Archive for the ‘Culture’ Category

Congo/Distinction : Francine Ntoumi congratulée par le gouvernement

avril 13, 2021

Elue présidente du Conseil scientifique de l’Institut de recherche (IRD) pour le développement de France au début de ce mois, Francine Ntoumi, dont les travaux témoignent de la capacité du Congo à produire de la science, a été congratulée par le ministre de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique, Martin Parfait Aimé Coussoud-Mavoungou, le 12 avril à Brazzaville au nom du gouvernement.

Francine Ntoumi élue présidente du Conseil scientifique de l’IRD

« Ma présence à la tête du conseil scientifique de l’IRD est celle de tout le Congo. Notre pays joue ainsi le rôle de porteur des aspirations des pays du sud à une connaissance pleine et valorisante de leurs capacités à la production de la science au service d’un développement durable et humain », a déclaré Francine Ntoumi, lors de la cérémonie de sa congratulation. Elue à une majorité de 76% à la tête de l’IRD, cette dernière a pour missions d’orienter et d’évaluer la politique scientifique de l’institution de recherche. Il s’agit là d’une lourde responsabilité, a-t-elle reconnu.

Justifiant l’intérêt de cette congratulation, le ministre Martin Parfait Aimé Coussoud-Mavoungou a rappelé que le mérite se félicite. « Nous devons multiplier ces exemples pour  que nos productions scientifiques soient au rendez-vous en qualité et en excellence, car peu de Congolais bénéficient de la reconnaissance internationale », a-t-il dit, lui-même commandeur dans l’ordre du mérite maritime français depuis 2017.

Abondant dans le même sens, Francine Ntoumi qui estime que les scientifiques congolais sont compétents a lancé un appel à l’unité. « Leurs talents se bonifieraient s’il existait entre eux une dynamique de synergie et de complémentarité par la mise en place en réseaux verticaux, horizontaux et transversaux, car la science et la recherche ne se pratiquent pas de manière isolée », selon elle.

Très attachée à la place de la femme dans la recherche scientifique, Francine Ntoumi, qui dirige au plan local la Fondation congolaise pour la recherche scientifique, a plusieurs distinctions à son palmarès, entre autres, le prix kwame-Nkrumah de l’Union africaine pour les femmes scientifiques en 2012, en 2015 prix scientifique Goerg Forster de la fondation Alexander-Von-Humbolt, prix Christophe Mérieux de l’Institut de France en 2016 pour ses travaux sur les maladies infectieuses en Afrique centrale.

Avec Adiac-Congo par Rominique Makaya

Nigeria : les Itsekiris en émoi après le vol des couronnes royales

avril 12, 2021
La mort de l’Ogiame Ikenwoli, olu (roi) du Warri, le 5 avril, a ouvert la course à sa succession sur le trône.

Les deux couronnes ont disparu en pleine querelle de succession à la tête du royaume du Warri. Une affaire qui vient troubler la tranquillité de la ville éponyme, centre névralgique de l’industrie pétrolière du Nigeria.

C’est un véritable choc. En pleine bataille pour la succession de l’olu (roi) du Warri, les deux couronnes royales vieilles d’au moins quatre siècles se sont évaporées dans la nature.

L’une d’elles avait été portée pour la première fois par l’Ogiame Atuwatse, qui régna de 1625 à 1643. Selon des sources locales, il s’agirait d’un cadeau offert par le roi du Portugal au jeune Atuwatse (surnomé Dom Domingos par les Portugais) en 1611, au moment où ce dernier allait rentrer à Warri après un séjour éducatif dans le royaume ibérique. Depuis lors, quatorze souverains ont porté cette couronne devenue symbole de royauté chez le peuple itsekiri.

Querelle de succession

Tout débute avec l’annonce, le 5 avril, du décès de l’Ogiame Ikenwoli, olu (roi) du Warri, une nouvelle qui ouvre la course à sa succession sur le trône. Le fils du défunt, Tsola Emiko, est toutefois rapidement désigné. Mais la décision est aussitôt contestée par un groupe rival, qui estime que la procédure normale a été violée, un édit datant de 1979 disqualifiant le prince Tsola Emiko.

L’opposition au prince Tsola Emiko est menée par le Chief Ayiri Emami, proche conseiller du roi défunt. D’après l’opposition, pour être roi du Warri, il faut être né soit d’une mère originaire du royaume. Ayant remis en question la légitimité du prince Emiko à être désigné roi, le dignitaire a été suspendu de ses fonctions d’ologbotsere (sorte de Premier ministre). Il a immédiatement rejeté cette suspension, arguant que seul un roi en exercice a le pouvoir de le démettre. Emami assure que les canons de la tradition n’ont pas été respectés lors de la désignation du nouveau roi et entend poursuivre la contestation. S’exprimant dans une chaîne de télévision locale, il a déclaré n’avoir aucun problème personnel avec le prince Emiko, mais vouloir uniquement que « les traditions soient respectées ».

C’est dans ce contexte tendu que les deux couronnes ont disparu de l’Aghofe, le palais royal des Itsekiris.

CE SONT DES OBJETS DE GRANDE VALEUR, DÉCORÉS DE DIAMANT ET D’ARGENT

Ce sont des objets de grande valeur, décorés de diamant et d’argent. Hormis leur valeur matérielle, elles présentent aussi une valeur symbolique et revêtent une grande importance historique et culturelle. L’une des couronnes est destinée au roi (Ogiame), l’autre à la reine (Olori). En leur absence, impossible de procéder à l’oyoekoro, la cérémonie d’installation du nouveau monarque prévue en juillet prochain.

Muhammadu Buhari s’en mêle

L’affaire a suscité l’intervention du chef de l’État nigérian. Dans un message transmis via son cabinet, Muhammadu Buhari « appelle la nation itsekiri à résoudre les différends » liés à la désignation de son nouveau roi.

La situation géographique de Warri fait de cette crise une question importante pour le Nigeria. Le royaume, dont la création date d’avant la colonisation anglaise et la naissance du Nigeria, se confond de nos jours avec la ville portuaire éponyme, capitale de l’État du Delta. Située dans le sud-est du Nigeria, elle constitue le cœur de l’industrie pétrolière et le poumon économique du pays.

La police nigériane a lancé des recherches pour retrouver les couronnes disparues.

Avec Jeune Afrique par Patrick Nelle

Communautés bantoues : l’hypothèse d’une immense pandémie redessine leur trajectoire

avril 11, 2021
Village au bord du fleuve Lukenye, en RDC.

Depuis plus d’un siècle, les historiens s’accordaient sur le scénario d’une « expansion bantoue » qui, partie de l’Ouest de l’Afrique il y a plusieurs millénaires, aurait gagné toute la moitié sud du continent. Une toute nouvelle étude internationale remet en question cette version des faits.

C’est une histoire relativement connue, ou du moins que les amateurs d’histoire africaine croyaient connaître. À partir de 3000 avant Jésus-Christ et au long d’une période s’étirant sur plusieurs millénaires, le continent a vécu ce que les spécialistes ont appelé « l’expansion bantoue », un vaste mouvement migratoire prenant naissance aux confins du Cameroun et du Nigeria actuels et s’étirant ensuite vers l’est et le sud, jusqu’à s’étendre à la moitié du continent.

Des Grassfields aux Grands Lacs

Cette « expansion » est considérée comme le plus important événement migratoire de la préhistoire africaine et ses conséquences s’observent encore aujourd’hui. La communauté bantouphone, qui réunit toutes les populations parlant une langue issue de la même « proto-langue primordiale », regroupe pratiquement la moitié des Africains et est présente du Gabon aux Comores, du Soudan à l’Afrique du Sud.

Ce sont des linguistes européens qui, au XIXe siècle, ont théorisé l’existence de cette communauté linguistique, puis ont reconstruit le déroulement probable de son « expansion ». Les chercheurs allemands Wilhelm Bleek et Carl Meinhof, d’abord, ont mis en évidence la spécificité des idiomes issus du bantou, en les distinguant par exemple du xhosa en Afrique du Sud. L’Américain Joseph Greenberg, ensuite, a procédé à une classification des langues africaines appuyant l’idée d’une expansion géographique tandis que l’explorateur et administrateur colonial britannique Henry Hamilton Johnston, lui, établissait la première carte dessinant et datant les étapes de cette fameuse expansion.

C’est en partie sur les travaux de ces hommes que le scénario communément admis jusqu’à présent s’est bâti et affiné. Les « Bantous » (même si, on le verra, ce terme est impropre) se seraient d’abord développés à l’ouest de la forêt du bassin du Congo, autour de l’actuelle région camerounaise des Grassfields, et auraient commencé à se déplacer à partir de 3000 avant J.-C.

De 1500 avant J.-C. à 500 après J.-C., ils auraient atteint l’actuel Angola et le KwaZulu-Natal, au sud, la région des Grands Lacs à l’Est, traversant l’immense forêt équatoriale. À partir de l’an 500 environ, ils auraient rayonné dans toutes les directions depuis les Grands Lacs, gagnant le Soudan, s’enfonçant jusqu’au Kenya, à la Tanzanie, au Mozambique et au Zimbabwe. Un scénario qui repose sur l’idée d’une expansion lente, certes, mais continue.

Ni ethnie ni culture

Cette version du peuplement de la partie subsaharienne du continent, longtemps admise, pose pourtant quelques problèmes. D’abord parce qu’elle s’appuie sur une notion centrale mais controversée : celle de « Bantou ». Cela a été dit, écrit et répété, notamment dans Jeune Afrique : « Les Bantous n’existent pas. » Du moins pas dans le sens où certains l’entendent, c’est-à-dire celui d’une ethnie ou d’une culture.

Prudents, les chercheurs utilisent aujourd’hui plus volontiers l’expression de « communauté bantouphone », car c’est de cela qu’il s’agit : des populations très différentes les unes des autres mais qui parlent des langues – on en recense jusqu’à 680 – ayant une racine commune. Dans une certaine mesure, ces populations partagent aussi quelques spécificités génétiques, mais il ne s’agit pas d’une règle absolue : les Pygmées ont adopté les langues bantoues mais ne descendent pas des populations de l’Ouest ayant lancé la migration.

BLEEK, QUI A INVENTÉ LE NOM LUI-MÊME, ÉTAIT UN RACISTE AVÉRÉ ET MEINHOF AVAIT ADHÉRÉ AU PARTI NAZI

Le terme « Bantou », de plus, est très connoté, parfois de façon on ne peut plus fâcheuse. Bleek, qui a inventé le nom lui-même, était un raciste avéré et Meinhof avait adhéré au parti nazi. À l’époque de l’apartheid, « Bantou » était tout simplement synonyme de « noir » et le mot a gardé en Afrique du Sud un caractère très péjoratif. Au Rwanda, certains Hutu extrémistes ont aussi expliqué à la veille du génocide qu’ils étaient de « vrais Bantous » alors que les Tutsi, eux, étaient des « nilotiques » venus du nord, donc des étrangers.

Dans d’autres régions, la notion de « peuple bantou » est beaucoup plus valorisée. En témoigne la tentative gabonaise de créer à Libreville un Centre international des civilisations bantoues (Ciciba). L’entreprise s’est soldée par un échec mais des tentatives de lui redonner vie sont faites régulièrement.

Un « dépeuplement massif »

Mais surtout, et c’est la nouveauté apportée en ce début d’année par une équipe pluridisciplinaire comprenant archéologues, linguistes et généticiens et emmenée par le professeur Koen Bostoen, de l’Université de Gand (Belgique), l’idée d’une expansion spatiale continue de la population bantouphone est fausse.

Depuis 2018, les chercheurs tentent de faire parler les fragments de poterie trouvés sur 726 sites de la forêt équatoriale.

Depuis 2018, ces chercheurs ont étudié et daté des fragments de poteries (qui figurent parmi les rares objets résistant au temps sur de longues périodes) trouvées dans 726 sites répartis dans toute la forêt équatoriale. Ils en ont analysé les formes et les motifs et ont procédé à des datations au carbone 14. Ils ont aussi examiné le patrimoine génétique de restes humains et ont utilisé les techniques les plus modernes d’analyse des « fluctuations paléodémographiques » pour remonter 130 générations en arrière.

UNE RUPTURE DISTINCTE QUI CONFIRME L’EXISTENCE DE DEUX PHASES DE PEUPLEMENT DANS LA FORÊT DU BASSIN DU CONGO

Leur conclusion est la suivante : l’immense majorité des vestiges retrouvés remonte soit à une période ancienne située entre – 800 et + 400, soit à une autre, plus récente, débutant vers l’an 1000. Entre les deux, on constate une chute très nette, particulièrement marquée entre 400 et 600. La seule explication possible, selon Koen Bostoen et son équipe, est celle d’un « dépeuplement massif » entre ces deux dates. Spécialiste de la datation des poteries (c’est le sujet de sa thèse), l’archéologue Dirk Seidensticker évoque « une rupture distincte qui confirme l’existence de deux phases de peuplement dans la forêt du bassin du Congo ».

« C’est très net et cela concerne toute l’Afrique centrale, renchérit Koen Bostoen : on observe une quasi-disparition des fragments et il n’y a une vraie reprise qu’à partir de l’an 1000. Le deuxième point, c’est qu’entre les fragments des deux périodes, qui remontent respectivement à l’âge du fer ancien et à l’âge du fer récent, les styles sont tout à fait différents. »

Reste à tenter d’expliquer cette rupture brutale, et c’est là que les travaux de l’équipe deviennent réellement passionnants. « Nous observons une chute du nombre d’objets produits au milieu du premier millénaire, et nous en déduisons qu’il y a eu une chute démographique, précise le linguiste à Jeune Afrique. Ensuite, nous en cherchons la cause, et nous nous appuyons là sur ce que nous savons : à cette époque, il y a eu une période climatique plus sèche qui a provoqué une réduction relative de la forêt, puis un épisode beaucoup plus froid et humide. »

« L’année sans soleil »

C’est le fameux « petit âge glaciaire de l’antiquité tardive », une période de refroidissement climatique qui débute en 536, baptisée par les historiens « l’année sans soleil ». « Le phénomène est sans doute lié à des éruptions volcaniques, suppose l’historien américain Kyle Harper dans son livre Comment l’Empire romain s’est effondré. Il en a résulté une vague de froid comme il ne s’en produit que tous les mille ans, d’où une intensification des pluies, une réduction des récoltes, un affaiblissement des défenses immunitaires et, sans doute, l’ explosion des populations de rongeurs. »

Étape suivante : en 541 éclate l’une des pires pandémies de l’histoire de l’humanité, la peste de Justinien, ainsi nommée en référence à l’empereur romain qui régnait alors à Constantinople. Cette première grande peste bubonique – à ne pas confondre avec la peste noire qui a ravagé l’Occident aux XIVe et XVe siècles – , sans doute partie de Chine, a ravagé tout le pourtour méditerranéen, tuant, selon l’historien byzantin Procope de Césarée, contemporain de la pandémie, jusqu’à la moitié des populations des régions touchées.

Pour l’équipe du professeur Bostoen, il est très possible que ce soit cette peste de Justinien qui explique la brutale chute de la démographie observée en Afrique centrale. « C’est la partie la plus spéculative de notre étude, admet sans détours le scientifique, et nous ne prétendons pas que cela soit la vérité. Mais c’est plausible, même s’il faudrait des études génétiques plus poussées pour la valider. »

C’EST TOUTE L’HISTOIRE DU PEUPLEMENT DE LA MOITIÉ SUD DU CONTINENT QUI DOIT AUJOURD’HUI ÊTRE RÉVISÉE

Peste ou non, c’est toute l’histoire du peuplement de la moitié sud du continent qui doit aujourd’hui être révisée. L’expansion des populations de langue bantoue ne s’est pas faite en une fois, depuis la préhistoire, mais en deux périodes distinctes. Certains groupes ethniques parlant des langues apparentées et vivant dans des régions voisines n’ont sans doute pas, comme on l’imaginait auparavant, d’ancêtre commun. Certaines communautés qui se croyaient installées sur leurs terres depuis des millénaires sont en fait arrivées à une époque bien plus récente qu’elles ne l’imaginaient.

Qu’est-ce que ça change ? Beaucoup de choses, assure Koen Bostoen : « Cela modifie complètement notre vision de l’histoire précoloniale. Longtemps, on a considéré que l’Afrique n’avait pas d’histoire. Ensuite on a pensé que cette histoire était en quelque sorte une longue continuité qui n’aurait été interrompue que par l’arrivée des Européens, l’esclavage puis la colonisation. » C’est cette idée de continuité que les dernières découvertes battent en brèche, mais pas seulement.

L’ESCLAVAGE ET LA COLONISATION N’ÉTAIENT PAS LES PREMIÈRES GRANDES CRISES QUE L’AFRIQUE CENTRALE TRAVERSAIT

« L’étude montre aussi, poursuit le linguiste, que les grands royaumes d’Afrique centrale ne sont pas le résultat d’une évolution linéaire, que certains sont beaucoup plus récents qu’on le pensait et que donc, ce qui est remarquable, ils ont réussi à se développer après une crise profonde et un effondrement de la population. L’esclavage et la colonisation n’étaient pas les premières grandes crises que l’Afrique centrale traversait. Son histoire est mouvementée et riche. Elle a su trouver les ressources pour s’en remettre. »

Le professeur l’admet volontiers, ce n’est pas un hasard s’il a voulu mettre en avant l’idée d’une grande pandémie alors même que le monde se débat face au Covid-19 : « Nos recherches montrent que l’Afrique centrale a su se relever après une pandémie et un épisode de changement climatique brutal, ce que nous estimons bien sûr porteur d’espoir. C’est d’abord ça le message. »


La peste a-t-elle pu arriver au Congo ?

Que le monde ait connu une période froide à partir de 536 – et jusqu’en 575, selon les travaux du climatologue Ulf Büntgen –, cela n’est pas contesté. Que la bactérie Y. pestis, « tueur global dont le taux de mortalité est proche de 100 % », juge l’historien Kyle Harper, ait ravagé le monde et favorisé la chute de l’Empire romain à partir de 541 ne fait pas débat non plus. La question est de savoir si une maladie qui a frappé essentiellement la Péninsule arabique et le monde méditerranéen a pu se frayer un chemin jusqu’en Afrique centrale et décimer les populations bantouphones du premier millénaire.

Plusieurs indices permettent de le penser, estime Koen Bostoen : « La période est la même, on sait que la peste a également touché l’Afrique. Certains disent même qu’elle trouve son origine en Éthiopie. On sait, parce qu’on a trouvé des traces de pratique de la métallurgie et de la culture du mil, que dès cette époque il y avait des échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique centrale. De plus, on trouve encore aujourd’hui au Congo ou en Zambie des variants de la peste noire du Moyen-Âge. »

« Afrique subsaharienne, un continent d’histoires », publié en janvier 2021.

Dans l’ouvrage collectif Afrique subsaharienne, un continent d’histoires, paru en ce début d’année, l’historienne Iwona Gajda ajoute que le puissant royaume aksoumite, qui occupait alors l’actuelle Éthiopie, commerçait avec l’Arabie du sud ainsi qu’avec les Romains dont les navires sillonnaient l’Océan indien et la Mer rouge. Aksoum, tout comme l’Égypte, a payé un lourd tribut à la peste de Justinien. Quelques siècles plus tard, écrivent François-Xavier Fauvelle et Bertrand Hirsch dans le même ouvrage, les routes de communication partant de l’Éthiopie et de l’Érythrée s’étendaient jusqu’à Mogadiscio, Mombasa, Zanzibar et le royaume de Zimbawe au Sud, le lac Tchad et Kano à l’Ouest. La peste a-t-elle suivi le même chemin ? On l’ignore encore mais comme le dit le Pr Bostoen, « c’est plausible ».

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

Après une nuit harassante

avril 9, 2021

Après avoir conduit sa remorque toute la nuit

Et livré joyeusement à temps son pain de la vie

Il rentre chez lui rejoindre sa tendre femme

Celle qui depuis des lustres entretient son âme

Racontant les péripéties de ses absences

Loin de l’amour de son cœur d’enfance

La dégustation de son café au lait préféré

Lui redonne l’énergie au volant dépensée

Le regard sollicité par un beau soleil luisant

Il enfonce sa casquette pour retourner au vent

Marchant dans les rues de son vieux quartier

Pour goûter aux nombreuses salutations de l’amitié

Sillonnant des pâtés de maisons en levant sa main

Sa silhouette s’allonge comme une baguette de pain

Chargée de levure durant la cuisson au four industrielle

Il retourne après cette promenade dans sa belle coquille

Bernard NKOUNKOU

Il y a 48 ans, Picasso expirait dans sa propriété de Mougins

avril 9, 2021

Le Monde d’Avant. Avec la mort de Picasso disparaît un monstre de la peinture ayant illuminé le monde artistique depuis la France.

Pablo Picasso en 1973 a Vallauris.

On croyait le vieil homme immortel. Même si, en ce mois d’avril 1993, il continue à peindre chaque nuit de plus en plus frénétiquement, ses forces déclinent. Le colosse affiche déjà 91 ans. Depuis quelques années déjà, son corps lui donne du fil à retordre, ce qui l’a obligé à quitter son château de Vauvenargues, perché sur les pentes de la Sainte-Victoire, trop isolé, pour son mas de Notre-Dame-de-Vie, à Mougins, plus proche de ses médecins. Sa dernière épouse, Jacqueline Roque, de 44 ans sa cadette, le protège avec une détermination de tigresse, allant jusqu’à décourager les visites, même celles de ses enfants et petits-enfants.

Son fils Paulo, issu d’un précédent mariage, lui sert de secrétaire à Paris et, surtout, de souffre-douleur. Si Picasso éblouit le monde par son génie, dans l’intimité, il est odieux, il faut le dire. Il peut se montrer sadique et despotique avec son fils. Il l’humilie souvent, lui donne de quoi vivre au compte-gouttes. C’est un « être maléfique », dira bien plus tard sa petite-fille Marina.

Le 7 avril en fin d’après-midi, au moment de gagner son atelier, le « Soleil de Dieu », comme le surnommait Jacqueline, sent ses feux décliner. Il ne s’est jamais vraiment relevé d’une grippe attrapée quelques mois plus tôt et qui lui avait valu une hospitalisation. Son malaise inquiète Jacqueline, qui fait immédiatement venir de Mougins le docteur Georges Rance.

Le médecin diagnostique un œdème pulmonaire. Jacqueline passe un coup de fil au pneumologue parisien Bernal pour lui demander de venir au plus vite. Picasso a du mal à respirer, il tousse. Durant le dîner, le vieux peintre se montre de plus en plus faible. Le Soleil se couche une dernière fois.

« Vous devriez vous marier »

Le 8 avril au matin, Pablo se réveille à moitié mort. S’il conserve toute sa tête, son corps est en train de le lâcher. Il en a conscience. Sa vie ne tient plus qu’à un poil de pinceau. Jacqueline a fait venir son notaire, maître Antebi, au cas où il voudrait dicter ses dernières volontés. Sa fortune est immense, ses œuvres d’art innombrables et sa postérité assurée. Mais Picasso n’a que faire de ceci. Il s’est toujours moqué du chaos qu’il laissera derrière lui. Son âme maléfique s’en réjouit même. Le pneumologue accouru de Paris la veille ne peut qu’assister aux derniers instants sur terre du monstre sacré.

Le peintre moribond a encore la force de demander au pneumologue parisien s’il est marié. Comme celui-ci répond par la négative, il prend la main de Jacqueline, avant de lui dire « Vous devriez vous marier. C’est utile ! » Puis, se tournant vers sa femme, il adopte un ton sérieux : « Jacqueline, tu diras à Antebi… » La suite, on ne la connaîtra pas. Le Soleil de Dieu s’éteint à 11 h 35, victime d’une embolie pulmonaire.

Picasso avait fait connaître son désir d’être enterré dans sa propriété de Mougins, mais le maire de la commune refuse de délivrer l’indispensable dérogation pour « ce communiste milliardaire ». Finalement, le 10 avril, le cortège funèbre emporta le corps de Picasso jusqu’à sa propriété de Vauvenargues sous la neige. Il est inhumé dans le jardin de son château.

Avec Le Point par Frédéric Lewino

Prix Rfi théâtre 2021 : à vos plumes, écrivez et postulez !

avril 3, 2021

L’appel à candidature au Prix Rfi théâtre est ouvert jusqu’au 25 avril aux autrices et auteurs de théâtre francophones, originaires d’Afrique, des Caraïbes, de l’océan Indien ou encore du Proche-Orient.

L’affiche de l’appel à candidature au Prix Rfi Théâtre 2021/DR

Cette année, qui succédera au Congolais Julien Mabiala Bissila, à la Libanaise Hala Moughanie, au Guinéen Hakim Bah, au Camerounais Édouard Elvis Bvouma, au Béninois Sedjro Giovanni Houansou, à la Libanaise Valérie Cachard ou au Guinéen Souleymane Bah ? Les dés sont jetés. Dialogues ou monologues, à chaque postulant de saisir l’occasion de partager une histoire qui parlera au monde, de faire entendre sa voix sur une question de société saisissante, de faire voyager le lectorat sur les vagues d’une histoire divertissante et éducative, en même temps.

« En ces temps de pandémie et de rétrécissement du monde où les déplacements sont limités, les textes, eux, peuvent voyager. Comédies, tragédies, drames, avec ou sans Covid-19, avec lyrisme ou âpreté, monologues ou pièces polyphoniques. À quoi ressemblera cette édition 2021 ? Ce sont les autrices et les auteurs qui le diront. Tous les genres théâtraux sont possibles. Seul compte la qualité de la dramaturgie et le style », ont énoncé les organisateurs.

A travers ce Prix de théâtre, Rfi souhaite faire découvrir et mettre en lumière de nouveaux talents de l’écriture dramatique. Et force est de constater combien, tous les ans, des femmes et des hommes de différentes villes de la planète, peignent leur société, leurs colères et leurs émotions dans des formes théâtrales uniques.

Une aventure humaine et artistique essentielle dans le parcours des candidats et particulièrement celui du lauréat. Cela d’autant plus que le prix lui offre l’opportunité d’être lu, de voir sa pièce de théâtre être jouée et publiée, ou simplement l’occasion de faire des rencontres de travail lors des résidences proposées et des invitations dans les festivals et maisons de théâtre dans plusieurs pays.

Ainsi, le processus de candidature consiste, avant tout, à inventer, affiner, peaufiner et ajuster son texte en français comportant un minimum de 15 pages numérotées. Par la suite, l’envoyer avant le 25 avril à minuit, tout en joignant impérativement la fiche d’inscription dûment remplie. Aussi, chaque candidat doit avoir entre 18 et 46 ans.

A noter que le Prix Rfi Théâtre est organisé avec l’appui de plusieurs partenaires, à savoir : l’Institut français, l’Institut français de Saint-Louis du Sénégal, le Centre dramatique national de Normandie-Rouen, la SACD et biens d’autres. La cérémonie de remise de prix de l’édition 2021 se tiendra le 26 septembre à Limoges, dans le cadre du festival Zébrures d’automne, organisé par Les Francophonies-Des écritures à la scène.

Avec Adiac-Congo par Merveille Jessica Atipo

Congo-Diaspora: Hommage de Jean Vital Kolelas à son frère et combattant Parfait Kolelas (In Causa Nostrae Laetitiae !)

avril 1, 2021

L'opposant congolais Guy-Brice Parfait Kolélas est décédé ce lundi 22 mars des suites du Covid-19 lors de son évacuation sanitaire vers la France.

Ton dernier souffle a produit de puissants sanglots

Déchirant d’un trait les fibres de nos cœurs sans repos

Comme un tonnerre d’après minuit qui éclatait sur le toit

Emportant notre sûr abri et l’espoir vivant de notre foi

Tu es parti en nous laissant ton dernier message

Avec ta voix de vaillant combattant à la fin de ton âge

Lorsque nos regards rivés et accrochés sur tes paroles

Nous étions subjugués d’assister à l’adieu de ton envol

Ce message testamentaire depuis ton lit de douleurs marquera pour une éternité

Les peuples d’Afrique et du monde épris de paix, de justice et de liberté

Car l’histoire reconnaîtra ta place de martyr dans le concert des Nations

Pour avoir sacrifié ta vie pour la défense de la démocratie avec conviction

Ô cher frère de la Nation, scolarisé et instruit comme un bel élu

Les empreintes de tes pas de l’école primaire de l’Armée du Salut

Résonnent encore dans la poussière de celle de Kongo-dia-Moukouba

Avant de poursuivre ta marche au CEG d’Etoumbi aux côtés de notre papa

Ô digne fils de notre chère patrie, après ton retour à Brazzaville

 Où sous mon admiration et la volonté de nos chers parents

Tu fréquentais avec vivacité et assiduité le CEG Raphaël Bouboutou

À quelques encablures de la maison paternelle et de l’entrée de Bacongo

Après l’obtention de ton diplôme, des études collégiales à la clé

Tu t’offrais joyeusement la grande entrée du lycée Savorgnan de Brazza

Où tu goûtais avec fierté aux premières orientations de ta scolarité

Savourant avec appétit la série scientifique comme un bon repas

Parfait, avec ton parfait cursus universitaire depuis Marien Ngouabi

Jusqu’en France dans la ville du grand Victor Hugo à Besançon

Ta soif d’apprendre jusqu’à Mulhouse dans la ville d’Alfred Dreyfus

Fût sanctionné par un doctorat dans la ville de Gustave Eiffel à Dijon.

Parfait, nos pensées, nos chants et nos pleurs t’accompagnent à ta dernière demeure

Tu as vécu et vivra dans nos cœurs à travers le legs de ton combat qui nous murmure

Tes paroles de chevet comme un hymne devant résonner dans notre conscience

Pour l’avenir de nos enfants, l’avenir de notre beau pays le Congo dans sa mouvance

Cher combattant de la politique congolaise, trop tôt parti à la croisée des chemins

Voilà qu’en ce mois de mars, tu y associais comme de nombreux autres ton destin

Passe à travers l’arche mémorable et trouve ta place auprès des pères de la nation

Comme un bon fils qui a laissé à ses compatriotes l’expression de sa belle exhortation

Dans l’éternel regret de ta chère âme

Repose en paix dans la terre des Hommes

In Causa Nostrae Laetitiae !

(Dans la cause de notre joie)

Jean Vital Fructueux Kolélas-Kouka, ton grand frère qui ne t’oubliera jamais

Diffusé le 01 avril 2021, par http://www.congo-liberty.com

Le sourire du printemps

mars 30, 2021

Souriante et élégante comme une fée du dimanche

Avec ton bracelet à la main gauche ornant ta hanche

Je découvre dans l’alignement de ta riche dentition

Les trésors de tes baisers en attente d’exploration

Lorsque ta chevelure descend sur tes fines épaules

D’où s’agrippe mon regard sur le dos de ta muraille

Comme un vif explorateur en quête de sensation

Je me délecte du rebond adipeux de tes partitions

Assise sur le gazon verdoyant qui reprend vie

Dans les doux frémissements du printemps

Tu dégages une mine joyeuse à plein temps

Au joli parfum qui inonde à foison le cœur du lit

Bernard NKOUNKOU

Canada/Salon du livre de Trois-Rivières: une dernière ligne droite

mars 27, 2021

Le Salon du livre de Trois-Rivières dans sa toute première version virtuelle entame sa dernière ligne droite avec une programmation particulièrement étoffée au cours de la fin de semaine.Même si la fréquentation se fait par écran interposé, les visites au Salon du livre de Trois-Rivières 2021 demeurent tout aussi enrichissantes.

© undefined Même si la fréquentation se fait par écran interposé, les visites au Salon du livre de Trois-Rivières 2021 demeurent tout aussi enrichissantes.

Il est délicat de privilégier certaines activités à d’autres puisque tout dépend des goûts et intérêts des visiteurs, mais certaines activités pourraient davantage attirer l’attention que d’autres.

La version numérique du Salon a permis de créer un rendez-vous particulièrement apprécié des tout-petits : L’heure du conte avant d’aller au lit. L’activité sera présentée pour une dernière fois samedi soir à 19 h alors que Guy Marchamps narrera aux enfants son conte poétique intitulé Le rhinoféroce, le cocodile et leurs amis.

Les enfants seront d’ailleurs choyés en fin de semaine puisque samedi, 10 h, on leur réserve une autre activité avec Les contes de Petite Souris en compagnie de Jacinthe Lavoie accompagnée du musicien Jean-Luc Lavigne.

L’atelier de BD avec les Mauriciens François Saint-Martin et Marc Bruneau ne devrait pas manquer de captiver les jeunes dès 11 h.

Par ailleurs, l’ensemble de la clientèle devrait être comblé par un horaire chargé samedi. La rencontre avec Édith Blais, cette Québécoise qui a été kidnappée par des djihadistes s’annonce passionnante à 10 h 30.

Le toujours très intéressant Serge Bouchard offrira sans doute quelques perles de sagesse lors de l’activité À portée de main de 11 h 30 alors qu’il parlera notamment de son plus récent ouvrage, Un café avec Marie.

L’échéance est le titre du tout dernier roman de l’écrivain et comédien Raymond Cloutier dont il parlera en compagnie de Danielle Laurin à 13 h.Julie Brosseau, directrice générale du Salon du livre de Trois-Rivières.

© OLIVIER CROTEAU, Le Nouvelliste Julie Brosseau, directrice générale du Salon du livre de Trois-Rivières.

Monique Juteau, une des écrivaines les plus en vue dans la région présentera son dernier roman, Le marin qui n’arrive qu’à la fin lors d’une rencontre à 14 h 30. L’ouvrage vient d’ailleurs tout juste de remporter le Prix littéraire au dernier GalArt.

Il sera également question de poésie à 16 h 30, alors que Gérald Gaudet animera l’activité intitulée Écrits des Forges, 50 ans de poésie en Mauricie lors de laquelle il s’entretiendra avec Bernard Pozier.

À 17 h, personne ne voudra rater la précieuse occasion de se détendre en dégustant chacun chez soi une quelconque consommation alors qu’aura lieu le traditionnel Apéro littéraire.

Dimanche ne sera pas moins occupé et intéressant avec des rencontres qui s’annoncent marquantes. Ça commence avec le grande Janette Bertrand qui discutera notamment de son roman Un viol ordinaire dès 9 h 30.

Les amateurs ne voudront certes pas faire accroc à la tradition et s’adonner à la Dictée du Salon du livre présentée par Martin Francoeur sous une forme virtuelle à 10 h.

À la même heure, place aux jeunes et au conte Le poil de Baribal présenté par la conteuse Renée Robitaille. Les jeunes auront aussi l’occasion de parfaire leur talent pour le dessin en compagnie de Lulien Paré-Sorel à 11 h et de Tristan Demers à 13 h.

À 10 h 30, c’est une rencontre avec le récipiendaire du Prix Adagio 2021 Yvon Rivard qui est offerte.

Autre moment phare de l’édition 2021 du Salon du livre de Trois-Rivières, la rencontre avec la grande Marie-Claire Blais qui présentera sa plus récente œuvre : Petites cendres ou La capture. Nul doute que Gérald Gaudet saura diriger cette discussion de main de maître. C’est prévu à 11 h 30.

L’ancien ministre David Heurtel viendra présenter son ouvrage Journées de ministre et le public sera invité à échanger avec lui à 12 h 30.

Les causeries occupent encore une bonne place malgré la formule virtuelle et on pourra assister à deux d’entre elles en cette dernière journée du Salon avec Réinventer l’histoire, à 12 h 30, avec Sébastien Chartrand, Catherine Leroux et Ghislain Taschereau de même que Écrire en français : une fierté en compagnie de Zachary Richard, Lori Saint-Martin et Kim Thúy.

La clôture de l’évènement aura lieu lors d’une cérémonie à 17 h.

Il ne s’agit là que d’un échantillon de tout ce qui est offert en cette dernière fin de semaine. Pour assister à l’une ou l’autre des activités, il suffit d’aller sur le site du Salon du livre www.sltr.qc.ca et de cliquer sur l’onglet programmation qui présente toutes les activités offertes. En cliquant sur le titre de l’activité, une fenêtre apparaîtra permettant d’assister à celle-ci dès qu’elle débutera.

À noter qu’un volet audio est aussi offert à travers ce même onglet de programmation. À la fin de la liste des activités, l’indication «Voir plus» permet d’avoir accès à du contenu audio offert tout aussi gratuitement que le sont toutes les activités virtuelles du Salon de cette année.

Avec François Houde – Le Nouvelliste

Égypte: Le tombeau de Toutankhamon et autres objets maudits

mars 21, 2021
Le masque d’or de Toutankhamon au musée égyptien du Caire, en 2015.

La lecture de cet article n’est pas recommandée aux âmes sensibles, il y est question d’objets pouvant vous faire passer de vie à trépas… Pour traverser l’Achéron, votre guide sera l’auteur J.W. Ocker.

C’est bien connu, il ne faut ni s’aventurer dans les cimetières la nuit, ni profaner les tombes des morts. Quant aux sépultures égyptiennes, mieux vaut s’en tenir éloigné, conseil d’expert. C’est en tout cas la leçon que nous donne l’histoire du tombeau de Toutankhamon, telle que la raconte l’auteur J. W. Ocker, créateur du site OTIS (Odd Things I’ve Seen) dans son livre Maudits, histoires et légendes des objets ensorcelés (éditions Cernunos, (mal) traduit par Isabelle Pernot, 338 pages, 24,95 euros).

Né aux alentours de 1345 avant Jésus-Christ, Toutankhamon serait le fils d’Akhenaton et de sa propre sœur. Onzième pharaon de la XVIIIème dynastie (Nouvel empire), il a régné moins d’une dizaine d’années entre ses neuf ans et sa mort, vers 18 ans. Celle-ci reste aujourd’hui encore bien mystérieuse, diverses hypothèses ayant été avancées, de l’infection généralisée suite à une blessure à l’accident de char, en passant par le paludisme…

Le mécanisme fatal de la malédiction enclenché

Mais si le jeune et beau pharaon demeure aujourd’hui encore l’un des plus célèbres, c’est surtout en raison de la découverte de son tombeau, riche de quelque 5 000 artéfacts, en 1922. Et de la malédiction que cette découverte par Howard Carter semble avoir libérée. Vous n’y croyez pas, mécréant que vous êtes ? Alors écoutez bien cette histoire que nous raconte dans le détail J. W. Ocker. Avec cet humour provocateur qui traverse tout son livre : « En 1922, Toutankhamon est arraché au repos éternel. Son tombeau avait jusque-là résisté aux nombreux pilleurs de la Vallée des Rois pendant des siècles. Aujourd’hui, tout le monde connaît son nom, car c’est grâce à lui que l’ancienne Égypte est redevenue « cool » en Occident. »

Carter fouille le désert depuis 1917 à la recherche de ce tombeau, et en novembre 1922, son mécène, George Herbert, cinquième comte de Carnarvon, envisage de lui retirer son financement.  La découverte d’une série de seize marches s’enfonçant dans le sable et menant à une porte scellée change la donne… L’ensemble est aussitôt recouvert et c’est un peu plus tard, en présence de Lord Carnarvon, qu’est déblayé le passage menant à la porte où sont gravés les symboles de Toutankhamon. Il faut plusieurs jours d’intenses travaux pour parvenir à l’ouvrir, mais la récompense est là : une antichambre remplie de trésors archéologiques, la plupart en or. Pendant sept semaines, les archéologues cataloguent tous les objets, impatients d’ouvrir la porte scellée derrière laquelle se trouve, sans doute, la momie de l’enfant-roi. La découverte fait le tour du monde, curieux et journalistes affluent. Mais une fois l’antichambre vidée, le site est fermé pour la saison et tout le monde reste sur sa faim, attendant de savoir si le pharaon est bien là.

Malheureusement, la simple ouverture du tombeau a déjà enclenché le mécanisme fatal de la malédiction… À Assouan où il se trouve, Lord Carnarvon se fait piquer par un moustique. Incident banal s’il en est qui va pourtant le conduire droit à la mort. En se rasant, le Lord entaille la piqûre… et succombe peu de temps après d’une septicémie. Carnarvon avait vendu au Times l’exclusivité des droits autour de la découverte du tombeau et les autres journalistes, penauds, étaient donc tenus à distance. Est-ce pour cette raison que la rumeur d’une malédiction se répand vite ? Quand on n’a rien à écrire, on invente, on brode, on imagine… « Sir Arthur Conan Doyle aide la rumeur à se répandre en affirmant que des esprits de la nature appelés élémentaires (mon cher Watson) se sont sûrement vengés de Carnarvon parce qu’il a ouvert le tombeau qu’ils devaient protéger, écrit Ocker. L’écrivaine Marie Corelli déclare posséder un livre égyptien très rare selon lequel les tombeaux royaux abritent des poisons secrets pour punir les profanateurs. »

Autour de Carnarvon, on compte plusieurs victimes. Un cobra aurait mangé son canari le jour de l’ouverture du tombeau, tandis que son chien aurait trépassé exactement le même jour que lui…

En 1923, Carter atteint la chambre mortuaire où il trouve la momie du pharaon, son célèbre masque mortuaire et un cercueil en or. Peu après, les morts s’enchaînent. George Jay Gould, magnat des chemins de fer, meurt d’une pneumonie peu de temps après avoir visité la tombe. L’aristocrate égyptien Ali Kamel Fahmy Bey est, lui, abattu par sa femme. Audrey Herbert, la sœur de Lord Carnarvon, meurt aussi en 1923 d’une septicémie. Un an plus tard, c’est au tour d’Archibald Douglas Reid, qui a radiographié le sarcophage, de succomber à une « maladie mystérieuse ». Quant au gouverneur du Soudan, Sir Lee Stack, qui fut l’un des premiers visiteurs du tombeau, il est assassiné au Caire.

Liste morbide

Ce n’est pas tout. En 1926, l’égyptologue français Georges Bénédicte meurt après une chute à l’extérieur du tombeau. En 1928, Arthur Mace, membre de l’équipe de Carter, décède d’un empoisonnement à l’arsenic après avoir dû quitter l’Égypte pour des problèmes de santé. La liste morbide ne s’arrête toujours pas. En 1929, un demi-frère de Carnarvon, Mervyn Herbert, décède d’une pneumonie. « Cette même année, le capitaine Richard Bethell, qui effectue divers emplois pour Carnarvon et Carter, meurt dans son lit dans des circonstances suspectes. Quelques mois plus tard, son père se jette par la fenêtre de son appartement situé au septième étage. Il laisse un mot stipulant : « Je ne supporte plus ces horreurs. »

À QUOI D’AUTRE S’ATTENDRE QUAND ON PROFANE LES DÉFUNTS ET QU’ON RÉCUPÈRE LES TRÉSORS DESTINÉS À L’APRÈS-VIE D’UNE CULTURE OBSÉDÉE PAR LA MORT ET L’ÉTERNITÉ ? »

Et que découvre-t-on en extrayant Toutankhamon de ses bandelettes ? Une blessure à la joue semblable à celle qui a causé la mort de Lord Carnarvon… « En fin de compte, la malédiction du tombeau de Toutankhamon reste célèbre parce qu’elle est logique, écrit J.W. Ocker. À quoi d’autre s’attendre quand on profane les défunts et qu’on récupère les trésors destinés à l’après-vie d’une culture obsédée par la mort et l’éternité ? S’il existe des choses maudites en ce bas monde, le tombeau d’un souverain égyptien en fait forcément partie. » Il n’empêche, le découvreur de la tombe, Howard Carter, a survécu vingt ans à la malédiction. Il est mort à Londres, à 64 ans, des suites d’un lymphome de Hodgkin… Quand au pharaon, « [il] est visible dans son tombeau, tandis que la plupart de ses trésors sont exposés au musée égyptien du Caire ou dans les musées du monde entier grâce à des expositions itinérantes qui répandent la malédiction sur toute la planète. »

Si vous êtes toujours vivant après avoir visité l’une de ces expositions, pas d’inquiétude, J.W. Ocker a en réserve bien d’autres objets maudits dont vous aurez à cœur de connaître l’histoire : le diamant Hope, la tombe de Shakespeare, la « momie malchanceuse », la bague de Rudolph Valentino, la chambre d’ambre, l’horloge astronomique de Prague, la Porsche 550 Spyder de James Dean, les poupées Annabelle et Robert…Bref, à la toute fin, il y a de fortes chance que vous mourriez. Désolé.

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel