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Charles Michel : « En Afrique, la Russie utilise le mensonge comme arme de guerre »

juillet 16, 2022

À la veille d’un sommet de l’Union africaine qui se tient à Lusaka, en Zambie, à partir du 17 juillet, le président du Conseil européen est revenu pour Jeune Afrique sur les conséquences de la guerre en Ukraine dans les relations entre les deux continents.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, le 31 mai 2022 à Bruxelles (Belgique). © Zheng Huansong/XINHUA-REA.

Le 18 février, l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) bouclaient, à Bruxelles, la sixième édition de leur sommet conjoint. Au programme : zone-libre-échange, lutte contre le Covid-19, insécurité, l’initiative Global Gateway… Mais une semaine plus tard, à plus de 2 000 km de la capitale belge, le lancement d’une offensive russe en Ukraine est venu bouleverser le contexte diplomatique. Lors de la prochaine rencontre de l’UA, à partir du 17 juillet à Lusaka (Zambie), le président du Conseil européen, Charles Michel, prendra la parole en ouverture du sommet.

Bousculée par la montée de l’influence russe sur le continent, l’Union européenne est aujourd’hui confrontée aux conséquences, sur le continent africain, de la guerre en Ukraine. Le diplomate de 46 ans, ancien Premier ministre de la Belgique, est revenu pour Jeune Afrique sur cette nouvelle donne diplomatique et ses répercussions.

Jeune Afrique : Vous prononcez un discours, ce 17 juillet, à l’occasion de l’ouverture du sommet de l’Union africaine qui se tiendra à Lusaka. Quels seront les enjeux de ce sommet et de la coopération avec l’Union européenne ?

Charles Michel : Le sommet qui s’est tenu à Bruxelles en février a marqué un tournant dans la relation entre l’Europe et l’Afrique. Nous avons mis en place un nouveau paradigme avec une relation basée sur l’écoute mutuelle. Coïncidence piquante : quelques jours après, s’est déclenchée une guerre sur le sol européen. Elle a brutalement ébranlé le droit international, mais aussi induit des effets en matière de sécurité alimentaire, d’inflation, d’énergie. Ce sommet nous permettra notamment d’envisager comment réduire ensemble les effets néfastes de cette guerre.

Quels projets concrets pouvez-vous mettre en avant dans le cadre de l’initiative Global Gateway ?

Cent cinquante milliards d’euros sont mobilisés pour l’Afrique. Il faut désormais transformer tout cela en projets réels. Nous avons enclenché un partenariat pour la production de vaccins contre le Covid-19. Quelques mois plus tard, les premiers projets étaient lancés au Rwanda, en Afrique du Sud, au Sénégal et au Ghana.

Nous travaillons à présent à nous assurer que les grandes plateformes, comme Gavi ou Covax, viendront bien acheter les vaccins produits en Afrique. Lors de mes échanges avec [le président sénégalais] Macky Sall et [le Sud-Africain] Cyril Ramaphosa au G7 en Allemagne, nous sommes convenus de nous inspirer de ce que nous avions fait en matière de vaccins pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Cela apparaît vital.

Cette volonté de remodeler la relation Europe-Afrique s’inscrit néanmoins dans un contexte où les pays africains se tournent de plus en plus vers d’autres partenaires, comme la Turquie, la Chine ou la Russie…

Les responsables africains sont souverains et libres de choisir leurs partenaires. Il appartient aux Européens de montrer que le projet qu’ils portent est attractif. Une dynamique sincère de respect mutuel a été instaurée. Est-ce que pour autant tout est résolu ? Bien sûr que non.

Comprenez-vous cette envie de se choisir des partenaires jugés moins « contraignants », notamment sur le plan de la démocratie ou des droits humains ?

Mon propos ne vise pas à juger la qualité des partenariats que l’Afrique conclut avec d’autres acteurs, mais à montrer celle de l’Union européenne et sa valeur ajoutée. J’observe que des pays africains qui se sont engagés dans des partenariats avec d’autres acteurs semblent aujourd’hui exprimer des regrets, parce qu’ils subissent un étranglement financier et se rendent compte que les infrastructures n’ont pas la qualité espérée au moment de la signature du contrat.

À qui pensez-vous ?

Je pense qu’ils se reconnaissent.

Dans le contexte actuel, l’influence grandissante de la Russie sur le continent menace-t-elle la relation entre l’Union européenne et l’Afrique ?

La manière dont la Russie et l’Europe envisagent leur présence en Afrique repose sur des postulats totalement antagonistes. Moscou a développé un business model visant à capter des ressources naturelles en échange de quelques maigres services sécuritaires, qui s’avèrent extrêmement peu efficaces et même violents pour les populations africaines.

Il y a un intérêt stratégique pour la Russie à entretenir la corruption, l’instabilité et l’insécurité au sud de l’Europe. À l’inverse, quand l’Afrique se porte bien, c’est une bonne chose pour l’Europe. Et quand elle est en difficulté, cela a des conséquences sur l’exportation des conflits ou l’immigration irrégulière, ce qui entraîne des débats compliqués chez nous.

Il y a pourtant une réelle demande de certaines populations africaines de renforcer la coopération avec la Russie…

La Russie utilise massivement la propagande, la désinformation, en un mot le mensonge, comme arme de guerre. Cela vise à dresser les jeunesses africaines contre des pays européens par le biais de narratifs mensongers et indignes. Notre défi est de restaurer la vérité et la transparence.

Comment l’UE riposte-t-elle sur le terrain de la désinformation ?

Soutenir une presse libre et indépendante est une manière de produire l’antidote à la désinformation. D’autant que des mensonges sont fabriqués pour porter des accusations graves contre des États – nous l’avons vu par exemple au Mali avec le groupe Wagner. Les services de renseignements européens ont pu rétablir la vérité, parfois même avant que ces opérations n’aient pu être menées.

Cela représente-t-il un défi ? Oui. Est-il difficile à relever ? Oui, car c’est aussi un espace où les Russes essayent d’instrumentaliser l’histoire entre l’Europe et l’Afrique, en particulier le colonialisme, pour tenter de semer la zizanie.

L’EXPÉRIENCE A MONTRÉ AU CONTRAIRE QUE LÀ OÙ DES INFLUENCES RUSSES SE DÉPLOIENT, IL Y A UN IMPACT.

Au-delà de la guerre de l’information, comment l’Union européenne peut-elle riposter ? 

Notre meilleur antidote est de montrer que notre partenariat est bénéfique et utile pour l’Afrique. Et c’est le cas par exemple lorsque nous parvenons au Rwanda, au Sénégal ou en Afrique du Sud à faire en sorte que les Africains soient maîtres de leur destin pharmaceutique. L’expérience a montré au contraire que là où des influences russes se déploient, il y a un impact. En Centrafrique et au Mali, cela se matérialise par davantage d’insécurité, d’instabilité et de pauvreté.

Considérez-vous néanmoins, qu’au-delà de l’influence russe, il y ait pu avoir des erreurs des pays européens qui expliquent ce rejet ?

Je ne veux pas parler d’erreur. Les historiens écriront l’histoire, il incombe aux hommes politiques de tirer les leçons nécessaires. Je crois fondamentalement qu’il y a depuis longtemps une attente légitime de la part des peuples et des leaders africains de respect et de compréhension mutuelle. C’est sur cette fondation que repose le paradigme que nous avons défini lors du sommet UE-UA.

Quelles sont les conséquences de la guerre en Ukraine sur la collaboration entre l’UE et l’UA ?

En Afrique, il n’y a pas la même lecture de cette guerre et probablement pas la même interprétation de ses conséquences. La meilleure manière d’agir est donc d’avoir un dialogue politique pour nous permettre, nous Européens, de comprendre les arguments de chacun, et pour nos homologues africains de comprendre pourquoi nous pensons que cette guerre est très grave.

DES NAVIRES RUSSES EMPÊCHENT LES EXPORTATIONS SUR LA MER NOIRE ET DES CHARS D’ASSAUT RUSSES DÉTRUISENT LES CHAMPS EN UKRAINE

Ce n’est pas parce qu’elle a lieu sur le sol européen, mais parce qu’un membre permanent du Conseil de sécurité, qui dispose de l’arme nucléaire, remet en cause la souveraineté d’un pays de plus de 40 millions d’habitants aux frontières de l’Europe et parce que cette guerre déclenche une crise alimentaire grave. Parce que ce sont des navires russes qui empêchent les exportations sur la Mer noire et des chars d’assaut russes qui détruisent les champs en Ukraine. Parce que c’est la Russie qui a choisi de faire de cette mer une zone de guerre totale et qui a décidé de stopper les exportations de grains, alors qu’il n’y a pas la moindre sanction européenne ni du G7 contre le grain ou les engrais russes. Sur tous ces sujets, des mensonges sont répandus.

Le blocage de céréales du fait du conflit ukrainien a de lourdes conséquences pour la sécurité alimentaire de l’Afrique. Comment l’UE et l’UA comptent-elles travailler sur la question ?

La première urgence est de faire en sorte de pouvoir exporter le grain bloqué en Ukraine. J’étais à Odessa il y a quelques semaines : il est stupéfiant de voir ces millions de tonnes de céréales dans des bateaux qui ne peuvent pas quitter l’Ukraine. Pour cela, nous avons immédiatement mis en place des routes alternatives. Plusieurs millions de tonnes ont déjà été exportées via la Pologne, la Roumanie… Mais cela prend plus de temps, trop de temps. C’est pourquoi nous soutenons les efforts des Nations unies pour trouver un accord et ouvrir un corridor humanitaire en Mer noire. Je salue d’ailleurs le soutien de la Turquie dans ces négociations.

Et sur le continent africain ?

Nous devons structurellement faciliter les capacités de production en Afrique. Cela requiert de faciliter l’accès aux intrants, à l’eau, de favoriser la construction de routes. Le travail a en ce sens a commencé en février avec l’Union africaine, il doit s’accélérer avec ce nouveau sommet.

Comment comprenez-vous l’abstention massive des pays africains lors du vote de la résolution de l’ONU sur l’Ukraine en mai ?

Je comprends qu’un certain nombre de pays africains ne voulaient pas apparaître comme étant dans un camp ou dans un autre. Même si ce ne sont pas les mêmes raisons qui ont poussé les uns et les autres à l’abstention, je peux dire, pour en avoir parlé ouvertement avec beaucoup de leaders africains, qu’il y avait la crainte de mesures de rétorsion. Mais il faut aussi souligner que plusieurs pays africains se sont levés sans ambiguïté sur le sujet et certains peuvent être soumis à des pressions. Je ne blâme personne. J’essaye de comprendre les motifs de ceux qui se sont abstenus et ne renonce pas à les convaincre.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace et Romain Gras

Zambie : Hakainde Hichilema, un président pas comme les autres

décembre 25, 2021
Le président de la Zambie, Hakainde Hichilema, à Glasgow, en Écosse, le 1er novembre 2021. © Zambia’s President Hakainde Hichilema presents his national statement as a part of the World Leaders’ Summit at the UN Climate Change Conference (COP26) in Glasgow, Scotland, Britain November 1, 2021. Andy Buchanan/Pool via REUTERS – RC2TLQ91WEEG © Andy Buchanan/Pool/REUTERS

Élu à la surprise générale en août dernier, le nouveau chef de l’État a adopté un style radicalement différent de celui de son prédécesseur. Partisan d’un libéralisme économique et politique, cet ancien homme d’affaires qui a connu la torture et la prison veut en finir avec la corruption et remettre son pays sur les rails. Pour, enfin, obtenir des résultats.

Hakainde Hichilema ne correspond pas vraiment à l’image que l’on se fait d’un révolutionnaire. Toujours vêtu d’un costume, parlant couramment le langage des experts-comptables (il a dirigé deux cabinets internationaux) et maniant à merveille l’analyse comparative des systèmes fiscaux, le deuxième plus gros éleveur de Zambie peut sembler plus à l’aise dans une salle de réunion que dans un meeting de campagne.

Des coups et des bosses

Homme d’affaires autodidacte, qui prône le libéralisme social et économique, Hakainde Hichilema est aussi une personnalité politique atypique, qui a connu la prison et la torture. En août dernier, alors qu’il n’avait pas encore 60 ans et qu’il briguait pour la sixième fois la magistrature suprême, il a finalement été porté à la tête du pays, battant sèchement le président sortant, Edgar Lungu, au pouvoir depuis 2015. Ce faisant, et malgré les coups et les bosses récoltés durant la campagne, il a prouvé qu’avec un peu de stratégie, d’unité et beaucoup de détermination, l’impossible était à portée de vote.

LE SYSTÈME TOUT ENTIER ÉTAIT CASSÉ

Sitôt élu, il s’est fixé une feuille de route ambitieuse : libéraliser un système politique sur lequel l’État n’avait cessé de renforcer son emprise les années précédentes ; conclure un accord avec les créanciers alors que le pays était en défaut de paiement ; reconstruire l’économie, mais aussi les services d’éducation et de santé publique… Un programme si ambitieux qu’il en est révolutionnaire. « Le système tout entier était cassé, se justifie le nouveau président. Des dettes énormes, une dépense publique folle, des ressources fiscales détournées par une poignée d’individus… Tout était politisé et corrompu. »

Quand, à l’issue du scrutin du 12 août, la commission électorale a annoncé sa victoire avec 60 % des suffrages, contre 38 % pour Lungu, il y a eu comme un moment de flottement. Le sortant allait-il accepter sa défaite ? Ne fallait-il pas redouter les milliers de policiers et de soldats rappelés pour défendre Lungu et son parti, le Front patriotique (PF) ?

En coulisses, les négociations ont commencé. Rupiah Banda, ancien président de la Zambie, et Jakaya Kikwete, ex-chef de l’État tanzanien, ont organisé une rencontre entre les deux rivaux. Rendez-vous a été donné au domicile de Banda, qui s’est efforcé de convaincre le sortant de ne pas contester les résultats – et cela n’allait pas de soi, tant l’inimitié entre Lungu et Hichilema était forte. Ce jour-là, Hichilema ne ménage pas son adversaire. « Je voulais lui dire que je n’aimais pas la façon dont il dirigeait le pays, qu’il avait la main lourde, qu’il était autocratique et que des gens mouraient inutilement, raconte-t-il. Mon message, c’est que nous, nous allions diriger le pays différemment, à l’opposé de la façon dont il procédait. »

J’AI DIT À LUNGU QUE NOUS N’ALLIONS PAS POURSUIVRE DES INDIVIDUS PARCE QU’ILS AVAIENT TRAVAILLÉ AVEC LUI, MAIS PARCE QU’ILS AVAIENT COMMIS UN CRIME

Très vite s’est posée la question de la responsabilité pénale de Lungu. « Je lui ai dit très clairement que nous aurions une tolérance zéro dans notre lutte contre la corruption, poursuit le président zambien. Et que nous n’allions pas poursuivre des individus parce qu’ils avaient travaillé avec lui, mais parce qu’ils avaient commis un crime. » Des enquêtes ont depuis été ouvertes. Lungu pourrait-il se retrouver devant les tribunaux ? « Si les crimes ont été commis lorsqu’il était en fonction, je pense qu’il est couvert par l’immunité, élude son successeur. À moins que celle-ci ne soit levée [par le Parlement]. C’est comme ça que cela fonctionne. »

Dans le collimateur de la justice

C’est ce qui s’était passé en 2008, lorsque le président de l’époque, Levy Mwanawasa, avait demandé aux élus zambiens de lever l’immunité de son prédécesseur, Frederick Chiluba, accusé de corruption. Aujourd’hui, Hichilema et son entourage ne souhaitent pas dire si Lungu fait, à titre personnel, l’objet d’une enquête. Mais, de fait, nombre de ses partenaires en affaires sont aujourd’hui dans le collimateur de la justice.

ON A ESSAYÉ DE M’ÉLIMINER, MAIS J’AI SURVÉCU

C’est le cas de Valden Findlay, souvent décrit comme le « meilleur ami » de Lungu et qui, quoique dépourvu de rôle officiel, l’accompagnait lors de la plupart de ses déplacements à l’étranger. Après les élections, la Commission de lutte contre la drogue (DEC) a gelé ses comptes bancaires. La même DEC a annoncé qu’elle enquêtait sur l’ancien ministre des Affaires étrangères, Joseph Malanji, et sur l’ancien ministre de la Santé, Chitalu Chilufya. Tous deux sont soupçonnés « de crimes financiers et de blanchiment d’argent ». Les enquêteurs cherchent notamment à savoir comment Malanji a pu réunir 1,4 million de dollars en espèces pour acheter un hélicoptère, en mars dernier. Hichilema insiste néanmoins sur le fait qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières : la loi sera appliquée, mais « pas dans une logique de vengeance ».

« On a essayé de m’éliminer, mais j’ai survécu », poursuit-il. De ses années d’opposition, Hichilema garde un souvenir cuisant. Il a été arrêté et détenu pas moins de 20 fois lorsque Lungu était au pouvoir. Il a même été accusé de trahison pour ne pas s’être rangé sur le bord de la route à l’approche du convoi du président, en avril 2017. Un mandat avait été délivré à son encontre et des officiers armés avaient fait irruption chez lui, à Lusaka, pour l’arrêter. Après avoir mis sa famille à l’abri dans une pièce sécurisée, Hichilema était parvenu à échapper à la police. Plusieurs membres de son personnel avaient néanmoins été battus, des objets de valeur lui avaient été dérobés et une grande partie de ses biens avaient été vandalisés.

Une seringue cachée dans la bible d’un faux prêtre

Le lendemain, il s’était présenté au poste de police. Il sera détenu pendant quatre mois sans procès, période pendant laquelle il dit avoir été battu et torturé. Il raconte qu’un jour, un homme habillé en prêtre et tenant une bible s’est présenté dans sa cellule. « Je pouvais voir qu’il avait caché quelque chose dans sa bible. Il s’est avéré que c’était une seringue hypodermique. » Hichilema en est convaincu, on a tenté de le tuer. Et ce n’était ni la première ni la dernière fois.

Plus tard, alors qu’il avait fini par être libéré grâce à l’intervention d’Olusegun Obsanjo, l’ancien président nigérian, et de Patricia Scotland, la secrétaire générale du Commonwealth, Hichilema identifiera son agresseur, obtenant même une ordonnance exigeant que l’État le présente au tribunal. Mais l’État n’a pas obtempéré et l’homme est toujours en fuite.

BEAUCOUP DE GENS ONT ÉTÉ MIS EN PRISON POUR DES CRIMES QU’ILS N’AVAIENT PAS COMMIS

Sous la pression internationale, Lungu s’est éloigné du bord du gouffre dans lequel il paraissait sur le point de précipiter la Zambie. Il a proposé un dialogue politique à l’opposition, ce qui lui a surtout permis de gagner du temps sans avoir à procéder à de réels changements. « Le système était autocratique et lourd, et beaucoup de gens ont été mis en prison pour des crimes qu’ils n’avaient pas commis », regrette Hichilema, en expliquant comment sa formation, le Parti unifié pour le développement national (UPND), a adapté sa stratégie électorale à cet environnement répressif. « Il a fallu composer avec ce contexte et trouver le moyen de faire campagne, évidemment dans la clandestinité, sans jamais lâcher le ballon des yeux. »

« Il y a des leçons à en tirer pour tous ceux qui croient en l’État de droit et en la démocratie. Vous pouvez accomplir de grandes choses sans recourir à la violence ou à la lutte armée, qui abîme les fondations d’un pays. » Pour la Zambie, qui partage une frontière avec la tumultueuse RDC, c’est plus qu’un argument rhétorique. Fin novembre, Hichilema est d’ailleurs allé à Kinshasa à la rencontre de son homologue congolais, Félix Tshisekedi, pour trouver le moyen de stimuler les échanges et les investissements entre leurs deux pays.

Rencontre avec Tshisekedi

Les deux hommes s’entendent bien. Tous deux ont longtemps été dans l’opposition avant d’accéder à la magistrature suprême et tous deux veulent se débarrasser de l’ombre de leurs prédécesseurs. Leurs pays sont aussi les principaux producteurs de cuivre et de cobalt sur le continent. La RDC produit environ 70 % du cobalt mondial et cela n’est sans doute pas un hasard si la visite d’Hichilema a coïncidé avec la tenue d’une conférence visant à promouvoir la production de batteries pour les voitures électriques – un marché qui devrait dépasser les 50 milliards de dollars d’ici 2025. « Ce passage des voitures à essence aux véhicules électriques a un impact sur le prix de nos métaux. Nous en sommes conscients et nous voulons tirer le meilleur de cette opportunité. Ces revenus, nous les utiliserons pour construire une économie plus verte », affirme Hichilema.

« La Zambie est un pays stratégiquement situé, poursuit-il. Nous travaillons à en faire un centre de production, de valeur ajoutée et de logistique. » Pour que cela devienne une réalité, il prévoit la construction de voies ferrées à écartement standard à travers la Zambie, reliant l’Afrique du Sud à la RDC et à la Tanzanie. Il souhaite également que les frontières entre le Congo et la Zambie restent ouvertes 24 heures sur 24 et que les exportations vers l’Afrique du Sud soit facilitées.

SOUS LA PRÉSIDENCE DE LUNGU, TOUT ÉTAIT TOUJOURS LIÉ AU PARTI

Parallèlement, il entend mettre l’accent sur la bonne gouvernance. « Nous avions auparavant un problème de leadership, qui était politisé. Tout était toujours lié au parti, et ce n’est pas ainsi que nous voyons les choses. » Sous la présidence de Lungu, les cadres du PF ont effectivement pris le contrôle de vastes pans de l’économie – marchés, gares routières, distribution d’engrais et de semences dans les zones agricoles.

Quelques jours après sa victoire, Hichilema a par ailleurs limogé les chefs de la sécurité. « Il était nécessaire de procéder à des changements essentiels. Comment voulez-vous demander à un inspecteur général de la police dont les hommes brutalisaient la population de continuer ? Comment voulez-vous qu’il dise : “Maintenant, les citoyens ont des libertés. Ils ont des droits fondamentaux inscrits dans la Constitution.” Pendant des années, ils ont été soudoyés pour ne pas protéger les citoyens ! »

Hichilema a ensuite constitué son équipe économique. Il s’est notamment entouré de deux vétérans de la scène zambienne. Denny Kalyalya, qu’un bras de fer avait opposé à Lungu, a fait son grand retour au poste de gouverneur de la Banque centrale. Ancien haut cadre de la Banque mondiale, il est revenu avec la garantie que la structure serait indépendante et aurait un objectif prioritaire : faire baisser l’inflation, à son plus haut niveau depuis deux décennies.

L’autre revenant est le ministre des Finances, Situmbeko Musokotwane, qui avait occupé ce portefeuille sous la présidence de Rupiah Banda (2008-2011). Sur la même ligne que Kalyalya et Hichilema, Musokotwane estime que les comptes du gouvernement ne tenaient jusqu’à présent pas la route et que l’économie avait besoin d’un traitement radical. Sa priorité ? Restructurer la dette extérieure du pays, qui s’élève à 13 milliards de dollars.

Le chef de l’État devra aussi veiller à ce que le secteur minier soit remis en ordre, d’autant qu’une enquête sur la vente de certains actifs appartenant à l’État a révélé qu’ils avaient été détournés. L’enjeu est d’autant plus important qu’Hichilema ambitionne de quadrupler sa production de cuivre au cours des dix prochaines années. Le prix mondial de ce minerai a dépassé 10 000 dollars la tonne en juin et devrait atteindre 20 000 dollars la tonne d’ici dix ans. Avec ses richesses en cuivre, les plus importantes d’Afrique après celles de la RDC, la Zambie s’est lancée dans une course contre la montre pour augmenter la rentabilité des mines, handicapée par des années de sous-investissement et de querelles politiques.

Hichilema sait être patient, sa trajectoire politique en atteste. Mais sa position et son style de gouvernement sont ancrés dans la culture d’entreprise. Si, avec son sens des affaires, sa rigueur d’expert-comptable, sa culture du résultat et les technocrates dont il s’est entouré, il parvient à redresser l’économie, grâce notamment aux perspectives qu’offre le cuivre, alors il pourrait bien avoir gagné son pari.

Avec Jeune Afrique par Patrick Smith pour The Africa Report

Zambie : Hakainde Hichilema face à la « montagne » de la dette

août 29, 2021
Hakainde Hichilema, lors d’une conférence de presse à son domicile, à Lusaka, le 16 août 2021.

Lors de son premier discours en tant président, Hakainde Hichilema s’est engagé à réduire la dette du pays, désormais supérieure au PIB.

C’est masqué que le nouveau président zambien a prêté serment devant une foule de 60 000 spectateurs. Lors de son premier discours en tant que président, Hakainde Hichilema est revenu sur ses principaux objectifs : rendre la « vie meilleure », réduire le chômage et le poids de la dette.

Le successeur d’Edgar Lungu, qui en était à sa sixième candidature, va devoir relancer une économie minée par la dette, fragilisée par les cours imprévisibles des matières premières, et depuis peu le Covid-19. Entre 2019 et 2020 la dette du pays est passée de 94,5 % du PIB à plus de 117 % et la Zambie est devenue en novembre dernier le premier pays africain à faire défaut sur sa dette souveraine depuis le début de la pandémie.

« Au cours de la dernière décennie, le niveau de la dette est devenu insoutenable, réduisant la capacité du pays à investir », a soutenu Hakainde Hichelma devant ses sympathisants réunis dans le stade des Héros de Lusaka, la capitale du pays.

Restaurer la confiance

« Notre priorité au cours des cinq prochaines années sera de restaurer la stabilité macroéconomique », a-t-il poursuivi. « Nous accorderons une attention particulière à la réduction du déficit budgétaire, à la réduction de la dette publique et au rétablissement de la confiance des marchés dans notre pays. »

La dette extérieure zambienne s’élève au total à 12 milliards de dollars, dont environ 3 milliards d’euro-obligations, 3,5 milliards de dettes bilatérales, 2,1 milliards de dollars dues à des organismes de prêt multilatéraux (le FMI notamment), et 2,9 milliards de dollars dûs à des banques commerciales.

La victoire surprise d’Hakainde Hichilema, surnommé « HH », réussira peut-être à rassurer les créanciers : depuis son arrivée au pouvoir la différence de taux d’intérêts entre les bons du Trésor américains, valeurs de référence, et les obligations zambiennes est revenu à son niveau d’avant la pandémie.

« Notre budget national a été submergé par le service de la dette », a déclaré le nouveau président zambien, septième homme à occuper ce poste depuis l’indépendance du pays en 1964, promettant de tout faire pour rétablir la situation d’avant crise.

Pour cela, l’ancien homme d’affaires va devoir négocier avec les différents créanciers. Et la tâche ne s’annonce pas facile : les accords trouvés avec la Chine et les groupes chinois, qui représentent un quart de la dette extérieure du pays, comprennent des clauses de confidentialité particulièrement délicates au vu des exigences du FMI.

Par Jeune Afrique

La RDC et la Zambie vont-elles enfin régler leur différend frontalier ?

août 25, 2021
Sur la route du poste frontalier de Kasumbalesa, qui mène à la Zambie, dans la riche province minière du Katanga, en RDC.

La querelle, vieille de plusieurs décennies, est en passe d’être réglée grâce à la reprise des travaux de démarcation, le 20 août, et à la pose de bornes supplémentaires.

Depuis le 20 août, des experts congolais et zambiens mènent de nouveaux travaux de démarcation de la frontière entre la RDC et la Zambie. Ce qui pose problème, ce sont près de 200 kilomètres situés entre les lacs Moero et Tanganyika.

En 1996, puis en 2006 et 2016, des incidents ont éclaté entre les armées des deux pays. Plus récemment, en mai 2020, la RDC a de nouveau accusé la Zambie de manifester des « velléités d’annexion d’une partie de son territoire », affirmant que depuis le mois de mars précédent, des soldats zambiens avaient pénétré dans les localités de Kubanga, Kalubamba, Libondwe, Moliro et Minyenye, situées dans la province du Tanganyika.

Des combats avaient éclaté, faisant deux victimes, et cette poussée de tension avait été au cœur de discussions entre les présidents Félix Tshisekedi et Denis Sassou Nguesso, qui s’étaient rencontrés en juillet suivant à Brazzaville.

Frontière floue

Les deux parties vont-elles enfin parvenir à régler leur différend ? Tracée à la fin du 19e siècle par les anciennes puissances coloniales belge (pour la RDC) et britannique (pour la Zambie), la frontière s’est avérée floue et n’a cessé d’être contestée.

En août 1982, à Gbadolite, Congolais et Zambiens sont convenus de mettre sur pied une « commission spéciale mixte ». Les travaux de cette commission ont abouti, le 18 septembre 1989, à la signature d’un traité par les présidents Mobutu Sese Seko et Kenneth Kaunda.

L’accord était censé faire taire la querelle, mais il n’en a rien été, les deux pays continuant à « se tromper sur le tracé exact de la frontière », explique Camille Ngoma Khuabi, directeur chargé de la coopération transfrontalière à la Commission congolaise des frontières.

« Un pont entre deux pays »

Saisie par la RDC, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) s’en est mêlée, tranchant en faveur des autorités congolaises, si bien qu’à l’issue de sa médiation, en juin et juillet 2020, des bornes – principales ou géodésiques – ont été installées.

La phase actuelle consiste désormais en la pose de bornes intermédiaires, tous les 500 mètres, sur une portion longue de 205 km.

Le 23 août, les autorités des cités frontalières de Pweto (RDC) et Lupiya (Zambie) ont en outre lancé une campagne conjointe de sensibilisation des populations, de manière à renforcer le climat de paix et de sécurité dans la région.

À terme, « cela va aussi faciliter le commerce transfrontalier et les bonnes relations entre nos deux peuples, souligne Joseph Minango, à la tête de la délégation zambienne qui travaille à la démarcation de la frontière. Cela ne va pas ériger une barrière mais plutôt un pont entre nos deux pays. »

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala

Zambie : Hakainde Hichilema élu président

août 17, 2021
Hakainde Hichilema, lors d’une conférence de presse à son domicile, à Lusaka, le 16 août 2021.

Le 16 août, Edgar Lungu, le chef de l’État sortant, a été largement battu par son éternel opposant. À la surprise générale.

Ce lundi 16 août, Hakainde Hichilema, 59 ans, est devenu le septième président zambien démocratiquement élu, devançant Edgar Lungu de près de 1 million de voix.PUBLICITÉ

Candidat pour la sixième fois, Hichilema faisait figure d’éternel second. C’est la troisième fois qu’il faisait face à Lungu, président depuis 2015, dont il était devenu le principal opposant.

En prison pour « trahison »

Cet homme d’affaires autodidacte est, depuis 2006, à la tête de l’Alliance démocratique unie (UPND), qui prône le libéralisme social et économique, à l’encontre des idées du Front patriotique (FP), le parti conservateur du chef de l’État sortant.

Hichilema s’était vivement opposé à la réélection de Lungu en 2016. Il avait alors dénoncé des fraudes et multiplié les recours, ce qui lui avait valu d’être poursuivi en justice, puis incarcéré, d’avril à août 2017, pour « trahison ».

« HH », comme on l’appelle, a fini par s’ imposer comme le candidat du peuple, en particulier durant cette dernière campagne. La population le surnomme aussi « Bally », terme utilisé pour parler d’un aîné, en signe de respect.

Le 15 août dans l’après-midi, Hichilema a rendu visite à l’ancien président Rupiah Banda, avec qui il a évoqué « un large éventail de questions relatives au bien-être [du] peuple [zambien] », comme il l’a ensuite indiqué sur Twitter.

Soutiens étiolés

Entre le président sortant et son opposant, la course était serrée depuis le début de la campagne. Mais c’est l’état du pays, notamment sur le plan économique, qui a desservi Edgar Lungu. Ses soutiens se sont en effet étiolés du fait de l’augmentation du coût de la vie, conséquence d’une hausse du taux de l’inflation de plus de 20% durant son dernier mandat, particulièrement depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Les citoyens mécontents lui ont également reproché ses nombreux emprunts à des créanciers chinois pour financer la création d’infrastructures. La Zambie a été le premier pays africain à faire défaut sur sa dette depuis le début de la pandémie.

Avec un taux de participation supérieur à 70%, la population était au rendez-vous pour cette élection. Les bureaux de vote étaient restés ouverts tard dans la nuit du 12 au 13 août, jusqu’à 5 heures du matin, en raison de l’affluence. Certains électeurs patientaient depuis la fin d’après-midi.

Ce n’est que le 16 août à 2h30 du matin, à l’issue d’un dépouillement qui aura duré plusieurs jours, qu’Esau Chulu, le président de la commission électorale, a déclaré officiellement Hichilema président de la Zambie.

« La victoire est en vue »

Après une campagne au coude-à-coude, l’enthousiasme était palpable dans les rues de Lusaka, où de nombreux partisans de l’UPND, arborant les couleurs de leur parti, fêtaient la victoire avant même l’annonce des résultats.

Dans la soirée du 14 août, le FP avait fait savoir qu’il n’excluait pas de déposer des recours dans trois provinces, bastions historiques de l’opposition, qui, selon lui, auraient été le théâtre de violences lors du scrutin, de nature à invalider ce dernier.

Le matin même, Hichilema avait appelé au calme. « La victoire est en vue . Je demande à nos partisans de se réfréner », avait-il écrit sur son compte twitter. « Nous avons voté pour le changement, pour une Zambie meilleure, libérée de toute violence et discrimination. Incarnons le changement pour lequel nous avons voté », avait-il conclu

Par Jeune Afrique

Présidentielle en Zambie : ambiance fébrile et décompte au coude-à-coude

août 13, 2021
Des partisans du président zambien Edgar Lungu dans les rues de Lusaka, en Zambie, le 10 août 2021.

Le décompte des voix a repris en Zambie vendredi, au lendemain d’un scrutin tendu mais émaillé de peu d’incidents. Le président sortant et son opposant historique sont annoncés au coude-à-coude.

Les résultats de la présidentielle, mais aussi des législatives et municipales dans ce pays à l’économie plombée – la Zambie est le premier État du continent à faire défaut sur sa dette dans la foulée de la pandémie de coronavirus -, devront être connus d’ici dimanche soir.

L’écart entre le président sortant Edgar Lungu, 64 ans, et son infatigable rival qui se présente pour la sixième fois, Hakainde Hichilema, 59 ans, n’était que d’un peu plus de 100 000 voix en 2016. Il pourrait être encore plus serré, croient savoir les sondeurs.

Jeudi, les électeurs se sont mobilisés paisiblement, faisant parfois très longtemps la queue pour exprimer leur choix. Dans ce pays riche en mines de cuivre, les difficultés économiques et la forte inflation semblent avoir entamé le soutien à Edgar Lungu – accusé de se montrer de plus en plus inflexible depuis son arrivée au pouvoir.

Violences

Des violences ont été signalées dans la province du Nord-Ouest, un bastion d’Hichilema, où deux personnes dont un responsable du parti au pouvoir, le Front patriotique (PF), ont été tuées, a annoncé le président jeudi soir, accusant le parti de son rival, le Parti uni pour le développement national (UPND). La commission électorale zambienne a ouvert une enquête sur ces violences et ce meurtre, dont l’UPND s’est distancié, accusant le pouvoir de tenter ainsi de faire diversion. Le PF avance aussi que certains de ses partisans ont été agressés et chassés des bureaux de vote dans le sud du pays.

Edgar Lungu, qui avait déployé l’armée au début du mois pour renforcer l’ordre pendant la période électorale après des violences sporadiques, a annoncé le renfort d’effectifs militaires dans trois provinces. L’opposition craint que le président n’exagère l’ampleur de la violence et de l’instabilité dans les régions d’opposition pour justifier l’invalidation de résultats.

D’importantes perturbations d’accès aux réseaux sociaux, constatées jeudi notamment dans la capitale Lusaka, et coïncidant avec le moment du vote de Hakainde Hichilema – surnommé « HH » ou « Bally », terme affectueux désignant un aîné – suscitent aussi l’inquiétude.

Mise en garde

Le scrutin s’est poursuivi longtemps après la fermeture des bureaux de vote prévue jeudi à 18 heures, pour faire voter tous ceux qui étaient déjà installés dans la queue. Jusqu’à 3 heures du matin, dans certains endroits, a précisé la commission électorale. Des dépouillements partiels seront annoncés régulièrement jusqu’à dimanche soir quand tous les bulletins devraient être comptés.

Edgar Lungu a déjà laissé entendre que les violences du jour de l’élection avaient « empêché », dans trois provinces, les élections d’être « libres et équitables ». Les résultats à Lusaka, bastion traditionnel du parti au pouvoir qui concentre 3,3 millions de Zambiens, et dans la province centrale de Copperbelt, essentielle à l’économie du pays avec ses mines de cuivre, sont particulièrement scrutés, pouvant faire basculer l’élection.

Les observateurs, zambiens et internationaux, ont mis en garde contre d’éventuels troubles lorsque les résultats seront connus. « Le véritable test sera dans le processus de comptage », a commenté l’économiste zambien indépendant Trevor Simumba.

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle en Zambie: mobilisation des électeurs, scrutin annoncé serré

août 12, 2021
Presidentielle en Zambie: mobilisation des electeurs, scrutin annonce serre
Présidentielle en Zambie: mobilisation des électeurs, scrutin annoncé serré© AFP/Patrick Meinhardt

Les Zambiens choisissaient jeudi leur président, entre le sortant Edgar Lungu et son grand rival Hakainde Hichilema, après une campagne tendue centrée sur l’économie du premier pays africain à avoir fait défaut sur sa dette depuis le début de la pandémie.

Dès l’aube, des centaines forment des files d’attente impressionnantes devant les bureaux de vote. Dans le township de Matero, Andrew Daka, 20 ans, qui vote pour la première fois, veut du « changement »: « on ne peut plus continuer comme ça », souffle-t-il à l’AFP.

Plus loin, dans ce bureau modeste du sud de Lusaka, le président Lungu, 64 ans, veste en cuir et dents du bonheur, dépasse tout le monde d’une tête. « Les Zambiens sont prêts à voter et ils sont nombreux », dit-il à sa sortie, acclamé par des partisans poings en l’air. « On va gagner ! ».

A la mi-journée, Hichilema, surnommé « HH » ou le terme affectueux « Bally », riche homme d’affaires autodidacte de 59 ans qui se présente pour la sixième fois et promet de redresser l’économie, prend un bain de foule en allant voter.

Des centaines de journalistes et partisans agglutinés le suivent pas à pas. « Nous sommes confiants (dans le fait que) nous allons remporter la mise », dit-il, en costume sobre et col ouvert. « Les gens veulent que ça change, ça se voit sur leurs visages ».

« Ce qui compte, c’est que la décision de qui devient président, qui dirige ce pays, soit déterminée par (…) les électeurs, pas par les gens qui comptent les voix », ajoute-t-il le sourcil froncé. La veille, « HH » avait appelé la commission électorale à garantir un scrutin « libre et équitable ».

L’opposition, qui craint des fraudes, avait aussi accusé le gouvernement de chercher à entraver la campagne de M. Hichilema, ce que le Front patriotique (PF) au pouvoir dément avec véhémence.

Et alors que le gouvernement avait menacé de bloquer internet si certains « colportent des fausses informations pouvant déstabiliser » l’élection, messages Whatsapp et internet étaient ralentis ou bloqués par endroits dans l’après-midi, a-t-on constaté.

Résultats d’ici dimanche

Dans le quartier populaire de Mtendere, plus de 200 électeurs prennent leur mal en patience, papotant dans la queue ou achetant une glace à un vendeur apparu opportunément. Musique à fond, tavernes servant des bières et circulation dense… Pas de tension palpable.

Thomas Wandu, mineur de 41 ans, va voter Lungu, perçu comme un homme fort. « Sous terre, ça ne se passe comme ça devrait », confie-t-il à l’AFP, « les patrons (chinois) ne respectent pas leurs engagements de salaires ».

Mais la hausse du coût de la vie a érodé la base de soutien du président sortant, selon les sondages, et l’élection pourrait être plus serrée qu’en 2016, quand « HH » avait perdu d’un peu plus de 100.000 voix.

M. Lungu, avocat de formation, est critiqué pour avoir emprunté de façon déraisonnable, notamment auprès de créanciers chinois, pour financer une frénésie de projets d’infrastructure.

L’inflation a grimpé à plus de 20 % sous sa présidence et fin 2020, la Zambie a été le premier pays africain à se trouver en défaut de paiement depuis l’apparition du coronavirus.

Des violences sporadiques ont éclaté à l’approche du vote entre partisans des deux principaux candidats, poussant M. Lungu à déployer l’armée. L’opposition a dénoncé cette mesure sans précédent, la qualifiant de tactique d’intimidation.

Le président s’est montré de plus en plus autoritaire face à toute opposition depuis son arrivée au pouvoir en 2015, faisant craindre des tensions en cas de contestation des résultats, qui devraient être connus d’ici dimanche soir, dans les 72 heures après la fermeture des bureaux de vote jeudi (16H00 GMT).

Le gagnant doit obtenir plus de 50 % des voix pour éviter un second tour, ce que les observateurs jugent peu probable.

Pare Point avec AFP

Le président fondateur de la Zambie, Kenneth Kaunda, est décédé à l’âge de 97 ans

juin 18, 2021

LUSAKA, 17 juin (Reuters) – Kenneth Kaunda, président fondateur de la Zambie qui a dirigé son pays pendant 27 ans et défendu les luttes de l’Afrique contre l’apartheid et le VIH/sida, est décédé à l’âge de 97 ans.

« KK », comme on l’appelait populairement, était soigné pour une pneumonie au Maina Soko Medical Center, un hôpital militaire de Lusaka.

« Au nom de toute la nation et en mon nom personnel, je prie pour que toute la famille Kaunda soit réconfortée alors que nous pleurons notre premier président et véritable icône africaine », a déclaré le président Edgar Lungu dans un message sur sa page Facebook.

Les autorités ont déclaré 21 jours de deuil pour le héros de la libération qui a régné de 1964, après que la nation d’Afrique australe a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne, jusqu’en 1991.

Bien que l’économie basée sur le cuivre de la Zambie s’en soit mal tirée sous sa longue gérance, on se souviendra davantage de Kaunda pour son rôle de combattant anticolonial qui a résisté à l’Afrique du Sud dirigée par la minorité blanche.

Il a partagé une perte vécue par d’innombrables familles en Afrique lorsque son fils Masuzyo est décédé du sida en 1986, et il a commencé une croisade personnelle contre la maladie.

« C’est le plus grand défi pour l’Afrique. Nous devons lutter contre le sida et nous devons le faire maintenant », a-t-il déclaré à Reuters en 2002.

« Nous avons combattu le colonialisme. Nous devons maintenant utiliser le même zèle pour lutter contre le sida, qui menace d’anéantir l’Afrique. »Report ad

En tant que leader du premier pays de la région à rompre avec ses colonisateurs européens, Kaunda a travaillé dur pour entraîner d’autres anciennes colonies dans le sillage de la Zambie vers la règle de la majorité.

En 1991, il a été contraint de tenir les premières élections multipartites depuis 23 ans, qu’il a perdues face à un ennemi de longue date, le syndicaliste Frederick Chiluba.

Bien qu’il soit largement admiré en tant qu’homme chaleureux et émotif, les électeurs ont estimé qu’il avait dépassé son accueil au pouvoir et qu’il avait mal géré l’économie.

L’INATTENDU

Kenneth David Kaunda est né le 28 avril 1924, le plus jeune des huit enfants d’un pasteur de l’Église d’Écosse à la mission de Lubwa dans le nord reculé du pays.

Connu aussi sous son nom africain de « Buchizya » – l’inattendu – il a fait des travaux subalternes pour gagner des frais de scolarité après la mort de son père. Il a travaillé comme enseignant et agent de protection des mines et est entré en politique en 1949 en tant que membre fondateur du Congrès national africain de la Rhodésie du Nord.

Dans ses premiers jours d’agitation anticoloniale, il a fait du vélo de village en village en prêchant la règle de la majorité.

Une victoire écrasante de 1963 pour l’UNIP, qui s’était séparé de l’ANC cinq ans plus tôt, a conduit Kaunda à devenir premier ministre de la Rhodésie du Nord. À l’indépendance en 1964, il devient président de la nouvelle Zambie.

Au moment où il a perdu le pouvoir, la popularité de Kaunda s’était effondrée et les difficultés s’étaient emparées de la plupart de ses 11 millions d’habitants alors que le prix du cuivre, la principale exportation du pays, s’effondrait.

  L'ancien président zambien Kenneth Kaunda (au centre) marche avec des enfants dans le village de Ganze .  REUTERS/Joseph Okanga/Photo d'archive
L'ancien président de la Zambie, Kenneth Kaunda, s'exprime lors des funérailles de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela à Qunu, le 15 décembre 2013. REUTERS/Odd Andersen/Pool/File Photo
L'ancien président de la Zambie Kenneth Kaunda assiste au 40e anniversaire de l'indépendance à Lusaka le 24 octobre 2004, après que le gouvernement s'est excusé publiquement de l'avoir arrêté et emprisonné sur des accusations forgées de toutes pièces en 1997. Connue sous le nom de Rhodésie du Nord sous la domination britannique, la Zambie a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne après négociations fructueuses avec les combattants de la liberté dirigées par Kenneth Kaunda, le président fondateur.  REUTERS/Salim Henry RSS/GB/Fichier Photo

L’ancien président de la Zambie, Kenneth Kaunda, s’exprime lors des funérailles de l’ancien président sud-africain Nelson Mandela à Qunu, le 15 décembre 2013. REUTERS/Odd Andersen/Pool/File PhotoLire la suite

Après 27 ans à enseigner à ses compatriotes africains comment construire une nation indépendante, il a été confronté à la misère dans son propre jardin et à la colère de son peuple généralement facile à vivre.

En juin 1990, le doublement du prix de la farine de maïs, l’aliment de base de la plupart des Zambiens, a déclenché une émeute de trois jours au cours de laquelle 27 personnes ont été tuées, 150 blessées et des centaines arrêtées lors de l’arrivée de l’armée.

Le même mois, un lieutenant de l’armée s’est introduit de force dans un studio de radio d’État et a annoncé que Kaunda avait été renversé, envoyant les gens se précipiter dans les rues de Lusaka pour applaudir.

Le coup d’État s’est avéré être une fiction et le lieutenant a été arrêté, mais la réaction du public avait montré à quel point la popularité de Kaunda était tombée.

PLEURER EN PUBLIC

Kaunda n’avait pas honte de pleurer en public et avait un style de parole unique, mettant l’accent sur les pensées clés en répétant des phrases entières, son mouchoir blanc caractéristique dans sa main gauche.

Il a épousé une idéologie d’« humanisme » mêlant éthique chrétienne, valeurs traditionnelles africaines et principes socialistes.

Dans les affaires étrangères, Kaunda était une figure de premier plan parmi les sept États d’Afrique australe qui ont mené la lutte contre l’apartheid, et il a laissé le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela s’installer en exil à Lusaka pendant les trois décennies où il a été interdit. en Afrique du sud.

Kaunda a également joué un rôle majeur dans les pourparlers d’indépendance du Mozambique en 1975, du Zimbabwe en 1980 et de la Namibie en 1990.

Malgré les accusations de corruption contre son parti UNIP, il a obtenu le mérite d’avoir cédé aux vents du changement politique et de préférer une transition pacifique à une confrontation violente.

Il était philosophe sur sa défaite en 1991. Appelant à l’unité et à la paix, il a déclaré dans une émission : « Ceux qui entrent dans l’opposition sont toujours un catalyseur actif pour un bon gouvernement, en fait une partie intégrante d’un bon gouvernement. »

En 1996, Kaunda a tenté de faire un retour politique, mais il a été bloqué lorsque Chiluba a imposé des amendements constitutionnels qui ont déclaré l’ancien « père de la nation » un étranger parce que ses parents venaient du Malawi.

Il a été arrêté en décembre 1997 et inculpé de trahison à la suite d’une tentative de coup d’État par des officiers subalternes de l’armée deux mois plus tôt. Il a été détenu dans une prison à sécurité maximale, mais plus tard placé en résidence surveillée jusqu’à ce que l’État abandonne les charges.

Après l’assassinat de son fils et héritier politique Wezi Kaunda en octobre 1999, Kaunda a annoncé son retrait de la politique intérieure pour se concentrer sur l’arrêt de la propagation du sida par le biais de sa Fondation Kenneth Kaunda Children of Africa.

Outre Masuzyo et Wezi, Kaunda et sa femme Betty ont eu six autres enfants – quatre garçons et deux filles.

Dans ses dernières années, il mena une vie tranquille, restant la plupart du temps à la maison et n’apparaissant qu’occasionnellement à des fonctions d’État.

Lors d’une rare apparition publique en septembre 2019, à l’âge de 95 ans, il s’était élevé contre une vague d’attentats en Afrique du Sud contre des étrangers en provenance d’autres pays africains.

« Nos frères et sœurs d’Afrique du Sud devraient se rappeler que ces mêmes personnes qu’ils traitent avec cruauté sont les mêmes qui étaient des compagnons d’armes dans la lutte contre le régime brutal d’apartheid », a déclaré Kaunda.

Avec Reuters par Reportage de Chris Mfula ; Écriture de Tim Cocks; Montage par Alison Williams

RDC-Zambie: l’armée zambienne sommée de quitter le territoire congolais

juillet 27, 2020

 

L’échéance de la communauté de développement d’Afrique australe (Sadc) court jusqu’au 1er août 2020.

La récente descente sur le terrain des experts de la Sadc s’est avérée concluante pour la République démocratique du Congo dont le conflit frontalier avec la Zambie n’a cessé de faire couler beaucoup d’encre. Les réactions de satisfaction enregistrées notamment dans les provinces de l’ex-Katanga sont éloquentes quant aux attentes des politiques et des communautés directement concernées par l’occupation des localités de Kibanga et Kalubamba.

La réaction de la Sadc est consécutive au rapport de sa délégation envoyée dans la province du Tanganyika en date du 22 juillet après avoir été saisie par la RDC du litige frontalier qui l’opposait à la Zambie. Après examen du contentieux frontalier, la Sadc a décidé que les localités de Kibanga et de Kalubamba font partie de la RDC et a exigé le retrait des troupes zambiennes du territoire congolais.

Le gouvernement provincial du Tanganyika s’est réjoui de la tournure heureuse des événements et a rappelé l’harmonie qui a toujours caractérisée les relations entre la RDC et le Zambie. Le porte-parole du gouvernement provincial affirme, par ailleurs, ne pas comprendre les raisons de l’agression de l’armée zambienne. « Ce fut une véritable agression que notre pays a semblé minimiser car, depuis plusieurs décennies, la RDC et la Zambie vivent dans une parfaite harmonie coopérative », a-t-il déclaré.

Selon des sources concordantes, les armées de la RDC et de la Zambie s’étaient affrontées dans le village de Kibanga, dans le territoire de Moba, en mars dernier. Les militaires zambiens, appuyés par leur aviation, avaient même investi depuis le 15 mars ce village et y avaient hissé leur drapeau après avoir descendu celui de la RDC. Cependant, les autorités congolaises et zambiennes avaient opté pour une solution pacifique.

Avec Adiac-Congo par Jules Tambwe Itagali

Crise au sein du FCC-Cach en RDC : Félix Tshisekedi appelle au calme

juillet 17, 2020

Félix Tshisekedi, lors d'une visite officielle à Brazzaville, le 16 juillet 2020.

Félix Tshisekedi, lors d’une visite officielle à Brazzaville, le 16 juillet 2020. © DR / Présidence congolaise

 

Alors que les dissensions au sein de l’alliance politique entre ses partisans et ceux de Joseph Kabila ne cessent de s’accentuer, Félix Tshisekedi a lancé jeudi un appel « au calme et au rassemblement ».

« La démarche du président que je suis est celle d’appeler toujours au calme et au rassemblement (…). Nous n’allons pas vers une rupture de la coalition », a déclaré jeudi le président Tshisekedi, lors d’une conférence de presse à Brazzaville où il a effectué une brève visite.

« Nous allons trouver une solution »

Interrogé sur les tensions qui agitent la coalition au pouvoir à Kinshasa, entre le Cap pour le changement (Cach, pro-Tshisekedi) et le Front commun pour le Congo (FCC, fidèle à l’ancien président Joseph Kabila), il a assuré qu’il y a en ce moment « des délégués des deux camps qui se voient et qui discutent. (…) Donc nous allons trouver une solution ».

Les partisans de Tshisekedi et Kabila s’affrontent notamment sur une réforme de la magistrature, et sur la désignation de Ronsard Malonda comme nouveau président de la Commission électorale.

Conflit avec la Zambie

Lors de cette conférence de presse, Félix Tshisekedi a également évoqué le conflit frontalier entre son pays et la Zambie. « Nous n’avons jamais compris l’attitude de la Zambie avec qui nous avons eu d’ailleurs plusieurs explications », a affirmé le président Tshisekedi.

Denis Sassou Nguesso accompagne les deux pays « par ses conseils » et « ses appels à la retenue »

Au Tanganyika, à l’extrême sud-est de la RDC, l’armée congolaise a été placée en « état d’alerte » face aux forces zambiennes accusées d’occuper quelques villages. « On va dire que la situation est calme en attendant que la SADC (Communauté des États de l’Afrique australe) nous aide à retracer les frontières qui datent de l’époque coloniale et à nous débarrasser définitivement de ce problème », a-t-il ajouté.

Médiateur régional, le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso accompagne les deux pays « par ses conseils » et « ses appels à la retenue », a ajouté Félix Tshisekedi après sa rencontre avec son homologue.

Les deux Chefs d’Etat ont en outre abordé la pandémie du Covid-19, appelant « au renforcement de la solidarité internationale » et insistant sur la nécessité « qu’un futur vaccin contre le nouveau coronavirus soit un bien public mondial », selon le communiqué final de leur rencontre.

Avec Jeune Afrique avec AFP