Les « combattants » refoulés du Royaume-Uni en RDC menacés de torture, info ou intox ?

Un opposant exhibe une page de The Guardian se rapportant à l'affaire. Un opposant exhibe une page de The Guardian se rapportant à l'affaire. © Toleka NetTv/YouTube

Un opposant exhibe une page de The Guardian se rapportant à l’affaire. © Toleka NetTv/YouTube

Selon des informations relayées dans la presse britannique, Kinshasa aurait demandé à ses services spécialisés de fliquer les Congolais refoulés du Royaume-Uni. Objectif : arrêter ces derniers, prouver leur appartenance à des mouvements « combattants » puis les soumettre à des actes de torture. Qu’en est-il vraiment ?

« Réussir à faire passer cette information dans des médias britanniques, c’est une victoire pour les ‘combattants’ de Londres ». Celui qui se fait appeler dans le milieu « le sergent Mokrekese James Bond Never die » en est convaincu : « le monde s’intéresse de plus en plus à [leur] combat ». Contacté par Jeune Afrique, le « sergent Mokrekese », secrétaire général du « Haut-conseil de la résistance congolaise », un de ces groupes d’opposants anti-Kabila de la diaspora, affirme que « [son] mouvement est à la base de l’information parue dimanche [16 février] dans The Guardian », selon laquelle les demandeurs d’asile congolais seraient confrontés à la « torture avec discrétion », une fois expulsés du Royaume-Uni.

The Observer dont l’information est relayée dans The Guardian rapporte en effet qu’un « document hautement sensible » du ministère congolais de l’Intérieur aurait été « distribué aux hauts fonctionnaires de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la police et de la Direction général de migration (DGM) ». Mot d’ordre ? « Traquer et arrêter les opposants au gouvernement » et les soumettre à la « torture avec discrétion ».

L’hebdomadaire britannique, qui dit s’être procuré une copie de l’instruction, précise que Richard Muyej, le ministre congolais de l’Intérieur, aurait demandé à ses services spécialisés de porter plus précisément leur attention sur des « militants politiques qui vivent au Royaume-Uni et dans d’autres parties de l’Europe et qui sont expulsés vers la capitale Kinshasa ». Et en guise de preuve, The Observer cite un extrait du document : « Avant tout, soyez à l’affût de combattants qui sont refoulés ». Des propos attribués à Richard Muyej à l’attention de chefs de sécurité congolais.

« Intoxication » ?

Joint au téléphone par Jeune Afrique, Richard Muyej affirme n’avoir « jamais donné une telle instruction » et « regrette qu’un média d’un pays dit démocratique s’embourbe ainsi dans des mensonges ».

Les « combattants » ne cherchent qu’à émouvoir l’opinion publique britannique pour bloquer une éventuelle procédure de refoulement.

Dans l’entourage du ministre, on parle de « l’intoxication » concoctée par « ces gens qui crient à longueur de journée et qui se considèrent comme des combattants ». « Ils ne cherchent qu’à émouvoir l’opinion publique britannique pour bloquer une éventuelle procédure de refoulement qui serait en cours », tance un proche de Richard Muyej. « Quel intérêt le pouvoir aurait-il à traquer et à torturer des personnes qui ne représentent rien ? », interroge-t-il.

Pourtant, des « combattants de Londres » exhibent une photo comme une des preuves de leurs allégations. Elle est non datée et montrerait « un prisonnier non identifié subissant la torture à Kin Mazière, le QG de la police secrète à Kinshasa », selon la légende publiée sur The Guardian. « C’est nous qui avons transmis la photo aux médias britanniques », s’en félicite Lumumba Yoto, président du « Haut-conseil de la résistance congolaise » basé à Londres.

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Capture d’écran de la photo publiée sur The Observer.

Problème : « Depuis quelques années, Kin Mazière est devenu un super marché. On ne peut plus continuer à soutenir que la police détiendrait toujours un centre de détention dans un lieu commercial », rétorque un membre du cabinet du ministre.

À Paris, dans le milieu même des « combattants », c’est l’incompréhension qui domine. Rex Kazadi, porte-parole de Ba Patriotes ya Kongo (BKP), ne comprend pas « pourquoi Kinshasa qui est aujourd’hui dans une démarche de séduction – pour rassurer les leaders des « combattants » – se lancerait dans une telle démarche contreproductive, en voulant arrêter des petits poissons » refoulés au pays. « Le pouvoir voudrait-il vraiment traquer des Congolais qui ne font que vociférer dans les rues des villes occidentales, alors qu’au même moment, une loi d’amnistie [notamment pour les faits insurrectionnels] a été votée au Parlement ? », se demande Rex Kazadi, dubitatif.

Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula

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Une Réponse to “Les « combattants » refoulés du Royaume-Uni en RDC menacés de torture, info ou intox ?”

  1. Bouesso Says:

    Difficile le respect de la démocratie et des droits de l’homme…

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