Archive for the ‘Culture’ Category

Décès de l’économiste Samir Amin, théoricien de la « déconnexion »

août 14, 2018

Samir Amin, lors d’une conférence en 2016. © Flickr/CC/Fraktion Die Linke. im Bundestag

L’économiste Samir Amin est décédé le 12 août 2018 à Paris, à l’âge de 86 ans. Ce théoricien du « développement inégal » n’avait jamais renoncé à ses convictions puisées dans le marxisme.

Directeur du Forum du Tiers-monde, l’économiste franco-égyptien Samir Amin est décédé dimanche 12 août à Paris. Il avait 86 ans. « Contrairement à nombre de ses collègues séduits par « l’économie libérale et planétaire », lui n’a jamais renoncé à des convictions puisées dans l’idéologie marxiste », écrivait Jeune Afrique à son sujet en 2005.

L’annonce de sa mort a déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux, à la fois de la part d’hommes politiques, d’économistes ou d’anciens élèves. Macky Sall, le président sénégalais, a notamment salué celui qui a « consacré toute sa vie au combat pour la dignité de l’Afrique, à la cause des peuples et aux plus démunis ».

Un vrai croyant en une Afrique démocratique et unie », selon Célestin Monga

Selon Célestin Monga, vice-président et chef économiste de la Banque africaine de développement (BAD), « vous n’aviez pas besoin de partager tous ses points de vue marxistes pour le voir comme l’un des esprits les plus aiguisés de l’économie et un vrai croyant en une Afrique démocratique et unie. Le monde a perdu un géant, un esprit magnifique et une espèce rare de professeur ».

Le projet d’un « autre développement »

Né au Caire en 1931, Samir Amin appartient à la génération des économistes tiers-mondistes qui ont tenu le haut du pavé durant toute la décolonisation. Après avoir obtenu son doctorat en économie, il a travaillé entre 1957 à 1960 pour l’administration de Nasser, avant de conseiller entre 1960 et 1963 le gouvernement du Mali. Il est ensuite devenu professeur aux universités de Poitiers, Dakar et Vincennes.

Il a dirigé à partir de 1970 l’Institut africain de développement économique et de planification de Dakar (Idep), rattaché à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Il a quitté cette organisation en 1980, pour cofonder le Forum du Tiers-monde, une association regroupant plus d’un millier d’intellectuels d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, dont le bureau africain est à Dakar.

« Alors que la faillite du développement paraît consommée en Afrique, Amin multiplie les analyses et les discussions sur le projet d’un « autre développement » dans un monde polycentrique où les quatre ou cinq « grands » qui ont remplacé les deux superpuissances militaires américaine et soviétique n’ont pas cessé pour autant de marginaliser les victimes des stratégies du capital mondial (ou « mondialisé ») », expliquait Jeune Afrique en 2005.

« À « l’ajustement » aux tendances dominantes, Amin oppose donc la « déconnexion » qui consiste, pour une nation défavorisée, à soumettre ses rapports avec l’extérieur aux exigences prioritaires de son propre développement. Ce « nationalisme progressiste », qui n’exclut pas la coopération régionale comme instrument de lutte contre les monopoles mondiaux, constitue, selon lui, une étape de la longue transition du capitalisme mondial au socialisme mondial ».

En février 1977, il signait dans Jeune Afrique une tribune consacrée aux chemins de l’unité du monde arabe.

« Il faut amorcer des formes d’organisation qui permettent aux travailleurs et aux peuples de toute la Planète de coordonner leurs stratégies de lutte, de passer de stratégies défensives, laissant l’initiative au pouvoir capitaliste impérialiste dominant, à une stratégie offensive contraignant l’adversaire à, lui, se retrouver sur la défensive et à répondre à nos initiatives, celles des travailleurs et des peuples », écrivait-il sur son blog en décembre 2017.

Jeuneafrique.com

Publicités

Quand Dior, en les « copiant », fait les beaux jours des artisans roumains

août 12, 2018

Une femme employée au musée local de la région de Bihor montre un vêtement traditionnel vieux de 100 ans, le 17 juillet 2018 à Beius, en Roumanie / © AFP / Daniel MIHAILESCU

D’abord stupéfaits de découvrir dans la collection de la maison de couture Dior un vêtement en tout point similaire à leur tenue traditionnelle, les artisans de la région roumaine de Bihor se frottent aujourd’hui les mains. Car les commandes ont commencé à pleuvoir.

Pas de doute à leurs yeux, un mannequin de la célèbre marque était bien vêtu, dans le catalogue automne-hiver 2017, d’un « cojocel binsenesc », un gilet sans manches en peau de mouton retournée, orné de broderies aux couleurs vives et bordé de fourrure noire, comme le portaient leurs aïeux pour les grandes occasions.

« Ce jour-là, j’ai posté mon premier commentaire sur Facebook, remerciant la maison Dior d’avoir apprécié ce bel objet », confie à l’AFP Dorina Hanza, une brodeuse âgée de 52 ans.

Mme Hanza et les autres artisans de cette région du nord-ouest de la Roumanie n’ont pas été les seuls frappés par la similitude: les médias locaux ont crié au scandale, accusant Dior de « vol ».

Des photos de famille du début du 20ème siècle montrent des tenues traditionnelles de la région de Bihor, au musée régional de Beius, le 17 juillet 2018 en Roumanienn / © AFP / Daniel MIHAILESCU

« Depuis, tout le monde veut en avoir un », se félicite Ana Florea, animatrice d’un club d’artisans de Beius, près de la frontière hongroise. Un juste retour des choses, car « ce gilet est à 100% le nôtre », souligne-t-elle.

« Ils auraient dû dire: nous l’avons emprunté auprès du peuple roumain », acquiesce Mme Hanza, qui se réjouit malgré tout de ce coup de projecteur inattendu offert au cojocel. « Sinon la tradition aurait été perdue ».

– « Merci Dior » –

Dorina Hanza, brodeuse, montre deux vêtements traditionnels de la région de Bihor, le 17 juillet 2018 à Beius, en Roumanie / © AFP / Daniel MIHAILESCU

Diana Naprodean, 44 ans, partage sa joie: « Ils ont très bien fait de le copier, cela prouve qu’il est joli », s’enthousiasme-t-elle. Du coup, cette bibliothécaire, qui adore crocheter et broder, s’est mise à confectionner son premier gilet traditionnel.

Celui-ci a déjà trouvé acheteur: une Roumaine établie à l’étranger et prête à débourser 500 euros pour acquérir cet article qui demandera des semaines de broderie minutieuse. Très en-deçà du prix affiché par Dior, ce montant représente un complément important dans un pays où le salaire moyen plafonne à 520 euros.

« Merci Dior, grâce à vous nous avons recommencé à aimer notre costume traditionnel », se réjouit également une autre jeune couturière de Beius, Diana Herdelo, 33 ans, qui s’apprête aussi à se lancer dans la confection de ce modèle, vu le succès qu’il rencontre.

Une femme porte un vêtement traditionnel de la région de Bihor, le 17 juillet 2018 à Beius, en Roumanie / © AFP / Daniel MIHAILESCU

En réponse à cet intérêt accru, le magazine roumain Beau Monde et l’agence de publicité McCann ont lancé une campagne en ligne baptisée « Bihor Couture » ainsi qu’un site internet où l’on peut commander des gilets, des blouses brodées ou des colliers traditionnels. Avec un million de vues à ce jour et un millier d’articles commandés.

« Notre but a été d’aider les gens de cette région, de mettre en valeur leur travail et des traditions qui risquaient de mourir », indique l’ancienne rédactrice en chef Roxana Dobrita, se félicitant des « nombreuses commandes » reçues par les artisans de Bihor.

– « Sacrilège » par mégarde –

Un homme en tenue traditionnelle de la région de Bihor, dans un livre paru dans les années 60, le 17 juillet 2018 à Beius, en Roumanie / © AFP / Daniel MIHAILESCU

Malgré ce succès par ricochet, Catalin Dobre, directeur de création chez McCann, estime que « l’industrie de la mode devrait faire plus pour soutenir les traditions ». « A travers le monde, de grandes marques s’inspirent des différentes cultures sans le reconnaître », déplore-t-il.

Conservateur au Musée du paysan roumain de Bucarest, Horatiu Ilea considère que les accusations visant Dior ne sont pas justifiées: « La culture est vivante, les idées circulent, on ne peut pas les en empêcher », relève-t-il, soulignant que « l’appropriation culturelle » existe « depuis l’Antiquité ».

Selon lui, « au lieu d’éreinter ceux qui ont copié cet objet sans s’en rendre compte ou sans en demander l’accord, la Roumanie devrait savoir profiter de cet incident, en lançant par exemple une campagne de promotion des objets traditionnels et de l’artisanat ».

Un gilet traditionnel « copié » par Dior rend les Roumains fiers / © AFP / Ionut Iordachescu

Plagiat ou pas, un détail d’importance n’a pas échappé aux habitants de la région: le gilet endossé par la jeune mannequin parisienne arborait des motifs exclusivement réservés aux hommes.

« Un symbole phallique est brodé sur le dos et seuls les adultes en âge de procréer sont autorisés à le porter », souligne le directeur du musée local de Beius, Cristian Tota. « La tradition ne permet pas qu’une femme porte un cojocel pour homme ou l’inverse », abonde Mme Hanza, relevant que « c’est une profanation, un sacrilège ».

Mais voilà un élément que la célèbre maison de française « ne connaissait certainement pas », grimace cette mère de trois enfants.

Dior n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP pour commenter ces allégations d’avoir « copié » cette tenue.

Romandie.com avec(©AFP / (12 août 2018 18h23)

L’écrivain britannique et prix Nobel de littérature V.S. Naipaul est mort

août 11, 2018

Londres – L’écrivain britannique V.S. Naipaul, prix Nobel de littérature en 2001, est mort à 85 ans, a annoncé samedi sa famille.

« Il était un géant dans tout ce qu’il a accompli et il est mort entouré par ceux qu’il aimait, ayant vécu une vie pleine de créativité merveilleuse et d’initiative », a déclaré sa femme, Lady Naipaul, dans un communiqué.

Vidiadhar Surajprasad Naipaul – peintre du déracinement, des petites gens et des empires déclinants – est l’auteur de plus de trente ouvrages.

Né le 17 août 1932 dans les Antilles britanniques, à Port of Spain, la capitale de la Trinité, d’une famille d’immigrés indiens, il avait étudié la littérature anglaise à l’université d’Oxford avant de s’établir en Angleterre en 1953.

Il avait consacré une grande partie de sa vie à voyager et était devenu un symbole du déracinement dans la société contemporaine.

En lui décernant le prix Nobel en 2001, l’Académie suédoise avait qualifié V.S. Naipaul d' »écrivain cosmopolite » et « tourmondiste littéraire ».

L’une de ses oeuvres majeures est son autobiographie « Une maison pour Monsieur Biswas » en 1964, où le héros emprunte les traits du père de l’écrivain.

A travers ce livre, il décrivait la difficulté pour les immigrants indiens dans les Caraïbes de s’intégrer dans la société tout en conservant leurs racines.

En 1998, il livrait « Jusqu’au bout de la foi », après avoir refait, apaisé, le voyage qui l’avait conduit, dix-sept ans auparavant, dans les quatre pays musulmans non arabes (Indonésie, Iran, Pakistan, Malaisie) qui avaient inspiré le fiévreux « Crépuscule sur l’Islam, voyage au pays des croyants ».

Il y décrivait les pays post-coloniaux comme des sociétés « à moitié faites » et soutenait que l’islam réduisait à l’esclavage et tentait d’éliminer les autres cultures.

Romandie.com avec(©AFP / 11 août 2018 23h51)                                                        

Le British Museum va rendre à Irak des antiquités pillées

août 9, 2018

Photo fournie par le British Museum le 9 août 2018 montrant un cône d’argile sumérien datant d’environ 2200 ans avant JC / © The British Museum/AFP / –

Des antiquités, parfois vieilles de 5000 ans, pillées en Irak en 2003 après la chute de Saddam Hussein, vont revenir dans leur pays après avoir été identifiées par des experts du British Museum, a annoncé jeudi l’institution.

Huit petits objets avaient été saisis en mai 2003 chez un vendeur de la capitale anglaise par la police londonienne, qui ne disposait pas d’informations sur leur provenance. Ils ont été confiés aux experts du British Museum.

Coïncidence incroyable: une équipe du musée travaillait sur le site même où les objets ont été volés, à Tello (ancienne ville sumérienne de Girsu), dans le sud de l’Irak.

Parmi ces objets, trois cônes en terre cuite portaient des inscriptions cunéiformes indiquant le nom du roi qui les avait fait faire, et celui du dieu auquel ils étaient dédiés, en l’occurrence le roi Gudea pour la divinité Ningirsu.

« Ce qui est exceptionnel, c’est qu’au moment où la police envoyait ces objets au British Museum pour les identifier, on était en train de fouiller le temple d’où ils avaient été prélevés », a raconté à l’AFP Sébastien Rey, directeur du site de Tello et conservateur.

Sur place, les archéologues avaient récupéré des objets jetés par les pilleurs, qui s’étaient débarrassés des cônes cassés ou abîmés, avec les mêmes inscriptions, et avaient retrouvé dans les murs du temple des cônes identiques à ceux trouvés à Londres.

« Nous aurions pu deviner que ces objets venaient du sud de l’Irak, mais les lier à ce site particulier, et même à des trous particuliers, c’est extrêmement rare », a souligné l’archéologue.

Ces cônes ou clous commémoratifs avaient une « fonction magique », a expliqué M. Rey. Réalisés à la demande d’un roi, ils étaient enfoncés dans les murs d’un temple dédié à une divinité.

Parmi les trésors saisis par les policiers figurent une petite amulette en marbre blanc représentant un taureau et datant du début du troisième millénaire avant notre ère, un sceau cachet en marbre rouge de la même époque qui se portait en amulette et un galet de rivière poli sur lequel figure le début d’une écriture cunéiforme.

Ces objets seront formellement remis vendredi à l’ambassadeur d’Irak au Royaume-Uni, Salih Husain Ali, et seront acheminés ensuite au musée de Bagdad.

L’ambassadeur a remercié le British Museum pour ses « exceptionnels efforts d’identification et de retour des antiquités pillées en Irak ». « Une telle collaboration entre l’Irak et le Royaume-Uni est vitale pour la préservation et la protection du patrimoine irakien », a-t-il dit, cité par le musée.

Pour Hartwig Fischer, directeur du British Museum, qui avait dès 2003 mis en garde contre le pillage du patrimoine culturel du pays, le retour de ces objets est un « symbole des très solides relations de travail avec nos collègues irakiens développées ces dernières années ».

Romandie.com avec(©AFP / (09 août 2018 15h44)

Commerce de peaux d’âne en Afrique, un conte moderne à la chinoise

août 7, 2018

Prêtant à l’âne des vertus thérapeutique, la Chine en achète par millions en Afrique, décimant les troupeaux de cet auxiliaire des paysans du continent. Un commerce représentatif des relations exponentielles entre le géant chinois et l’eldorado africain.

Pour garantir son approvisionnement et assurer à ses consommateurs la fourniture de quelque 5 000 tonnes annuelles de cet élixir de jouvence, l’empire du Milieu fait les choses en grand. Après avoir réduit de 11 millions à 5 millions de têtes son propre cheptel d’ânes entre 1990 et 2016, il est allé chercher sur d’autres continents la matière première indispensable.

Pour l’essentiel, en Afrique, où l’âne reste le meilleur ami de l’homme et l’indispensable auxiliaire du paysan. Voyant leurs troupeaux décimés, plusieurs pays – Niger, Burkina Faso ou Bostwana – ont interdit les exportations d’équidés vers la Chine. Comme le décrit le reportage publié aujourd’hui dans nos colonnes, le Kenya est l’un des derniers pays africains à n’avoir pas banni ce commerce. Avec des conséquences en chaîne : la population des ânes kényans a chuté de moitié entre 2008 et 2017, passant de 1,8 million en 2008 à 900 000 en 2017 ; le prix des ânes a doublé, rendant souvent leur achat inabordable pour les agriculteurs locaux ; enfin, faute de trouver assez d’animaux en vente légale, des réseaux de contrebande ont multiplié les vols d’ânes dans des proportions alarmantes.

Poudre de perlimpinpin

Au regard des enjeux économiques ou géopolitiques contemporains, cette affaire pourra sembler anecdotique, nonobstant le sort tragique des animaux domestiques ainsi transformés en poudre de perlimpinpin. Elle constitue pourtant une parabole très éclairante des relations exponentielles entre le géant chinois et l’eldorado africain. En 2000, le commerce sino-africain était estimé à 10 milliards de dollars par an. Il frôle aujourd’hui les 200 milliards – autant que l’Europe, les Etats-Unis et l’Inde réunis – et les investissements chinois en Afrique suivent une courbe similaire.

Pékin ne trouve pas seulement en Afrique les matières premières vitales pour le développement de son économie, pétrole angolais ou nigérian, cuivre ou cobalt congolais, uranium namibien, bauxite guinéenne, métaux rares de toutes sortes, sable indispensable à la cimenterie, bois précieux exportés par milliers de tonnes. La Chine a également fait de l’Afrique un marché de consommation prometteur pour ses industries manufacturières. En échange, elle finance à grande échelle – et sans grand souci de normes sociales ou environnementales – la construction de barrages, de ports, de chemins de fer, d’usines ou de logements. Difficile pour le Kenya, par exemple, de résister à un tel pactole, même au nom de la protection des ânes.

Ceux-ci pourront-ils être sauvés du désastre ? La Chine était devenue, ces deux dernières décennies, la première destination pour le trafic d’ivoire des éléphants d’Afrique, interdit par la communauté internationale depuis 1989. En 2015, soucieux de la réputation de l’empire du Milieu, le président Xi Jinping a banni ce commerce illégal. Peaux d’âne, un conte moderne vous dit-on.

Lemonde.fr

Décès du Français Joël Robuchon, le chef le plus étoilé du monde

août 6, 2018

Le chef français Joël Robuchon, le 14 janvier 2016 à l’Hôtel de Ville de Paris / © AFP/Archives / FRANCOIS GUILLOT

Chef le plus étoilé au monde, désigné « cuisinier du siècle » en 1990, Joël Robuchon est décédé lundi à l’âge de 73 ans, quelques mois après la disparition d’un autre monument de la gastronomie, Paul Bocuse.

Le grand chef français a succombé des suites d’un cancer du pancréas à Genève, ville où il prévoyait d’ouvrir un restaurant, a-t-on appris auprès de son ami, le critique gastronomique Gilles Pudlowski, confirmant une information du Figaro.

« C’est à la fois un génie, et aussi un mec qui faisait génialement des choses simples. Il a osé cuisiner des choses qui n’étaient pas considérées comme nobles », notamment sa fameuse purée de pommes de terre, a souligné M. Pudlowski au sujet du chef, également connu par ses émissions à la télévision.

« Ses étoiles brillent de tous leurs feux », a souligné Emmanuel Macron. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a salué un « chef visionnaire » qui a « fait rayonner la gastronomie française » de Paris à Shanghaï.

Le chef détenteur d’un record absolu d’étoiles au Michelin (32 au sommet de sa carrière, 24 à sa mort), qui était resté très discret sur sa maladie, était à la tête d’un empire de 26 établissements dans le monde.

Cette star de la gastronomie, qui préférait se vêtir de noir plutôt qu’en blanc pour cuisiner, laisse orphelin le monde des fins gourmets, déjà touché en début d’année par le décès de Paul Bocuse et celui en juin de l’Américain Anthony Bourdain, visage de la gastronomie universelle.

– « Il a révolutionné la cuisine » –

« Merci chef », a écrit sur Instagram le chef britannique Gordon Ramsay, une célébrité du monde gastronomique formée par Robuchon, tandis que la chef étoilée Anne-Sophie Pic a salué « un des maîtres incontestés de la gastronomie mondiale ».

Les restaurants de Joël Robuchon / © AFP / Maryam EL HAMOUCHI

Détenteur de trois étoiles, le chef Marc Veyrat n’a pas tari d’éloges: « C’était un modèle. C’est quelqu’un qui nous a tracé un sillon éternel », a-t-il dit à l’AFP.

« Il a été l’homme le plus créatif du 21e siècle (…) il a révolutionné la cuisine », a-t-il ajouté, en référence à l’un des pionniers de la nouvelle cuisine –mouvement lancé en France en 1973.

« Il a fait partie de ceux qui ont réveillé toutes les cuisines dans le monde, on vient de perdre ce que les Japonais appellent un Dieu vivant, nous avons perdu une légende », a dit à l’AFP le chef Guy Savoy, un ami de Robuchon.

Né le 7 avril 1945, à Poitiers, fils de maçon, Joël Robuchon pensait d’abord entrer dans les ordres avant de devenir apprenti puis compagnon, une expérience dont il gardera le goût de la transmission, formant de nombreux chefs.

– La purée, son plat –

Rapidement ses qualités en cuisine font des merveilles: il est sacré Meilleur Ouvrier de France en 1976, élu « chef de l’année » en 1987 puis « cuisinier du siècle » en 1990 pour le Gault & Millau.

« Gault & Millau l’a découvert en 1983 à l’Hôtel Nikko, à l’époque il était absolument inconnu, il travaillait dans un restaurant d’hôtel pas particulièrement sexy. Il nous a fait une très forte impression, il était dans l’épure », se souvient Côme de Cherisey, à la tête du fameux guide.

Le chef étoilé Joël Robuchon est décédé à 73 ans / © AFP / -, Antoine Demaison, Guillaume Bonnet, Patrick Valasseris, Farid Addala

En 2003, Robuchon crée un nouveau concept, « L’Atelier »: le premier ouvre ses portes à Tokyo et simultanément à Paris. « L’idée m’est venue dans les bars à tapas dont j’apprécie la convivialité. Je cherchais une formule où il puisse se passer quelque chose entre les clients et les cuisiniers », expliquait le chef à l’Obs.

Le succès de cette formule, où le client voit la cuisine en train de se faire, l’a ensuite amené à décliner le concept sur tous les continents: Las Vegas en 2005, New York, Londres et Hong Kong en 2006 et Taipei en 2009… et à vivre souvent entre deux avions.

Le plat signature de ce grand chef, qui a crée un empire avec plus de 1.200 employés dans le monde et était passionné par le Japon, était pourtant sa simple purée. « Il fallait être un très grand pour se faire connaître dans le monde entier avec une purée ! Mais quelle purée! », a réagi auprès de l’AFP le chef étoilé Jean Sulpice.

Une recette riche en beurre dont il a livré les secrets à la télévision, où il a été présent, notamment avec « Bon Appétit Bien Sûr ».

Au printemps dernier, cet homme très discret sur sa vie privée fit encore une apparition dans le programme « Top chef » sur M6. Les candidats devaient le surprendre en proposant un plat à base de pommes de terre…

Romandie.com avec(©AFP / (06 août 2018 16h57)

Facebook identifie une nouvelle campagne de manipulation politique

juillet 31, 2018

San Francisco – Facebook a repéré de nouvelles tentatives de manipulation politique de sa plateforme à l’approche des élections législatives américaines de novembre, se gardant d’identifier les auteurs tout en laissant les regards se tourner vers la Russie.

Le premier réseau social du monde avait été violemment critiqué l’an dernier pour avoir servi de plateforme de désinformation à des fins de manipulation politique lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, des ingérences politiques attribuées à la Russie par les services de renseignement américains.

Le procureur spécial Robert Mueller, chargé de l’enquête sur les soupçons d’ingérence russe dans cette campagne présidentielle, avait précisément ciblé il y a quelques mois de nombreux comptes Facebook et pages gérés par l' »Internet Research Agency » (IRA), soupçonnée d’être un bras numérique du Kremlin, ce que ce dernier a toujours nié vigoureusement.

« Nous sommes toujours en train d’enquêter mais quiconque a créé ce réseau de (faux) comptes a pris grand soin de cacher les véritables identités et donc nous ne savons pas encore de façon certaine qui est responsable. Ceci étant, une partie de cette activité est similaire à ce qu’a fait l’Internet Research Agency » avant et après le scrutin de 2016, a écrit mardi le patron du groupe Mark Zuckerberg sur sa page Facebook.

« Nous faisons face à des adversaires très sophistiqués et bien financés, notamment des Etats-nations, qui évoluent en permanence et tentent de nouvelles attaques », a-t-il poursuivi.

– Attiser les tensions –

Le réseau a également expliqué avoir trouvé « des liens » entre les comptes supprimés « et les comptes de l’IRA désactivés l’année dernière ».

« Le président (Donald Trump) a clairement fait savoir que son administration ne tolèrerait pas d’interférences étrangères dans notre processus électoral de la part d’une quelconque nation ou d’autres acteurs malveillants », a commenté mardi soir Hogan Gidley, un porte-parole de la Maison Blanche, auprès de quelques journalistes.

Facebook a annoncé avoir cette fois supprimé 32 pages et comptes douteux (la plupart sur Facebook mais certains sur Instagram, propriété du groupe), qui selon lui relevaient d’une « action coordonnée ».

Comme en 2016, ces comptes ont diffusé des messages sur des sujets polémiques susceptibles de diviser la société américaine –comme les tensions raciales– et ont même payé pour les diffuser plus largement sur le réseau grâce à l’achat d’espaces publicitaires (« ads »), pour un total de 11.000 dollars, selon le groupe.

Facebook a cité des exemples, dont un appel à une manifestation politique en fin de semaine prochaine à Washington.

Cette nouvelle campagne a usé de moyens beaucoup plus sophistiqués pour couvrir ses traces et contourner les mesures de contrôle prises par Facebook ces derniers mois, destinées à identifier et stopper la manipulation. Les comptes et pages concernés ont notamment évité d’user des adresses IP russes (l’adresse IP permet de localiser l’origine d’une connexion à internet).

Répétant plusieurs fois qu’il ne revenait pas à Facebook d’attribuer ces tentatives de manipulation « à une organisation spécifique ou à un pays », le chef de la sécurité de Facebook Alex Stamos a estimé qu’il « revenait aux forces de l’ordre de prendre la décision » d’attribuer ces tentatives à une entité ou à un pays.

– Prévisible –

Le groupe a indiqué avoir informé forces de l’ordre et parlementaires de ses découvertes.

Le réseau social avait déjà dit s’attendre à de nouvelles tentatives de manipulation via sa plateforme à l’approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis cet automne. Le chef du renseignement américain Dan Coats avait d’ailleurs averti plusieurs fois que la Russie reprendrait les recettes de 2016 pour tenter d’influencer les scrutins de novembre.

Saluant les mesures prises par Facebook, le sénateur démocrate Mark Warner ne s’est quant à lui pas privé d’accuser la Russie.

« J’attends (…) que Facebook, de même que d’autres plateformes, continue à identifier l’activité des +trolls+ russes et à travailler avec le Congrès pour améliorer nos lois pour mieux protéger notre démocratie à l’avenir », a-t-il ainsi dit sur Twitter.

Pour Adam Schiff, représentant démocrate à la Chambre, « des acteurs malveillants à l’étranger utilisent exactement la même (technique) qu’en 2016 : nous diviser politiquement et idéologiquement ».

Facebook avait décelé et supprimé en 2017 de nombreuses pages et comptes douteux gérés depuis la Russie et qui servaient à attiser les tensions de la société américaine.

Au total, plus de 290.000 comptes suivaient au moins une des pages incriminées. Les plus suivies étaient « Aztlan Warriors » (consacrée à des figures historiques comme le chef indien Geronimo), « Black Elevation », « Mindful Being » ou « Resisters », qui évoquait, notamment, la question des stéréotypes de genre.

Selon un article du New York Times, relayé sur le compte Twitter de Facebook, des responsables de l’entreprise ont indiqué lors de réunions au Congrès que « la Russie pouvait être impliquée » dans cette nouvelle affaire.

Au début de l’année, la justice américaine a inculpé 13 Russes et trois entités russes pour ingérence dans les élections et le processus politique américains. Douze agents du renseignement russe ont également été inculpés aux Etats-Unis mi-juillet pour ingérence dans la présidentielle de 2016.

Romandie.com avec(©AFP / 01 août 2018 00h02)                                                        

France: En Auvergne, un agriculteur « Géo Trouvetou » invente le tracteur de demain

juillet 27, 2018

Alexandre Prevault, sur Alpo, son tracteur électrique, photo du 18 juillet 2018 / © AFP / Thierry Zoccolan

Le vieux tracteur diesel bientôt remisé dans la grange ? Un jeune maraîcher auvergnat, également ingénieur en mécatronique, a inventé un engin électrique polyvalent et respectueux des sols, qui se conduit à l’aide d’une simple manette de pilotage.

Design épuré, châssis en tôle mécano-soudée, siège pivotant à 360 degrés pour conduire dans les deux sens, arceau de sécurité… Alpo ne ressemble en rien à son équivalent thermique. La manette à six boutons permet de le manœuvrer facilement, d’une seule main, tandis que deux batteries au lithium offrent en moyenne huit heures d’autonomie, pour une heure et demie de temps de charge.

« Avec ses 25 chevaux, on réalise les mêmes opérations culturales qu’avec un tracteur thermique de 40 chevaux. On a la juste puissance agronomique nécessaire pour semer, désherber, récolter, manutentionner… autant d’opérations qui ne nécessitent pas énormément d’énergie », assure Alexandre Prévault, qui a co-fondé sa société « Sabi Agri » avec Laure Osmani, sa conjointe, une ancienne avocate.

Pour lui, la puissance sous le capot n’est pas toujours gage d’efficacité en agriculture. Et le poids plume de son invention – 450 kilos contre 1,5 tonne pour un tracteur classique – en fait un outil pour l’agro-écologie, en favorisant la bonne santé de la terre.

« Avec le pétrole, on a créé des tracteurs puissants allant profondément dans le sol. Or, plus on le tasse, plus on l’asphyxie et plus la microfaune et la microflore disparaissent, ce qui est une source d’infertilité. C’est un cercle vicieux », explique ce jeune homme de 30 ans.

Alexandre Prevault et sa femme Laure Osmani Prevault sur leur tracteur électrique Alpo, photo du 18 juillet 2018 / © AFP / Thierry Zoccolan

Après des études à l’Institut français de mécanique avancée (IMFA) de Clermont-Ferrand, aujourd’hui SIGMA-Clermont, ce fils de paysans auvergnats a « roulé sa bosse » comme technicien agricole en France et en Suède dans l’élevage, l’arboriculture et le maraîchage. Avant de s’installer comme exploitant dans la plaine de Limagne.

– « Couteau suisse » –

Et c’est dans ses champs plutôt que dans un bureau d’études que cet ingénieur imagine, en 2016, les premiers plans de son ovni agricole. « La mécanique doit être au service de l’homme », aime à répéter ce bricoleur né, qui a appris tout seul la programmation à l’adolescence.

Dès lors, ce « Géo Trouvetou » conçoit son invention comme « un couteau suisse », permettant d’atteler le matériel agricole habituel à l’avant comme à l’arrière du tracteur. Un gain de temps – il faut habituellement rentrer au hangar changer les machines – mais aussi de confort et d’énergie. Certaines opérations comme la plantation et le binage ne nécessitent plus forcément d’être deux.

Alexandre Prevault sur son tracteur électrique Alpo, photo du 18 juillet 2018 / © AFP / Thierry Zoccolan

A l’heure où la robotique s’invite de plus en plus dans le monde agricole, cet outil est « un maillon entre le tracteur traditionnel et la robotique pure et dure. Silencieux, il apporte des réponses en termes de bruit mais aussi de pollution et d’automatisation potentielle », juge Roland Lenain, de l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture (IRSTEA).

La commande, aujourd’hui manuelle, pourra ainsi prochainement être automatisée. De là à voir ce robot œuvrer dans les champs en totale autonomie, il n’y a qu’un pas: « c’est à ce stade un robot +sans cerveau+. Demain, les ordres pourront être donnés par commande vocale, via un algorithme de navigation. Tout un tas d’options seront possibles. On peut l’imaginer rentrer tout seul au hangar, une fois sa tâche terminée », assure l’inventeur, qui a déjà reçu plusieurs prix.

« Dans le débat du glyphosate, il faut trouver des alternatives. Cela signifie plus de travail mécanique dans les champs avec des passages plus fréquents de herses, l’usage répété de produits de bio-contrôle. Une fois autonome, ce type de machine pourra véritablement éviter la pénibilité et faciliter le travail de l’agriculteur », abonde Roland Lenain.

Pour l’heure, la gamme est déclinable en deux ou quatre roues motrices. Un autre modèle, dit « enjambeur », est conçu pour la viticulture. Les premières machines seront livrées dans les prochains mois.

Romandie.com avec(©AFP / 27 juillet 2018 12h24)

 » Nicki Minaj est la transfiguration du mythe vaudou de Mami Wata « 

juin 29, 2018

Pour le sociologue gabonais Joseph Tonda, l’imaginaire des Africains continue d’être colonisé par l’utopie occidentale au moyen des écrans.

La chanteuse Nicki Minaj aux MTV Video Music Awards, à Los Angeles, en août 2015.
La chanteuse Nicki Minaj aux MTV Video Music Awards, à Los Angeles, en août 2015. Crédits : Mario Anzuoni/REUTERS

Joseph Tonda est sociologue à l’université Omar-Bongo, à Libreville, et invité régulier de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), à Paris. Dans son dernier ouvrage, L’Impérialisme postcolonial, critique de la société des éblouissements, il dénonce, à la suite de Guy Debord, une société du spectacle techno-capitaliste qui éblouit ses sujets. Cheville d’un capitalisme décuplé par l’avènement technologique, ce système mutant s’attaque aux déshérités, en leur faisant miroiter à travers les écrans les mirages d’une utopie de l’autre côté de la Méditerranée. Une « afrodystopie » présente selon le sociologue gabonais, dans les nombreux contenus culturels déversés sur tout le continent : des clips lascifs de chanteuses comme Nicki Minaj jusqu’au récent succès cinématographique de Black Panther. Bienvenue dans une néocolonisation de l’imaginaire aux conséquences bien réelles.

Pourquoi les écrans de téléphone, d’ordinateur et de télévision sont-ils un prolongement de l’impérialisme, un outil de poursuite de la colonisation ?

Joseph Tonda Toutes les situations de colonisation sont des situations de rencontre. Chacun voit l’autre en fonction de son histoire et de sa culture, son écran en quelque sorte. Les Européens, blancs, en venant en Afrique, ont vu des diables, des bêtes. Les Africains noirs, eux, ont vu des fantômes de leurs ancêtres. Cette rencontre a produit ce que j’appelle un éblouissement, une subjugation qui a emprisonné les Africains dans la soumission. Ces éblouissements se transmettent aujourd’hui par les écrans, devenus dispositifs perpétuant la colonisation. Cela ne concerne pas que les Africains. Aujourd’hui, la civilisation de l’écran est mondiale. Tout le monde est exposé à leurs éblouissements. Il faut voir derrière ces écrans un outil idéal de reproduction du capitalisme, un spectre qui colonise l’inconscient de tous et modifie nos comportements.

Dans votre livre, vous prenez en exemple la star américaine Nicki Minaj et son clip suggestif Anaconda, situé dans une forêt africaine…

« Nicki Minaj a des clones à Brazzaville, à Kinshasa, à Douala, à Libreville »

Elle est l’exemple même de l’éblouissement capitaliste. Femme afrodescendante devenue instrument d’un néolibéralisme où chacun est à la fois producteur et marchandise, Nicki Minaj a des clones à Brazzaville, à Kinshasa, à Douala, à Libreville. Vous voyez des filles qui s’habillent et se comportent comme elle. Cette colonisation qui ne dit pas son nom se démultiplie et se dissémine. Ces filles séduites, voulant lui ressembler, deviennent des agents de dissémination d’une culture capitaliste qui n’est pas africaine.

Comment le capitalisme que vous décriez utilise-t-il les écrans qui nous entourent pour se diffuser ?

La particularité de ce colonialisme, c’est qu’il n’est pas violent. Il fonctionne à la fascination, à la séduction, à l’éblouissement. Les écrans sont devenus outils de travail comme de divertissement. Ils occupent nos journées et nos nuits. Nous nous bombardons d’images en permanence, volontairement. Nous participons activement à notre propre colonisation.

Quel est le risque pour l’Africain ?

Le risque, c’est de réaliser ce que Guy Debord avait conceptualisé dans La Société du spectacle, ce que j’appelle aujourd’hui « la société des éblouissements ». Dans La Société du spectacle, Debord disait que la réalité s’éloigne dans la représentation, que nous vivons une dépossession de notre réalité. Dans la société des éblouissements, le réel ne s’éloigne pas mais s’incorpore, s’intériorise à travers les images-écrans que nous absorbons.

Quand cette société des éblouissements est-elle née ?

Je pense qu’elle a commencé au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec l’essai atomique américain sur l’île de Bikini. Un couturier français, Louis Réard, a décidé d’appeler son nouveau vêtement, très osé pour l’époque, le bikini, car il souhaitait produire le même effet d’éblouissement que la bombe nucléaire avait eu sur le public. D’un instrument de mort massive, il en a fait une métonymie sexuelle, de la fascination et de la séduction. « Bombe » au sens sexuel est ensuite entrée dans le langage courant.

Cette colonisation par éblouissement serait donc une forme de séduction ?

« Le monde occidental est une utopie transmise en Afrique par les écrans »

Oui, et il y a là quelque chose de troublant. Car la séduction et l’éblouissement ont été pensés de la même manière dans de nombreux mythes à travers la colonisation africaine. Je pense à cette légende urbaine du Congo belge, dans les années 1950 : le mythe d’une voiture dont les phares, éblouissant la nuit, transformaient les Congolais en cochons ; objet qui terrorisait et soumettait les colonisés. Il y a aussi la figure de Mami Wata, déesse vaudou de l’eau que l’on trouve notamment au Congo et au Bénin, à qui on vouait un culte. Le haut de son corps est celui d’une femme blanche, le bas est une queue de poisson ou de serpent. Lorsqu’on signe un pacte avec elle, il faut lui offrir une personne en sacrifice. Dans ces cultures africaines, elle renvoie au mythe de la puissance esclavagiste qui vous possède. Nicki Minaj est en quelque sorte la transfiguration contemporaine de ce mythe.

Vous développez aussi une théorie sur « l’afrodystopie ». De quoi s’agit-il ?

De plus en plus d’Africains, à travers ce genre de personnage télévisuel, vivent ailleurs, dans un monde transposé par l’écran qui n’est pas leur quotidien. Ils vivent dans un réel insalubre qu’ils ne transforment pas, car les écrans sont une distraction si grande qu’ils en oublient leur propre vie. Le monde occidental est une utopie transmise en Afrique par les écrans. L’attirance est si forte qu’elle pousse certains à traverser la mer Méditerranée ou le désert libyen pour la vivre plutôt que de changer leur réalité. Mais cette utopie se révèle bien souvent une dystopie mortelle. L’afrodystopie, c’est ça : le rêve immobile qui se termine en cauchemar réel.

Vous dites qu’il n’existe dans la littérature africaine presque aucun exemple de récit utopique. Pourtant le phénomène récent du film Black Panther, qui prend pour sujet l’utopie d’un royaume africain ayant évité la colonisation grâce à sa maîtrise de la technologie, a eu un succès phénoménal sur le continent et dans la diaspora. Comment l’expliquer ?

« Marvel a compris que les Noirs souffrent d’une blessure narcissique profonde »

C’est le film le plus afrodystopique qui soit. On parle d’une civilisation imaginaire, dans une Afrique qui n’existe pas. Le récit n’est pas africain, mais américain. Il s’agit d’une production Marvel. La puissance de ce royaume du Wakanda s’est construite sur l’exploitation d’un minerai issu d’une météorite. Ce n’est pas le produit du génie africain mais un fétiche, comme l’argent. Marvel a compris que les populations noires, africaines et afrodescendantes, souffrent d’une blessure narcissique profonde d’avoir été mises en esclavage puis colonisées. On leur dit : voilà ce que vous seriez si l’on ne vous avait pas colonisés, contentez-vous de ce rêve utopique pour vous valoriser et nous faire gagner de l’argent, mais ne vous employez pas à changer votre quotidien. Voilà l’afrodystopie dans toute sa splendeur. Si les Noirs ont couru dans les salles obscures, c’était pour panser cette blessure. C’est une illusion. Le film ne changera pas leur quotidien.

Comment sortir de ce schéma ? Les Africains doivent-ils concrétiser leurs propres utopies au lieu de se nourrir de l’Occident ?

C’est une voie possible. L’Afrique doit sortir de la nuit pour se projeter dans le futur, anticiper. L’anthropologue Roger Bastide disait que ce qui caractérise la civilisation occidentale, c’est que, devant une situation dystopique, elle se projette dans le futur en créant des utopies, alors qu’en Afrique, devant situation semblable, elle s’enfonce dans la nuit, croyant y trouver des réponses. Frantz Fanon avait fait remarquer que dans la transe nocturne, l’Africain trouvait une solution provisoire ou dérisoire lui permettant de résister. Un moyen de résilience devant la dureté de la situation coloniale. Ce qui va permettre de se décoloniser, c’est l’instruction, la réflexion et l’intelligence de nos peuples capables de se regarder en face plutôt que de regarder les écrans.

Lemonde.fr propos recueillis par Matteo Maillard (Dakar, correspondance)

États-Unis: Joe Jackson, père de Michael Jackson, est mort

juin 28, 2018

Manager des Jackson Five, il avait la réputation de mener son monde à la baguette. Ses enfants ont raconté cette violence des années plus tard.

 

Joe Jackson, à Los Angeles (Californie), en septembre 2011.
Joe Jackson

 

Joseph Walter « Joe » Jackson, qui a été le manager de ses enfants, en particulier du groupe The Jackson Five, et est à l’origine de leurs carrières en solo, dont celles de Michael Jackson (1958-2009) et de Janet, est mort mercredi 27 juin, dans un hôpital de Las Vegas (Nevada), des suites d’un cancer du pancréas, à l’âge de 89 ans. L’information a été annoncée par sa famille. Depuis le 21 juin des nouvelles circulaient sur des sites people concernant la dégradation de son état de santé.

Ainé des cinq enfants de sa mère et de son père, professeur, Joe Jackson est né le 28 juillet 1928, à Fountain Hill, un village de l’Arkansas. Lorsque ses parents divorcent, il est âgé de 12 ans et part avec son père en Californie. Il s’installera plusieurs années après dans la région de Chicago (Illinois), où vit sa mère. C’est là qu’il commence à travailler, comme grutier et soudeur, tout en pratiquant la boxe.

En novembre 1949, il épouse, en secondes noces, Katherine Scruse. En janvier 1950, le couple s’installe à Gary, dans l’Indiana, où naîtront leurs dix enfants – Brandon, jumeau de Marlon, meurt un jour après sa naissance en mars 1957.

Après la boxe, qu’il abandonne, il caresse un temps l’idée de devenir musicien professionnel, guitariste au sein d’une formation de rhythm’n’blues, The Falcons, qui s’arrête en 1952. Son rêve se fera une décennie plus tard par l’intermédiaire de ses enfants.

Au début des années 1960, les trois garçons – Jackie, né en 1951, Tito, né en 1953, et Jermaine, né en 1954 – forment le groupe vocal The Jackson Brothers. Leur père leur fait répéter plusieurs heures par jour, avant et après l’école, des pas de danse et des parties vocales. La troupe commence à être connue localement. Marlon, né en 1957, et Michael, en 1958, intègrent bientôt la formation, qui devient The Jackson Five.

Un père violent

En 1967, le groupe, qui a gagné quelques concours de jeunes talents, tourne régulièrement. Durant cette période d’apprentissage, Joe Jackson menait son monde littéralement à la baguette. Une erreur, une mise en place incertaine sont punies d’une forte gifle, d’un coup de ceinturon. Ce que frères et sœurs révéleront lors d’entretiens des années plus tard. Le temps passant, le discours officiel de la famille étant que c’était ainsi que l’on éduquait les enfants à l’époque.

Joe Jackson, en 2005.

A l’été 1968, la chanteuse Gladys Knight, qui a découvert le groupe, le recommande auprès de la grande compagnie phonographique de soul music Motown Records. Il faudra toutefois attendre août 1969 et le parrainage d’une autre chanteuse de la maison, Diana Ross, pour que débute aux Etats-Unis la « Jacksonmania ».

Les tubes se succèdent : I Want You Back, ABC, I’ll Be There, The Love You Save… les concerts aussi. Une série télévisée animée en 1971 et 1972 est consacrée au groupe. Dans le même temps, les responsables de Motown misent sur une carrière solo de Michael Jackson, qui enregistre son premier album sous son nom en 1972.

En 1975, Joe Jackson négocie un nouveau contrat avec la compagnie phonographique Epic Records. Le groupe devient The Jacksons. Randy, né en 1961, remplace bientôt Jermaine, les sœurs Rebbie, née en 1950, LaToya, en 1956, et Janet, en 1966, rejoignent la formation à l’occasion sur scène.

En plus de ses activités de manager, Joe Jackson fonde une compagnie de disques, Ivory Tower International Records, qui ne laissera guère de traces.

Victory Tour

Ses enfants devenant adultes, l’emprise paternelle s’atténue. Il a permis, en signant chez Epic, qu’ils obtiennent le contrôle artistique de leurs enregistrements (ils produisent Destiny, en 1978), mais peu à peu il devient moins décisionnaire.

Au sein de The Jacksons, le succès international des albums en solo de Michael, Off The Wall (1979) et Thriller (1982), va peu à peu éloigner le jeune chanteur du groupe. Il participe au Triumph Tour de 1981 et enregistre son dernier album avec eux, Victory, en 1984. L’album et le Victory Tour de juillet à décembre 1984 ont réuni les six frères.

En 1982, Joe Jackson prend encore en charge la carrière de sa dernière fille, Janet. Il obtient pour elle un contrat chez A & M Records, supervise la réalisation de son premier album, Janet Jackson, suivi de Dream Street, en 1984. En 1986, Janet Jackson prend, après ses frères et sœurs, son indépendance artistique, change de manager et débute une collaboration à succès avec les producteurs Jimmy Jam et Terry Lewis.

Lemonde.fr  par Sylvain Siclier