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Conte : Le Cheval et le Zèbre

juin 26, 2011

Un Cheval fatigué de tourner en rond dans la forêt dit à son cousin le Zèbre d’aller chercher du travail chez le fermier du village.

Très tôt le lundi pendant que les moineaux friquets chantaient dans la joie l’hymne de l’aube aux sons d’interminables pépiements saluant le lever du jour dans la beauté de l’aurore; ils prirent une toilette sobre et rapide, firent quelques ablutions pour se nettoyer la bouche avec un morceau de liane et mangèrent les restes de la nourriture de la veille. Le Cheval et le Zèbre se placèrent au bord de la route pour attendre le fermier qui a l’habitude de passer par là pour lui suggérer de lui rendre la bienveillance d’un quelconque service de portage entre la ferme et le marché.

Interpellé par leur hennissement nasillard, il se tourna vers eux, ralentit ses pas pour les attendre. Il crut voir des jumeaux car leur ressemblance était fort identique. Mais tel ne fut pas le cas, ils étaient des simples cousins de la même famille. Quand ils furent à son approche, ils exprimèrent leur désir dans une pensée fort claire consistant à la quête d’un travail saisonnier par rapport à la corpulence de leur constitution physique. Le fermier pensant aussitôt à ses lourdes charges et aux moyens dérisoires à sa disposition, saisit l’opportunité de cette belle sollicitation des manœuvres. Ils cheminèrent avec ses ouvriers à la ferme, les embaucha, signa un contrat et leur montra les différentes tâches à exécuter.

Le Cheval chargea sur son dos des gigots de viande de bœuf tandis que le Zèbre porta sur lui des barres de fromage. Il leur expliqua l’emplacement de son magasin au marché d’où ils déposeraient les colis. Il les paya et prirent rendez-vous le lendemain devant la porte de la ferme.

Le Zèbre qui avait la mission de transporter la marchandise la plus précieuse – peureux et imprévisible – par manque d’assurance de l’équilibre de son dos fit tomber les morceaux de fromage qui se couvrirent de terre. Il s’arrêta un instant, les ramassa, les essuya et les remit dans leur emballage. Quant au Cheval il avait réussi à faire arriver la viande à destination dans les meilleures conditions de son obligation et en toute responsabilité dans la parfaite conscience du travail le mieux accompli.

Le fermier après voir fini les quelques activités de contrôle et de surveillance de sa ferme, partit rejoindre sa marchandise pour commencer la vente auprès de ses nombreux clients qui étaient déjà en file indienne connaissant l’heure d’ouverture de son magasin. L’achalandage avait augmenté en quantité du fait de la modernité de la fabrication mais aussi de la bonne réputation de sa qualité au regard de la publicité qui produisait depuis belle lurette une large répercussion dans le périmètre d’habitation et au-delà des frontières. Le monopole aidant, il avait tout vendu en peu de temps. Heureux de sa recette, il comptait son argent au grand sourire de ses lèvres qui illuminaient son visage.

Le lendemain comme convenu, le fermier retrouva ses ouvriers à la ferme. Il leur demanda de charger cette fois-ci des bidons de lait, de la volaille et de la viande de porc. Il partit ensemble avec eux monta sur le dos du cheval dandinant sur le cuir soyeux de sa colonne vertébrale, prenant soin de caresser sa crinière. Le Zèbre qui marchait à côté introduisait quelques bonnes petites phrases dans la conversation :
• « Monsieur le fermier vous ne regretterez pas nos services tant que vous comprendriez combien de fois nous pourrions être utiles dans la société des hommes »
• Le fermier répondit sans hésitation : « Il me faut encore un petit temps d’essai avec vous pour bien apprécier la qualité de votre rendement car il est trop tôt que je puisse porter un jugement hâtif sur vous».

Dès leur apparition à la place du marché des clameurs de protestation les accueillirent accompagnées des huées qu’ils ne comprenaient pas du tout. Jetant le regard, en biais, à gauche et à droite, la mine des clients était grise et peu joyeuse. Après qu’il eût descendu du cheval, il vit devant sa porte les paquets de fromage vendus la veille entassés barrant toute la porte pour l’empêcher de rentrer marqués d’écrits à l’encre noire : « Remboursement! ». Il demanda le secours de ses ouvriers pour dégager la porte et il accéda dans son magasin avec la nouvelle marchandise. Le zèbre à la vue du retour de cette marchandise bougea ses épaules et ses nasaux pour avoir compris.

Aussitôt, il était rejoint par des agents du service de la santé publique, du service des consommateurs ainsi que du service d’hygiène qui engagèrent des pourparlers pendant quelques minutes afin de trouver une solution à la colère de sa clientèle. Ceux-ci lui dirent que son fromage contenait des grains de sable et qu’il était impropre à la consommation raison pour laquelle tous les clients sont venus le rendre. Il poussa un cri d’étonnement : ce n’est pas vrai, grommela-t-il, c’est du jamais vu chez-moi, c’est pour la première fois. Il prit par hasard quelques paquets de fromage, les ouvrit pour s’en apercevoir. Effectivement, il sentit lui-même la présence du sable dans son fromage. Il sortit et s’excusa auprès de ses nombreux clients et les remboursa pour asseoir la confiance et maintenir leur fidélité. Il promit qu’une inspection des services habilités devrait se rendre sur le lieu de la fabrique d’après l’entente pour vérifier les conditions dans lesquelles il produit son fromage.

Le fermier demanda au Cheval et au Zèbre s’ils pouvaient lui rendre ce service de prendre chacun sur son dos deux personnes jusqu’à la ferme. Ils acceptèrent. Par groupe de deux, ils montèrent et partirent. Le fermier et un agent de la santé publique qui étaient transportés par le Cheval arrivèrent sans difficultés alors que l’agent de l’hygiène publique et celui des consommateurs furent exposés aux caprices et nombreuses chutes par le zèbre. Ils tombèrent dix fois en route, les membres endoloris, plein de torticolis, fatigués et épuisés. Ils jurèrent de ne plus se faire transporter par lui.

Confus et honteux d’apprendre le mauvais service rendu, le fermier donna en aparté un avertissement solennel au Zèbre et invita les inspecteurs d’effectuer leur enquête. Ils trouvèrent la fabrique dans un état de propreté irréprochable. Ils firent un essai de fabrication du fromage sans pouvoir détecter du sable. Ils conclurent une origine étrangère dans la survenance de l’incident fâcheux découvert par les consommateurs. Ils poussèrent la réflexion de la recherche vers les transporteurs c’est-à-dire du côté du Cheval et du Zèbre. En revoyant le film de la journée du lundi, ils constatèrent que la viande transportée par le cheval n’avait pas de problème, seul le fromage qui en présenta.

Dès lors ils interrogèrent les ouvriers si, par hasard, en cours de route, la marchandise était tombée. Les deux ouvriers refusèrent. Au regard du précédent du Zèbre, des soupçons commençaient à peser sur lui. Une commission repartit avec le Cheval sur la route pour inspecter et découvrit à un endroit quelconque un indice révélateur d’herbe couchée qui attira leur attention où un paquet de fromage avait été abandonné. Celui-ci faisait partie du lot transporté par le Zèbre. On le prit et le ramena comme moyen de preuve pour confondre le transporteur de la marchandise.

La commission se réunit dans la ferme, appela le Zèbre si par mésaventure, il avait fait tomber le fromage. Dès qu’il vît le paquet, il tremblait dans toute sa chair, au point de faire des pertes d’urine salissant le sol et il accepta d’avoir fait tomber tout le fromage en route pendant que le Cheval était à une bonne distance de lui. « Il s’arrêta, le ramassa, l’essuya et le remit dans leur emballage respectif », dit-il.

Furieux de cette déclaration d’aveu à caractère de grand malaise et d’extrême gravité pouvant entacher sa réputation après un long refus à reconnaître son acte. Le fermier prit une charrette, l’ajusta et demanda au cheval de raccompagner la délégation des trois membres chargés de l’inspection de son milieu de travail.

Le Cheval les conduisit au galop de sa course et revint rapidement. Le fermier le remercia de son dévouement, de son exemplarité et le recruta pour un contrat à durée indéterminée. Il appela le Zèbre pour lui réprimander de lui avoir caché cette information. Celui-ci répliqua que chez-eux, ils mangent même de la nourriture couverte de terre. Le fermier fâché lui infligea un blâme au dossier et lui dit que les hommes et les animaux n’ont pas développé les mêmes aptitudes de goût. Il voulut encore se justifier que son dos n’était pas fait pour transporter des lourdes charges. Excédé, il lui remit une lettre de licenciement lui demandant de repartir dans son milieu vital des savanes pour plaire à la nature sauvage car il n’est bon à rien. Il prit de la peinture et lui traça des zébrures, des raies indélébiles comme marques à vie sur sa peau pour facilement le reconnaître entre lui et son parent. Alors que le Cheval qui est son cousin est un travailleur consciencieux, ayant un bon comportement, une bonne mobilité et avec qui il peut réaliser de nombreux projets de métiers dans la société des humains allant des travaux champêtres en passant par l’équitation jusqu’au tourisme voire à la communication.

Depuis ce temps, le Cheval est devenu un ami et un employé de l’homme qui partage avec lui une intime complicité vitale pour des moments heureux et paisibles passés ensemble depuis des millénaires.

Le travail bien fait peut vous apporter une récompense excellente pour honorer vos qualités.

© Bernard NKOUNKOU