Archive for the ‘Poésie’ Category

Mon pauvre petit chat

août 4, 2021

Au milieu de la ferraille calcinée

Le chat avec ses pattes feutrées

Découvre stupéfait le désastre

De la maison à la fumée ocre

Premier courageux à y faire le retour

Dans cette habitation aux folles odeurs

Grande est sa désolation de ces ruines

Qui témoignent l’ampleur des fumigènes

Mon pauvre petit chat pleure en miaulant

Incapable de décrire l’état de la maison

Et de toutes ces carcasses noircies

Par la violence des flammes sans répit

Ô mon petit chat abandonné à Varympompi

Durant l’ordre d’évacuation de cet incendie

Qui brûle la forêt à Dekelia près d’Athènes

Fonde ton espoir aux pompiers et aux mânes

Bernard NKOUNKOU BOUESSO

Pour la liberté d’opinions

mai 14, 2021

Pour ta plume et ta liberté

Tu as été froidement assassiné

Pour ton devoir d’informer

Tu as été une cible à museler

Ô monde des tenants des armes

Quand allez-vous respecter l’âme

De tous ceux qui exercent ce métier

Pour le bonheur de leur communauté

Car depuis l’hémisphère de ma résidence

Où je médite instamment sur cet acte crapuleux

Je condamne l’odieuse oppression contre la presse

Pour rendre les journalistes plus libre et heureux

Bernard NKOUNKOU

Un livre sur la cuisse

mai 13, 2021

Un livre ouvert sur la cuisse

Est un moment chargé de délices

Permettant de savourer l’intrigue

Avec les ingrédients de la langue

Pour le bonheur secret de la création

Prenant le temps d’offrir la satisfaction

À l’œuvre conçue dans un esprit monastique

Qui nous invite avec des mots sympathiques

En réfléchissant sur le rôle des personnages

Lorsque notre regard se promène entre les lignes

Nous descendons les paragraphes comme la montagne

Au gré du sourire qui irradie le visage du sage

Bernard NKOUNKOU

Le jour de ton adieu

mai 12, 2021

Le jour où tu as quitté la terre des hommes

Emportant avec toi notre espoir et ta flamme

Le téléphone vibrait et sonnait sans arrêt

Comme si sur ma tête tombait un couperet

Mes oreilles ne cessaient de recevoir ces paroles :

As-tu appris le chant du hibou de la triste nouvelle?

Comme un présage déjà annoncé sur ton lit de mort

Tu nous dictais ton testament d’adieu et de départ

Ô mon frère de la jeunesse du quartier

Je te revois encore sur le balcon paternel

Mangeant la banane et les cacahuètes grillés

Que nous affectionnions comme bon régal

Bernard NKOUNKOU

Dans les profondeurs des entrailles

mai 12, 2021

Depuis les entrailles fermées de ma tombe

Ma musique résonne encore en trombe

Et fait danser les humains à la ronde

Dans un concert à la joie gourmande

Aujourd’hui dans les villes du monde

À Las Vegas, à Rio de Janeiro et Mexico

Malgré la pandémie qui vous inonde

Le déconfinement est un chant de coquerico

Chacun de vous a perdu un être cher

Durant cette crise cruciale et sanitaire

Dur moment de grisaille qui nécessite espoir

Car dans la marche de la vie il faut sourire

Bernard NKOUNKOU

Le dernier morceau du frigo

mai 10, 2021

Étudiant, quand passe les jours

Et approche la fin du mois

Commence le compte-à-rebours

De la précarité de ma pauvre vie

Dès lors, je réduis les repas

Pour ne pas faire de faux-pas

Dans la gestion de ma ration

Loin des parents de la nation

Dans cette vie estudiantine

Où la bourse est mesquine

Je n’ai pas droit à l’erreur

Pour tomber dans le malheur

Bernard NKOUNKOU

Tempête sanitaire

mai 10, 2021

Tempête pluri-sanitaire

Aux relents victimaires

D’une pandémie contemporaine

Aux nombreux dégâts mortuaires

Dans la course de la vaccination

Et la logistique de la distribution

Les nations essaient de sauver les meubles

Pour épargner des vies du comble

Avec l’apparition des variants

Aux atomes crocus et mordants

La volonté de vaincre la pandémie

Est le prix à payer du dernier cri

Bernard NKOUNKOU

Le cri de mon déménagement

mai 9, 2021

J’aimerais déménager ma solitude

Et vivre dans la joie de ta quiétude

J’aimerais te respirer comme ces fleurs

Pour m’enivrer du parfum de leurs odeurs

Savourer leurs pétales comme ton corps

Afin de te murmurer des mots quand tu dors

Car dans la beauté de chaque fleur épanouie

Tu es devenue une femme souriante très jolie

Dans ta marche, tu remplies mon cœur de joie

Et dans tes déhanchements, tu envoûtes mon esprit

Je ne résiste plus comme ce jeune et beau papillon

Qui te cherche sur les pétales des fleurs tout le temps

Ô ma Vénus des temps modernes, mon amour je suis à toi

Malgré les chocs de la pandémie, je t’attends sous le toit

Bernard NKOUNKOU

À l’occasion de la Fête des Mères

mai 9, 2021

À l’occasion de la Fête des Mères

Sous le soleil d’un printemps légendaire

Je revois ton vrai doux sourire maternel

Qui a réchauffé ma temporalité annuelle

Maman chaque fois que mes pensées voltigent

Et battent des ailes devant les traits de ton visage

Je suis rassasié par l’exhalaison de ton haleine

Comme au jour de ma naissance en Aquitaine

Maman pour cette Fête des Mères

En cette période de sale pandémie

Sois forte pour gérer le lot d’ennuis

Afin de triompher de la solitude amère

Bernard NKOUNKOU

Édouard Maunick, cette mort qu’il détestait

avril 23, 2021
Édouard Maunick, le 6 mai 2010 à Paris.

L’un de ses derniers recueils de poésie s’appelait « 50 quatrains pour narguer la mort ». Le 10 avril dernier, elle a fini par gagner la partie. Reste l’œuvre de ce grand auteur mauricien.

Il était comme sa poésie : flamboyant et baroque. L’écrivain mauricien Édouard Maunick, mort à Paris le 10 avril, laisse à la fois une œuvre considérable et le souvenir d’une personnalité haute en couleur et ô combien attachante.

Il naît à La Source, district de Flacq, dans l’est de Maurice, le 23 septembre 1931, jour d’équinoxe austral, donc de métissage du jour et de la nuit, se plaisait à souligner cet homme qui voyait en toute chose un signe du destin.

Si son père, Daniel Maximin, ramasseur de cannes à sucre, porte un nom venu du sanskrit, les origines du petit Joseph Marc Davy, les prénoms officiels du futur poète, sont multiples, comme c’est souvent le cas à Maurice. Dans ses veines coule du sang indien, pakistanais, mozambicain, français, britannique…

« Nègre de préférence »

Dans Les Manèges de la mer (Éditions Présence africaine, 1964), il écrit : « Je suis nègre de préférence ». Il expliquera qu’il ne rejette aucune de ses racines, mais qu’il a choisi ses origines africaines après avoir vu ses copains d’école méprisés et maltraités à cause de la couleur de leur peau. Ce n’est pas pour autant qu’il se considère comme un poète noir. « Mon expression est métisse », indiquera-t-il, avant de préciser : « Je prophétise le sang mêlé comme une langue de feu. »

Après ses études au Teacher’s Training College de Beau-Bassin, Maunick entre tout naturellement dans l’enseignement avant de devenir bibliothécaire de la ville de Port-Louis en 1958.

Mais l’insularité appelle au départ. En 1960, il s’envole pour Paris. Après quelques mois de bohème, il est embauché par la radio française de l’époque tournée vers l’outre-mer. Il fera de la production et l’animation d’émissions radiophoniques son métier pendant une quinzaine d’années. La décennie 1980 le voit entrer dans les organismes internationaux, à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT, future Organisation internationale de la francophonie) d’abord, puis à l’Unesco, où il sera notamment directeur des échanges culturels et directeur de la « collection Unesco d’œuvres représentatives ».

Rédacteur en chef à Jeune Afrique

Maunick avait déjà tâté de la presse écrite, à la fin des années 1970, à la tête du bimensuel Demain l’Afrique. En 1993, il revient au journalisme d’information en occupant un poste de rédacteur en chef à Jeune Afrique. Changement de cap l’année suivante, quand le gouvernement mauricien le nomme ambassadeur à Pretoria. Ce sera un immense bonheur pour l’auteur de Mandela mort ou vif (Éditions Silex, 1987) d’assister au démantèlement du système de ségrégation raciale.

Depuis ses jeunes années à Maurice, où il fait paraître son premier recueil à compte d’auteur, Ces oiseaux du sang, en 1954, il n’a jamais cessé de publier. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il a réuni la quintessence de son œuvre dans une remarquable Anthologie personnelle (Éditions Actes Sud, 1989). Les connaisseurs en conviennent : avec un auteur tel que le Congolais Tchicaya U Tam’si, il fait partie des plus grands poètes africains post-négritude.

J’AI UNE GRANDE GUEULE PARCE QUE JE SUIS D’UNE RACE QU’ON A VOULU FAIRE TAIRE

Avait-il lui-même un poète de prédilection ? Son père, qui, pourtant n’a jamais écrit une ligne. Mais ce raconteur de paraboles lui a donné à « à entendre, à voir et à sentir ce que la vie a de plus vivant, ce que la mort a de plus vulnérable ».

Chez lui, la poésie est inséparable de la parole. C’est pour cela qu’il aimait tant la radio. Il fallait le voir, marchant dans les couloirs de Jeune Afrique, déclamer de sa voix de stentor les vers qu’il venait de coucher sur le papier. Il s’emportait facilement. À l’auteur de ces lignes, il s’en expliquait : « C’est vrai que je suis violent. J’ai une grande gueule parce que je suis d’une race qu’on a voulu faire taire. Je suis violent, parce qu’il y a en moi, à chaque seconde, des sangs qui cognent. »

Fragilité

Il semblait tout sauf modeste, mais son apparente assurance cachait mal une grande fragilité intérieure. La poésie n’était-elle pas pour lui le moyen de conjurer son angoisse devant l’existence ? Ce n’est pas par hasard qu’il aimait répéter : « Je sais les réponses, je cherche les questions. »

Un peu comme chez Senghor, son maître, la facture poétique de Maunick tient pour beaucoup aux ruptures syntaxiques, aux formulations elliptiques et à un vocabulaire parfois apparemment incongru qu’il puise dans l’environnement de son milieu natal. Soutenue par le rythme du créole, cette poésie est traversée par quelques figures essentielles : le père ; Neige, la femme aimée ; la mer ; l’île

Cette dernière, c’est bien sûr Maurice, qu’il n’a en vérité jamais quittée et dont il disait qu’elle le « fertilise ». « Il n’est guère de poème où elle ne soit convoquée, interpellée, magnifiée », écrit Jean-Louis Joubert, qui a consacré une belle biographie au poète mauricien.

Contre la mort qu’il avait en détestation Édouard Maunick a mené un combat – poétique – acharné. L’un de ses derniers recueils n’avait-il pas pour titre 50 quatrains pour narguer la mort ? (Éditions Seghers, 2006) La Faucheuse a fini par gagner la partie

Avec Jeune Afrique