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La journaliste française Natacha Polony sera jugée pour contestation du génocide contre les Tutsi au Rwanda

décembre 16, 2020
Natacha Polony

La directrice de la rédaction du magazine français Marianne a été renvoyée devant le tribunal correctionnel de Paris.

Selon une ordonnance judiciaire datée du 11 décembre, que Jeune Afrique a pu consulter, Natacha Polony sera jugée pour « contestation de l’existence de crime contre l’humanité par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique ».

En cause, des propos tenus par la journaliste française en mars 2018 sur la radio France Inter, où elle était alors chroniqueuse. Face à l’essayiste et candidat aux élections européennes Raphaël Glucksman, Natacha Polony avait alors donné une version très personnelle du génocide perpétré d’avril à juillet 1994 contre les Tutsi du Rwanda.

Victimes et bourreaux renvoyés dos-à-dos

« Il est nécessaire de regarder en face ce qui s’est passé à ce moment-là et qui n’a rien finalement d’une distinction entre des méchants et des gentils. Malheureusement on est typiquement dans le genre de cas où on avait des salauds contre d’autres salauds […] C’est-à-dire que je pense qu’il n’y avait pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants dans cette histoire. »

En renvoyant ainsi dos-à-dos victimes et bourreaux du génocide contre les Tutsi, Natacha Polony s’était attirée les foudres de l’association de rescapés Ibuka France et de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (dont la constitution de partie civile a été déclarée irrecevable pour des raisons procédurales). Selon ces associations, les propos tenus à l’antenne de France Inter s’apparentent à une « contestation du génocide des Tutsi au Rwanda ».

Entendue pendant l’enquête préliminaire, Natacha Polony « reconnaissait avoir tenu les propos litigieux mais en contestait le sens donné par la partie civile et précisait que l’émission en cause avait été diffusée en direct », ajoutant que « ses propos visaient les dirigeants » mais que « le génocide avait bien existé » (sic).

Le 11 décembre 2020, le juge parisien Milca Michel-Gabriel a néanmoins décidé de son renvoi devant le tribunal correctionnel.

Avec Jeune Afrique

Brésil: le CV du nouveau ministre de l’Education contesté

juin 29, 2020

Le nouveau ministre de l’Education du Brésil n’a pas encore pris ses fonctions, mais il fait déjà l’objet de nombreuses polémiques, avec la contestation de plusieurs des titres universitaires affichés sur son curriculum vitae. Économiste et professeur d’université, Carlo Alberto Decotelli est devenu jeudi dernier la première personne noire nommée au gouvernement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, remplaçant Abraham Weintraub, qui avait démissionné le 18 juin après une série de polémiques.

Au moment d’annoncer cette nomination, le chef de l’Etat a cité sur Twitter les principaux titres universitaires du nouveau ministre, dont «un Master à la Fondation Getulio Vargas, un doctorat à l’Université de Rosario, en Argentine, et un post-doctorat à l’Université de Wuppertal, en Allemagne». Tous remis en cause les jours suivants. Le président brésilien a déclaré sur Facebook qu’Alberto Decotelli était «conscient de son erreur» et a vanté «sa capacité à construire une éducation inclusive». Selon la presse, Bolsonaro étudierait la possibilité de remplacer Decotelli. Ce dernier a confirmé à des journalistes, après un entretien avec le chef de l’Etat, qu’il «était ministre» et qu’il prendrait ses fonctions, même si aucune date n’a encore été fixée.

Dès vendredi, le recteur de l’Université de Rosario avait assuré sur Twitter qu’Alberto Decotelli n’avait «pas obtenu le titre de docteur cité» dans le tweet de Jair Bolsonaro. Le ministère de l’Éducation avait réagi dans la foulée, reproduisant un document de l’université argentine attestant que l’ensemble du cursus du doctorat avait été suivi. Mais le nouveau ministre a ensuite rectifié son CV sur la base de références nommée Lattes, en précisant qu’il avait suivi le cursus mais «sans soutenance de thèse», ce qui l’empêche de revendiquer le titre de docteur. Lundi, le ministre s’est défendu en expliquant que le jury lui avait demandé d’apporter des «adaptations» à la thèse, mais qu’il avait dû se rendre au Brésil en raison de «difficultés financières» sans pouvoir retourner en Argentine pour la soutenir.

Auparavant, lundi, l’université allemande de Wuppertal avait jeté un autre pavé dans la mare, en affirmant dans un communiqué que M. Decotelli n’avait «obtenu aucun titre» au sein de cette institution. D’après ce communiqué, le ministre y a «mené une recherche de trois mois en janvier 2016», qui n’est pas suffisante pour être reconnue comme un post-doctorat, lequel prend normalement plusieurs années. Il n’aurait de toute façon pas pu prétendre à un tel titre sans que son doctorat soit reconnu.

Un autre soupçon sur le cursus universitaire du ministre est venu du Brésil, avec des accusations de plagiat sur des extraits de son mémoire de Master à la Fondation Getulio Vargas, à Rio de Janeiro. Sur ce point, Alberto Decotelli a admis qu’il aurait pu commettre une «étourderie» (en détaillant ses sources) mais pas un plagiat. «Un plagiat, c’est quand on fait Control C, Control V, et ce n’était pas le cas», a-t-il affirmé.

Le gouvernement de Jair Bolsonaro a connu depuis qu’il a pris ses fonctions en janvier 2019 une dizaine de démissions ou de limogeages de ministres, en raison de polémiques ou pour incompatibilité avec le président. Ce fut le cas récemment des deux derniers titulaires de la Santé, en pleine pandémie de Covid-19. Fervent bolsonariste, Abraham Weintraub, prédécesseur d’Alberto Decotelli, avait notamment fait sur Twitter des déclarations racistes antichinoises et qualifié de «connards» les juges de la Cour suprême, estimant qu’ils devraient être «jetés en prison».

Par Le Figaro avec AFP

Mali : le mouvement de contestation rejette l’option d’un gouvernement d’union nationale

juin 21, 2020

Une manifestation réclamant le départ du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, le 5 juin 2020 à Bamako.

Une manifestation réclamant le départ du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, le 5 juin 2020 à Bamako. © Baba Ahmed/AP/SIPA

 

Les dirigeants de la contestation en cours contre le président malien Ibrahim Boubacar Keïta ont rejeté samedi soir les pistes proposées par des médiateurs ouest-africains pour sortir le pays de la crise et réitéré leur demande de voir le chef de l’État démissionner.

« Dans les circonstances actuelles, aucun gouvernement, même “d’union nationale”, dont le M5-RFP n’est ni demandeur, ni preneur, ne saurait résoudre les problèmes du Mali », a affirmé dans un communiqué le mouvement contestataire, qui prône une « refondation » aux contours flous du Mali.

« Aussi, le M5-RFP réitère sa demande de démission du Président Ibrahim Boubacar Keïta et (de) son régime », selon le communiqué.

À l’appel du « Mouvement du 5 juin » (M5-RFP), coalition hétéroclite dont la figure emblématique est l’influent imam Mahmoud Dicko, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi à Bamako pour réclamer le départ immédiat du chef de l’État, au pouvoir depuis 2013.

Médiation de la Cedeao

Au soir de cette manifestation, les chefs de la diplomatie du Niger, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire, en mission de bons offices au Mali au nom de la Cedeao, ont évoqué la « nécessité » de mettre en place un « gouvernement consensuel d’union nationale », une option à laquelle le président Keïta a récemment ouvert la voie.

Ils prônaient également l’organisation d’élections législatives partielles dans des circonscriptions où une intervention de la Cour constitutionnelle a été favorable au camp présidentiel, ce qui avait suscité la colère de l’opposition. Leurs efforts de médiation ont reçu samedi le « plein soutien » du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Samedi soir, le M5-RFP a estimé que les envoyés de la Cedeao n’avaient tenu « aucunement compte de la source de tous les maux et de toutes les crises du Mali, à savoir la mauvaise gouvernance, la corruption et la violation des principes républicains et démocratiques dont le Président Ibrahim Boubacar Keïta est le seul et unique responsable ».

Il dénonce également la « totale illégalité » d’éventuelles élections partielles et souligne sa « détermination à mettre en oeuvre tous les moyens légaux et légitimes » pour obtenir le départ du président, « qui seul peut aujourd’hui sauver le Mali ».

 Par Jeune Afrique avec AFP

Transition franc CFA-eco : derrière la contestation des anglophones, une querelle ivoiro-nigériane

janvier 17, 2020

Muhammadu Buhari et Alassane Ouattara

Muhammadu Buhari et Alassane Ouattara ©

 

La mise en place annoncée fin décembre par Alassane Ouattara d’un « eco-UEMOA », indexé sur l’euro et garanti par la France, est vue par les pays d’Afrique de l’Ouest hors zone CFA comme un parasitage de l’instauration de « l’eco-Cedeao », monnaie unique flexible que les États d’Afrique de l’Ouest ont prévu d’adopter en 2020.

C’est une gifle que viennent d’infliger à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et au président ivoirien Ouattara les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales de Gambie, du Ghana, de Guinée, du Liberia, du Nigeria et de la Sierra Leone réunis en Conseil de convergence de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO).

Dans un communiqué publié le 16 janvier à l’issue de leur réunion extraordinaire à Abuja (Nigeria), ils commencent par « féliciter l’UEMOA pour sa décision de se départir du franc CFA, mais prennent note avec préoccupation de la déclaration du président de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement [le président Ouattara] de l’UEMOA, le 21 décembre 2019, de renommer unilatéralement le franc CFA « eco », d’ici 2020 ».

Ils soulignent ensuite que « cette décision n’est pas conforme avec la décision de la Conférence d’État et de gouvernement de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) d’adopter « l’eco comme nom d’une monnaie unique indépendante de la Cedeao ». Ils recommandent « qu’un sommet extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement membres se réunisse prochainement pour examiner en profondeur cette question ».

  • Que reprochent les signataires de la ZMAO à « l’eco-UEMOA » ?

Ils estiment que l’eco annoncé par le président Ouattara n’est qu’un avatar du franc CFA, parce que celui-ci demeure adossé à l’euro, que son taux de change est garanti par la France et qu’il n’est pas flexible comme le stipulait les documents préparatoires présentés en juin à Abidjan.

  • S’agit-il d’un affrontement francophones / anglophones ?

Il ne semble pas. En effet, le 29 décembre, le président ghanéen Nana Akufo-Addo avait applaudi la transformation du franc CFA en eco, en déclarant être « déterminé à faire tout ce que nous pouvons pour rejoindre les membres de l’UEMOA dans l’utilisation de l’eco, car cela aidera à éliminer les barrières commerciales et monétaires ».

Il souhaitait seulement que l’eco adopte un taux de change flexible. La volte-face du Ghana, qui a signé le texte, s’explique par des considérations politiques et non économiques et monétaires.

Les signataires s’inquiètent notamment du leadership pris par la Côte d’Ivoire et son président Alassane Ouattara dans cette affaire, d’autant plus qu’ils ne savent pas si celui-ci sera toujours au pouvoir après la prochaine élection présidentielle du 31 octobre.

  • La Cedeao, moins intégrée que l’UEMOA

Une partie du problème soulevé par la naissance de « l’eco-UEMOA » tient à la différence d’intégration entre l’UEMOA (8 membres, une seule monnaie, deux langues dont le français pour sept de ses membres et une Banque centrale commune) et la Cedeao (15 membres, huit monnaies, trois langues et pas de Banque centrale commune).

La seconde est en retard par rapport à la première, alors qu’elle a vocation à l’absorber un jour. Certains pays de l’Union ont eu envie d’accélérer le pas après trente ans de piétinement monétaire et de se débarrasser par la même occasion du fardeau politique du CFA.

Mais la transformation du franc CFA en eco suscite les critiques des autres membres de la Communauté, car elle constitue une préemption sur la future monnaie commune et ne respecte pas les principes adoptés en juillet par les Quinze, à savoir la flexibilité du taux de change, la centralisation partielle des réserves de change et la fédéralisation de la future Banque centrale.

  • La colère du Nigeria

C’est le Nigeria qui a mené la charge contre les annonces du président Ouattara. Avec ses 200 millions d’habitants, le pays pèse 70 % du produit intérieur brut de la Cedeao et est le premier contributeur au budget de la Cedeao, ce qui lui confère le rôle de pilote de la Communauté.

Il verrait bien sa monnaie, le naira, peser lourdement dans la monnaie commune et unique que sera l’eco. Mais Alassane Ouattara lui a damé le pion en transformant le franc CFA en « eco-UEMOA ».

Le handicap du Nigeria est qu’il fait figure de frein et pas de moteur d’intégration. Extrêmement protectionniste, il est hostile à l’adhésion du Maroc à la Communauté, a imposé depuis le 20 août 2019 un embargo strict aux produits en provenance de ses voisins béninois et nigériens, a cherché à monopoliser les postes au sein de la Commission de la Cedeao et a traîné les pieds pour adhérer à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca).

  • La crise peut-elle dégénérer ?

Un spécialiste des questions monétaires, contacté par Jeune Afrique, ne l’envisage pas : « La mise en place de l’eco va durer tellement longtemps, compte tenu de la complexité d’une monnaie commune et des critères de convergence requis pour en faire partie, que les partenaires auront le temps de se mettre progressivement d’accord, de palabres en palabres ».

Il existe pourtant un risque, ajoute-t-il, à savoir « que la réaction des anglophones trouve un écho parmi les chefs d’État et de gouvernement de l’UEMOA qui ne sont pas vraiment convaincus par l’eco tel qu’il a été présenté par Ouattara ». Le président béninois, Patrice Talon a par exemple témoigné plus d’empressement dans ses prises de distance avec le franc CFA. Une crise de la zone monétaire de l’Union serait potentiellement grave pour la région.

Jeuneafrique.com par Alain Faujas

 

Pouvoir en déluge

décembre 18, 2019

 

Dans l’inondation sale du pouvoir

Aucun ministre n’émerge du perchoir

Chacun sonne et prépare son départ furtif

Empochant avidement l’argent frais sur le vif

 

Spectateurs avertis de la contestation universelle

Ils surveillent le ras-le-bol de la jeunesse mondiale

Comme une puce affamée qui leur pince les oreilles

Au point de mettre déjà à l’abri leurs victuailles

 

Ayant émergé dans la mauvaise gestion et la corruption

Le cœur battant la chamade d’une éventuelle punition

Ils sont devenus des amis des féticheurs aigris des gris-gris

Leur permettant à temps de s’enfuir à l’assaut du moindre cri

 

Bernard NKOUNKOU

Bolivie: dialogue entre gouvernement provisoire et contestation dès samedi

novembre 22, 2019

 

Le gouvernement provisoire de Bolivie et les différentes factions qui le contestent débuteront samedi un dialogue pour mettre fin à une crise politique et sociale ayant déjà fait 32 morts, a affirmé vendredi le ministre des Travaux publics Yerko Nuñez.

«A 16 heures, nous allons commencer à dialoguer pour pacifier le pays», a-t-il indiqué dans une déclaration à la presse en tant que porte-parole de l’exécutif qui a pris le pouvoir après la démission du président Evo Morales.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Liban: des milliers d’écoliers et d’étudiants mobilisés pour la contestation

novembre 7, 2019

 

A travers tout le pays, les contestataires sont de mieux en mieux organisés, ralliant de nouvelles catégories sociales avec des initiatives qui visent à préserver l’ampleur de la mobilisation.

Écoliers et étudiants ont manifesté jeudi par milliers à travers le Liban, théâtre d’un soulèvement inédit contre les dirigeants politiques, accusés de corruption et d’incompétence.

Sans s’essouffler, le mouvement de protestation est entré jeudi dans sa quatrième semaine. A travers tout le pays, les contestataires sont de mieux en mieux organisés, ralliant de nouvelles catégories sociales avec des initiatives qui visent à préserver l’ampleur de la mobilisation. Depuis le 17 octobre, des centaines de milliers de personnes, toutes communautés confondues, ont battu le pavé pour dénoncer l’ensemble de la classe politique, dans un pays en proie à une grave crise économique.

Geste symbolique, des manifestants ont enlevé jeudi des affiches de soutien au Premier ministre démissionnaire Saad Hariri fixées à des lampadaires, qu’ils ont remplacées par des drapeaux libanais à Tripoli, grande ville du nord, sous les applaudissements de dizaines de personnes, a rapporté une correspondante de l’AFP. Les manifestants ont appelé par mégaphone les habitants et les commerçants à aussi enlever les affiches sur les façades de leurs immeubles. «Le message, c’est que Tripoli n’appartient à aucun leader», lance Youssef Tikriti, jeune militant de 23 ans.

Plus tôt dans la capitale, plusieurs milliers d’écoliers et d’étudiants se sont rassemblés devant le ministère de l’Education, sacs à dos sur les épaules, allumant des fumigènes colorés et brandissant des drapeaux libanais, selon un photographe de l’AFP.

«Vous donner une leçon»

«On rate nos cours pour pour vous donner une leçon», peut-on lire sur la pancarte brandie par une jeune fille. «On va à l’école, on se fatigue et au final on va décrocher des diplômes, les accrocher à la maison sans rien en faire, ni travailler», déplore de son côté Marwa Abdel Rahmane, 16 ans. Des cortèges estudiantins ont aussi défilé dans les rues de Beyrouth, rythmés par les applaudissements et les sifflements des jeunes. Les contestataires ont obtenu le 29 octobre leur première victoire avec la démission de Saad Hariri et son gouvernement –qui continue de gérer les affaires courantes en attendant la nouvelle équipe.

Saad Hariri a été brièvement reçu jeudi par le chef de l’Etat Michel Aoun au Palais présidentiel de Baabda. Les deux hommes ont mené des «consultations au sujet du (futur) gouvernement», qui vont se poursuivre avec les autres parties, a souligné le chef du gouvernement à l’issue de la réunion.

Les manifestants entendent maintenir la pression jusqu’à obtenir un gouvernement de technocrates qui ne seraient pas issus du sérail politique traditionnel.

Outre Beyrouth et Tripoli, d’autres manifestations estudiantines ont eu lieu à travers le pays, notamment dans les villes majoritairement chiite de Nabatiyé et Baalbek, deux bastions du puissant mouvement du Hezbollah, selon l’agence de presse ANI. Mercredi soir, des milliers de femmes se sont rassemblées sur la place des Martyrs au cœur de Beyrouth, tenant dans leurs mains des chandelles allumées. Accompagnées par les vivats de la foule, les manifestantes ont tapé sur des casseroles dans un joyeux tintamarre.

«Sombrer dans la pauvreté»

Les Libanais sont exaspérés par l’absence de services publics dignes de ce nom, avec notamment de graves pénuries d’eau et d’électricité. La Banque mondiale a estimé mercredi que «l’étape la plus urgente» pour le Liban était «la formation rapide d’un gouvernement correspondant aux attentes de tous les Libanais».

En cas d’impasse persistante, la moitié de la population pourrait sombrer dans la pauvreté et le chômage «augmenter fortement», a averti l’institution, à l’issue d’une rencontre d’une délégation avec le président libanais Michel Aoun. Selon la Banque mondiale, environ un tiers des Libanais vit déjà sous le seuil de pauvreté.

Ces derniers jours les autorités ont mis en avant les mesures adoptées pour illustrer leurs efforts dans la lutte anticorruption, sans parvenir à calmer la rue. La justice a ordonné jeudi l’ouverture de nouvelles enquêtes dans des affaires de corruption ou de gaspillage de fonds publics présumés visant de hauts responsables, selon ANI.

Le parquet général a commandé une enquête concernant «tous les ministres des gouvernements successifs depuis 1990 à ce jour», tandis que le procureur financier a engagé des poursuites contre le chef des douanes Badri al-Daher. Le chef de l’Etat a assuré mercredi que le prochain gouvernement inclurait des «ministres compétents et à l’abri de tout soupçon de corruption».

Par Le Figaro.fr avec AFP

Haïti au bord du gouffre

octobre 24, 2019
© Andres Martinez Casares
 

Rien ne va plus pour le régime du président d’Haïti, Jovenel Moïse. Le pays entier est le théâtre depuis cinq semaines de ce qui a toutes les allures d’un soulèvement pour obtenir sa démission.

Les rues de la capitale, Port-au-Prince, sont désertes pratiquement un jour sur deux, bloquées par des barricades de pierres, d’arbres et de pneus en flammes. Les manifestations se succèdent, souvent spontanées, rassemblant parfois de dizaines de milliers de personnes.

Les rassemblements hostiles au régime se déroulent aussi dans de nombreuses villes du pays. Certaines, comme les Gonaïves, ont vu défiler des manifestants armés. Les affrontements avec la police sont nombreux. Le journal web Haïti libre a recensé 94 morts par balles et 49 blessés entre le 1er septembre et le 11 octobre.

Le pouvoir central ne contrôle plus rien dans le pays, estime l’historien et écrivain Michel Soukar, qui, comme d’autres, s’inquiète d’une éventuelle « somalisation » d’Haïti, en référence à la situation qui sévit en Somalie, pays d’Afrique soumis aux bandes armées et aux seigneurs de la guerre. Devant le quasi vide du pouvoir en Haïti, des régions sont souvent laissées aux mains des gangs, des groupes mi-mafieux, mi-politiques, armés, qui étendent leur emprise sur des régions.

Les Haïtiens ont une expression pour décrire la crise : Peyi lòk (« pays bloqué »).

Pour la population, la situation est rien de moins que catastrophique. Les transports en commun sont suspendus entre plusieurs villes à cause des barricades et du rançonnement des véhicules et de leurs occupants. Les approvisionnements en essence, en nourriture et en fournitures médicales sont grandement ralentis quand ils ne sont pas devenus impossibles.

Le président haïtien, Jovenel Moïse, est accusé de corruption par bon nombre de ses concitoyens.

© Fournis par Canadian Broadcasting Corporation Le président haïtien, Jovenel Moïse, est accusé de corruption par bon nombre de ses concitoyens.
Aux sources de la colère : inflation et corruption
La vague récente de contestation du régime n’est pas la première à survenir depuis l’élection du président Moïse, en février 2017. Le pays s’est embrasé une première fois pendant l’été 2018 alors qu’une hausse du prix du carburant a été décrétée par l’État.Le niveau de vie qui a continué de chuter dans les dix années suivant le séisme de 2010, la hausse du coût de la vie combinée à un chômage évalué à 70 %, sont autant de facteurs d’explosion sociale. Les émeutes qui ont secoué le pays ont forcé le gouvernement à reculer.

Mais la colère contre les dirigeants politiques n’a pas faibli. Un énorme scandale de corruption, qui entache l’ensemble de la classe politique a donné naissance à une nouvelle vague de contestation. C’est le  scandale du Fonds Petro Caribe.

Ce fonds, constitué grâce aux bénéfices tirés du pétrole vénézuélien vendu à prix d’escompte à l’État haïtien, devait en contrepartie servir à financer des projets de développement. Or, les différents régimes qui se sont succédé depuis les débuts de ce programme, en 2006, sont réputés avoir dilapidé et détourné l’argent.

Sous les présidences de René Préval, de Michel Martelly, puis de Jovenel Moïse, une grande partie de cet argent s’est évaporée, au fil des pots-de-vin, de procédés de double facturation ou de travaux débutés mais jamais achevés conformément aux contrats signés.

Qui plus est, une enquête de la Cour supérieure des comptes d’Haïti incrimine le président Moïse lui-même. Celui -ci fait face à des allégations de détournement de fonds et de double facturation dans un projet de route.

Un mouvement animé par des jeunes Haïtiens a enflammé les réseaux sociaux sur le thème de la corruption. Ceux-ci, surnommés les « pétrochallengers », ont provoqué une vaste mobilisation qui réclame depuis plus d’un an une reddition de comptes de la part des politiciens et entrepreneurs impliqués, et la tenue de procès pour corruption.

C’est la première fois que la lutte à la corruption se retrouve au centre d’une grande mobilisation populaire, constate l’avocat des droits humains Samuel Madistin, de la Fondation Je Klere.

Face à la colère populaire, une grande partie de la classe politique se réclame désormais de cette lutte contre la corruption et, à côté des demandes de démission du président Moïse, un vaste mouvement de la société civile s’est constitué pour demander une réforme en fond en comble du système, à commencer par l’abolition de l’immunité des parlementaires qui sont aujourd’hui protégés contre des poursuites lorsqu’ils sont en fonction.

Un rejet de l’ingérence étrangère

Un autre consensus rallie les Haïtiens, celui de la nécessité de résoudre cette crise entre Haïtiens. L’opinion est très remontée contre les pays étrangers qui, depuis longtemps mais plus encore depuis le séisme de 2010, dictent à Haïti ses politiques.

Les murs de Port-au-Prince sont couverts de graffitis contre l’ONU et aussi contre ce que tout le monde ici connaît comme le « Core Group », un regroupement de pays donateurs, dont le Canada, les États-Unis, l’Union européenne et l’Organisation des États américains, sans le soutien de qui aucun président ne peut rester en poste longtemps en Haïti.

Lors des manifestations, il est courant de voir les gens s’en prendre aux étrangers et aux symboles de leur présence comme des hôtels.

Jusqu’ici, aucune sortie de crise n’est facile à entrevoir. Le 15 octobre, en conférence de presse – une apparition publique exceptionnelle – le président Jovenel Moïse a déclaré : Ce serait irresponsable de ma part de démissionner.

Cette déclaration a donné lieu à une nouvelle manifestation spontanée à Port-au-Prince.

Tous les appels au dialogue lancés par le président depuis un mois ont été rejetés massivement par l’opposition.

Radio-Canada.ca par Luc Chartrand

Soudan: reprise des négociations entre les généraux et la contestation

juillet 3, 2019

 

Des généraux au pouvoir au Soudan et des chefs de la contestation tenaient mercredi soir une réunion de négociations pour discuter de la transition, a constaté un correspondant de l’AFP, première rencontre du genre depuis la dispersion meurtrière d’un sit-in de manifestants.

Trois généraux, dont Mohammed Hamdan Daglo dit «Hemeidti», et cinq représentants de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), fer de lance de la contestation, se sont retrouvés en présence de médiateurs de l’Ethiopie et de l’Union africaine dans un hôtel de Khartoum, selon le journaliste de l’AFP.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Soudan: un chef rebelle «arrêté» dans la répression de la contestation

juin 5, 2019

 

Le chef rebelle soudanais Yasser Arman a été arrêté ce mercredi par les services de sécurité à Khartoum, où la répression contre le soulèvement populaire s’est accentuée ces derniers jours, a annoncé le porte-parole de son mouvement. Depuis la dispersion d’un sit-in de manifestants devant le QG de l’armée lundi, le chefs de la contestation dénoncent une multiplication des attaques et des exactions par les forces de sécurité.

Des hommes se disant des forces de sécurité et des renseignements «ont fait irruption dans la maison où nous résidons à Khartoum (…) et ont embarqué Yasser Amran sans préciser où ils l’emmenaient», a déclaré à l’AFP Moubarak Ardoul, porte-parole du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM). Selon M. Ardoul, ces agents ont également «battu» M. Arman et son assistant puis «détruit les caméras de surveillance de la maison».

Yasser Amran est le chef-adjoint du SPLM, la branche nordiste d’une ex-rébellion sudiste qui a régulièrement été en conflit avec le pouvoir central du président déchu Omar el-Béchir. Il était revenu au Soudan le 26 mai, alors que le pays est secoué depuis décembre 2018 par un soulèvement populaire qui a entraîné le renversement par l’armée de M. Béchir le 11 avril. Les manifestants exigent du Conseil militaire qui a pris le pouvoir qu’il le transfère aux civils.

Lundi, le sit-in devant le siège de l’armée, devenu lieu emblématique de la contestation, a été dispersé, les leaders du mouvement accusant les militaires d’avoir commis un «massacre». Selon un comité de médecins proche de la contestation, au moins 60 personnes sont mortes et des centaines ont été blessées depuis lundi. «C’est scandaleux», a réagi sur Twitter l’ambassadeur britannique à Khartoum après l’annonce de l’arrestation de Yasser Arman. «Nous avons besoin de restaurer la confiance maintenant. Pas plus d’escalade», a déclaré Irfan Siddiq, appelant à une «libération immédiate».

Par Le Figaro.fr avec AFP