Congo: le Beach, une « cour des miracles » pour vrais handicapés

De son fauteuil roulant sur les jantes, un paralysé crie sur deux porteurs, un aveugle tient la main d’un guide portant un colis, deux estropiés aux jambes difformes rigolent: le Beach, le port de Brazzaville, est souvent surnommé « la cour des miracles ».

A tort: ici les handicapés le sont réellement et tous les jours, dans une incroyable fourmilière, ils tentent de gagner leur vie, de « faire le business » en commerçant entre Brazzaville et Kinshasa, comme le raconte Barthélemy Bassumba, 32 ans, paralysé des membres inférieurs.

Cloué sur une chaise roulante depuis son enfance, il a apparemment souffert de la poliomyélite, mais il préfère croire à une action de sorcellerie liée à un « problème de famille ».

Les handicapés bénéficient de réductions sur les prix des billets de la traversée du fleuve Congo qui sépare les deux capitales, sur le prix du transport des colis et sur les droits de douane, donnant naissance à un commerce légal et encadré.

« Comme ça, on n’a pas à quémander. S’il n’y avait pas ça, que ferait-on? », explique Maman Hortense, paralysée aussi depuis son enfance.

Selon le port du Beach, quelque 12. 000 personnes traversent chaque mois les 3 km du fleuve Congo sur des bacs très chargés, contribuant à un trafic de 3. 000 à 4. 000 tonnes, dont une grande partie est transportée par les handicapés.

Pagnes et tissus vont de « Brazza » à « Kin ». Bières, biscuits, savons, bonbons transitent dans l’autre sens. Le trafic marchandise est cinq fois plus important entre Kinshasa et Brazzaville que dans le sens inverse.

La scène est toujours la même: dès que le bac accoste, des dizaines de personnes sautent du bateau pour monter au Beach, franchir les douanes et aller vendre leurs marchandises. Il y a parfois la course entre des porteurs avec des estropiés sur le dos, tandis qu’une nuée de porteurs avec des vestes numérotées débarquent des colis sur leur dos ou sur leur tête.

Une fois le déchargement terminé, c’est la cohue dans l’autre sens. Les nombreux policiers n’hésitent pas à donner des coups de baguettes pour canaliser la foule.

« Avant c’était encore plus spectaculaire, affirme un habitant européen de Brazzaville. Il y avait une barge +le Matadi+ avec une porte. Quand elle s’ouvrait, c’était le débarquement de Normandie! ».

« Le Matadi est aujourd’hui en panne », explique un cadre du port.

« Il y a plusieurs manières de faire le business. Si vous voulez simplement traverser, vous pouvez recruter un aveugle ou un autre handicapé et être son accompagnateur. Le billet vous coûtera moitié moins cher (plein tarif 9. 600 FCFA, 15 euros) et vous reversez une partie (de ce que vous avez économisé) à l’handicapé », explique un policier.

Mais, l’essentiel porte sur le fret: « Les commerçants embauchent un handicapé pour payer moins cher le transport de ses marchandises. Ou l’handicapé fait lui-même le business avec sa famille ou ses amis », poursuit-il.

« Je ne fais plus de business moi-même. Une fois, j’ai vendu ma marchandise, de la bière, à un homme qui ne m’a jamais payé. J’ai perdu 100. 000 FCFA (150 euros) », explique Barthélemy, qui affirme vivre avec 120 euros par mois avec sa femme et deux enfants. Il travaille désormais avec des commerçants valides qui le paient à chaque traversée.

Kinois, Baggio Ngama Bamba a une jambe difforme et se déplace avec des béquilles. « On achète des produits à Kin, on revend ici à Brazza. Quand on fait du bénéfice, on donne aux aides de camps » (ceux qui les aident).

Avant, il pouvait en vivre. « Mais maintenant, il y a trop de tracasseries, de taxes, de dépenses. Trop, c’est trop. On n’y arrive plus ».

Jeuneafrique.com avec AFP

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