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La Terre a perdu 60% de ses animaux sauvages en 44 ans

octobre 29, 2018

Un éléphant traverse une route à Baragoan, dans l’État indien du Guwahati, le 9 août 2018 / © AFP/Archives / Biju BORO

Mammifères, oiseaux, poissons… sous la pression de l’homme, la Terre a vu ses populations de vertébrés sauvages décliner de 60% entre 1970 et 2014, annonce le Fonds mondial pour la nature (WWF) dans un bilan plus alarmant à chaque édition.

« Préserver la nature ce n’est pas juste protéger les tigres, pandas, baleines, que nous chérissons », souligne le directeur du WWF, Marco Lambertini. « C’est bien plus vaste: il ne peut y avoir de futur sain et prospère pour les hommes sur une planète au climat déstabilisé, aux océans épuisés, au sol dégradé et aux forêts vidées, une planète dépouillée de sa biodiversité ».

Le déclin de la faune concerne tout le globe, avec des régions particulièrement affectées, comme les Tropiques, selon le 12e rapport « Planète vivante », publié mardi avec la Société zoologique de Londres et basé sur le suivi de 16.700 populations (4.000 espèces).

Le 10e rapport faisait état de -52% entre 1970 et 2010. Rien ne semble freiner l’effondrement des effectifs, à -60% désormais.

La zone Caraïbe/Amérique du sud affiche un bilan « effrayant »: -89% en 44 ans. Amérique du nord + Groënland s’en sortent un peu mieux, avec une faune à -23%. La vaste zone Europe, Afrique du nord et Moyen-Orient est à -31%.

Explication première, la perte des habitats, avec l’agriculture intensive, l’extraction minière, l’urbanisation… qui poussent à la déforestation, à l’épuisement ou à l’artificialisation des sols.

Au Brésil, qui vient d’élire un président dont le programme n’évoque ni la déforestation ni le réchauffement, la forêt amazonienne rétrécit toujours plus, comme la savane du Cerrado, au profit du soja et de l’élevage bovin.

Mondialement, seuls 25% des sols sont exempts de l’empreinte de l’homme; en 2050 ce ne sera plus que 10%, selon les scientifiques de l’IPBES (le « Giec de la biodiversité »).

S’ajoutent à cela surpêche, braconnage, pollutions, espèces invasives, maladies, dérèglement climatique…

– « notre chance » –

« La disparition du capital naturel est un problème éthique, elle a aussi des conséquences sur notre développement, nos emplois, et on commence à le voir », souligne le DG du WWF France Pascal Canfin.

Effondrement des populations de vertébrés / © AFP / Sophie RAMIS

« On pêche moins qu’il y a 20 ans car le stock diminue. Le rendement de certaines cultures commence à baisser; en France celui du blé stagne depuis les années 2000, » dit-il: « Nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis ».

Les « services rendus par la nature » (eau, pollinisation, stabilité des sols, etc) ont été estimés par des économistes à 125.000 milliards de dollars annuels, soit une fois et demi le PIB mondial.

Chaque année, le « jour du dépassement » avance, ce jour à partir duquel le monde a consommé toutes les ressources que la planète peut renouveler en un an. En 2018 c’était le 1er août.

Et pourtant « l’avenir des espèces semble ne pas retenir suffisamment l’attention des dirigeants », s’alarme le WWF pour qui il faut « relever le niveau d’alerte », provoquer un vaste mouvement comme ce fut le cas pour le climat. « Que tout le monde comprenne que le statu quo n’est pas une option ».

Un combat d’autant plus gratifiant que les efforts peuvent payer vite, comme l’a montré le retour du tigre au Népal, du thon rouge de l’Atlantique ou du saumon de la Loire…

« Nous sommes la première génération à avoir une vision claire de la valeur de la nature et de notre impact sur elle. Nous pourrions aussi être la dernière à pouvoir inverser la tendance », prévient le WWF, qui appelle à agir d’ici 2020, « un moment décisif dans l’histoire », « une fenêtre sans précédent qui se refermera vite ».

Cette année-là, les Etats seront appelés à renforcer leurs engagements pour réduire les gaz à effet de serre, et aussi à s’accorder pour protéger la nature lors d’une conférence spéciale à Pékin — avec pour objectif « zéro perte nette de biodiversité en 2030 », souhaite le WWF.

« Nous devons passer urgemment à une société neutre en CO2, renverser la perte de nature – via la finance verte, les énergies propres, une autre production agroalimentaire – restaurer suffisamment de sols et d’océan », liste Marco Lambertini. « Peu de personnes ont eu la chance de participer à de vraies transformations historiques. C’est notre chance ».

Romandie.com avec(©AFP / (30 octobre 2018 02h36)

RDC : si Soco saccage…

octobre 17, 2013

Le Fonds mondial pour la nature a porté plainte contre la compagnie pétrolière Soco, qui détient un permis d’exploration dans le parc naturel des Virunga, en RDC.

C’est une guerre médiatique. Le 7 octobre, le Fonds mondial pour la nature (WWF) a déposé une plainte contre la firme pétrolière britannique Soco auprès de l’OCDE. Ce geste fait déjà grand bruit alors même qu’une éventuelle condamnation ne serait nullement contraignante. Selon WWF, l’entreprise a « violé [en RD Congo] les normes de responsabilité sociale des sociétés internationales et les directives de l’OCDE concernant l’environnement et les droits de l’homme ».

Soco avait obtenu en 2007 un permis « d’évaluation scientifique » sur un bloc de 7 500 km2, dont plus de la moitié sont situés dans le parc des Virunga, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Cette « évaluation scientifique » – terme permettant de contourner la loi congolaise qui interdit toute exploration dans un parc naturel – conduira inévitablement à des forages nocifs pour l’environnement, estime le Fonds, qui dénonce par ailleurs le caractère léonin du contrat de concession. « Il contient une clause d’exclusion de toute loi qui pourrait être adoptée a posteriori par la RD Congo, souligne Jean-Baptiste Roelens, coordinateur de WWF France. Soco se met ainsi à l’abri d’une nouvelle législation, ce qui est contraire aux principes directeurs de l’OCDE. »

Extraction de bitume

WWF accuse également la compagnie pétrolière d’avoir dissimulé aux populations locales les résultats d’une étude d’impact réalisée en interne et faisant état de nombreux risques. « Ces allégations sont infondées, tendancieuses et ne reposent sur aucun fait », a riposté la compagnie dans un communiqué. L’OCDE se prononcera dans deux mois sur la recevabilité de la plainte. Cette affaire illustre une fois de plus la difficulté de concilier les intérêts économiques et la préservation d’un patrimoine naturel. À Virunga, l’italien ENI a déjà renoncé à son permis d’exploration. Le français Total, lui, s’est engagé à exploiter sa concession en dehors des limites actuelles du parc. ENI se voit malgré tout reprocher de mettre en péril la forêt primaire du Congo Brazzaville voisin en envisageant d’exploiter des sables bitumineux près de Pointe-Noire. Si la production de pétrole est pour l’instant repoussée sur ce site, la firme y extrait déjà du bitume, utilisé pour la chaussée des routes.

Jeuneafrique.com par Michael Pauron