Archive for the ‘Culture’ Category

Disparition: décès de Monique Blin, promotrice de l’œuvre théâtrale de Sony Labou Tansi

janvier 26, 2022

Monique Blin, ex-directrice et cofondatrice du Festival des francophonies en Limousin, amie du Congo, est décédée le 25 janvier, à Paris, des suites d’une longue maladie.

Monique Blin

Photo : Monique Blin

Avec le départ de Monique Blin, le milieu du théâtre congolais perd une activiste ayant fortement contribué à la promotion de l’œuvre de l’écrivain Sony Labou Tansi.

La triste nouvelle de son décès a été rendue publique par le court post de sa fille Véronique Saavedra lui rendant hommage, rédigé en ces termes : « Ma mère, Monique Blin, s’en est allée cette nuit vers d’autres rivages, d’autres découvertes…. Je partageais avec elle cette même passion du théâtre, des différentes formes théâtrales, de la découverte d’écritures nouvelles… Et voilà, c’est fini… Merci de vous souvenir d’elle, de penser à elle… ».

Pour le théâtre congolais, les souvenirs demeurent mémorables. Ils remontent, entre autres, à partir de 1984, année où Monique Blin était devenue directrice du Festival des francophonies de Limoges jusqu’en 1999.

Durant cette période, elle orienta ce Festival à la fois vers le théâtre, la danse et la musique. Elle le dota d’une Maison des auteurs, un lieu de résidence d’écriture pour des auteurs dramatiques francophones. Ce fut l’occasion de permettre à de nombreux metteurs en scène réputés de présenter leurs œuvres pour la première fois en France. Parmi eux, l’écrivain Sony Labou Tansi avec Rocado Zulu Théâtre.

Devenue amie du Congo, en 2015, avec son association « Ecritures en partage » créée à son initiative, elle avait organisé une lecture-spectacle à la Librairie Galerie Congo Paris, septième arrondissement, pour rendre hommage à Sony Labou Tansi, disparu vingt ans auparavant.

Lors de l’échange qui avait suivi la lecture, Monique Blin avait parlé de sa rencontre avec l’écrivain congolais, à Brazzaville, évoquant sa personnalité frappante et expliquant comment, par la suite, il fut invité plusieurs fois au Festival des francophonies de Limoges.

Considérée comme faisant partie des spécialistes européens des dramaturgies francophones au Canada et en Afrique, de Limoges en France, et longtemps après sa « retraite » toute relative, Monique Blin aura permis à plusieurs artistes de mettre les pieds à l’étrier. Elle les a accompagnés et  soutenus dans leur envie d’écrire, d’affiner leurs mises en scène, ou les inciter à se confronter aux techniques théâtrales au point de s’en emparer eux-mêmes.

La famille informe que la cérémonie religieuse pour ses obsèques aura lieu le 31 janvier à 10h30, en l’église Sainte-Rosalie, au 50, boulevard Auguste-Blanqui à Paris XIIIe. Elle sera ensuite inhumée dans le caveau familial.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Canada-Québec: Le Dr Boileau qualifie la culture de « divertissement », le milieu culturel heurté

janvier 26, 2022
Luc Boileau parle assis à la table de presse.

Le directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau Photo : La Presse Canadienne/Paul Chiasson

L’annonce de la réouverture prochaine des salles de spectacle et des cinémas par le premier ministre François Legault, mardi, a été ternie par l’utilisation de certains mots, qui ont heurté plusieurs acteurs du milieu des arts de la scène québécois.

Les Québécois ont hâte de revoir leurs artistes, a déclaré en conférence de presse François Legault pour expliquer la réouverture des lieux culturels fermés depuis plus d’un mois. 

Au cours du même point de presse, le Dr Luc Boileau, le nouveau directeur de santé publique du Québec, a qualifié les activités bénéficiant d’assouplissements à partir du 7 février de divertissements

Pas juste du divertissement

Ces propos ont été mal accueillis par certains intervenants du milieu culturel. 

C’est déplorable, estime Catherine Voyer-Léger, directrice du Conseil québécois du théâtre (CQT). Il faut faire attention aux mots qu’on utilise. Cela entretient le sentiment de plusieurs personnes que les arts de la scène sont oubliés dans la gestion de la crise.

[La culture], ce n’est pas que du divertissement, a souligné de son côté Olivier Kemeid, codirecteur général et directeur artistique du théâtre le Quat’sous, à Montréal, en entrevue à l’émission Le 15-18.  

« On a un peu l’impression d’être relégués dans la case du pain et des jeux, comme si on était un club de philatélie ou un hobby. […] Être relégué comme si c’était juste un divertissement [pour] s’aérer l’esprit, ça nous fait mal. »— Une citation de  Olivier Kemeid, codirecteur général du théâtre le Quat’sous

Un sentiment que partage Marcelle Dubois, directrice générale et membre du collectif de direction artistique du Théâtre Aux Écuries à Montréal. 

À ses oreilles, la phrase de François Legault a sonné comme si le déconfinement des salles revenait à donner un bonbon à la société en lui permettant d’aller voir des artistes, et non pas comme si le gouvernement rouvrait les salles en raison de la souffrance ressentie par le milieu des arts de la scène.  

Des interrogations sur la vision du gouvernement 

Ces mots posent plusieurs questions, selon Marcelle Dubois. Quelle position le gouvernement a face à sa culture? Quelle société veut-on? Comment considérer la culture?, s’interroge-t-elle. 

Pour Olivier Kemeid, la culture remplit un rôle dans la vie démocratique. Il y a des débats ayant lieu dans les salles de spectacle qui sont peut-être plus apaisés que les débats acrimonieux auxquels on assiste [ailleurs], note-t-il. 

Je suis convaincu que l’on participe à un esprit plus sain dans la société, a-t-il ajouté. 

Les mots employés en conférence de presse viennent amplifier le sentiment que les arts de la scène ont été négligés par le gouvernement Legault. 

Ces derniers jours, le milieu avait déjà expliqué se sentir écouté et compris par le Ministère de la Culture et des Communications, mais pas par les instances gouvernementales supérieures. 

Une certaine déception était palpable dans le milieu qui espérait plus de considération.  

Avec Radio-Canada par Fanny Bourel

Arts : le Palais de Tokyo célèbre l’Ubuntu ou la continuité du vivant

janvier 26, 2022
Michael Armitage, #mydressmychoice, 2015, huile sur tissu d’écorce de lubugo. © White Cube (George Darrell)

Avec l’exposition « Six continents et plus », le musée français s’inspire de la philosophie humaniste prêchée par Nelson Mandela et Desmond Tutu pour évoquer les temps présents et faire dialoguer entre eux des artistes contemporains de tous horizons.

Il faut prendre le temps d’aller visiter les six expositions qui composent, au Palais de Tokyo à Paris, la saison artistique intitulée « Six continents et plus ». Pour une raison simple : les artistes qui y sont présentés, dans leur grande majorité, proposent un regard décentré sur le monde, un regard qui permet de s’écarter des sentiers battus pour mieux distinguer ce que nous sommes aujourd’hui, dans notre ensemble, dans nos différences tantôt fécondes, tantôt mortifères.

En un monde où les centres de décision et de pouvoir ne changent guère, quoi qu’on en dise, faire un pas de côté peut se révéler salvateur. Et c’est bien ce que propose le plasticien Serge Alain Nitegeka dès le seuil de l’une des six expositions, Ubuntu, un rêve lucide. Son œuvre Inconvenient Demarcation, monumentale installation de bois noir, force les visiteurs à contourner l’entrée habituelle de l’espace d’exposition et à ressentir, dans ce mouvement, une contrainte à la fois douce et inévitable.

ICI, NOUS SOMMES TOUS DES DÉPLACÉS, DES RÉFUGIÉS OU DES EXCLUS

Comme l’écrit Marie-Ann Yemsi, la commissaire d’Ubuntu, « Serge Alain Nitegeka joue sur la sensation déstabilisante d’enfermement, alors même que l’espace est ouvert dans les limites du lieu d’exposition. Par cette expérience métaphorique de contrainte des corps, cette installation vient rappeler le vécu de l’artiste et celui des personnes réfugiées ou déplacées. » Ici, nous sommes tous des déplacés, des réfugiés ou des exclus.

Boas sans tête et écailles de faux ongles

Si les artistes présentées dans Ubuntu sont radicalement différents, tant dans leurs approches des matériaux et des médiums que dans leurs démarches, ils ont en partage le fait d’être peu connus en France et, surtout, d’inviter au déséquilibre, à l’interrogation, à la remise en cause. Ainsi, une fois passé l’entrée de l’exposition revue et corrigée par Nitegeka, le visiteur fait face à d’énormes boas sans tête enroulés sur eux-mêmes et arborant de chatoyantes couleurs.

Dans quel monde miraculeux ou effrayant sommes-nous entrés ? Une jungle ? Un mythe biblique ? En s’approchant d’un peu plus près des œuvres de la Sud-Africaine Frances Goodman, il apparaît que les écailles de ces séduisants serpents sont des faux ongles collés les uns aux autres… Pour bien visiter Ubuntu, il faut accepter d’être sans cesse dérangé et bousculé, accepter d’être « autre ».

Frances Goodman, Endless Hours, 2020, en faux ongles, acrylique, mousse, résine et silicone.
Frances Goodman, Endless Hours, 2020, en faux ongles, acrylique, mousse, résine et silicone. © © Courtesy de l’artiste & SMAC Gallery (Le Cap, Johannesbourg, Stellenbosch)

« Dans l’exposition, écrit Marie-Ann Yemsi, le processus de mise en commun s’effectue souvent par une quête de l’intelligence sensible dans et à travers la dimension “éprouvante” de nombreuses œuvres qui opèrent en sollicitant activement le corps des visiteurs. Il s’agit pour ces artistes de s’inscrire dans une nouvelle combinatoire de l’échange et de la réciprocité, d’aménager une place, de garantir une présence, de réordonner son corps, et surtout de reconstituer une mémoire. »

LES TOILES SUTURÉES ET CICATRISÉES INVITENT À S’INTERROGER SUR CE QU’ELLES PORTENT COMME DOULEURS ENFOUIES

Si certains travaux sont assez attendus et didactiques, comme l’œuvre du Zimbabwéen Kudzanai Chiurai The Library of Things We Forgot to Remember, dénonçant les diverses formes de l’oppression occidentale, d’autres proposent des approches esthétiques et sensorielles autrement plus subtiles. C’est en particulier le cas des peintures du Kenyan Michael Armitage, très remarquées lors de la dernière Biennale de Venise (Italie), en 2019.

Réalisées sur du tissu d’écorce de lubugo, les toiles suturées et comme cicatrisées invitent à s’interroger à la fois sur ce qu’elles représentent et sur ce qu’elles portent comme douleurs enfouies. « Archiviste de faits contemporains, Michael Armitage entrelace dans ses peintures et ses dessins de multiples récits et points de vue pour explorer des “histoires culturelles parallèles”, écrit encore Marie-Ann Yemsi. L’iconographie visuelle de l’Afrique de l’Est est omniprésente dans ses paysages composés à partir de mythes, d’images glanées sur internet et de sa propre mémoire. Faits divers, faits politiques, leur lecture n’est jamais univoque. »

Kudzanai-Violet Hwami, Atom Painting #2, 2021. Peintures à l’huile et acrylique.
Kudzanai-Violet Hwami, Atom Painting #2, 2021. Peintures à l’huile et acrylique. © © Courtesy de Kudzanai-Violet Hwami et de la galerie Victoria Miro

Il en va de même pour les superbes toiles – Atom – de la Zimbabwéenne Kudzanai-Violet Hwami, constituées de quatre panneaux distincts, agencés ensemble, et d’images elles aussi glanées sur internet ou dans la vie de l’artiste. Cette dernière s’y interroge sur sa place au sein de l’humanité, sur ces autres qui font partie d’elle-même, en référence aux vers de Walt Whitman : « I celebrate myself, and sing myself, / And what I assume you shall assume / For every atom belonging to me as good belongs to you. » La philosophie à laquelle renvoie le terme d’Ubuntu pourrait ainsi être traduite par : « Nous sommes tous les atomes d’une même humanité. »

Herbier poétique et politique en broderies

Il serait possible de poursuivre plus avant la visite d’Ubuntu, un rêve lucide, mais il faut garder quelques mots pour les autres espaces d’expositions du Palais de Tokyo qui, eux aussi, invitent au pas de côté. En particulier pour la salle passionnante consacrée à la pionnière du cinéma africain Sarah Maldoror (Sarah Maldoror, Cinéma tricontinental) qui, outre des extraits de films, présente des œuvres d’artistes tels le Cubain Wifredo Lam, la Franco-Gabonaise Maya Mihindou, la Canadienne d’origine tanzanienne Kapwani Kiwanga ou la Française d’origine camerounaise Anna Tjé.

Les autres espaces sont consacrés au Guadeloupéen Jay Ramier – Keep the Fire Burning (Gadé Difé Limé) –, pionnier du hip-hop hexagonal, au Brésilien Maxwell Alexandre – New Power –, qui travaille sur la représentation des populations afro-descendantes, à la Sénégalaise Aïda Bruyère – Never Again – qui s’intéresse « aux constructions des identités dans l’espace social ». Mais s’il est une salle à ne pas manquer, c’est surtout celle consacrée au travail de l’Australien Jonathan Jones, pour sa beauté et sa puissance phénoménale.

LA VIE QU’IL S’AGIT DE PROTÉGER N’EST PAS LA SEULE VIE HUMAINE, MAIS TOUTES LES VIES SUR TERRE

Sans titre (Territoire originel) est composée notamment de broderies noires sur tissu blanc représentant un gigantesque herbier. Œuvre collaborative extrêmement émouvante, cette installation a pour point de départ l’expédition du capitaine Nicolas Baudin en territoire austral entre 1800 et 1803, commanditée par Napoléon Bonaparte. « Parmi les plantes rapportées par l’expédition et conservées à l’Herbier national (Paris), plus de 300 spécimens furent collectées à Sydney. Ces spécimens ont été reproduits en broderies réalisées à la main par des collectifs de réfugiées et de migrantes à Sydney, et sont présentés comme une nouvelle traduction de ces archives », écrivent les commissaires.

Cette œuvre polysémique, qui s’accompagne d’autres œuvres en lien avec l’occupation de l’Australie aux dépens des Aborigènes, questionne la collecte, le commerce et le transport colonial de plantes endémiques, leur acclimatation et leur utilisation ailleurs, la « colonisation des connaissances aborigènes qui leurs sont associées ».

Le travail de Jonathan Jones est sans nul doute celui qui abat le plus de frontières et qui, sans tomber dans la leçon de morale, fait écho au terme d’Ubuntu au sens où l’entend le philosophe Souleymane Bachir Diagne. « La vie qu’il s’agit de protéger n’est pas la seule vie humaine, mais toutes les vies sur terre. Car la cosmologie dans laquelle l’Ubuntu puise son sens est une cosmologie de la continuité du vivant », écrit ce dernier.

« Six continents et plus », Palais de Tokyo, à Paris, jusqu’au 20 février 2022.

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

Osvalde Lewat remporte le grand prix panafricain de littérature avec « Les Aquatiques »

janvier 25, 2022
Osvalde Lewat est née à Garoua dans une famille bamiléké © Philippe Matsas

Dans ce premier roman d’émancipation, la documentariste et photographe s’attaque aux conventions sociales. Le prix, nouvellement crée par la présidence congolaise de l’Union africaine et doté de 30 000 dollars, lui sera remis au mois de février à Addis-Abeba, lors du prochain sommet des chefs d’États de l’UA. Peu avant cette consécration, JA rencontrait l’autrice.

C’est à la galerie Françoise Livinec, dans un quartier cossu de Paris, que l’on retrouve Osvalde Lewat. Réalisatrice de dizaines de documentaires et photographe, elle y expose « Lumières africaines », extrait de la série Couleurs nuits, d’abord montrée dans les rues de Kinshasa en 2014. C’est par les arts visuels qu’elle commence à se raconter : « Je consacre du temps aux personnes que je filme et photographie, pour aller au-delà de la rencontre fortuite. L’idée est de décentrer le regard, de ramener la marge au centre, ou de modifier l’idée qu’on se fait de la marge. »

Si elle a l’allure d’une Parisienne chic, il serait bien indélicat de figer l’autrice de 45 ans dans la capitale française. Membre du jury documentaire au Fespaco, elle revient de Ouagadougou et sera dans quelques jours en Afrique du Sud pour un tournage sur « les soldats qui ont rejoint la branche armée de l’ANC », un film qui « est aussi un documentaire sur Mandela chef de guerre ». Dans la lignée de son premier court-métrage, filmé à 23 ans auprès d’Amérindiens marginalisés de Toronto, le travail de réalisation de Osvalde Lewat a toujours été animé par des enjeux sociaux et le désir de « donner un coup de pied dans la fourmilière ».

Homophobie familiale

Née à Garoua dans une famille bamiléké, Osvalde Lewat étudie le journalisme à Yaoundé avant d’intégrer Sciences Po Paris et de faire une étape au Canada. Elle tourne, entre autres, Au-delà de la Peine et Les Disparus de Douala au Cameroun, vit huit ans à Kinshasa, un temps en Guinée équatoriale, au Gabon, aux Comores, et aujourd’hui entre Paris et le Burkina, où son mari est ambassadeur de France. Des expériences qui nourrissent l’imaginaire du Zambuistan, où évoluent les personnages de son premier roman Les Aquatiques. « Je voulais construire un pays avec des réalités communes : l’homophobie, le poids du groupe sur l’individu, les injonctions faites aux femmes, le bal des apparences. » Avec une question en forme de fil rouge : à quel moment se hisse-t-on à hauteur de soi-même ?

L’EXPRESSION DE L’AMOUR NE PASSE PAS FORCÉMENT PAR LES SCHÉMAS DE LA FAMILLE ET DU COUPLE

« Le personnage de Katmé m’a été inspiré par des femmes que j’ai vu mourir à elles-mêmes pour être conforme aux attentes ». Que va donc faire Katmé, épouse d’un notable ambitieux, quand son ami artiste, Sami, est emprisonné en raison de son orientation sexuelle ? « J’ai grandi dans un contexte homophobe où la condamnation familiale qui arrive avant celle de l’État signe votre mort. »

Aux critiques qui lui disent que Les Aquatiques est un « roman pour Blancs » qui épouse une vision occidentale de l’identité sexuelle, elle rétorque : « C’est de l’ignorance. Dans l’Afrique d’avant la colonisation, il y avait des rapports entre personnes de même sexe, encadrés par la communauté. » L’intrigue se tisse autour de cet opprobre qui frappe Sami et de sa relation amicale avec Katmé. « L’expression de l’amour ne passe pas forcément par les schémas de la famille et du couple. Des amitiés fortes m’ont construite et sauvée. »

Immobilisation forcée

Enfant modèle, Osvalde Lewat se décrit aujourd’hui comme « un ovni familial ». À la vingtaine, alors qu’une place l’attend auprès d’un père chef d’entreprise, et d’un clan où « être se mesure à ce que l’on a », elle choisit les arts avant d’avoir construit une famille « traditionnelle » dans une société où « si vous n’êtes pas marié et sans enfants, vous êtes disqualifiés ».

On entend, derrière l’attachement familial, les difficultés : « Quand on vient de monde où le poids du groupe pèse autant, dire “non” c’est choisir un chemin de solitude ». Avant de glisser, pudiquement, en riant : « aujourd’hui, ça va, je suis mariée ». La figure maternelle, « très littéraire », est pour elle source d’inspiration. Dans Les Aquatiques, les personnages féminins sont particulièrement travaillés avec Keuna, la galeriste mère célibataire et Sennke, la petite sœur religieuse.

AVOIR QUATORZE REFUS D’ÉDITEUR, C’ÉTAIT DIFFICILE, MAIS QUAND J’ÉCRIS, JE SAIS QUE C’EST LÀ OÙ JE DOIS ÊTRE

« Il n’y a pas de bonne manière d’être, la seule qui compte c’est d’être soi, affirme Osvalde Lewat. Comme pour mon accident, la vie parfois vous oblige à vous déterminer. » C’est ainsi que la primo-romancière introduit l’élément déclencheur de son passage à l’écriture : une cheville cassée et une immobilisation forcée d’un an. Encouragée par des amis, comme Atiq Rahimi, celle qui, petite, voulait être écrivain (et psychothérapeute), et avait à l’adolescence rédigé « un mauvais roman », se lance à 39 ans. « J’étais acceptée comme documentariste, photographe. Remettre cela en question, avoir quatorze refus d’éditeur, c’était difficile. Mais quand j’écris, je sais que c’est là où je dois être », confie-elle.

Grande lectrice, elle confie son admiration pour Doris Lessing et « son ton affranchi et culotté » qui « a libéré mon écriture ». « Les écrivains juifs américains ont aussi beaucoup compté, comme Saul Bellow, poursuit-elle. Et je reste impressionnée par la modernité de la langue de Chinua Achebe et Ahmadou Kourouma ». C’est sur les terres ivoiriennes de ce dernier, grâce aux éditions Nimba, que Les Aquatiques sera disponible, en mars, pour une diffusion en Afrique.

Les Aquatiques, de Osvalde Lewat, Les Escales, 304 pages, 20 euros.

Avec Jeune Afrique par Anne Bocandé

Congo/Espace culturel : le Centre Jean-Baptiste-Tati-Loutard se meurt

janvier 24, 2022

Depuis 2017, le Centre culturel Jean-Baptiste-Tati-Loutard de Mpita traverse des moments difficiles qui affectent considérablement son fonctionnement. Face à cette situation préoccupante, le collectif des animateurs dudit centre a initié des démarches visant à sensibiliser les autorités  pour le sauver car il ne remplit plus les objectifs assignés à sa création.

Une vue du Centre culturel Jean-Baptiste-Tati-Loutard / DR

Inauguré  en 2012, le Centre Jean-Baptiste-Tati-Loutard a été longtemps le fleuron de la culture et de l’art à Pointe-Noire en offrant, par le biais de ses installations, toutes les commodités nécessaires pour la pratique de l’art dans cette ville. Ses salles polyvalentes, sa bibliothèque, son cybercafé et ses installations sportives ont fait de cet espace un lieu privilégié des rencontres et d’échanges culturels mais aussi un espace dédié aux concerts, aires de jeu et d’exposition de toutes natures.

En effet, plusieurs grands événements culturels ont été organisés sur ce site, fruit du partenariat entre la société Total E & P Congo et la mairie de Pointe-Noire. L’association Pointe-Noire dynamique culturelle étant la gestionnaire.  Créée en 2013, cette structure a pour objet d’assurer l’autonomie financière des centres culturels basés à Pointe-Noire sous la tutelle de la mairie de la ville.

Ainsi, en application de la délibération votée par le Conseil départemental et municipal demandant à la mairie de Pointe-Noire de prendre en charge à 100% ce centre, la société Total E & P Congo se retire de la gestion après la signature de l’attestation de transfert de gestion du centre en 2016.  Un an après, les problèmes commencent: les budgets votés par le Conseil municipal n’arrivent pas en totalité à la structure. Cela affecte ostensiblement son fonctionnement. Les impayés à la Caisse nationale de sécurité sociale et les taxes sociales du personnel depuis 2017 s’accumulent tout comme les salaires des animateurs culturels qui aujourd’hui accusent un passif de onze mois d’impayés. Les termes du contrat des animateurs du centre ne sont pas respectés bien qu’étant assimilés aux agents municipaux, les prestataires également ne sont guère lotis, les factures des fournisseurs tardent à être soldées… « Il est indéniable que cette situation nous cause un lourd préjudice au centre, c’est pourquoi nous demandons aux autorités compétentes de prendre à bras- le -corps ce problème pour sauver le centre.  Ainsi, nous sollicitons qu’une commission tripartite (animateurs, Association Pointe-Noire dynamique culturelle et cabinet du maire ) soit mise en place pour examiner minutieusement la situation et envisager le cas échéant les solutions salvatrices qui vont sauver le centre » ont dit les membres du colectif des animateurs du Centre culturel  Jean-Baptiste-Tati-Loutard. Signalons que ce centre a été inauguré en mai 2012.

Avec Adiac-Congo par Hervé Brice Mampouya

Littérature : les écrivains congolais invités à participer à une anthologie collective

janvier 20, 2022

Le collectif « Tombola ekolo » et les éditions MCN ont lancé, le 20 janvier, à Brazzaville un appel à texte devant servir à la publication d’une anthologie collective dans les mois à venir. L’appel à contribution s’adresse donc à tous les écrivains congolais.

L’affiche de l’appel à contribution des textes pour l’anthologie collective/DR

C’est dans le but de promouvoir la littérature congolaise qui fait montre de l’affluence des talents tant révélés que voilés, que le collectif « Tombola ekolo » et les éditions MCN ont initié la publication d’une anthologie collective qui mettra en valeur deux genres majeurs : la poésie et la nouvelle. L’appel à contribution ainsi lancé dans le cadre de ce projet se destine à tous les auteurs congolais résidant au Congo, ayant déjà publié ou non et désirant partager leur passion des mots.

Le thème retenu pour cette publication est «Mémoires d’Afrique ». A en croire les organisateurs, le participant doit faire le choix entre les deux genres plébiscités pour ce concours. Pour ce qui est de la poésie, chaque auteur doit faire parvenir deux textes en vers ou en prose, caractérisés par l’originalité, les sonorités, le rythme, etc. Pour la nouvelle, il est demandé aux écrivains de produire un texte ayant une bonne trame en quatre pages maximum. Le récit doit être écrit en français et respecter les règles grammaticales essentielles.

Comme autres exigences édictées par les organisateurs figure le fait que les textes doivent comporter un titre, être justifiés et calibrés en Times new roman avec une police 12. Aussi les participants sont-ils  appelés à produire, en sus de la copie, une petite biographie d’eux. « C’est une fierté pour les éditions MCN d’accompagner ce projet littéraire. Des écrivains, nous attendons des œuvres achevées, ne faisant pas l’objet d’une cession de droit et dont le participant en est intégralement l’auteur. collectif.tombolaekolo@gmail.com est l’adresse requise pour envoyer toutes contributions », a fait savoir Malachie Cyrille Ngouloubi, responsable de la maison d’édition MCN.

Notons que toutes les informations liées à l’anthologie, de la sélection des textes à la publication seront diffusées sur la page Facebook, Collectif Tombola ekolo. Par ailleurs, les œuvres retenues feront l’objet d’une publication aux Editions MCN à compte d’éditeur sans cession de droit. Tous les auteurs sélectionnés recevront gratuitement chacun un exemplaire de l’anthologie en version papier.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

Le destin tragique du premier transgenre de l’histoire de France

janvier 19, 2022

Née femme en 1838, Herculine Barbin a été la première personne à voir son identité de genre modifiée à l’état civil. Un spectacle raconte sa courte vie.

Son nom est aujourd’hui oublié, mais son histoire a inspiré de nombreux écrivains. À commencer par Hervé Guibert et Michel Foucault. La figure d’Herculine Barbin, premier transgenre de l’histoire de France, sort aujourd’hui de l’ombre grâce à la metteuse en scène Catherine Marnas, qui porte sur les planches une adaptation de ses écrits intimes. La directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (TNBA) confie avoir eu envie de consacrer un spectacle au destin tragique d’Herculine après avoir pris conscience des tourments des étudiants et étudiantes « intersexes » [naissant avec des attributs génitaux et/ou chromosomiques et/ou hormonaux appartenant aux deux sexes, NDLR] de son école de théâtre. « Je n’avais pas réalisé l’ampleur du sujet avant de voir de plus en plus de jeunes confier leurs troubles à notre jury. Je me suis demandé ce que cela racontait de notre monde », confie la dramaturge.

La vie d’Herculine Barbin a tout du drame. Elle voit le jour le 8 novembre 1838 à Saint-Jean-d’Angély, près de La Rochelle, en Charente-Maritime, et est enregistrée comme « fille » à l’état civil. Mais, à la puberté, son développement sexuel ne correspond pas à celui d’une jeune femme. Ses seins ne poussent pas. « À cet âge, où se développent toutes les grâces de la femme, je n’avais ni cette allure pleine d’abandon ni cette rondeur de membres qui révèlent la jeunesse dans toute sa fleur. […] Mes traits avaient une certaine dureté qu’on ne pouvait s’empêcher de remarquer. Un léger duvet qui s’accroissait tous les jours couvrait ma lèvre supérieure et une partie de mes joues », écrit-elle dans le carnet secret où elle note ses états d’âme.

Scandale au pensionnat

Herculine poursuit sa scolarité au couvent des ursulines de Chavagnes, dans ce pensionnat féminin qui destine ses élèves à un institut de formation pour institutrices. Là, l’héroïne tombe amoureuse de la fille de la directrice. La découverte de leur passion sera à l’origine d’un scandale qui l’obligera à quitter la région. Et c’est à Paris qu’elle mettra fin à ses jours, au printemps 1868.

Si la figure de l’hermaphrodite est connue depuis l’Antiquité, le sort des individus que l’on qualifie aujourd’hui de « non binaires » est peu abordé en littérature ou au théâtre. Dans une société où les standards sexués répondent à une assignation fondée sur le genre, la difficulté qui est la leur à s’accepter, mais aussi à trouver leur place, ne peut qu’être aggravée par ce manque de visibilité.

Une vie d’exclue

La fin tragique du mythique enfant d’Hermès et d’Aphrodite qui se vit « voler » ses attributs masculins par la naïade Salmacis dans le conte d’Ovide fait écho à la douloureuse vie d’Herculine. Réassignée « homme » en 1860 après des examens médicaux qui ont révélé chez la jeune Barbin l’existence d’un micropénis et de testicules sous-cutanés, elle sera exclue du jour au lendemain du monde féminin dans lequel elle a grandi. Deux jugements du tribunal civil de Saint-Jean-d’Angély rectifieront d’un simple trait de plume son état civil. Herculine deviendra alors Abel.

La violence de cette expérience est particulièrement destructrice. D’autant que, soupçonnée d’avoir dissimulé sa vraie identité pour « corrompre » les jeunes filles parmi lesquelles elle évoluait jusque-là, Herculine-Abel est envoyée à Paris. C’est en tant qu’employé(e) de bureau dans la Compagnie du chemin de fer d’Orléans qu’il (elle) gagnera sa vie avant d’être renvoyé(e) de ce poste et de vivre misérablement durant le reste de son existence, les places de domestique lui étant refusées.

Embauché(e), un temps, dans une institution financière, Herculine-Abel envisage de partir en Amérique. Avant de finir par se suicider dans une chambre de bonne du Quartier latin, à 29 ans… laissant sur sa table de chevet des « confessions » qui seront publiées dès 1872.

Un journal intime captivant

Si le milieu scientifique se passionne pour le dossier médical hors norme d’Herculine, la postérité n’a retenu de ce drame que son aspect graveleux. Oskar Panizza en a fait le ressort de l’intrigue d’une nouvelle sulfureuse, intitulée Un scandale au couvent, écrite en 1893 et publiée en 1914. Il faudra attendre 1978 et la création par Michel Foucault de la collection « Vies parallèles » chez Gallimard pour que le texte autobiographique rédigé par Herculine entre 1863 et 1868 fasse l’objet d’un traitement sérieux.

Les confessions d’Herculine ont inspiré à Hervé Guibert un texte (inédit), conservé aujourd’hui à l’Institut mémoires de l’édition contemporaine. Le journal intime de l’hermaphrodite a été adapté au cinéma en 1985 par le réalisateur René Féret sous le titre Mystère Alexina. Le rôle principal était tenu par l’auteur de bande dessinée Philippe Vuillemin. La même année, ce texte était porté sur scène par Alain Françon au Festival d’Avignon. Lara Bruhl y a consacré une lecture-spectacle en 2001. Anne-Sophie Juvénal a également mis en scène ce texte, en 2016.

Mais la vie de cette transgenre avant l’heure restait malgré tout confidentielle. Largement documenté par Gabrielle Houbre, historienne spécialiste en études du genre, qui a publié aux Presses universitaires de France, l’an dernier, une impressionnante biographie intitulée Les Deux Vies d’Abel Barbin, né Adélaïde Herculine (1838-1868),le tragique destin d’Herculine résonne aujourd’hui étrangement avec les préoccupations d’une certaine jeunesse.

Un rôle sur mesure pour Yuming Hey

Le spectacle que nous propose Catherine Marnas rend à l’ouvrage d’Herculine toute sa modernité. Mettant en exergue les jeux de représentation faussés par l’indétermination sexuelle d’Herculine, des projections d’images, sur un grand mur blanc, font apparaître les motifs emmêlés et difficilement déchiffrables de gravures en noir et blanc du XIXe siècle. On croit apercevoir des jeunes filles sous des motifs floraux, mais rien n’est moins sûr.

C’est au milieu de lits alignés comme dans un dortoir et recouverts de tissus blancs faisant irrésistiblement penser à des linceuls que le chanteur et comédien Nicolas Martel et l’extraordinaire Yuming Hey restituent le calvaire que fut la vie d’Herculine. Ils entrecoupent ce texte âpre de chansons contemporaines (d’Indochine, notamment) qui offrent autant d’heureuses respirations. Le résultat est d’autant plus troublant que Yuming, qui prête ses traits à l’héroïne, se déclare lui-même non binaire.

« Si j’ai monté ce texte, c’est parce que l’irruption du genre sur l’avant-scène de la société fait que ce qui était souterrain jusque-là s’affiche dorénavant comme une question essentielle », explique Catherine Marnas, qui a emprunté à Éric Fassin le sous-titre de sa pièce : Archéologie d’une révolution.

Michel Foucault disait que le destin d’Herculine Barbin l’avait aidé à comprendre « les théories biologiques de la sexualité, les conditions juridiques de l’individu, les formes de contrôle administratif dans les États modernes (qui) ont conduit peu à peu à refuser l’idée d’un mélange des deux sexes en un seul corps ». C’est dans cette perspective qu’il faut écouter ce témoignage « avec son style élégant, apprêté, allusif, un peu emphatique et désuet qui était pour les pensionnats d’alors non seulement une façon d’écrire mais une manière de vivre », conclut le philosophe.

Herculine Barbin : archéologie d’une révolution, adaptation par Catherine Marnas et Procuste Oblomov, avec Yuming Hey et Nicolas Martel, coproduction Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (TNBA) et Comédie de Caen (CDN de Normandie). Jusqu’au 22 janvier. Tarif plein : 15 € ; tarif réduit : 8 €. Du mardi au vendredi à 20 heures. Samedi à 19 heures. Puis en tournée. Durée : 1 h 25.

Avec Le Point par Baudoin Eschapasse

Canada-Québec: Décès de l’artiste Karim Ouellet

janvier 18, 2022
Karim Ouellet tient fièrement son trophée dans les mains. Il pose pour la caméra, vêtu d'un complet et d'un noeud papillon.

Karim Ouellet avec son prix Juno de l’album francophone de l’année en 2014. Photo: La Presse Canadienne/Jonathan Hayvard

L’auteur-compositeur-interprète Karim Ouellet s’est éteint. L’artiste a été trouvé mort lundi soir à Québec. La cause et la date de son décès ne sont pas connues pour le moment.

Son corps inanimé a été découvert un peu avant 22 h à l’intérieur du studio L’Unisson, rue Saint-Anselme, dans le quartier Saint-Roch, selon nos sources.

Le Service de police de la Ville de Québec écarte la thèse criminelle pour expliquer la mort de Karim Ouellet. Il était vraisemblablement décédé depuis plusieurs heures au moment de la découverte de son corps, selon nos informations. Aucune manoeuvre de réanimation n’aurait donc été entreprise.Une bâtisse avec des graffitis et l'inscription Unisson.

Le corps de Karim Ouellet a découvert à l’intérieur du studio L’Unisson, dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Photo: Radio-Canada/Sébastien Vachon

Proches et communauté des artistes sont sous le choc à la suite de cette triste nouvelle. Karim Ouellet s’était replié sur lui-même ces dernières années.

Il était beaucoup plus reclus qu’à l’époque où moi je l’ai côtoyé, a confié Stéfane Campbell, relationniste de presse de Karim Ouellet durant plusieurs années, à l’animatrice en information Julie Drolet sur les ondes de RDI.

Né à Dakar, au Sénégal, Karim Ouellet avait récemment célébré son 37e anniversaire. Ayant grandi au Québec après avoir été adopté, il se fait d’abord connaître dans la capitale à partir de 2007 en multipliant les collaborations avec CEA, Webster et Limoilou Starz, notamment.

Il se fait remarquer à plus grande échelle lors du Festival international de la chanson de Granby en 2009.Sarahmée et Karim Ouellet.

Karim Ouellet et sa soeur Sarahmée Photo: Instagram.Com/Sarahmeeo

Distinctions

Son second album remporte le prestigieux prix de l’album francophone de l’année aux Junos en 2014. Fox s’écoule à plus de 33 000 exemplaires.

Il obtient le prix Félix-Leclerc pour sa chanson L’amour, qui l’a fait connaître du grand public québécois.

En 2013, Karim Ouellet est nommé quatre fois à l’ADISQ, puis devient Révélation Radio-Canada en 2012-2013.

En février 2018, pour le 27e Mois de l’histoire des Noirs, le chanteur est choisi comme porte-parole francophone de cet événement national.Karim Ouellet est debout sur une scène et il joue de la guitare

L’animateur d’ICI Musique, Philippe Fehmiu, rend un vibrant hommage à Karim Ouellet Photo : Radio-Canada

Il fait aussi des premières parties lors de concerts du célèbre Stromae et participe souvent à des célébrations de grande envergure, comme la fête du Canada.

Peu avant sa mort, il travaillait sur son quatrième album, selon sa biographie sur Spotify. Il était aussi juge pour le concours de chant Anjou Star.

Consternation

La classe politique est également sous le choc. Le premier ministre du Québec, François Legault, lui a rendu hommage sur son compte Twitter.

Mes condoléances à la famille et aux proches de Karim Ouellet, un jeune artiste qui a amené un nouveau style à la musique québécoise, a écrit le politicien.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, a également exprimé son chagrin.

Un homme, un auteur, un interprète hors du commun qui a su redonner goût a la musique francophone s’envole aujourd’hui, a-t-il rédigé sur son compte Twitter.

« Sa douceur et sa plume continueront de vivre par sa musique qui restera gravée dans le paysage musical des Québécoises et des Québécois à jamais. […] À toi, cher Karim, passionné, je te souhaite un bon voyage. »— Une citation de  Bruno Marchand, maire de Québec.

La cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, Dominique Anglade, a pour sa part cité des paroles de la plus célèbre chanson de Karim Ouellet.

Je suis sous le choc. Karim Ouellet est décédé à 37 ans. J’envoie mes plus sincères condoléances à la famille et aux proches. Dans L’amour, Karim nous chante : « allons voir s’il nous est permis de garder l’espoir ». Que ces paroles continuent de résonner dans nos cœurs.

Il laisse notamment dans le deuil sa soeur, la rappeuse Sarahmée.

Radio-Canada avec

Alain Rochefort

Alain Rochefort et la collaboration de Hadi Hassin, Eloïse Léveillé-Chagnon, Édith Hammond et Steve Jolicoeur

Célébration : la rumba congolaise et la Journée mondiale de la culture africaine

janvier 18, 2022

La culture africaine et afro-descendante, qui se célèbre le 24 janvier, sera aussi une occasion pour les deux Congo de manifester l’inscription de la rumba congolaise au patrimoine culturel et immatériel de l’humanité de l’Unesco.

Quelques pas de la rumba congolaise / Archives

À Kinshasa comme à Brazzaville et dans d’autres parties du continent se célèbrera la Journée mondiale de la culture africaine, un fait  musical, culturel et social très marquant.

En effet, il y a à peine quelques semaines, précisément le 14 décembre 2021,  que la rumba congolaise venait d’être inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco.  

Des sources proches des ministères de la Culture des deux Congo, cette célébration de la culture africaine et afro-descendante mettra plus l’accent sur ce fait d’une importance capitale qui venait de se passer à l’Unesco. Déjà, sur des réseaux sociaux et dans les médias locaux, les Congolais se sont réjouis de la reconnaissance par l’organe onusien de la rumba, véritable phénomène musical, culturel et social. « La rumba, c’est notre identité ! Sa reconnaissance internationale est une fierté et une richesse », déclarait Catherine Furaha, ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine de la République démocratique du Congo.

Pour sa part, Zacharie Bababaswe, chroniqueur musical, déclarait à l’AFP : « Rien de plus normal que le combat des Congolais aboutisse à cette reconnaissance universelle. Sentiments de réhabilitation et de reconnaissance pour cette belle musique dont le tempo est puisé dans les tripes des Congolais ». Quant à Jacques Iloki, vice-président de l’Association des peintres du Congo à Brazzaville, cette inscription est « une reconnaissance parce que la rumba est le trait d’union entre les deux rives du fleuve Congo ».

Pour les spécialistes, les origines de la rumba se situent dans l’ancien royaume Kongo. Avec la traite négrière, les Africains ont emmené leur culture et leur musique vers les Amériques. La rumba a ensuite été ramenée sur le continent africain par les commerçants, avec disques et guitares. Dans sa version moderne, la rumba a une centaine d’années. L’identité culturelle est ce par quoi se reconnaît une communauté humaine à travers ses pratiques, locales ou nationales, qui sont sociales, politiques, ethniques, religieuses et artistiques.

Cette identité culturelle renvoie à des valeurs et à des codes, à des modes de vie et de pensée, à des langues, des croyances et des traditions, à un vécu en commun et une mémoire historique, à un territoire. Malheureusement, l’Afrique a trop longtemps été privée de son identité culturelle. Ainsi, au-delà des similitudes, des formes convergentes de penser et de l’héritage commun, l’Africanité constitue également une destinée partagée, une fraternité dans la lutte de libération et un avenir commun qui doit être assumé en vue d’être maîtrisé.  

« L’histoire générale de l’Afrique », une oeuvre pionnière

Il n’est pas vain, dans ce sens, de rappeler le rôle majeur que joue l’Unesco dans l’adoption des textes normatifs et cadres juridiques pour promouvoir et protéger la culture africaine. Il est important aussi de faire allusion au travail colossal et titanesque « Coffret histoire générale de l’Afrique ». Ainsi, l’Unesco avait lancé en 1964 l’élaboration de « L’histoire générale de l’Afrique » pour remédier à l’ignorance généralisée sur le passé de ce continent. Pour relever le défi qui consistait à reconstruire une histoire de l’Afrique libérée des préjugés raciaux hérités de la traite négrière et de la colonisation et favoriser une perspective africaine, l’Unesco a fait appel aux plus grands spécialistes africains et internationaux de l’époque. L’élaboration des huit volumes de « L’histoire générale de l’Afrique » a mobilisé plus de 230 historiens et autres spécialistes pendant plus de 35 années.

« L’histoire générale de l’Afrique » est une œuvre pionnière, à ce jour inégalée dans son ambition de couvrir l’histoire de la totalité de ce continent, depuis l’apparition de l’homme jusqu’aux enjeux contemporains auxquels font face les Africains et leurs diasporas dans le monde. C’est une histoire qui ne laisse plus dans l’ombre la période précoloniale et qui insère profondément le destin de l’Afrique dans celui de l’humanité, en mettant en évidence les relations avec les autres continents et la contribution des cultures africaines au progrès général de l’humanité.

Notons que c’est à l’occasion de sa 40e session en 2019 que l’Unesco a proclamé le 24 janvier comme Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante. Cette date coïncide avec l’adoption de la Charte de la renaissance culturelle africaine, adoptée par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine en 2006. La Journée mondiale de la culture africaine et afro-descendante célèbre les nombreuses cultures vivantes du continent africain et des diasporas africaines dans le monde entier, et les promeut comme levier efficace au service du développement durable, du dialogue et de la paix.

Avec Adiac-Congo par Faustin Akono

Sénégal : Khalil Diallo, romancier et historien des temps présents

janvier 18, 2022
Khalil Diallo a reçu le prix Ahmed Baba en 2021 © Arnataal

C’est grâce à Mohamed Mbougar Sarr que le premier roman de cet auteur sénégalais né en Mauritanie, « À l’orée du trépas », a été publié. Son second, « L’Odyssée des oubliés », sur les migrations contemporaines, est aujourd’hui réédité aux éditions Harmattan Sénégal.

C’est sur le toit-terrasse de l’Orientale, café-restaurant qu’il affectionne, dans le quartier du Plateau à Dakar, que Khalil Diallo nous donne rendez-vous. « Ma dernière scène slam s’est déroulée juste en face, au Théâtre de verdure, avec un slam d’amour pour celle qui est devenue mon épouse », raconte en souriant celui qui fête ce jour-là ses 29 ans. Membre, à l’époque, du Vendredi slam, collectif phare des années 2010, Khalil Diallo se souvient des scènes partagées avec des pionniers comme Ceptik, Souleymane Diamanka et Capitaine Alexandre. Ce dernier a déclenché chez Khalil Diallo l’envie d’écrire au-delà de la scène, devenue incompatible avec sa carrière de consultant : « Il fallait choisir. C’est l’époque où Capitaine Alexandre publiait ses premiers recueils chez La Cheminante. J’ai compris que c’était possible. J’ai arrêté le slam et commencé L’Odyssée des oubliés. »

Cette épopée, prix Ahmed Baba en 2021, qui mêle enjeux des migrations contemporaines et ode à la littérature, voit le jour en 2020. Entre temps, Khalil, qui avoue « écrire très lentement et toujours plusieurs livres en même temps », publie le recueil Chœur à cœur puis un premier roman À l’orée du trépas, finaliste, en 2019, de prix qui le font connaitre au Sénégal et sur la scène francophone : le prix Orange du livre en Afrique, le prix Ahmadou Kourouma et le prix Ivoire.

« Pays fantômes »

« C’est grâce à Mbougar Sarr que j’ai été publié, c’est lui qui m’a d’abord mis en contact avec Abdoulaye Diallo, de L’Harmattan Sénégal », confie-t-il. Un roman qui se voulait un récit d’amour mais que l’actualité a percuté : « Je venais d’apprendre, via les réseaux sociaux, que quelqu’un qui était en même temps que moi à l’Université de Dakar avait rejoint l’État islamique en Syrie. Le roman est devenu un questionnement à partir de sa trajectoire ; est-ce une vraie raison de mourir ? »

CE N’EST PAS PAR SOIF D’AILLEURS QUE LES GENS VONT SE TUER EN MER, MAIS PARCE QU’ILS N’ONT PLUS LE CHOIX

Même démarche pour L’Odyssée des oubliés où les parcours d’immigration relatés s’inspirent de récits réels. « Mais mon ambition était aussi de décrire la vraie Afrique. Montrer que ce n’est pas par soif d’ailleurs que les gens vont se tuer en mer, mais parce qu’ils n’ont plus le choix. » Au-delà de l’épopée nourrie de lectures des classiques grecs, Diallo dresse une critique franche de ces « pays fantômes » qui précipitent les départs : « Ce sont certains pays africains où la liberté d’expression est bafouée, avec des dirigeants autoritaires, où les citoyens meurent du poids des totalitarismes politiques, idéologiques et culturels. Culturels avec une double acculturation, occidentale et orientale. Idéologique avec la montée des extrémismes religieux. Politique avec des présidents qui ne quittent jamais le pouvoir. »

Et le jeune auteur de souligner les complicités occidentales, comme il le rappelle dans une tribune publiée après le naufrage de compatriotes : « La vraie violence est politique. » La littérature de Khalil Diallo est en prise avec les enjeux qui l’entourent : « Le romancier est un historien des temps présents », aime-t-il à répéter. Ses prochains romans plongeront aussi dans des faits historiques, comme la révolution de 2011 ou la crise de 1962 au Sénégal.

De Césaire à Orelsan

Le jeune homme qui soigne le Verbe et parle poésie, histoire, religion – il est membre de la confrérie soufie tidjaniya – et politique avec érudition et passion, a un parcours scientifique. Il a grandi au Sénégal, pays de son père, avec des allers-retours en Mauritanie, pays de sa mère, où il est né. « J’ai eu une enfance privilégiée dans une école privé catholique de Dakar. Comme j’étais asthmatique, pas grand sportif, je passais mon temps à lire. » Ainsi cite-t-il Césaire, Baudelaire, Camus, Senghor, Dostoïevski, Ouologuem, Monénembo, Nganang, Alexis. Mais il s’ancre dans les pas de son père, décrit comme un « modèle » et un « meilleur ami »: « C’est un prof de lettres reconverti en directeur de production en industrie plastique. J’ai moi-même fait des études pour être directeur de production en industrie agroalimentaire et chimique ! »

CE QUI EST IMPORTANT POUR MOI, C’EST D’ATTEINDRE CETTE POSTÉRITÉ, DE POUVOIR ME DISSOUDRE DANS MON ŒUVRE

Aujourd’hui le quotidien de Diallo est rythmé par son travail de chef de service qualité pour l’Office national de l’assainissement, ses activités de consultant, sa vie de famille avec un enfant en bas âge, et l’écriture. « Il y a toujours, en toile de fond, cette urgence d’écrire. » Comme Sembouyane, personnage de L’odyssée qui préfère ne pas se qualifier de « passionné de littérature » mais dit « être littérature », Khalil enchaîne sur l’« immodestie » de l’écrivain : « Ce qui est important pour moi, c’est d’atteindre cette postérité, de pouvoir me dissoudre dans mon œuvre ».

L’auteur, lui-même passé par plusieurs étapes avant d’être publié, est lucide sur les enjeux de diffusion et sur la réalité d’un marché du livre majoritairement dicté par le Nord dans un pays où « pour reprendre les mots du rappeur Orelsan, il y a pleins de gros poissons dans une petite mare ». « Ici les gens vendent moins de 500 exemplaires d’habitude », ajoute-t-il . Il a donc de quoi se réjouir avec la réédition de L’Odyssée des oubliés, ces dernières semaines, au Sénégal.

Avec Jeune Afrique par Anne Bocandé