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Côte d’Ivoire : retour sur l’affaire Youssoufou Bamba

mars 28, 2015

Youssouf Bamba à New-York en juin 2014.
Youssouf Bamba à New-York en juin 2014. © UN Photo/Paulo Filgueiras

Retour sur le limogeage de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire auprès des Nations unies à la suite d’un couac diplomatique entre Abidjan et Rabat.

C’est une affaire dont les protagonistes auraient sans doute préféré qu’elle ne s’ébruite pas. Et parce qu’elle a fini par coûter son poste à l’ambassadeur de Côte d’Ivoire auprès des Nations unies, Youssoufou Bamba, il est important d’en retracer la chronologie pas à pas.

Tout remonte au 13 octobre 2014. Ce jour-là, lors d’une réunion de la 4e Commission des Nations unies, un conseiller de l’ambassade de Côte d’Ivoire, François-Xavier Zabavy, parle publiquement du Sahara occidental comme du « dernier territoire non autonome d’Afrique ». Inacceptable pour les Marocains, dont la réaction ne se fait pas attendre : dès le lendemain, ils adressent une protestation officielle à la représentation ivoirienne. Mais, assure-t-on au ministère ivoirien des Affaires étrangères et à la présidence, Youssoufou Bamba n’en informe pas Ab

De multiples reproches à l’encontre de l’ambassadeur

Rabat, du coup, s’agace de l’absence de réaction des Ivoiriens et profite d’une visite du président Alassane Ouattara au Maroc, les 20 et 21 janvier 2015, pour s’en étonner. À partir de là, tout s’accélère pour Youssoufou Bamba. Mi-février, Charles Diby Koffi, le ministre ivoirien des Affaires étrangères, lui adresse, sur instructions de la présidence, une demande d’explications.

Plusieurs choses sont en fait reprochées à l’ambassadeur. Abidjan dit ne pas comprendre pourquoi, alors que rien dans son agenda officiel ne s’y opposait, Youssoufou Bamba n’a pas personnellement assisté à la fameuse réunion. « Et quand bien même, insiste une source à la présidence. S’il avait un empêchement, il aurait dû se faire remplacer par son adjoint, Bafétigué Ouattara, plutôt que par un simple conseiller. » La même source affirme que Youssoufou Bamba a lui-même rédigé le texte lu ce jour-là en séance (ce que l’intéressé dément) et que le gouvernement ivoirien le tient quoi qu’il arrive pour seul responsable du dérapage. François-Xavier Zabavy n’a d’ailleurs pas été sanctionné.

« Épargnez-moi les commentaires sur cette affaire »

Youssoufou Bamba, 66 ans, était en fin de carrière. En poste à New York depuis cinq ans, il pouvait faire valoir ses droits à la retraite depuis décembre 2013. Le chef de la diplomatie ivoirienne a un temps envisagé de lui permettre de rester en fonction jusqu’à la fin de l’année scolaire, mais Alassane Ouattara en a décidé autrement (il faut dire que la formule prononcée en octobre est également contraire à la position officielle de la Côte d’Ivoire, qui soutient le Maroc sur le sujet). D’où son limogeage, qui lui a été notifié fin février. Joint au téléphone le 17 mars à New York, où il attendait encore une mission d’inspection venue d’Abidjan, Youssoufou Bamba n’a pas souhaité répondre à nos questions. « J’ai une grosse pression, a-t-il déclaré. Pour l’amour de Dieu, épargnez-moi des commentaires sur cette affaire ! »

L’homme était un diplomate chevronné. Il avait rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1976 grâce au soutien d’Essy Amara, son parrain. En 1992, le président Houphouët-Boigny avait élevé ce natif de Dimbokro au rang d’ambassadeur. Sept ans plus tard, toujours appuyé par Essy, il était nommé ministre délégué à la Coopération internationale par Henri Konan Bédié. Il y a quelques années toutefois, les relations entre Bamba et Essy s’étaient tendues – le second ayant pris ombrage des ambitions du premier.

Droit de réponse de l’ambassadeur Youssoufou Bamba

Suite à la publication de nos premiers articles concernant cette affaire, l’ambassadeur Youssoufou Bamba nous a fait parvenir le droit de réponse suivant :

« Votre hebdomadaire a publié, dans son numéro 2825 (1er au 7 mars 2015), en me citant nommément, des affirmations selon lesquelles j’aurais tenu au cours d’une réunion aux Nations unies en octobre 2014 des propos contraires à la position officielle de mon pays. Je rejette totalement ces affirmations, qui me mettent personnellement en cause et ne sont fondées sur aucun élément concret, pour la simple raison que je n’ai pas participé à ladite réunion. En consultant la retransmission vidéo de la 6e réunion de la 4e Commission des Nations unies tenue le 13 octobre 2014 traitant des questions de décolonisation au cours de laquelle la Côte d’Ivoire a pris la parole, ainsi que le compte rendu de ladite réunion portant la cote CPSD/558 du 13 octobre 2014, tous deux accessibles au public sur le site internet des Nations unies, il est aisé de constater que nulle part l’image et le nom de l’ambassadeur Youssoufou Joseph Bamba ne figurent dans le contexte de cette réunion. »

Précisions de Jeune Afrique

Il est exact que les propos concernant le Sahara occidental n’ont pas été prononcés par M. Bamba, mais par l’un de ses conseillers relevant de son autorité, lequel avait, selon nos sources, lu un texte rédigé par l’ambassadeur lui-même – ce dont ce dernier se défend, précisant qu’il n’a pas été en mesure d’en « superviser » le contenu. o Il est en revanche inexact de laisser croire, ainsi que l’ont répété M. Bamba et son avocat, Me Canal-Forgues, que c’est la publication de cet incident dans J.A. qui est à l’origine du limogeage de l’ambassadeur. Comme le démontre notre article, l’enquête interne concernant sa responsabilité dans cette affaire a été ouverte bien avant – ce que M. Bamba n’ignore pas.

Jeuneafrique.com par Baudelaire Mieu, à Abidjan

L’ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’ONU limogé pour une sortie peu diplomatique sur le Maroc

mars 13, 2015

Youssou Bamba avec Ban Ki-moon lors de son accréditation à l'ONU, en décembre 2010 à New-York.
Youssou Bamba avec Ban Ki-moon lors de son accréditation à l’ONU, en décembre 2010 à New-York. © Reuters/UN

Ayant qualifié le Sahara de « dernier territoire non autonome d’Afrique », en contradiction avec la ligne diplomatique de son pays, l’ambassadeur ivoirien aux Nations-unies a été démis de ses fonctions.

L’ambassadeur de la Côte d’Ivoire aux Nations unies, Youssouf Bamba, a été démis de ses fonctions suite à une prise de parole publique sur le dossier du Sahara qui contredit la ligne diplomatique adoptée par son pays, a annoncé RFI, jeudi 12 mars.

Dans son numéro 2825 (du 1er au 7 mars), Jeune Afrique avait fait état d’un incident diplomatique entre Abidjan et Rabat suite à une déclaration de l’ambassadeur ivoirien, en octobre dernier à l’ONU, où il a qualifié le Sahara de « dernier territoire non autonome d’Afrique » (et non de « dernière colonie d’Afrique » comme nous l’avons rapporté).

« Comité spécial de la décolonisation »

L’expression « dernier territoire non-autonome », selon la dénomination officielle de l’ONU, est en effet inacceptable pour les Marocains, d’où leur protestation auprès de la Côte d’Ivoire et la décision de celle-ci de leur donner raison en limogeant l’ambassadeur.

L’expression employée dénie de fait la marocanité du territoire en question et insinue que le Maroc est un pays colonisateur. De plus, au sein de l’ONU, toutes les affaires portant sur « les territoires non autonomes », qui sont 17 en tout, sont traitées au sein du « Comité spécial de la décolonisation ».

Abidjan a une position pro-marocaine sur le sujet, réaffirmée lors de la visite du président ivoirien Alassane Ouattara à Rabat en janvier dernier. Officiellement, la Côte d’Ivoire soutient la proposition marocaine d’accorder une large autonomie au Sahara dans le cadre de la souveraineté du Maroc.

Jeuneafrique.com par Nadia Lamlili