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Port de Conakry: quand l’affaire Bolloré rebondit en Guinée

avril 29, 2018

 

Alpha Condé (Guinée), président de la République à Paris, le 30 juin 2012. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

La mise en examen de Vincent Bolloré a relancé la controverse autour de la concession du terminal à conteneurs du port de Conakry. Tandis que l’opposition en fait son miel, l’entourage du président Alpha Condé conteste le scénario privilégié par les juges d’instruction français.

Après plusieurs années de procédures, d’Abidjan à Paris, on pensait l’affaire éteinte. Mais la mise en examen de Vincent Bolloré par les juges français Serge Tournaire et Aude Buresi, au terme de 48 heures de garde à vue, a remis au cœur de l’actualité guinéenne le dossier controversé du terminal à conteneurs du port de Conakry.

À peine l’information connue, Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, opposition), s’en emparait : « Beaucoup de personnes émettaient des doutes sur les conditions de l’octroi du terminal à conteneurs de Conakry […]. Mais M. Alpha Condé avait assumé en disant que [Vincent Bolloré est] son ami, et qu’il préférait ses amis. Et malheureusement, c’est la même pratique qui continue depuis qu’il est au pouvoir, avec l’octroi des grands marchés à des amis. Il n’y a jamais d’appels d’offres ! », déclarait-il à RFI le 25 avril.

Déjà, l’opposition guinéenne réclame la mise sur pieds d’une commission d’enquête parlementaire. Du côté gouvernemental, on s’abstient, pour l’heure, de commenter l’affaire publiquement. « Nous collaborerons avec la justice française », se limite à expliquer Cheikh Sakho, le ministre de la Justice, contacté par Jeune Afrique.

Saga judiciaire

Sensible, l’affaire remonte à mars 2011, trois mois à peine après la première élection d’Alpha Condé. Les employés de la société Getma, la filiale du groupe Necotrans (aujourd’hui en liquidation judiciaire) qui avait obtenu trois ans plus tôt la concession du terminal à conteneurs du port de Conakry, sont délogés par l’armée suite à un décret présidentiel. Dans la foulée, les autorités guinéennes accordent la concession du terminal tant convoité à Bolloré, arrivé en deuxième position lors de l’appel d’offres lancé en 2008.

S’ensuivra une saga judiciaire de plusieurs années entre Necotrans, l’État guinéen et le groupe Bolloré qui donnera lieu à des décisions successives de la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) de l’Ohada, du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi, l’instance arbitrale de la Banque mondiale) mais aussi de la justice française.

À l’arrivée, une victoire en demie teinte pour Necotrans, qui voit partiellement reconnu le caractère « irrégulier » de son éviction mais pas le préjudice financier qu’invoquent ses avocats.

Un bilan mitigé, qui incite Cheikh Sakho à considérer que la victoire est guinéenne. « Nous avons eu gain de cause devant la CCJA [théoriquement seule compétente en matière arbitrale]. Même s’il s’agissait d’une question de forme, il faut savoir qu’en droit, la forme tient le fond. »

Reste que dans sa décision de première instance, la Cour d’Abidjan avait donné gain de cause, sur le fond, à Nécotrans. Le Cirdi et la justice française aussi.

A Conakry , le terminal à conteneurs est géré depuis 2011 par Bolloré Africa Logistics. © Vincent Fournier/JA

En revanche, la plainte introduite par le groupe Necotrans en 2013, dans laquelle celui-ci accusait notamment Vincent Bolloré d’avoir « financé la campagne électorale d’Alpha Condé » via l’agence de communication Euro RSCG, avait été classée sans suite par le Parquet.

Par la suite, le concurrent du groupe Bolloré ira de Charybde en Scylla. En novembre 2016, il préfère jeter l’éponge et mettre un terme à ses revendications judiciaires pour fumer le calumet de la paix avec le rival qui l’a supplanté à Conakry.

Quelques mois plus tard, Necotrans périclite et se retrouve placé en liquidation judiciaire. Une partie de ses actifs seront rachetés – à vil prix, selon certains observateurs – par Bolloré.

Rétif aux communicants

Alors qu’on pensait en avoir atteint l’épilogue, le contentieux vient donc de ressurgir à l’improviste avec la mise en examen de Vincent Bolloré et de deux de ses collaborateurs, Gilles Alix et Jean-Philippe Dorent.

Les magistrats parisiens, si l’on en croit les fuites publiées par le quotidien parisien Le Monde, disposeraient d’un lot de précieux documents dénichés lors d’une perquisition dans les locaux du groupe. Aude Buresi et Serge Tournaire soupçonnent que des prestations fournies au candidat Alpha Condé par Havas Worldwide (ex-Euro RSCG) – une filiale à 60 % de Bolloré – auraient pu être rétribuées en retour, une fois celui-ci élu président, par le sacrifice de Necotrans au profit de Bolloré.

Côté guinéen, si Alpha Condé ne s’est pas encore exprimé officiellement, son entourage n’est pas avare de confidences. Au palais de Sékoutouréya, on se montre catégorique : « Il n’y a jamais eu de contrat de communication entre Havas et Alpha Condé pour la campagne de 2010, ni d’ailleurs pour celle de 2015. Ce dernier avait sa propre équipe de campagne, et il s’est toujours montré rétif aux grandes agences de communication. »

Des documents démontreraient pourtant, dans les comptes du groupe Bolloré, des factures problématiques entre filiales. En l’occurrence, des prestations sous-facturées dont Alpha Condé aurait bénéficié pour sa campagne de 2010.

« Vincent Bolloré, qui connaissait Alpha Condé depuis l’époque où ce dernier travaillait pour Sucden, dans les années 1980, a effectivement voulu placer Jean-Philippe Dorent [responsable du pôle international de Havas] à ses côtés pour la campagne de 2010, explique une source à la présidence. Mais Dorent n’a séjourné à Conakry que pendant 48 heures, pour une session de media training du candidat qui a vite tourné court », affirme-t-on à la présidence guinéenne.

Ce livre d’entretiens a bien été pris en charge par Bolloré, à titre amical

Quant à la facilitation par Dorent d’un livre d’entretiens entre Alpha Condé et le journaliste Jean Bothorel, Un Africain engagé (Editions Jean Picollec), la présidence la confirme : « Ce livre a bien été pris en charge par Bolloré, à titre amical. » Mais selon notre source, « ces deux  »prestations » n’ont eu aucun effet sur la campagne ni sur l’élection d’Alpha Condé ». A Conakry, on affirme d’ailleurs avoir chargé l’avocat sénégalais Boucounta Diallo de préparer une plainte en dénonciation calomnieuse, à la demande d’Alpha Condé.

Selon l’entourage présidentiel, le remplacement de Getma par Bolloré ne doit rien à une quelconque faveur. Le groupe Necotrans, dirigé par Richard Talbot, disposait alors de deux « lobbyistes » de poids, très introduits à Conakry : Pierre-André Wiltzer, ancien ministre français de la Coopération et ex-conseiller de la présidence du groupe, par ailleurs ami d’Alpha Condé depuis leurs études en France ; et l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré, lui aussi proche de son homologue guinéen.

À l’origine de la rupture, affirme-t-on à Sékoutoureya, les manquements de Getma. « L’entreprise, qui n’avait ni l’expertise ni l’envergure requises, a obtenu la concession en 2008 dans des conditions discutables. Par la suite, elle n’a procédé à aucun des investissements nécessaires, suscitant la grogne des employés du port. »

Avant Alpha Condé, pour cette raison, l’ex-président Lansana Conté puis l’officier Moussa Dadis Camara auraient, eux aussi, envisagé de rompre unilatéralement le contrat de concession. À la veille de son sacre présidentiel, Alpha Condé aurait d’ailleurs averti Blaise Compaoré de ses intentions : « Si je suis élu, je chasserai Getma. »

Retour d’ascenseur ?

Une version que récuse Pierre-André Wiltzer. Longuement interrogé par RFI le 27 avril, celui-ci allait jusqu’à qualifier l’opération de « hold-up », soutenant n’avoir jamais reçu d’explications convaincantes des autorités guinéennes : « C’est un arrangement qui s’est fait indépendamment de toute règle commerciale et juridique. C’est vraiment le fait du prince absolu, et sans explication », martelait-il.

Selon l’ancien conseiller de Necotrans, le président guinéen aurait en fait renvoyé l’ascenseur à Vincent Bolloré, son ami et… ancien mécène : « Alpha Condé avait été aidé pendant des années et des années, à l’époque où il était un opposant en Guinée », affirmait-il.

Mais Conakry conteste ce scénario : « Le président Condé n’a pas procédé à un nouvel appel d’offres car il y avait urgence à redémarrer les activités du terminal. Il a donc appliqué la règle du deuxième mieux-disant au profit de Bolloré. Si Maersk était arrivé second en 2008, nous aurions pris Maersk. »

De son côté, dans une tribune publiée ce 29 avril dans l’hebdomadaire français Le Journal du dimanche, Vincent Bolloré affirme regretter que le continent africain  soit « appréhendé comme une terre de non-gouvernance, voire de corruption ».

Et de s’interroger : « Comment imaginer que des dépenses de communication de quelques centaines de milliers d’euros, comptabilisées en toute transparence […], aient déterminé des investissements de centaines de millions d’euros pour des opérations portuaires où l’exigence technique est considérable, et obtenus à l’occasion d’appels d’offres internationaux ? »

Jeuneafrique.com par

Bolloré estime subir par ricochet des préjugés contre l’Afrique

avril 28, 2018

Vincent Bolloré le 19 avril 2018 à Paris / © AFP/Archives / ERIC PIERMONT

Vincent Bolloré, mis en examen pour « corruption » dans une enquête sur les conditions de l’attribution de concessions portuaires en Guinée et au Togo, a affirmé que ces soupçons se nourrissaient de la perception, fausse selon lui, d’une Afrique « terre de non-gouvernance ».

Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche, M. Bolloré, dont le groupe est soupçonné d’avoir utilisé les activités de conseil politique de l’agence Havas qu’il contrôle pour décrocher des contrats de gestion des ports de Lomé au Togo et de Conakry en Guinée, évoque aussi les deux « pénibles » jours de garde à vue qui ont abouti à sa mise en examen mercredi.

Sans commenter directement les faits qui lui sont reprochés, M. Bolloré demande cependant : « comment imaginer que des dépenses de communication de quelques centaines de milliers d’euros comptabilisées en toute transparence (…), aient déterminé des investissements de centaines de millions d’euros pour des opérations portuaires où l’exigence technique est considérable, et obtenus à l’occasion d’appels d’offres internationaux ».

Il affirme que ces appels d’offre ont été en outre « réalisés dans un cas, deux ans, dans l’autre, neuf ans avant les élections » d’Alpha Condé en Guinée et de Faure Gnassingbé au Togo en 2010.

Il déplore aussi qu' »en raison de campagnes véhiculant des informations fausses ou malveillantes », le continent africain, où son groupe a investi « près de quatre milliards d’euros et a contribué à (…) créer énormément d’emplois », soit « appréhendé comme une terre de non-gouvernance, voire de corruption ».

« J’ai réalisé au cours de ces derniers jours que ce que nous faisions en toute bonne foi depuis longtemps, vu à travers le prisme d’un continent africain considéré comme dirigé par des équipes sans foi ni loi était le terreau d’une suspicion légitime », développe-t-il, assurant poser « sérieusement » la question : « faut-il abandonner l’Afrique  ? »

M. Bolloré revient également sur l’affaire de la Socapalm, société spécialisée dans l’huile de palme au Cameroun dont le groupe Bolloré est actionnaire.

« Quand je vois la chasse aux sorcières organisée contre nos agissements dans des plantations qui ne nous ont jamais appartenu et où nous n’avons aucun employé… », poursuit l’entrepreneur en référence à un reportage de France Télévision contre lequel le groupe Bolloré a porté plainte pour diffamation en 2016.

Ce reportage évoquait les activités de la Socapalm et diffusait notamment le témoignage de sous-traitants, pour certains présentés comme mineurs, payés à la tâche, travaillant sans vêtements de protection et logeant dans des conditions insalubres.

L’Afrique représente environ 20 % de l’activité du groupe Bolloré, hors intégration récente du géant des médias Vivendi.

Romandie.com avec (©AFP / 29 avril 2018 02h54)                  

Les grandes dates de Vincent Bolloré

avril 25, 2018

Vincent Bolloré, le 19 avril 2018 à Paris / © AFP / ERIC PIERMONT

Voici les grandes dates de l’homme d’affaires Vincent Bolloré, qui a été mis en examen mercredi soir dans l’enquête sur des soupçons de corruption dans l’attribution à son groupe de concessions portuaires en Afrique de l’Ouest.

– 1er avril 1952: naissance à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

– 1981: reprend l’entreprise familiale fondée en 1822, spécialisée dans le papier bible et le papier à rouler OCB. Il transforme progressivement le groupe en un conglomérat d’activités très diverses dans les transports maritimes, les plantations tropicales, la finance, les médias ou les télécommunications.

– 2005: nommé président d’Havas (publicité-communication). Lancement de Direct 8, la première chaîne du groupe sur la TNT.

– 2007: met son jet privé et son yacht personnel à la disposition de Nicolas Sarkozy, tout juste élu président de la République.

– 2010: la mairie de Paris retient l’industriel breton pour Autolib’, projet de voitures électriques en libre-service.

– 2014: prend les rênes de Vivendi, géant des médias et de la musique, dont Bolloré est premier actionnaire depuis 2012.

– 26 mars 2018: son groupe réclame 50 millions d’euros à France Télévisions pour atteinte à son image après un reportage évoquant les activités d’une société spécialisée dans l’huile de palme au Cameroun, dont il est actionnaire minoritaire.

– 19 avril 2018: cède la présidence du conseil de surveillance de Vivendi à son fils Yannick.

– 23 avril 2018: placé en garde à vue dans une enquête sur des soupçons de corruption autour de l’attribution de concessions portuaires en Afrique de l’Ouest.

– 25 avril 2018: Vincent Bolloré a été mis en examen, annonce le porte-parole de l’homme d’affaires dans un communiqué, sans préciser sur quels chefs. Il quitte le bureau des juges sans être placé sous contrôle judiciaire.

Romandie.com avec(©AFP / 25 avril 2018 20h59)                

Soupçons de corruption en Afrique: Vincent Bolloré inculpé (porte-parole)

avril 25, 2018

Paris – L’homme d’affaires français Vincent Bolloré a été mis en examen (inculpé) mercredi soir à Paris dans l’enquête sur des soupçons de corruption dans l’attribution à son groupe de concessions portuaires en Afrique de l’Ouest, a annoncé son porte-parole dans un communiqué.

Le porte-parole n’a pas précisé les chefs de mise en examen du milliardaire de 66 ans, qui a quitté le bureau des juges sans être placé sous contrôle judiciaire.

« Vincent Bolloré qui reste présumé innocent pourra avoir enfin accès à ce dossier dont il n’a jamais eu connaissance et répondre à ces accusations infondées », a ajouté son porte-parole dans le communiqué.

Encore aux commandes du groupe Bolloré, l’industriel, qui a récemment cédé les rênes du géant français des médias Vivendi à son fils Yannick, avait été placé en garde à vue mardi matin dans les locaux de la police anticorruption à Nanterre, près de Paris, avec deux autres cadres de son groupe.

L’enquête, qui vise des soupçons de « corruption d’agents étrangers dépositaires de l’autorité publique », « abus de biens sociaux » et « abus de confiance », est menée par des juges du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris.

Les magistrats tentent de déterminer si le groupe Bolloré a utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas pour se voir attribuer la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l’élection d’Alpha Condé fin 2010, et avait remporté la concession à Lomé peu avant la réélection en 2010 de Faure Gnassingbé. Les deux candidats victorieux s’étaient attachés les services d’Havas.

Selon Le Monde, les magistrats soupçonnent Havas d’avoir sous-facturé ses services, afin que le groupe Bolloré décroche ces deux contrats en contrepartie.

Dans un communiqué transmis mardi, le groupe Bolloré a « formellement » démenti avoir commis des irrégularités en Afrique, où il gère notamment 16 terminaux portuaires. Le groupe est présent dans pas moins de 46 pays du continent (opérateur de lignes ferroviaires, actionnaire de sociétés agricoles, etc…).

Dans le cadre de cette enquête, le directeur général du groupe Bolloré, Gilles Alix, et le responsable du pôle international de Havas, Jean-Philippe Dorent ont eux aussi été présentés mercredi aux magistrats instructeurs en vue de leur éventuelle mise en examen, à l’issue de leur garde à vue à Nanterre.

Romandie.com avec(©AFP / 25 avril 2018 19h07)                                            

Ports africains: Vincent Bolloré en garde à vue pour des soupçons de corruption

avril 24, 2018

/ © AFP/Archives / ERIC PIERMONT

L’homme d’affaires Vincent Bolloré et des cadres de son groupe ont été placés en garde à vue mardi matin à Nanterre, la justice enquêtant sur des soupçons de corruption entourant l’obtention par son groupe de concessions portuaires en Afrique de l’ouest.

Le milliardaire breton de 66 ans, encore aux commandes du groupe Bolloré mais qui a récemment cédé les rênes de Vivendi à son fils Yannick, était entendu dans les locaux de la police anticorruption, ont indiqué à l’AFP des sources concordantes, confirmant une information du Monde.

Des juges d’instruction tentent de déterminer si le groupe Bolloré a utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas pour se voir attribuer la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

Le responsable du pôle international de Havas, Jean-Philippe Dorent, et Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré, ont également été placés en garde à vue, a précisé une source judiciaire.

Dans un communiqué publié en fin de matinée, le groupe Bolloré a « formellement » démenti avoir commis des irrégularités en Afrique.

« Le lien qui tente d’être fait par certains entre l’obtention de ces concessions et les opérations de communication est dénué de tout fondement économique et révèle une méconnaissance lourde de ce secteur industriel », insiste-t-il.

L’annonce de cette garde à vue a fait plonger l’action du groupe Bolloré à la Bourse de Paris: le titre perdait près de 8% à 12H35, dans un marché pratiquement à l’équilibre (+0,03%).

Au coeur de l’enquête, initiée par une plainte d’un ancien associé franco-espagnol de Bolloré, Jacques Dupuydauby, se trouvent les conseils prodigués en 2010 par Havas lors des campagnes électorales victorieuses d’Alpha Condé en Guinée et de Faure Gnassingbé au Togo. Tous deux avaient eu recours aux activités de conseil d’Havas, pilotées par M. Dorent.

En Guinée, SDV avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l’élection de M. Condé en 2010. Et au Togo, la filiale avait remporté le marché peu avant la réélection en 2010 de M. Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

– « Je privilégie les amis » –

« Les concessions obtenues au Togo l’ont été en 2001, bien avant l’entrée du groupe dans Havas et en Guinée, en 2011, à la suite de la défaillance du n°1 (le groupe étant arrivé en seconde position lors de cet appel d’offres), défaillance constatée avant l’élection du président », a fait valoir le groupe Bolloré dans son communiqué.

« Bolloré remplissait toutes les conditions d’appel d’offres. C’est un ami, je privilégie les amis. Et alors? », avait expliqué Alpha Condé au journal Le Monde en 2016, à propos de ce dossier.

Une perquisition avait eu lieu en avril 2016 à la tour Bolloré de Puteaux, près de Paris, siège notamment de la filiale Bolloré Africa Logistics, en particulier dans les bureaux de Vincent Bolloré lui-même.

C’est en enquêtant sur les relations de Francis Perez, président du groupe Pefaco, une société spécialisée dans l’hôtellerie et les jeux et très implantée en Afrique, que les enquêteurs ont été amenés à se pencher sur les activités africaines de Vincent Bolloré.

Francis Perez comptait notamment parmi ses relations Jean-Philippe Dorent.

A chaque fois, la désignation de SDV a donné lieu à une bataille judiciaire entre le groupe Bolloré et les anciens gestionnaires des ports.

Dans le volet togolais, l’ancien associé de M. Bolloré, Jacques Dupuydauby, accuse la présidence togolaise d’avoir été corrompue par le groupe français. Dans son bras de fer judiciaire avec l’industriel breton, il a été condamné en Espagne à 3 ans et neuf mois de prison pour « détournement d’actifs » du groupe Bolloré. La cour d’appel de Paris doit se prononcer le 16 mai sur la demande d’extradition de Madrid.

S’agissant de Conakry, Bolloré avait perdu sa bataille devant le tribunal de Nanterre face à Necotrans, l’ancien concessionnaire, et condamné en 2013 à lui verser plus de 2 millions d’euros. En juin 2017, Necotrans, spécialiste de la logistique en Afrique, a été placé en redressement judiciaire et racheté peu après par le groupe Bolloré.

Romandie.com avec (©AFP / 24 avril 2018 16h51)                

Vivendi: Vincent Bolloré propose son fils Yannick pour lui succéder à la tête du conseil de surveillance

avril 19, 2018

Yannick Bolloré, PDG d’Havas, assiste à l’assemblée générale de Vivendi à Paris, le 19 avril 2018 / © AFP / ERIC PIERMONT

Vincent Bolloré a annoncé jeudi qu’il allait quitter la présidence du conseil de surveillance de Vivendi et proposer que son fils Yannick, actuellement à la tête du groupe de publicité Havas, prenne sa place.

« Je proposerai tout à l’heure de nommer Yannick Bolloré à la présidence du conseil de surveillance de Vivendi », a annoncé l’industriel breton, qui occupait ce poste depuis 2014, lors de l’assemblée générale du groupe de médias.

« C’est la dernière assemblée que je préside », a-t-il ajouté, précisant qu’il resterait néanmoins membre du conseil de surveillance.

Yannick Bolloré, 38 ans, est actuellement le PDG d’Havas, absorbé par Vivendi l’an dernier.

Vivendi traverse en ce moment une période difficile, plusieurs de ses projets étant remis en cause, notamment en Italie.

Son ambition de faire alliance avec le groupe Mediaset pour créer un géant latin des médias a fait un flop.

Le groupe est en conflit avec la famille Berlusconi, principal actionnaire de Mediaset, depuis sa décision de revenir sur le rachat du bouquet Mediaset Premium.

Et son autre investissement en Italie, une part de 23,9% dans l’opérateur Telecom Italia (Tim), est aussi en danger.

Le fonds activiste Elliott, monté jusqu’à près de 9% du capital de Tim, dénonce la gestion de l’opérateur par Vivendi et pourrait remettre en cause son contrôle sur son conseil d’administration. Pis, Elliott a obtenu le soutien de l’Etat italien dans son offensive.

Romandie.com avec(©AFP / 19 avril 2018 14h15)