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États-Unis: Une ex-policière condamnée pour avoir tué son voisin noir

octobre 1, 2019
© Jeremy Lock
 

Une Blanche, ex-policière de Dallas, au Texas, qui affirme avoir tué par erreur son voisin noir après s’être trompée d’appartement, a été reconnue coupable du meurtre de l’homme en question, mardi.

Le jury est ainsi parvenu à un verdict dans le cadre du procès très médiatisé d’Amber Guyger pour le meurtre de Botham Jean, après six jours de témoignages, mais seulement quelques heures de délibérations.

Des cris de victoire ont éclaté dans la salle d’audience à l’annonce du verdict. À l’extérieur de la salle, la foule a célébré et a scandé « black lives matter » (la vie des Noirs est importante, en français). Lorsque les procureurs sont arrivés dans le couloir, le public qui s’y trouvait a laissé transparaître sa joie.

Mme Guyger, de son côté, était assise seule, en pleurs, à la table réservée à la défense.

Au Texas, la peine pour meurtre varie entre 5 et 99 ans de prison. Le jury devrait revenir en cour, mardi après-midi, pour la phase de détermination de la peine.

Les faits liés à cette mort inhabituelle n’ont pas été contestés durant le procès. En septembre 2018, l’accusée s’est rendue au logement de la victime, situé directement au-dessus du sien, et elle a constaté que la porte était déverrouillée.

La femme n’était plus en service, mais portait toujours son uniforme, après un long quart de travail, lorsqu’elle a abattu M. Jean avec son arme de service. L’homme de 26 ans mangeait de la crème glacée avant que l’ex-policière n’entre dans son logement.

M. Jean, qui a grandi dans le pays caribéen de Sainte-Lucie, est arrivé aux États-Unis pour y fréquenter l’université et a débuté sa carrière comme comptable.

Sa mort par balle a suscité un fort intérêt en raison des circonstances étranges de l’événement, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un nouveau cas d’hommes noirs sans armes abattus par des policiers blancs.

Un homme noir de 26 ans ayant été à l’université, qui a reçu sa formation de comptable, et qui travaillait pour l’une des trois plus grandes firmes comptables du monde… Tout cela ne devrait pas être nécessaire pour que les Américains noirs et basanés obtiennent justice dans ce pays, a déclaré Benjamin Crump, l’un des avocats de la famille Jean.

Me Crump affirme que, désormais, les policiers ne peuvent pas se cacher derrière leur badge, mais devront plutôt faire face à la justice pour leurs gestes illégaux.

Le jury qui a présenté un verdict de culpabilité était largement composé de femmes et de gens provenant des minorités culturelles.

Mme Guyger a été arrêtée trois jours après les faits. Elle a par après été congédiée et accusée de meurtre, mais n’a pris publiquement la parole à ce sujet que lors de son témoignage, vendredi dernier.

Tensions importantes

La tension était particulièrement élevée à Dallas, pendant le procès; il s’agit de la même ville où une attaque, il y a trois ans, avait fait cinq morts chez les forces de l’ordre.

La femme de 31 ans s’est excusée en pleurant d’avoir tué son voisin, et a confié aux jurés avoir craint pour sa vie lorsqu’elle a découvert que la porte de ce qu’elle pensait être son logement était débarrée.

Selon elle, la victime a rapidement marché vers elle lorsqu’elle est entrée avec son arme au poing, mais les procureurs ont plutôt suggéré que M. Jean ne faisait que se lever d’un divan situé dans le fond de la pièce lorsqu’il a été abattu.

Lors d’un appel passé au 9-1-1 après le drame, elle a répété à une vingtaine de reprises qu’elle pensait se trouver dans son appartement. Ses avocats ont argué que l’apparence identique de l’immeuble à logements, d’étage en étage, faisait en sorte que des locataires se trompaient régulièrement de porte.

La poursuite a toutefois cherché à savoir comment l’ex-policière avait pu manquer les nombreuses indications qu’elle n’était pas au bon endroit, et a évoqué qu’elle était distraite par des messages sexuellement explicites reçus sur son téléphone, en provenance de son partenaire au sein de la police.

Les procureurs ont aussi voulu déterminer pourquoi Mme Guyger n’avait pas utilisé sa radio pour appeler à l’aide lorsqu’elle a pensé qu’un cambrioleur s’était introduit chez elle. L’accusée a répondu qu’entrer avec le pistolet braqué devant soi était la seule option qui m’est passée par la tête.

Avec CBC/Radio-Canada