devoir affronter des poursuites et la saisie d’actifs et de filiales à l’étranger.

Pour se sortir de cette situation, Caracas pourrait se permettre « un petit subterfuge », devine M. Subran, qui « croit beaucoup à la théorie » que le pays sud-américain « pourrait faire défaut uniquement sur la partie souveraine, mais protéger PDVSA ».

« Si PDVSA fait défaut, les actifs pourraient être saisis et du coup il n’y aurait plus de revenus du pétrole, donc plus possible de financer le compte courant », ajoute-t-il.

« Cela fait sens », confirme M. Ochoa. « Les obligations de l’Etat sont plus facilement négociables que les titres de PDVSA », reconnaît-il.

Romandie.com avec(©AFP / 14 novembre 2017 14h59)                                            

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Nouvelles sanctions américaines contre le Venezuela déjà très fragile

novembre 9, 2017

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 17 octobre 2017 à Caracas / © AFP/Archives / FEDERICO PARRA

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi une nouvelle vague de sanctions contre le Venezuela visant cette fois 10 responsables soupçonnés notamment d’avoir sapé le processus électoral au moment où le pays est sous la menace d’un défaut de paiement.

« Les Etats-Unis ne vont pas rester sans réagir alors que le régime (du président Nicolas) Maduro continue de détruire l’ordre démocratique et la prospérité au Venezuela », a justifié le ministre américain du Trésor Steven Mnuchin à l’annonce de ces mesures.

Cette décision fait suite aux élections régionales du 15 octobre « marquées par de nombreuses irrégularités qui suggèrent fortement une fraude » électorale, qui a permis au parti de Nicolas Maduro de remporter ces échéances politiques, selon un communiqué du Trésor.

Washington assure qu’il poursuivra ses « efforts importants pour sanctionner les responsables du gouvernement vénézuélien qui sont complices des tentatives de Maduro de miner la démocratie, les droits de l’homme, d’inhiber la liberté d’expression ».

Parmi les Vénézuéliens visés figurent notamment Sandra Oblitas Ruzza, vice-présidente et un des responsables du conseil national électoral, Julian Isaias Rodriguez Diaz, ambassadeur vénézuélien en Italie ainsi qu’Ernesto Emilio Villegas Poljak, ministre de la Culture et ancien ministre de l’Information ou Jorge Elieser Marquez Monsalve, ministre du bureau de la présidence.

Washington les juge aussi responsables d’avoir censuré des médias ou de corruption dans les programmes alimentaires.

En conséquence des sanctions décidés jeudi, « tous les biens de ces personnes sont gelés et les citoyens américains ne sont pas autorisés à commercer avec eux ».

Ces sanctions s’ajoutent à celles décidées les 31 juillet et surtout le 24 août qui avaient pour objectif de couper les financements accordés au Venezuela en bloquant l’accès aux devises étrangères.

Washington avait alors jugé « inacceptable » le régime du président Nicolas Maduro qu’il avait qualifié de « dictateur ».

Les sanctions décidées jeudi interviennent alors que le Venezuela est dans une situation économique catastrophique. Le pays a de plus en plus de mal à s’acquitter de ses dettes. Et il est, depuis plusieurs jours, sous la menace réelle d’un défaut de paiement.

– Aide de la Russie ? –

Le Venezuela est riche en ressources pétrolières mais pauvre en liquidités. Ses réserves de devises sont de moins de 10 milliards de dollars (9,7 milliards) alors que sa dette extérieure s’élève à quelque 110 milliards, selon Capital Economics et à plus de 150 milliards, selon d’autres estimations.

Sous l’effet des précédentes sanctions américaines, le Venezuela, déchiré par une crise politique et qui a subi les chutes des cours du pétrole, n’est plus en mesure d’emprunter ou de vendre des obligations au sein du système financier américain. Il lui est ainsi quasiment impossible de sécuriser des financements.

Citgo, compagnie pétrolière vénézuélienne basée aux Etats-Unis, où elle a des activités de raffinage et dispose de stations-service, ne peut plus en outre rapatrier des dividendes ou des bénéfices à Caracas.

En d’autres termes, toutes les sources de financement potentielles ont été coupées à l’exception de celles émanant de la Russie et de la Chine, les deux plus gros créanciers du Venezuela.

Vendredi, l’association internationale des produits dérivés (ISDA) va se réunir à New York pour examiner la situation de l’entreprise pétrolière d’Etat vénézuélienne PDVSA, notamment les conséquences du non paiement le 2 novembre d’échéances sur sa dette.

Si l’ISDA l’autorise, les créanciers de l’entreprise pourront notamment faire jouer leurs CDS (credit default swaps) des produits dérivés qui les assurent contre un défault de paiement.

Le gouvernement de Maduro a de son côté convoqué une réunion de ses créanciers pour lundi en vue de restructurer sa dette, processus qui s’annonce des plus délicats, tout citoyen et toute banque américaine étant sous le coup de l’interdiction d’acheter de nouvelles obligations ou de négocier des accords proposés par le gouvernement vénézuélien ou de l’entreprise pétrolière d’Etat PDVSA.

Le ministre russe des Finances Anton Silouanov, cité par l’agence Interfax, a annoncé mercredi que la Russie et le Venezuela avaient conclu « un accord pour la restructuration » de la dette de ce dernier, sans donner de chiffres ni de modalités précises.

Le pays ruiné pourrait signer cet accord d’ici le 15 novembre mais il ne porterait que sur une petite partie de sa dette extérieure, quelque 9 milliards de dollars, offrant un court répit au Venezuela.

De son côté, Mauricio Macri, le président de l’Argentine, a exhorté jeudi les Etats-Unis à accentuer la pression sur le Venezuela en imposant un embargo sur les exportations de pétrole vers les Etats-Unis. « Je pense que nous devrions nous diriger vers un embargo total », a-t-il dit dans un entretien au Financial Times.

Romandie.com avec(©AFP / 09 novembre 2017 23h45)                

Le Parlement européen attribue son prix Sakharov 2017 à l’opposition vénézuélienne

octobre 26, 2017

Le Parlement européen, le 3 avril 2017 à Strasbourg / © AFP/Archives / SEBASTIEN BOZON

Le Parlement européen a attribué jeudi son Prix Sakharov 2017 pour la « liberté de pensée » à l’opposition démocratique vénézuélienne, en appelant à une « transition pacifique vers la démocratie » dans ce pays d’Amérique latine plongé dans une crise politique et économique.

La récompense, qui a fait grincer des dents parmi les eurodéputés, a été plus précisément attribuée à l’Assemblée nationale vénézuélienne, dominée par l’opposition et présidée par Julio Borges, ainsi qu’à une liste de prisonniers politiques.

« Il y a une véritable crise économique et sociale, la situation s’est détériorée, nous sommes face à une véritable crise humanitaire » au Venezuela, a déclaré en session plénière le président du Parlement européen, Antonio Tajani, en annonçant le choix des chefs de groupes parlementaires.

« Nous voulons lancer un appel, nous voulons une transition pacifique vers la démocratie », a poursuivi à la tribune M. Tajani, qui a dénoncé la « dictature » du président socialiste Nicolas Maduro.

Depuis le début de l’année, plus d’une centaine de personnes « ont été assassinées dans des manifestations, la plupart étant des manifestations anti-gouvernementales, et plus de 500 ont été emprisonnés arbitrairement » au Venezuela, a souligné le Parlement européen dans un communiqué.

Le 11 octobre, les 28 Etats membres de l’UE avaient donné leur « accord de principe » à la mise en place de sanctions contre le régime de Caracas.

– Prix contesté –

Applaudie dans l’hémicycle, l’annonce du prix a aussi été bruyamment contestée par des eurodéputés de la gauche radicale (GUE/NGL).

« Respectez la volonté du Parlement », leur a lancé M. Tajani, issu du PPE (droite), principale force politique au Parlement, qui avait proposé avec les libéraux de l’ALDE la candidature de l’opposition vénézuélienne.

Le prix a « été instrumentalisé à des fins politiques », a regretté dans un communiqué la gauche radicale, qui a annoncé qu’elle boycotterait la remise de la récompense, le 13 décembre à Strasbourg.

La délégation française des Verts a également fait part de son mécontentement, estimant que le prix risquait « de polariser et d’aggraver la crise politique au Venezuela au lieu de la résoudre ».

Selon ces voix critiques, des membres de l’extrême-droite font partie des opposants nominés, et le prix aurait plutôt dû être attribué à l’un des deux autres finalistes en lice.

Il s’agissait de Dawit Isaak, un journaliste et auteur suédois d’origine érythréenne, arrêté en 2001 par les autorités d’Asmara, et la Guatémaltèque Aura Lolita Chavez Ixcaquic, issue du peuple maya quiché, qui incarne la lutte pour les droits des populations autochtones.

L’hommage des eurodéputés à l’opposition vénézuélienne survient au moment où celle-ci apparaît plus divisée que jamais, dans ce pays pétrolier en plein naufrage économique.

Les fractures au sein de la Table pour l’unité démocratique (MUD), une coalition d’une trentaine de partis allant de la gauche modérée à la droite, profitent au président Maduro, qui avait été la cible d’une vague de manifestations au printemps exigeant son départ.

Le chef de l’Etat semble désormais en position de force pour les prochaines échéances électorales (municipales, encore sans date, et présidentielle, fin 2018).

– Révocation ? –

Créé en 1988, le Prix Sakharov, doté d’une somme de 50.000 euros, tire son nom du scientifique soviétique dissident Andreï Sakharov (1921-1989), et distingue chaque année des personnalités qui se sont illustrées dans la défense des droits de l’homme et de la liberté d’expression.

En 2016, le prix avait été attribué à deux femmes yézidies d’Irak, réduites en esclavage par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avant de s’enfuir, et en 2015 au blogueur saoudien Raef Badaoui, emprisonné pour « insulte à l’islam ».

Les eurodéputés se sont récemment penchés de manière inhabituelle sur l’un de leurs choix passés: le prix décerné à la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi en 1990, alors qu’elle venait d’être placée en résidence surveillée après que son parti eut remporté les élections.

Dans une résolution adoptée en septembre, les députés européens avaient en effet déploré que l’ancienne égérie des droits de l’homme, devenue dirigeante civile du gouvernement, garde le silence sur le sort des musulmans rohingyas persécutés.

Les eurodéputés se sont demandé dans ce texte « si le prix Sakharov pourrait être révoqué en cas de violations » des critères ayant conduit à son attribution.

Romandie.com avec(©AFP / 26 octobre 2017 16h42)                

Les Vénézuéliens retournent aux urnes après des mois de protestations

octobre 15, 2017

File d’attente devant un bureau de vote à Caracas pour l’élection des gouverneurs régionaux, le 15 octobre 2017n n / © AFP / JUAN BARRETO

Lassés par une crise économique sans fin, 18 millions de Vénézuéliens élisent dimanche les gouverneurs régionaux, un scrutin test pour le gouvernement et l’opposition, qui mesurent leurs forces dans les urnes après des mois de manifestations violentes.

C’est le premier duel électoral, avec un an de retard, depuis la large victoire de la coalition d’opposition de la Table de l’unité démocratique (MUD) lors des législatives de décembre 2015, qui a mis fin à plus de 15 ans d’hégémonie chaviste (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013 et mentor de l’actuel chef de l’Etat Nicolas Maduro).

M. Maduro a appelé à voter pour « montrer que le Venezuela est doté d’une démocratie vigoureuse et exemplaire », au cours de ce scrutin destiné à désigner ceux qui dirigeront les 23 Etats vénézuéliens pour les quatre prochaines années.

Le vote intervient alors qu’un calme surprenant règne au Venezuela depuis deux mois, après la vague de manifestations souvent violentes qui a submergé le pays d’avril à juin, faisant 125 morts. A l’appel de l’opposition, les protestataires exigeaient le départ du président Maduro, mais ils n’ont rien obtenu.

« Soit ce pays change, soit il sombre définitivement. Le changement n’est pas aisé, il faut se battre », a expliqué à l’AFP Mary Delgado, 63 ans, après avoir voté dans l’est de Caracas.

A Maracaibo, ville pétrolière de l’est du pays, Carmen de Guillen, une électrice chaviste de 52 ans, considère, elle, que le gouvernement « s’inquiète du sort des plus pauvres ».

Après avoir boycotté l’élection des membres de l’Assemblée constituante, les anti-Maduro ont revu leur stratégie et appellent la population à voter pour « libérer le pays de la dictature de Maduro », selon un des leaders de l’opposition, Henrique Capriles.

Le chef de l’Etat socialiste considère, lui, avoir remporté le bras de fer dans la rue et fait de ce scrutin une consécration de sa toute-puissante Assemblée constituante, élue fin juillet mais hautement contestée par ses adversaires et une bonne partie de la communauté internationale.

« Ceci est une victoire de la démocratie socialiste. Celui qui ira voter le fera en faveur de la Constituante et de la démocratie révolutionnaire », a déclaré le président à la veille du scrutin.

– Nouveau bras de fer –

Nicolas Maduro a d’ores et déjà prévenu que les futurs gouverneurs devront « prêter serment et se soumettre » à l’Assemblée constituante, faute de quoi ils seront destitués.

Ce qui laisse entrevoir un nouveau bras de fer dès lundi, l’opposition ayant rejeté cette exigence.

« Ce processus (électoral) n’a pas été convoqué par la Constituante, ou par Maduro, il a été convoqué par le peuple vénézuélien et le mandat (délivré par) la Constitution », a affirmé Gerardo Blyde, directeur de campagne de la coalition d’opposition, après avoir voté.

Le camp de M. Maduro détient 20 Etats sur 23, les trois gouverneurs restants étant membres de la coalition d’opposition. Les instituts de sondage prévoient 11 à 18 gouverneurs pour le camp anti-Maduro. Le taux de participation sera décisif, une abstention élevée jouant en faveur du gouvernement, estiment les analystes.

« Il ne s’agit pas de gouverneurs ou de partis, mais de battre Maduro. C’est une journée historique, le début d’une nouvelle étape de pression qui va se poursuivre », a prévenu le député Freddy Guevara, un des leaders de l’opposition qui fait face au découragement de ses partisans.

« La haine accumulée et l’impuissance face au manque de solution à la crise font de ces élections une opportunité pour envoyer un message de mécontentement », a déclaré à l’AFP Jesus Seguias, directeur de l’institut Datincorp.

Plombé par un taux d’impopularité record, le chef de l’Etat cherche à retrouver un peu d’air, tant au Venezuela qu’à l’extérieur après une série de sanctions financières américaines.

Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un effondrement du PIB de 12% en 2017 et une inflation de 652,7%.

Le dialogue entre les deux camps, qui avait timidement repris début septembre en République dominicaine, a été gelé depuis, l’opposition estimant que les conditions n’étaient « pas réunies ».

Anti et pro-gouvernement « attendent le résultat (du scrutin) pour voir ce qui se passe » et quel sera le rapport de force, selon le politologue Francisco Suniaga.

Aucun observateur international n’a été accepté pour le vote de dimanche. Les 13.559 bureaux de vote doivent fermer à 18h00 (22h00 GMT).

Romandie.com avec(AFP / 15 octobre 2017 15h57)                

Venezuela: la crise humanitaire plus redoutée que la financière

octobre 14, 2017

Dans une gare routière de Caracas, des Vénézuéliens quittent le pays en raison de la crise économique, le 11 octobre 2017 / © AFP / Federico PARRA

Un éventuel défaut de paiement du Venezuela, évoqué avec insistance par les marchés, aurait des répercussions financières « mesurées », mais pourrait frapper les pays voisins s’il provoque une crise humanitaire, estiment le FMI et des économistes.

« Les effets d’un possible défaut de paiement de la dette souveraine du Venezuela seraient plus mesurés, car les investisseurs ont déjà incorporé ce risque », a estimé le directeur du FMI pour l’Amérique latine, Alejandro Werner, lors de la présentation de ses perspectives pour l’Amérique latine, écartant un effet domino sur d’autres pays.

« En revanche, le risque principal pour la région est lié à la crise humanitaire et les migrations qu’elle pourrait engendrer de citoyens vénézuéliens vers les pays voisins », a-t-il prévenu, rappelant que le nombre d’arrivées au Brésil et en Colombie « a augmenté de manière marquée au fur et à mesure que la crise s’est intensifiée ».

Le Venezuela fait face à de lourdes difficultés financières et économiques. En octobre et novembre, l’État et la compagnie pétrolière PDVSA doivent rembourser environ 3,8 milliards de dollars de dette arrivant à échéance.

« Le risque que la crise vénézuélienne fasse tache d’huile sur d’autres pays est assez faible », estime Ludovic Subran, chef économiste chez l’assureur Euler Hermes, doutant qu’un défaut de paiement déclenche une crise obligataire qui frapperait ensuite d’autres pays émergents, qui se sont fortement endettés ces dernières années sur les marchés internationaux en profitant des taux d’intérêts très bas.

« Le vrai sujet aujourd’hui est plus humanitaire qu’économique », a expliqué M. Subran à l’AFP, pointant les répercussions que pourrait avoir sur les pays voisins, notamment la Colombie, l’arrivée massive de Vénézuéliens. « Pour la Colombie, par exemple, c’est un poids énorme », a-t-il ajouté.

– Des coûts pour les pays voisins –

Un spécialiste des marchés obligataires, consulté par l’AFP, a confirmé ces craintes. « En cas de défaut, il y aura certes de la casse pour certains créanciers privés, mais l’économie mondiale ne va pas s’effondrer à cause du Venezuela », a-t-il assuré, sous couvert d’anonymat. « En revanche, il y a un vrai sujet de fuite de population, de réfugiés, qui est probablement plus important », a-t-il ajouté.

Au FMI, M. Werner a prévenu que ces flux migratoires auraient « un impact important » sur les pays voisins du Venezuela, en particulier la Colombie, ce qui se traduirait par « des pressions sur les finances publiques ».

Pour son adjoint, Robert Rennhack, l’arrivée de centaines de milliers de Vénézuéliens en Colombie constitue « un défi » pour le président Juan Manuel Santos. « Le gouvernement doit gérer cette situation et cela pose beaucoup de problèmes. »

Le risque de défaut de paiement du Venezuela s’est intensifié cet été après l’annonce par le président américain Donald Trump de nouvelles sanctions qui interdisent d’acheter de nouvelles obligations émises par le gouvernement sud-américain et par la compagnie pétrolière nationale PDVSA, ce qui affecte le paiement des services, des médicaments et de l’alimentation aux entreprises étrangères.

« Le cœur des sanctions est d’empêcher l’acquisition de nouvelles obligations émises par le Venezuela par des opérateurs américains. Il s’agit d’un tarissement très fort des nouveaux flux », a estimé le spécialiste des matchés obligataires.

En juillet, l’agence de notation financière SP Global avait abaissé à CCC- la note du Venezuela et prévenu d’un risque de défaut de paiement dans les six mois. Un mois plus tard, l’agence de notation Fitch avait estimé que le risque de défaut de paiement avait augmenté après les nouvelles sanctions financières infligées par les États-Unis.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro s’est rendu la semaine dernière à Moscou pour rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine et discuter d’une éventuelle restructuration de la dette vénézuélienne vis-à-vis de la Russie.

Romandie.com avec(©AFP / 14 octobre 2017 18h18)

Venezuela: arrestations de trois journalistes dont un Italien et un Suisse

octobre 8, 2017

Caracas – Trois journalistes, un Italien, un Suisse et un Vénézuélien, ont été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à réaliser un reportage dans une prison au Venezuela, ont dénoncé samedi des organisations de journalistes et de défense des droits de l’homme.

Il s’agit de Roberto Di Matteo (Italie), Filippo Rossi (Suisse) et Jesus Medina (Venezuela), un photoreporter travaillant pour le site DolarToday, opposé au gouvernement.

Roberto Di Matteo, vidéaste, travaille pour le site du quotidien milanais Il Giornale auquel collabore régulièrement le journaliste indépendant Filippo Rossi, a expliqué le site ilgiornale.it.

Filippo Rossi, 27 ans, initialement présenté comme Italien, est de nationalité suisse, selon des médias suisses. Il collabore également au Corriere del Ticino (Courrier du Tessin).

Un porte-parole du ministère suisse des Affaires étrangères a confirmé l’arrestation d’un ressortissant suisse, ajoutant que l’ambassade à Caracas « est en relation avec les autorités compétentes et assiste ce compatriote dans le cadre de la protection consulaire ».

De son côté, le ministère italien des Affaires étrangères a fait savoir que son ambassade à Caracas « suit depuis le premier moment le cas de l’arrestation du citoyen italien Roberto Di Matteo, en contact étroit avec les autorités locales ».

Les trois journalistes ont été arrêtés vendredi après être entrés dans la prison de Tocoron dans l’Etat d’Aragua (nord), selon l’ONG Foro Penal.

« Ils se trouvaient dans la prison de Tocoron (…) pour une enquête journalistique quand ils ont été arrêtés », a expliqué le Syndicat national des travailleurs de la presse (SNTP).

Une photo des trois journalistes de dos, apparemment menottés et encadrés par deux militaires, a été diffusée par le syndicat. Leurs téléphones portables et de petites caméras ont été confisqués.

Le syndicat a assuré à l’AFP avoir constaté que les journalistes étaient en bonne santé samedi soir. « Ils vont bien, ils ne portent aucune trace de mauvais traitement », selon le SNTP.

« Ils avaient une invitation pour entrer à Tocoron. Ils s’étaient enregistrés pour y pénétrer lorsqu’on leur a interdit l’accès puis ils ont été arrêtés. Il semble qu’il y ait eu un contre-ordre pour empêcher leur entrée », selon le syndicat.

Les trois journalistes sont « détenus depuis vendredi dans un poste de la Garde Nationale », a indiqué le directeur de Foro Penal, Alfredo Romero, précisant que des avocats de l’ONG étaient partis les assister.

Selon le SNTP, les journalistes ont été interpellés par des fonctionnaires de l’administration pénitentiaire, puis mis à disposition du parquet.

Des ONG dénoncent régulièrement l’état de surpeuplement et la malnutrition dans les centres de détention vénézuéliens.

L’ONG de défense des droits des détenus Una Ventana a La Libertad avait estimé fin 2016 la population carcérale à 88.000 détenus pour une capacité officielle de 35.000 places.

Le gouvernement assure que son plan lancé en juillet 2011 pour décongestionner les prisons a concerné 90% des 50 prisons du pays.

Le gouvernement de Nicolas Maduro, qui se dit victime d’une campagne de dénigrement des médias nationaux et étrangers assure avoir appliqué avec succès des mesures pour pacifier les prisons et les mettre au niveau des standards internationaux.

Romandie.com avec(©AFP / 08 octobre 2017 15h21)                                            

Venezuela: Leopoldo Lopez accusé de complot pour « renverser » Maduro

octobre 3, 2017

L’opposant vénézuélien Leopoldo Lopez le 8 juillet 2017 à Caracas / © AFP/Archives / Federico PARRA

Le gouvernement vénézuélien a impliqué mardi le dirigeant de l’opposition Leopoldo Lopez dans un complot présumé pour « renverser » le président socialiste Nicolas Maduro, et a annoncé une arrestation.

Outre Leopoldo Lopez, en résidence surveillée depuis juillet, le gouvernement du président Nicolas Maduro a également impliqué l’ancien policier Oscar Pérez, auteur présumé de l’attaque à la grenade depuis un hélicoptère contre la Cour suprême (TSJ, Tribunal suprême de justice) à Caracas en juin dernier.

Le vice-président vénézuélien, Tareck El Aissami, a déclaré que les autorités détenaient « l’exécutant » du complot supposé, Manuel Chacin, affirmant qu’il était membre du parti Voluntad Popular -fondé par Leopoldo Lopez-, et qu’il avait été trouvé en possession d’engins explosifs.

« Ils s’apprêtaient à commettre des actes pour priver d’électricité plusieurs zones du pays. En plus de provoquer des perturbations dans les services bancaires, comme l’obtention d’argent via les distributeurs de billets, dans les services de l’eau et des combustibles », a affirmé le vice-président sur la chaîne nationale de radio-télévision.

Selon lui, Manuel Chacin communiquait avec Leopoldo Lopez par textos et appels téléphoniques pour planifier ces opérations et le « renversement » du régime.

Leopoldo Lopez, 46 ans, icône des antichavistes, a été placé en résidence surveillée en juillet après plus de trois ans de prison et une condamnation à près de 14 ans d’emprisonnement à la suite d’une vague de manifestations contre M. Maduro qui avait fait 43 morts en 2014.

Le vice-président –un fidèle de Nicolas Maduro– a fait diffuser une vidéo montrant Manuel Chacin déclarant que « l’ordre était de désactiver les distributeurs de billets (…), attaquer les stations d’essence en coupant les tuyaux pour parvenir à une explosion sociale ».

Dans un communiqué, le parti Voluntad Popular a démenti que Manuel Chacin soit l’un de ses adhérents.

« C’est un mensonge que notre coordinateur national (…) Leopoldo Lopez ait reçu des appels ou eu des contacts avec ce jeune qui, selon toute probabilité, a été torturé et forcé à des aveux manipulés, comme tant d’autres victimes et prisonniers de la dictature », déclare le communiqué.

Depuis ces dernières semaines, le Venezuela est touché par une pénurie d’argent liquide, que les experts expliquent par l’inflation galopante (720% à la fin de l’année, selon le FMI) et le peu de disponibilité des billets entrés en circulation fin 2016.

Certaines zones du pays sont également frappées de pénurie d’essence, que le gouvernement attribue aux retards de paiement des importations en raison des sanctions américaines.

Le 27 juin, l’ancien policier Oscar Perez avait survolé Caracas en hélicoptère et lâché quatre grenades sur le TSJ, avant d’ouvrir le feu contre le ministère de l’Intérieur, sans faire de victimes.

Le président Maduro, confronté d’avril à juillet à une puissante vague de manifestations hostiles qui a fait quelque 125 morts, a impliqué les Etats-Unis dans ce plan de sabotage, comme il l’avait fait dans le passé en accusant régulièrement Washington de vouloir le renverser ou l’assassiner.

Romandie.com avec(©AFP / 04 octobre 2017 03h35)                

Washington étend son décret migratoire à trois nouveaux pays, dont le Venezuela

septembre 24, 2017

Le président américain Donald Trump s’adresse à la presse à la Maison blanche, à Washington, le 24 septembre 2017 / © AFP / NICHOLAS KAMM

La Corée du Nord, le Venezuela et le Tchad ont été intégrés dimanche à la liste des pays visés par le décret migratoire américain pour des manquements à la sécurité sur leurs voyageurs et un manque de coopération avec Washington.

Le Soudan, l’un des six pays musulmans visés par le précédent décret, a été retiré de la liste. Le nouveau texte interdit ou limite l’entrée aux États-Unis des ressortissants étrangers de huit pays au total, avec l’Iran, la Libye, la Syrie, la Somalie et le Yémen.

Les mesures de restriction sont différentes selon les pays. Tous les citoyens de Corée du nord et du Tchad sont interdits d’accès au territoire américain, alors que l’interdiction se limite aux membres d’une longue liste d’instances gouvernementales vénézuéliennes et à leur famille.

« En tant que président, je dois agir pour protéger la sécurité et les intérêts des États-Unis et de leur peuple », a affirmé Donald Trump dans ce décret rendu public dimanche en soirée.

« Un petit nombre de pays – sur les quelque 200 évalués – restent insatisfaisants à cette heure sur les questions de gestion des identités et leurs capacités, protocoles et pratiques du partage de l’information. Dans certains cas, ces pays ont aussi une présence terroriste significative sur leur territoire », a-t-il expliqué.

Le président américain avait soutenu début 2017 avoir besoin d’une période de 90 jours d’interdiction d’arrivée des ressortissants de six pays musulmans (Syrie, Libye, Iran, Soudan, Somalie et Yémen), ainsi que de 120 jours d’interdiction des réfugiés du monde entier, afin de mettre en place des nouveaux filtres d’admission.

Après cinq mois de contentieux devant les tribunaux, une version amendée du décret est entrée en vigueur le 29 juin. Sa durée d’application s’achevait ce dimanche.

« Ces restrictions sont vitales pour la sécurité nationale » mais pourront, comme dans le cas du Soudan, être levées, a expliqué un haut responsable du gouvernement. Les pays visés pourront être retirés de la liste s’ils atteignent le niveau américain de contrôle de leurs ressortissants, a-t-il précisé.

L’Irak, dont le niveau de vérification est pourtant très faible, n’a pas été inclus car c’est un allié proche qui accueille un nombre important de militaires et de civils, a-t-il souligné.

– Pas contre les musulmans –

Mais selon des responsables gouvernementaux, l’ajout de la Corée du nord et du Venezuela montre que les restrictions ont été décidées sur des questions de sécurité et que le décret ne visait pas expressément les musulmans, comme l’ont affirmé ses détracteurs.

« La religion, ou la religion d’origine des ressortissants ou de leur pays, n’a pas été un facteur », a assuré à la presse un responsable.

Concernant Caracas et Pyongyang, « ces gouvernements ne se conforment simplement pas à nos demandes de base en matière de sécurité », a-t-il dit.

Le Tchad a quant à lui été ajouté même s’il est, selon le décret, « un partenaire important et de valeur pour le contre-terrorisme ».

Le décret note la présence sur le sol tchadien de différents groupes jihadistes comme le groupe Etat islamique, Boko Haram ou al-Qaïda au Maghreb islamique. Et N’Djamena « ne partage pas de manière adéquate les informations concernant la sécurité du public et le terrorisme ».

La Corée du Nord, engagée cette semaine dans une guerre verbale avec Donald Trump en raison de ses ambitions nucléaires, « ne coopère pas avec le gouvernement des États-Unis ». Pyongyang n’a pas de relations diplomatiques avec Washington.

Le Venezuela, où une crise politique et économique a dégénéré en violences, est visé en raison aussi de son manque de coopération dans les procédures de vérification des voyageurs.

Mais les restrictions ne s’appliquent qu’à des responsables gouvernementaux et à leurs proches, notamment les fonctionnaires des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, de forces de police et des services de renseignement.

Le décret est prolongé à partir de dimanche pour les cinq pays qui figuraient sur la liste précédente. Il entrera en vigueur pour les trois nouveaux pays le 18 octobre.

Romandie.com avec(©AFP / 25 septembre 2017 03h53)                

Au Venezuela, la mort d’un opposant dévoile de rudes conditions de détention

septembre 19, 2017

Des membres des services de renseignements vénézuéliens (Sebin) devant le domicile de l’ex-procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, exilée au Brésil, à Caracas le 16 août 2017 / © AFP/Archives / JUAN BARRETO

Il a fallu deux semaines aux autorités pénitentiaires vénézuéliennes pour transférer à l’hôpital l’opposant Carlos Garcia, victime d’un AVC en prison. Sa mort lève le voile sur les difficiles conditions d’enfermement des adversaires du gouvernement.

M. Garcia, 44 ans et maire de Guasdualito (ouest), est décédé dimanche à l’hôpital de San Cristobal, où il avait été admis le 18 août, en provenance des geôles des services de renseignement, connus par leurs initiales « Sebin ».

« Mon frère a été victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC) début août et n’a pas été examiné durant deux semaines, ils pensaient qu’il simulait. Quand il a été transféré à l’hôpital, il était déjà dans un très mauvais état », déclare à l’AFP Yhorlenys Aular.

Garcia, membre du parti Primero Justicia, appartenant à la coalition de l’opposition de la Table de l’unité démocratique (MUD), avait aussi été victime d’une infection cérébrale, pour laquelle il n’a pas reçu de traitement pendant trois jours, ajoute sa soeur.

Dans un Venezuela en crise où les habitants tentent de combattre la pénurie généralisée avec le troc en ligne, la famille de Garcia a publié des messages sur les réseaux sociaux pour trouver des antibiotiques. En vain.

Car si le Venezuela possède les plus importantes réserves de pétrole au monde, les rayons de ses supermarchés et des pharmacies sont quasiment vides: alors que les cours du brut sont au plus bas et que le pays sud-américain importe presque tout ce qu’il consomme, acheter de l’huile, du sucre ou des médicaments est devenu un cauchemar quotidien pour les habitants.

Cet homme politique, qu’une photo sur son lit d’hôpital montre amaigri, avait été arrêté le 17 décembre 2016, accusé de violences durant une manifestation.

Il faisait partie de la liste des quelque 600 « prisonniers politiques », selon les adversaires du président Nicolas Maduro, où figurent également Leopoldo Lopez et le maire de Caracas Antonio Ledezma, fer de lance de l’opposition et tous deux en résidence surveillée.

– Ouverture d’une enquête –

Le ministère public a ouvert une enquête sur le décès de Carlos Garcia, a déclaré à l’AFP le procureur général du Venezuela Tarek William Saab.

« Dans presque tous les cas, leur situation est lamentable car ils sont soumis à des conditions inhumaines et insalubres », déclare à l’AFP Gonzalo Himiob, de l’ONG Foro Penal, alors que les prisons vénézuéliennes sont considérées parmi les plus violentes et surpeuplées d’Amérique latine.

Himiob souligne que ce nouveau décès s’ajoute à celui de Rodolfo Gonzalez, 63 ans, découvert pendu le 13 mars 2015 dans une cellule du Sebin à Caracas.

La famille de cet ancien pilote de ligne, accusé d’être un des organisateurs des manifestations antigouvernementales de début 2014, rejette la version officielle du suicide.

Ces derniers mois, des voix se sont élevées pour dénoncer la détérioration de l’état de santé des opposants emprisonnés. Des Vénézuéliens arrêtés pendant la récente vague de manifestations contre le chef de l’Etat, qui ont fait 125 morts, rapportent avoir été « torturés ».

Le député suppléant Gilber Caro, représentant du parti Voluntad Popular, l’aile dure de l’opposition, et arrêté le 11 janvier pour avoir planifié des « actions terroristes » selon la police, est en grève de la faim depuis huit jours. Sa défense assure qu’il souffre de plusieurs maladies.

« Ce qui est arrivé à Garcia peut arriver à Gilber Caro et à beaucoup d’autres », a prévenu lundi lors d’une conférence de presse le député Tomas Guanipa, également membre de Primero Justicia.

Une photo qui circule sur internet de l’élu local Wilmer Azuaje, enchaîné dans les geôles du Sebin, est également brandie par l’opposition pour dénoncer les conditions de détention de ses partisans et le non-respect des décisions judiciaires. Azuaje a pourtant été remis en liberté par un juge en juillet.

Les proches du leader étudiant Yon Goicochea disent craindre également pour sa santé. Il est toujours emprisonné, malgré une décision de remise en liberté rendue il y a plus d’un an.

L’opposition vénézuélienne exige la libération des « prisonniers politiques » comme condition préalable à une négociation avec le gouvernement. Une amorce de dialogue a eu lieu entre ces deux camps aux positions apparemment irréconciliables, la semaine dernière en République dominicaine.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2017 13h41)

Venezuela: l’ONU souhaite une enquête sur de possibles crimes contre l’humanité

septembre 11, 2017

Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, le 30 août 2017 à Genève / © AFP/Archives / Fabrice COFFRINI

Le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a demandé lundi une enquête internationale sur l’usage excessif de la force par les autorités au Venezuela, estimant qu’il pourrait s’agir de crimes contre l’humanité.

« Mon enquête suggère la possibilité que des crimes contre l’humanité aient été commis (…). J’exhorte le Conseil (des droits de l’Homme de l’ONU, ndlr) à lancer une enquête internationale sur les violations des droits de l’homme au Venezuela », a affirmé Zeid Ra’ad Al Hussein, à l’ouverture, à Genève, de la 36e session de cette institution.

Peu après, le chef de la diplomatie du Venezuela, Jorge Arreaza Montserrat, présent dans la salle du Conseil, a balayé ces critiques, accusant le Haut Commissaire de présenter des rapports « sans fondement », qui « visent à perturber la souveraineté, la paix et la stabilité de notre peuple ».

M. Zeid a dénoncé de son côté les procédures pénales engagées contre des dirigeants de l’opposition au Venezuela, les détentions arbitraires, l’usage excessif de la force et le mauvais traitement des détenus. « Il y a un risque réel que les tensions augmentent encore, le gouvernement écrasant les institutions démocratiques et les voix critiques », a-t-il asséné.

Il a souligné que le Venezuela est actuellement l’un des 47 Etats membres du Conseil des droits de l’Homme et, à ce titre, a le devoir de défendre et promouvoir les droits de l’homme.

Ce n’est pas la première fois que le Haut Commissaire s’en prend au Venezuela. Fin août, il avait jugé, à l’occasion de la publication à Genève d’un rapport accablant sur la situation des droits de l’homme, que la démocratie était en danger de mort dans ce pays.

Il avait alors reconnu qu’il y avait eu au Venezuela « une érosion de la vie démocratique » qui « doit être à peine vivante, si elle est encore en vie ».

Dans le rapport, les experts de l’ONU ont dénoncé « une volonté politique de réprimer des voix critiques et d’instiller la peur parmi la population, afin de mettre un terme aux protestations ».

– Dictature, un mot trop ‘doux

Présente à l’ONU, Julieta Lopez, tante de l’opposant vénézuélien Leopoldo Lopez, qui est en résidence surveillée, a déclaré aux médias que son pays « ne pourra pas s’en sortir sans une aide extérieure, internationale ». « La dictature est un mot trop doux » pour décrire le Venezuela, a-t-elle dit, assurant que le Venezuela est « dirigée par des bandes criminelles organisées ».

Les autorités vénézuéliennes ayant refusé l’accès au pays aux enquêteurs de l’ONU, M. Zeid avait chargé une équipe de spécialistes des droits de l’homme d’interviewer à distance quelque 135 victimes et leurs familles, ainsi que des témoins, des journalistes, des avocats, des médecins, et des membres du Bureau de la procureure générale.

Le Venezuela, pays producteur de pétrole, en proie à une grave crise économique marquée par des pénuries de produits de première nécessité, est le théâtre de manifestations depuis avril contre le président Maduro qui ont fait près de 130 morts.

Dans un communiqué diffusé par l’ONG Human Rights Watch au nom de 116 organisations, en majorité latino-américaines, les défenseurs des droits de l’homme expliquent que la « crise au Venezuela devrait être une priorité du Conseil ». De son côté, l’ONG UN Watch a demandé que le Venezuela soit suspendu du Conseil, une décision que seule l’Assemblée générale de l’ONU peut prendre.

La Commission internationale de juristes, une organisation basée à Genève, a quant à elle indiqué que le Tribunal suprême de justice (TSJ), la Cour suprême du Venezuela, « a cessé d’agir en tant que tribunal indépendant » et « est devenu le bras d’un dirigeant autoritaire ».

Romandie.com avec(©AFP / 11 septembre 2017 18h44)