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Dernier hommage à la très populaire Winnie Mandela, « rempart » contre l’aprtheid

avril 14, 2018

Des milliers de personnes ont assisté au retour de la dépouille de Winnie Mandela à Soweto le 13 avril 2018, à la veille de ses funérailles / © AFP / MUJAHID SAFODIEN

Des dizaines de milliers de personnes ont rendu un dernier hommage samedi, dans le township sud-africain de Soweto, à Winnie Madikizela-Mandela, l’égérie populaire mais controversée de la lutte contre l’apartheid.

La cérémonie organisée dans le stade d’Orlando plein à craquer conclut dix jours de deuil national décrétés en souvenir de celle qui est surnommée le « roc », « la Mère de la nation », la « libératrice » ou encore l' »héroïne », décédée le 2 avril à 81 ans des suites d’une longue maladie.

« C’est ma mère qui a gardé vivante la mémoire de mon père » Nelson Mandela pendant ses 27 années de détention avant qu’il ne devienne président en 1994, a rappelé sa fille aînée, Zenani Mandela-Dlamini, entre les « Viva Winnie, Viva » de la foule.

C’est elle qui « a gardé son nom sur les lèvres des gens, qui a gardé sa mémoire dans le coeur de gens », a-t-elle ajouté, devant le cercueil recouvert d’un drapeau de l’Afrique du Sud et posé au centre du stade.

Zenani Mandela-Dlamini a profité de son discours pour s’en prendre violemment à ceux qui ont « diabolisé » l’image de sa mère, elle qui a combattu et « triomphé » de « l’un des régimes les plus puissants et cruels du siècle dernier ».

« Pourquoi ne pas avoir fait de même pour ses homologues masculins et rappeler au monde les nombreux crimes qu’ils ont commis avant d’être appelés saints », a-t-elle dénoncé, regrettant la différence de traitement entre hommes et femmes.

Winnie Mandela a été mise en cause dans les exactions commises par sa garde rapprochée, le « Mandela United Football Club », qui a fait régner la terreur à Soweto à la fin des années 80.

Révolutionnaire

Elle a été condamnée en appel à deux ans de prison avec sursis et une amende pour l’enlèvement en 1988 de quatre jeunes hommes, dont l’un, Stompei Seipei, est ensuite décédé.

Près d’un quart de siècle après la fin officielle de l’apartheid en 1994, les motivations de ce groupe restent toujours mystérieuses. Selon un ancien policier repenti, le régime blanc l’avait infiltré.

« Rempart » contre l’apartheid, Winnie Mandela a « montré le chemin dans les périodes les plus difficiles », a pour sa part salué le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

« Alors que nous lui disons adieu, nous devons reconnaître que trop souvent (…) nous n’étions pas à ses côtés », a-t-il concédé. « Je suis désolé Mama que ton organisation (le Congrès national africain, ANC, au pouvoir) ait tardé à t’honorer comme il se doit. »

Pendant les vingt-sept années de détention de Nelson Mandela, Winnie Madikizela Mandela a entretenu la flamme de la résistance à l’apartheid, malgré les tortures, la solitude, les humiliations et les séjours en prison.

Dans une veine similaire, Julius Malema, le chef du parti de la gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF), très proche de Winnie Mandela, a dénoncé ceux qui ont trahi Winnie Mandela et la pleurent aujourd’hui.

Elle est restée « révolutionnaire » jusqu’à sa mort, « elle ne s’est jamais fait acheter », a-t-il lancé entre de nombreux chants de lutte entonnés par le stade.

Dans les tribunes, les admirateurs de « Mama Winnie » sont venus nombreux célébrer son héritage.

Pars en paix

Elle « s’est battue pour notre liberté. C’est essentiel de lui rendre hommage », a expliqué à l’AFP Mufunwa Muhadi, 31 ans, vêtue de noir et d’une coiffe colorée, la tenue choisie par de nombreuses Sud-Africaines pour rendre hommage à leur « héroïne ».

« Elle était un de nos meilleurs soldats. Elle s’est battue du début à la fin. Pars en paix Maman. Tu as joué ton rôle », a salué un autre spectateur en deuil, Brian Magqaza, 53 ans.

L’un des très rares Blancs dans le stade, Cullen Butler, 27 ans, a rendu hommage à celle qui « nous a enseignés à rester fidèles à nos convictions ».

Plusieurs dirigeants étrangers, dont les chefs d’Etat congolais Denis Sassou Nguesso et namibien Hage Geingob, avaient fait le déplacement en Afrique du Sud. Jesse Jackson, militant emblématique des droits civiques aux États-Unis, et la top model britannique Naomi Campbell aussi.

La fin de la cérémonie a coïncidé avec le début d’un violent orage, interprété par la foule comme une bénédiction.

Le cortège funéraire s’est ensuite dirigé vers le cimetière de Fourways, un quartier résidentiel de Johannesburg, où l’égérie doit être enterrée aux côtés d’une de ses petites-filles.

Il était précédé de plusieurs dizaines des sympathisants de Winnie Mandela dansant sous une pluie battante.

Romandie.com avec(©AFP / 14 avril 2018 15h32)                

L’Afrique du Sud célèbre à nouveau « Mama » Winnie Mandela

avril 11, 2018

Une des participantes à l’hommage national rendu à Winnie Mandela, ex-épouse de Nelson Mandela, dans le stade d’Orlando à Soweto le 11 avril 2018 / © AFP / GIANLUIGI GUERCIA

Des milliers de Sud-Africains ont rendu mercredi dans un stade du township de Soweto un nouvel hommage populaire et ému à l’icône controversée de la lutte anti-apartheid Winnie Mandela, ancienne épouse du président Nelson Mandela.

« Elle était une femme extraordinaire, une mère, un soldat, une combattante (…), je pensais qu’elle vivrait pour l’éternité », a lancé à la foule un de ses nombreux petits-enfants, Bambatha Mandela.

Incarnation avec son ex-mari, de la lutte de « libération » de la majorité noire du pays contre la ségrégation raciale, Winnie Madikizela Mandela est décédée le 2 avril à l’âge de 81 ans des suites « d’une longue maladie ».

L’Afrique du Sud a décrété un deuil national jusqu’à samedi, date de ses funérailles officielles.

Comme en répétition de ce grand rassemblement qui sera présidé par le chef de l’Etat Cyril Ramaphosa, une première cérémonie officielle s’est déroulée mercredi dans le stade emblématique d’Orlando, un des quartiers de Soweto.

Au contraire de la plupart de ses compagnons de lutte, la « Mère de la nation », ainsi qu’elle est surnommée, avait choisi de continuer à vivre dans ce township pauvre de Johannesburg, où elle avait rencontré Nelson Mandela en 1957 à un arrêt de bus.

« Elle aurait pu déménager pour les banlieues, comme beaucoup d’entre nous, mais elle a choisi de ne pas le faire », a rappelé à la tribune son petit-fils Bambatha.

« Je ne pense pas vouloir me lever au milieu de mes ennemis », avait-elle coutume de dire, a-t-il rappelé.

– ‘Irremplaçable’ –

Pendant les vingt-sept années d’emprisonnement de Nelson Mandela, « Mama Winnie » est devenue l’égérie de la lutte anti-apartheid. Longtemps seule, elle a résisté aux persécutions du régime, gardes à vue, assignations à résidence ou agressions.

Sa photo, main dans la main avec Nelson lors de sa sortie du pénitencier de Robben Island en 1990, a symbolisé la victoire du Congrès national africain (ANC) sur le régime blanc de Pretoria.

« Je me souviens d’elle. J’étais là en 1974 quand elle venait dans les écoles et nous disait qu’il fallait manifester », a raconté à l’AFP un des spectateurs, Lilian Motgung, venu en voisin du quartier de Zakariyya Park. « Pour nous, elle était une héroïne ».

« Je ne sais pas où va aller l’Afrique du Sud sans elle, personne ne pourra la remplacer », s’est inquiété un prêtre, John Moletsane.

Au milieu des chants et d’un océan de drapeaux vert, jaune et noir de l’ANC, proches, militants et dirigeants politiques se sont succédé à la tribune du stade pour célébrer sa mémoire.

« Je me souviens du jour où nous avons été arrêtées », a rappelé Rita Ndzanga, soulevant un tonnerre d’applaudissements.

« Longue vie à l’esprit de combat de Mama Winnie Madikizela-Mandela ! », « Viva Soweto! » ont repris en coeur le maître de cérémonie et les milliers de spectateurs.

Le vice-président sud-africain David Mabuza a conclu la cérémonie par un éloge grandiloquent. « Tu es le porte-drapeau de notre libération », a-t-il souligné, « même si nous ne te voyons plus, la forteresse noire de la dignité humaine ne pourra pas disparaître du coeur saignant de l’Afrique ».

– ‘Diabolisée’ –

Dans ce concert de louanges, il n’a pas été question de l’autre « Winnie », celle qui s’est attirée la réprobation de certains de ses compagnons de route pour ses appels à la violence et les méthodes musclées de sa garde rapprochée.

En 1986, dans le township de Munsieville près de Johannesburg, elle avait lancé à la foule un véritable appel au meurtre en ces termes: « Ensemble, main dans la main, avec nos boîtes d’allumettes et nos colliers, nous libérerons ce pays ». Une référence au supplice du pneu enflammé.

Cinq ans plus tard, Winnie Mandela avait été reconnue coupable de complicité dans l’enlèvement d’un adolescent, Stompie Seipei, décédé ensuite. Sa condamnation à six ans de réclusion avait été commuée, en appel, en deux ans de prison avec sursis.

Ces derniers jours, seules quelques rares personnalités, dont l’ancien président Thabo Mbeki, ont osé rappelé la part d’ombre de « Winnie », qui a divorcé en 1996 de Nelson Mandela.

Le président Ramaphosa leur a répondu mardi en dénonçant « ceux qui, à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières, ont cherché à diaboliser son personnage ». « Elle n’a fait que servir le peuple d’Afrique du Sud », a-t-il tranché.

A son tour, la secrétaire générale adjointe de l’ANC, Jessie Duarte, a fermement sommé mercredi les critiques « de s’asseoir et de se taire ».

« Elle était le meilleur que nous puissions avoir », a renchéri une de ses arrière-petites-filles, aussitôt acclamée par le stade d’Orlando.

Romandie.com avec(©AFP / 11 avril 2018 15h36)                

Décès de Winnie Mandela, l’ex-épouse de Nelson Mandela, et « mère de la nation » sud-africaine

avril 2, 2018
Winnie Mandela, l’ex-épouse de Nelson Mandela, Pretoria, 5 novembre 2009 / © AFP/Archives / ALEXANDER JOE

Winnie Mandela, l’ex-épouse du premier président sud-africain noir Nelson Mandela et héroïne de la lutte contre l’apartheid, est décédée lundi à l’âge de 81 ans des suites « d’une longue maladie », suscitant une pluie d’hommages pour une « mère de la nation » au parcours toutefois controversé.

Le couple qu’elle a formé avec Nelson Mandela pendant plus de trente ans personnifiait le combat acharné contre le régime raciste.

Leur photo, main dans la main, à la sortie de prison de Nelson Mandela en 1990 après vingt-sept ans derrière les barreaux, symbolisait aussi leur victoire face à l’apartheid, qui a été officiellement aboli en 1994.

Mais la réputation de celle que le peuple sud-africain appelait affectueusement « Winnie » a été ternie par plusieurs dérapages politiques et des affaires de corruption.

« C’est avec une grande tristesse que nous informons le public que Mme Winnie Madikizela Mandela est décédée à l’hôpital Milpark de Johannesburg lundi 2 avril », a annoncé son porte-parole, Victor Dlamini. « Elle est décédée des suites d’une longue maladie, pour laquelle elle a été hospitalisée à plusieurs reprises depuis le début de l’année. Elle est partie en paix en tout début d’après-midi lundi, entourée de sa famille ».

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, patron du Congrès national africain (ANC), fer de lance de lutte antiapartheid, a salué à la télévision la mémoire de celle qui incarnait la « voix du défi et de la résistance ».

Le prix Nobel de la paix Desmond Tutu a rendu hommage à un « symbole majeur » du combat contre le régime ségrégationniste. Winnie « a refusé de céder face à l’incarcération de son mari, le harcèlement perpétuel de sa famille par les forces de sécurité (…). Son attitude de défi m’a profondément inspiré, ainsi que des générations de militants », a déclaré l’ex-archevêque anglican.

– Pasionaria –

« Tous les Sud-Africains sont redevables à Mama Winnie », a réagi la Fondation Nelson Mandela. « Elle va nous manquer. »

L’opposition a aussi salué le décès d’une « combattante de la liberté ». « C’est un jour de tristesse », a estimé Mmusi Mainane, le leader de l’Alliance démocratique (DA).

Dans le townhip de Soweto, où Winnie vivait toujours, des dizaines d’habitants se sont pressés lundi devant son domicile. « C’est un grand choc », a témoigné à l’AFP un voisin, But Makganemele. « Tout au long de sa vie, elle a fait partie de l’avant-garde du combat contre l’oppression. »

C’est en 1958 que la flamboyante jeune femme au caractère trempé épouse Nelson Mandela. Mais, très vite, le couple est séparé par les activités politiques du mari, condamné en 1964 à la prison à perpétuité.

Pendant ses 27 années de prison, Winnie résiste aux persécutions incessantes du régime raciste et devient l’égérie de la lutte anti-apartheid. Elle ne plie pas devant les astreintes à domicile, les attaques à la bombe, les détentions.

« Les années de prison m’ont endurcie (…) Il n’y a plus rien qui ne me fasse peur », affirmait-elle dans une interview en 1987.

Les lois imposant la ségrégation entre les Noirs et les Blancs sont finalement abolies en 1991.

En 1994, c’est la consécration pour Nelson Mandela et son épouse. Lui devient le premier président noir d’Afrique du Sud, elle entre dans le gouvernement.

– ‘Mal tourné

Les années de détention ont pourtant porté un coup fatal à leur union. Les frasques de Winnie, son discours violent et les accusations de meurtre portées contre ses gardes du corps l’éloignent de son époux. Le couple se déchire et leur divorce est prononcé en 1996.

Dans son discours le plus controversé, en 1986, Winnie avait appelé à « libérer ce pays avec des allumettes », une référence au supplice du « collier » enflammé autour du cou des « traîtres ».

En 1998, la Commission vérité et réconciliation (TRC) l’avait déclarée « coupable politiquement et moralement des énormes violations des droits de l’Homme » commises par sa garde rapprochée.

« Quelque chose a terriblement mal tourné », avait déploré il y a quelques années à son sujet Desmond Tutu.

A sa mort en 2013, Nelson Mandela, entre-temps remarié avec Graça Machel, ne lui a rien légué. Winnie, très amère, avait saisi la justice, qui l’avait déboutée.

L’une de ses dernières apparitions publiques remonte à la conférence de l’ANC en décembre à Johannesburg, où elle avait été saluée par des applaudissements nourris.

Connue pour ne pas mâcher ses mots, elle avait récemment dénoncé les échecs du gouvernement de l’ANC.

« La réconciliation n’a été qu’une façade », avait-elle asséné. « Je vis à Soweto, un township créé par le régime d’apartheid pour parquer les Noirs. Un quart de siècle après l’abolition de l’apartheid, il n’y a toujours pas un seul Blanc à Soweto (…) Où est le changement ? »

Romandie.com avec(©AFP / 02 avril 2018 19h33)                

Winnie Mandela: « La corruption est le maillon faible de l’ANC »

septembre 17, 2017
Winnie Mandela, ex-épouse de Nelson Mandela et le président sud-africain Jacob Zuma, le 30 juin 2017 à Johannesburg. © AFP / Mujahid Safodien

L’ex-épouse de Nelson Mandela, figure de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, appelle à un « changement de leadership » à la tête du Congrès national africain (ANC) qu’elle juge affaibli par les accusations de corruption, dans un entretien à l’hebdomadaire Jeune Afrique à paraître dimanche.

« La corruption, c’est le maillon faible de l’ANC », lance Winnie Mandela, dans une pique directe au président du pays et du parti, Jacob Zuma, mis en cause dans une série de scandales et qui doit normalement se retirer en 2019 à l’issue de son second mandat de cinq ans à la tête du pays.

« Il est plus que temps de changer de leadership si nous voulons continuer à gouverner ce pays. L’ANC a besoin de sang nouveau pour mener l’Afrique du Sud sur le chemin de la liberté », estime cette militante de 80 ans, harcelée et emprisonnée à plusieurs reprises entre 1960 et 1990.

Au pouvoir depuis la chute officielle de l’apartheid en 1994, l’ANC est affaibli par le ralentissement de l’économie sud-africaine et les divisions autour de la succession de Jacob Zuma.

Le parti de feu Nelson Mandela a essuyé un cinglant revers lors des élections locales de 2016, où il a dû céder à l’opposition le contrôle de plusieurs municipalités emblématiques, comme Johannesburg et Pretoria.

Mme Mandela ne se prononce pas sur son candidat favori à la direction du parti, qui doit élire son nouveau chef en décembre. Deux font actuellement la course en tête : l’actuel vice-président Cyril Ramaphosa, chef des frondeurs anti-Zuma, et Nkosazana Dlamini-Zuma, l’ancienne dirigeante de l’Union africaine (UA), qui a le soutien du chef de l’Etat, son ex-mari.

Mais elle estime vivre « l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de notre parti. L’ANC n’est pas parvenu à réussir sa mue, du mouvement de libération qu’il fut, avec tous ses rêves, en parti de gouvernement ».

« Très peu de gens ont réellement profité de la libération de ce pays : 53% des jeunes sont au chômage, un tiers de la population vit au niveau ou au-dessous du seuil de pauvreté », déplore-t-elle, en appelant à un « changement radical » à la tête du pays.

Pour l’ex-épouse de Nelson Mandela, connue pour ne pas mâcher ses mots, la nation Arc-en-ciel que ce dernier appelait de ses voeux, constitue « un mythe total », « un voeu pieu ».

« La réconciliation n’a été qu’une façade », assène-t-elle. « Je vis à Soweto, un township créé par le régime d’apartheid pour parquer les Noirs. Un quart de siècle après l’abolition de l’apartheid, il n’y a toujours pas un seul Blanc à Soweto. (…) Où est le changement ? »

 Jeuneafrique.com avec AFP