Canada: Préparez-vous à payer plus cher en 2022

Les banques centrales interviendront assurément dans les prochains mois, contribuant à calmer la poussée des prix.

Des billets de banque canadiens.

L’inflation élevée ou diminution du pouvoir d’achat des consommateurs. Photo: Getty Images/Joshlaverty

Les économistes anticipent un retour graduel de l’inflation à des niveaux plus tolérables au plus tôt dans la deuxième moitié de 2022. Certains experts avertissent cependant que la montée marquée des prix pourrait durer bien plus longtemps. Rien pour calmer l’humeur des consommateurs.

L’inflation s’est établie à 4,7 % en novembre 2021 par rapport à la même période en 2020, d’après l’Indice des prix à la consommation (IPC) de Statistique Canada; octobre avait vu un niveau pareil. Il s’agit d’un sommet en 18 ans.

Les États-Unis, eux, ont connu une inflation de 6,8 % en novembre, du jamais vu depuis 1982.

Au Canada, ce sont les prix de l’essence (+43,6 %), d’aliments tels que les légumes (+9,8 %) et des meubles (+4,6 %) qui étaient parmi les plus grands moteurs de l’inflation en novembre.

Le prix moyen des propriétés vendues recensées par l’Association canadienne de l’immeuble a connu, lui, une hausse de 18,2 % en octobre par rapport à la même période l’an dernier.

Sur toute l’année 2021, l’inflation moyenne au Canada se situe à environ 3,4 %, résume Benoit P. Durocher, économiste principal chez Desjardins.

Même si le variant Omicron apporte son lot d’incertitudes, les économistes prévoient que les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement – qui entravent l’offre de biens et contribuent à la montée des prix alors que la demande est très forte – vont se résorber au cours des prochains mois.

L’effet de la hausse du prix de l’essence, qui a été un grand moteur de la poussée inflationniste des derniers mois, va également s’estomper. L’inflation est calculée en comparant les prix avec ceux de l’année dernière.

En 2020, les prix de l’essence avaient beaucoup baissé en raison de la pandémie. On avait même eu un prix du baril de pétrole négatif! rappelle M. Durocher. Alors, à mesure qu’on avance dans le temps, le prix courant se comparera à un prix de plus en plus élevé de l’année précédente, explique-t-il.Un panneau indique que le prix à la pompe est de 1,57 $.

Le prix de l’essence a atteint des niveaux élevés ces derniers mois. Photo: Radio-Canada/François Gagnon

Donc, la contribution de l’essence à la variation annuelle de l’IPC va diminuer. C’est un des facteurs qui nous permet d’anticiper un ralentissement de l’inflation en deuxième moitié de 2022(Nouvelle fenêtre), dit-il.

D’autres institutions financières tablent, elles, sur un retour de l’inflation dans la fourchette cible de la Banque du Canada au début de 2023.

Rappelons que la Banque du Canada a comme mandat de garder, par sa politique monétaire, l’inflation dans une fourchette cible, soit de 1 % à 3 %. Elle maintient depuis le début de la pandémie son taux directeur à sa valeur plancher de 0,25 %.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale devrait annoncer une première hausse de ses taux directeurs au printemps, suivie de deux autres dans l’année. La Banque du Canada devrait faire de même, avec une série de hausses, ce qui, selon les économistes, contribuera à calmer la surchauffe constatée depuis des mois alors que la relance bat son plein.

Les risques d’une poussée inflationniste prolongée

Toutefois, selon Philip Cross, économiste et chercheur à l’Institut Macdonald-Laurier, l’inflation élevée risque de durer longtemps et de ne pas être facile à maîtriser.

Il remarque qu’un des premiers signes inflationnistes au début de la pandémie, avant les problèmes constatés dans les chaînes d’approvisionnement, a été la montée en flèche des prix de l’immobilier, une dynamique qui s’est maintenue au fil des mois. Ça affecte tous les Canadiens. Et on voit que ça se répercute ensuite dans la hausse du prix des loyers.Des maisons et des immeubles à condos dans la région de Vancouver.

Les prix des maisons et le coût des logements ont atteint des sommets dans plusieurs régions du pays. Photo: Radio-Canada/Kevin Mcintyre-Tor

Il souligne aussi, dans une étude parue en novembre(Nouvelle fenêtre), que les pénuries criantes de main-d’œuvre contribuent au phénomène inflationniste et qu’elles sont loin de se régler. Les hausses de taux des banques centrales n’y changeront pas grand-chose dans l’immédiat.

Et comme pour les prix élevés dans l’immobilier, la rareté de la main-d’œuvre ne sera pas réglée avec le rétablissement des chaînes d’approvisionnement, remarque M. Cross.

Les sondages auprès des entreprises montrent qu’elles sont deux fois plus préoccupées par le manque de main-d’œuvre que par les problèmes des chaînes d’approvisionnement, dit-il.

« Alors, ce n’est pas une chose qu’on peut simplement régler en Asie. Mettre fin à la rareté de la main-d’œuvre, ça va prendre du temps. »— Une citation de  Philip Cross, économiste à l’Institut Macdonald-Laurier

C’est une des raisons pour lesquelles je pense que l’inflation va demeurer élevée, dit-il, probablement au-delà de 2022.

Les pénuries de biens : vous en payez le prix

M. Cross juge de plus que le calcul de l’Indice des prix à la consommation ne capte pas tous les facteurs qui contribuent à l’inflation, comme les pénuries de certains biens.

Les pénuries sont en fait un coût caché pour les consommateurs. Si vous faites la file longtemps pour vous faire servir un repas, c’est un coût supplémentaire pour vous. Et quand un produit est en rupture de stock, bien souvent, vous allez vous procurer un substitut plus cher, qui est le seul proposé sur le moment, explique l’économiste.Un travailleur sur une chaîne de montage.

De nombreux fabricants automobiles se sont retrouvés en rupture de stock à cause de la pénurie de puces électroniques. Photo: Reuters/John Gress

On le voit avec la pénurie de voitures neuves due au manque de puces électroniques. Souvent, les concessionnaires n’ont plus de modèles abordables, seulement les plus chers. Alors, votre alternative est d’acheter une auto plus cher ou de ne pas avoir d’auto du tout.

Il souligne que l’IPC ne tient pas compte de cette substitution de produits par les consommateurs dans les périodes de pénuries. Conséquemment, l’inflation réelle pourrait être encore plus élevée que ce que montrent les statistiques.

Une spirale inflationniste?

Si les travailleurs, à grande échelle au cours des prochains mois, demandent des hausses salariales importantes pour pallier l’inflation marquée, peut-on s’attendre à la création d’une spirale inflationniste?

C’est toujours une possibilité, dit Benoit P. Durocher, mais les probabilités que cela se produise sont faibles dans le contexte, soutient-il.

On s’enligne vers une inflation moyenne de 3,4 % pour 2021. Et pour qu’on embarque dans cette spirale-là, il faudrait que l’augmentation salariale soit supérieure à 3,4 %. Parce que sinon, on fait juste compenser la perte du pouvoir d’achat par l’inflation; les ménages n’ont pas plus de revenus à dépenser en consommation, dit-il.

« C’est loin d’être acquis qu’une grande majorité des Canadiens et des Québécois vont avoir une augmentation de 3,4 % au cours des prochains mois pour compenser l’inflation. »— Une citation de  Benoit P. Durocher, économiste principal chez Desjardins

De plus, les anticipations inflationnistes, que la Banque du Canada surveille de près, restent bien ancrées à 2 %, indique-t-il. Autrement dit, les gens s’attendent à ce que l’inflation à long terme – sur 5 ou 10 ans – demeure autour de 2 % par année, même si, dans l’année courante, elle sera plus élevée que cela.

Mais attention, signale Philip Cross. Les travailleurs nouvellement embauchés ont obtenu des hausses salariales de 10 % sur les deux dernières années, selon les données de Statistique Canada, alors que les travailleurs qui sont déjà établis dans leur emploi obtiennent autour de 6,4 %. C’est donc le signe que les employeurs ont vraiment du mal à combler des postes vacants, remarque-t-il.

Donc, oui, il y a des signes d’une pression à la hausse sur les salaires. C’est pourquoi la Banque du Canada doit intervenir pour éviter que les [attentes concernant l’inflation] s’installent dans le système.Une femme fouille dans une boîte, au milieu d'une rangée dans un entrepôt.

Une employée dans un magasin d’équipement sportif. Photo : Altitude Sports

La confiance des consommateurs mise à rude épreuve

Après avoir touché un creux au début de la pandémie de COVID-19 (50 points), l’Indice de confiance des consommateurs canadiens du Conference Board avait rebondi avec la reprise pour atteindre un sommet à l’été 2021 (121 points), un niveau équivalent à celui observé avant la pandémie.

Cet indice a toutefois baissé progressivement au cours de l’automne, en raison notamment des soucis liés à l’inflation, et atteint 101 points en décembre. Le Conference Board cite maintenant les inquiétudes concernant le variant Omicron(Nouvelle fenêtre), qui crée incertitude et pessimisme. Les ménages sont moins enclins à dépenser et préfèrent économiser.

L’impact des aides pandémiques gouvernementales

Philip Cross montre du doigt l’ampleur des aides versées par les gouvernements, à Washington comme à Ottawa, pendant la pandémie, une cause importante de l’inflation élevée, dit-il.

Les économistes et les politiciens ne nous ont pas parlé des effets négatifs à plus long terme de donner des chèques à plein de monde en ajoutant cette facture à notre dette, autrement dit sans couper dans les dépenses gouvernementales ou sans augmenter les taxes, soutient-il.

Il salue le soutien offert, qui s’est avéré nécessaire dans la crise, mais aurait préconisé, lui, des programmes beaucoup plus ciblés, à mesure que différents secteurs de l’économie reprenaient de la vigueur.

Ils ont simplement dit aux contribuables : « On va vous donner de l’argent, on va vous offrir de bas taux d’intérêt, et tout va aller comme sur des roulettes. » Ils n’ont pas mentionné que cela aurait des conséquences négatives, particulièrement sur la croissance à long terme, dit l’économiste.

C’est justement cette croissance qui préoccupe M. Cross. Des entreprises, selon lui, prévoient que l’inflation élevée durera plusieurs mois, ce qui les décourage d’investir, et donc freine la croissance économique. Les études montrent que l’endettement pour stimuler l’économie peut favoriser la croissance à court terme, mais diminue le potentiel de croissance à long terme, indique-t-il.

Pour Benoit P. Durocher, il faut remettre en contexte les interventions des gouvernements au début de la pandémie.

Effectivement, la PCU et les transferts ont fait en sorte que les revenus des ménages ont monté de façon très importante pendant la pandémie. Ces programmes-là ont très bien positionné les consommateurs pour qu’ils aient les moyens, lors du déconfinement, de recommencer à consommer. Ça a stimulé la demande, rappelle-t-il.

Mais il faut se reporter au printemps 2020, moment où ces mesures-là ont été mises en avant par le gouvernement fédéral. On était en pleine crise, on ne savait pas du tout où on s’en allait, poursuit l’économiste.

Le gouvernement fédéral a été vraiment très large dans son soutien aux particuliers et aux entreprises. Il n’a voulu échapper personne. Et il a très bien réussi, parce qu’effectivement on n’a pas eu d’augmentation importante des faillites. La plupart des ménages ont très bien passé au travers de la crise grâce à ces mesures-là, poursuit-il.

Est-ce que ces mesures étaient trop généreuses? Il y a plusieurs opinions à ce sujet. Mais c’est facile de critiquer après coup, des mois plus tard, dit-il, notant au passage que tous les pays industrialisés ont octroyé de l’aide sous une forme ou une autre.

Difficile donc pour l’instant de prédire avec exactitude quand l’inflation sera à nouveau dans des eaux normales. Toutefois, tant pour les effets économiques négatifs ressentis durant la crise sanitaire que pour l’inflation galopante de la reprise, les moins nantis sont frappés le plus durement. Une raison de plus pour prendre le problème à bras-le-corps.

Avec Radio-Canada par Mathieu Gobeil

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Une Réponse to “Canada: Préparez-vous à payer plus cher en 2022”

  1. Bouesso Says:

    Une inflation de visu ?

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