Archive for the ‘Opinion’ Category

Au Liberia, George Weah candidat à un second mandat

janvier 31, 2023

Arrivé au pouvoir en 2017, le chef de l’État a annoncé qu’il se présente à l’élection présidentielle d’octobre prochain.

L’opposition libérienne reproche à George Weah (ici en novembre 2021 à Paris) de n’avoir tenu que très peu de ses promesses de campagne. © Photo by Ludovic MARIN / AFP.

Il a promis un second « mandat riche d’opportunités, un mandat pour la transformation, un mandat pour le développement », mais aussi pour « la consolidation » des acquis. Le président du Liberia George Weah a annoncé le 30 janvier qu’il briguerait un deuxième mandat consécutif à la tête du pays lors de l’élection prévue en octobre.

« Mes chers concitoyens, je viendrai sous peu vers vous pour vous demander de renouveler […] pour la deuxième fois le mandat que vous m’avez accordé il y a six ans », a déclaré l’ancienne gloire du football dans un grand tumulte approbateur à la fin du discours annuel et solennel sur la situation du pays.

Très peu de promesses tenues

Dans ce discours qu’il est tenu par la Constitution de délivrer chaque année devant les chambres du Parlement, Weah, 56 ans, a défendu son bilan. « Permettez-moi de vous assurer que notre nation est forte, notre nation est stable, notre nation est pleine de vie […] notre nation est en paix et en sécurité, et nous entendons qu’elle le reste », a-t-il dit.

Seul Ballon d’or africain à ce jour et reconverti en politique après la fin de sa carrière sportive, Weah a été élu au second tour de la présidentielle de décembre 2017 et a pris ses fonctions en janvier de l’année suivante. L’ancienne star du foot du Milan AC et du PSG a accédé à la présidence en promettant de créer des emplois et d’investir dans l’éducation. De nombreux pauvres adulaient l’ancien gamin des bidonvilles devenu vedette planétaire, puis chef d’État.

Ses détracteurs lui reprochent de n’avoir tenu que très peu de ses promesses. Ils l’accusent d’être déconnecté des réalités de ses concitoyens qui se débattent entre hausse des prix et pénurie de produits comme le carburant et de services de première nécessité.

Absence prolongée pendant la Coupe du monde

George Weah reste en butte au soupçon de n’être pas à sa place à la tête de l’État. Dernièrement, il a été attaqué pour son absence prolongée en dehors du pays, une quarantaine de jours passés de conférences en sommets, mais aussi à la Coupe du monde de foot au Qatar où son fils défendait les couleurs des États-Unis.

La présidence a invoqué le bien-fondé de ces déplacements dans l’intérêt national. Elle évoque aussi communément la lourdeur de l’héritage reçu par Weah. L’opposition impute à ce dernier la persistance d’une corruption réputée endémique qu’il s’était engagé à combattre. Il est à cet égard sous la pression du grand allié américain : Washington a sanctionné cinq hauts responsables libériens pour corruption présumée en trois ans. Les appels régulièrement lancés en faveur de la création d’un tribunal des crimes de guerre au Liberia sont jusqu’ici restés lettre morte.

Par Jeune Afrique (avec AFP)

France: Le recteur de la cathédrale d’Orléans démissionne après avoir trouvé l’amour

janvier 30, 2023

Après plus de vingt ans dans les ordres, Christophe Chatillon a décidé de quitter l’habit, expliquant être tombé amoureux d’une femme.

Photo d'illustration.
Photo d’illustration.© Pascal PROUST / MAXPPP / PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MA

«  Aujourd’hui je ne peux pas envisager l’avenir sans elle. » C’est par ces mots que le curé doyen du centre d’Orléans (Loiret), Christophe Chatillon, également recteur de la cathédrale Sainte-Croix de la ville depuis 2010, a décidé d’annoncer sa démission à ses fidèles dans une lettre, samedi 28 janvier, relaie France 3 Régions. « Durant six ans et demi, accompagné de mes frères prêtres et diacres, j’ai eu la joie de vivre mon ministère au service des différentes communautés qui composent la paroisse Orléans Cœur de Ville », écrit le père dans ce document.

Le prêtre y explique notamment les raisons qui l’ont poussé à quitter ses fonctions, admettant que « depuis de nombreux mois », « la charge pastorale est devenue » pour lui « de plus en plus lourde à porter, physiquement, moralement, et même spirituellement. » Évoquant les « frustrations liées au ministère presbytéral, et plus particulièrement au célibat » qu’il a pu supporter « pendant très longtemps » grâce aux « joies de la mission et de la vie fraternelle », l’homme d’Église fait le constat que « cela n’est plus le cas aujourd’hui ».

Refus de vivre une « double vie »

Christophe Chatillon précise avoir rencontré une amie qui l’a écouté et soutenu. « Aujourd’hui, je ne peux pas envisager l’avenir sans elle », ajoute-t-il, expliquant avoir « conscience » que « ce nouveau choix de vie n’est pas compatible avec l’exercice du ministère presbytéral. » Après avoir longuement réfléchi et refusé de mener « une double vie », il a fait part de sa démission à l’évêque d’Orléans. « Cette nouvelle est un choc pour beaucoup d’entre nous », a réagi Mgr Blaquart.

Avec Le Point

Canada-Québec: Des étudiantes de l’UQAM intimées de cesser l’usage de l’écriture inclusive

janvier 30, 2023

Elles demandent à l’université que cette nouvelle forme d’écriture soit acceptée par tous les professeurs.

Une étudiante écrit.

L’écriture inclusive est une pratique de rédaction consistant à éliminer la masculinisation des mots. Photo: Getty Images/Recep-BG

Deux étudiantes de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se disent « choquées » par les corrections qu’elles ont reçues de leurs travaux. Dans un cours de science politique, on leur a intimé de cesser l’usage de l’écriture inclusive, sous prétexte que celle-ci serait proscrite. Elles exhortent l’université d’envoyer une directive à tous les professeurs pour l’autoriser.

C’est vraiment mélangeant, on ne sait plus sur quel pied danser, déplore Léa-Marie Tremblay, étudiante au baccalauréat. Alors que l’écriture inclusive est acceptée par plusieurs de ses professeurs, elle a été avertie d’arrêter d’écrire ainsi, dans un autre cours.

Dans son travail, elle a utilisé le point médian pour ne pas masculiniser les mots et les adjectifs. Par exemple, on peut lire dans sa copie « supérieur.e ». Il s’agit d’une forme d’écriture de plus en plus présente dans les universités. Mais ça n’a pas plu au correcteur.

Le correcteur a écrit à la fin de la copie : « Bon travail dans l'ensemble, attention à la mise en forme et cessez l'écriture "inclusive". »

Le correcteur a écrit à la fin de la copie : « Bon travail dans l’ensemble, attention à la mise en forme et cessez l’écriture « inclusive ». » Photo : Radio-Canada

J’ai trouvé ça super violent comme réponse, dit l’étudiante, qui affirme faire cet effort d’écriture pour une bonne cause. Ça serait bien de ne pas être pénalisées parce qu’on veut être inclusives.

« C’est une écriture qu’on utilise pour enlever la violence qu’il y a dans la langue française, qui efface les femmes et les personnes non binaires. »— Une citation de  Léa-Marie Tremblay, étudiante à l’UQAM

Dans un autre commentaire du correcteur, raturé par la suite, on peut lire : Cette forme d’écriture est proscrite. Manque de professionnalisme.

« Ce type d’écriture n’est pas acceptable. À proscrire. »

Une autre étudiante du même cours, Jessica Harnois-Ostiguy, a reçu le même genre de correction, après avoir écrit « citoyen.ne.s ».

On peut lire la correction suivante dans la marge : « Ce type d'écriture n'est pas acceptable. À proscrire. »

On peut lire la correction suivante dans la marge : « Ce type d’écriture n’est pas acceptable. À proscrire. » Photo : Radio-Canada

Les deux étudiantes se demandent si tout cela leur a coûté des points, malgré leurs bonnes notes. Ça me stresse, explique Jessica Harnois-Ostiguy.

« C’est quelque chose qui est vraiment important pour moi, donc je ne veux pas me pénaliser, mais il n’y a rien qui dit qu’on a le droit ou pas le droit. »— Une citation de  Jessica Harnois-Ostiguy, étudiante à l’UQAM

Grandes lettres UQÀM sur un édifice, vues à travers des branches d'arbres.

L’UQAM n’a pas de politique indiquant qu’un professeur doit accepter ou non l’écriture inclusive. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

À la discrétion des enseignants

L’UQAM n’a pas de politique institutionnelle sur la rédaction inclusive, explique la directrice des communications de l’Université, Caroline Tessier.

« Cet élément est donc laissé à la discrétion des enseignantes et enseignants. »— Une citation de  Caroline Tessier, directrice des communications de l’UQAM

L’Université ajoute que le fait d’utiliser la rédaction inclusive peut faire partie, ou non, de l’évaluation d’un travail ou d’un examen.

Utilisant elle-même l’écriture inclusive dans son courriel, la porte-parole rappelle que, normalement, les enseignantes et enseignants informent les personnes étudiantes des modalités d’évaluation pour la remise des travaux ou examens.

L’UQAM mentionne que les étudiants mécontents d’une note ont le droit de demander une révision auprès du département responsable du cours.

Léa-Marie et Jessica affirment qu’aucune consigne ou contre-indication n’avait été donnée par le professeur.

Des gens marchent dans un couloir de l'UQAM.

Le campus étudiant de l’UQAM à Montréal. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

« C’est un débat qui intéresse la jeunesse »

Joint par Radio-Canada, le professeur du cours de science politique, Marc Chevrier, nous a expliqué que c’est son auxiliaire d’enseignement, et non lui-même, qui a corrigé les copies.

Il dit que ces commentaires « auraient dû être raturés » et qu’il s’agit d’« un oubli ». Marc Chevrier affirme n’être ni pour ni contre l’écriture inclusive : C’est un débat qui intéresse la jeunesse.

« Je n’en ai pas fait une politique de pénaliser ou d’interdire. »— Une citation de  Marc Chevrier, professeur de science politique à l’UQAM

Le correcteur a une vision des choses dont il ne m’avait pas parlé, explique le professeur. Ce dernier assure qu’il révise les copies corrigées par son auxiliaire, mais je ne relis pas au complet le travail.

Je ne lui ai pas donné d’instruction, peut-être que je vais devoir le faire, ajoute Marc Chevrier.

Si des personnes ont des interrogations sur des évaluations qu’elles ont reçues dans l’un de mes cours, je les invite à s’adresser à moi, directement, dit le professeur, déçu d’apprendre le mécontentement de ses étudiantes par la voix d’un journaliste.

Les Presses de l’Université du Québec « se mettent au neutre »

En décembre, les Presses de l’Université du Québec (PUQ) ont annoncé qu’elles mettraient dorénavant de l’avant la rédaction inclusive dans leurs ouvrages à paraître. Un guide de rédaction inclusive(Nouvelle fenêtre) à l’intention des auteurs et des autrices a été mis en ligne, afin que tous se mettent au neutre.

En 2021, le réseau de l’Université du Québec a aussi publié un Guide de communication inclusive(Nouvelle fenêtre)destiné à toute personne qui souhaite améliorer sa façon de communiquer pour la rendre plus inclusive et respectueuse. Mais ce guide ne constitue pas une prescription.

Avec Radio-Canada par Thomas Gerbet

Visite du pape en RDC : le souverain pontife invité à la prison centrale de Makala

janvier 30, 2023

S’appuyant sur la demande des prisonniers et détenus de confession religieuse catholique, la Fondation Bill-Clinton pour la paix (FBCP) a appelé le pape François à visiter la prison centrale de Makala en vue de se rendre compte des conditions carcérales dans cette institution.

Le pape François/DR

« La FBCP informe l’opinion tant nationale qu’internationale que lors d’une de ses visites de monitoring des droits de l’homme à la prison centrale de Makala en date du 28 janvier 2023, les prisonniers et détenus préventifs chrétiens catholiques ont invité le pape François à la prison centrale de Makala pour aller constater leur ras-le-bol. », a fait savoir cette organisation dans un communiqué du 30 janvier.

Cette demande des pensionnaires de la principale maison carcérale de Kinshasa est motivée par la surpopulation constatée, la malnutrition, le manque de médicaments ainsi que les conditions de détention infra-inhumaines, les décès quotidiens, les conditions sanitaires déplorables et la lenteur des procédures judiciaires, etc.

La FBCP rappelle, en effet, que cette prison était construite par les colons belges avec une capacité de 1 500 places. Aujourd’hui, fait-elle savoir, elle héberge plus de 11 500 pensionnaires dont 2 750 seulement sont condamnés.

Elle indique que le 28 janvier vers 14 h, son équipe de monitoring a vu arriver plus de cent détenus, pieds nus, avec comme seul habit des culottes. « Ceci viole les articles 12 et  16 de la Constitution congolaise du 18 février 2006. Et, nous dénonçons les mauvaises conditions dans lesquelles les détenus sont transférés des parquets et cachots vers les prisons. C’est vraiment très inhumain », a-t-elle souligné.

La FBCP a souligné, par ailleurs, avoir été informée que malgré la grâce présidentielle accordée, certains bénéficiaires ne sont pas encore libérés. Elle demande au cardinal Ambongo  de transmettre cette demande des fidèles catholiques de la prison centrale de Makala au pape François. Elle attend aussi  que les autorités envisagent des sanction très sévères contre certains magistrats indisciplinés qui sont à la base de la surpopulation carcérale pour éviter le pire qui pointe à l’horizon ; l’accélération des procédures judiciaires ; l’amélioration des conditions des prisonniers et détenus préventifs dans tout le pays; l’exécution sans tarder de la mesure de grâce présidentielle.

Avec Adiac-Congo par Lucien Dianzenza

En Côte d’Ivoire, Pascal Affi N’Guessan annonce une alliance du FPI avec le RHDP

janvier 29, 2023

L’opposant ivoirien Pascal Affi N’Guessan a annoncé le 28 janvier vouloir former une alliance avec le parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), en vue des prochaines élections, lors d’une cérémonie de vœux de son parti, le Front Populaire ivoirien (FPI).

Pascal Affi N’Guessan, ancien Premier ministre de Côte d’Ivoire, le 21 octobre 2021. © Bruno Lévy pour JA

Depuis des mois, les spéculations allaient bon train. Pascal Affi N’Guessan a annoncé samedi « conclure très prochainement » une « alliance avec le RHDP », critiquant une opposition politique qui « continue d’errer ».

« Une alliance pour dépasser nos antagonismes du passé et nous engager à œuvrer conjointement dans le respect de nos différences et de l’autonomie de chaque parti », a-t-il ajouté, après avoir abordé les enjeux politiques et économiques en Côte d’Ivoire.

« Accords électoraux »

Avec le RHDP, le président du FPI veut « conclure des accords électoraux, à l’occasion des consultations électorales de 2023 (municipales et régionales) et de 2025 (présidentielle) dans la dynamique d’une gestion conjointe de l’État ».

Pascal Affi N’Guessan, 70 ans, a longtemps été le bras droit de Laurent Gbagbo dont il a été le Premier ministre (2000-2003). Mais il s’était éloigné au fil des années de son mentor politique.

Après le retour de l’ancien président en 2021, il n’avait pas rejoint le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire, la nouvelle formation d’opposition de l’ancien président.

Prison

Après l’élection présidentielle du 31 octobre 2020, Pascal Affi N’Guessan, alors porte-parole d’une partie de l’opposition, avait été arrêté en novembre, refusant de reconnaître la victoire du président sortant Alassane Ouattara. Avec Albert Mabri Toikeusse et le numéro deux du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Maurice Kakou Guikahué, il faisait l’objet d’enquêtes pour « complot contre l’autorité de l’État », « mouvement insurrectionnel », « assassinat » et « actes de terrorisme ». Il avait passé deux mois en prison.

L’opposition avait lancé une campagne de désobéissance civile avant le scrutin de la présidentielle de 2020 et annoncé, après les résultats, la formation d’un pouvoir parallèle avec le Conseil national de Transition (CNT), dont il était également membre.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Canada-Québec: Des ministres se réuniront toutes les deux semaines pour sauver le français

janvier 27, 2023

LAVAL, Qc — Des ministres du gouvernement Legault se réuniront toutes les deux semaines pour sauver la langue française.

Des ministres se réuniront toutes les deux semaines pour sauver le français© Fournis par La Presse Canadienne

Le ministre de la Langue française, Jean-François Roberge, a annoncé vendredi la mise sur pied d’un groupe d’action interministériel qui se concertera ainsi pour inverser le déclin du français au Québec.

Mais le gouvernement ne sait pas encore combien de temps il faudra pour renverser la vapeur. Cela sera indiqué dans un plan d’action prévu pour l’automne prochain.  

Une campagne de publicité «de grande envergure sur plusieurs années» sera lancée, a dit le ministre sans pouvoir annoncer ses coûts. 

Il entreprendra aussi des consultations afin d’arriver à des «mesures concrètes» et il n’écarte pas l’adoption ou la modification de lois.  

«On est à la croisée des chemins», a tenu à indiquer Jean-François Roberge, au cours d’une conférence de presse dans un hôtel de Laval, en marge du caucus de deux jours des élus caquistes.

Il était accompagné de ses collègues ministres qui l’épauleront dans ce processus, dont le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe, la ministre de l’Immigration, Christine Fréchette, et la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry. 

«On risque de se rencontrer aux deux semaines, après, on verra la cadence en fonction du travail qu’on a à faire chacun de notre côté, a dit M. Roberge. Il va falloir travailler entre les rencontres.» 

M. Roberge a toutefois exclu d’emblée la possibilité d’étendre la loi 101 au collégial, jugeant que ce dossier est déjà clos.

Le ministre se fonde sur le recul de l’usage du français à la maison, révélé par Statistique Canada en août, afin de justifier la nécessité de prendre d’autres mesures en appui à la loi 96 pourtant adoptée en mai 2022.   

Or, depuis les années 1970, le gouvernement du Québec a plutôt insisté dans la panoplie de ses actions sur le français langue officielle dans l’espace public, et non dans l’espace privé.

Pourquoi le ministre veut-il maintenant s’attaquer à l’enjeu de la langue parlée à la maison?

«Si les gens tombent en amour avec le Québec, si les Québécois vivent en français, pensent en français, ils vont aussi s’exprimer en français à la maison. La langue qu’on utilise à la maison, c’est aussi un indicateur de la langue qu’on utilise pour  consommer des biens culturels.»

Par Patrice Bergeron, La Presse Canadienne

Ukraine : salve de missiles russes après l’annonce d’envoi de chars occidentaux

janvier 26, 2023
Un homme aidant une femme à sortir d'un cratère après un bombardement russe dans la région de Kiev.

Selon les autorités ukrainiennes, la Russie a tiré jeudi 55 missiles aux abords de Kiev. Photo: Getty Images/Roman Pilipey

L’Ukraine a été la cible jeudi de nouveaux bombardements russes d’ampleur, qui ont fait au moins 11 morts et 11 blessés et provoqué des pannes de courant, au lendemain de la décision des Occidentaux de livrer des chars lourds à l’armée ukrainienne.

Mercredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait appelé à fournir ces blindés le plus vite possible, son ministère de la Défense prévenant que les troupes russes, en supériorité numériqueintensifiaient les combats dans l’est de l’Ukraine.

À Bakhmout, à l’épicentre des affrontements dans l’est de l’Ukraine, Lisa, une médecin, regrettait jeudi matin auprès de l’AFP les tergiversations occidentales sur les chars, estimant que le feu vert aurait dû être donné plus tôt et pour une plus grande quantité de ces matériels.

Mais, bien sûr, nous sommes très reconnaissants de ce que nous avons obtenu, ajoutait-elle.

Dans l’immédiat, 11 personnes ont été blessées et, malheureusement, 11 autres sont décédées, a déclaré à la télévision le porte-parole des secours ukrainiens, Oleksandre Khorounejy, selon qui les dégâts les plus importants sont dans la région de Kiev. Un précédent bilan local faisait état d’un mort et de deux blessés dans la capitale, selon son maire, Vitali Klitschko.

Plusieurs dizaines de missiles

Un lance-missiles fait feu durant des exercices en Crimée.

Les salves de missiles tirés sur des infrastructures électriques névralgiques pendant l’hiver sont devenues la principale stratégie du Kremlin en attendant les offensives du printemps. Photo: via Reuters/Ministère de la Défense de la Russie

Selon le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Valery Zaloujny, la Russie a tiré jeudi 55 missiles sur l’Ukraine et 47 ont été détruits, dont 20 aux abords de Kiev.

L’Ukraine a également dit avoir abattu dans la nuit 24 drones explosifs Shahed, de fabrication iranienne. Un premier bilan a fait état d’un mort et de deux blessés dans la capitale, selon son maire, Vitali Klitschko.

Des coupures d’électricité d’urgence ont été imposées à Kiev et dans d’autres régions après que des sites énergétiques ont été touchés, la Russie essayant de causer une défaillance systémique du réseau national, selon le ministre de l’Énergie, Guerman Galouchtchenko.

La situation reste maîtrisée, a assuré le premier ministre Denys Chmygal.

À Odessa (sud-ouest), malgré des difficultés, le courant était rétabli en milieu de journée dans les hôpitaux et les autres infrastructures essentielles de la ville, a annoncé la compagnie d’électricité privée DTEK.

Les frappes près de cette grande ville portuaire ont eu lieu peu avant que la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, n’y arrive dans la matinée pour discuter avec son homologue ukrainien, Dmytro Kouleba.

Après une série de revers militaires sur le terrain à la fin de l’été et à l’automne, le Kremlin a commencé en octobre à régulièrement frapper les transformateurs et les centrales électriques de l’Ukraine, plongeant à chaque fois des millions de civils dans le noir et le froid.

En attendant les chars occidentaux

Des chars d'assaut embarqués sur un train.

Les États-Unis ont promis cette semaine 31 chars d’assaut Abrams aux Ukrainiens. Photo: AFP/Petras Malukas

Cette nouvelle vague de bombardements intervient au lendemain du feu vert de Washington et de Berlin au transfert de dizaines de chars lourds à Kiev, une décision inédite en 11 mois de guerre. L’Allemagne compte livrer fin mars ou début avril les premiers Leopard 2 promis.

Volodymyr Zelensky, selon lequel il s’agit d’une étape importante pour la victoire finale, a remercié ses alliés. Mais il a relevé que la clé du succès était désormais la vitesse et le volume des livraisons, Kiev demandant des centaines de blindés pour entamer la reconquête des territoires sous occupation dans l’est et le sud.

Le président ukrainien a aussi réclamé des avions de combat et des missiles de longue portée, autant d’armes que les Occidentaux refusent jusqu’ici de fournir, de peur de provoquer une escalade militaire.

Engagement direct dans le conflit

D’ores et déjà, le Kremlin considère que la livraison de chars est la preuve de l’engagement direct dans le conflit des Occidentaux. Et nous voyons que [cet engagement] grandit, a relevé jeudi face à la presse le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

Pour l’Ukraine, l’obtention d’armements est vitale pour reprendre les territoires dont la Russie revendique l’annexion. D’autant que, dans l’est, les combats s’intensifient, a relevé mercredi soir la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar.

Un char d'assaut dans l'eau.

Une douzaine de pays possèdent des chars d’assaut de type Leopard-2, fabriqués en Allemagne. Photo : Getty Images/Sean Gallup

Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie et aucun de nos partenaires ne l’est, a répliqué la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Anne-Claire Legendre. La livraison d’équipements militaires dans le cadre de l’exercice de sa légitime défense ne constitue pas une co-belligérance, a-t-elle soutenu face à la presse.

Cette mise au point intervient également après une déclaration maladroite de la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, qui, alors que son pays a été très critiqué pour ses atermoiements, avait dit mercredi : Nous combattons dans une guerre contre la Russie et non entre nous.

Pour l’heure, dans l’est, les combats s’intensifient, a souligné mercredi soir Ganna Maliar.

Les forces russes y sont en supériorité numérique, a-t-elle noté, citant la zone de Bakhmout, dont les troupes de Moscou tentent de s’emparer depuis plusieurs mois, mais aussi celle autour de Vougledar, une localité au sud-ouest de Donetsk.

Un homme marche près d'un pylône électrique.

Les infrastructures électriques ukrainiennes sont les cibles prioritaires des missiles et drones russes en plein hiver. Photo : Getty Images/Spencer Platt

Par ailleurs, l’Ukraine a admis mercredi avoir dû abandonner Soledar – au nord-est de Bakhmout –, dont les Russes revendiquaient la prise depuis une semaine.

Selon un sergent, qui répond au nom de guerre d’Alkorla bataille a été rude, car les Ukrainiens étaient moins nombreux.

Nous tirons, encore et encore, mais, après cinq minutes, une nouvelle vague de 20 ennemis nous arrive dessus, dit-il. Leur nombre est énorme. Ils utilisent leurs soldats comme de la chair à canon.

Selon l’Institute for the Study of War, la Russie semble multiplier les offensives sur la ligne de front pour disperser les forces ukrainiennes afin de créer les conditions d’une opération offensive décisive.

Avec Radio-Canada par Agence France-Presse

La Russie, en opération séduction en Afrique, fustige l' »Occident colonial »

janvier 25, 2023
La Russie, en operation seduction en Afrique, fustige l'"Occident colonial"
La Russie, en opération séduction en Afrique, fustige l' »Occident colonial »© Ministère des Affaires étrangères russe/AFP/Handout

La Russie a fustigé mercredi les « tactiques coloniales » de l’Occident pour faire « pression sur les continents en développement », saluant la « position équilibrée » de l’Angola qui s’est longtemps abstenu de condamner Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine.

Plusieurs États africains se sont abstenus en mars 2022 lors du vote d’une résolution de l’ONU exigeant « que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ». L’Angola a voté pour la première fois en octobre pour condamner Moscou.

« La Russie apprécie la position équilibrée de l’Angola aux Nations unies », a déclaré à la presse le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, à l’issue d’une rencontre à Luanda avec son homologue angolais Tete Antonio et le président Joao Lourenco.

Dénonçant les « pressions illégales des Etats-Unis et ses alliés », le chef de la diplomatie russe a ajouté que « l’Occident utilise les mêmes tactiques coloniales que par le passé pour exploiter les continents en développement ».

Ancien mouvement de libération à mouvance marxiste, le parti historique au pouvoir en Angola (MPLA, Mouvement populaire pour la libération de l’Angola) entretient des liens historiques avec la Russie, même si l’Angola a par la suite renforcé ses liens avec les États-Unis.

L’Afrique est redevenue un champ de bataille d’influence politique et économique, notamment depuis le début du conflit en Ukraine, il y a près d’un an.

M. Lavrov est en visite pour la seconde fois en six mois sur le continent. Avant l’Angola, il s’est rendu en Afrique du Sud et en Eswatini.

Son voyage coïncide avec une tournée africaine de la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, s’est par ailleurs rendu ce mois-ci en Éthiopie, au Gabon, en Angola, au Bénin et en Égypte.

Avec Le Point par AFP

Canada-Montréal: Le milieu communautaire lance un cri du cœur pour soutenir les demandeurs d’asile

janvier 25, 2023
Des personnes noires assises sur un banc public.

Les organismes communautaires n’arrivent plus à répondre aux besoins des dizaines de milliers de demandeurs d’asile qui arrivent chaque année au Québec. Photo : Radio-Canada/Charles Contant

La crise des demandeurs d’asile se traduit actuellement par un étouffement des ressources communautaires, déplore un regroupement d’organismes de quartier de Montréal, qui réclame de l’oxygène et des mesures d’aide immédiates de la part des gouvernements.

La réouverture des frontières internationales, après une fermeture forcée par la crise sanitaire en 2020 et en 2021, a provoqué un afflux jamais vu de demandeurs d’asile aux portes du Canada.

L’an dernier seulement, ce sont quelque 90 000 demandeurs d’asile qui sont venus chercher refuge au Québec; du nombre, 40 % sont arrivés par le chemin Roxham, chiffre Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Si l’on en retrouve beaucoup dans la métropole, ces demandeurs d’asile percolent aussi dans les couronnes nord et sud de l’île, mais aussi, dans une moindre mesure, dans plusieurs régions du Québec, a-t-il ajouté.

N’ayant pas accès aux services publics, ce nombre inédit d’immigrants sans-papiers se tourne vers les organismes communautaires, qui font à leur tour face à une demande inouïe, sans toutefois obtenir quelque compensation financière supplémentaire que ce soit ni du gouvernement provincial ni du palier fédéral.

« Malgré notre bonne volonté et nos efforts, nos ressources ne suffisent pas. »— Une citation de  Catherine Pappas, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Côte-des-Neiges.

Déjà aux prises avec un exode du personnel là où les salaires sont généralement plus généreux, ces organismes de quartier voient aussi leurs employés restants à bout de souffle, ne sachant pas combien de temps ils pourront tenir le fort.

La situation est critique, dénonce pour sa part Maria Ximena Flores, de la Coalition montréalaise des Tables de quartier (CMTQ) et du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent/COSSL. Il faut agir rapidement avant que ça ne devienne encore plus dramatique et que tout nous explose en plein visage.

Demandes

Pour les demandeurs d’asile, ces obstacles bureaucratiques et administratifs représentent une épreuve supplémentaire dans un parcours du combattant déjà bien chargé au cours duquel ils ont parfois bourlingué à travers plusieurs pays avant d’arriver au Canada.

« Rappelons-nous que ces gens-là, ces familles-là, ont traversé un parcours difficile, ponctué de traumatismes et de violence. C’est essentiel qu’on puisse les accueillir et les soutenir dès le jour un »— Une citation de  Bruno Hidalgo, intervenant pour Pause Famille

Lançant un cri du cœur d’une seule voix, ces organismes réclament que leur financement soit revu à la hausse pour renforcer leur capacité à offrir soutien et accompagnement adéquats aux demandeurs d’asile. Aucun chiffre n’a toutefois pu être avancé quant au montant nécessaire pour répondre à tous les besoins.

Ce n’est pas un enjeu d’argent, soutient M. Reichhold, rappelant qu’Ottawa rembourse Québec pour les frais engagés par l’accueil des demandeurs d’asile.

Ils souhaitent aussi le renversement d’une décision du Conseil des ministres québécois datant de 1996, qui limite l’accès aux services publics pour les demandeurs d’asile, comme l’assurance-maladie et certaines prestations.

Une demande réitérée à maintes reprises, mais qui demeure sans suite malgré les appels répétés du milieu, fait valoir M. Reichhold. On nous dit toujours que c’est le fédéral qui doit s’en mêler, laisse-t-il tomber.

Le regroupement souhaiterait également que les demandeurs d’asile aient accès à l’ensemble du Programme d’accompagnement et de soutien à l’intégration offert par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, aux services de garde subventionnés et aux mesures d’employabilité financées par Services Québec.

Le renforcement des services d’accompagnement juridique pour les demandeurs d’asile ainsi qu’un dispositif d’hébergement transitoire pour ceux qui n’auront pas accès à un logement transitoire font aussi partie des demandes.

Conséquences

À long terme, il est plus coûteux pour la société de ne pas soutenir rapidement les demandeurs d’asile, rappellent plusieurs intervenants.

Trop souvent, les demandeurs d’asile sont perçus comme un fardeau et non comme un actif pour notre société, dénonce Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte-Saint-Paul. Pendant la pandémie, on a réalisé que ces demandeurs d’asile étaient surreprésentés parmi les travailleurs des services essentiels. On s’est soudainement mis à les appeler nos « anges gardiens »…

« En leur imposant un parcours semé d’embûches et de stress, qui s’étend parfois sur plusieurs années, le gouvernement fait un très mauvais calcul, à notre avis. »— Une citation de  Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte-Saint-Paul

Martin Savard, président du conseil d’administration de Concert’Action Lachine, rappelle qu’en étant mal informés sur leurs droits et sur leur employabilité, les demandeurs d’asile sont plus susceptibles d’être victimes de fraude ou d’accidents du travail.

Ces arrivants-là sont plus que des chiffres, souligne Gary Obas, porte-parole de l’organisme pour l’Intégration, la Citoyenneté et l’Inclusion, sis dans Montréal-Nord. Ce sont des gens qui veulent contribuer à l’essor économique de la société. La plupart des demandeurs d’asile finiront par devenir résidents permanents du Canada.

Si on ne les aide pas en partant en leur donnant accès à des ressources et à de la francisation, certains ne trouveront jamais du travail et vivront d’aide sociale, poursuit M. Hidalgo. Ils ne pourront pas se loger adéquatement et avoir accès à certains services. Les enfants n’auront pas accès à une scolarité satisfaisante. Et ce cycle va se poursuivre.

Avec Radio-Canada par La Presse canadienne

En Afrique du Sud, Ramaphosa sous haute tension

janvier 25, 2023

Après une année 2022 catastrophique marquée par plus de 200 jours de délestages, les coupures de courant se poursuivent et fragilisent le chef de l’État. Au point qu’il a dû annuler son voyage à Davos.

Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, ici à Londres, le 24 novembre 2022. © Justin Tallis/AFP

Les Sud-Africains ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Ils ont traversé une sombre année 2022, marquée par plus de 200 jours de coupures de courant. Et ce record pourrait être battu en 2023. Eskom, l’entreprise publique d’électricité, parle pudiquement de « délestages », autrement dit : une interruption localisée et temporaire de la distribution électrique pour protéger le réseau quand la demande excède la production. Après des années de mauvaise gestion, de corruption, de sabotages et de décisions politiques inadéquates, Eskom se révèle tout bonnement incapable de produire de l’électricité de manière continue.

Ce qui était exceptionnel – être privé d’électricité dix heures par jour – est devenu la norme. Effarés par cette déliquescence, les Sud-Africains commencent à se mobiliser pour montrer à Cyril Ramaphosa, leur président, de quel bois ils se chauffent. De violentes manifestations ont éclaté dans plusieurs townships. Ailleurs, des organisations de la société civile battent le pavé pour relayer le ras-le-bol de la population. Ce fut le cas, le 20 janvier, à Pretoria. Une autre marche est prévue, le 2 février, à Midrand (au nord de Johannesbourg), devant les locaux d’Eskom.

L’opposition devrait rassembler les plus gros cortèges. Ce 25 janvier, l’Alliance démocratique (DA) invite « tous les Sud-Africains à faire entendre leur colère contre la destruction, par l’ANC, de [leurs] infrastructures énergétiques et de [leur] économie. » Nombreux sont ceux qui ont rejoint la marche qui est en cours devant Luthuli House, le quartier général du parti, à Johannesburg, que la DA décrit comme « une scène de crime. »

Chasse à l’homme

Pour l’Alliance démocratique, le coupable, c’est l’ANC. Pour l’ANC, le responsable, c’est la direction d’Eskom. Et pour Eskom, l’ennemi, c’est le crime organisé, qui sabote et pille ses infrastructures. Les suspects sont très nombreux, aussi les accusations fusent dans tous les sens. L’hebdomadaire Mail&Guardian a publié une galerie de portraits sous la forme d’un avis de recherche, titré : « Les assassins d’Eskom. » Parmi les 24 personnalités citées, figurent les trois derniers chefs de l’État, des ministres, d’anciens dirigeants d’Eskom et les frères Gupta – une fratrie d’hommes d’affaires indiens accusée d’avoir pris le contrôle d’Eskom avec la bénédiction de l’ancien président, Jacob Zuma.

Les 24 personnalités composent une photo de famille : celle de l’ANC depuis vingt ans. « Cette crise est un match de foot qui se joue au sein de l’ANC, où chacun se renvoie la balle », dénonce Narend Singh, chef des parlementaires de l’Inkatha Freedom Party (IFP), quatrième force politique du pays. Ses partisans manifesteront le 3 février à Durban, dans le KwaZulu-Natal, fief de l’IFP. Dans cette province riche en électeurs, le parti zoulou est un concurrent direct de l’ANC. Lors des scrutins locaux, en 2021, l’IFP y a progressé de 5 points, recueillant 24,29% des voix, contre 41,40% à l’ANC.

NON SEULEMENT VOUS DÉTRUISEZ L’ÉCONOMIE, MAIS VOUS METTEZ LA PRESSION SUR LES CONSOMMATEURS

En plus d’un front social, un front judiciaire s’est ouvert contre le gouvernement.  Avec une coalition de petits partis et de syndicats, l’Alliance démocratique attaque en justice la décision, prise par une autorité de régulation, d’augmenter le prix de l’électricité de plus de 18% pour l’exercice 2023-2024. « Non seulement vous détruisez l’économie, mais vous mettez la pression sur le consommateur, dont la facture a doublé en quatre ans, et ce pour un service défaillant », tonne Mmusi Maimane, leader du parti Build One South Africa (BOSA).

Depuis cette annonce, Cyril Ramaphosa appelle également Eskom à ne pas appliquer la hausse des tarifs. Sentant le vent tourner, il joue la carte du président du peuple. Il a ainsi annulé sa participation au Forum économique mondial de Davos pour se consacrer à la gestion de cette crise. L’annonce de son désistement a fait grand bruit, et à dessein. Le chef de l’État n’en est pas à sa première annulation. En septembre 2022, il avait renoncé à se rendre de Londres à New York, où il devait participer à la session de l’Assemblée générale des Nations unies, et était rentré au pays sitôt après les obsèques de la reine Elizabeth II. En 2019, il avait écourté une visite en Égypte pour voler au secours du réseau électrique sud-africain.

Ces changements de programme n’impressionnent nullement l’opposition. « Le président a montré son incapacité à s’attaquer à nos problèmes et à les résoudre. Il ne faut donc voir dans l’annulation de son voyage à Davos qu’un coup de communication », tacle Mmusi Maimane. Le chef de l’État a mis ces jours à profit pour consulter tous azimuts des experts et des responsables politiques. « Des réunions au cours desquelles il présente de grands plans stratégiques qui n’aboutissent jamais », fustige Ghaleb Cachalia, un parlementaire DA chargé des questions liées aux entreprises publiques.

Plans d’urgence

S’adresser à la nation ? Déjà fait. Pas plus tard qu’en juillet 2022, lors d’une énième série de délestages. Le président avait alors dévoilé un plan d’action censé sauver Eskom. Les mesures d’urgence prévoient une hausse du budget de maintenance pour réparer des centrales vieillissantes, le recrutement de personnels compétents, des achats d’électricité à des opérateurs privés et à des pays voisins, ou encore l’accélération des projets en matière d’énergies renouvelables. « Nous n’avons pas besoin de nouveaux plans », a commenté Cyril Ramaphosa, le 21 janvier, à l’issue d’une réunion du Comité national de la crise énergétique. « Le plan d’action énergétique trace clairement la voie d’une sortie de crise », assure-t-il.

En quinze années de délestages, les Sud-Africains ont appris à se méfier de l’optimisme présidentiel. En 2015, qui a dit : « D’ici à 18 mois ou deux ans, vous oublierez que nous avons eu des problèmes avec Eskom et l’électricité » ? Cyril Ramaphosa quand il était vice-président ! La citation fait régulièrement le tour des réseaux sociaux. Selon Eskom, il faudra au moins deux ans pour rétablir des capacités de production suffisantes. Et, en attendant, les délestages continueront…

NOUS PENSIONS ÊTRE LES ÉTATS-UNIS. NOUS NE SOMMES QU’UN PAYS DU TIERS MONDE

Les Sud-Africains vivent la crise énergétique comme un déclassement indigne de leur économie, pourtant la plus développée du continent. « Nous pensions être les États-Unis ; nous ne sommes qu’un pays du Tiers monde », avait résumé un agent de sécurité rencontré lors d’un reportage dans une entreprise de métallurgie. Un journaliste s’est même amusé à demander à la plateforme ChatGPT de réécrire les paroles de l’hymne national en y incluant une allusion aux délestages. L’intelligence artificielle a créé un couplet plutôt optimiste : « Nous ne sommes pas dans le noir, nous pouvons encore espérer / Le courant reviendra, il suffit de patienter / Nous serons capable de cuisiner et de regarder la TV. » Ce nouvel hymne pourrait faire vibrer le public d’un stade. Encore faudrait-il que ses lumières ne soit pas coupées…

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg