Archive for the ‘Opinion’ Category

L’armée ukrainienne continue d’avancer, Poutine table sur une « stabilisation »

octobre 5, 2022
Des soldats ukrainiens sur un véhicule blindé de transport de troupes sur une route de la région de Donetsk.

La poussée des forces ukrainiennes a permis de libérer des dizaines de localités dans l’est de l’Ukraine ces derniers jours. Photo : Getty Images/Anatolii Stepanov

Le président russe Vladimir Poutine a assuré mercredi que la situation militaire se « stabilisera » dans les territoires ukrainiens dont il revendique l’annexion mais où ses forces subissent une série de revers face à l’armée ukrainienne.

Quelques heures plus tôt, l’Ukraine avait annoncé regagner du terrain dans la région de Lougansk après ses succès dans celles de Kherson et de Kharkiv.

« Nous partons du principe selon lequel la situation va se stabiliser et que nous pourrons développer ces zones de manière pacifique. »— Une citation de  Vladimir Poutine, président russe

Il a signé un décret pour que la Russie s’approprie formellement la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia. De son côté, le chef de l’AIEA, Rafael Grossi, a annoncé son départ pour Kiev afin de discuter du besoin plus urgent que jamais de l’établissement d’une zone de protection autour de cette centrale.

Vladimir Poutine s'adresse à des journalistes.

Le président russe Vladimir Poutine a promulgué aujourd’hui la loi qui consacre l’annexion à la Fédération de Russie des régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijia. Photo: AP/Gavriil Grigorov

Alors même qu’elle recule sur le terrain, la Russie a proclamé l’annexion de quatre régions d’Ukraine (Donetsk, Lougansk, Kherson et Zaporijia), qu’elle contrôle partiellement, à l’issue de référendums dénoncés par Kiev et par ses alliés occidentaux.

Arrêtez de mentir

Signe d’un désarroi en Russie, les revers de l’armée ont conduit un haut responsable parlementaire à appeler celle-ci à arrêter de mentir à propos de ses défaites.

« Notre peuple n’est pas stupide. Et il voit qu’on ne veut pas lui dire ne serait-ce qu’une partie de la vérité. Cela peut entraîner une perte de crédibilité. »— Une citation de  Andreï Kartapolov, chef du Comité de défense de la Douma

Les troupes de Kiev poursuivent quant à elles leur contre-offensive, revendiquant de nouveaux gains dans l’est et le sud.

Des soldats ukrainiens tirent au canon sur la ligne de front.

Des soldats ukrainiens tirent au canon sur la ligne de front dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le mercredi 5 octobre 2022. Photo: AP/Andrii Marienko

Dans sa communication vidéo quotidienne, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est félicité de la reprise de trois nouveaux villages dans la région de Kherson, assurant que le mouvement continue.

Plus tôt dans la journée, le gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, jusqu’ici sous le contrôle quasi total de Moscou, avait proclamé une percée.

Maintenant, c’est officiel. La  »reconquête » de la région de Lougansk a commencé. Plusieurs localités ont déjà été libérées, a déclaré Sergiï Gaïdaï sans plus de précisions.

La quasi-totalité de la région de Kharkiv, dans le nord-est, apparaît désormais sous contrôle ukrainien, ouvrant ainsi la voie vers celle de Lougansk, bastion des séparatistes installées par Moscou depuis 2014.

Carte des zones occupées par les forces russes dans l'est et le sud de l'Ukraine.

Carte des zones occupées par les forces russes dans l’est et le sud de l’Ukraine Photo : Radio-Canada/Google

De son côté, l’armée russe a assuré mercredi avoir mené, ces dernières 24 heures, des frappes massives près de Lyman, dans la région de Donetsk, une ville récemment reprise par les forces ukrainiennes, et infliger de lourdes pertes à celles-ci.

Dans la région de Kherson, les troupes de Moscou tiennent leurs positions en repoussant les attaques de forces ennemies supérieures en nombre, a-t-elle ajouté.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a assuré que les territoires perdus seront repris.

M. Poutine avait quant à lui juré de défendre les zones annexées, quitte à utiliser des armes nucléaires, menace qui n’a arrêté ni la contre-offensive ukrainienne ni les livraisons d’armes occidentales.

L’armée russe avait reconnu à demi-mot des retraites mardi en publiant des cartes montrant que Moscou a cédé toute une partie du nord de la région de Kherson et que sa présence dans celle de Kharkiv était désormais minimale.

Près de Lyman, un nœud ferroviaire stratégique repris dans la région de Donetsk le week-end passé, un parachutiste ukrainien croisé mardi par l’AFP a reconnu que ses camarades et lui étaient à la fois épuisés et déterminés.

Un soldat de l'armée ukrainienne passe devant un convoi russe détruit.

Un attaché de presse de l’armée ukrainienne passe devant un convoi russe détruit dans la ville de Lyman, récemment reprise dans la région de Donetsk. Photo : Getty Images/Yasuyoshi Chiba

Oleksandre, 31 ans, a expliqué que les combats avaient été très durs mais qu’il leur fallait aller de l’avant.

Dans Lyman, où des journalistes de l’AFP se sont rendus mercredi, Tatiana Slavouta, une résidente de 62 ans, a dit ne pas savoir si la situation est meilleure ou pire depuis la reconquête ukrainienne.

Tous les magasins sont fermés, nous n’avons pas d’argent, nous n’avons pas de lumière. Rien, [mais] au moins maintenant, il y a le silence, pas de bombardements, explique-t-elle.

L’armée ukrainienne a repris Lyman

Vladimir Poutine a officialisé l’annexion de 4 régions d’Ukraine mercredi, mais son armée y bat en retraite. Dans le nord-est comme dans le sud, l’armée ukrainienne reprend du terrain. On en discute avec notre envoyée spéciale Marie-Eve Bédard qui est à Kharkiv.

Sur le front diplomatique, le président américain Joe Biden a annoncé mardi un nouvel envoi américain d’équipements militaires d’une valeur de 625 millions de dollars.

De leur côté, les États de l’Union européenne se sont mis d’accord sur une nouvelle série de sanctions contre des organisations et des personnalités russes.

Pour sa part, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a reconnu l’Ukraine comme pays membre potentiel, la toute première étape vers un très long processus d’adhésion.

À la suite de la demande reçue du premier ministre Denys Chmygal d’entamer le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’OCDE, le Conseil de l’OCDE a décidé de reconnaître l’Ukraine comme un pays membre potentiel, a affirmé mercredi le secrétaire général de cette organisation internationale, Mathias Cormann.

Sur ;e plan sportif, l’Espagne et le Portugal ont annoncé avoir intégré l’Ukraine à leur candidature commune pour l’organisation du Mondial 2030 de foot, ce que le président Zelensky a salué comme un symbole de victoire.

Radio-Canada avec Agence France-Presse

Canada-Québec/« Comme des votes à la poubelle » : le mode de scrutin rattrape déjà François Legault

octobre 5, 2022
Francois Legault en point de presse.

Au lendemain de sa réélection, François Legault a fermé la porte à double tour à une réforme du mode de scrutin. Photo: La Presse Canadienne/Jacques Boissinot

À peine réélu, François Legault est rattrapé par sa promesse rompue de réformer le mode de scrutin. Avec l’appui de 41 % des électeurs, il a décroché « 72 % des sièges » et « 100 % des pouvoirs », une « injustice » qui doit être corrigée, plaide le Mouvement démocratie nouvelle (MDN).

Dans une campagne publicitaire dévoilée mercredi et intitulée C’est juste pas juste, le MDN demande aux Québécois de se mobiliser pour réclamer une réforme du mode de scrutin.

Le résultat des élections provinciales, lors desquelles les quatre partis d’opposition ont conjointement récolté 59 % des votes mais seulement 28 % des sièges, constitue une aberration aux yeux du président du MDN et ex-ministre péquiste, Jean-Pierre Charbonneau.

Le Parlement devient la voix d’une minorité de la population qui gouverne comme si elle était la majorité, ce qui laisse place à des débats teintés par l’arrogance, l’intransigeance et le populisme, dénonce le MDN sur un nouveau site web lancé dans le cadre de sa campagne.

« C’est comme si à chaque élection on jetait des votes à la poubelle pour avantager le vainqueur. »— Une citation de  Extrait du site web cestjustepasjuste.com

Legault dit non

Néanmoins, le premier ministre réélu François Legault ferme la porte à ressusciter la promesse d’une réforme du mode de scrutin, qu’il avait pourtant lui-même faite en 2018 avant de l’abandonner en cours de mandat.

Je ne pense pas qu’il soit mauvais, le mode de scrutin qu’on a. Pendant la campagne électorale, je me suis engagé à ne pas ouvrir ce débat-là et je vais respecter tous mes engagements, a-t-il dit mardi, au lendemain de sa victoire.

Au cours des dernières semaines, M. Legault a laissé entendre que ce sujet n’intéressait que quelques intellectuels et a répété que ce n’était pas une priorité des Québécois, après deux années de pandémie.

Mardi, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a aussi tenu à rappeler que le résultat obtenu par son parti est de loin le meilleur de ceux de tous ses adversaires.

« On a eu 41 % du vote et notre plus proche adversaire a eu 15 % du vote. Il faut quand même garder ça en tête. »— Une citation de  François Legault, premier ministre du Québec

Sur son nouveau site web, le MDN explique comment fonctionnerait un nouveau mode de scrutin proportionnel mixte avec liste régionale.

Comment ça marche?

Avec un tel système, les électeurs seraient appelés à voter deux fois. Le premier vote serait pour le député qu’ils veulent faire élire dans leur circonscription. Le deuxième serait pour le parti qu’ils souhaitent voir former le gouvernement.

C’est à partir de ce deuxième vote, comptabilisé dans chaque région du Québec, que des députés seraient élus pour représenter leur région, explique le site web, ce qui permettrait de rétablir une juste représentation de chaque parti.

« Les résultats de l’élection et les sièges obtenus à l’Assemblée nationale représenteraient ainsi fidèlement les convictions exprimées dans la population. »— Une citation de  Extrait du site web cestjustepasjuste.com

Le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) réclament tous deux cette réforme, tandis que la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ) se dit simplement ouverte à ce qu’il y ait des discussions.

Une différence majeure

Mardi, Radio-Canada diffusait un reportage avec une simulation à ce sujet. Si la réforme du mode de scrutin envisagée contenue dans le défunt projet de loi 39 avait été en vigueur le soir de l’élection, la CAQ aurait vraisemblablement récolté 75 sièges plutôt que 90.

Le PLQ en aurait obtenu 16 plutôt que 21, contrairement à QS qui aurait décroché 3 sièges de plus, pour un total de 14. Pour sa part, le PQ aurait fait élire 10 députés, alors qu’il n’en a que 3 à l’heure actuelle.

Même le Parti conservateur du Québec (PCQ) aurait pu faire son entrée à l’Assemblée nationale avec un mode de scrutin proportionnel mixte avec liste régionale : ses 13 % de votes se seraient traduits par 10 sièges au Salon bleu.

Le MDN promet qu’une pétition sera bientôt lancée afin que les Québécois puissent publiquement réclamer cette réforme auprès du gouvernement Legault.

Avec Radio-Canada par Alexandre Duval

Cameroun : des diplomates américains exigent la libération de Marafa Hamidou Yaya

octobre 4, 2022

Huit anciens ambassadeurs des États-Unis au Cameroun appellent les autorités de leur pays à faire pression pour que l’ex-ministre, âgé et malade, puisse sortir de prison. Et dénoncent la responsabilité de Julian Assange et de WikiLeaks dans cette affaire.

Marafa Hamidou Yaya à la sortie du tribunal de Yaoundé, le 16 juillet 2012, premier jour de son procès. © DR

En juin dernier, le gouvernement britannique a décidé d’extrader Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, vers les États-Unis afin qu’il y soit poursuivi pour avoir diffusé, en 2010, des centaines de milliers de documents confidentiels volés au gouvernement américain. Cette décision rapproche un peu plus l’intéressé de la reddition des comptes. Assange fera sans nul doute appel de cette décision. Je souhaite vivement qu’il perde de nouveau et qu’il comparaisse bientôt devant un tribunal américain.

Robin des Bois, une fiction

Le monde verrait – et mesurerait peut-être alors – l’ampleur des dégâts que ses agissements criminels ont infligé aux amis et alliés des États-Unis. Son procès pourrait également mettre fin à la fiction remarquablement entretenue selon laquelle les actes d’Assange n’ont causé de tort à personne, qu’ils étaient courageux, voire dignes d’admiration.

Il est grand temps de rejeter l’idée erronée selon laquelle les agissements de cet individu – dans lequel beaucoup voient un Robin des Bois des temps modernes –, ont fait progresser la liberté de la presse ou apporté une transparence bienvenue dans la gouvernance des États. Ce n’est pas le cas. Au contraire, ils ont illégalement sapé le caractère confidentiel du partage d’informations utiles au bon fonctionnement de la diplomatie et indispensables à la promotion des intérêts de l’Amérique.

J’écris cette tribune en tant que diplomate américain à la retraite, dont les rapports et notes d’ambassade, comme ceux de mes nombreux collègues, ont été compromis, il y a plus de dix ans, par la publication infâme de ces documents volés.

Nul ne semble en mesure de dire combien de personnes dans le monde, parmi lesquelles de nombreux amis de l’Amérique, ont été lésées par les publications de WikiLeaks. Mais je connais au moins un cas où un honnête homme a passé plus de dix années de sa vie en prison pour des crimes présumés, jamais prouvés devant un tribunal. Cela s’est produit au Cameroun, où j’ai été ambassadeur des États-Unis entre 2004 et 2007.

Détention arbitraire

Là-bas, peu après la publication de WikiLeaks, Marafa Hamidou Yaya, diplômé de l’université du Kansas, a été emprisonné. À l’issue d’une procédure expéditive, il a été condamné à vingt-cinq années de prison pour corruption. Sans aucune preuve.

Avant son arrestation, Marafa Hamidou Yaya avait occupé plusieurs postes ministériels, notamment celui de secrétaire général de la présidence, sans doute le deuxième poste le plus important du pays. Des représentants de notre ambassade, que dirigeait alors Robert Jackson, ont assisté à son procès et l’ont dénoncé comme étant une farce. Bien qu’aucune preuve n’ait été fournie, le prévenu a été reconnu coupable de toutes les charges retenues contre lui.

Depuis, le rapport annuel du département d’État sur les droits de l’homme, qui est soumis au Congrès des États-Unis, présente M. Marafa comme un prisonnier politique. Il est incarcéré dans une prison militaire, dans une cellule humide, où la lumière du jour ne peut filtrer. Après son arrestation, celle qui fut sa fidèle secrétaire pendant une vingtaine d’années a été sauvagement assassinée à son domicile. Quant à son épouse, elle est morte sans avoir pu lui rendre visite ne serait-ce qu’une seule fois.

Les Nations unies ont officiellement déclaré que la détention de M. Marafa était arbitraire et ont exigé sa libération immédiate, ainsi qu’une indemnisation pour les dommages qu’il a subis. Cette requête n’a pas abouti, tout comme celle présentée, à plusieurs reprises, par l’ancien ministre lui-même pour raisons de santé.

Candidature à la présidentielle

Sept anciens ambassadeurs des États-Unis au Cameroun (Frances Cook, Harriet Isom, Charles Twining, John Yates, George Staples, Janet Garvey et Robert Jackson), qui connaissent et respectent M. Marafa, ont écrit avec moi aux administrations américaines successives pour leur demander de nous aider à obtenir sa libération. En vain.

L’administration Biden est pleinement consciente de cette situation, mais, à ma connaissance, elle n’a pris aucune mesure énergique en ce sens. Or, la santé du prisonnier s’étant considérablement détériorée au cours de ses dix années de prison, il est de plus en plus urgent d’agir. Cet homme âgé a survécu au Covid-19 (dont il n’est pas vacciné) l’année dernière. Devenu presque complètement aveugle, il souffre d’un grave problème cardiaque et a absolument besoin d’un traitement qui n’est pas disponible au Cameroun.

Récemment, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a écrit à de nombreuses reprises au gouvernement camerounais, lui enjoignant « de fournir à M. Marafa un accès immédiat à des soins médicaux adéquats, indispensables pour préserver sa vue ». Jusqu’à présent, cet appel n’a pas été entendu. M. Marafa a pourtant répété qu’il accepterait de partir en exil pour pouvoir se soigner, renonçant implicitement à tout rôle politique futur dans son pays.

Sudistes contre Nordistes ?

M. Marafa a été accusé de corruption. Mais son seul véritable crime est de m’avoir dit, en toute confidentialité en 2006, qu’il « pourrait être intéressé » par une éventuelle candidature à la présidence du Cameroun, dans l’éventualité où Paul Biya quitterait ses fonctions. La section politique de mon ambassade, que dirigeait habilement Katherine Brucker, actuelle cheffe de mission adjointe à Ottawa, avait naturellement rapporté cette information à Washington, dans un câble évoquant les scénarios possibles de la succession Biya. Lorsque ce câble a été publié par WikiLeaks, en 2010, cette confidence de M. Marafa a immédiatement fait la une des journaux camerounais. Cela a conduit directement à son arrestation, puis à son procès-spectacle l’année suivante.

Au Cameroun, où le quasi-nonagénaire Biya vient de fêter ses quarante années au pouvoir, la succession du président est un sujet si sensible que la simple évocation, par M. Marafa, de ses éventuelles ambitions a ébranlé le délicat équilibre tribal et politique du pays. De toute évidence, la coterie de M. Biya, composée essentiellement de chrétiens du Sud appartenant à la tribu Beti, s’est sentie menacée à la perspective de voir M. Marafa devenir président, au point qu’elle a décidé de le mettre définitivement sur la touche et qu’elle a manipulé le système judiciaire du pays à cette fin.

M. Marafa est un musulman du Nord, comme l’était Ahmadou Ahidjo, le seul autre président du pays depuis l’indépendance. Après avoir été pendant quarante ans les privilégiés du système, rien ne dérangerait davantage les « sudistes » que l’idée qu’un « nordiste » reprenne le pouvoir.

Confidences trahies

La publication de WikiLeaks s’est produite sous l’administration Obama-Biden. De nombreux responsables de l’administration actuelle occupaient des postes de haut niveau à l’époque. Ils sont donc parfaitement au courant de l’injustice que constitue l’incarcération de M. Marafa. Il n’est donc pas nécessaire de leur rappeler qu’il est de la responsabilité de notre gouvernement de protéger ceux qui ont pâti de la fuite massive de confidences qui avaient été partagées avec nous en toute bonne foi.

Ces responsables n’ont pourtant pas pris de mesures et n’ont même pas eu la curiosité de chercher à savoir combien d’autres « cas Marafa » existent de par le monde. Lorsque j’ai demandé au Bureau of Intelligence and Research (INR) de m’aider à rassembler les faits relatifs à cette affaire, il a décliné au motif que WikiLeaks n’était « pas une question relevant du renseignement ».

Je continue de croire que la décence élémentaire, la loyauté et le fair-play obligent les États-Unis à suivre de près le cas Marafa et des affaires similaires jusqu’à ce que justice soit réellement rendue. Non seulement ce serait la bonne chose à faire, mais cela montrerait à nos amis et collaborateurs du monde entier – y compris à ceux qui ont été affectés par WikiLeaks au point qu’ils ne veulent plus parler aux diplomates américains – que, même après avoir laissé se produire un événement aussi stupidement tragique, l’Amérique se montre à la hauteur de ses responsabilités.

En outre, je crains que les États-Unis soient en train de perdre la bataille de l’opinion mondiale sur cette affaire de WikiLeaks. Avec l’extradition d’Assange et les poursuites judiciaires qui l’attendent, le moment est venu d’expliquer pourquoi cette affaire est importante et pourquoi nous la prenons autant au sérieux. Les arguments spécieux selon lesquels Assange est un journaliste qui défend la liberté de la presse et la transparence trouvent malheureusement un écho auprès d’un trop grand nombre de citoyens, dont peu ont une idée du tort qui a été causé à Marafa. D’autres amis qui avaient fait confiance aux États-Unis ont connu un sort similaire, voire pire. Qui raconte leur histoire ? Si nous ne redoublons pas d’efforts pour expliquer tout cela, les États-Unis apparaîtront une fois de plus comme un pays tyran, qui dépasse les bornes.

Traitement médical

Si le vol et la divulgation, par WikiLeaks, de secrets gouvernementaux justifient l’extradition de Julian Assange et de le poursuivre en justice plus de dix ans après les faits, ne devrions-nous pas nous préoccuper des victimes de ce crime et prendre des mesures pour remédier à des situations telles que celle que vit M. Marafa ?

Pendant ce temps, Paul Biya dirige un Cameroun vacillant et sénescent, réprimant de manière incompétente et dans le sang la sécession anglophone, laissant Boko Haram franchir ses frontières de manière largement incontrôlée, et continuant à présider un pays richement doté qui, sous son règne, est loin d’avoir profiter de son extraordinaire potentiel.

Nul ne sait ce qu’il se passera lorsqu’il quittera enfin la scène, mais beaucoup redoutent que la transition s’accompagne d’une période de violence généralisée. Quelle occasion manquée qu’une personnalité aussi compétente que M. Marafa, qui a été éduqué aux États-Unis, ne figure plus parmi les solutions possibles au drame politique qui se profile au Cameroun !

Reste la possibilité qu’il soit libéré afin de pouvoir suivre un traitement médical en exil, et qu’il puisse ainsi vivre ses derniers jours dans la dignité et la liberté. Nous devons faire pression en faveur de cette issue, en faisant clairement savoir que le gouvernement américain le soutient et reconnaît sa responsabilité directe dans sa situation actuelle.

Il n’est pas trop tard

Voici deux choses que les lecteurs du Foreign service Journal peuvent faire pour nous aider. Premièrement, écrire à leurs représentants au Congrès, en particulier s’ils siègent à la Commission des relations extérieures du Sénat ou à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, pour demander au département d’État et à la Maison-Blanche d’agir pour obtenir la libération de M. Marafa. Une forte expression de l’intérêt du Congrès pourrait aider le département d’État à trouver le courage qui lui fait défaut pour s’occuper de cette affaire (et n’hésitez pas à m’envoyer un courriel à nielsm@lclark.edu pour obtenir un modèle de message qui puisse facilement être collé dans un courriel adressé à votre sénateur).

Deuxièmement, si un lecteur a connaissance d’autres amis des États-Unis qui ont été affectés négativement par les révélations de WikiLeaks et qui ont besoin de l’attention de notre gouvernement, qu’il m’envoie ces informations par courriel. Je les partagerai avec l’INR, qui est, selon moi, la structure la mieux appropriée pour compiler l’ensemble des informations portant sur les effets néfastes de WikiLeaks.

Nos gouvernements successifs ont fait preuve de courte-vue et ont réagi de manière inadéquate. Notre incapacité à défendre vigoureusement les victimes de WikiLeaks durant la décennie écoulée est quasi-honteuse. Il n’est cependant pas trop tard pour que nous corrigions le tir. Pour cela, nous devons être plus nombreux à nous exprimer. Aidez-nous à le faire.

Avec Jeune Afrique

Niels Marquardt

Par Niels Marquardt

Ancien ambassadeur des États-Unis au Cameroun, en Guinée équatoriale, à Madagascar et aux Comores.

Les Québécois optent pour la continuité

octobre 3, 2022
François Legault et son épouse Isabelle Brais.

François Legault demeurera premier ministre, selon les prévisions de Radio-Canada. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

La Coalition avenir Québec (CAQ) remporte les élections et dirigera un autre gouvernement majoritaire, prévoit Radio-Canada. Le parti de François Legault, qui avait remporté le scrutin de 2018, obtient donc un deuxième mandat consécutif. Pour sa part, le Parti libéral du Québec (PLQ) retournera sur les banquettes de l’opposition officielle.

C’est la première fois depuis 2008 qu’une formation politique gagne deux élections générales d’affilée. Et c’est aussi la première fois depuis 1998 que les Québécois confient à un même parti deux mandats majoritaires successifs.

Les sondeurs auront donc vu juste : la CAQ avait été donnée favorite dès le début de la campagne, le 28 août dernier.

Le gouvernement sera une fois de plus dirigé par François Legault qui, selon nos prévisions, sera réélu dans L’Assomption. Et il comptera selon toute vraisemblance sur une équipe encore plus nombreuse que les 76 députés qui siégeaient pour lui au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Parmi ces députés se trouve notamment Kateri Champagne Jourdain, dans Duplessis, qui devient la première femme autochtone de l’histoire à faire son entrée au Parlement.

Geneviève Guilbault célèbre avec d'autres militantes.

La vice-première ministre Geneviève Guilbault a été facilement réélue dans Louis-Hébert. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Toutefois, la soirée est beaucoup plus difficile pour les autres formations, dont les appuis tournent tous autour de 15 %.

Pour le PLQ, il s’agit du pire score de son histoire. Ses appuis n’étaient jamais tombés aussi bas qu’en 2018, à 25 %. Cela étant, le parti devrait conserver sa place sur les banquettes de l’opposition. Et sa cheffe, Dominique Anglade, devrait, selon nos prévisions, être réélue.

Le Parti québécois (PQ) atteint aussi un niveau plancher, la formation n’ayant jamais récolté moins de 17 % des suffrages, en 2018. Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, livre toujours une chaude bataille au député sortant de Camille-Laurin, Richard Campeau.

Quant à Québec solidaire (QS), le parti devrait terminer la soirée avec un score similaire à celui de 2018 en termes de suffrages et des sièges. Ses deux porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, dans Gouin, et Manon Massé, dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, ont été facilement réélus.

Enfin, le Parti conservateur du Québec (PCQ) était en voie ce soir de ne faire élire aucun député. Battu dans Chauveau, son chef, Éric Duhaime, a toutefois promis d’être à nouveau sur les rangs dans quatre ans.

Appelant ses militants à ne pas être trop pessimistes, l’ex-animateur de radio a rappelé que QS n’avait récolté que 4 % des suffrages aux élections de 2007, les premières auxquelles le parti avait participé.

Trudeau félicite Legault

Les bureaux de scrutin ont fermé leurs portes à 20 h. Radio-Canada a fait connaître sa prévision seulement 10 minutes plus tard.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rapidement publié un communiqué pour offrir ses félicitations à François Legault, se disant impatient de continuer à travailler avec [lui] pour relever les défis qui comptent pour les Québécois et tous les Canadiens.

Il s’agit notamment de favoriser la croissance de l’économie verte, de lutter contre les changements climatiques, de trouver des solutions à la pénurie de main-­d’œuvre, de rendre la vie plus abordable, de favoriser la création de logements abordables, d’investir dans les infrastructures et de bâtir un avenir propre et prospère, a-t-il indiqué.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a également salué la victoire de son ami François Legault. Continuons à tisser des liens plus profonds entre nos deux provinces et renforçons entre nous les liens économiques qui créent des emplois bien rémunérés, a-t-il tweeté lundi soir.

Près de deux électeurs sur trois ont voté

Le taux de participation final devrait être connu demain matin, mais il oscillait ce soir autour de 63 %, soit un peu moins que les 66,45 % de 2018.

Pas moins de 880 personnes étaient sur les rangs cette année, soit environ sept candidats par circonscription.

Ces élections mettent un terme à une éreintante campagne de 36 jours. Les prochaines semaines s’annoncent évidemment beaucoup plus calmes que les précédentes. Les députés élus aujourd’hui devraient prêter serment dans deux ou trois semaines. En 2018, le Conseil des ministres avait été présenté 18 jours après les élections.

Encore plus qu’il y a quatre ans, François Legault aura l’embarras du choix, d’autant plus que, selon les prévisions de Radio-Canada, les 25 membres du Cabinet seront de retour au Parlement.

Radio-Canada

L’ex-directeur de la CIA assure que l’Otan «éliminerait» les «forces russes» en Ukraine si Poutine utilisait l’arme nucléaire

octobre 3, 2022

L’ex-général quatre étoiles David Petraeus s’est livré à un exercice de prospective sur la chaîne ABC dans l’éventualité où la Russie utiliserait la bombe nucléaire en Ukraine.

Que feraient les États-Unis si la Russie utilisait l’arme nucléaire en Ukraine ? «Nous répondrions en menant un effort de l’Otan qui éliminerait toutes les forces conventionnelles russes que nous pouvons voir» sur le champ de bataille ukrainien ainsi qu’en Crimée annexée. L’avertissement ne vient pas d’un responsable américain en poste mais d’un illustre retraité : l’ex-général quatre étoiles et ancien directeur de la CIA David Petraeus. «Tous les navires en mer Noire» seraient également détruits, a-t-il ajouté dimanche, interrogé par la chaîne ABC.

Réponse nécessaire des Etats-Unis et de l’OTAN

Cette analyse sans détour intervient quelques jours après que Vladimir Poutine a affirmé que toute frappe sur les nouveaux territoires annexés par la Russie serait considérée comme une agression. Si la menace nucléaire n’a pas été explicitement brandie par le président russe, celle-ci plane néanmoins dans l’air. Danger qui ne peut «en aucun cas être accepté», selon l’ex-dirigeant de la CIA, qui a tout de même rappelé qu’il s’exprimait en son nom et n’avait pas discuté avec le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan de la potentielle réponse américaine à une escalade nucléaire côté russe.

Même si l’emploi d’une arme nucléaire en Ukraine n’est a priori pas de nature à faire entrer l’Otan en guerre contre l’agresseur, Kiev ne faisant pas partie de l’Alliance, une «réponse des États-Unis et de l’Otan» serait tout de même nécessaire, a commenté l’ancien haut gradé.

«Cela ne peut rester sans réponse»

David Petraeus a reconnu que la probabilité que les radiations nucléaires s’étendent aux pays de l’OTAN pourrait être interprétée comme une attaque contre un pays membre, en vertu de l’article 5 du traité d’Atlantique nord. Celui-ci implique qu’une attaque contre un membre de l’Alliance est considérée comme une attaque dirigée contre tous les alliés. «On ne veut pas se lancer, une nouvelle fois dans une escalade nucléaire», a-t-il martelé, soulignant néanmoins qu’une telle menace ne saurait «rester sans réponse».

«Vladimir Poutine est désespéré», a expliqué David Petraeus. «La réalité du champ de bataille à laquelle il est confronté est irréversible», et aucune mobilisation, «aucune annexion, aucune menace nucléaire, même voilée, ne peut le sortir d’une telle situation». La solution ? «Il faudra bien qu’il y ait un début de négociations, comme l’a dit le président ukrainien Zelensky», préconise-t-il.

Le Figaro par Jeanne Durieux

Manifestations en Iran: le guide suprême accuse les Etats-Unis et Israël

octobre 3, 2022
Manifestations en Iran: le guide supreme accuse les Etats-Unis et Israel
Manifestations en Iran: le guide suprême accuse les Etats-Unis et Israël© KHAMENEI.IR/AFP/-

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a accusé lundi les ennemis jurés que sont les Etats-Unis et Israël d’avoir fomenté le mouvement de contestation déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini à Téhéran.

« Je dis clairement que ces émeutes et l’insécurité sont l’œuvre des Etats-Unis, du régime sioniste (Israël, NDLR) usurpateur, leurs mercenaires et certains Iraniens traîtres qui les ont aidés à l’étranger », a déclaré l’ayatollah Khamenei, 83 ans, dans sa première réaction aux manifestations.

Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile.

Sa mort a déclenché une vague de manifestations en Iran et des rassemblements de solidarité avec les femmes iraniennes à travers le monde, notamment à Paris encore dimanche.

Ce mouvement de contestation, le plus important en Iran depuis celui de 2019 contre la hausse des prix de l’essence, est entré dans sa troisième semaine et la répression s’est accrue.

De violents incidents se sont produits dans la nuit de dimanche à lundi à l’Université de technologie Sharif à Téhéran, la plus prestigieuse d’Iran.

La police anti-émeute a tiré des billes d’acier et des gaz lacrymogènes contre des étudiants qui scandaient « Femme, vie, liberté », « les étudiants préfèrent la mort à l’humiliation », selon l’agence de presse iranienne Mehr.

Des incidents sont également survenus à l’université d’Ispahan (centre).

« N’ayez pas peur ! »

L’ONG Iran Human Rights (IHR), basée à Oslo, a publié deux vidéos, l’une montrant apparemment des policiers iraniens à motos poursuivant des étudiants qui courent dans un parking souterrain, et l’autre, des policiers à moto emmenant des personnes dont la tête est recouverte de sacs en tissu noir.

Sur d’autres images mises en ligne, que l’AFP n’a pu vérifier de manière indépendante, on peut entendre des tirs et des cris alors qu’un grand nombre de personnes courent dans une rue la nuit.

Dans une vidéo tournée, selon l’IHR, dans une station de métro de Téhéran, une foule scande: « N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur ! Nous sommes tous ensemble ! ».

Mais aux yeux du guide suprême, « la police est obligée de tenir tête aux criminels et d’assurer la sécurité de la société ».

« La mort de la jeune fille nous a brisé le cœur, mais ce qui n’est pas normal, c’est que certaines personnes, sans preuve ni enquête, rendent les rues dangereuses, brûlent le Coran, retirent le foulard des femmes voilées, mettent le feu aux mosquées et aux voitures », a-t-il ajouté.

Selon l’ayatollah Khamenei, ces manifestations ne sont pas dirigées contre le port obligatoire du voile, mais contre « l’indépendance » de l’Iran.

« Beaucoup de femmes en Iran ne portent pas parfaitement le voile et sont de ferventes partisanes de la République islamique », a-t-il écrit sur Twitter. « Les Etats-Unis ne peuvent pas tolérer un Iran fort et indépendant. »

« Nous sommes alarmés et révoltés par les informations sur la manière dont les forces de l’ordre répondent par la violence et avec des arrestations massives à des manifestations pacifiques d’étudiants », a dit lundi la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, aux journalistes voyageant avec le président Joe Biden vers Porto Rico.

« Courage incroyable »

Le ministère iranien du Renseignement avait indiqué vendredi que neuf ressortissants étrangers — notamment de France, d’Allemagne, d’Italie, des Pays-Bas et de Pologne — avaient été arrêtés en lien avec les manifestations.

Une globe-trotteuse italienne de 30 ans a affirmé être détenue en Iran: « Ils m’ont arrêtée, je suis dans une prison à Téhéran. Aidez-moi s’il vous plaît… », a déclaré Alessia Piperno lors d’une brève conversation téléphonique avec ses parents dimanche, selon le quotidien italien Il Messaggero.

Pour la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, il est « difficile de supporter ce qui se passe à l’université #Sharif en #Iran ». Le courage des Iraniens est incroyable », a-t-elle tweeté.

Au moins 92 personnes ont été tuées par la répression depuis le début des manifestations, selon l’ONG Iran Human Rights qui s’efforce d’évaluer le nombre de morts malgré les coupures d’Internet et les blocages d’applications comme WhatsApp ou Instagram et d’autres services en ligne en Iran.

Les autorités affirment quant à elles qu’environ 60 personnes parmi lesquelles douze membres des forces de sécurité ont été tuées depuis le 16 septembre.

Par Le Point avec AFP

Le Kremlin veut « consulter » pour fixer les frontières des régions annexées dans le sud de l’Ukraine

octobre 3, 2022
Le Kremlin veut "consulter" pour fixer les frontieres des regions annexees dans le sud de l'Ukraine
Le Kremlin veut « consulter » pour fixer les frontières des régions annexées dans le sud de l’Ukraine© AFP/Archives/Kirill KUDRYAVTSEV

La Russie va « consulter » la population pour établir les frontières des régions annexées de Kherson et de Zaporijjia, dans le sud de l’Ukraine, a indiqué lundi à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

« Nous allons continuer à consulter la population de ces régions », a déclaré M. Peskov, interrogé pour savoir si la Russie annexait la totalité de ces régions ou uniquement les parties qu’elle occupe.

Le président russe Vladimir Poutine a formalisé l’annexion de Kherson et de Zaporijjia, ainsi que de deux autres régions ukrainiennes -de Donetsk et de Lougansk-, lors d’une cérémonie vendredi au Kremlin.

Les régions de Donetsk et Lougansk ont été annexées dans leur totalité, Moscou ayant reconnu la souveraineté de régimes séparatistes prorusses fin février, juste avant l’assaut russe contre l’Ukraine. Mais le Kremlin a indiqué la semaine dernière que les frontières des régions de Kherson et de Zaporijjia avaient besoin d’être « clarifiées ».

Selon le groupe de réflexion américain ISW (Institute for the Study of War), Moscou contrôle 72 % de la superficie de la région de Zaporijjia. Et quelque 88 % de celle de Kherson et sa capitale éponyme sont sous occupation russe, selon la même source.

La Russie avait organisé à la hâte dans les quatre régions ukrainiennes de prétendus référendums, largement dénoncés par Kiev et ses alliés occidentaux, à la suite d’une contre-offensive ukrainienne qui a forcé l’armée russe à céder des milliers de km2 de terrain.

Le Point avec AFP

En Amazonie, des indigènes votent Lula, en bateau

octobre 2, 2022
En Amazonie, des indigenes votent Lula, en bateau
En Amazonie, des indigènes votent Lula, en bateau© AFP/Michael DANTAS

Sur le Rio Negro, affluent de l’Amazone, des indigènes brésiliens à bord d’une barque à moteur font le « L » de Lula avec les doigts: ils s’apprêtent à voter ce dimanche pour l’ex-président de gauche.

Comme beaucoup de Brésiliens, ces autochtones du peuple Kambeba votent dans une école. Mais pour y arriver, ils doivent naviguer jusqu’au village voisin.

« Pour nous, les indigènes, c’est important de se battre pour la démocratie, de voter et de choisir des représentants qui nous respectent », dit à l’AFP Raimundo Cruz da Silva, 42 ans, vice-Tuxaua (équivalent d’un cacique) des Kambeba.

Vêtu d’une chemise blanche avec des bandes verticales de motifs tribaux verts, il ne cache pas qu’il votera pour Lula, l’adversaire du président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Ce dernier est très critiqué par de nombreux leaders indigènes, dont le cacique emblématique Raoni Metuktire, qui a porté plainte contre lui pour « génocide » au Tribunal pénal international de La Haye.

Três Unidos, le village de Raimundo Cruz da Silva, où vivent quelque 115 autochtones, est situé sur une réserve à environ 60 km de Manaus, capitale de l’Etat d’Amazonas (nord).

Une quarantaine de personnes partent voter en même temps, à bord de quatre embarcations.

Le long des eaux sombres du Rio Negro, ils voient la végétation luxuriante vert émeraude à perte de vue, avant d’arriver à Sao Sebastiao, village situé en dehors de la réserve indigène.

« Le regard tourné vers l’Amazonie »

C’est une journée spéciale pour Taynara da Costa Cruz, 18 ans, qui va voter pour la toute première fois.

« Pour nous, les jeunes, c’est très important de voter. Nous votons, le regard tourné vers l’Amazonie, les peuples indigènes », dit cette jeune artisane aux yeux marron clair pétillants, qui arbore un collier et un serre-tête faits de graines d’Amazonie.

Toutes les femmes du peuple Kambeba sont vêtues de longues robes blanches.

Leurilene Cruz da Silva, sœur de Raimundo, porte aussi sur les cheveux deux rangées de graines qui ressemblent à des colliers de perles.

À son arrivée à Sao Sebastiao, cette infirmière de 38 ans sort fièrement son titre d’électeur.

« Il faut qu’on ait de bons représentants, c’est une journée importante. Nous, les indigènes, nous devons montrer que nous sommes capables de résister », lance-t-elle.

Peu après son élection, fin 2018, Jair Bolsonaro a promis qu’il ne cèderait « pas un centimètre de plus » aux terres indigènes.

Il s’est aussi montré favorable à l’exploitation minière ou agricole dans ces territoires censés être réservés aux activités traditionnelles des autochtones.

Sous son mandat, débuté en janvier 2019, la déforestation annuelle moyenne a augmenté de 75 % par rapport à la dernière décennie.

Le bilan environnemental de Lula est loin d’être irréprochable, mais l’ex-président (2003-2010) a promis durant sa campagne qu’il allait créer un ministère des peuples autochtones, avec une personnalité indigène à sa tête

Par Le Point avec AFP

Burkina: Damiba, chef de la junte, démissionne après deux jours de tensions

octobre 2, 2022
Burkina: Damiba, chef de la junte, demissionne apres deux jours de tensions
Burkina: Damiba, chef de la junte, démissionne après deux jours de tensions© AFP/Olympia DE MAISMONT

Le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui refusait sa destitution annoncée par un jeune capitaine, a finalement accepté de démissionner dimanche après deux jours de tensions marquées par des manifestations antifrançaises.

Son départ était réclamé à Ouagadougou par des centaines de manifestants favorables au capitaine Ibrahim Traoré, 34 ans, qui avait annoncé sa destitution vendredi soir.

A la suite d’une médiation menée entre les deux rivaux par des chefs religieux et communautaires, « le Président Paul-Henri Sandaogo Damiba a proposé lui-même sa démission afin d’éviter des affrontements aux conséquences humaines et matérielles graves », indique un communiqué de ces chefs très influents au Burkina Faso.

Depuis l’annonce vendredi soir par des militaires emmenés par le capitaine Traoré de la destitution de M. Damiba – lui-même arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en janvier -, la tension a été vive au Burkina.

Le putschiste déchu avait clairement fait savoir qu’il n’entendait pas abdiquer, en dépit des manifestations qui lui étaient hostiles.

Il avait appelé samedi les nouveaux putschistes « à revenir à la raison pour éviter une guerre fratricide dont le Burkina Faso n’a pas besoin dans (le) contexte » des violences jihadistes qui minent le pays depuis 2015.

Un communiqué séparé publié dimanche par les militaires pro-Traoré indique que le capitaine « est chargé de l’expédition des affaires courantes jusqu’à la prestation de serment du président du Faso désigné par les forces vives de la nation », à une date non précisée.

Dans un discours prononcé devant une trentaine de secrétaires généraux de ministères, le capitaine Traoré s’est excusé pour les militaires qui « ont troublé Ouagadougou » ces dernières heures.

« Cela est arrivé parce que certaines choses ne fonctionnent pas bien », a-t-il dit, et « il faut aller vite » pour changer cela, car « tout le pays est en situation d’urgence ».

Appel « au calme et à la retenue »

Quelques dizaines de manifestants soutenant Ibrahim Traoré se sont rassemblés dimanche devant l’ambassade de France à Ouagadougou, mettant le feu à des barrières de protection et jetant des pierres à l’intérieur du bâtiment sur le toit duquel étaient positionnés des soldats français, d’autres arrachant des barbelés pour tenter d’escalader le mur d’enceinte du bâtiment diplomatique, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des gaz lacrymogènes ont été tirés depuis l’intérieur de l’ambassade pour disperser les manifestants, a-t-il également constaté.

Dans un communiqué lu par l’un de ses proches à la télévision nationale, le capitaine Traoré, qui se trouvait à ses côtés, a appelé les manifestants à « se départir de tout acte de violence et de vandalisme (…) notamment ceux qui pourraient être perpétrés contre l’ambassade de la France ou la base militaire française » à Ouagadougou. Il a appelé « au calme et à la retenue ».

Samedi en fin d’après-midi, deux institutions françaises avaient déjà été prises pour cibles par des manifestants: un incendie s’était déclaré devant l’ambassade de France et l’Institut français à Ouagadougou, un autre devant l’Institut français à Bobo-Dioulasso.

Des affirmations sur les réseaux sociaux faisant état d’une protection accordée par la France au lieutenant-colonel Damiba, ont contribué à la colère des manifestants pro-Traoré.

Elles ont été formellement démenties tant par Paris que par M. Damiba lui-même.

Quelques heures avant l’annonce de sa destitution vendredi soir, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à Ouagadougou pour réclamer son départ, mais aussi la fin de la présence militaire française au Sahel, et une coopération militaire avec la Russie.

L’influence de Moscou ne cesse de croître dans plusieurs pays d’Afrique francophone ces dernières années, particulièrement au Mali et en Centrafrique.

Frontières rouvertes

Plusieurs centaines de manifestants, réclamant la reddition définitive de M. Damiba, scandant des slogans antifrançais et brandissant des drapeaux russes, avaient accompagné le cortège du capitaine Traoré à la télévision où il était allé pour l’enregistrement de son communiqué.

« Nous avons décidé de prendre notre destin en main et d’accompagner » le capitaine Traoré qui nous donne « espoir » a affirmé l’un d’eux, Yaya Traoré, mais « si ça ne va pas, nous allons sortir pour encore lui dire de partir. Donc c’est à lui de bien faire ».

Les militaires qui ont pris le pouvoir ont indiqué que le couvre-feu instauré vendredi de 21h00 à 05h00 (locales et GMT) avait été levé et les frontières terrestres rouvertes à compter de ce dimanche.

Le lieutenant-colonel Damiba était arrivé au pouvoir en janvier par un coup d’Etat ayant renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, accusé d’inefficacité dans la lutte contre les violences jihadistes.

Mais ces derniers mois, des attaques frappant des dizaines de civils et de soldats se sont multipliées dans le Nord et l’Est du Burkina Faso, où des villes sont désormais soumises à un blocus des jihadistes.

Depuis 2015, les attaques régulières de mouvements armés affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique (EI) ont fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de quelque deux millions de personnes.

Par Le Point avec AFP

Si la Russie préparait une attaque nucléaire, les Etats-Unis le sauraient, estiment des experts

octobre 1, 2022
Si la Russie preparait une attaque nucleaire, les Etats-Unis le sauraient, estiment des experts
Si la Russie préparait une attaque nucléaire, les Etats-Unis le sauraient, estiment des experts© AFP/Kirill KUDRYAVTSEV

Les Etats-Unis seraient très probablement au courant de préparatifs russes pour une attaque nucléaire contre l’Ukraine, et Moscou pourrait aussi vouloir que cela se sache, estiment des experts.

Après avoir essuyé plusieurs revers militaires, le président russe Vladimir Poutine a menacé de recourir à « tous les moyens » pour défendre l’intégrité territoriale de la Russie, relançant les spéculations sur les risques d’un conflit nucléaire.

Une menace potentiellement étendue vendredi aux quatre régions ukrainiennes annexées par Moscou.

Dans l’immédiat, des analystes militaires relativisent ce risque et la Maison Blanche dit n’avoir vu aucune activité indiquant un plan d’attaque, mais les services de renseignement occidentaux surveillent de près l’émergence d’une menace réelle.

Si elle prenait corps, des experts parient plutôt sur l’usage d’une arme nucléaire tactique – plus petite en charge explosive qu’une arme nucléaire stratégique – probablement lancée sur un missile balistique Iskander à courte portée.

Et les préparatifs d’une attaque seraient évidents, assure à l’AFP Pavel Podvig, chercheur à l’Institut des Nations unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir) à Genève.

Où sont les bombes ?

Un rapport de 2017 de cet institut dresse la carte de 47 sites de stockage nucléaire à travers la Russie.

Ceux-ci sont surveillés constamment et en détail par les satellites de renseignement et de surveillance militaire des Etats-Unis et d’autres pays. Ils peuvent même être surveillés par des satellites commerciaux, comme le montrent les images très répandues et régulièrement mises à jour des activités d’installations nucléaires nord-coréennes.

Pour M. Podvig, la Russie a déployé ses ogives nucléaires stratégiques ou à longue portée sur le terrain, sur des missiles, des bombardiers et des sous-marins.

Mais ses armes nucléaires non stratégiques ou tactiques, dont le nombre peut atteindre 2.000, ne sont pas installées sur des missiles d’après lui.

Pas d’installations cachées

« Je suis convaincu que les Etats-Unis verraient tout préparatif russe à l’utilisation d’armes nucléaires », ajoute Mark Cancian, un ancien fonctionnaire des ministères américains de la Défense et de l’Energie.

« Les armes doivent sortir du stockage, les unités concernées doivent être alertées, et les Russes pourraient également alerter leurs forces nucléaires stratégiques », explique à l’AFP cet expert, qui travaille désormais au Centre pour les études stratégiques et internationales de Washington.

Visibles aussi selon lui, les préparatifs nécessaires pour les forces terrestres russes, comme la fourniture d’équipements de protection et des instructions pour agir dans un environnement nucléaire.

« Les armes nucléaires ont besoin d’une certaine structure, de personnes formées et de maintenance. Vous ne pouvez pas faire cela dans un endroit aléatoire », estime de son côté Pavel Podvig, qui juge très peu probable la possibilité d' »installations cachées ».

« Techniquement, vous pourriez probablement faire sortir clandestinement quelques bombes d’un site de stockage sans être détecté », nuance le chercheur de l’Unidir.

Mais agir ainsi comporte ses propres risques, notamment celui de provoquer une attaque préventive de l’Occident. « Les Russes ne seront jamais certains que cela ne sera pas détecté. Ce serait un pari », prévient-il.

Surtout, ajoute-t-il, il est plus probable que la Russie souhaite que l’Occident voie ses préparatifs, en guise d’avertissement. « Ce serait une sorte de pas en avant dans l’escalade (et) la Russie voudrait que cela soit visible », pronostique encore Pavel Podvig.

Prévenir le monde

Les Etats-Unis ont averti pendant des semaines que la Russie avait l’intention d’envahir l’Ukraine avant son passage à l’acte le 24 février, dans l’espoir de préparer Kiev et ses alliés, et de tenter de dissuader Moscou.

Washington préviendrait-il ouvertement le monde s’il détectait des préparatifs d’attaque nucléaire, au risque de déclencher une panique sans précédent ?

Une telle panique se propagerait non seulement en Ukraine, mais aussi dans les régions potentiellement menacées par des retombées nucléaires, et plus largement encore si l’on venait à craindre une escalade irrésistible.

Les Etats-Unis alerteraient quasi certainement leurs alliés et d’autres puissances, notamment la Chine et l’Inde, en espérant qu’ils fassent alors pression sur Moscou pour renoncer.

D’après M. Podvig, Washington jugerait aussi probablement utile d’émettre des avertissements publics pour alourdir cette pression. « La stratégie doit être basée sur l’isolement. Il faut renforcer le caractère inacceptable de cette situation, qui est criminelle », a-t-il déclaré.

« Ce message pourrait avoir une valeur dissuasive », selon le chercheur.

Le Point avec AFP