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Prix des cinq continents : le lauréat sera connu l’année prochaine

septembre 28, 2022

La sélection des dix ouvrages finalistes représentant huit pays a eu lieu au cours d’une réunion tenue en visio-conférence par les représentants des six Comités de lecture du Prix des cinq continents, la semaine dernière. La désignation du lauréat aura lieu en janvier 2023.

1 – Les dix ouvrages sélectionnés / Adiac

Créé en 2001 par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Prix des cinq continents récompense chaque année un texte de fiction narratif (roman, récit et recueil de nouvelles) original. Pour cette vingt-et-unième édition, dix ouvrages ont été sélectionnés sur les cent quatre-vingt-huit proposés par les comités de lecture constitués, entre autres, de l’Association Passa Porta (Fédération Wallonie-Bruxelles), l’Association des écrivains du Sénégal (Sénégal), l’Association du Prix du jeune écrivain de langue française (France), l’Association Culture Elongo (Congo).

Il s’agit de « Noces de coton » d’Edem Awumey (Togo-Canada-Québec) et « Enlève la nuit » de Monique Proulx (Canada-Québec), Ed. du Boréal (Canada-Québec) ; « Le silence des dieux » de Yahia Belaskri (Algérie-France), Ed. Zulma (France) ; « L’agneau des neiges » de Dimitri Bortnikov (France-Russie), Ed. Rivages (France) ; « La voleuse » de Daria Colonna (Canada-Québec), Ed. Poètes de brousse (Canada-Québec) ; « Les ombres filantes » de Christian Guay-Poliquin (Canada-Québec), Ed. La peuplade (Canada-Québec) ; « Moïse » de Casa de Driss Jaydane (Maroc), Ed. Les Avrils (France) ; « Gens du nord » de Perrine Leblanc (Canada-Québec), Ed. Gallimard (France) ; « Les Aquatiques » d’Osvalde Lewat (France-Cameroun), Ed. Les Escales (France) ; « Saharienne Indigo » de Tierno Monenembo (Guinée-Conakry), Ed. du Seuil (France).

De l’avis des comités, cette sélection se distingue par la présence de personnages nomades, déterminés, attachants, en quête de mondes meilleurs. Par-delà la diversité et la rudesse des époques et des territoires, elle témoigne d’une aventure humaine en constante résonance avec les langues, l’altérité et l’histoire.

Le jury international, présidé par l’écrivaine franco-égyptienne, Paula Jacques, désignera le lauréat en janvier prochain. La remise du Prix se fera durant le mois de mars 2023, en marge de la Journée internationale de la Francophonie. L’OIF assurera ensuite sa promotion sur la scène littéraire internationale durant une année entière.

Un prix qui met en lumière des talents littéraires

Doté d’un montant de quinze mille euros, pour le lauréat, et de cinq mille euros pour la mention spéciale du jury, le prix met en lumière des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les cinq continents et de les promouvoir sur la scène internationale.

A l’image de la diversité de l’espace francophone, le jury du Prix des cinq continents est composé de quinze écrivains représentant la pluralité des imaginaires de la Francophonie.  Lise Bissonnette (Canada-Québec), Paula Jacques, Vénus Khoury-Ghata (Liban), Liliana Lazar (Roumanie), Wilfried N’Sondé (Congo-France), Lyonel Trouillot (Haïti), Abdourahman Waberi (Djibouti) font partie de ces écrivains.

Pour rappel, le lauréat 2021 du Prix des cinq continents est le Palestinien Karim Kattan, pour son roman « Le palais des deux collines », Ed. Elyzad et le lauréat de la mention spéciale du jury est le Franco-Vénézuélien-Chilien, Miguel Bonnefoy, pour son roman « Héritage », Ed. Rivages. Notons que l’OIF compte quatre-vingt-huit États et gouvernements, cinquante-quatre membres, sept membres associés et vingt-sept observateurs.

2- Le logo de l’OIF / DR

Avec Adiac-Congo par Bruno Okokana

Littérature: Mariette Navarro reçoit le Prix Senghor 2022 du premier roman francophone

septembre 26, 2022

Le prix de la 17e édition Senghor du premier roman francophone a été attribué, le 20 septembre, à Mariette Navarro, pour « Ultramarins«  (Quidam, 2021). La cérémonie de remise officielle se tiendra à la brasserie La Rhumerie, à Paris, le 28 septembre.

Mariette Navarro

Mariette Navarro

Depuis le 20 septembre dernier, le lauréat du Prix Senghor est connu. À la majorité des voix, le jury, réuni à Paris, l’a attribué à la dramaturge, poétesse et primo-romancière Mariette Navarro pour son premier roman « Ultramarins »  publié par Quidam éditeur.

Ce prix est doté de 1000 euros. Outre l’hommage au célèbre poète-président sénégalais, cette distinction récompense des primo-romanciers, d’expression française, dont les œuvres sont jugées de « beauté et de qualité ».

Également en compétition, Philippe Marczewski, pour « Un corps tropical » Ed. Inculte (Belgique), a obtenu le Prix de la Mention spéciale du jury. Tandis que Doan Bui s’est vu distinguer par le Prix Mention du jury pour son roman « La Tour » Ed. Grasset (Vietnam-France).

L’histoire de « Ultramarins » se passe à bord d’un cargo qui traverse l’Atlantique où l’équipage décide un jour, après l’accord inattendu de la commandante de bord, de s’offrir une baignade en pleine mer, totalement gratuite et clandestine. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine toute la suite du voyage.

D’un côté, il y a le groupe des marins – personnage pluriel aux visages et aux voix multiples – et de l’autre la commandante, peu sujette aux écarts de parcours. Tous partagent soudain leur difficulté à retrouver leurs repères et à reprendre le voyage tel qu’il était prévu. Du simple voyage commercial, on glisse dans l’aventure. N’y a-t-il pas un marin de plus lorsque tous remontent à bord ? Le bateau n’est-il pas en train de prendre son indépendance?

L’auteure explique: «L’écriture de ce texte est née d’une résidence en cargo à l’été 2012, mais il ne s’agit pas ici de faire le récit de ce voyage ni de tenir un journal de bord. J’ai plutôt essayé, dans les années qui ont suivi, de refaire ce voyage de façon littéraire et subjective, en cherchant la forme d’écriture propre à cette expérience, au trouble physique qu’on peut ressentir sur la mer. Le roman m’a permis d’aller explorer les profondeurs de cette « désorientation » physique et intime. La commandante ne plonge pas avec ses marins, pourtant, elle perd pied tout autant qu’eux au cours de la journée qui suit, et découvre des dimensions insoupçonnées au bateau qu’elle croyait commander.»

Mariette Navarro, déjà récompensée cette année lors du Livre à Metz par le Prix Frontières-Léonora Miano, est née en 1980. Elle est dramaturge et intervient dans les écoles supérieures d’art dramatique. Depuis 2016, elle est directrice, avec Emmanuel Echivard, de la collection Grands Fonds des éditions Cheyne, où elle est l’auteure de « Alors Carcasse » (2011, prix Robert Walser 2012), « Les chemins contraires » (2016). Et chez Quartett, de 2011 à 2020, des pièces de théâtre « Nous les vagues »,« Les célébrations », « Prodiges », « Les Feux de poitrine », « Zone à Etendre », « Les Hérétiques », « Désordres imaginaires ».

Membres du jury international du Prix Senghor

Président d’honneur : Pierre Vanderstappen, responsable littéraire au Centre Wallonie-Bruxelles (CWB) Paris ;

Lise Gauvin: auteure, essayiste et chercheure en littérature francophone (Québec) ;

Isabelle Colin: conservatrice au Réseau des bibliothèques de la ville de Paris ;

Caroline Moulin-Schwartz: bloggeuse littéraire et responsable cyber sécurité ;

Élisabeth Lesne: éditrice, ex-responsable du prix littéraire de la Porte dorée ;

Tchisseka Lobelt: directrice du livre et lecture Guyane, journaliste (Guyane) ;

Anne-Isabelle Tremblay: bibliothèque universitaire Gaston-Miron – Etudes québécoises (Paris 3 Sorbonne) ;

Sonia Dechamps: journaliste, directrice de collection, co-directrice artistique du festival internationale de la bande dessinée d’Angoulême ;

Dominique Loubao: ingénieure Interculturelle, responsable du Prix Senghor ;

Eugène Fresnel: professeur de littérature française ;

Nicolas Forest: bibliothécaire à la bibliothèque Landowski (Boulogne-Billancourt).

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

La francophonie, voie d’avenir pour une science forte et solidaire

septembre 24, 2022

Selon un collectif d’acteurs scientifiques et politiques, il est urgent d’investir le terrain de la recherche en français pour influer sur les pratiques internationales. Et ce, afin de faire enfin entendre les vrais besoins des pays africains.

Site de la future usine de production de vaccins de BioNtech et de l’Institut Pasteur de Dakar à Diamniadio, en février 2022. © Bernd Von Jutrczenka/dpa/ZUMA/REA

Tous les décideurs dans le monde ne tirent pas les mêmes bénéfices des connaissances scientifiques. En effet, notre localisation sur le globe, notre maîtrise des langues ou encore la solidité de nos réseaux de recherche influencent largement notre accès à une information scientifique de qualité, dans des délais compatibles avec la prise de décision politique. Ces inégalités sont complexes, et elles prennent racine, entre autres, dans la façon dont l’activité scientifique s’est mondialisée dans les dernières décennies.

Déséquilibre

La coopération internationale accélère de manière impressionnante l’avancement des connaissances, que ce soit en physique des particules, dans l’exploration spatiale ou pour la production d’un vaccin antiviral en moins de dix-huit mois. Cependant, les modèles de collaboration, qui s’appuient principalement sur la contribution financière des États ou sur le potentiel économique des découvertes dans une logique de partenariat public-privé, désavantagent les pays aux revenus les moins élevés.

Selon l’Unesco, en 2018, alors que les pays à hauts revenus ont dépensé 890 dollars par personne dans la recherche et le développement, ceux du continent n’ont contribué qu’à hauteur de 26 dollars par personne. Conséquemment, ils deviennent tributaires d’intérêts de recherche extérieurs, et rencontrent alors des difficultés à promouvoir leur propre agenda, ainsi qu’à pérenniser des financements structurants au bénéfice de leurs populations.

La solution la plus évidente pour pallier ce déséquilibre est d’augmenter l’investissement africain en recherche et développement, en visant la cible de 1 % du PIB national sur le continent, fixée par les membres de l’Union africaine. C’est une condition nécessaire, mais non suffisante. Les pays africains doivent aussi prendre un leadership dans les grands consortiums de recherche internationaux afin d’influencer réellement les orientations de travail au regard des réalités du continent. Nous devons laisser de côté les principes de gouvernance basés sur les contributions financières au profit d’une logique basée sur la solidarité entre pays, si nous voulons résoudre les défis mondiaux d’aujourd’hui, et mieux nous préparer à ceux qui se présenteront demain.

S’ouvrir à une recherche libre et accessible

À cet égard, la solidarité francophone offre une occasion unique de changer la donne, d’autant plus que l’espace francophone est en pleine mutation.  Près de 60 % des 321 millions de locuteurs francophones résident en Afrique et dans l’océan Indien, au sein d’une population très jeune. D’ici à 2050, nous serons potentiellement plus de 700 millions à parler français, dont 85 % sur le continent. Dans ce contexte, l’Afrique exerce une influence décomplexée au sein de grandes instances telles que l’Organisation internationale de la Francophonie, sous l’égide de secrétaires généraux comme Abdou Diouf ou Louise Mushikiwabo.

La communauté scientifique doit saisir cette occasion unique de pratiquer et de publier la science en français, d’influencer les pratiques internationales et de s’ouvrir à une recherche libre et accessible à tous en rejoignant des initiatives telles que le Plan S, la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (Dora) ou la Recommandation de l’Unesco sur une science ouverte. C’est dans cette optique que sera lancé dans les mois qui viennent le Réseau francophone international en conseil scientifique, afin que les connaissances produites à l’échelle locale, régionale et mondiale soient utilisables et utilisées par les grands décideurs du continent, pour bâtir l’Afrique et le monde de demain.

Par Jeune Afrique


Les signataires

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec et président de l’INGSA (Réseau international en conseil scientifique gouvernemental)

Lassina Zerbo, président de la Commission de l’énergie atomique du Rwanda, président du Comité d’orientation du Réseau francophone international en conseil scientifique et ancien secrétaire exécutif de l’Organisation du traité d’interdiction complet des essais nucléaires

Damien Cesselin, secrétaire général administratif de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique et président du Conseil scientifique Covid-19 de France

Abdoulaye Gounou, directeur général adjoint de l’Évaluation des politiques publiques et de l’Observatoire du changement social au ministère du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale du Bénin

Francine Ntoumi, présidente de la Fondation congolaise pour la recherche médicale

Coumba Thiandoume, directrice de la promotion de la culture scientifique, ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du Sénégal

Décès de Renaud de Rochebrune : de la guerre d’Algérie au cinéma africain, vies et passions d’un journaliste

septembre 24, 2022

Notre collaborateur Renaud de Rochebrune, dont les lecteurs de Jeune Afrique et de La Revue connaissent bien la signature, est brutalement décédé le 22 septembre à l’âge de 75 ans. Depuis les années 1970 et en parallèle de ses carrières d’auteur et d’éditeur, il n’avait jamais cessé de collaborer avec les publications du groupe.

Renaud de Rochebrune, auteur, éditeur, journaliste, critique de cinéma et ami de toujours de Béchir Ben Yahmed, le fondateur de Jeune Afrique, était né en 1947 © DR

« Et vous Renaud, qu’en pensez-vous ? » C’était une sorte de rituel, à Jeune Afrique comme à La Revue. Lorsqu’un grand sujet était débattu en conférence de rédaction, quand les avis s’opposaient, que les interprétations divergeaient, Béchir Ben Yahmed (décédé en 2021) aimait, souvent, se tourner vers Renaud de Rochebrune. Entré à Jeune Afrique dans les années 1970 après avoir commencé sa carrière au quotidien Le Monde, Renaud avait d’abord dirigé Economia, l’un des titres du groupe, avant d’occuper de multiples fonctions à JA, puis à La Revue. Silhouette longiligne enveloppée d’une veste délavée de couleur moutarde, l’intéressé se lançait, de sa voix éraillée à nulle autre pareille.

Lorsque BBY lui donnait la parole, il le faisait avec malice, presque avec amusement, tant tous les deux se connaissaient par cœur. Car Renaud, tous ceux qui l’ont côtoyé le savent, avait un avis sur (presque) tout. Et savait présenter et défendre cet avis avec talent, éloquence et, souvent, avec un peu d’entêtement. Qu’il s’agisse de parler de cinéma, du durcissement du régime chinois, des fluctuations du cours du pétrole, du bilan des socialistes au pouvoir en France, de littérature ou de la guerre d’Algérie, sa grande passion et la grande affaire de sa vie, Renaud avait toujours quelque chose à dire, et cela pouvait durer un certain temps. Et provoquer de virulents débats, dont BBY se régalait.

Éditeur, auteur, journaliste

Économiste de formation – il avait étudié à HEC, comme le fondateur de Jeune Afrique, ce qui contribuait à renforcer le lien particulier qui les unissait –, Renaud a eu mille vies. Journaliste bien sûr, mais aussi éditeur – chez Denoël, principalement –, auteur, historien, critique de cinéma… Cycliste, également, car le vélo était une passion qu’il a assouvie jusqu’au bout. Il racontait volontiers ses ascensions du célèbre Mont Ventoux, dans le sud de la France, et restait capable, à 70 ans passés, de s’embarquer pour l’Afrique du Sud avec un ami afin de participer à une course amateur organisée au Cap.

IL ÉTAIT TRÈS ÉRUDIT, TRÈS HISTORIEN, IL CONNAISSAIT DES MILLIARDS DE CHOSES

Auteur et éditeur, il avait collaboré à plusieurs biographies de personnages historiques tels que Mao ou Messali Hadj, et avait connu un certain succès au début des années 1990 avec son livre Les patrons sous l’occupation, coécrit avec son ami Jean-Claude Hazera.

Plus récemment, il avait publié avec Benjamin Stora une monumentale Guerre d’Algérie vue par les Algériens, dont les deux tomes sont parus en 2016 et en 2019. « Nous nous sommes rencontrés dans les années 1990, il était venu m’interviewer sur la guerre civile qui déchirait l’Algérie à ce moment-là et nous sommes très vite devenus amis. Il est venu me voir au Maroc et c’est là, je m’en souviens très bien, qu’il m’a proposé cette idée : écrire une histoire de la guerre d’Algérie, mais vue par les Algériens. J’ai dit oui, mais je ne pensais pas que cela nous prendrait vingt ans et que ce serait un travail aussi énorme », témoigne l’historien.

« Il travaillait tout le temps »

Les deux amis ne se sont plus quittés – Renaud était fidèle – et ont multiplié les travaux en commun, partant ensemble à Ramallah interviewer les dirigeants palestiniens, écrivant à quatre mains des articles sur le cinéma, l’une de leurs autres passions communes. « Il était très érudit, très historien, il connaissait des milliards de choses, se souvient encore Benjamin Stora. Il était toujours débordé, il travaillait tout le temps, jour et nuit. Renaud et moi, ce sont vraiment vingt ans de compagnonnage intellectuel. »

À 75 ANS, RENAUD RESTAIT SUR TOUS LES FRONTS

Avec Jeune Afrique aussi le compagnonnage fut long – près de cinquante ans – et fécond. Tour à tour journaliste, rédacteur en chef, conseiller, membre du comité éditorial, Renaud a été de toutes les aventures, suivant Béchir Ben Yahmed à La Revue tout en continuant de livrer des articles à JA.

« Nous nous étions rencontrés au milieu des années 1970, puis nous nous sommes retrouvés à La Revue, confirme son ami l’économiste et éditeur Marc Guillaume. Nous étions encore ensemble il y a une quinzaine de jours, je suis allé voir sa maison dans la Creuse, il est venu dans la mienne dans l’Aveyron. Nous avons parlé de vélo, nous voulions faire des ascensions ensemble, je l’avais associé à la revue d’écologie que je m’apprête à lancer, on avait mille projets… Je suis effondré. »

À 75 ans – qu’il a fêtés le 22 mars – Renaud restait sur tous les fronts. Son dernier article, nous l’avons publié mercredi dernier, il portait sur Ordalies, le tribunal de l’invisible, film subtil d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav sur les pratiques magiques au Congo. Son prochain texte aurait dû traiter du film The Woman King, sur les Amazones du Bénin. Lors de ses conversations sur le sujet avec le responsable des pages culture, il avait confié ne pas aimer le film, trop hollywoodien pour ses goûts d’esthète, mais il voulait tout de même en montrer les aspects les plus positifs. Déjà, il se préparait à aller voir Black Panther II, sans grand enthousiasme mais avec un sens consommé du devoir.

Indomptable

Plus à l’aise avec les films d’art et d’essai qu’avec les blockbusters grand public, il fuyait les mondanités du monde du cinéma, mais adorait tout de même suivre les grands raouts de la profession comme le Fespaco, à Ouagadougou, le Festival d’El Gouna en Égypte ou le festival de Cannes dans le sud de la France, qu’il ne manquait jamais. Il était d’ailleurs devenu l’un des meilleurs spécialistes du cinéma africain, dont il avait interviewé la plupart des grands réalisateurs.

Renaud de Rochebrune, c’était un de ces personnages n’entrant dans aucune case dont Béchir Ben Yahmed aimait à s’entourer. C’était aussi, à sa façon, un indomptable : dépourvu de tout goût pour la consommation, se contentant d’une vie intellectuelle intense, il menait sa barque en toute liberté. Sans Dieu ni maître. Salut, Renaud. Et merci.

Toute l’équipe de Jeune Afrique s’associe à la douleur de tes proches et de ta compagne, Françoise.

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel et Olivier Marbot

Hommage aux légendes africaines : Melane Nkounkolo représente le Congo

septembre 23, 2022

La grande rencontre interculturelle et intergénérationnelle organisée par la diaspora africaine se tiendra le 24 septembre à Cologne, en Allemagne. Elle mettra en avant la richesse des grandes légendes de la musique africaine qui constitue l’un des facteurs du développement du continent.

L’affiche de l’événement/DR

Melane Nkounkolo partagera le podium avec des artistes africaines comme la diva Queen Eteme, marraine de la soirée; Elvis Kemeyo; Charlotte Dipanda; Carole Bakota; Christian Bakotessa et Flore de Lille. Papa Wemba, Manu Dibango, Fela Ramson Kuti, Miriam Makeba, Mory Kante font partie de ces légendes qui seront honorées à l’occasion.  

Par cette initiative, les organisateurs veulent les immortaliser. L’Afrique, comme l’indiquent les organisateurs, possède des incroyables talents qui ont su traverser ses frontières et s’imposer à l’international. Avec leurs voix, leurs immenses talents et leurs messages, leurs chansons ont su toucher les cœurs de millions de gens, tout en valorisant la musique afro sur le continent africain et ailleurs.

Ces légendes ont, par leurs œuvres, dénoncé les injustices sociales, la misère des peuples et la mauvaise gouvernance, tel est le cas de la chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, dite Mama Africa, une militante politique, connue dans tout le continent et dans le monde entier, qui a utilisé sa musique pour dénoncer le régime de l’apartheid et valoriser l’Afrique.

Ces artistes remarquables ont su faire apprécier la musique africaine au public occidental. Aujourd’hui, en Europe, en Asie, en Amérique, il y a presque autant d’artistes qui puisent dans le gisement sonore de ces grandes légendes. Si l’Afrique a eu du mal à s’imposer sur la scène internationale au plan politique, ses mélodies n’ont pas besoin de visa pour traverser les frontières.

Révélée grâce à sa présence sur les plateformes musicales de Youtube, la chanteuse congolaise Melane Nkounkolo trace sa route et fait parler d’elle. De 8 à 14 ans, elle a pratiqué la musique dans une chorale, a fréquenté une école de musique avant d’être chanteuse en studio ou vocaliste de groupes de Cologne, Essem, Düssel Dorf et d’autres grandes villes environnantes. Ses premières écoutes musicales seront celles de la musique du pays d’accueil de ses parents venus en Allemagne pour leurs études dans les années 1980. La découverte de la musique de son pays d’origine se fera grâce à des vidéocassettes ramenées par un ami de la famille du Congo et de l’Angola. L’artiste découvre les exploits musicaux et scéniques de Pépé Kallé, Papa Wemba, Tshala Mwana, Madilu Système, Djuna Djanana, Patience Dabany.

Avec Adiac-Congo par Cissé Dimi

Canada: Le Québécois Gilles Brassard reçoit un prix Breakthrough

septembre 22, 2022
Gilles Brassard devant un tableau vert.

Le cryptologue Gilles Brassard a contribué à jeter les bases de la cryptographie quantique. Photo : Radio-Canada/Matthieu Dugal

Le Pr Gilles Brassard de l’Université de Montréal reçoit le prix Breakthrough 2023 de physique fondamentale pour ses recherches en information quantique, un domaine de recherche à la jonction de l’informatique, des mathématiques et de la physique.

Les travaux les plus connus du professeur Brassard portent notamment sur les fondements de la cryptographie quantique et la téléportation quantique.

La cryptographie permet de communiquer en toute sécurité malgré la présence d’espions éventuels. Il s’agit de protéger tant la confidentialité que l’intégrité de la communication, explique le Pr Brassard sur le site de l’Université de Montréal.

Une entrevue avec le scientifique sera diffusée dimanche à l’émission Les années lumière sur ICI Première.

Le prix Breakthrough, surnommé l’Oscar de la science, a été créé en 2012 par Mark Zuckerberg et Priscilla Chan de META (Facebook), Sergey Brin de Google, ainsi que Iouri Milner et Anne Wojcicki de 23andMe. Il récompense chaque année cinq percées majeures en sciences de la vie, en physique fondamentale et en mathématiques.

Le Pr Brassard reçoit le prix avec ses collègues Charles Bennett d’IBM, David Deutsch de l’Université d’Oxford, et Peter Shor du MIT.

Ces scientifiques ont ouvert la voie en montrant la faisabilité de la téléportation sécurisée d’informations quantiques enchevêtrées par satellite ou par câble à fibre optique, note le communiqué de la Fondation des prix Breakthrough.

Chaque prix est assorti d’une récompense de 3 millions de dollars américains.

Gilles Brassard est professeur à l’Université de Montréal depuis près de 35 ans. Il enseigne actuellement au Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO). Il est notamment le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en informatique quantique.

Repères

  • Gilles Brassard a commencé ses études universitaires à l’âge de 13 ans.
  • Il a obtenu son baccalauréat en informatique de l’Université de Montréal en 1973 et sa maîtrise en 1975.
  • Il a terminé son doctorat en cryptographie de l’Université Cornell en 1979.
  • En 1984, il invente avec Charles Bennett Ie protocole BB84 de cryptographie quantique.
  • En 1993, avec ses collègues, il jette les bases de la téléportation quantique et parvient même à téléporter des photons sur une courte distance. La revue Science place cette percée parmi les plus importantes découvertes de l’année.

Le Pr Brassard est officier de l’Ordre du Canada et a reçu de nombreuses autres distinctions, dont la médaille d’or Gerhard-Herzberg du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Il est aussi le premier Canadien à recevoir le prix Wolf de physique pour avoir inventé, avec son complice Charles Bennett, la théorie de l’information quantique. De nombreux observateurs lui prédisent l’obtention d’un prix Nobel.

Les autres catégories

Le Français Emmanuel Mignot, professeur à l’université Stanford, partage un prix en sciences de la vie avec le Japonais Masashi Yanagisawa, pour avoir découvert la cause de la narcolepsie, une maladie qui conduit les personnes qui en sont atteintes à s’endormir soudainement en pleine journée. Grâce à leur découverte, des médicaments prometteurs sont actuellement en cours de développement.

Un autre prix en sciences de la vie a été attribué au Britannique Demis Hassabis et à John Jumper, respectivement fondateur et chercheur de DeepMind, une filiale de Google spécialisée dans l’intelligence artificielle. Ils ont développé un système d’apprentissage profond (deep learning) permettant de prédire la structure de millions de protéines, une avancée qui doit notamment permettre de mieux comprendre les processus cellulaires.

Le prix de mathématiques a été remis à l’Américain Daniel Spielman, professeur à l’université Yale, pour ses travaux consacrés notamment à l’informatique théorique, à la théorie spectrale des graphes et au problème de Kadison-Singer.

Outre les prix principaux, six prix dotés de 100 000 dollars chacun ont été attribués à 11 jeunes scientifiques ayant « eu un impact substantiel dans leur domaine », selon le communiqué.

Avec Radio-Canada

Prix Les Afriques : le roman du Congolais Fann Attiki sélectionné

septembre 22, 2022

Le livre « Cave 72″ du Congolais Fann Attiki a été sélectionné parmi les cinq autres du « Prix Les Afriques » dont le roman lauréat sera plébiscité par les membres du jury à la mi-décembre prochain.

1- Les cinq livres retenus / DR

« Prix Les Afriques », qui est à sa septième édition, distingue l’auteur (e) d’un roman mettant en exergue une réflexion sur un enjeu sociétal, idéologique, politique, culturel, économique, philosophique ou historique au sujet de l’Afrique noire ou de sa diaspora. Pour cette septième édition, le comité de direction de la Cene littéraire, présidé par Flore Agnès Nda Zoa Meiltz et la directrice du comité de lecture, Héloïse Haden, a distingué cinq livres.

« Cave 72 » de Fann Attiki paru aux éditions JC Lattès en septembre 2021, prix découvert Rfi ; « Les Aquatiques », de Osvalde Lewat (Cameroun et France), paru aux éditions Les escales en août 2021 ; « Les étoiles les plus filantes » d’Estelle-Sarah Bulle (France- Guadeloupe), paru aux éditions Liane Lévi en août 2021 ; « Les villages de Dieu », d’Emmelie Prophète (Haïti), paru aux éditions Mémoire d’encrier en août 2021 ; et « Puissions-nous vivre longtemps » d’Imbolo Mbue (Cameroun et Etats-Unis) traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Catherine Gibert- Belfond/ février 2021.

2 -L’écrivain congolais Fann Attiki / DR

Le roman lauréat sera annoncé à la mi-décembre de cette année, après délibération des membres du jury du « Prix Les Afriques ». L’écrivain lauréat de ce prix littéraire bénéficiera d’un montant de six mille francs suisses et d’une œuvre d’art d’une valeur de deux mille cinq cents francs suisses offerte par l’artiste peintre sénégalais Momar Seck.

L’originalité de ce prix littéraire consiste en ce que l’œuvre primée est rééditée (si accord avec l’éditeur originaire) par Flore Zoa Éditions et imprimé à dix mille exemplaires qui sont offerts aux élèves et étudiants dans plusieurs pays d’Afrique noire, dont le Cameroun, la République du Congo, la République démocratique du Congo, le Rwanda, le Bénin, le Togo et le Sénégal, pour être lus et le contenu discuté au cours d’événements littéraires organisés par l’association la Cene littéraire. 

Avec Adiac-Congo par Bruno Okokana

Livre : Le retour du conte dans la littérature congolaise avec La Princesse, le Papillon, l’Abeille et autres contes (1) de Bernard NKOUNKOU BOUESSO

septembre 21, 2022

CONGO. Pousser les enfants et les amateurs du conte à s’intéresser aux livres fondés sur le fantastique et le merveilleux, voilà une option que semblent oublier les écrivains congolais de la nouvelle génération.

Il y a quelques années, des écrivains tels Guy Menga et Caya Makhélé nous faisaient découvrir la littérature de jeunesse à travers le conte. Avec le premier, les enfants pouvaient se délecter avec Les aventures de Moni Mambou de Guy Menga aux éditions Clé tandis que le second nous offrait Une vie d’éléphant à l’edicef. Aujourd’hui, quelques auteurs de notre époque comme Liss Kihindou avec Mwanna la petite fille qui parlait aux animaux, éditions L’Harmattan et Bernard Nkounkou Bouesso avec La Princesse, le Papillon, l’Abeille, éditions LC de Paris se révèlent comme héritiers de Guy Menga et de Caya Makhélé, pour nous replonger dans le conte.

Trois petites histoires constituent le petit ouvrage de Bernard Nkounkou Bouesso, trois textes assez brefs et succincts pour s’adapter à la perception des amateurs des livres qui aiment parfois que l’on leur raconte des histoires qui se fondent sur le fantastique et le merveilleux.

C’est le texte intitulé « L’Écureuil, la Corneille et l’Érable » qui ouvre la lecture de l’ouvrage de Bernard Nkounkou Bouesso. Rencontre de l’Écureuil avec une Corneille au niveau des branches de l’Érable. Se crée une ambiance amicale entre les trois protagonistes malgré la plainte de l’Érable qui se voit martyrisé par la neige de l’hiver. Malade, la Corneille sera soignée par son ami l’Écureuil qui va l’héberger chez lui avant qu’ils puissent prendre la route du Parc des Pins. Et l’auteur de résumer cette belle histoire, en affirmant que « depuis lors, l’Écureuil et la Corneille avaient tissé une fidèle amitié sur les branches de l’Érable sans se battre comme deux ennemis (…). La couleur des poils, des plumes et de la peau ne peut pas être un obstacle pour l’amitié et la compagnie dans le monde des vivants ».

Dans le deuxième conte, nous sommes en présence du Grillon qui vient de s’apercevoir qu’une partie de son champ de légumes a été dévastée au moment où il comptait en vendre deux sillons. Son amie La Luciole qui le surprend dans son désarroi, va l’aider à découvrir l’auteur de son malheur. Quelle surprise pour elle en apprenant que c’est son meilleur ami l’Escargot, celui-même qui était avec lui au mariage du Crapaud à l’île Tsoukoula, qui est à l’origine de son malheur. C’est La Luciole qui, avec ses larves, va mettre fin à l’existence de l’Escargot. Ce dernier ne pourra plus mettre en exécution son intention de détruire les champs de légumes restants du Grillon. Conclusion moralisante de l’auteur : « Chacun de nous dans la nature a son rôle et la nature sait les choses devant le désespoir d’une situation alarmante ».

Du conte éponyme de cet ouvrage, nous découvrons enfin un univers spatiotemporel dans lequel évoluent enfin l’humain (La Princesse et son prince) et deux insectes appelés couramment « Papillon » et « Abeille ». C’est l’histoire d’une princesse martyrisée par son prince après leur mariage quand ils rentrent d’un voyage de noces sous le soleil des Caraïbes. Aussi, le désespoir la pousse à aller se reposer dans un jardin public où va la surprendre Le Papillon. Aidée par celui-ci en complicité avec la « Fourmi docteur », l’Abeille, et le Saule pleureur, la Princesse va retrouver sa beauté et la joie de vivre. Et quand ses amis la ramènent au palais, notre prince ne croit à ses yeux : le spectacle dressé devant lui est éblouissant, à la grande satisfaction du Papillon et de l’Abeille, les deux amis de la Princesse. L’amour renaît alors entre les deux tourtereaux qui auront des triplés, au grand bonheur des enfants des Caraïbes qui l’avaient souhaité.

À la manière de Jean de la Fontaine au XVIIe siècle qui moralise l’homme à travers la société des animaux, Bernard Nkounkou Bouesso a réalisé trois contes pour inciter les hommes à prendre conscience des relations sociales et sociétales. Et comme les fables de la Fontaine, l’auteur a terminé ses trois textes par des leçons de morale implicites : tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir dans toute chose. La Princesse, Le Papillon, l’Abeille et autres contes, un ouvrage écrit dans une langue soutenue, des contes dont la lecture respecte l’imaginaire des enfants ainsi que celui de leurs parents. Et comme le souligne les éditions LC, « ce recueil de contes pour adultes, de création nouvelle aux allures de fables, poétiques regorge de leçons de vie et de valeurs morales ».

Avec Pagesafrik.com

Par Noel Kodia Ramata

Docteur en littérature française de l’Université de Paris IV Sorbonne, il a enseigné les littératures française, congolaise et francophone à l’Ecole Normale Supérieure de Brazzaville. Essayiste, romancier, poète et critique littéraire, il est l’auteur du premier Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises dans le domaine du roman.

Congo-Festival tuSeo 2022 : une formation en stand-up au profit des artistes nationaux

septembre 14, 2022

A l’orée de la quinzième édition du festival d’humour « tuSeo » qui se déroulera en octobre à l’Institut français du Congo, le comité d’organisation invite les artistes congolais à postuler pour une formation en stand-up.

L’affiche de candidature/DR

Organisé sur le thème « Professionnalisons le stand-up », l’atelier de formation s’adresse spécialement aux humoristes, conteurs, comédiens passionnés ou évoluant dans le domaine du spectacle du rire. L’objectif de cette initiative est d’outiller les participants à l’écriture d’un texte pour la scène. Ce, dans la mesure où de nombreux artistes, quoiqu’ayant une carrière professionnelle prolifique, se butent quelques fois à cet exercice. Comme le soulignent les organisateurs, « cet atelier offert par l’Institut français du Congo et le festival tuSeo est un moyen de maîtriser des techniques d’écriture collectives pour écrire des sketchs et des textes de stand-up ». Par ailleurs, cette formation entend contribuer à la découverte de jeunes talents et soutenir des artistes en leur offrant la possibilité d’évoluer artistiquement, tant sur le plan national qu’international.

Les candidatures à cet atelier de professionnalisation au stand-up sont ouvertes jusqu’au 15 octobre au service de la communication de l’Institut français du Congo. La formation sera donnée par l’artiste franco-camerounais Saïdou Abatcha, invité spécial de cette quinzième édition du festival tuSeo. Des observations du monde contemporain au détournement des dons humanitaires, en passant par les dictatures, l’industrie envahissante… Saïdou Abatcha est un puits sans fond de proverbes africains assez hilarants et pleins de sagesse. Avec son parcours riche et inspirant, ce conteur-humoriste, magicien du langage, livrera aux participants son expertise et ses secrets professionnels qui lui ont, entre autres, permis dans la plupart de ses spectacles d’accrocher le public en toute finesse.

Notons qu’au terme de la formation les participants auront l’opportunité de restituer leur apprentissage en présentant des spectacles au cours de la tenue du festival tuSeo, prévu du 27 au 29 octobre à l’Institut français du Congo.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

William Klein, mort d’un visionnaire

septembre 12, 2022

Le photographe américain est décédé à l’âge de 96 ans. Son œuvre englobe à la fois peintures, photos et films. Toujours d’une incroyable modernité.

William Klein, en 2007.
William Klein, en 2007.© SAKIS MITROLIDIS / AFP

Il avait le chic pour brouiller les pistes ; excellait dans l’art de rebattre les cartes. Notamment entre réel et imaginaire. William Klein n’avait pas son pareil pour transmuer le quotidien en matériau magique. Il transformait des scènes de vie les plus banales en moments de rêverie pure. Son chef-d’œuvre, Qui êtes-vous, Polly Magoo ? en est la parfaite illustration. Dans ce film onirique, sorti en 1966, Dorothy McGowan, joue le rôle d’un top-modèle repéré dans la foule, lors d’un concert des Beatles (emprunt au réel : c’est dans ces circonstances précises que la jeune femme se vit proposer un contrat de mannequinat). Le prince d’un royaume d’opérette (incarné par Sami Frey) s’éprend éperdument d’elle. Mais est-elle vraiment la femme sur lequel il fantasmait dans des magazines au papier glacé ? Conte de fées moderne, ce long-métrage est à la fois une allusion voilée à l’histoire d’amour entre Grace Kelly et le prince Rainier de Monaco. Mais aussi une critique féroce de cette « société du spectacle » que dénoncerait, un an plus tard, Guy Debord dans un essai fameux.

Tour à tour peintre, photographe et réalisateur d’une vingtaine de films, tantôt de fiction, tantôt documentaires, William Klein, décédé le 10 septembre à Paris, avait, comme son ami Chris Marker, une qualité rare. Il était visionnaire. Ses films, en forme de paraboles, en témoignent. En 1969, son Mr Freedom prenait la forme d’une comédie déjantée moquant le bras de fer, sur fond de guerre froide, entre deux super-héros : l’un américain (Mister Freedom, donc), l’autre russe (Moujik Man). Ces deux personnages ignorant que la véritable menace vient d’un troisième protagoniste, un dragon surnommé « Red China Man ». Sept ans plus tard, William Klein signait un autre film d’anticipation avec Le Couple témoin. Là encore, la farce dissimulait une prophétie puisqu’André Dussollier et Anémone jouent le rôle de deux cobayes scrutés par des équipes de scientifiques sans scrupule, dans le cadre d’une étude commandée par un sinistre ministère dit « de l’Avenir ». Là encore, l’humour enveloppait une dénonciation cinglante des instituts de sondage de l’époque pompidolienne désireux de saisir, par le biais de statistiques, les évolutions de la société. Cette intrigue prend aujourd’hui, où les algorithmes des géants

Un Paris déterminant

« Qui êtes-vous, Polly Magoo ? », 1965.© Club des Producteurs / Collection Christophel

William Klein était né à New York le 19 avril 1928 dans une famille d’immigrés hongrois. « Mon grand-père avait traversé l’Atlantique. Il était tailleur et incarnait le rêve américain. Parti de rien, il avait si bien réussi qu’il était parvenu à s’offrir une voiture décapotable. Voiture dans laquelle il devait d’ailleurs trouver la mort, au cours d’un accident de la route. Mon père, en revanche, a dilapidé la fortune familiale », résumait William Klein. Enfant précoce, il s’était beaucoup cherché, tâtant d’abord d’études de sociologie, de psychologie et de littérature au prestigieux City College de Harlem, avant de se consacrer à la peinture et, un temps, à l’architecture. Pendant son service militaire, il avait travaillé comme opérateur-radio en Allemagne puis en France. Sa découverte de Paris avait été déterminante. C’est là qu’il était devenu photographe de mode par hasard. « Un jour, j’ai gagné un appareil photo au poker. C’était un vieux Rolleiflex. Je l’ai essayé dans les rues et ça a été une révélation », racontait-il.

À la Sorbonne, où il avait suivi, en auditeur libre, des cours de sociologie, il avait rencontré le peintre Ellsworth Kelly de cinq ans son aîné. Mais aussi sa future femme : Jeanne Florin. William Klein qui fréquentait, aussi, le peintre Fernand Léger s’était risqué, sur ses conseils, à la photo abstraite. Il avait commencé par des clichés d’architecture où il s’évertuait à souligner les motifs géométriques des bâtiments. Il avait ensuite arpenté les musées et galeries d’art tentant d’introduire du mouvement dans les tableaux qu’il flashait, en bougeant au moment où il déclenchait et en s’arrangeant pour que le temps de pause soit suffisamment lent pour instiller un flou volontaire à ses images.

La série new-yorkaise

En 1951, le metteur en scène italien Giorgio Strehler repère ces curieux clichés, aux faux airs de Miró, et lui propose de les exposer dans le hall du Piccolo Teatro de Milan. William Klein a 23 ans. L’architecte et designer Angelo Mangiarotti tombe en arrêt devant ses motifs dansants. Klein se retrouve publié dans la revue Domus. Il est lancé. L’un des abonnées de ce titre, créé par Gio Ponti, s’appelle en effet Alexander Liberman. Il sera son Pygmalion. Directeur du magazine Vogue, il a fait de ce magazine un véritable laboratoire, faisant émerger une nouvelle génération de photographes de mode, dont font partie Lee Miller, Irving Penn ou encore Richard Avedon. Il embauche Klein.

Le tempérament « révolutionnaire » du jeune photographe va s’épanouir dans les pages de Vogue. Klein fait sortir les mannequins des maisons de haute couture dans la rue, là où ses prédécesseurs les cantonnaient à des séances de pose en studios. Le jeune homme a besoin de bouger. Il défriche aussi les pages « tourisme ». C’est ainsi qu’il visite la Hollande en 1955, tentant de réaliser un portrait du pays à travers un portfolio. Quelques mois plus tard, il retourne à New York, la ville de son enfance. Il y shoote la mosaïque de ghettos qui la constituent. Il ne cherche pas tant à esthétiser Manhattan qu’à réapprivoiser les quartiers qu’il a quittés près de dix ans auparavant et qu’il peine à reconnaître. « New York ne me revenait pas. Je trouvais la ville presque antipathique. Je voulais lui régler son compte », plaisante-t-il. Détail amusant : cette série new-yorkaise, William Klein la réalise avec le boîtier que lui a vendu un jeune photographe français. Son nom ? Henri Cartier-Bresson. L’idée d’un livre s’impose vite à Klein. Il prendra la forme d’un journal. Mais aucun éditeur américain n’accepte de publier cet ouvrage. « On me reprochait des images crasseuses de New York », soupirait-il. Le jeune homme se tourne alors vers un éditeur français. Ce sera le Seuil. « Dans cette maison d’édition, qui vivait alors de la vente de livrets de chants scouts, travaillait un homme qui, pour moi, résume tout le génie français », racontait Klein.

L’amitié de Chris Marker

Cet homme s’appelle, de son vrai nom, Christian Bouche-Villeneuve. Il a sept ans de plus que William Klein et déjà deux vies. Fils d’un banquier pétainiste, il s’engage dans la résistance. Il est arrêté et manque d’être fusillé. À la Libération, il décide de devenir artiste et prend le nom de Chris Marker en 1949 lorsqu’il publie son premier roman (Le Cœur net). Il devient ensuite graphiste pour une collection de tourisme (« Petite Planète »). Son bureau est un univers à part. « Quand je suis entré, j’ai d’abord vu un Martien. Marker avait un pistolet laser en plastique en bandoulière et des vaisseaux spatiaux étaient accrochés au plafond, suspendus à des fils », rigolait Klein en se rappelant cette rencontre professionnelle.

Marker s’enthousiasme pour les images de Klein, qui donnent à voir des rues déglinguées et des passants abrutis de fatigue. « William a réussi à saisir la folle brutalité de cette métropole », énonce-t-il en découvrant ces photos. Il descend voir le patron du Seuil et lui propose le marché suivant: « Soit je fais ce livre avec William Klein. Soit je démissionne. » L’ouvrage sera publié, quelques mois plus tard, sous le titre Life Is Good and Good for You in New York: Trance Witness Revels. La publication fait scandale outre-Atlantique. Mais elle est récompensée par le prix Nadar en France. Federico Fellini tombe en arrêt devant ce livre. « Fellini m’a proposé de devenir son assistant. Il en avait déjà cinq ou six, ce qui m’a rassuré parce que je n’avais aucune idée de ce qu’était un tournage », confiait le photographe. Il apprendra le métier de réalisateur dans les studios de Cinecittà, au sud de Rome. En marge du tournage des Nuits de Cabiria, il réalisera aussi son deuxième livre (Rome).

Débuts au cinéma

En 1958, sur les conseils d’Alain Resnais, William Klein tourne son premier court-métrage, Broadway by Light. Expérimental, ce film est consacré aux enseignes aux néons et autres publicités lumineuses de Time Square. « Les Américains ont inventé le jazz pour se consoler de la mort ; la star pour se consoler de la femme. Pour se consoler de la nuit, ils ont inventé Broadway », résume Chris Marker qui travaille avec lui sur ce projet. Les deux hommes feront un bout de chemin ensemble tentant d’enregistrer sur pellicule les mouvements chaotiques de leur époque. William Klein écrit alors Pierrot mon ami pour Charles Aznavour et Zizi Jeanmaire, mais ne parviendra pas à monter la production. Il tente d’adapter Zazie dans le métro de Raymond Queneau, travaille avec Louis Malle qui s’est attelé au même projet. Mais doit renoncer. « Il ne peut y avoir qu’un capitaine dans un bateau », éludait-il.

Après avoir consacré deux autres livres-portraits aux villes de Moscou et Tokyo, William Klein suit alors le boxeur Cassius Clay et réalise deux documentaires épiques sur le grand Mohamed Ali. « Ce boxeur noir, converti à l’islam, avait une vraie dimension politique », écrit le photographe. Dans l’avion qui l’emmène à Miami, avant un combat de Mohamed Ali, William Klein rencontre Malcolm X. « Personne ne voulait s’asseoir près de lui. J’ai donc pris place à ses côtés et nous avons sympathisé pendant le trajet », déclarait William Klein. « J’ai l’impression que Malcolm X trouvait ça drôle qu’un juif de New York, installé à Paris, vienne filmer un Noir à Miami. »

Des films de plus en plus engagés

À partir de cette date, les films de William Klein vont se faire de plus en plus politiques. Il ne cessera de se jouer des genres et se frottera aux combats de son temps : pour les droits civiques (Eldridge Cleaver, Black Panther), contre la guerre au Vietnam et l’impérialisme culturel, participant notamment au Festival panafricain d’Alger en 1969. Ce qui ne l’empêchera pas de traiter aussi de sujets plus légers, comme le tennis avec The French, consacré à l’Open français de Roland-Garros en 1981. Ou Mode in France, sur les défilés parisiens, en 1984.

William Klein reviendra à la photo à la fin des années 1980, publiant coup sur coup Close Up (1989), Torino 90 (1990) et In & Out of Fashion (1994), ainsi que de nombreuses monographies sur des créateurs de mode. Ses clichés, aux cadrages audacieux, donnent à voir beaucoup de portraits, réalisés dans la rue par surprise, sans souci de « pose » ni des convenances. « Ces photos volées, je les ai réalisées en pensant à ce que m’avait recommandé Fernand Léger », racontait William Klein. « Le peintre avait coutume de dire : Ne vous faites pas chier avec des collectionneurs et des galeristes, arrangez-vous juste pour trouver un motif qui vous permette de rester au cœur de la cité », disait-il. Avant de conclure, dans un grand éclat de rire : « C’est ce que j’ai essayé de faire. »

Avec Le Point par Baudouin Eschapasse