Archive for the ‘Culture’ Category

Streaming : Nix, le rappeur défenseur des musiques panafricaines

juin 22, 2021
Le rappeur et entrepreneur sénégalais Nix.

Après avoir cofondé la plateforme de streaming africaine Deedo, le rappeur et entrepreneur sénégalais compte bien continuer à promouvoir les talents du continent.

Avec plus de vingt-cinq ans de carrière et huit projets musicaux à son actif, Nix, 42 ans, n’est pas un inconnu. Son expérience lui permet de creuser aujourd’hui son sillon dans l’industrie en pariant sur l’économie du streaming et de la distribution digitale. À l’heure où l’afrobeat résonne partout sur les ondes, Nicolas Omar Diop, de son vrai nom, se gausse des tendances.

LES SAMPLES SONT L’ESSENCE MÊME DU HIP-HOP

Trap américaine, rap francophone, influences anglo-saxonnes, rythmiques congolaises et nigérianes… Un métissage sonore qui résume bien le parcours de celui qui a su traverser toutes les époques et les frontières du rap. « Je défends une musique fusion, revendique l’ex-gamin du groupe de rap Kantiolis, fondé à Dakar alors qu’il n’a que de 13 ans. Les samples sont l’essence même du hip-hop. C’est ce mélange des genres qui fait que cette scène a su tenir dans la durée. »

À l’aube des années 1990, le Sénégal vibre au son de Positive Black Soul, groupe de rap culte de l’époque. Le jeune artiste contribue à l’une de ses mixtapes et ne tarde pas à se faire repérer par un journaliste français spécialiste des musiques urbaines. Direction Paris pour celui qui n’est encore qu’un parfait inconnu dans le game hexagonal, mais qui rencontrera bientôt la fine fleur du genre, comme Oxmo Puccino et Disiz la Peste, sur plusieurs plateaux. « Disiz, qui est sénégalais d’origine, préparait un album en hommage au pays [Itinéraire d’un enfant bronzé, NDLR]. Collaborer avec lui faisait sens, analyse ce défenseur de la francophonie.

Mc Solaar et Assassin

Élevé par sa grand-mère professeure de français, Nix commence à écrire ses premiers textes dans la langue de Molière en s’inspirant de Mc Solaar ou encore d’Assassin. « C’est le Français qui m’a permis d’être écouté au Sénégal, puis un peu partout en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale », assure-t-il.

IL FALLAIT QUE J’ÉCRIVE EN WOLOF. LE SÉNÉGAL M’A TOUJOURS SOUTENU

Après un premier album solo en 2003, Black Crystal – récompensé aux Hip Hop Awards de Dakar –, quelques mixtapes et la sortie d’un deuxième opus, Rimes de vie, en 2010, toujours écrit en français, il est pourtant temps pour le compositeur de proposer une autre forme de narration. « Il fallait que j’écrive en wolof. Le Sénégal m’a toujours soutenu depuis mes débuts, je me devais de lui rendre la pareille en publiant un projet dans notre langue. » Et ce sera Excuse my wolof, en 2016.

Le potentiel des diasporas

Jamais là où on l’attend, c’est ensuite avec le chanteur haïtien des Fugees, Wyclef, qu’il enregistre un morceau pour l’album Art de vivre (2016). Autant de collaborations qui prouvent qu’un réel potentiel créatif existe entre diasporas. C’est cette dynamique que Nix a flairée depuis le début de sa carrière et qu’il tente aujourd’hui de structurer via la plateforme de streaming panafricaine Deedo, cofondée avec Awa Diop Girard en 2017.

« Il y a quatre ans, c’était totalement avant-gardiste de lancer un tel projet, réalise-t-il. On a senti qu’on pouvait rattraper le retard du physique sur le numérique en centralisant tous les mélomanes de musiques afro sur une même plateforme. »

Aujourd’hui, le service – principalement soutenu par des banques – est proposé sur huit territoires (Sénégal, Mali, Côte d’Ivoire, Gabon, Cameroun, Nigeria, France et Royaume-Uni) et compte 60 000 abonnés. Pas de quoi faire pâlir Apple Music (qui a élargi son offre à trente pays d’Afrique), ni de quoi rougir non plus.

PARMI SES ARTISTES, QUELQUES POIDS LOURDS COMME DJ ARAFAT ET SIDIKI DIABATÉ

Pour les artistes africains, soumis à la loi des algorithmes et à la concurrence internationale, Deedo offre l’occasion de bénéficier d’une plus grande visibilité. Au menu : rumba, afrobeat, hip-hop, blues, reggae… « On a négocié le catalogue d’Universal’, s’enorgueillit l’entrepreneur, qui compte parmi ses artistes quelques poids lourds comme Dj Arafat et Sidiki Diabaté.

Nouveaux talents

Au total, sa plateforme recense quelque 14 millions de morceaux d’artistes africains et de la diaspora. Mais ce service n’est que le début de l’aventure Deedoo. Nix vient d’inaugurer un studio d’enregistrement et de signer une licence avec Def Jam Africa (branche d’Universal) pour lancer le label Deedo Records, sur lequel il a publié son dernier EP, Virgo. Le moyen surtout pour lui de soutenir et de signer de nouveaux talents sénégalais comme Coco Cissoko, « fille d’un grand joueur de kora », et Obree – tous les deux en featuring sur l’album. « Deedoo distribue aussi les artistes qu’il signe. On veut vraiment maîtriser l’ensemble de la chaîne : production, distribution et diffusion », ambitionne-t-il.

Avec Juene Afrique par Eva Sauphie

Canada-Québec: 314 927$ pour le patrimoine religieux de la Mauricie

juin 22, 2021

Le patrimoine religieux de la Mauricie recevra 314 927$ de l’enveloppe de 15 M$ du Programme visant la protection, la transmission et la mise en valeur du patrimoine culturel à caractère religieux pour l’année 2020-2021 du gouvernement du Québec.

Le Monastère des Ursulines.

© SYLVAIN MAYER Le Monastère des Ursulines.

Le montant global vise la réalisation de 73 projets au Québec et permettra de les financer jusqu’à 80 %.

En Mauricie, ce sont six projets, dont trois à Trois-Rivières, qui bénéficieront de cette annonce faite lundi par le ministre Jean Boulet au nom de la ministre de la Culture et des Communications.

Le Monastère des Ursulines reçoit la plus grosse part, soit 107 076$ pour la restauration des portes, des fenêtres et du perron.

L’église Notre-Dame-de-la-Visitation de Champlain recevra 12 000 $ pour la réfection du système électrique.

La somme de 57 050$ sera versée pour la restauration du portique du sous-sol à la Cathédrale de l’Assomption.

L’église Notre-Dame-de-la-Présentation de Shawinigan reçoit 30 345 $ pour le drainage du sous-sol et la restauration des finis intérieurs.

De son côté l’église de Sainte-Thècle pourra restaurer des fenêtres, des portes et de la maçonnerie grâce à un soutien de 52 150 $.

Finalement, 56 306 $ sont accordés à l’Évêché de Trois-Rivières pour la restauration du perron avant.

«Grâce à ces montants, les institutions pourront réaliser des travaux de restauration qui contribueront à préserver la richesse historique, sociale et culturelle de notre communauté», fait valoir le ministre Boulet.

Avec Brigitte Trahan – Le Nouvelliste 

Canada-Québec/Protection du français : quand la CAQ enfonce des portes ouvertes

juin 19, 2021

Ottawa veut en faire davantage pour protéger le français. Voilà une bonne nouvelle qui n’a pas l’air de réjouir le ministre Simon Jolin-Barrette. Il suffisait de l’entendre réagir au dépôt du projet de loi C-32 pour comprendre qu’il n’est pas près de sabrer le champagne.

Le projet de loi 96, visant à renforcer et à protéger la langue française au Québec, a été annoncé en grande pompe par François Legault et Simon Jolin-Barrette.

© Sylvain Roy Roussel/Radio-Canada Le projet de loi 96, visant à renforcer et à protéger la langue française au Québec, a été annoncé en grande pompe par François Legault et Simon Jolin-Barrette.

Et pour cause : après le Parti libéral du Québec, c’est au tour du Parti libéral du Canada de doubler la CAQ. Non seulement approuve-t-il la démarche du gouvernement Legault pour protéger le français, mais la ministre Mélanie Joly a clairement laissé entendre mardi qu’elle souhaitait s’aligner sur le projet de loi 96 (PL96).

Résultat : la CAQ, qui se targue d’être le parti de la fierté nationale retrouvée, jusqu’à mettre son poing sur la table pour protéger la langue française, se retrouve à défendre des mesures qu’aucun de ses adversaires ne trouve, finalement, trop audacieuses.

C’est peut-être là le prix à payer pour un gouvernement qui a autant fait grimper les attentes par rapport à son projet de loi. Pendant près d’un an, le ministre Jolin-Barette s’est affairé à convaincre à peu près tout le monde que le français était en danger, et qu’il faudra agir vigoureusement pour freiner son déclin.

Force est de constater qu’il y est – trop – bien parvenu : le projet de loi qu’il a présenté ne semble pas même rassasier ceux qu’il avait lui-même mis en appétit. En témoigne le dernier sondage Léger sur la question, commandé par le Parti québécois, qui indique que si plus de 64 % des Québécois estiment que le français est en déclin, seulement le quart pensent que la réforme proposée par la CAQ pourra renverser la tendance.

Pas d’inquiétudes chez les libéraux fédéraux

Dans la capitale fédérale, on se défend de vouloir projeter la question linguistique dans un débat électoral. La réforme de la loi sur les langues officielles, explique un conseiller du gouvernement, est une intention formulée bien avant l’arrivée de la CAQ à Québec et du Bloc à Ottawa. Un remède surtout à des années de négligence des gouvernements précédents.

De toute façon, les troupes de Justin Trudeau ne semblent pas convaincues que la question linguistique puisse leur rapporter beaucoup de votes, ou de sièges.

Cela ne veut pas dire qu’on n’a pas surveillé attentivement ce que faisait Québec. C’est sûr que ça nous inquiétait», affirme une source proche du dossier. Finalement, on a vite déterminé pouvoir vivre avec» le projet de loi de Simon Jolin-Barrette, même en ce qui concerne les changements proposés à la Constitution.

Seul point de discorde : les obligations linguistiques imposées aux entreprises de compétence fédérale installées au Québec. Ottawa est disposé à appliquer dans ces entreprises des règles similaires à ce qui est prévu dans le projet de loi 96, mais pas question de les assujettir à la loi 101 comme le demande le gouvernement Legault. Pour l’instant, Ottawa ne voit pas comment le différend pourrait se transformer en conflit majeur.

Eux [le gouvernement Legault] n’ont pas le capital légal pour s’en prendre à nous et nous n’avons pas le capital politique pour aller contre eux», indique une source. En fin de compte, si l’intention des deux gouvernements est de protéger le français, on trouvera sûrement un terrain d’entente. Si le ton monte, c’est que l’un des deux cherche à exploiter la question à des fins politiques.

Un projet de loi à renforcer

Québec se prépare déjà à corriger le tir. Plusieurs sources confirment que le ministre Jolin-Barrette devrait profiter des consultations de l’automne pour donner plus de mordant à son projet de loi.

Il ne serait donc pas question de jeter du lest, ou de faire des concessions au nom de la recherche du consensus. Au contraire, la CAQ devrait hausser le ton, ce qui n’aurait rien d’étonnant, si elle souhaite toujours se présenter comme le protecteur de l’identité québécoise en année préélectorale.

D’ailleurs, le ministre lui-même s’est dit disposé à bonifier le PL96 avec des propositions des partis d’opposition. Il a donné l’exemple de l’obligation pour les étudiants des cégeps anglophones de réussir un minimum de trois cours en français pour obtenir leur diplôme, une avenue intéressante» selon lui.

Est-ce qu’il pourrait raffermir sa position en ce qui concerne le statut bilingue des municipalités? Une source proche du dossier le pense. D’autres espèrent encore que le gouvernement limite davantage l’accès au cégep anglophone.

Rassurer les anglophones

La communauté anglophone pourrait-elle devenir la principale ligne de fracture entre l’offre de Québec et celle d’Ottawa? Une chose est certaine, les inquiétudes des Anglo-Québécois pourraient donner du fil à retordre au gouvernement Legault, qui a pourtant fait de son mieux pour ne pas les froisser avec son projet de loi.

Le cabinet Trudeau, pour sa part, prépare ce terrain depuis des mois. Des rencontres ont eu lieu avec les intervenants à plusieurs reprises, les ministres ont envoyé des émissaires sur le terrain. Après tout, plusieurs élus libéraux dépendent du vote anglophone pour être réélus.

En coulisses, on pense avoir calmé les craintes. Je ne pense pas qu’on aura besoin de faire du outreach dans Outremont», lance une source. Les anglophones ne sont pas fâchés contre nous, ils sont fâchés contre Québec.»

Comme il l’avait fait pour la laïcité, François Legault a affirmé à plusieurs reprises qu’il voulait que sa réforme de la loi 101 soit modérée. Il court maintenant le risque à vouloir satisfaire tout le monde de ne contenter personne. En politique comme ailleurs, qui trop embrasse mal étreint.

Avec  Alex Boissonneault, Daniel Thibeault 

Congo-Brazzaville/L’Ecole de peinture de Poto-Poto : le 70e anniversaire se profile à l’horizon

juin 16, 2021

En partenariat avec le ministère de la Culture et des Arts et l’Institut français du Congo (IFC), l’Ecole de peinture de Poto-Poto célébrera les 70 ans de sa création, du 22 au 26 juin prochain, autour d’une panoplie d’activités.

1- L’entrée de l’école/DR

On ne peut parler peinture au Congo sans faire mention de l’Ecole de peinture de Poto-Poto. Située en plein cœur de Moungali, dans le 4e arrondissement de Brazzaville, cette école est réputée pour avoir permis à de nombreux artistes de perfectionner leur art et d’en faire un métier noble. Parmi eux, on cite : Marcel Gotène, François Thango, François Iloki, Philippe Ouassa, Joseph Dimi, Nicolas Ondongo, Jacques Zigoma, Eugène Malonga, André M’Bon ou Michel Hengo.

1951, l’Ecole de peinture de Poto-Poto voit le jour sous l’impulsion du Français Pierre Lods. Pour ses 70 ans, le centre d’art prévoit diverses activités du 22 au 26 juin, parmi lesquelles des projections cinématographiques, des conférences débats en présentiel et en ligne, un atelier de formation, un colloque, une grande exposition, des visites guidées de l’école et découvertes de plusieurs œuvres. Ainsi, comme le souhaitent ses membres, « cette célébration sera un véritable moment de souvenir, de partage et de joie ».

La journée inaugurale de ces festivités sera agrémentée par la projection du documentaire « Rendez-vous de juillet » réalisé par Jacques Becker. Le film s’intéresse particulièrement au triomphe médiatique qui accompagne le retour des explorateurs-ethnologues de l’expédition Ogooué-Congo, suite à leur mission au Congo. Ces jeunes gens sont à l’image d’une génération qui veut tourner la page des années noires de l’occupation et de la barbarie nazie. Néanmoins, le film ne parle que d’ethnologie, il passe aussi au peigne fin le jazz, la poésie, l’existentialisme, la liberté, la soif et la découverte d’autres mondes.

2- Quelques toiles exposées à l’Ecole de peinture de Poto-Poto/DR

Par ailleurs, pour célébrer les 70 ans de l’Ecole de peinture de Poto-Poto, l’IFC a choisi de mettre en valeur les artistes évoluant au sein de cet espace à travers un documentaire de 26 min qui sera réalisé par Sapouley Nkodia, projeté en exclusivité le 22 juin à l’IFC en fin d’après-midi.

Dans un élan de perpétuer le savoir-faire dont regorge l’Ecole de peinture de Poto-Poto, vingt cours d’une durée d’un mois seront offerts à plusieurs jeunes peintres en herbe, au sein de cet établissement culturel.

Notons que, malgré le temps qui passe, l’Ecole de peinture de Poto-Poto continue d’offrir au public un large panorama de la culture congolaise. Dans ce centre d’art, on découvre et on contemple l’art traditionnel africain, et plus particulièrement congolais dans toute sa splendeur et sa grandeur.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

«Petit traité sur le racisme»: le racisme dans l’œil de Dany Laferrière

juin 15, 2021

Un an après le meurtre de George Floyd et la recrudescence du mouvement Black Lives Matter, Dany Laferrière publie Petit traité sur le racisme, un essai littéraire – ou «triste bouquin», comme il le qualifie lui-même – qui explore cet enjeu complexe.

Dany Laferrière

© Fournis par Journal Métro Dany Laferrière

En plusieurs courtes vignettes, il pose son regard d’écrivain sur le racisme. Son ouvrage a une grande portée pédagogique, faisant (re)découvrir aux lecteurs plusieurs personnalités culturelles et historiques incontournables allant de Harriet Tubman à Tupac Shakur.

L’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer et de L’énigme du retour revisite l’histoire raciale des États-Unis, rappelant les injustices d’hier d’aujourd’hui, dont les trop nombreuses bavures policières.

Dans Petit traité sur le racisme, il est question des «douleurs fantômes» de l’esclavage, de dynamiques de pouvoir, de la «culpabilité judéo-chrétienne d’une minorité de Blancs», de l’importance de la représentation, du souffle de Miles Davis et des chansons «gorgées de larmes» de Bessie Smith.

Entrevue à partir d’extraits de son ouvrage.

«Je suis conscient de marcher sur une étroite bande au-dessus du vide.» Pourquoi avez-vous pris le pari risqué d’écrire sur un sujet aussi sensible que le racisme?

Oh, c’est un peu une ruse de narration qui sait que le lecteur aime bien assister à la corrida. Mais je sais aussi combien c’est un sujet sensible. On évite ces jours-ci de le prendre à main nue pour ne pas recevoir une trop forte charge électrique. Durant toute ma vie d’écrivain, j’ai toujours affiché un goût pour le risque. J’ai été le premier au Québec, à l’aborder frontalement avec mon premier roman, et cela il y a 35 ans. 

«On doit encore comprendre que le mot Noir ne renferme pas tous les Noirs, de même que le mot Blanc ne contient pas tous les Blancs. Ce n’est qu’avec les nuances qu’on peut avancer sur un terrain si miné.» Trouvez-vous que la plupart des discours sur le racisme manquent de nuance?

On peut comprendre aussi que le discours militant manque de nuances, car le militant estime que s’il entre dans l’arène c’est parce que toutes les règles ont été foulées au pied depuis longtemps. De l’autre côté, on croit que les Noirs ont franchi depuis longtemps aussi les limites tracées. Les Noirs répliquent, avec raison, qu’ils ont les mêmes droits que n’importe qui d’autre, et qu’en ce sens que l’État devrait lui accorder «une égale protection», comme c’est écrit dans la Constitution. En tant qu’écrivain je peux prendre une distance pour rappeler l’Histoire, et aussi élargir le discours vers une direction plus philosophique. Je rappelle que si on lit le livre on verra que ce ton plus nuancé ne m’empêche pas d’avoir une position claire.

«Je tricote ce triste bouquin pour dire deux ou trois choses de cette histoire du racisme.» Vous êtes régulièrement invité à commenter ce sujet dans les médias, où on offre rarement de la perspective. Comment l’écriture de ce livre a-t-elle fait évoluer votre réflexion sur la question?

Je ne commente pas régulièrement ce sujet, je peux dire que j’interviens dans ce genre de débat une fois sur 50. Pourtant on me sollicite sans cesse, et je refuse presque toujours. On me le reproche d’ailleurs. Ces derniers mois, j’étais plus présent, mais quand j’ai vu que je n’arrivais pas à glisser les nuances nécessaires dans une chronique, j’ai pris le parti d’écrire un livre où j’ai de l’espace et une plus grande marge de réflexion. Je suis plus à l’aise à écrire des livres où il faut à la fois avoir une certaine vision du sujet, un sens du rythme, de la musique, il faut pouvoir aussi mesurer l’émotion pour ne pas trop envahir le lecteur. Sur un parcours plus bref, comme le commentaire, on est attiré plus souvent par le cri du cœur, qui entraîne avec lui des bruits divers.

«Quand une femme dit NON / vous devez arrêter / quand un NOIR dit / «J’étouffe» / vous devez arrêter aussi.» Selon vous, y aura-t-il un avant et un après George Floyd, comme il y a eu un avant et un après Harvey Weinstein?

J’ai vu trop d’événements dans ma vie pour émettre de tels jugements. Ce genre de formule ne veut rien dire. C’est peut-être la raison profonde qui m’a poussé à écrire ce livre. La vie collective ne sera jamais à la merci d’un seul événement. J’ai l’habitude de dire qu’il y a eu tant d’événements tragiques durant ces siècles d’esclavages et de racisme, il a fallu qu’une femme fatiguée refuse de céder sa place dans un autobus pour déclencher le plus grand mouvement de protestations du XXe siècle, après le mouvement de Gandhi en Inde. Cela débouchera sur la lutte menée par Martin Luther King pour la pleine jouissance des droits civiques des Noirs aux États-Unis.

À propos du premier film de Spike Lee, She’s Gotta Have It, vous écrivez : «On est passé si près de tordre le cou à cette bêtise qui impose à l’artiste noir de ne parler que de sa condition raciale.» En tant qu’artiste noir, sentez-vous une pression de devoir intervenir sur cet enjeu?

Justement, je n’ai jamais été un artiste noir. Je n’ai jamais entendu un Haïtien dire à Port-au-Prince qu’il est un peintre ou un poète noir, cette question n’arrive que quand on est en présence d’un Blanc. Si on ne veut pas être un Blanc il faut effacer la condition noire, et cela, seule la majorité peut le faire en imposant la notion de citoyenneté dans sa pleine fonction. C’est l’ultime point de cette lutte.

«Je voudrais remettre de la chair et de la douleur dans cette tragédie qu’est le racisme.» N’est-ce pas le rôle de l’écrivain?

Je le crois. Je n’ai pas esquivé non plus les difficultés d’un tel problème. Ce n’est pas un vague appel consensuel, mais je n’ai pas cherché non plus à éteindre le feu avec de la gazoline. Il nous faut être de tous les côtés responsables, tout en sachant que le KKK n’est pas une organisation d’enfants de chœur, et qu’il y a toujours derrière eux, dans les cérémonies nocturnes, une croix en flammes. Le feu est leur allié, mais l’eau (l’esprit) peut l’éteindre.

Petit traité sur le racisme

Aux éditions du Boréal

En librairie le 15 juin

Par Metro avec Marie-Lise Rousseau

Trois-Rivières(Québec)/Espaces bleus: le Monastère des Ursulines suscite des discussions

juin 15, 2021

L’annonce faite par le gouvernement Legault la semaine dernière de la création des Espaces bleus, ces nouvelles institutions muséales consacrées à la culture québécoise, a suscité plusieurs interrogations tant dans le public que chez les intervenants du monde muséal en région. La plus importante est sans doute de savoir à quel endroit le ministère de la Culture et des Communications va établir l’antenne mauricienne de ce réseau.

Le Monastère des Ursulines fait l’objet de beaucoup d’attention maintenant qu’on sait que le gouvernement veut établir de nouvelles institutions muséales, les Espaces bleus, dans chacune des régions de la province.

© Stéphane Lessard Le Monastère des Ursulines fait l’objet de beaucoup d’attention maintenant qu’on sait que le gouvernement veut établir de nouvelles institutions muséales, les Espaces bleus, dans chacune des régions de la province.

Sur les ondes de l’émission Toujours le matin sur Ici Première vendredi dernier, la ministre des Communications et de la Culture Nathalie Roy a indiqué que le gouvernement compte choisir des bâtiments qui sont significatifs dans chaque région pour y installer les nouveaux établissements.

Si elle a affirmé que le choix en Mauricie n’avait pas été fait, l’endroit qui semble retenir l’attention est le Monastère des Ursulines, un immeuble patrimonial hautement symbolique. Les dernières religieuses qui y habitaient l’ont quitté définitivement il y a deux ans, mais l’endroit abrite toujours le Musée des Ursulines ainsi que la chapelle.

Ce qui est certain, c’est que la Ville de Trois-Rivières est très intéressée à conserver et à mettre en valeur ce bâtiment. «Il ne fait aucun doute que pour la Ville, c’est un bâtiment d’une valeur exceptionnelle et on souhaite ardemment sa préservation ainsi que sa mise en valeur, d’indiquer Guillaume Cholette Jeanson, porte-parole de la Ville. Des gens travaillent présentement sur le dossier et plein de pistes sont explorées. Si le gouvernement voulait l’utiliser pour installer un Espace bleu, ce serait une excellente solution pour non seulement maintenir ces bâtiments, mais leur donner une fonction qui demeurerait dans la lignée d’une des vocations des Ursulines : l’éducation.»

Si, pendant un moment, IDÉ Trois-Rivières a été mêlé au dossier, son directeur général Mario de Tilly a indiqué au Nouvelliste que le dossier ne relève plus de l’organisme qu’il dirige. «On va conserver au bâtiment une vocation qui touche aux secteurs correspondants à la mission des Ursulines, soit la santé et l’éducation. En ce qui nous concerne, notre mandat concerne l’industriel et l’innovation technologique. On a été mêlé aux discussions alors qu’on cherchait à quoi il pourrait être utilisé, mais désormais, ça relève de la direction de l’urbanisme.»

À l’heure actuelle, le Monastère appartient toujours aux Ursulines et son sort relève de la maison mère à Québec où il est sous la responsabilité de Soeur Cécile Dionne. «C’est certain que nous sommes un peu préoccupées par ce dossier compte tenu que les résidentes ont quitté le bâtiment il y a maintenant deux ans, a-t-elle fait savoir en entrevue. En attendant de lui trouver une nouvelle vocation, nous en assurons l’entretien.»

«Vous comprendrez qu’un dossier de cette importance fait l’objet de beaucoup de discussions sérieuses avec toutes sortes d’intervenants et ce, depuis plusieurs années. Même bien avant que les dernières résidentes l’aient quitté. C’est un dossier très complexe pour toutes sortes de raisons. Pour l’instant, aucune décision n’a été prise quant à son avenir. Il va sans dire que dès que nous arriverons à une conclusion, les religieuses en seront les premières informées et par la suite, il nous fera grand plaisir de l’annoncer publiquement.»

«Je suis une personne très optimiste de nature et je n’ai pas de doute que nous allons en arriver à une solution qui sera satisfaisante pour tout le monde. Nous savons que la Ville de Trois-Rivières tient beaucoup à ce précieux bâtiment, mais il reste à savoir comment arriver à le conserver et le mettre en valeur en respectant la valeur historique.»

«Pour ce qui est d’une transformation en un Espace bleu, je ne suis nullement informée des secrets du gouvernement. Pour ma part, je me dis que le bâtiment est patrimonial, qu’il est situé sur un site patrimonial reconnu, le vieux Trois-Rivières, alors, il me semble que si un espace mérite d’être mis en valeur par le projet des Espaces bleus, ce serait bien celui-là.»

Par ailleurs, deux institutions muséales trifluviennes pourraient être touchées directement par l’établissement de l’Espace bleu mauricien : le Musée POP, qui s’attache à la promotion de la culture populaire québécoise et le Musée des Ursulines logé dans le Monastère de la congrégation religieuse. Au Musée POP, la directrice générale Valérie Therrien voit comme une bonne nouvelle la venue éventuelle d’un Espace bleu. «Je n’ai aucun détail autre que ce qui a été annoncé en conférence de presse, mais je ne crois pas du tout que ça puisse empiéter sur notre mission.»

«Il faut regarder la chose dans son ensemble et voir que ça va faire l’objet d’une collaboration avec les institutions existantes. Il y a là une volonté de mettre en valeur la culture du Québec et de la région. Le gouvernement semble bien aligné dans ses intentions. On veut que, grâce à ça, il y ait un plus grand accès à la culture et je pense que ça ne peut être que bénéfique.»

«Plus les gens vont être fiers de leur culture, plus ils vont vouloir la connaître et ça va avoir des retombées positives pour nous aussi. Rien de cela ne verra le jour à court terme dans la région mais je vois ce projet comme quelque chose de très positif.»

Au Musée des Ursulines, la directrice générale Josée Grandmont voit aussi la chose d’un bon œil. «Quand on entend ce qu’en dit le gouvernement, on comprend que le Monastère pourrait être considéré au même titre que d’autres endroits parce qu’il répond assurément aux critères présentés. Pour moi, ce ne serait pas une mauvaise nouvelle parce que selon ce qu’on nous dit, ça s’inscrira comme un complément à ce qui existe déjà. On va y parler de l’histoire de la région alors que nous, nous fouillons davantage celle des Ursulines. Il me semble qu’on pourra être pour les Espaces bleus un complément très intéressant.

Avec  François Houde – Le Nouvelliste 

Canada: Une bourse et des prix pour souligner le 10e anniversaire du décès de Jack Layton

juin 15, 2021

OTTAWA — La famille et les amis de Jack Layton lancent le projet «Layton Legacy» pour souligner le dixième anniversaire du décès prématuré du chef du NPD fédéral.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le lancement, mardi, ouvrira officiellement les candidatures pour une nouvelle bourse universitaire et deux nouveaux prix qui seront décernés au nom de M. Layton.

Il sera suivi d’une célébration virtuelle à l’échelle nationale de la vie de Jack Layton le 22 août, dixième anniversaire de sa mort.

L’événement est organisé avec l’aide du musicien Steven Page, ancien chanteur de Barenaked Ladies.

Jack Layton avait mené le NPD à son meilleur résultat aux élections fédérales de 2011, balayant le Québec pour faire passer le parti de son habituelle troisième ou quatrième place au statut d’opposition officielle.

Un peu plus d’un an après cette percée électorale historique, M. Layton, qui avait déjà lutté contre le cancer de la prostate, est décédé après avoir reçu un nouveau diagnostic de cancer.

Dans une lettre ouverte écrite deux jours avant sa mort, M. Layton a exhorté les Canadiens à se rappeler que «l’amour vaut mieux que la colère. L’espoir vaut mieux que la peur. L’optimisme vaut mieux que le désespoir. Alors, soyons aimants, pleins d’espoir et optimistes. Et nous changerons le monde.»

M. Layton a été professeur d’université avant de se lancer en politique, d’abord au niveau municipal. La nouvelle bourse Layton est ainsi établie «en mémoire du travail passionné de Jack avec les étudiants», indique un communiqué.

Le projet inclut également un prix de leadership autochtone pour soutenir les militants autochtones «qui sont de puissants acteurs du changement» et un prix d’activisme pour honorer les groupes qui illustrent «la croyance de Jack en notre force collective à s’organiser pour un changement transformateur».

Avec La Presse Canadienne

Sénégal : sur les routes de l’islam, des femmes veillent

juin 13, 2021

REPORTAGE. Contre la religion qui déborde sur le politique, des Sénégalaises résistent. Elles refusent l’assignation des islamistes, qui avancent masqués.

La religion musulmane, majoritaire au Sénégal, structure la société et intervient dans les domaines aussi bien privés que publics. Dans un tel environnement où un certain islam se mêle de plus en plus de politique, il est des femmes qui se lèvent et font entendre leurs voix pour contenir le conservatisme religieux qui gagne le pays. Parmi elles, la Docteure Selly Ba, sociologue, spécialiste du genre et de la religion, Penda Mbow, historienne et intellectuelle, actuellement représentante du président Macky Sall auprès de la Francophonie, et Maïmouna Thior, doctorante en sociologie à l’université de Rennes et spécialiste des questions de transformation identitaire des Sénégalaises.

Un conservatisme religieux qui progresse

« La conscience collective sénégalaise est régie par l’islam », annonce d’emblée la Docteure Selly Ba. Dans ce pays à 95 % musulman, l’islam soufi, imprégné de particularismes locaux, est un pilier. Selon la sociologue, le retour en force de la religion dans la société sénégalaise et son virage conservateur se sont opérés à partir des années 1980, dans la dynamique, entre autres, de la révolution islamique iranienne. Aujourd’hui, il convient de constater que, bien que minoritaires, les islamistes, à travers la lecture qu’ils font du Coran et de la religion, sont en train de modifier doucement et en profondeur le pays. Un phénomène de réislamisation de la société prend forme. Celui-ci se traduit par une approche plus conservatrice des questions sociétales de plus en plus approchées et débattues à l’aune de la religion. « Les religieux rigoristes rassemblent sur des sujets qui font consensus. Et pour mieux obtenir une large adhésion, ils impliquent les chefs religieux », souligne l’historienne Penda Mbow. « C’est une manipulation pour mieux contrôler la société qui fait que nous n’échappons pas au phénomène de montée des conservatismes et du populisme », poursuit-elle.

Un espace de débat de plus en plus fermé

« Je suis musulmane mais aussi africaine. Nous n’avons pas besoin d’importer le code vestimentaire des Saoudiennes, ni celui de l’Occident. Nous devons garder notre identité propre et ne pas renoncer à ce que nous sommes », indique Penda Mbow, qui n’hésite pas à vanter les foulards colorés portés par les Sénégalaises des générations précédentes. Dans ce contexte, toute approche critique de la religion est rejetée. « Les gens ne savent pas distinguer la foi (l’intime) de la démarche intellectuelle. Les deux ne sont pourtant pas contradictoires car le doute est permis dans l’islam », s’attriste la Professeure Penda Mbow. Pour Maïmouna Thior, « la discussion doit être possible dans la religion, le débat aussi, mais cela n’est pas le cas au Sénégal ». « On a peur d’être rejeté et que notre “sénégalité” soit interrogée », soupire-t-elle, coincée qu’elle est entre la pratique sénégalaise et son rapport personnel à la religion.

De manière convergente, ces trois femmes sont critiques face aux exégèses des textes religieux telles qu’on les voit actuellement. « Les sourates du Coran sont coupées de leur essence car beaucoup se limitent aux parties qui les arrangent », indique Selly Ba. « Et le contexte n’est pas pris en compte alors qu’il est essentiel ! », précise-t-elle. Le contexte, voilà qui conduit à poser un autre regard sur l’arabisation de la société et de l’islam au Sénégal.

Une arabisation en expansion

Cela commence par les nouvelles sonorités données aux prénoms sénégalais pourtant en majorité inspirés du Coran. Celles-ci sont plus arabisantes au détriment de leur déclinaison locale observée jusque-là. Parallèlement, d’autres manières de pratiquer la religion se font de plus en plus jour. Le fait que beaucoup de jeunes, via des bourses, partent étudier dans des pays arabes comme l’Arabie saoudite y est pour quelque chose. Le hic, c’est qu’ils reviennent avec une vision salafiste, rigoriste de ces contrées. Puisqu’à leur retour, ils se retrouvent souvent exclus du monde du travail sénégalais dominé par ceux qui sont allés étudier dans les pays occidentaux, ils sont fragilisés. Résultat : ils ont tendance à se regrouper et à construire leur univers largement inspiré de ce qu’ils ont vu dans les pays qui les avaient reçus pour leurs études.

Pour la sociologue Selly Ba, « les sourates du Coran sont coupées de leur essence car beaucoup se limitent aux parties qui les arrangent ».© DR

« En répondant au manque de politique pour les jeunes et en leur donnant un statut, les organisations islamistes gagnent en influence », dit Selly Ba, qui rappelle que, bien que minoritaires, certains souhaitent l’instauration d’une république islamique dans le pays en opposition avec l’actuelle république laïque.

Une laïcité défiée

Il faut dire que le contexte n’est pas des plus faciles pour la laïcité à la sénégalaise. « La laïcité à la sénégalaise peut laisser perplexe car il n’y a pas de sécularisation à proprement parler dans le pays », indique la jeune doctorante Maïmouna Thior, qui fait le constat que « la mainmise du religieux est réelle ». Elle en veut pour preuve la pratique des « ndigël » par laquelle les guides religieux donnent des conseils qui s’apparentent à des consignes à leurs disciples. Cela peut intervenir dans des actes civils, mais aussi dans des actes civiques tels que le vote lors d’élections, ce qui amène à s’interroger sur l’influence du religieux sur le politique. Cela se ressent par exemple sur une réalité concrète que détaille Selly Ba : « L’impossibilité de faire passer un vote à l’Assemblée nationale sur les problématiques de genre. » Autrement dit, l’influence du religieux (chrétien et musulman) est telle qu’elle détermine certains ordres du jour à la représentation nationale.

En janvier 2000, l’ancien président Abdoulaye Wade avait ainsi proposé de supprimer la laïcité de la Constitution. Le projet a finalement été abandonné mais il montre combien le sujet est prégnant. « Il y a eu une forte résistance face à ce projet politique des islamistes qui remettait en cause toutes les avancées entre l’année 1960 et 1970 », indique Penda Mbow, universitaire au parcours professionnel prestigieux, maintes fois récompensée pour ses engagements. Et d’ajouter : « Mais je ne suis plus sûre que beaucoup résistent encore. Il y a un recul dans le débat intellectuel et sur les droits de l’homme. Plus personne n’a le courage d’aborder le sujet de la religion. » De son côté, Selly Ba avance que « les problèmes de gouvernance sont le terreau de la radicalisation ». « La justice étant malmenée sur le continent, certains voient dans l’application de la loi islamique, c’est-à-dire la charia, un moyen de faire respecter les droits humains par une gestion équitable », poursuit-elle.

Un féminisme perçu comme perturbateur des normes traditionalistes

Autre point : dans la lecture rigoriste des textes islamiques, la légitimité des femmes dans leur prise en main du religieux est remise en cause. Penda Mbow en sait quelque chose, elle qui en a fait les frais dans les années 90 du fait de ses prises de position contre les islamistes. « J’ai reçu plusieurs menaces de mort », dit-elle. « J’étais perçue comme dangereuse pour eux car, à l’inverse de beaucoup de femmes, je les contrecarrais. Il faut dire que j’ai étudié la religion aussi, s’ils voulaient me faire taire, ils n’ont jamais réussi à me déstabiliser. » Et d’ajouter d’une voix assurée : « J’ai mes convictions et mon savoir. » Pour Penda Mbow, il est vraiment important d’étudier la religion. « C’est la clé pour déconstruire la réécriture de la religion par certains », poursuit-elle.

« Le prophète Mahomet (PSL) avait une approche féministe : la femme était associée à la gestion politique, économique et sociale de la société », ajoute Selly Ba. « La tradition a pris la place sur la connaissance et les interprétations ont été faites au travers de lunettes culturelles et d’une vision patriarcale. La domination masculine se fait en confisquant l’usage de la religion aux femmes », appuie-t-elle. Dans son ouvrage Islam et radicalisation au Sénégal : la prédication féminine, une réponse*, la sociologue démontre qu’à partir des années 90, les religieux ont invité des femmes à s’exprimer mais toujours sous contrôle : « Ces prédicatrices enseignent dans les écoles religieuses ou sur les plateaux de télévision. Elles sont tolérées car elles sont des instruments de communication diffusant le discours dominant », indique-t-elle.

Quant à Penda Mbow, elle ne voit pas d’antinomie entre religion musulmane et féminisme. « Au contraire, l’islam me libère en me donnant la force morale et intellectuelle d’être indépendante des hommes en religion. Il m’aide à définir un projet de société où femme et homme ont les mêmes droits », dit-elle. De fait, l’ancienne ministre de la Culture, « profondément croyante et profondément culturelle », appelle à une meilleure cohabitation entre la religion et les traditions africaines. « La civilisation africaine est fondée sur le matriarcat et le système matrilinéaire. Les Africaines doivent revendiquer leur vision du monde et se défaire des fonds d’acculturation qui les dominent », conclut-elle.

Avec Le Point par notre correspondante à Dakar, Clémence Cluzel

Comment le Québec veut peser en Afrique

juin 13, 2021
Fresque géante, à Montréal, en hommage à Jackie Robinson, premier joueur noir à avoir évolué dans la ligue professionnelle nord-américaine de base-ball, de 1947 à 1956.

Après une année 2020 grippée par le virus, la diplomatie québécoise entend bien être présente à son rendez-vous avec l’Afrique à Djerba. De la présentation de sa stratégie à sa présence au Sommet de l’OIF, elle aura l’occasion de préciser son attachement au continent.

L’année 2021 sera-t-elle celle du passage à l’acte pour le Québec ? Pour cause de pandémie mondiale, les principaux rendez-vous fixés l’an dernier au continent par la diplomatie québécoise n’ont pu avoir lieu. Annoncée mi-2019, la première stratégie africaine depuis longtemps d’un gouvernement québécois est encore dans les cartons du ministère des Relations internationales et le XVIIIe Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), porte-voix sans égal de la province sur la scène extérieure, notamment en direction des pays du continent, a été décalé d’un an pour être reporté à la fin de cette année.

Malgré les aléas du calendrier, le Québec ne pourrait avoir finalement perdu que quelques mois sur son agenda si, comme l’affirme Nadine Girault, la ministre des Relations internationales, la vision africaine québécoise est bien « officiellement lancée au prochain trimestre ». Quelques semaines seulement avant les retrouvailles francophones de Djerba, ce pourrait être une belle occasion pour François Legault, Premier ministre depuis 2018, et son équipe, de « sortir du discours pour montrer concrètement comment il compte engager le Québec auprès de l’Afrique », s’impatiente un fin connaisseur de la diplomatie locale.

Faire entendre sa différence

Bien sûr, cette dernière ne peut opérer que dans les limites imposées par Ottawa, qui garde la haute main sur les relations extérieures de l’ensemble de la fédération canadienne, « mais elle a su faire preuve par le passé de suffisamment d’initiative pour s’en démarquer, notamment en direction du monde francophone », reprend notre expert. Surtout que domine le sentiment d’une certaine négligence du gouvernement canadien à l’égard de l’Afrique depuis l’éviction de Michaëlle Jean du secrétariat général de l’OIF au début de 2019. « Le Canada n’a d’ailleurs pas pu compter sur le soutien des pays africains pour se faire élire au Conseil de sécurité de l’ONU l’année dernière », rappelle notre observateur. Le Québec a donc tout intérêt à profiter des occasions qui se présentent pour faire entendre sa différence.

La province ne dispose évidemment pas de réseaux diplomatiques et d’affaires aussi denses que l’État fédéral. Mais avec 33 bureaux dans 18 pays, dont un certain nombre de délégations générales qui font office de quasi ambassades, elle a tissé sa toile à travers le monde comme seuls quelques Länder allemands ont su le faire. Et le Québec compte poursuivre son effort de représentation à l’étranger, comme semble le confirmer l’augmentation de 5 % du budget général affecté au ministère des Relations internationales en 2020. En Afrique, la province s’appuie sur deux délégations, à Rabat et Dakar, ainsi que sur un bureau à Abidjan. « Leurs missions restent essentiellement économiques », confirme un représentant du ministère.

L’OIF REPRÉSENTE LE PRINCIPAL OUTIL DE LA PROVINCE POUR « EXERCER SON INFLUENCE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE »

L’étendue de leurs mandats est néanmoins suffisamment large pour les autoriser à relayer les différents aspects du soft power québécois sur le continent, en matière de politique migratoire et culturelle ainsi que d’accès à l’enseignement. « Avec nos actions de solidarité internationale, ce réseau de représentations renforce notre positionnement en Afrique », estime Nadine Girault. Qui, pour compléter le trépied permettant de maintenir l’équilibre, cite « l’appartenance du Québec à la Francophonie ». L’OIF représente en effet le principal outil multilatéral dont dispose la province pour « exercer son influence sur la scène internationale », selon les propos de la ministre. Elle s’adresse directement à une audience équivalant à un tiers des membres des Nations unies, ce qui lui permet de tisser des relations bilatérales avec de nombreux pays, en particulier sur le continent.

De l’avis de certains responsables canadiens et québécois, l’OIF devrait pourtant rester concentrée sur les pays francophones, le français étant perçu comme le ciment de l’organisation. Pour ses bailleurs d’outre-Atlantique, la Francophonie doit se recentrer sur ses missions de base – comme le souhaite également le président français, Emmanuel Macron –, et ses pays membres veiller à la bonne gestion financière et administrative de son organisation. Ce qui n’empêche pas l’OIF de chercher à étendre son spectre à des missions plus politiques – observation de processus électoraux, respect de la vie démocratique… sous l’impulsion de Louise Mushikiwabo, sa secrétaire générale. Et sur ce point, là encore, Canadiens et Québécois marquent la même hésitation à voir l’organisation franchir le pas, sans s’y opposer vraiment non plus. Une absence de clarté dans le positionnement qui, du côté québécois, pourrait justement trouver quelques éléments de réponse dans la stratégie africaine à venir. À moins que cette vision ne souligne justement les limites mêmes du périmètre de la diplomatie provinciale en politique extérieure. Montréal pourra toujours se retrancher derrière Ottawa pour masquer un éventuel manque d’ambition en la matière.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Espérance, la Boréale des tropiques : « des saveurs tropicales à la poutine boréale »

juin 10, 2021

Espérance, la Boréale des tropiques, est un titre alléchant et entraînant parmi tant d’autres que l’on trouve dans les rayons des librairies françaises et parisiennes, publié chez Essor-Livres-Éditeur: 86 pages. Cette belle œuvre de l’esprit figure aussi dans le magazine : Les Libraires.fr mais également dans le bimestriel Les Libraires.ca d’avril et mai 2021, numéro124, page 44.

Dans ce beau livre né au cœur du printemps avec les couleurs boréales qui attirent le lecteur puis éclairent l’esprit, les personnages de la trame, si attachants et si révoltants, séduisent, tout au long de l’intrigue, par les beaux rôles selon leur rang social. Ils tiennent, en alerte, le fil de la narration injectant, par endroits, des doses d’attention.

Fleurons de chaque paragraphe, ces personnages phares Esther et Issa puis Hawa et Martin mais également Espérance, qui orchestrent la soudure des épisodes, aux antipodes – des machinations et des manipulations voire de la réconciliation de cette nouvelle création littéraire, nous donnent la soif de les découvrir afin d’aimer l’autofiction, de son auteure, d’origine congolaise : Eugere Hodri Mountali.

Espérance, la Boréale des tropiques est une addition des faits sociaux épiques et typiques, dont la somme qui en résulte, fait sourire et réfléchir.

Eugere Hodri Mountali, nous offre un beau livre aux saveurs tropicales, qui se termine avec la poutine boréale.

https://distribulivre.com/boutique/fr/eugere-hodri-mountali/esperance-la-boreale-des-tropiques-eugere-hodri-mountali-p1539/

Bernard NKOUNKOU