Posts Tagged ‘Violences’

Violences en Afrique du Sud : le président dénonce une tentative de déstabiliser l’État

juillet 17, 2021
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa visite une zone de Durban durement touchée par les troubles, en Afrique du Sud, le vendredi 16 juillet 2021.

Armés de pelles et de balais, des Sud-Africains continuaient inlassablement à nettoyer samedi les dégâts après plusieurs jours de pillages et d’émeutes, que le président Ramaphosa a qualifiés de tentative orchestrée de semer le chaos et déstabiliser le pays.

À côté d’un mur tagué « Libérez Zuma » et « J’emmerde la démocratie », des riverains débarrassaient des monticules de gravats près d’un centre commercial de Durban. Les premiers incidents, pneus brûlés et routes bloquées, ont éclaté la semaine dernière au lendemain de l’incarcération de l’ex-président Jacob Zuma condamné pour outrage à la justice, dans son bastion du Kwazulu-Natal (KZN, Est).

Puis les entrepôts, usines et centres commerciaux ont été méthodiquement pris d’assaut par des pillards et les violences se sont étendues à la plus grande ville du pays Johannesburg, sur fond de chômage endémique et de nouvelles restrictions anti-Covid, jusqu’à provoquer l’intervention de l’armée.

212 morts

Au total, 212 personnes ont trouvé la mort, dont 180 dans le KZN. Et les forces de sécurité ont procédé à plus de 2 500 arrestations.

SOUS PRÉTEXTE D’UN GRIEF POLITIQUE, LES AUTEURS DE CES ACTES ONT CHERCHÉ À PROVOQUER UNE INSURRECTION POPULAIRE », A ACCUSÉ CYRIL RAMAPHOSA

Mais après une semaine d’incidents, un calme précaire semble régner. Aucun incident n’est signalé dans la capitale économique. Et même en pays zoulou, où des poches de violences résistaient, alimentées aussi par des tensions raciales entre Sud-Africains noirs et d’origine indienne, une accalmie semble se profiler.

« Sous prétexte d’un grief politique, les auteurs de ces actes ont cherché à provoquer une insurrection populaire », a accusé vendredi soir Cyril Ramaphosa, s’adressant aux Sud-Africains.

« Défaillance » des services de sécurité

Plusieurs responsables au gouvernement ont déjà ouvertement affirmé que les violences des derniers jours ont été téléguidées par des partisans de Jacob Zuma. La police enquête sur 12 personnes soupçonnées d’être les cerveaux de l’opération, l’une d’entre elle a déjà été arrêtée.

La police surveille des pilleurs arrêtés dans un centre commercial du canton d’Alexandra, à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2021.

Les autorités craignent par ailleurs un regain des cas de Covid causés par les mouvements de foule lors des pillages, alors que le pays est en proie à une troisième vague meurtrière de la pandémie.

« Nous trouverons ceux qui sont à l’origine de cette violence. Ils seront tenus responsables de leurs actes. Nous ne permettrons à personne de déstabiliser notre pays et de s’en tirer à bon compte », a promis le président.

Les autorités ont été largement critiquées pour avoir tardé à réagir et ne pas avoir empêché les violences. Les experts en sécurité ont unanimement pointé une « défaillance » des services de renseignement et de la police. Cyril Ramaphosa a reconnu que le gouvernement était « mal préparé » à des violences de cette ampleur.

Quelque 10 000 soldats ont été déployés sur le terrain, pour épauler une police en sous-nombre et dont la réputation d’inefficacité et de corruption n’est plus à faire. Ce chiffre pourrait grimper jusqu’à 25 000 dans les prochains jours.

« Opération Récupération »

Le chef d’état-major des armées, le général Rudzani Maphwanya, a promis d’arrêter « voyous et escrocs ». Déjà, la traque contre les pillards a commencé. La nuit dernière, la police a mené un raid baptisé « opération récupération » à Alexandra, un des townships les plus miséreux du pays, dans le nord de Johannesburg.

Tout ce qui semblait neuf et n’était pas accompagné d’une preuve d’achat a été confisqué et chargé à l’arrière d’une camionnette, repartie avec un fatras de fauteuils, vélos pour enfant, frigidaires.

LES RÉCENTS ÉVÉNEMENTS « AGGRAVERONT LA PAUVRETÉ ET ENGENDRERONT DES DIFFICULTÉS ENCORE PLUS GRANDES POUR DES MILLIONS DE SUD-AFRICAINS », SELON CYRIL RAMAPHOSA

Ces derniers jours, les effets des dévastations des centres commerciaux se sont fait sentir. Dans certains quartiers de Durban, des distributions de nourriture ont été organisées. « Nous avons envoyé de la nourriture à des hôpitaux », a dit Imitiaz Sooliman, de l’association Gift of the Givers. « Ils nous ont appelés en disant que les patients n’ont pas pu manger ».

Des transports perturbés ont provoqué des difficultés d’approvisionnement notamment dans le KZN. L’autoroute reliant Johannesburg et Durban a toutefois été rouverte samedi, sous étroite surveillance des forces de sécurité.

Au total, des centaines de commerces ont été attaqués en l’espace de quelques jours. Regrettant des « dommages énormes » et de futures « pertes d’emploi », les récents événements « aggraveront la pauvreté et engendreront des difficultés encore plus grandes pour des millions de Sud-Africains », a prédit Cyril Ramaphosa.

Par Jeune Afrique avec AFP

Afrique du Sud : 72 morts dans des violences selon un nouveau bilan

juillet 14, 2021
Des pillards devant un centre commercial à Durban, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2021.

En dépit de l’appel au calme des autorités et du déploiement de quelque 2 500 soldats, des pilleurs ont continué à attaquer hangars et magasins dans plusieurs villes du pays. Ces violences font suite à l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma.

Le bilan des violences en Afrique du Sud, déclenchées par l’incarcération la semaine dernière de l’ex-président Jacob Zuma et qui se sont intensifiées ces derniers jours, est monté mardi 13 juillet à 72 morts, a annoncé la police. « Le nombre total de personnes arrêtées s’élève à 1 234, tandis que le nombre de décès s’élève à 72 », a annoncé la police dans un communiqué. Un précédent bilan faisait état de 45 morts, principalement dans des bousculades lors de pillages. En dépit de l’appel au calme des autorités et du déploiement de quelque 2 500 soldats, des milliers de Sud-Africains ont continué à affluer mardi pour dépouiller hangars et magasins dans plusieurs villes du pays.

Selon les forces de l’ordre, qui ont été rapidement dépassées par l’ampleur des événements, 27 personnes ont été tuées dans la province du Kwazulu-Natal (Est) et 45 dans le Gauteng, qui compte la plus grande ville du pays, Johannesburg. La plupart des décès sont survenus lors de « bousculades pendant des pillages de magasins et de centres commerciaux », tandis que d’autres morts et blessures sont liées « à des explosions de distributeurs automatiques de billets et à des fusillades », a précisé la police.

L’Union africaine appelle au calme

Les premiers incidents dans le pays, routes bloquées et camions incendiés, ont éclaté vendredi, au lendemain de l’arrivée en prison de Jacob Zuma condamné pour outrage à la justice. Le président Cyril Ramaphosa a affirmé lundi soir que si les « frustrations et la colère » exprimées avaient « des racines politiques », « aucune cause ne peut justifier » ces violences.

Jacob Zuma a été condamné à 15 mois de prison ferme pour « outrage » après avoir, à plusieurs reprises, refusé de témoigner dans le cadre d’enquêtes sur la corruption d’État pendant sa présidence (2009-2018). L’ancien président, 79 ans, a été jugé coupable d’avoir multiplié les prétextes fallacieux pour ne pas comparaître devant la commission qui enquête sur la corruption d’État sous son mandat. Lundi, une audience virtuelle de la Cour constitutionnelle, celle qui a condamné l’ancien président fin juin, a débattu de sa peine pendant dix heures. Elle a mis son jugement en délibéré, sans préciser de date.

Depuis, l’agitation a gagné les quartiers déshérités de Johannesburg où le moteur de la colère est alimentaire et économique. Les restrictions imposées fin juin pour contenir une troisième vague meurtrière de Covid-19 y ont étouffé les petits boulots et les moyens de subsistance des plus pauvres.

Durement touchée par une troisième vague de Covid-19, l’Afrique du Sud, qui a atteint un chômage record à 32,6 % depuis la pandémie, a imposé de nouvelles restrictions sanitaires fin juin. Dans un communiqué L’Union africaine (UA) a condamné avec la plus grande fermeté : « la flambée de violence qui a entraîné la mort de civils et des scènes effroyables de pillage », appelant « à un rétablissement urgent de l’ordre ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Afrique du Sud: au moins 45 morts, pillages toujours en cours

juillet 13, 2021
Afrique du Sud: au moins 45 morts, pillages toujours en cours
Afrique du Sud: au moins 45 morts, pillages toujours en cours© AFP/LUCA SOLA

Les violences en Afrique du Sud, initialement déclenchées par l’incarcération de l’ex-président Jacob Zuma, ont déjà tué 45 personnes, notamment dans des bousculades, et les pillages ne marquaient aucune pause mardi, en dépit de l’appel au calme des autorités et du déploiement de militaires.

Déjà 26 morts dans la province du Kwazulu-Natal (KZN, Est), où les premiers incidents ont éclaté vendredi au lendemain de l’incarcération de l’ex-président. Et 19 autres dans l’agglomération de Johannesburg, selon les bilans actualisés des autorités locales.

Glaçant détail, qui n’en est pas un: une bonne partie de ces victimes ont été piégées dans des bousculades qui ont eu lieu lors de pillages lundi dans plusieurs centres commeciaux du pays.

A Soweto, immense township jouxtant Johannesburg, les corps de dix personnes ont été retrouvés dans la soirée, plusieurs heures après qu’une foule pressée ait dévalisé le centre commerciel Ndofaya.

Le Premier ministre du KZN, Sihle Zikalala, avait indiqué dans la matinée que plusieurs personnes ont trouvé la mort « dans des bousculades dans ce contexte d’émeutes », sans autre précision.

Les images des pillages ont montré des foules compactes et désordonnées, chacun se précipitant pour récupérer téléviseurs géants, vélos pour enfant, sièges de bureau, couches ou conserves… Tout ce qui peut être emporté.

Dans les magasins mis à sac, les émeutiers se sont servis en nourriture ou équipements à revendre, dans un contexte économique dégradé par les restrictions mises en place fin juin pour limiter les nouvelles infections par le coronavirus.

Les forces de l’ordre, visiblement en minorité, ont tiré des balles en caoutchouc pour disperser les mouvements de foule, suscitant la course paniquée de fuyards sur les parkings de centres commerciaux ou de hangars.

Ou encore dans les rues des principales villes touchées, aux trottoirs jonchés de bris de verre et déchets, et bordés de bâtiments et voitures en feu.

En robe de chambre

« La police est débordée », a répété face aux caméras le Premier ministre provincial, en venant constater une partie des dégâts à Soweto.

Le président Cyril Ramaphosa, « le coeur lourd », a souligné lundi soir le caractère inédit de ces violences depuis l’avènement de la démocratie post-apartheid.

A ce jour, 757 personnes ont été arrêtées, la majorité à Johannesburg, a précisé le ministre de la Police, Bheki Cele.

Il s’est engagé à ce que la situation « ne se détériore pas davantage », alors que les pillages se poursuivaient à vive allure, notamment à Soweto où des soldats ont commencé à patrouiller selon l’AFP sur place, et à Pietermaritzburg, la capitale de la province de KZN.

Tôt dans la matinée, les chaînes locales ont montré des dizaines de femmes, certaines en robe de chambre, aux côtés d’hommes et d’enfants débarquant dans une boucherie, dans la zone de Diepkloof à Soweto. Ils ont vidé les chambres froides et sont sortis en courant. Un agent de sécurité privé, seul, se tenait debout, impuissant.

La police ne s’est présentée que trois heures plus tard pour disperser et arrêter les derniers pillards.

Dans la nuit, policiers et agents de sécurité privée armés jusqu’aux dents ont longuement affronté des émeutiers dans le quartier dégradé de Jeppe, près du centre de Johannesburg, a constaté l’AFP.

Les premiers incidents dans le pays, routes bloquées et camions incendiés, ont eu lieu vendredi, au lendemain de l’incarcération de Jacob Zuma, condamné à une peine de prison ferme pour outrage à la justice. Pillages et incendies se sont ensuite propagés vers la capitale économique du pays.

Le président Ramaphosa a rappelé, sévère, que si les « frustrations et la colère » exprimées avaient « des racines politiques », « aucune cause ne peut justifier » ces violences.

Par Le Point avec AFP

Afrique du Sud: violences sporadiques en pays zoulou et à Johannesburg

juillet 11, 2021

Pneus brûlés, routes coupées, incendies et pillages: des violences sporadiques ont émergé ces derniers jours en Afrique du Sud, d’abord en pays zoulou puis à Johannesburg, suscitant l’inquiétude des pouvoirs publics.

La police a procédé à 62 arrestations depuis vendredi: 37 dans la province du Kwazulu-Natal (KZN, Est) et 25 dans les quartiers pauvres de la capitale économique, selon un communiqué publié dimanche à la mi-journée.

Dans l’Est, des manifestations de mécontentement ont éclaté dans la foulée de l’incarcération jeudi de l’ancien président Jacob Zuma, condamné pour outrage. La route nationale reliant Durban à Johannesburg a été bloquée vendredi par des manifestants, notamment à proximité de la prison d’Escourt où il se trouve, et 23 camions ont été incendiés.

Cette agitation, initialement suscitée par le sort de M. Zuma, intègre le désespoir économique ressenti par une large frange de la population privée d’emploi alors que le pays subit de nouvelles restrictions liées à une troisième vague meurtrière de la pandémie de coronavirus.

«On ne sait pas encore bien la raison des débordements. Ce qu’on sait, c’est que tous les magasins, toutes les voitures ont été pillées», commentait dimanche à l’AFP Sphamandla Ndlazi, à Jeppe, quartier déshérité de Johannesburg.

«Difficile de savoir ce qu’il y a derrière, la raison de tout ça», reconnaissait le jeune homme désemparé en T-shirt et casquette.

Le président Cyril Ramaphosa a réitéré son inquiétude dimanche soir sur ces violences «sporadiques mais de plus en plus violentes», lors d’un discours télévisé consacré à la pandémie.

Par Le Figaro avec AFP

[Tribune] Violences en Côte d’Ivoire : l’« étranger », éternel bouc émissaire

mai 30, 2021
Abidjan, en novembre 2002.

Difficile d’expliquer la nouvelle flambée de violences xénophobes qui vient d’embraser la Côte d’Ivoire. Mais le combustible est toujours le même : le mot « étranger », répété comme un mantra jusqu’à la nausée.

Anthropo, socio, ethno, toutes les études en « logie », toutes leurs combinaisons (anthropo-socio, socio-ethno, ethno-anthropo, etc.) et même économie… J’ai tendance à lire des thèses pour me détendre (personne n’est parfait) et rester au contact de la production universitaire de mon pays. Je peux donc affirmer que le sujet des violences xénophobes en Côte d’Ivoire est une star des soutenances.

Je vous épargne la logorrhée universitaire souvent indigeste pour vous en dire succinctement ce que j’en tire au regard de la dernière flambée. Entre l’urbain et le rural, une grande différence saute aux yeux sur l’origine de ces crises. Depuis San Pedro en 1998 (oppositions entre Kroumen et Burkinabés), dans les régions et les villages, la cause quasi exclusive des violences est toujours concrète, tangible, solide sous les pieds : la terre ! Sa possession et son exploitation sont au centre de tous les affrontements.

La problématique du foncier rural est le serpent de mer qu’étirent tous les pouvoirs depuis la colonisation. On peut dire sans se tromper qu’il est l’enjeu réel sur lequel s’est nouée la crise qui a secoué le pays à partir de 2002, dont le point d’orgue fut la guerre de 2011. En « brousse », les choses sont donc « claires ». Même si les réponses à y apporter peuvent être « complexes », les politiques devraient faire un peu comme moi, se pencher plus souvent sur le travail excellent et foisonnant des chercheurs pour éclairer leur lanterne. Je vais même plus loin en disant que la résolution des problèmes fonciers ruraux est le chemin par lequel la Côte d’Ivoire trouvera la réconciliation et la paix.

Bien avant les réseaux sociaux

En ville, les violences xénophobes relèvent de raisons qui sont difficilement lisibles. Même si tout le monde admet qu’un certain nombre de conditions doivent être réunies pour qu’elles éclatent, on est à peu près sûr que, dans le cadre urbain, les mêmes causes n’ont pas les mêmes effets. Un appel comme celui de cette fameuse influenceuse qui a mis le feu aux poudres il y a quelques jours aurait pu être lancé la semaine précédente sans lever un seul sourcil d’un habitant d’Abobo.

Il existe des précédents encore plus violents, plus incompréhensibles et qui datent d’une époque où n’existaient pas les réseaux sociaux mis à l’index. Souvenons-nous de cette chasse aux Ghanéens à cause d’un simple match de football (Asec vs Ashanti Kotoko, octobre 1993). Souvenons-nous des rumeurs de « sexes disparus » qui ont régulièrement provoqué le lynchage aveugle de Haoussa (déjà !) dans différentes villes. Souvenons-nous en 1958, avant l’indépendance, les Dahoméens et les Togolais ont subi à Treichville une ire populaire de la même violence. Principalement enseignants et agents administratifs, ils ont été désignés responsables de la situation des chômeurs (pour la plupart sans diplômes) et ont été pourchassés jusqu’à l’exil.

SI LE POISSON POURRIT PAR LA TÊTE, CE PEUPLE EST EN TRAIN DE POURRIR PAR SES LEADERS

On nage dans l’absurde total, pourtant pas de nœuds à se faire au cerveau pour comprendre ce qui s’est passé à Abobo. La pauvreté ? Elle est générale. Le taux d’analphabétisme ? Les plus de 80 % (selon le recensement de 2014) du Gontougo, du Bafing ou du Tchologo donnent le vertige. Le pourcentage « d’étrangers » ? Il n’y a rien eu à Adjamé. Le niveau intellectuel de la Jeanne d’Arc d’Abobo et des leaders d’opinion sur les réseaux sociaux ? Les QI de moules sont légion au-dessus de 100 000 abonnés…

Mon idée pour expliquer ces crises de la bêtise en réunion est simple. Chaque situation du genre trouve son alchimie propre pour faire brûler le foyer. Mais le combustible est le même, toujours : étranger. Si la « fièvre xénophobique » est si récurrente et violente, c’est parce que le mot « étranger » est une sorte de mantra répété jusqu’à la nausée, au nom de tout et n’importe quoi, depuis bien trop longtemps par tout ce que ce pays a compté comme personnel politique. Si le poisson pourrit par la tête, ce peuple est en train de pourrir par ses leaders.

Par  Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

Éthiopie : nouvelle flambée de violences interethniques en Amhara

avril 24, 2021
Une patrouille de l’armée éthiopienne à Addis-Abeba, le 26 novembre 2020. Photo d’illustration.

De nouvelles violences interethniques dans la région éthiopienne de l’Amhara (nord-ouest) ont fait des dizaines de victimes et déplacé des dizaines de milliers d’habitants.

Cette dernière flambée de violence avive un peu plus les craintes sur le climat dans lequel sont censées se dérouler les élections nationales du 5 juin dans la région Amhara, dominée par le groupe ethnique éponyme.

Les violences, qui ont débuté la semaine dernière, se sont concentrées dans deux divisions administratives de la région, la zone Shoa Nord (ou Shewa Nord) et celle d’Oromo, cette dernière étant majoritairement peuplée d’Oromo, le principal groupe ethnique du pays.

Envoi de troupes

Les administrateurs des deux zones ont jusqu’à présent refusé de donner des bilans précis. Mais le médiateur en chef de l’Éthiopie, Endale Haile, a indiqué vendredi, après s’être rendu sur place, que 200 personnes pourraient avoir été tuées dans ces affrontements. « On peut dire sans crainte de se tromper que plus de 100 personnes sont mortes. L’estimation va jusqu’à 200 » victimes, a-t-il déclaré, précisant que ces données étaient « fondées sur les informations de déplacés ».

Selon lui, plus de 250 000 personnes ont été déplacées par les violences dans la région de Shoa Nord et plus de 75 000 dans la zone spéciale d’Oromo. Les chiffres du médiateur en chef n’ont pas pu être confirmés de source indépendante. En mars, de précédentes violences dans cette même région avaient fait plus de 300 morts et 50 000 déplacés.

Les causes demeurent floues. Des responsables amhara ont évoqué l’implication du groupe rebelle de l’Armée de libération oromo, mais ce dernier a démenti être présent dans cette zone. Dimanche, l’armée éthiopienne a annoncé l’envoi de troupes pour tenter de restaurer la paix. Le médiateur en chef a rapporté que la situation était calme lors de sa visite jeudi et vendredi. « Il faut à présent l’intervention des politiques, des pères religieux et des chefs coutumiers pour réconcilier les populations », a-t-il estimé.

Manifestations

Les informations faisant état d’Amhara pris pour cibles dans ces violences ont déclenché ces derniers jours des manifestations de colère dans plusieurs villes de la région. Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation pour disperser les manifestants à Bahir Dar, la capitale de la région.

Ces violences interethniques ternissent le mandat du Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018 après d’importantes manifestations antigouvernementales portées notamment par la jeunesse oromo et amhara. Les analystes redoutent que les élections législatives et municipales prévues le 5 juin accroissent l’insécurité dans le pays, alors que l’Éthiopie est déjà engagée dans le conflit dans le Tigré.

Par Jeune Afrique avec AFP

Canda/Québec-Féminicides: le Diocèse de Trois-Rivières se fera entendre

mars 31, 2021

Le sort réservé aux sept femmes qui ont été tuées par leur conjoint ou leur partenaire au cours des sept dernières semaines continue de faire réagir à travers la province, mais également dans la région. C’est dans cette optique, mais également afin de faire comprendre qu’une seule victime en est une de trop, que les croyants du Diocèse de Trois-Rivières souhaitent joindre leur voix à celles des organismes qui agissent contre la violence conjugale, pour demander au gouvernement du Québec d’agir en appliquant les 190 recommandations du rapport «Rebâtir la confiance» et en finançant adéquatement leur mise en œuvre.

Le Diocèse de Trois-Rivières joint sa voix aux organismes qui agissent contre la violence conjugale.

© STÉPHANE LESSARD Le Diocèse de Trois-Rivières joint sa voix aux organismes qui agissent contre la violence conjugale.

«Au nom de nos options pacifiques et bienveillantes comme communauté de foi et en raison de notre solidarité avec les femmes et avec toutes les personnes vulnérables victimes de violence, plusieurs églises du Diocèse de Trois-Rivières sonneront le glas ce mercredi saint 31 mars 2021, tout au long de la journée. Pour commémorer le décès des femmes violentées, nos églises se joignent à celles de tous les diocèses du Québec qui ont été invités à faire de même par le Conseil Église et Société de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec et du Réseau des répondantes à la condition des femmes dont je fais partie», mentionne Mélanie Charron, répondante à la condition des femmes pour le Diocèse de Trois-Rivières.

La population de Trois-Rivières qui entendra résonner le glas des églises des quartiers et des villages, le mercredi 31 mars, est donc invitée par le Diocèse de Trois-Rivières à s’intérioriser, voire à prier suivant sa foi, en souhaitant les transformations nécessaires pour que cessent les violences faites aux femmes, pour que les femmes et les enfants soient crus, protégés et aient accès aux ressources nécessaires, mais aussi pour que les hommes ayant des comportements violents soient accompagnés par des services visant la prévention de l’agression et la diminution du risque de récidive.

«Plus qu’un souhait ou vœu pieux pour contrer la violence faite aux femmes, l’écho du glas devrait pouvoir symboliquement nous appeler à agir, suivant nos moyens, pour que cesse cette violence», conclut Mélanie Charron.

Avec Amélie Houle – Le Nouvelliste

Nigeria: sept villageois et trois soldats tués par des hommes armés

mars 17, 2021

Au moins dix personnes, dont trois militaires, ont été tuées mardi dans une attaque perpétrée par des hommes armés dans un village de l’État de Zamfara, dans le nord-ouest du Nigeria, ont indiqué mercredi 17 mars des habitants à l’AFP.

Les assaillants sont arrivés à moto et ont envahi le village de Kabasa, ouvrant le feu sur ses habitants. «Les bandits ont tué sept personnes dans le village», a déclaré Saminu Usman, habitant de Kabasa. Des soldats stationnés dans la localité voisine de Magami ont été déployés dans le village pour les affronter. «Trois soldats ont été tués dans ce combat avec les bandits», a ajouté Saminu Usman. Ce bilan a été confirmé à l’AFP par un deuxième habitant, Bube Badamasi.

Les autorités locales ont confirmé à l’AFP l’attaque, déplorant la perte de vies humaines, mais sans donner le nombre exact de victimes.

«Bandits»

Depuis une dizaine d’années, des groupes criminels, appelés «bandits» par les autorités, terrorisent les populations du nord-ouest et du centre du Nigeria. Ils attaquent des villages, volent du bétail et enlèvent sur les routes des personnalités locales ou des voyageurs contre rançon. Ils rayonnent depuis des camps situés dans la forêt de Rugu qui s’étend sur les États de Zamfara, Katsina, Kaduna ainsi que sur des parties du Niger. L’armée nigériane s’est déployée dans la région en 2016 et un accord de paix avec certains de ces hommes armés a été signé en 2019 mais les exactions se sont poursuivies.

Ces derniers mois, ces gangs – qui agissent a priori pour l’appât du gain et sans raison idéologique – ont multiplié les attaques visant des écoles, provoquant l’émoi dans le monde entier. Fin février, ils avaient enlevé 279 adolescentes dans leur école située dans l’État de Zamfara, avant de les libérer quatre jours plus tard. Jeudi encore, des hommes armés ont pris d’assaut un établissement scolaire, dans l’État de Kaduna, kidnappant 39 étudiants. Une opération militaire est toujours en cours pour les secourir.

Par Le Figaro avec AFP

Tunisie : les prémisses d’une nouvelle révolution ?

décembre 15, 2020
Manifestation pour la liberté d’expression en Tunisie.

Près de dix ans après la chute de Ben Ali, le pouvoir est confronté à une colère qui monte, et dont les motifs sont aussi variés que nombreux. Plusieurs manifestations sont prévues le 17 décembre.

L’affectation territoriale d’un point d’eau dans le Sud tunisien provoque des tensions entre des tribus de Douz et Beni Gueddache. En moins de 48 heures, les affrontements extrêmement violents entre les Mrezig et les Houaya à Aïn Skhouna se sont soldés par un mort et 53 blessés.

Pourtant le lieu, connu pour les vertus curatives de ses eaux chaudes, existe depuis des décennies sans que nul n’en réclame la propriété. Mais c’est compter sans l’instrumentalisation des événements via les réseaux sociaux et les médias.

Avant que des Tunisiens ne tirent sur d’autres Tunisiens et fassent d’une paisible source d’eau un décor de razzia, de fausses informations assuraient que le lieu était un prospère champ pétrolier dont l’exploitation serait imminente sans qu’aucune prospection n’ait été faite et sans qu’aucune autorisation ou permis n’aient été concédés.

D’autres assuraient qu’un projet qatari d’envergure devait voir le jour à Aïn Skhouna. Suffisamment pour susciter, sous couvert de revendications tribales, les convoitises dans une région oubliée du développement.

Tribalisme

Le phénomène n’est pas nouveau, mais ce tribalisme connaît un nouvel éveil depuis 2011. À Gafsa (Sud), des tribus se sont écharpées en 2012 au motif d’une prééminence sur le terrain. Elles exigeaient que les emplois proposés par la Compagnie des phosphates de Gafsa soient réservés à leurs enfants. Si pour certains, ce mode de transmission est d’un autre temps, à Gafsa il est solidement ancré.

La CPG prévoit en effet des quotas par tribus. « Le réveil de la tribalité a bon dos ; les citoyens cherchent à faire entendre leurs voix par tous les moyens et pourquoi pas à travers ce réseau là quand les autres échouent à être des relais », commente un ancien de l’association Kolna Tounes.

LES TUNISIENS SEMBLENT DÉCIDÉS À RELANCER LES MOUVEMENTS PROTESTATAIRES

L’impossibilité de se faire entendre par un pouvoir, sourd aux demandes populaires, se mue en colère. « Les tensions ont besoin d’un exutoire et nous avons failli à créer du collectif », explique le sociologue Mohamed Jouili. En dix ans, corporations, secteurs, femmes, étudiants, syndicats, tous ont tenté, via différents réseaux, de transmettre leurs revendications, en vain. Les revendications s’accumulent, les exigences se stratifient, mais rien n’aboutit réellement. Même le très attendu Code des collectivités locales adopté en 2018 n’est toujours pas entré en application intégralement.

Ce qui explique pourquoi les Tunisiens, sans se concerter, semblent bien décidés à relancer les mouvements protestataires. « Front du salut », « Dialogue national », « Tous ensemble au Bardo », « Ensemble arrachons la rue », « Contre les violences faite aux femmes » sont autant de bannières, officiellement non partisanes, qui comptent encadrer les manifestations annoncées le 17 décembre.

Faillite sociétale et politique

Le jour choisi n’est pas anodin : il correspond à l’immolation en 2010 de Mohamed Bouazizi, initiateur de la révolution tunisienne. Mais cette date bien que célébrée régulièrement par les médias n’a jamais été considérée comme celle de la révolution malgré la tentative de certains mouvements politiques comme l’ancien Congrès pour la République (CPR) de l’ancien président Moncef Marzouki d’en faire un évènement national.

Toutes classes sociales et tous motifs confondus, les Tunisiens sont passés de la revendication à la colère. « Elle gronde depuis longtemps. Placés au pied du mur, les gouvernements successifs ont tentés de l’apaiser mais les mesures annoncées à grand renforts de gros titres et jamais appliquées ont fini par lasser les citoyens. Tous espéraient un mieux-être mais ont vu leur pouvoir d’achat s’étioler », résume Achraf Zariat, un syndicaliste de Gabès.

AUJOURD’HUI, DE 7 À 77 ANS, ON EST TOUS EN COLÈRE

Si bien que le 17 décembre, la rue sera le réceptacle de cette colère, bien que les différents mouvements protestataires ne soient pas au diapason : les uns veulent annuler la loi de finances, les autres en finir avec la corruption, mais tous disent surtout l’immense désarroi de la Tunisie face à une faillite essentiellement sociétale et politique.

Au fil des années, faute de débats de fonds sur des objectifs communs et les politiques publiques souhaitées, le tissu social s’est disloqué en générant encore plus de divisions. Et d’énormes frustrations.

« En 2011, on parlait de la colère des jeunes. Aujourd’hui, de 7 à 77 ans, on est tous en colère », constate Walid, un étudiant en gestion. Un courroux général dont parfois on oublie la cause face au constat de délabrement du pays. « Comment revendiquer pour ma pension quand la pauvreté s’insinue partout ? », s’interroge une retraitée de la fonction publique.

La rue en ébulition

Mais si la société civile et les partis sont unanimes à imputer l’échec tunisien au système politique, ils peinent à émettre de nouvelles propositions, en dehors des mesures consensuelles — nouvelle loi électorale, amendement de la constitution ainsi que la mise en place des corps constitués comme la cour constitutionnelle et le réveil des instances électorales. Une dissolution de l’Assemblée est en principe possible, mais dans les faits très compliquée à mettre en œuvre sans Cour constitutionnelle.

« L’impasse politique a été dénoncée depuis au moins cinq ans mais les partis ne voudront jamais courir le risque de perdre leur siège. Le pays n’est qu’un butin pour eux » dénonce un membre de l’ONG Mourakiboune. En attendant, la rue est en ébullition au risque de débordements irrécupérables.

Avec Jeune Afrique par Frida Dahmani – à Tunis

Centrafrique : à Bangui, les habitants du PK5 dans la crainte de violences électorales

décembre 1, 2020
Au rond-point Koudoukou, à l'entrée du PK5, à Bangui, le 26 décembre 2019.

À un mois du premier tour des élections législatives et présidentielle prévues le 27 décembre, le quartier musulman du PK5, épicentre des dernières violences politiques en Centrafrique, retient son souffle.

Chemise bleue et chapeau noir vissé sur la tête, Abdouramane Yaya s’exprime à coup de grands gestes de la main face à une dizaine de jeunes réunis au siège du Mouvement cœurs unis (MCU, au pouvoir) du quartier musulman du PK5. En cette matinée du 26 novembre, le coordinateur local du parti du président Faustin-Archange Touadéra les forme à une opération de sensibilisation « à la paix » organisée dans ce quartier en proie à des violences régulières. « Notre arrondissement a trop souffert des violences. C’est à vous, à nous, d’expliquer à chaque habitant l’importance de ce calme, car cette fois, nous devons voter dans la paix », martèle Abdouramane Yaya.

Les artères du troisième arrondissement ont beau être très fréquentées, l’agitation commerçante peine à cacher une inquiétude bien palpable : celle de voir surgir de nouvelles violences préélectorales comme lors des élections de 2015-2016, quand des miliciens avaient ouvert le feu sur des électeurs. En 2013 déjà, le quartier était devenu l’épicentre des violences dans la capitale après la chute de l’ancien président François Bozizé, aujourd’hui candidat. Les miliciens de la Séléka, à majorité musulmane, s’y étaient alors repliés pour échapper aux attaques de la milice antibalaka, à dominante chrétienne.

Prêcher la réconciliation

Sous une chaleur avoisinant les 35 degrés alors que le soleil se lève à peine, Shérif et Yacoub Youssouf, deux frères membres de la représentation locale du MCU, discutent avec une famille. « Il s’agit de chrétiens qui ont toujours habité le PK5 : le mari a connu mon père à l’école primaire. Nous leur expliquons l’importance de la réconciliation », détaille Shérif Youssouf sous le regard bienveillant et fier d’Abdouramane Yaya.

Auteur de plusieurs négociations entre les groupes d’autodéfense musulmans et les autorités centrafricaines, Abdouramane Yaya est aussi à l’origine de plusieurs actions sociales pour le compte du parti de Faustin-Archange Touadéra. Dons aux mosquées, appuis aux écoles… Pour ce trentenaire, les occasions ne manquent pas de prêcher en faveur de la réconciliation, mais aussi et surtout du président centrafricain, candidat à sa succession.

Au PK5, les jeunes militants du MCU ne tarissent d’ailleurs pas d’éloges sur Hamza Mohammed, candidat du parti aux législatives dans la circonscription. Si sa candidature venait à être validée, ce dernier devra toutefois affronter un adversaire de taille : l’ancien président de l’Assemblée nationale et député sortant, Abdou Karim Meckassoua, du parti du Chemin de l’espérance. « Nous n’avons pas peur de lui. Si on a réussi à s’imposer ici et à rallier au MCU plusieurs militants de son parti, rien ne peut nous empêcher de le battre », estime Abdouramane Yaya.

« Les politiciens veulent nous manipuler »

Les partisans de Karim Meckassoua ne comptent pas leur laisser le champ libre. À quelques rues de là, Moussa Hassabarassoul réunit des jeunes à qui il parle « depuis des années » de paix et de cohésion entre communautés. « Je n’ai pas attendu cette période électorale pour sensibiliser sur la paix, fait valoir ce farouche opposant au président Faustin-Archange Touadéra. Je ne le fais pas pour des raisons politiques mais parce que nous devons rester vigilants et éviter les troubles ».

NOUS VOULONS PROUVER AU MONDE QU’IL N’EST PLUS QUESTION DE VIOLENCES ENTRE CHRÉTIENS ET MUSULMANS

Très influent au PK5, Moussa Hassabarassoul, à la tête d’un comité de paix, fait également office de médiateur entre les milices et les habitants, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Il est aussi un interlocuteur privilégié du gouvernement et de la mission de l’ONU en Centrafrique, la Minusca, dont il se sert pour passer des messages de paix et d’union.

Signe de sa popularité, plusieurs jeunes semblent en cette fin novembre captivés par son discours. Parmi eux, Abderamane Abdel, 23 ans. Ce jeune électeur, qui va voter pour la deuxième fois de sa vie, demande à être photographié à ses côtés. « Moussa Hassabarassoul, c’est mon frère musulman. Lors de la dernière présidentielle, on nous avait tiré dessus avec des roquettes, mais ça ne nous avait pas empêché de voter. Aujourd’hui, nous voulons prouver au monde que nous sommes matures et qu’il n’est plus question de violences entre chrétiens et musulmans, veut croire le jeune homme, tout sourire. Les politiciens veulent nous manipuler. Ils veulent encore créer des tensions au PK5, comme la dernière fois. Mais ça ne prendra pas. »

Peur des violences

Dans les rues de l’arrondissement, des patrouilles de la gendarmerie et des casques bleus de l’ONU effectuent des rondes chaque demi-heure. Pourtant, les tensions politiques sont déjà bien palpables. Le quartier, très convoité par différents partis politiques, reste l’épicentre des violences qui secouent la capitale à intervalles réguliers. Début novembre, lors d’un meeting de l’ancien président François Bozizé, plusieurs coups de feu y avaient été tirés.

CETTE FOIS, LES VIOLENCES NE PARTIRONT PAS DU PK5

Sans surprise, la campagne devrait donc en grande partie se jouer sur des thèmes sécuritaires dans le troisième arrondissement. Car si des miliciens ont bien rendu quelques armes au gouvernement, les habitants restent apeurés de voir ressurgir les violences. Derrière sa petite étale d’oranges dans le marché du PK5, Clotilde se souvient de ces longs mois passés à vivre dans un site de déplacés. « Je veux tourner la page des violences, je suis fatiguée de courir, soupire-t-elle. Ce quartier était un quartier de paix. Il faut qu’on prouve à tout le monde que que cette fois, les violences ne partiront pas d’ici ».

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji – à Bangui