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RDC: l’épilogue de l’affaire Kabila-Sakombi expliqué à ceux qui ont raté le début

février 10, 2018

 

Des magistrats congolais devant le nouveau Palais de justice, le 20 février 2015 à Kinshasa. © Flickr/John Bompengo/Monusco

La Cour suprême de justice a cassé mercredi l’arrêt qui avait ordonné en 2010 à Dominique Sakombi, aujourd’hui décédé, de quitter son domicile de Kinshasa. La famille de l’ancien ministre crie victoire sur Zoé Kabila, frère du président de la RDC, qui, selon elle, se cachait derrière le nouveau propriétaire déchu. Retour sur cette affaire complexe.

C’est l’histoire d’un feuilleton politico-judiciaire à rebondissements. En toile de fond, un litige immobilier rocambolesque opposant, souvent par acteurs doublés, deux familles bien connues de la scène politique de la RD Congo : les Kabila et les Sakombi. Une affaire de trahison, de « coup de poignard dans le dos » pour les uns, ou d’un dossier purement judiciaire qui n’aurait rien à voir avec la famille présidentielle, prétendent les autres.

Tout tourne autour d’un homme, aujourd’hui décédé. Son nom : Dominique Sakombi Ilongo. Cet as de la communication a été plusieurs fois ministre sous Mobutu Sese Seko. Mais après la chute du maréchal, il parvient non sans souplesse à collaborer avec le nouveau régime. Celui qui avait conçu le jingle musical faisant apparaître depuis le ciel le visage de Mobutu à chaque ouverture de journal de la télévision publique, se retrouve ainsi, très rapidement, dans le sillage des nouveaux maîtres de Kinshasa.

Pourquoi le nom de Zoé Kabila est cité

Dès son arrivée aux affaires en effet, Laurent-Désiré Kabila fait de Dominique Sakombi son conseiller spécial à la communication, avant de le nommer secrétaire général des Comités du pouvoir populaire (CPP), lesquels ont précédé à la création du Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD), actuel parti de Joseph Kabila. « La confiance de Mzee envers Sakombi était telle que le président de la République lui fit honneur de présenter, en son nom, les vœux de l’an 2001 au peuple congolais », se souvient un des enfants de « Domsak ». À l’époque, le paternel est ministre de l’Information, porte-parole du gouvernement.

C’est Zoé Kabila qui a expliqué à mon père que le vrai propriétaire de sa maison était désormais un certain Lungumbu », affirme Molendo Sakombi

Après l’assassinat de Kabila père en 2001, Sakombi quitte le gouvernement. Deux ans plus tard, Kabila fils, le nouveau chef de l’État, le place à la vice-présidence de la Haute autorité des médias. C’est à ce poste qu’il apprend que son domicile, situé dans la commune huppée de Ngaliema, à Kinshasa, aurait été acheté par… Zoé Kabila, frère du président de la République.

Molendo Sakombi, un autre fils de l’ancien ministre et proche de l’opposant Vital Kamerhe, s’en souvient bien : « Courant 2006, mon père a reçu un coup de fil du chef du protocole de la présidence de la République, l’invitant à se présenter à la résidence de M. Zoé Kabila dans le quartier Gulf. Il s’y est rendu et le frère du chef de l’État lui a ainsi expliqué que le vrai propriétaire de sa maison était désormais un certain Elie Lungumbu Milonge, étant en réalité son nom d’emprunt. »

Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux à l’époque, Germaine Sakombi, l’épouse de Sakombi Ilongo, reprend la même version, le 24 avril 2010, lorsque la famille doit quitter les lieux, comme l’a décidé la cour d’appel de Kinshasa/Gombe.

Aux origines de l’affaire Kabila-Sakombi

« Domsak » meurt quelques mois plus tard. Sans emporter l’affaire avec lui. Un dossier politico-judiciaire bien complexe, dont les premiers éléments de compréhension remontent à 1970. Récapitulons.

Cette année-là, Georges Tsolakis, un individu grec, cède sa parcelle à l’entreprise Économat du peuple, « en compensation des marchandises [qu’on] lui fournies à crédit », renseigne un rapport de la Cour suprême de justice consulté par Jeune Afrique.

Problème : la même année, M. Amadou Konan, de nationalité ivoirienne, aurait acheté le même bien immobilier auprès de… l’Économat du peuple. Un certificat d’enregistrement, faisant preuve de l’acquisition d’une propriété immobilière en RDC, lui est ainsi délivré en 1982. S’ouvre alors le premier épisode du feuilleton : l’Économat du peuple conteste l’achat et les propos d’Amadou Konan. La bataille se déroule devant les cours et les tribunaux, mais aussi dans les bureaux des ministres. L’Économat du peuple sort vainqueur, après l’intervention du commissaire d’État des Affaires foncières.

En 1985, l’Économat du peuple vend la parcelle à un Espagnol, qui le cède, à son tour, à Dominique Sakombi. Survient alors dans le dossier M. Thubemona Mbinga Toto. Brandissant une procuration de son beau-frère, l’Ivoirien Amadou Konan, il se revendique également comme étant le propriétaire de la maison. Il obtient gain de cause devant la cour d’appel de Kinshasa/Goma en 2010, après avoir vendu à Elie Lungumbu Milonge, présenté, par la famille Sakombi, comme le nom d’emprunt de Zoé Kabila.

La concession querellée a été vendue après la mort du mandant », extrait de l’arrêt de la Cour suprême de justice rendu le 7 février 2018

C’est cette décision judiciaire qui a été « cassé[e] », le mercredi 7 février, par la Cour suprême de justice. « Il [apparaît] que la concession querellée a été vendue après la mort du mandant [Amadou Konan] tel que confirmé par le mandataire [Thubemona Mbinga Toto] lui-même », peut-on lire dans l’arrêt que JA a pu consulter.

« Durant sept ans de procédure, la partie adverse n’a pas pu contourner cet aveu judiciaire. Pis, l’Ivoirien dont il est question n’a jamais existé », commente Molendo Sakombi, se fondant sur une lettre de l’ambassade de Côte d’Ivoire en RDC.

 

« Une victoire au goût amer, nuance de son côté Germaine Sakombi. J’ai perdu mon mari à cause de cette affaire. Malgré l’immunité honoraire que l’on pouvait lui reconnaître pour avoir tant servi le pays – gouverneur, ambassadeur, ministre entre autres -, il s’était fait déguerpir de son domicile comme un chien. » Sans rancune, elle se refuse néanmoins de « ressasser le passé ». Pas un mot, donc, à l’endroit de la famille présidentielle.

À la présidence de la République, le pasteur Théodore Mugalu, responsable de la Maison civile du chef de l’État, dit « n’avoir pas été informé de l’arrêt prononcé dans cette affaire ». Il reconnaît avoir été impliqué, « il y a quelques temps », dans la recherche d’un compromis à l’amiable. « Je n’avais pas aimé voir Mme Germaine Sakombi parler ainsi de la famille présidentielle. Elle est venue me voir et j’ai essayé de l’assister pour trouver une solution », explique-t-il.

Qu’à cela ne tienne, sur le papier, « ce n’est pas Zoé Kabila qui était en procès contre la famille Sakombi », rappelle celui qui s’occupe des affaires domestiques des Kabila. Quid de Elie Lungumbu Milonge ? Contacté, ce dernier « se réserve de tout commentaire ».

Jeuneafrique.com par

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