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Ukraine: « C’est l’enfer » dans le Donbass, déplore Zelensky

mai 20, 2022
Une femme, Klaudia Pushnir, 88 ans, prend sa tête dans ses mains, en pleurant, dans un sous-sol.

Les autorités ukrainiennes estiment que quelque 15 000 civils vivent encore à Sievierodonetsk, où ils se réfugient dans des sous-sols et des souterrains. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

« C’est l’enfer » dans le Donbass, qui est « complètement détruit », a déploré dans un message vidéo diffusé dans la nuit de jeudi à vendredi le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Les troupes russes y ont de nouveau intensifié leurs efforts vendredi, surtout à Sievierodonetsk, où plusieurs civils seraient morts.

Les Russes ont continué leur assaut sur Sievierodonetsk vendredi, au point où il serait devenu impossible de connaître le nombre exact de victimes. « L’armée russe a entamé une destruction de grande ampleur de Sievierodonetsk, a déclaré le gouverneur de la région de Louhansk, Sergueiï Gaïdaï, sur Telegram. « L’intensité des bombardements a doublé, [les Russes] pilonnent les quartiers résidentielles pour les détruire maison par maison. »

Jeudi, les autorités ukrainiennes avait déclaré que douze civils avaient été tués à Sievierodonetsk et 40 autres blessés par les forces russes, qui y ont multiplié les bombardements dans les derniers jours.

« Nous ne savons pas combien il y a de victimes car il est tout simplement impossible d’aller vérifier dans chaque appartement. »— Une citation de  Sergueiï Gaïdaï, gouverneur de la région du Louhansk Un bâtiment détruit à Sievierodonetsk.

Les Russes auraient détruit 70 % des résidences de Sievierodonetsk, selon le gouverneur régional. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Des troupes russes auraient ouvert le feu vendredi sur une école de Sievierodonetsk, où plus de 200 personnes se réfugient, dont des enfants, selon Sergeiï Gaïdaï. Trois adultes seraient morts, a-t-il ajouté. Aucun média n’a cependant été en mesure de confirmer ces informations pour l’instant.

Il resterait environ 15 000 civils dans cette ville qui comptait plus de 100 000 habitants avant la guerre, estime son chef de l’administration militaire, Oleksandr Striuk. Ils vivent dans des abris et des sous-sols et, depuis une semaine, seraient sans électricité, sans Internet, sans moyens de communication.

« Environ 70 % du parc immobilier de la ville a été détruit », a estimé Sergueiï Gaïdaï sur Telegram. Cela représente 11 000 maisons, dont 3000 sont des immeubles à logements, a-t-il ajouté.

La destruction méthodique des villes, qui vise à priver leurs défenseurs d’abris jusqu’à ce qu’ils soient contraints à s’en retirer, est la tactique utilisée par la Russie depuis le début de la bataille du Donbass.Une femme prépare un feu à l'extérieur pour se faire à manger.

Sans électricité, les derniers civils de Sievierodonetsk doivent se débrouiller avec ce qu’ils ont pour se faire à manger et se réchauffer. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Plus tôt, le ministre russe de la Défense déclarait que la Russie avait presque terminé la libération de la République autoproclamée de Louhansk, à une soixantaine de kilomètres de la frontière.

Si l’Ukraine admet que les Russes avancent dans l’est, elle assure que les troupes ukrainiennes tiennent le coup. L’attaque sur Sievierodonetsk a échoué. Les Russes ont subi des pertes de personnel et se sont repliés, a déclaré Sergueiï Gaïdaï.

Une vidéo publiée par la Garde nationale ukrainienne la montre d’ailleurs faisant exploser un pont, qui serait celui reliant Sievierodonetsk à Rubizhne, voulant ainsi ralentir l’avancée des troupes russes dans la région. Aucun média n’a toutefois pu vérifier l’origine et l’authenticité de la vidéo.Une capture d'écran d'une vidéo montrant le pont qui explose d'une vue aérienne.

Les autorités ukrainiennes assurent avoir fait exploser ce pont qui lie Severodonetsk à Rubizhne pour freiner l’avancée des Russes dans le Donbass. Photo : Reuters/Ukraine National Guard

La ville de Sievierodonetsk est stratégiquement importante pour la Russie parce que la contrôler lui permettrait de se diriger vers l’ouest et de rejoindre les troupes russes au sud-est d’Izyum.

Elle est également une des dernières poches de résistance de la région, avec Lyssytchansk, à une dizaine de kilomètres, aussi le théâtre de combats intenses depuis jeudi. La prise de ces deux villes permettrait donc à Moscou de revendiquer le contrôle total de la province et de la placer sous l’autorité de la république populaire de Louhansk.Le missile, le nez dans le sol.

Un missile a atterri sans exploser devant une garderie de Lyssytchansk où sept personnes se réfugient dans le sous-sol depuis deux mois. Photo : Getty Images/AFP/Yasuyoshi Chiba

Cette intensification des attaques russes n’a aucune explication militaire, a réagi dans son allocution quotidienne Volodymyr Zelensky.

« C’est une tentative délibérée et criminelle de tuer le plus d’Ukrainiens possible. De détruire le plus de maisons, d’installations sociales et d’entreprises possible. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président ukrainien.

Vendredi après-midi, à Lozova, à 150 km au sud de Kharkiv, au moins sept personnes, dont un enfant de 11 ans, ont été blessés dans une puissante frappe de missile russe sur un centre culturel fraîchement reconstruit, a annoncé Zelensky sur Telegram.

Le président ukrainien a accompagné son message d’une vidéo montrant une puissante explosion pulvérisant le bâtiment dans un panache de fumée, tandis que deux voitures passaient à proximité, l’une tentant ensuite de fuir la zone.Selon le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motouzianyk, la situation sur le front reste tendue vendredi et montre des signes d’aggravation.

« Les forces d’occupation russes mènent des tirs intenses tout le long de la ligne de contact et tentent de frapper à l’artillerie profondément dans les défenses des troupes ukrainiennes. »— Une citation de  Oleksandre Motouzianyk, porte-parole du ministère ukrainien de la DéfenseUne capture d'écran d'une vidéo montrant le moment où le missile frappe le centre culturel de Lozova.

La Russie aurait bombardé le centre culturel de Lozova, où des civils se réfugiaient. Photo : Reuters/State Emergency Service of Ukrai

Les derniers défenseurs d’Azovstal cessent de combattre

Vendredi matin à Marioupol, les derniers combattants retranchés dans l’usine d’Azovstal ont reçu l’ordre de Kiev d’arrêter de se battre, a déclaré Denys Prokopenko, commandant du régiment d’Azov, dans une vidéo publiée sur Telegram.

Les autorités militaires ont donné l’ordre de sauver des vies, de préserver le bien-être des militaires et de cesser de défendre la ville.

Selon la Russie, environ 2000 combattants se seraient rendus dans les derniers jours.Des combattants, dans les souterrains d'Azovstal, devant un drapeau ukrainien.

Les derniers combattants retranchés dans l’usine d’Azovstal ont cessé les combats vendredi, à la demande de Kiev, qui désire « sauver des vies ». Photo : Reuters/Dmytro Orest Kozatskyi/Azov Regi

Selon Kiev, 90 % de la ville de Marioupol aurait été détruit et au moins 20 000 personnes y auraient péri depuis le début des combats.

La fin des combats à Marioupol pourrait permettre à plusieurs troupes russes de rejoindre celles qui combattent dans le Donbass et d’y intensifier encore les offensives.

Une fois que la Russie aura sécurisé Marioupol, il est probable qu’elle déplacera ses forces pour renforcer les opérations dans le Donbass, a déclaré le gouvernement britannique.

Mais ces unités doivent être rééquipées et remises en état avant de pouvoir être redéployées efficacement, alors même que le commandement russe est sous pression pour des résultats, analyse la même source. La Russie va probablement redéployer ses forces rapidement sans préparation adéquate, ce qui risque d’encore augmenter leur usure.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, BBC et CNN

En visite surprise en Ukraine, Trudeau accuse Poutine de crimes de guerre « odieux »

mai 8, 2022

Ottawa fournira une aide militaire supplémentaire de 50 millions de dollars à l’Ukraine, relancera les activités diplomatiques de l’ambassade canadienne à Kiev et lèvera les tarifs douaniers sur les importations ukrainiennes.

Justin Trudeau et Volodymyr Zelensky lors d'un point de presse commun en Ukraine.

Justin Trudeau a notamment annoncé la réouverture de l’ambassade du Canada en Ukraine. Photo : Getty Images/Sergei Supinsky

Au tour du premier ministre du Canada d’effectuer une visite surprise en Ukraine. Justin Trudeau a réitéré le soutien « inébranlable » du Canada au peuple ukrainien devant l’agression russe et a salué l’« extraordinaire leadership » de son homologue Volodymyr Zelensky, qu’il rencontrait pour la première fois depuis le début du conflit.

Lors d’un point de presse conjoint, le premier ministre canadien a rapidement tourné son attention vers Vladimir Poutine, le tenant une fois de plus responsable de crimes de guerre.

« Il est clair que Vladimir Poutine est responsable de crimes de guerre odieux.  »— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le Canada, a-t-il ajouté, appuiera l’Ukraine dans sa quête de justice et d’imputabilité.

Évoquant une forme de reconnaissance de la bravoure et des capacités du peuple ukrainien, le premier ministre a annoncé la réouverture progressive de l’ambassade canadienne à Kiev.

Plus tôt dans la journée, il a accueilli l’ambassadrice Larisa Galadza à son arrivée et a assisté à la levée du drapeau unifolié au-dessus de l’ambassade canadienne.Le premier ministre Justin Trudeau.

Le premier ministre Justin Trudeau hisse le drapeau canadien à l’ambassade du Canada à Kiev. Le drapeau a été levé à côté de l’immeuble, car le premier mât choisi était brisé. Photo : Radio-Canada

Accompagné au cours de cette visite inopinée par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, et de la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, le premier ministre en a aussi profité pour annoncer une bonification de l’aide canadienne à l’Ukraine.

Sur le plan militaire, le Canada fournira 50 millions de dollars en aide supplémentaire, une aide qui comprendra l’envoi de caméras pour drone, des technologies d’images satellites, des munitions et un soutien financier pour les opérations de déminage.

Justin Trudeau a aussi annoncé la levée des tarifs douaniers sur les importations ukrainiennes et le versement de 25 millions de dollars au Programme alimentaire mondial pour contrer l’insécurité alimentaire au pays.

Interrogé à savoir si cette aide arrivait sur le tard, le chef ukrainien s’est contenté de dire que du temps avait été perdu à négocier.

Volodymyr Zelensky a tout de même témoigné sa reconnaissance pour l’aide de 1,5 milliard de dollars du Canada, la plus importante après celle des États-Unis.

Le premier ministre Justin Trudeau à Kiev avec le président  Volodymyr Zelensky et un de ses collaborateurs.

À Kiev, Justin Trudeau a réaffirmé le soutien du Canada à l’Ukraine. Photo via AFP : Getty Images/Sergei Supinsky

Outre ces mesures d’aide, Ottawa imposera des sanctions contre 40 autres individus et cinq entités russes. Selon le premier ministre, il s’agit d’oligarques, des proches associés du régime et du secteur de la défense, tous complices de la guerre de Vladimir Poutine.Justin Trudeau et Oleksandr Markouchine.

Le premier ministre Justin Trudeau marche avec le maire d’Irpin, Oleksandr Markouchine, lors d’une visite surprise en Ukraine. Photo: AP

D’autres sanctions économiques ont également été télégraphiées par Ottawa et ses alliés du G7. Les dirigeants des sept pays, qui se sont réunis en visioconférence dimanche, ont annoncé qu’ils interdiraient ou réduiraient progressivement leurs importations de pétrole russe.

Cette réunion, tenue alors que le monde commémore la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie, le 8 mai 1945, était particulièrement symbolique aux yeux de Justin Trudeau.

Ce dernier estime qu’il est plus important que jamais de se tenir debout contre la guerre illégale de Poutine, de défendre la démocratie, les droits de la personne et le droit international.

« En cette journée d’anniversaire de la victoire en Europe, Vladimir Poutine fait honte à la mémoire des millions de Russes qui ont lutté et fait des sacrifices pour vaincre le fascisme et assurer la liberté pour l’Europe et le monde. »— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du CanadaJustin Trudeau en Ukraine.

Cette image fournie par le bureau du maire d’Irpin montre le premier ministre canadien, Justin Trudeau, en train de discuter avec le maire Oleksandr Markouchine lors d’une visite surprise dimanche. Photo : AP

Le premier ministre a affirmé avoir été témoin de toute la brutalité de l’agression russe lors d’une visite effectuée plus tôt à Irpin, en banlieue de Kiev. La ville avait été le théâtre de combats particulièrement violents en mars, au moment où les forces russes tentaient de prendre d’assaut la capitale.

Il est aussi allé à Boutcha, théâtre d’un autre massacre attribué aux forces russes.

Une visite secrète

Pour des raisons de sécurité, le plus grand secret a entouré la préparation de cette visite. Les médias n’ont pas eux accès à certains lieux où se sont rendus M. Trudeau et son entourage. Toutefois, des photos de la visite du premier ministre à Irpin ont été publiées sur Twitter par le maire de la ville.

Cette visite s’est déroulée le jour même où des missiles russes ont pilonné la ville portuaire d’Odessa, dans le sud du pays, et où de violents combats ont eu lieu dans l’est du pays, notamment autour de Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine.

En mars, M. Trudeau s’est rendu à Varsovie, en Pologne, où il a annoncé l’application de sanctions contre des oligarques russes dans la foulée des mesures punitives adoptées après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe.

Plusieurs autres chefs de gouvernement sont allés en Ukraine en signe de solidarité depuis le début du conflit, dont le premier ministre britannique, Boris Johnson. Le chancelier fédéral d’Autriche, Karl Nehammer, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se sont également rendus dans ce pays.

La première dame des États-Unis, Jill Biden, s’est elle aussi rendue en Ukraine à l’improviste, dimanche, disant vouloir venir à l’occasion de la fête des Mères. Elle a rencontré son homologue ukrainienne Olena Zelenska près de la frontière slovaque.

Avec Radio-Canada

Canada-Ukraine: Justin Trudeau en Ukraine pour rencontrer le président Volodymyr Zelensky

mai 8, 2022
Justin Trudeau et Oleksandr Markouchine.

Le premier ministre Justin Trudeau marche en compagnie du maire d’Irpin, Oleksandr Markouchine, lors d’une visite surprise en Ukraine. Photo : AP

Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé dimanche à Irpin, en Ukraine, pour rencontrer le président Volodymyr Zelensky.

Cette visite surprise a pour but de réaffirmer notre soutien inébranlable au peuple ukrainien, a indiqué le bureau du premier ministre.

Justin Trudeau est accompagné par la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, et par la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly.Justin Trudeau en Ukraine.

Cette image fournie par le bureau du maire d’Irpin montre le premier ministre canadien Justin Trudeau en train de discuter avec le maire Oleksandr Markouchine lors d’une visite surprise dimanche. Photo : AP

M. Trudeau a également procédé à la réouverture progressive de l’ambassade du Canada à Kiev et accueilli l’ambassadeur de retour dans la capitale assiégée.

Je suis en Ukraine avec @cafreeland et @melaniejoly aujourd’hui. Nous sommes ici pour montrer notre soutien à l’Ukraine et à son peuple. Notre message au président @ZelenskyyUa et aux Ukrainiens est le suivant : le Canada sera toujours avec vous. Détails sur notre visite à venir.— Justin Trudeau (@JustinTrudeau) May 8, 2022

Cette visite a eu lieu le jour même où des missiles russes ont pilonné la ville portuaire d’Odessa, dans le sud du pays, et où de violents combats ont eu lieu dans l’est du pays, notamment autour de Kharkiv, la deuxième plus grande ville d’Ukraine.

Justin Trudeau a aussi visité la ville d’Irpin, dans la banlieue de Kiev, qui a été le théâtre de certains des combats les plus violents en mars, lorsque les forces russes ont tenté de prendre d’assaut la capitale. Il s’est rendu à Boutcha, théâtre d’un massacre attribué aux forces russes.

Pour des raisons de sécurité, le plus grand secret a entouré la préparation de cette visite. Les médias n’ont pas accès à certains lieux visités par M. Trudeau. Toutefois, des photos de sa visite Irpin ont été publiées sur Twitter par le maire de la ville.

En mars, M. Trudeau s’est rendu à Varsovie, en Pologne, où il a annoncé l’application de sanctions contre des oligarques russes dans la foulée des mesures punitives adoptées après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe.

Plusieurs autres chefs de gouvernement se sont rendus en Ukraine en signe de solidarité depuis le début du conflit, dont le premier ministre britannique Boris Johnson, le chancelier fédéral d’Autriche Karl Nehammer et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Avec Radio-Canada

Ukraine: Volodymyr Zelensky dénonce « des centaines de viols »

avril 12, 2022

Une Ukrainienne réfugiée en Pologne, lors d’une manifestation visant à dénoncer les violences commises par l’armée russe en Ukraine, à Cracovie, samedi dernier. Photo: Getty Images/Omar Marques

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé mardi « des centaines de viols » constatés dans les zones précédemment occupées par l’armée russe, « y compris sur de jeunes filles mineures et de tout petits enfants ».

Dans les zones libérées des occupants, l’enregistrement et l’enquête sur des crimes de guerre commis par la Russie se poursuivent. Presque quotidiennement, on retrouve de nouvelles fosses communes, a-t-il déclaré, s’adressant au Parlement lituanien grâce à une liaison vidéo.

Des milliers et des milliers de victimes. Des centaines de cas de tortures. On continue de retrouver des corps dans les canalisations et les caves, a-t-il poursuivi.

« Des centaines de cas de viol ont été enregistrés, y compris ceux de jeunes filles mineures et de tout petits enfants. Même d’un bébé! Cela fait peur rien que d’en parler. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Il a évoqué, sans entrer dans les détails, une vidéo envoyée, selon lui, par un parachutiste ou membre de services spéciaux russes, identifié, où l’on voit ce qu’il fait à ce bébé, comment il le torture. Cette information n’a pu être vérifiée de source indépendante.

Le président lituanien, Gitanas Nauseda, a réagi avec émotion à ces paroles. Il est tout simplement impossible d’imaginer de plus grandes horreurs : le président Zelensky a parlé aujourd’hui d’un bébé violé, a-t-il dit.

M. Zelensky a déploré, par ailleurs, que certains pays de l’Union européenne n’osent toujours pas décider quand ils vont ne serait-ce que limiter les achats d’hydrocarbures russes, en dépit des meurtres massifs à Boutcha, des déportations des populations et de la destruction préméditée de villes pacifiques par des missiles et des bombes russes.

Des témoignages rapportés par les médias corroborent les craintes d’organisations non gouvernementales (ONG), qui relèvent des indices d’utilisation du viol comme arme de guerre.

Une Ukrainienne a notamment raconté à l’Agence France-Presse avoir été violée par deux soldats russes après qu’ils ont appris qu’elle était l’épouse d’un militaire ukrainien.

Radio-Canada par Agence France-Presse

Ukraine : l’UE va discuter lundi d’un 6e paquet de sanctions contre Moscou

avril 10, 2022

Ursula von der Leyen a visité Kiev vendredi. Photo : Reuters/via le Service de Presse de la Présidence Ukrainienne

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne vont discuter lundi à Luxembourg d’un 6e paquet de sanctions contre Moscou, mais l’arrêt des achats de pétrole et de gaz pour cesser de financer l’effort de guerre russe divise les 27.

Nous venons d’imposer de lourdes sanctions à la Russie et nous sommes en train de préparer une sixième vague, a annoncé vendredi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors de sa visite à Kiev avec le chef de la diplomatie Josep Borrell.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky ne cesse de demander à tous ses interlocuteurs européens l’adoption de sanctions puissantes. Il réclame un arrêt des achats de pétrole et de gaz et la fourniture d’armes lourdes pour résister à l’offensive annoncée dans la région du Donbass (est).

Josep Borrell a annoncé son intention de lancer lundi la discussion sur un embargo pétrolier, mais une proposition formelle n’est pas sur la table, a reconnu vendredi un haut fonctionnaire européen.

« L’unanimité est nécessaire pour l’adoption des sanctions. Or on voit bien les dépendances vis-à-vis de la Russie dans plusieurs États membres. »— Une citation de  Josep Borrell, chef de la diplomatie Union européenne

L’Allemagne, l’Italie, l’Autriche et la Hongrie sont très dépendantes du gaz russe.

On ne va pas présenter quelque chose qui ne passera pas. Les propositions doivent être faites au moment opportun, a-t-il expliqué.

Depuis le début de la guerre en Ukraine fin février, le Kremlin a engrangé 27,3 milliards de dollars avec les achats de pétrole, gaz et charbon de l’Union européenneUE, selon Velina Tchakarova, directrice de l’Institut autrichien pour l’Europe et la politique de sécurité (AIES).

Financer et livrer de nouvelles armes

L’Union européenneUE a décrété un embargo sur les achats de charbon, mais leur montant est très inférieur à ceux de gaz et pétrole.

Les ministres vont en revanche valider le déblocage de 500 millions d’euros supplémentaires pour financer et livrer de nouvelles armes à Kiev, selon plusieurs diplomates de l’Union européenneUE.

Les sanctions sont importantes, mais elles ne résoudront pas le problème dans le Donbass. La bataille dans le Donbass sera décisive pour l’issue de la guerre, a souligné samedi Josep Borrell.

La Russie bombarde l’Ukraine depuis la mer à partir de navires situés hors de portée des armes ukrainiennes et les forces de Kiev ont besoin d’armes à longue portée et de davantage de véhicules blindés, a expliqué un haut responsable européen.

La Slovaquie a annoncé vendredi avoir fourni à Kiev un système de défense anti-aérien russe S-300.

Lors de leur réunion, les ministres s’entretiendront avec le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, du soutien de l’Union européenneUE aux enquêtes sur de possibles crimes de guerre en Ukraine.

Par Radio-Canada avec AFP

Des leaders de la diplomatie européenne se rendent en Ukraine

avril 8, 2022

Paris qualifie l’attaque contre la gare de Kramatorsk de « crime contre l’humanité ».

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a effectué un arrêt à Boutcha, vendredi, en Ukraine. Photo : Reuters/Valentyn Ogirenko

Pendant que les opérations de secours se poursuivaient à la gare de Kramatorsk, où deux roquettes russes se sont abattues sur des centaines de civils qui tentaient de fuir le Donbass, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, étaient de passage à Kiev.

Les leaders européens y ont rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, vendredi, afin de lui démontrer leur soutien. Mme von der Leyen a d’abord fait un détour à Boutcha, où les experts en médecine légale commençaient à extraire des corps enterrés dans les fosses communes. Des dizaines d’Ukrainiens massacrés y ont été retrouvés la semaine dernière, après le départ des troupes russes.

L’impensable s’est produit ici, a-t-elle déclaré. Nous avons vu la face cruelle de l’armée de [Vladimir] Poutine. Nous avons vu son irresponsabilité et son cynisme pendant l’occupation de la ville.

Les Ukrainiens défendent la frontière de l’Europe, défendent l’humanité, défendent la démocratie et nous les soutenons dans ce combat, a-t-elle ajouté.

Manifestement ébranlée par ce qu’elle a vu à Boutcha, Mme von der Leyen a assuré que Bruxelles aiderait l’Ukraine à prendre les mesures nécessaires pour qu’elle puisse adhérer à l’Union européenne.

La Russie va sombrer dans la décomposition économique, financière et technologique, tandis que l’Ukraine marche vers un avenir européen, a affirmé la présidente de la Commission européenne.

Le chancelier autrichien Karl Nehammer se rendra à son tour à Boutcha, samedi, avant de rencontrer M. Zelensky.

Josep Borrell a de son côté condamné avec fermeté l’attaque aveugle de [vendredi] matin par la Russie.

Cette nouvelle frappe russe a aussi été dénoncée par d’autres dirigeants européens. Les crimes de la Russie en Ukraine ne resteront pas impunis, a averti le premier ministre britannique Boris Johnson lors d’une conférence de presse.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz étaient également consternés par les récents bombardements. Le chef de la diplomatique française, Jean-Yves Le Drian, est allé plus loin en qualifiant l’assaut de crime contre l’humanité.

C’est sordide, un carnage de plus, a-t-il lancé en entrevue à la chaîne de télévision France 5. Ces crimes ne pourront pas rester impunis.

Le temps presse

Plus tôt en journée, M. Zelensky a affirmé devant le Parlement finlandais que l’Ukraine ne pouvait pas attendre davantage de nouvelles armes occidentales et qu’elle avait besoin de sanctions puissantes contre la Russie.

Pour défendre nos vies, a-t-il lancé, nous avons besoin d’armes dont disposent certains de nos partenaires de l’Union européenne.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de son récent passage à Boutcha Photo: AFP via Getty Images/Ronaldo Schemidt

La Slovaquie a répondu à son appel. En effet, le premier ministre slovaque Edouard Heger a annoncé que son pays avait fourni le système de défense aérienne S-300 à l’Ukraine pour la soutenir dans son effort de guerre contre la Russie.

Pour M. Heger, qui était aussi attendu à Kiev vendredi, ce don est une réponse de son pays à une demande d’assistance formulée par l’Ukraine dans l’exercice de la légitime défense, en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations unies.

Selon le premier ministre slovaque, ce système aidera à sauver autant d’Ukrainiens innocents que possible face à l’agression du régime de Vladimir Poutine.

Le président américain Joe Biden, qui a qualifié d’horrible atrocité l’assaut contre la gare de Kramatorsk, a salué le geste de la Slovaquie.

Boris Johnson a quant à lui annoncé la livraison d’équipements militaires de haute qualité d’une valeur de 120 millions d’euros, dont des missiles antiaériens Starstreak et 800 missiles antichars.

Le chancelier allemand Olaf Scholz et le premier ministre britannique Boris Johnson veulent mettre fin à la dépendance de leurs pays au gaz russe. Photo: Getty Images/WPA Pool

Zelensky réclame un cocktail Molotov de sanctions

Autrement, les sanctions continuent de se multiplier en Europe face à la Russie.

Les transporteurs routiers russes et bélarusses ont été frappés d’une interdiction d’opérer dans l’Union européenne, jeudi. De nouvelles exportations ont aussi été interdites vers la Russie, notamment celles de biens de haute technologie, à hauteur de 10 milliards d’euros. La liste des produits russes interdits d’importation dans l’Union européenne a également été élargie à certaines matières premières et matériaux critiques pour une valeur estimée de 5,5 milliards d’euros par an.

La Commission européenne a annoncé vendredi avoir déjà gelé 29,5 milliards d’euros d’avoirs russes et bélarusses. Ces actifs incluent des bateaux, des hélicoptères, des biens immobiliers et des œuvres d’art pour près de 6,7 milliards d’euros.

Pour sa part, le Royaume-Uni a imité Washington et Bruxelles en annonçant, vendredi, qu’il refusait l’accès à son territoire aux deux filles du président russe Vladimir Poutine et à celle du chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.

Mais le président Zelensky réclame des mesures beaucoup plus sévères pour affaiblir la Russie.

Combien de temps l’Europe peut-elle ignorer un embargo sur le pétrole russe? Combien de temps? s’est questionné le président ukrainien.

Dans le cadre de la cinquième série de sanctions contre Moscou, les représentants de l’Union européenne ont décidé, jeudi, de placer un embargo sur le charbon russe et de fermer les ports européens aux navires russes. Mais Kiev demande plus.

Nous avons besoin de sanctions puissantes et efficaces contre la Russie, des sanctions permanentes, un « cocktail de sanctions » dont on se souviendra comme les cocktails Molotov, a indiqué M. Zelensky.

Deux dirigeants européens à Kiev

La présidente de la Commission européenne et le chef de la diplomatie de l’Union européenne sont arrivés à Kiev, capitale de l’Ukraine. Les deux dirigeants vont notamment rencontrer le président Zelensky, comme nous le dit notre envoyé spécial Sylvain Desjardins.

La dépendance énergétique des pays européens face à la Russie explique la réticence de certains à boycotter le gaz russe. L’idée commence toutefois à faire son chemin.

En effet, Londres a affirmé sa volonté de mettre fin dès cette année à tout achat de pétrole et de charbon russes. Elle a appelé les Européens à en faire plus pour atteindre cet objectif.

Nous ne pouvons pas transformer nos systèmes énergétiques du jour au lendemain, mais nous savons aussi que la guerre de Poutine ne va pas se terminer du jour au lendemain, a assuré M. Johnson.

Nous faisons tout ce que nous pouvons et nous en faisons beaucoup, a affirmé de son côté M. Scholz. Nous sommes assez optimistes sur le fait que nous allons nous débarrasser de la nécessité d’importer du gaz de Russie très prochainement.

Néanmoins, les sanctions occidentales à l’égard de Moscou ont un poids réel sur l’économie russe, comme le démontrent les données dévoilées par l’agence de statistiques Rosstat. En effet, l’inflation a atteint 16,7 % en Russie au mois de mars, une augmentation de 7,6 % depuis février.

Conséquence directe des sanctions occidentales, l’inflation devrait continuer d’augmenter en Russie. Des experts prévoient qu’elle atteindra 24 % d’ici l’été.

Le Donbass dans la mire de Moscou

Le président français Emmanuel Macron a qualifié d’abominable l’attaque de vendredi contre des civils à Kramatorsk. Il s’attend toutefois à d’autres violentes frappes dans les zones séparatistes du Donbass d’ici le 9 mai, qui est la date de l’anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945.

Pour la Russie, le 9 mai est une fête nationale, un rendez-vous militaire important, et il est à peu près sûr que, pour le président Poutine, le 9 mai doit être un jour de victoire, a expliqué M. Macron.

Nous pensons aux victimes de Kramatorsk, de Boutcha, de Marioupol, de Kharkiv, a-t-il poursuivi. Partout en Ukraine, nous soutiendrons les enquêtes pour que la justice soit faite. Nous pensons aux familles qui continuent de fuir, nous les accueillerons dans notre Union, notre Union de paix.

Des réfugiés ukrainiens affluent à la gare de train de Przemysl, en Pologne. Photo: Getty Images/Jeff J MitchelI

Selon la dernière mise à jour du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), 4,38 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays depuis le début du conflit. La majeure partie d’entre eux ont trouvé refuge en Pologne, très solidaire de l’Ukraine.

À la fin mars, la Pologne a d’ailleurs expulsé 45 espions russes se faisant passer pour des diplomates. Cette mesure fait preuve d’une volonté consciente de Varsovie de détruire définitivement les relations bilatérales, a dénoncé la diplomatie russe.

En guise de représailles, la Russie a à son tour expulsé 45 diplomates polonais vendredi.

La Turquie veut des négociations

Les attaques ouvertes contre les civils en Ukraine compliquent grandement le retour à la table de négociations. C’est pourtant ce que cherche à faire la Turquie, qui veut relancer les pourparlers entre les dirigeants russes et ukrainiens.

Les images honteuses et inacceptables des corps suppliciés dans les rues de Boutcha et d’Irpin, près de Kiev, ont éclipsé les échanges diplomatiques, a reconnu jeudi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu.

Il a aussi exprimé sa grande tristesse à la suite de l’attaque sur la gare de Kramatorsk et a demandé l’ouverture urgente de couloirs d’évacuation pour les civils.

Une attaque a visé la gare de trains de Kramatorsk, dans l’est de l’Ukraine, faisant des dizaines de morts. Photo : Getty Images/Herve Bar

Malgré tout, Ankara assure que les deux pays sont toujours disposés à se réunir – et la Turquie à les accueillir – pour avancer vers une solution au conflit.

La Russie et l’Ukraine sont d’accord pour tenir des pourparlers en Turquie, mais elles restent loin de s’accorder sur un texte commun, a confirmé vendredi un responsable turc de haut niveau qui a refusé d’être nommé.

La dernière session de pourparlers directs s’est tenue le 29 mars à Istanbul et avait permis aux deux parties de discuter des questions les plus sensibles, a-t-il souligné, parmi lesquelles la neutralité de l’Ukraine.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

« Le droit de veto devient un droit de tuer », dénonce Zelensky devant l’ONU

avril 5, 2022

Le président ukrainien s’est adressé au Conseil de sécurité de l’ONU, le 5 avril 2022. Photo : AFP via Getty Images/Timothy A. Clary

Une réforme du système de sécurité internationale, c’est ce qu’a réclamé mardi le président ukrainien tandis qu’il s’adressait au Conseil de sécurité de l’ONU pour la première fois depuis l’invasion de son pays par la Russie.

Le Conseil de sécurité existe pour maintenir la sécurité. Mais où est la paix aujourd’hui? Où sont les garanties que les Nations unies sont censées apporter? a demandé Volodymyr Zelensky aux membres du Conseil réunis d’urgence – incluant la Russie – pour se pencher sur les exactions qui ont été commises à Boutcha, en banlieue de Kiev, par l’armée russe.

M. Zelensky a dénoncé la paralysie du Conseil de sécurité devant une guerre qui viole clairement l’article 1 de la Charte des Nations unies, celui-là même qui érige le maintien de la paix et la sécurité internationale comme le but premier de l’organisation.

« Aujourd’hui, la Charte est bafouée. […] Le droit de veto devient un droit de tuer. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Les crimes les plus horribles ont été perpétrés dans notre pays depuis la Seconde Guerre mondiale, a dénoncé M. Zelensky. Je m’adresse à vous au nom de ceux qui sont morts à Boutcha, qui ont pris des balles dans le dos, dans la rue, dans leurs appartements, dans leurs maisons.

D’autres ont été jetés dans un puits, certains ont été tués dans leur voiture alors qu’ils tentaient de fuir, des femmes ont été violées devant leurs enfants, on a décapité certaines personnes, a poursuivi le président ukrainien.

Tout cela a été fait par un membre du Conseil de sécurité des Nations unies.

Des cadavres dans les rues de Boutcha, près de Kiev, lors du retrait des Russes au début avril 2022. La ville était assiégée par les Russes depuis le 27 février. Photo : AFP via Getty Images/Ronaldo Schemidt

Si ça continue, on ne pourra dépendre que des armes pour assurer notre sécurité et non plus du droit international, a mis en garde M. Zelensky. Êtes-vous prêts à laisser tomber le droit international?

Le président ukrainien a ainsi réclamé une réforme du Conseil de sécurité qui permettrait d’éviter qu’un membre ne puisse bloquer des décisions concernant une intervention militaire qu’il a lui-même lancée.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et disposent d’un droit de veto sur toutes les résolutions de cette instance, la plus puissante de l’ONU.

Avec Radio-Canada par Joëlle Girard

Ukraine: Évoquant un possible génocide, l’UE discute de nouvelles sanctions contre Moscou

avril 4, 2022

Volodymyr Zelensky a visité Boutcha, où les services d’urgence continuait de rassembler les cadavres de civils tués pendant l’occupation russe, le 4 avril 2022. Photo: AFP via Getty Images/Ronaldo Schemidt

Les Européens, révoltés par les images de cadavres de civils retrouvés dans les environs de Kiev, discutent lundi d’un alourdissement des sanctions contre Moscou, accusé de « génocide » en Ukraine, mais qui nie en bloc et dénonce une provocation.

Lundi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est rendu à Boutcha, en banlieue nord-ouest de Kiev, où les services d’urgence ukrainiens continuaient d’arpenter les rues et les domiciles pour rassembler les corps de civils tués pendant l’occupation russe.

« Ce sont des crimes de guerre et ce sera reconnu par le monde comme un génocide. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Selon M. Zelensky, il est devenu plus difficile pour l’Ukraine de négocier avec la Russie à mesure qu’elle prend connaissance des atrocités commises par son armée, au fur et à mesure qu’elle se retire de la région de Kiev. Plus la Fédération de Russie fait traîner en longueur le processus de rencontres, pire ce sera pour eux, pour cette situation et pour cette guerre.

Occupée dès le 27 février par l’armée russe, Boutcha a été inaccessible pendant plus d’un mois. Les bombardements y ont cessé jeudi et les forces ukrainiennes n’ont pu complètement y pénétrer qu’il y a quelques jours. Samedi, les funestes découvertes ont commencé à faire surface.

Des cadavres dans une rue.

Le corps de civils jonchent une rue de Boutcha, en banlieue de Kiev, le 2 avril 2022, après le retrait des forces russes. Photo : Reuters/Zohra Bensemra

Le nombre total de morts reste encore incertain. Selon la procureure générale d’Ukraine Iryna Venediktova, les corps sans vie de 410 civils ont été retrouvés dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes, qui s’en sont retirées pour se redéployer vers l’est et le sud.

L’AFP a vu samedi les cadavres d’au moins 22 personnes portant des vêtements civils dans des rues à Boutcha, tuées d’une balle dans la nuque, aux dires du maire, Anatoli Fedorouk, à l’Agence France-PresseAFP.

M. Fedorouk avait par ailleurs affirmé samedi que 280 personnes avaient quant à elle dû être enterrées dans des fosses communes, car elles ne pouvaient être inhumées dans les cimetières communaux, tous à portée des tirs russes pendant les combats.

Anatoli Fedorouk, maire de Boutcha, explique que des civils ont aussi dû être enterrés en masse dans des fosses en raison des tirs russes près des cimetières. Photo : AFP via Getty Images/Sergei Supinsky

Exclure la Russie du Conseil des droits de l’homme

Se disant horrifiée, la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a déclaré lundi que la découverte de cadavres de civils à Boutcha, en Ukraine, faisait naître des soupçons de crimes de guerre.

Toutes les mesures doivent être prises pour préserver les preuves, a-t-elle ajouté. Il est essentiel que tous les efforts soient entrepris pour garantir des enquêtes indépendantes et efficaces sur ce qui s’est passé à Boutcha afin de garantir la vérité, la justice et la responsabilité, ainsi que des réparations et des recours pour les victimes et leurs familles.

Les États-Unis ont annoncé lundi qu’ils allaient tenter d’obtenir la suspension de la Russie du Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations uniesONU. Nous ne pouvons pas laisser un État membre qui est en train de saper tous les principes qui nous tiennent à coeur participer au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a tweeté l’ambassadrice Linda Thomas-Greenfield.

On ne peut pas laisser la Russie utiliser son siège au Conseil comme outil de propagande lui permettant de suggérer qu’elle a une préoccupation légitime au sujet des droits de la personne, a-t-elle ajouté.

De son côté, la Russie nie les accusations de l’Ukraine et de ses alliés et affirme que les multiples photographies et vidéos de Boutcha ne sont qu’une provocation et une mise en scène ukrainienne, orchestrée par les États-Unis.

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a pour sa part appelé lundi à créer une commission d’enquête internationale sur le génocide commis selon lui par l’armée russe à Boutcha. Ces massacres sanglants commis par des Russes, des soldats russes, méritent d’être appelés par leur nom. C’est un génocide, et il doit être jugé, a déclaré à la presse Mateusz Morawiecki. C’est pourquoi nous proposons de mettre en place une commission internationale pour enquêter sur ce crime de génocide.

Le pétrole russe divise l’Europe

La Commission européenne prépare un nouvel ensemble de sanctions contre la Russie en raison de son offensive militaire en Ukraine et n’exclut pas de proposer aux pays membres de l’Union européenneUE un embargo sur le pétrole russe, a déclaré lundi Valdis Dombrovskis, vice-président de l’exécutif européen.

Très clairement, en tant qu’Union européenne, nous devons en faire davantage pour mettre fin à cette guerre et à ces atrocités, a dit Valdis Dombrovskis à son arrivée à une réunion des ministres des Finances de l’Union européenneUE à Luxembourg.

La Commission prépare déjà le prochain paquet de sanctions et j’espère que les États membres seront en mesure de prendre des décisions sur de prochaines mesures ambitieuses en ce qui concerne les sanctions. Nous devons accentuer la pression sur la Russie et nous devons accentuer notre soutien à l’Ukraine, a-t-il ajouté.

À la question de savoir si un embargo sur le pétrole russe pourrait figurer dans ce nouveau train de sanctions, Valdis Dombrovskis a répondu : En ce qui concerne la Commission, rien n’est exclu.

L’Union européenneUE importe environ 40 % de son pétrole et de son gaz de Russie. Elle prévoit déjà réduire du deux tiers sa dépendance à l’énergie russe d’ici la fin de l’année, et s’en défaire complètement d’ici 2030.

L’Allemagne, l’un des pays d’Europe les plus dépendants de l’énergie russe, continue toutefois d’exclure de frapper le secteur gazier russe.

Nous devons envisager de dures sanctions, mais à court terme, les livraisons de gaz russe ne sont pas substituables et les interrompre nous nuirait plus qu’à la Russie, a déclaré le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, avant la réunion avec ses homologues lundi.

Le président français Emmanuel Macron a quant à lui évoqué lundi des sanctions individuelles et des mesures sur le charbon et le pétrole, mais il n’a pas mentionné les achats de gaz.

Par Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Après 32 jours de guerre, le président de l’Ukraine accuse l’Occident de lâcheté

mars 27, 2022

Pour Volodymyr Zelensky, les gouvernements occidentaux ont peur de prendre une décision contre Poutine. Photo : Getty Images/Sergei Supinsky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé l’Occident de lâcheté au moment où son pays se bat pour repousser l’armée russe depuis un mois. Il a lancé un appel exaspéré pour obtenir des avions de chasse et des chars d’assaut afin de soutenir la résistance ukrainienne devant l’envahisseur.

M. Zelensky s’est exprimé ainsi après que le président américain Joe Biden eut déclaré dans un discours que le président russe Vladimir Poutine ne pouvait pas rester au pouvoir, des mots que la Maison-Blanche a immédiatement cherché à minimiser.

Le président ukrainien a dénoncé dimanche le ping-pong de l’Occident quant à la manière de livrer des avions et d’autres armes tandis que les attaques de missiles russes font des victimes et piègent des civils.

J’ai parlé avec ceux qui défendent Marioupol aujourd’hui. Je suis en contact constant avec eux. Leur détermination, leur héroïsme et leur fermeté sont étonnants a affirmé M. Zelensky dans une vidéo, faisant ainsi référence à la ville du sud assiégée qui a subi certaines des plus grandes privations et des pires horreurs de la guerre.

Si seulement ceux qui ont réfléchi pendant 31 jours à la façon de livrer des dizaines d’avions de chasse et de chars avaient 1 % de leur courage, a-t-il laissé tomber en laissant le reste de sa phrase en suspens pour témoigner de son exaspération face à l’aide réclamée.

L’ambassadrice de l’Ukraine aux États-Unis, Oksana Markarova, a été plus nuancée dans ses propos lorsqu’elle est passée en entrevue à l’émission Meet the Press de la chaîne de télévision américaine NBC, soulignant plutôt que son pays avait entendu le président Biden haut et fort.

Maintenant, c’est à nous tous d’arrêter Poutine alors que c’est encore concentré en Ukraine, parce que cette guerre ne concerne pas uniquement l’Ukraine. C’est une attaque contre la démocratie, a-t-elle affirmé.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en est à son 32e jour. Les forces russes, qui avaient pour objectif d’encercler rapidement la capitale, Kiev, et de forcer sa reddition, ont échoué face à une résistance ukrainienne acharnée, soutenue par des armes des États-Unis et d’autres alliés occidentaux.

Pour sa part, le ministère britannique de la Défense a dit constater que les troupes russes tentent d’encercler les forces ukrainiennes en face de deux zones séparatistes, prorusses, à l’est du pays, ce qui couperait cette partie de l’armée ukrainienne du reste du pays.

Vers l’intégration d’une république séparatiste?

Moscou convoite la région contestée du Donbass, partiellement contrôlée par les séparatistes soutenus par la Russie depuis 2014.

Leonid Pasetchnik, le chef de la République populaire autoproclamée de Lougansk, a déclaré dimanche qu’il prévoyait organiser un référendum sur l’adhésion à la Russie dans les meilleurs délais.

La Russie soutient les rebelles séparatistes de Lougansk et dans la région voisine de Donetsk depuis qu’une insurrection y a éclaté peu après que Moscou eut annexé la péninsule de Crimée, en 2014. Dans les pourparlers avec l’Ukraine, Moscou a exigé que Kiev reconnaisse l’indépendance de Donetsk et de Lougansk.

Le chef du renseignement militaire ukrainien, Kyrylo Budanov, a accusé la Russie de chercher à diviser l’Ukraine en deux, comme la Corée du Nord et du Sud.

Ils tenteront de réunir les territoires occupés dans une structure quasi étatique unique et de les opposer à l’Ukraine indépendante, a déclaré M. Budanov dans un communiqué publié par le ministère de la Défense. Il a prédit que la guérilla des Ukrainiens fera dérailler de tels plans.

L’Ukraine dit que pour vaincre la Russie, l’Occident doit fournir des avions de chasse et pas seulement des missiles et d’autres équipements militaires. Une proposition de transfert d’avions polonais vers l’Ukraine via les États-Unis a été abandonnée au milieu des préoccupations de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN d’être entraînée dans des combats directs avec la Russie.

Dans ses remarques, M. Zelensky a accusé les gouvernements occidentaux d’avoir peur de simplement prendre une décision.

Qui est responsable de la communauté euroatlantique? Est-ce encore Moscou, grâce à ses tactiques alarmistes ? a-t-il demandé.

Nos partenaires doivent intensifier leur aide à l’Ukraine, a affirmé le président Zelensky.

La Russie poursuit ses bombardements

Pendant ce temps, le porte-parole du ministère russe de la Défense, le major général Igor Konachenkov, a confirmé que la Russie a utilisé des missiles de croisière pour frapper un dépôt de carburant et une usine de défense à Lviv, à environ 75 kilomètres de la frontière polonaise. Il a déclaré qu’une autre frappe avec des missiles lancés par la mer a détruit un dépôt à Plesetske, juste à l’ouest de Kiev, où l’Ukraine a stocké des missiles de défense aérienne.

Une odeur de produits chimiques persistait à Lviv dimanche alors que les pompiers braquaient leurs boyaux vers les flammes et que de la fumée noire s’élevait des réservoirs de stockage de pétrole.

Un gardien de sécurité, Yaroslav Prokopiv, soutient avoir vu trois roquettes détruire deux réservoirs de pétrole.

Ces frappes aériennes de la Russie ont secoué une ville devenue un refuge pour environ 200 000 personnes qui ont fui les régions bombardées. Lviv, qui a été en grande partie épargnée par les bombardements, a également été une voie de passage pour la plupart des 3,8 millions de réfugiés qui ont quitté l’Ukraine depuis l’invasion de la Russie, le 24 février.

Dans sa plus récente vidéo, le président Zelensky avertit Moscou avec colère qu’il sème une haine profonde pour la Russie parmi les Ukrainiens.

Vous faites tout pour que notre peuple abandonne lui-même la langue russe puisque celle-ci sera désormais associée à vos explosions, à vos meurtres et à vos crimes, a affirmé M. Zelenskyy.

Avec les millions de personnes qui ont fui l’Ukraine, l’invasion a chassé plus de 10 millions de personnes de leurs foyers, soit près du quart de la population ukrainienne. Des milliers de civils auraient été tués.

Alors que la progression de la Russie sur Kiev est au point mort, les combats ont fait rage dans les faubourgs. Les tirs de missiles sur la ville ont ébranlé la cathédrale Sainte-Sophie, un site du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la cultureUNESCO vieux de 1000 ans qui est le cœur de l’identité nationale et spirituelle ukrainienne.

Vadim Kyrylenko, un ingénieur et haut dirigeant de l’endroit, a montré du doigt les dômes dorés de la cathédrale. Il a raconté que la croix du sommet au centre de l’église s’était renversée un mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale.

La croix à gauche est tombée un mois avant cette guerre, a-t-il précisé.

Avec Radio-Canada par Associated Press

Ukraine: 21 morts dans une frappe russe, Zelensky implore d’aider à « arrêter cette guerre »

mars 17, 2022

Le président ukrainien a imploré les Occidentaux d’aider à « arrêter cette guerre », au moment où une frappe russe faisait au moins 21 morts dans l’est de l’Ukraine, après trois semaines d’une offensive de Moscou qui ne donne aucun signe de répit malgré la poursuite de pourparlers.

« Un peuple est en train d’être détruit en Europe », a lancé Volodymyr Zelensky, s’adressant par visioconférence au Bundestag depuis la capitale ukrainienne bombardée. « Aidez-nous à arrêter cette guerre ! », et à détruire le nouveau « mur » que veut imposer Moscou, a-t-il ajouté, ovationné par les députés allemands.

L’Ukraine vit depuis trois semaine au rythme des annonces de frappes russes meurtrières sur ses villes, qu’elle accuse le Kremlin de viser à dessein. Dernière en date, une frappe d’artillerie a fait au moins 21 morts jeudi matin à Merefa, près de la ville assiégée de Kharkiv (est).

« Une école et un centre culturel ont été détruits. 21 personnes ont été tuées et 25 blessées dont 10 sont dans un état grave », a annoncé le parquet régional.

Les regards étaient également tournés jeudi vers Marioupol, ville portuaire du sud-est assiégée et où Volodymyr Zelensky a accusé mercredi l’aviation russe d’avoir « sciemment » bombardé un théâtre où étaient réfugiés des centaines d’habitants.

« Le monde doit finalement admettre que la Russie est devenue un Etat terroriste », avait-il ajouté.

La mairie de ce port stratégique sur la mer d’Azov a affirmé que « plus d’un millier » de personnes se trouvaient dans un abri antiaérien situé dans le théâtre.

Un député, Serguiï Tarouta, a affirmé sur Facebook que des gens sortaient vivants des décombres, l’abri sous le théâtre ayant tenu.

Jeudi matin, le Parquet général d’Ukraine a indiqué qu’il était pour l’instant « impossible d’établir le nombre exact de victimes car des bombardements se poursuivent en permanence ».

Selon lui, « il y a des informations » sur des « blessés dont des enfants ». Sur une photo du théâtre prise lundi et publiée mercredi par la société d’imagerie satellitaire américaine Maxar, est bien visible depuis le ciel le mot « enfants » écrit au sol en russe en immenses lettres blanches, devant et derrière le théâtre.

La Russie a affirmé ne pas avoir bombardé la ville, et que l’immeuble avait été détruit par le bataillon nationaliste ukrainien Azov.

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué de son côté manquer d’informations et ne pas pouvoir « exclure la possibilité d’une cible militaire ukrainienne dans la zone du théâtre », qui abritait « au moins 500 civils ».

Plus de 2.100 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre à Marioupol, selon les Ukrainiens. Des personnes ayant réussi à fuir la ville ces derniers jours pour Zaporojie, plus à l’ouest, ont raconté avoir fait fondre de la neige pour boire et cuire le peu de nourriture disponible sur des braseros.

« Ils tirent tellement de roquettes, il y a beaucoup de corps de civils morts dans les rues », a raconté à l’AFP Tamara Kavounenko, 58 ans, qui vivait dans le centre-ville.

Aide militaire massive

A Washington, répondant à une journaliste, le président américain Joe Biden a accusé son homologue russe Vladimir Poutine d’être « un criminel de guerre ».

Des propos « inacceptables et impardonnables », a répliqué le Kremlin.

Auparavant, M. Biden avait confirmé mercredi que son pays fournirait à Kiev 800 millions de dollars de plus d’aide militaire, soit une enveloppe d’un milliard de dollars en une semaine.

Il a aussi indiqué que Washington allait aider l’Ukraine à se doter de systèmes de défense antiaérienne supplémentaires et de plus longue portée.

Ses annonces sont intervenues peu après que M. Zelensky eut lancé un appel à l’aide devant le Congrès américain.

Bombardements meurtriers

Cette assistance militaire doit aider Kiev à continuer à résister aux forces russes.

Depuis le début de l’invasion russe le 24 février, ces dernières n’ont encore revendiqué la prise d’aucune grande ville ukrainienne, même si elles ont nettement progressé dans le sud et semblent avancer dans l’est du pays.

Selon HRW, les forces russes ont notamment utilisé des bombes à sous-munitions les 7, 11 et 13 mars, sur la ville de Mykolaïv, proche d’Odessa. Neuf personnes sont mortes le 13 mars, qui faisaient la queue à un distributeur, selon l’organisation.

Au nord de Kiev, à Tcherniguiv, dix personnes qui attendaient pour acheter du pain sont mortes lorsque des forces russes ont ouvert le feu, a affirmé mercredi le Parquet général ukrainien. Moscou a démenti, accusant là aussi des « nationalistes ukrainiens ».

Selon le gouverneur militaire régional, 53 corps au total ont été amenés à la morgue mercredi.

Les bombardements se poursuivent aussi sur Kharkiv, deuxième ville du pays, où au moins 500 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre.

A Kiev, une frappe sur un immeuble a tué une personne jeudi à l’aube.

« J’ai entendu un sifflement, et mon mari m’a appelée en criant. On habite au rez-de-chaussée, les fenêtres se brisaient. Le principal, c’est qu’on soit vivant », a dit à l’AFP Iryna Voïnovska, 55 ans, en sanglots. « Malheureusement, une femme est morte au 16e étage, écrasée par une gazinière ».

La capitale reprenait lentement vie jeudi matin après la levée d’un couvre-feu imposé depuis mardi soir.

Mais les rues, ponctuées de points de contrôle et de sacs de sable, restaient quasiment désertes. La ville s’est vidée d’au moins la moitié de ses 3,5 millions habitants.

Aucun bilan global n’a jamais été fourni, même si le président Zelensky a mentionné le 12 mars la mort d' »environ 1.300″ militaires ukrainiens, tandis que Moscou a rapporté près de 500 morts dans ses rangs le 2 mars.

Cent-huit enfants ont été tués et 120 blessés dans le pays depuis l’invasion russe, a indiqué jeudi le Parquet général ukrainien.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) dénonce en particulier les nombreuses frappes sur des infrastructures de santé.

Plus de trois millions d’Ukrainiens ont déjà pris les routes de l’exil, en grande majorité vers la Pologne. Des milliers d’entre eux poursuivent leur voyage vers d’autres pays, comme la Suède: Stockholm estime qu’ils arrivent au rythme de près de 4.000 personnes par jour, et n’exclut pas d’en recevoir jusqu’à 200.000.

Dans ce contexte, la Cour internationale de justice (CIJ), plus haut tribunal de l’ONU, a ordonné mercredi à Moscou d’immédiatement interrompre ses opérations militaires.

Décision balayée jeudi par le Kremlin. Vladimir Poutine a martelé mercredi dans un discours que l’offensive était « un succès », et comparé les sanctions occidentales à « un blitzkrieg » contre la Russie.

Revenant sur le discours très dur du président russe, son porte-parole Dmitri Peskov a affirmé jeudi que la « majorité écrasante » des Russes soutenaient la ligne décidée par Vladimir Poutine.

Les autres sont des « traîtres », et le conflit les révèle, permettant une « purification » de la société, a-t-il ajouté, alors que nombre de Russes opposés au Kremlin ont quitté le pays depuis le début de l’offensive.

« Accord de sécurité collective »

Malgré la détermination qu’affichent les deux camps, des pourparlers se poursuivent en parallèle par visioconférence au niveau de délégations.

Le minisre turc des Afaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, en visite à Lviv dans l’ouest de l’Ukraine, a indiqué que Kiev avait « fait une offre sur l’accord de sécurité collective: P5 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, ndlr), plus Turquie et Allemagne ».

« Lors de mes contacts à Moscou hier, j’ai vu que la Fédération de Russie n’y voyait aucune objection et qu’elle pouvait accepter une telle offre », a précisé le ministre qui a rencontré mercredi à Moscou le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

La veille, l’Ukraine avait rejeté la proposition russe d’un simple statut de pays neutre, exigeant des « garanties de sécurité absolues ».

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a de son côté accusé Moscou de « faire semblant de négocier », tout en continuant à faire parler les armes ».

Le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l’Albanie, la France, la Norvège et l’Irlande ont demandé une nouvelle réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU jeudi après-midi.

La guerre en Ukraine pourrait coûter un point à la croissance mondiale en un an si ses effets se prolongent sur les marchés énergétiques et financiers, et pousser l’inflation d’environ 2,5 points supplémentaires, a estimé l’OCDE.

Par Le Point avec AFP