Hollande cogite l’après-départementales

François Hollande

François Hollande sur le fil

Le chef de l’État consulte tous azimuts depuis deux semaines avant la raclée probable des départementales. Analyse sur l’équation impossible de la fin de mandat…

Nicolas Sarkozy est hilare : « C’est incroyable, Hollande se présente à une élection en disant, par avance, qu’il ne changera rien à sa ligne et qu’il ne changera pas de Premier ministre… C’est dire l’idée qu’il se fait des électeurs. » Comment le président de l’UMP ne pourrait-il pas jubiler à l’avance du triomphe que vont être les départementales pour son parti ? À l’Élysée, François Hollande n’ignore pas qu’il boira, dès dimanche soir, une potion très amère. Les parlementaires qu’il consulte lui font remonter un signe inquiétant. « Les électeurs ne nous disent rien de leurs intentions. Ils ne manifestent pas de colère envers nous, mais ils ne disent rien », lui font savoir quelques sénateurs.

Chez les députés hollandistes, la violente campagne anti-FN est très critiquée. « C’est contre-productif ! » entend-on souvent. « Ça excite tous les anti-système », relève, pour sa part, le député frondeur Christian Paul. Cette idée que la République serait en danger face au Front national, imaginée comme un héritage de l’après-Charlie, a quelque chose d’un peu décalé. L’effroi qui a traversé le peuple en janvier, au moment des attentats, n’est pas dû, jusqu’à preuve du contraire, à un acte criminel des élus frontistes… La dynamique du Front national ne sera pas combattue par une harangue agressive mais par l’obtention de résultats économiques qui permettent aux ouvriers de regagner du pouvoir d’achat et la confiance en leurs élus. Et même la baisse du chômage ne suffira pas, à elle seule, à combler l’absence d’identité d’un pays qui n’a plus de cap, qui ne sait plus quel destin commun se forger dans un siècle où la mondialisation bouleverse les hiérarchies traditionnelles continentales. François Hollande n’a pas répondu à cette question : quel est le grand projet commun des Français ? Celui qui mobilisera aussi bien les cadres, les ouvriers que les jeunes et qui donnera un espoir aux divers laissés-pour-compte de notre pays ?

Le dialogue avec les frondeurs

Il n’a pas la réponse. Alors, il fait de la politique. Par exemple en recevant les frondeurs. Ceux-ci lui tiennent en substance ce discours, le même depuis presque deux ans : « Ta politique de l’offre est inefficace, incomplète, aveugle, contradictoire. Tu as négligé la demande. Tu n’as pas fait de la lutte contre les objectifs de Bruxelles un combat politique sur lequel la gauche t’attendait. Tu vis dans un monde où l’avis des commissaires de Bruxelles ou d’Angela Merkel compte plus que celui du peuple français. »

François Hollande leur fait une réponse politique : « Je ne peux pas changer de cap à présent, sinon les résultats économiques ne me seront pas crédités. » Donc, au fond, peu importe que les frondeurs aient raison de pointer du doigt que le CICE n’a pas été assez bien ciblé, que la réforme fiscale a été enterrée, que l’accent n’a pas été assez mis sur le soutien à l’investissement, que les coupes budgétaires dans les dépenses des collectivités locales seront une catastrophe pour le BTP… Ce qui compte, c’est que François Hollande puisse dire : « J’ai tenu un cap, j’ai demandé des efforts aux Français et cela a fini par payer. » Même si, en vérité, la reprise légère actuelle est due à des facteurs économiques tout à fait étrangers à la politique du gouvernement (baisse de l’euro, un pétrole moins cher…).

Cécile Duflot prête à revenir, mais à ses conditions

Sans changer de ligne, le président de la République va devoir tout de même entamer le rassemblement de la gauche en vue de 2017. « La reprise aidant, on peut, sans changer de ligne, l’enrichir en y ajoutant un volet investissement ou pouvoir d’achat », glisse son entourage. De quoi renouer avec les écologistes ? Sans le retour de Cécile Duflot ou le débauchage de l’actuelle présidente d’EELV (Emmanuelle Cosse), quel est l’intérêt de débaucher des individualités éparses (Bennahmias, Placé, Pompili…) ? Cécile Duflot n’est pas elle-même opposée à un retour au gouvernement, mais ses conditions préalables – négociées avec Jean-Marc Ayrault en mars 2014 – n’ont pas changé. Parmi celles-ci, l’instauration d’une dose de proportionnelle aux législatives, une promesse de campagne que François Hollande juge inopportune. Elle ne fait pas du maintien de Manuel Valls à Matignon une condition rédhibitoire. « Le président n’a pas de plan préétabli d’un remaniement ministériel. Tout dépendra aussi de la manière dont les acteurs percevront les résultats des départementales, indique l’un de ses proches. Pour l’instant, à travers ses consultations, il ouvre des portes, retisse des liens et vérifie que chacun est dans un bon état d’esprit. »

François Hollande va surtout devoir traiter avec Martine Aubry. Au lendemain des départementales, la maire de Lille est en position de peser lourd sur le prochain congrès du PS, début juin, à Poitiers. Et donc sur la ligne du gouvernement. Le 10 avril à minuit, les « contributions » des socialistes (déposées début février) devront se transformer ou non en « motion » avec à leur tête un premier signataire qui sera candidat à la direction du parti lors du congrès de juin. Jean-Christophe Cambadélis (le candidat de Hollande) espère bien fusionner sa contribution avec celle de Martine Aubry le 11 avril prochain. Mais, pour l’instant, rien n’est acquis. Martine Aubry peut très bien choisir de ne pas se rallier au tandem Cambadélis-Hollande… La fille de Jacques Delors a par conséquent toutes les cartes en main pour obtenir de François Hollande les inflexions qu’elle réclame depuis quelque temps.

C’est dans ce trio Hollande-Cambadélis-Aubry que se joue la fin du mandat du président. Manuel Valls n’est pas de la partie à ce stade. Le chef de l’État va devoir se montrer extrêmement habile pour concilier des impératifs contraires : réformer le pays sous la pression toujours plus forte de Bruxelles, faire des concessions à Martine Aubry pour éviter une explosion lors du congrès du PS en juin, ne pas froisser pour autant Manuel Valls afin que celui-ci n’entre pas en dissidence, endiguer la grogne des députés au sein de l’Assemblée nationale. Sur le papier, l’équation paraît impossible. François Hollande parviendra-t-il à faire passer un chameau par le chas d’une aiguille ? Ou devra-t-il renoncer à se présenter à la présidentielle de 2017 ? Voilà ce qui va se jouer entre le 29 mars, soir du deuxième tour des départementales, et le congrès de juin

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Une Réponse to “Hollande cogite l’après-départementales”

  1. Hollande cogite l’après-départementales | World Vision | salimsellami's Blog Says:

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