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La dépouille de Willy Matsanga a failli être dérobée

octobre 26, 2014

Que s’est-il passé mercredi 23 octobre 2014 au reposoir du CHU d’Orléans autour de la dépouille de Willy Matsanga ? Horreur ! C’est une scène digne des films de science-fiction sur fond de révolte populaire que nous rapporte une vidéo sur Youtube. Diable ! On parle de vol de dépouille à connotations magico-religieuses. Quand on sait que désormais les représentations du pouvoir politique établissent un commerce avec le macabre, il y a de quoi, en effet, se poser des questions sur la petite scène qui s’est déroulée autour de la dépouille de l’honorable Willy. Voici les faits dans leur angoissante morbidité.

Le matin des magiciens

Déjà peu après l’annonce du décès du célèbre député, un sinistre bruit s’était répandu selon lequel des hommes mal intentionnés avaient projeté de lever (d’enlever ?) le corps de l’élu du peuple de Kisoundi à l’insu de sa famille et amis. Dans quel but ? C’est-ici qu’on bascule dans ce que Louis Pauwels aurait appelé « Le matin des magiciens ». Pourquoi dépouiller une famille de la…dépouille de son parent ? La réponse à cet incroyable acte paranormal sera fournie par l’imagination très fertile des Congolais. Willy Matsanga aurait, semble-t-il, laissé un testament verbal dans lequel il mettait en garde ses amis. « Ne laissez pas le Pouvoir s’emparer de mes restes mortuaires de peur que mes fétiches ne renforcent la puissance de mes adversaires » aurait recommandé l’ancien milicien de Sassou sur son lit de mort tout en prévoyant, une fois, lui mort, un destin pénible à ses frères d’armes, orphelins de sa personne. Diantre !

Fort des dernières volontés du mort, amis et parents organisent alors une ronde plus ou moins tacite autour du CHU d’Orléans La Source. Voilà qui explique la vigilance parentale qui se met en place jusqu’au mercredi noir où on voit, sur la vidéo Youtube, une foule de Congolais en bute à un cordon de CRS à la sortie de la morgue.

Scénario de film d’épouvante

Gageons que Hollywood qui a produit Dracula aurait été intéressé par la complexité de ce scénario d’horreur. La foule en émoi tente d’organiser la résistance. Une psychose mêlée de délires alimentés par la représentation de la mort dans la société africaine s’installe. On parle de franc-maçonnerie, on évoque une probable émasculation du mort (par les amis du disparu ) afin d’éviter que l’ennemi ne s’empare de ses parties génitales car, paraît-il, les organes sont précieux dans la magie noire. La logique mystique l’emporte sur la logique scientifique. Au secours Descartes ! A l’aide Karl Popper ! Où êtes-vous Gaston Bachelard ! Le Moyen-âge revient !

Tati veut le corps

Le psychodrame prend de l’ampleur lorsqu’un véhicule des pompes funèbres immatriculé dans le 95 fait son entrée en scène. « C’est Tati !  » reconnaît une partie de la foule de parents et amis. Pour la petite histoire, Tati est l’embaumeur attitré des macchabées congolais. Ce spécialiste des toilettes funèbres aurait signé une convention avec l’Ambassade du Congo de la rue Paul Valéry à Paris. La paranoïa va plus loin. Il se suppute que ce croque-mort congolais serait de mèche avec « Brazzaville » quand il s’agit de rites magiques autour des dépouilles des hommes réputés forts de leur vivant. Et en l’occurrence le corps de Willy Matsanga était métaphysiquement intéressant au plus haut point pour « Brazzaville  ».

Aussi, lorsque le public, devenu hystérique, hurle : « C’est Tati  », cela corrobore la thèse nécrophile de la récupération du cadavre de Willy Matsanga par le régime de Brazzaville.

https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=XtsgS_VMQp4

Présence ambiguë de la police

Aussitôt les amis du défunt s’emploient immédiatement de barrer le passage du corbillard avec un véhicule. On ne sait pas si le corbillard de Tati convoie ou non la bière de Matsanga. Les CRS disent « non  ». Alors pourquoi la police est-elle là ? « On veut voir le corps ! » exigent la veuve, la famille et les amis. Un gendarme essaie de convaincre la foule qu’il s’agit d’autre chose que d’un kidnapping de dépouille. Rien à faire. La conviction du public est faite : il y a une cabale qui se fomente depuis Brazzaville avec la complicité des pompes funèbres.

Sapeurs et miliciens en tenue d’apparat

La foule est composée de sapeurs, femmes et hommes, de femmes en deuil, d’hommes vêtus de treillis militaires. Sont-ce des miliciens Ninjas ? Une légende qui est vraie dit que Willy Matsanga, dans ses moments de bonté, a fait voyager beaucoup de Congolais désœuvrés vers Paris. Reconnaissants, ceux-ci ont témoigné leur solidarité au disparu, au point de gommer tout le capital de nuisances mortelles que le jugement moral lui reproche.

On parle lari dans le public. Aucune autre langue n’est de mise dans la foule rassemblée face au catafalque supposé de Anicet Pandou dit « Ya Mazas. »

Ultime victoire de Willy

Comme il n’y a pas d’échauffourées il semble que le public obtient gain de cause. Exit Tati. La dépouille de Willy Matsanga sera rapatriée à Brazzaville, selon un SMS, dimanche 26 octobre 2014 par les soins de la famille, parents et amis qui se seraient « cotisés ». En attendant, ie retour au pays parents et amis auraient continué à faire le guet dans les bars d’Orléans. Une fois de plus Willy Matsanga a fait mouche dans cette bataille d’outre-tombe, ultime bataille avant celle qu’il livrera avec Dieu et St-Pierre. Et au moment où nous mettons en ligne, le corps repose en région parisienne.

Le crépuscule des magiciens

A Brazzaville, à en croire Brazza News, le régime aurait décidé de faire du décès du député Willy Matsanga un « non-évènement ». C’est tout de même paradoxal quand on a vu que d’un côté la maison Tati, au point de se faire incendier, a pris le risque de transgresser des tabous de la mort pour le compte, pense-t-on, de « Brazzaville » alors que, de l’autre, Mpila clame qu’il est fauché comme un rat d’Eglise.

Quelle sera la réaction de ses frères d’armes à Kinsoundi lorsque le cortège funèbre arrivera à Mavoula ? Ca c’est une autre paire de manches. Le cadavre de Willy Matsanga n’a pas fini de parler et de faire parler de lui. Le « crépuscule des magiciens  » (pour parodier Louis Pauwels) sera lugubre à Brazzaville au retour de l’enfant terrible du Pool lundi 27 octobre 2014.

Congopage.com par Simon Mavoula

Congo: Mort de Willy Matsanga à Orléans

octobre 10, 2014

Nous avons appris de source sûre la mort d’Anicet Wilfrid Pandou dit Willy Matsanga survenue ce 9 octobre 2014. Donné pour mort depuis mois par une rumeur persistante, le personnage renvoyait une image mitigée dans l’imaginaire congolais.

Bien qu’élu à Brazzaville, W. Matsanga serait mort à l’hôpital de La Source à Orléans où il résidait avec sa famille. Député de Kinsoundi (Brazzaville) Willy Matsanga s’est illustré dans les différentes guerres civiles dont le Congo-Brazzaville a été le théâtre entre 1997 et 1999.

Le disparu a laissé derrière lui un monde divisé en deux camps : celui de ceux qui l’admiraient et celui de ceux qui le haïssaient à mort.

Pour les premiers, Willy Matsanga fut un apôtre du social. Son domicile de Kinsoundi ne désemplissait jamais. Les cas sociaux faisaient le siège de sa maison. Sacs de riz, huile, haricots étaient distribués par ses soins. Ordonnances médicales de nombre de ses électeurs étaient payées par le député. « Le quartier d’abord » : tel était son slogan.

Pour les seconds c’est un suppôt de Satan que Dieu vient de rappeler à lui. On ne compte pas le nombre de Congolais que Willy Matsanga a expédiés dans l’au-delà. « Dommage qu’il ait échappé à la justice des hommes » disent en chœur ses ennemis sur les réseaux sociaux.

Dédoublement de la personnalité

Somme toute Willy Matsanga avait deux personnalités incarnant respectivement le bien et le mal. On le disait à la fois philanthrope et cruel.

La première personnalité semblait étouffée par la deuxième.

En cela, il n’était point différent de tous ses pairs qui ont semé désordre et désolation dans le Congo des années 90. Par exemple, pendant qu’une bonne partie du Congo rêve d’un destin funèbre pour nombre de chefs Cobras et Ninjas impliqués soit dans les disparitions du Beach soit dans les exactions dans la région du Pool, une autre moitié est prête à témoigner en faveur des agents politiques comme Jean-François Ndenguet ou Frédéric Bitsangou alias le Révérend Ntoumi.

Congopage.com par Simon Mavoula