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Congo : « La situation sanitaire est catastrophique » à Brazzaville

mars 30, 2012

Près d’un mois après l’explosion d’un dépôt de munitions à  Brazzaville, qui a entraîné la mort de 223 personnes, des milliers de sinistrés  ont violement manifesté lundi 26 et mardi 27 mars, alors que l’aide d’urgence  promise par le gouvernement ne leur avait pas été versée. Dans le même temps, la  situation au sein des sites d’hébergement de la ville se dégrade, avec notamment  l’apparition du choléra. Roch Euloge N’zobo, responsable des programmes de  l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH), met en cause le manque de  compétences techniques du gouvernement congolais.

Jeune Afrique : Quelle est la situation après les émeutes des lundi  26 et mardi 27 mars ?

Roch Euloge N’Zobo : Le problème n’est pas réglé. Les listes  des bénéficiaires de l’aide d’urgence ont été élaborées par des personnes non  compétentes. On a également constaté la mauvaise fois de certains chefs de  quartiers qui ont également participé à leur élaboration. Des personnes fictives  ont ainsi été inscrites sur les listes, alors que les sinistrés n’ont pas été  pris en compte. C’est quand les sinistrés concernés l’ont constaté que les  émeutes ont débuté.

Deux listes ont été créées, une pour les propriétaires – à ce niveau les  versements ont été effectués ou sont en cours -, l’autre pour les locataires.  C’est à ce niveau là que le gouvernement rencontre un problème. Le décompte est  difficile car plusieurs familles pouvant habiter à la même adresse. Le  gouvernement a donc suspendu la distribution du fonds d’urgence afin  d’approfondir les listes.

Des cas de choléras signalés

Déjà jugée catastrophique, la situation sanitaire se dégrade dans les sites  d’hébergement provisoire des sinistrés sans-abri à Brazzaville. « La situation a  évolué défavorablement et nous faisons actuellement face à une dizaine de cas de  choléra, qui touche deux sites », a affirmé mercredi 28 mars le Dr Youssouf  Gamatié, représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) au Congo. Et  le directeur général de la santé au Congo, le Professeur Alexis Elira Dokekias,  de confirmer : « Depuis le 4 mars, nous avons 13 cas de choléra suspects dont un  cas confirmé au niveau des sites et un décès ». Les deux lieux affectés sont la  cathédrale Sacré coeur, proche du centre-ville, et le marché couvert Nkombo, au  Nord, qui accueillent respectivement environ 6 000 et 5 000 personnes, sur les  14 000 hébergées au total dans une dizaine de sites. « Des quartiers populaires  sont également touchés. Ce sont les conditions déplorables d’hygiène,  l’insuffisance de l’assainissement qui font le lit du choléra. On a eu aussi de  fortes pluies qui sont un facteur déterminant », explique Gamatié. (Avec  Agences).

Le gouvernement congolais a assuré que l’argent était disponible et serait  versé à toutes les personnes enregistrées. Est-ce réalisable ?

Je pense que oui. Le fond d’urgence promis sera versé. Il faudrait ensuite  que les victimes soient indemnisées. Mais les dégâts matériels n’ont pas encore  été évalués. Une commission doit être mise en place afin d’étudier cela.

Les organisations humanitaires font état d’une dégradation de la  situation sanitaire dans les centres d’hébergement (voir encadré). Qu’en est-il  exactement ?

La situation sanitaire est catastrophique. Dans les sites de la cathédrale  Sacré coeur et du marché couvert, la distribution des aliments est chaotique.  Les conditions de vie sont insalubres, les odeurs nauséabondes, les toilettes  pas bien entretenues, il a de graves problèmes d’assainissement. On a constaté  des cas de rougeoles à la cathédrale.

Comment l’expliquez-vous ?

Le gouvernement a les moyens, de la bonne volonté, mais le ministère des  Affaires sociales, qui est responsable des différents sites, n’a pas les  compétences techniques pour gérer ces sites. Ils auraient mieux fait de  transférer la gestion des sites d’accueil à des organismes ayant l’habitude de  traiter ce genre de situation. Certaines organisations  internationales comme MSF et la Croix-rouge assistent tout de même le  ministère.

De plus, les gens se plaignent de vols, qu’une partie de l’aide (médicaments,  vêtements) est détournée par des agents du ministère. Les cas de détournements  ont d’ailleurs été dénoncés par la ministre des Affaires sociales elle-même.

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Jeuneafrique.com propos recueillis par Vincent Duhem