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[Chronique] Réforme de la Ceni en RDC : tout ça pour ça ?

juin 14, 2021
Kash

La réforme de la Commission électorale nationale indépendante adoptée en vue de la présidentielle de 2023 est critiquée. Au cœur de la polémique : le maintien de la prédominance de la majorité sur les postes stratégiques en son sein.

C’était la réforme qui devait permettre à la RDC de dépasser enfin les accusations de manque de transparence dans les élections. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) congolaise n’a en effet pas très bonne réputation, y compris au sein de la communauté internationale. Au point que le président sortant, Corneille Nangaa, a fait l’objet de sanctions.

Le Trésor américain – sous l’administration de Donald Trump, soit dit en passant – l’a notamment accusé d’avoir « sapé le processus électoral » lors de la dernière présidentielle. Signe on ne peut plus patent des dysfonctionnements profonds qui perturbent la Ceni : alors que son mandat se terminait officiellement le 30 juin 2019, Corneillee Nangaa est, aujourd’hui encore, en poste, en attendant que les acteurs politiques s’entendent sur un éventuel successeur…

Couper le cordon

Au-delà de la seule question de la personnalité des membres de la Ceni, c’est à propos des équilibres internes à celle-ci que le débat a le plus violemment fait rage ces dernières années. Société civile, représentants religieux, cadres de l’opposition et même diplomates occidentaux avaient un objectif en tête dès qu’était évoquée une future réforme de la commission : sa dépolitisation. En clair, couper le cordon ombilical entre l’exécutif et la Ceni, jusqu’ici nationale certes, mais dont l’indépendance était sans cesse mise en doute.

Sauf que, dans la réforme adoptée par l’Assemblée nationale, et entérinée par un vote du Sénat le 11 juin, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) estime que le compte n’y est pas. Les partis politiques obtiennent ainsi dix postes au sein de la plénière de la Ceni, contre cinq pour la société civile. Au sein du bureau, le déséquilibre est encore plus marqué : sur les sept membres, quatre sont désignés par la majorité, deux par l’opposition et un seul par la société civile.

De quoi donner du grain à moudre aux irrédentistes de Lamuka, Martin Fayulu en tête, mais aussi alimenter quelques inquiétudes au sein de la communauté internationale. Risque-t-on, en 2023, de voir à nouveau les résultats du scrutin remis en question par une partie de la classe politique et la société civile congolaise ?

Par  Kash

Caricaturiste, bédéiste, peintre, designer et publicitaire congolais installé à Kinshasa.

Côte d’Ivoire : pouvoir et opposition se préparent à accueillir Laurent Gbagbo

mai 25, 2021

Acquitté le 31 mars par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l’humanité commis pendant la crise postélectorale de 2010-2011, l’ex-président jouit actuellement de nombreux soutiens favorables à son retour au pays après le feu vert donné par l’actuel chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara. Selon des sources sûres, des discussions sont en cours entre le gouvernement et le Front populaire ivoirien (FPI) pour fixer les modalités et la date à laquelle il regagnera sa terre natale.

Dans le camp de l’ancien président, l’on estime que son arrivée prochaine en terre ivoirienne sera un moment auquel il retrouvera sa vraie dignité, lui qui a été arrêté dans des conditions jugées « inacceptables » et conduit à La Haye, siège de la justice internationale. Ses partisans veulent que le gouvernement ne fasse plus l’économie du temps, mais qu’il réunisse dès maintenant toutes les conditions nécessaires pour permettre à Laurent Gbagbo de rentrer dans son pays sans plus tarder.

« La vraie réconciliation entre Ivoiriens passe aussi et surtout par le retour de Laurent Gbagbo », souligne un citoyen qui requiert l’anonymat. « On veut Gbagbo ! » scandaient récemment ses partisans venus à l’aéroport d’Abidjan accueillir les exilés du FPI. De son côté, le chef de l’opposition, Henri Konan Bédié, souhaite que « le gouvernement prenne toutes les dispositions nécessaires pour favoriser leur retour en Côte d’Ivoire dans les meilleurs délais et dans des conditions sécurisées ».

Pour le ministre ivoirien de la Réconciliation nationale, Bertin Kouadio Konan, la date du retour de l’ancien président, précédée par celle de ses anciens partisans, cadres de son parti, et de sa sœur cadette, Jeannette Koudou, sera connue quand tout sera « prêt » pour l’accueillir, notamment en termes de sécurité. Ceci revient à dire que le gouvernement se prépare à réserver un accueil chaleureux à Laurent Gbagbo et à Charles Blé Goudé, ancien pilier de son régime, acquitté comme lui de crimes contre l’humanité par la justice internationale.

Des gestes d’apaisement se multiplient

Une manière de montrer à l’opinion internationale que l’exécutif ivoirien est prêt à enterrer définitivement la hache de guerre.

A leur retour, Laurent Gbagbo dont le voyage La Haye-Abidjan sera pris en charge par l’Etat, aura droit au traitement réservé aux anciens présidents, selon Alassane Ouattara qui n’a pas mentionné de dispositions particulières concernant Charles Blé Goudé.

Après la réélection de l’actuel chef de l’Etat ivoirien en octobre 2020 pour un troisième mandat controversé lors d’une présidentielle boycottée par l’opposition, ayant donné lieu à une crise électorale qui a fait une centaine de morts et un demi-millier de blessés entre août et novembre,  la tension est retombée. Les élections législatives de mars dernier se sont déroulées dans le calme et avec la participation de l’opposition.

Depuis lors, les gestes d’apaisement se multiplient, dont le retour d’exilés et la libération de prisonniers politiques. C’est le cas d’une figure de la société civile ivoirienne, Pulcherie Gbalet, emprisonnée pendant huit mois pour avoir contesté le troisième mandat d’Alassane Ouattara.

Malgré son acquittement par la CPI, l’ex-président reste sous le coup d’une condamnation en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison pour le « braquage » de la Banques centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest commis durant la crise postélectorale. Or, en annonçant début avril qu’il était libre de rentrer dans son pays quand il le souhaitait, le chef de l’Etat ivoirien n’avait pas mentionné cette condamnation de Laurent Gbagbo, mais Amadou Coulibaly, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, laisse toujours entendre qu’elle serait levée.

Eu égard à cette imprécision, de nombreux Ivoiriens veulent que le pouvoir affiche une position sans ambigüité concernant le retour de Laurent Gbagbo au moment où certaines organisations comme le Collectif des victimes de Côte d’Ivoire pendant la crise postélectorale de 2010-2011 qui avait fait quelque 3.000 morts, s’y opposent. 

Avec Adiac-Congo par Nestor N’Gampoula

France: Les oppositions «chouchoutent» Marine Le Pen, accuse Gabriel Attal

avril 24, 2021

«Les oppositions espèrent sortir du néant par le chaos», avance le porte-parole du gouvernement qui estime qu’elles font une «haie d’honneur» au RN.

Le porte parole du gouvernement Gabriel Attal estime que l’opposition de droite comme de gauche «chouchoute» Marine Le Pen, alors que son élection entraînerait «un chaos économique», dans une interview au Parisien daté de dimanche. La dédiabolisation de Marine Le Pen est «d’abord renforcée par la vacuité idéologique de l’opposition», assure Gabriel Attal.

Mais Marine Le Pen «n’en est pas moins dangereuse : son élection entraînerait un chaos économique et l’on sait qu’elle gouvernerait avec des personnes comme Frédéric Chatillon ou Axel Loustau (anciens dirigeant et militant du GUD, NDLR), qui ont été condamnés pour apologie du nazisme…», assure-t-il. Pour lui, «la majorité est la dernière et la seule à vouloir combattre Marine Le Pen».

«Aujourd’hui, les oppositions de droite comme de gauche épargnent le RN et l’extrême droite. Je dirais même qu’elles les chouchoutent. Mais à force de l’épargner, elles lui font une haie d’honneur». Elles «estiment sans doute que l’élection de Marine Le Pen provoquera un tel choc qu’il leur permettra de renaître et de se refaire une santé politique : c’est un acte de cynisme absolu. En fait, les oppositions espèrent sortir du néant par le chaos», dit-il. Quand on l’interroge sur Xavier Bertrand, il répond qu’il «attend sa première proposition personnelle pour pouvoir (s)’exprimer».

Quant à l’union de la gauche : «un shooting photo n’est pas un programme commun», assène-t-il. Concernant son ancienne famille politique (PS), il rappelle qu’«ils ont eu quatre ans pour se réinventer». «Résultat: ils sont toujours dans le nombrilisme politique et ne parlent jamais d’idées. La réalité, c’est qu’ils n’ont rien à voir ensemble et ne sont d’accord sur rien: certains socialistes et Yannick Jadot sont plus proches de nous que de Jean-Luc Mélenchon», déclare-t-il.

Par Le Figaro avec AFP

Canada-Québec: L’opposition blâme le gouvernement Legault pour le relâchement des Québécois

avril 1, 2021

Les partis d’opposition reprochent au gouvernement Legault d’avoir induit les Québécois en erreur en leur laissant croire que la situation s’améliorait, malgré les signes avant-coureurs d’une troisième vague et de la résurgence des variants.

La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, juge la gestion de la pandémie du gouvernement Legault « catastrophique ».

© Sylvain Roy Roussel/Radio-Canada La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, juge la gestion de la pandémie du gouvernement Legault « catastrophique ».

Les chefs des partis d’opposition ont de travers la volte-face du premier ministre François Legault. Les uns dénoncent sa gestion « chaotique »; les autres l’accusent de porter « des lunettes roses ».

Tous s’entendent pour dire qu’en annonçant sans préavis un important resserrement des restrictions sanitaires à Québec, Lévis et Gatineau, mercredi soir, le premier ministre a mis à mal la confiance de la population envers son gouvernement et les directives de la santé publique.

«Si les circonstances imposent de prendre des actions musclées pour endiguer le virus, rien n’excuse la gestion chaotique et les messages contradictoires que le gouvernement envoie à la population», a déclaré la cheffe libérale Dominique Anglade, en point de presse jeudi matin.

Manque de transparence et de cohérence, messages contradictoires : Mme Anglade n’a pas mâché ses mots pour décrire la gestion du gouvernement caquiste, qui démontre selon elle un manque de préparation pour affronter la troisième vague de la pandémie.

Les Québécois se font dire « une chose et son contraire », a-t-elle résumé, en évoquant le changement de ton survenu mercredi soir.

La veille, les autorités disaient avoir à l’œil cinq régions de la province. Le ministre de la Santé Christian Dubé avait alors indiqué qu’il n’excluait pas l’imposition de nouvelles mesures si la situation ne se redressait pas.

La cheffe libérale redoute toutefois que la population ne s’en trouve lésée et n’ait plus envie d’adhérer aux consignes mises en place pour lutter contre la COVID-19.

Tout aussi préoccupé par l’effet qu’aura la récente annonce du gouvernement sur l’adhésion des Québécois, le leader parlementaire de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a dénoncé « un retournement spectaculaire ».

Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois s'inquiète des effets du « revirement spectaculaire » du gouvernement Legault sur la population.

© Sylvain Roy Roussel/Radio-Canada Le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois s’inquiète des effets du « revirement spectaculaire » du gouvernement Legault sur la population.

«Comment les gens sont censés suivre, […] comprendre et […] adhérer aux mesures si le discours virevolte comme une feuille au vent? C’est très grave», a-t-il martelé.

Des voyants « au rouge »

Le député péquiste Joël Arsenault est d’avis que le premier ministre a « favorisé un certain relâchement en indiquant que les choses allaient bien », alors que c’était le contraire.

Le problème, a-t-il poursuivi, n’est pas que le gouvernement ait pris des mesures sévères, mais qu’il ait tardé à agir.

«C’est comme si le gouvernement avait eu une épiphanie en 24 heures, a-t-il réagi. Tous les signaux étaient clairement au rouge. Nous savions que les variants étaient en hausse vertigineuse.»

Appelant le premier ministre et son équipe à entamer « un examen de conscience », le député des Îles-de-la-Madeleine s’est interrogé sur la lecture que faisait le gouvernement des avis de la santé publique.

«Depuis un mois le gouvernement envoie le signal […] qu’on peut relâcher, qu’on peut ouvrir les commerces et les restaurants, repousser le couvre-feu [et que] les vallées verdoyantes sont à nos portes », a-t-il ironisé.

Le député Joël Arsenault est le porte-parole du Parti québécois en matière de santé et de services sociaux.

© Sylvain Roy Roussel/Radio-Canada Le député Joël Arsenault est le porte-parole du Parti québécois en matière de santé et de services sociaux.

Pourtant, les appels à la prudence n’ont pas manqué de se faire entendre ces dernières semaines alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens a recommencé à grimper dans la province.

En entrevue à Tout un matin, jeudi, le ministre de la Santé Christian Dubé a défendu la réponse « rapide » du gouvernement, expliquant sa volte-face par «la vitesse à laquelle le variant se répand».

À l’Assemblée nationale, le premier ministre Legault a répondu aux critiques en rappelant la hausse rapide des cas de COVID-19 dans plusieurs régions qui a forcé son gouvernement à prendre des décisions dans de très courts délais. Le Québec, a-t-il ajouté, est «la province qui a agi le plus rapidement».

Jeudi, les partis d’opposition ont à nouveau exhorté le gouvernement Legault à publier les avis de santé publique sur lesquels il se base pour prendre ses décisions.

La population a désormais besoin de scénarios clairs, a insisté Dominique Anglade. «Nous sommes à la troisième vague et les Québécois […] doivent savoir où le gouvernement s’en va.»

Avec Radio-Canada par Valérie Boisclair

Congo: Hommage d’une grande Dame MAMBOU Aimée GNALI à Parfait Kolelas…

mars 31, 2021

….« Mes chers compatriotes,

Je suis en difficulté.

Je me bats contre la mort.

Mais cependant, je vous demande de vous lever.

Allez-y voter, pour le changement.

Je ne me serai pas battu pour rien.

Battez-vous !

Je ne me serai pas battu pour rien.

Levez-vous !

Comme un seul homme.

Faites-moi plaisir.

Je me bats sur mon lit de mort.

Vous aussi, battez-vous !

Pour votre changement.

Allez-y !

Il y va de l’avenir de vos enfants.

Battez-vous !

Merci. »

Ce sont les dernières paroles de Kolelas, avant de nous quitter. Avant de prendre l’avion qui devait le conduire dans un hôpital à Paris, où il sera finalement arrivé trop tard. Il serait en effet mort à 2h40, soit dix minutes après avoir atterri à Paris.
Sa mort et ses dernières paroles nous interpellent à plus d’un titre.
Des paroles de militant, d’homme qui se sera battu jusqu’à sa mort. Et qui nous invite à poursuivre le combat. Comme lui, jusqu’à la mort.
Quelle belle leçon de courage ! D’optimisme ! Et d’altruisme ! Je meurs. Mais je ne meurs pas pour rien, puisque la lutte continue. Avec vous. Avec nous.
Combien de Congolais ont véritablement reçu ce message ? Combien l’ont intériorisé ? Sera-t-il suivi d’effet ? Par qui ? Comment ?
J’ai reçu Kolelas dans la soirée du vendredi 12 mars, la veille de son meeting à l’Institut Thomas Sankara, ici, à Pointe-Noire. Il venait m’inviter à l’y accompagner. J’ai décliné l’offre. J’appliquais en effet la consigne de l’opposition qui boycottait l’élection, pour les raisons que l’on sait. Mais, « je suis de tout coeur avec vous ! », lui ai-je assuré. Et je les ai effectivement suivis, jusqu’à ce moment fatidique où lui-même appelle de nouveau à lutter, sur son lit de mort.
Sa mort sonnera-t-elle la renaissance du sentiment patriotique dans notre pays ? Que restera-t-il de son action ?
Ce n’est pas sans raison que Kolelas a débarqué chez moi. Nous sommes compagnons de lutte depuis que l’opposition nourrit des velléités de lutte contre le pouvoir en place, sans jamais véritablement se donner les moyens d’y parvenir. C’est-à-dire depuis une dizaine d’années au moins. Et, à cette époque-là, c’est moi qui rendais visite à Kolelas, chez lui, à Bacongo, avec d’autres « militants ». Pour construire l’avenir…
Mais devons-nous toujours nous nourrir de souvenirs et de regrets ?
Jusqu’à quand ?
Le courage de Kolelas, jusqu’à son dernier souffle, ne devrait-il pas nous inspirer plus d’énergie, plus de détermination ? Qu’allons-nous faire maintenant ?
Nous sommes si désorganisés, si peu inspirés qu’aucun d’entre nous n’a songé à capitaliser les efforts qu’il avait déjà accomplis.
Les résultats remportés par le candidat Kolelas ne pouvaient-ils pas laisser espérer un deuxième tour ?
Pourquoi n’a-t-on pas annulé l’élection, si un deuxième tour était en vue ?
Devons-nous être désorganisés et déboussolés par son absence ?
Où irons-nous à ce train ? Lui, a fait sa part. A nous d’accomplir la nôtre » .

Avec Brazzanews par Mambou Aimée GNALI

Russie: Le prix à payer pour s’opposer à Vladimir Poutine

février 6, 2021

L’endroit ressemble à une colonie de travail.

Une cellule du centre de détention de Sakharov

© Mediazona Une cellule du centre de détention de Sakharov

Plusieurs immeubles en briques jaunes de deux ou trois étages hébergent en temps normal des immigrants illégaux.

Mais le centre de détention de Sakharov, à 70 kilomètres de Moscou, a été transformé en prison temporaire pour les milliers de manifestants arrêtés dans les rues de la capitale depuis le 23 janvier.

Quand nous nous y présentons vendredi matin, il fait moins 20 degrés.

Tout au long de la route qui mène à l’entrée, des dizaines et des dizaines de voitures sont garées, le moteur allumé pour garder au chaud ces familles et amis venus porter des vivres et des cadeaux aux détenus.

D’autres font la file dehors devant la réception, emmitouflés dans leur manteau, des sacs d’épicerie dans les bras.

Une jeune fille vient déposer des couvertures pour sa soeur incarcérée au centre Sakharov.

© Tamara Alteresco/Radio-Canada Une jeune fille vient déposer des couvertures pour sa soeur incarcérée au centre Sakharov.

Papier de toilette, chocolat, bouteilles d’eau, oreiller et couverture, il manque de tout, dit Alexey Karpov, 24 ans.

Il le sait parce qu’il vient d’y passer trois jours et qu’il a reçu un seul repas pendant toute sa détention.

Il revient ce matin, mais cette fois, c’est pour apporter à manger aux neuf autres hommes avec qui il a partagé une petite cellule.

«Regardez!», nous dit-il en tendant son téléphone pour montrer les photos qu’il a pu prendre avant de la quitter.

On y voit des lits en métal superposés, sans matelas ni couverture. Il y a une toilette souillée pour tout le groupe et pas de papier hygiénique.

Le plus jeune d’entre nous n’avait que 18 ans, dit-il.

La cellule d'Alexey Karpov

© Alexey Karpov La cellule d’Alexey Karpov

Alexey nous raconte qu’il a été arrêté alors qu’il chantait «liberté» en marchant, tranquille, sur une rue de Moscou près de la prison Matrosskaïa Tichina où Alexeï Navalny est incarcéré.

«La police m’a accosté d’un coup et m’a poussé de force dans un camion avec d’autres, dont un médecin, un écrivain, des gens bien, calmes et éduqués», relate-t-il.

Ils ont tous été amenés ici sans aucune explication.

Alexey Karpov a passé trois jours en détention et il est revenu porter des vivres à ses amis.

© Tamara Alteresco/Radio-Canada Alexey Karpov a passé trois jours en détention et il est revenu porter des vivres à ses amis.

Au total plus de 11 000 personnes ont été arrêtées en Russie depuis l’appel aux manifestations lancé par l’opposant Alexeï Navalny le 23 janvier.

À ce jour, 5408 d’entre elles sont toujours détenues, dont la moitié dans plusieurs établissements de la région de Moscou.

«Je n’ai jamais rien vu de tel, et leurs droits sont bafoués dès leur arrivée au centre», dit Marina Litvinovich de la commission de surveillance publique de Moscou, la seule ONG qui a pu visiter les cellules et parler aux détenus pour évaluer les conditions de détention.

Elle affirme que le centre de détention de Sakharov n’a ni la capacité ni le personnel pour accueillir autant de détenus. Pourtant, il y en a plus de 800 encore aujourd’hui.

Puis elle répète, pour être sûre d’avoir été entendue, qu’elle n’a jamais vu un nombre si élevé d’arrestations simultanées en Russie depuis 20 ans.

Des policiers antiémeute en Russie procèdent à une arrestation musclée d'un jeune manifestant.

© NATALIA KOLESNIKOVA/afp via getty images Des policiers antiémeute en Russie procèdent à une arrestation musclée d’un jeune manifestant.

«La plupart sont des jeunes de 18 à 30 ans, et je fais mon possible pour alléger leur destin», dit Marina Litvinovich en se frottant les mains pour se réchauffer.

Elle est retenue à l’extérieur du centre par plusieurs familles désespérées de lui parler dans l’espoir d’avoir des nouvelles concrètes de leurs proches.

Car la durée des sentences varie de quelques jours à quelques semaines, selon ce dont ils sont accusés.

D’après le porte-parole du Kremlin, les délits qui leur sont reprochés vont du désordre public à la violation des règles sanitaires anti-COVID.

Des policiers patrouillent dans le centre de Moscou, mardi, après la condamnation de Navalny.

© Mediazona Des policiers patrouillent dans le centre de Moscou, mardi, après la condamnation de Navalny.

Mais les témoignages que nous recueillons au centre de détention confirment que plusieurs personnes ont bel et bien été arrêtées de façon complètement arbitraire alors que la police ratissait les rues du centre-ville mardi soir à la recherche de dissidents, arrêtant au passage toute personne qui se trouvait sur son chemin.

«Mon mari sortait d’un café du centre-ville avec un ami quand les forces spéciales l’ont pris par le bras», dit Olga. Nous la rencontrons pendant que, assise dans sa voiture, elle attend que ce soit son tour d’entrer pour déposer une trousse de survie à la réception.

«Il est un homme d’affaires qui n’exprime pas son opinion politique, jamais. Mais tout ce que je sais, dit-elle, c’est qu’il est ici depuis trois jours, enfermé, et je ne sais pas pourquoi ni pour combien de temps.»

Olga au volant de sa voiture. Sur le siège du passager se trouvent des vivres et des emballages.

© Tamara Alteresco/Radio-Canada Olga au volant de sa voiture. Sur le siège du passager se trouvent des vivres et des emballages.

Notre équipe peut suivre des familles à l’intérieur où deux gardiens en uniforme, assis devant une table de bois, font l’inventaire de la nourriture. Une liste écrite à la main sur laquelle figurent les noms de chaque détenu et les présents qui leur sont destinés. Il y a des sacs de pommes, du dentifrice, des craquelins, du salami et même des jeux de société pour passer le temps.

«Je n’ai aucune garantie que mon ami va recevoir la nourriture, mais je sais qu’il a faim», dit Artium qui est venu en taxi déposer deux gros sacs pour un collègue qui a été condamné à sept jours derrière les barreaux pour le simple fait d’avoir participé à la manifestation dimanche dernier.

Artium nous confie, en toute humilité, qu’il n’avait pas osé se joindre à la foule ce jour-là par crainte de la répression.

Un gardien fait l'inventaire de la nourriture déposée à l'entrée du centre de détention.

© Tamara Alteresco/Radio-Canada Un gardien fait l’inventaire de la nourriture déposée à l’entrée du centre de détention.

D’ailleurs, notre équipe voit et filme depuis deux semaines des arrestations violentes au centre-ville. Des escadrons de policiers qui foncent sur la foule pour en sortir à coup de bâton des citoyens sous le choc.

Des épisodes violents à l’image d’un régime nerveux qui a décidé qu’il ne tolérera plus la dissidence. Point.

Le régime a un nouveau message et il est à sens unique : c’est d’imposer la peur, dit le stratège et analyste Konstantin Kalatchev.

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny lors d’une audience au tribunal de Moscou, le mardi 2 février 2021.

© /Getty Images Le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny lors d’une audience au tribunal de Moscou, le mardi 2 février 2021.

À son avis, Alexeï Navalny, avec son courage de revenir au pays en tant que prisonnier politique, n’est qu’un élément déclencheur, mais pas une fin en soi.

Konstantin Kalatchev connaît bien la machine politique en Russie pour y avoir conseillé de nombreux politiciens, y compris des députés du parti au pouvoir Russie Unie de Vladimir Poutine.

Il a beau se dire «neutre» politiquement, il ne peut s’empêcher de déplorer la répression qui a marqué les dernières semaines en Russie.

Il se dit aussi troublé du fait que, parmi les détenus, on compte de nombreux journalistes qui couvraient les manifestations, bien identifiés, revêtus de gilets orange ou jaunes que portent les membres de la presse pour se distinguer lors des grands rassemblements.

L’intimidation de la presse indépendante ne s’arrête pas là.

Sergei Smirnov, l’éditeur en chef du site indépendant Media Zona, a écopé pour sa part d’une sentence de 25 jours en prison parce qu’il a partagé une blague sur Twitter qui, selon les autorités, incitait à participer aux manifestations.

Mais c’est aussi le signe que la propagande de l’État n’est plus efficace, dit Konstantin Kalatchev, et le régime en est conscient.

Un manifestant arrêté au centre-ville de Moscou.

© Tamara Alteresco/Radio-Canada Un manifestant arrêté au centre-ville de Moscou.

Navalny a beau être en prison pour au moins 2 ans et 8 mois, l’impact de son action politique ne s’arrête pas avec son incarcération. Son équipe a décidé, du moins pour le moment, de suspendre les manifestations à grande échelle pour revenir en force au printemps.

Reste que Navalny aura réussi au cours des dernières semaines à réveiller la colère aux quatre coins de la Russie et qu’il mise désormais sur les élections législatives de septembre pour mesurer l’ampleur du désir de changement en Russie.

Alexeï Navalny a d’ailleurs profité de sa dernière tribune publique à la cour, cette semaine, pour dénoncer un régime sans scrupule.

Au moment de quitter Alexey Karpov au centre de détention de Sakharov, il nous dit qu’il n’a plus peur. «J’ai même dit au gardien de prison dans le couloir que ce n’est qu’un au revoir, que je reviendrai s’il le faut.»

Avec La Presse canadienne

Bénin : Ganiou Soglo blessé par balles dans une embuscade

février 6, 2021
Ganiou Soglo, au domicile de la famille Soglo à Cotonou, en juin 2016.

Le fils de l’ancien président Nicéphore Soglo, candidat à la présidentielle d’avril prochain, a été blessé par balles dans une attaque menée par des individus non identifiés. Il a été admis vendredi soir en soins intensifs.

Ganiou Soglo, l’un des 20 candidats à l’élection présidentielle du 11 avril, a été victime d’une attaque menée par des hommes armés non identifiés, peu avant 20h dans la soirée du vendredi 5 février.

Le fils de l’ancien président Nicéphore Soglo venait de quitter un meeting politique à Zinvié, près d’Abomey-Calavi, lorsque le véhicule dans lequel il se trouvait a été stoppé par des arbres bloquant la voie. Plusieurs individus – deux à trois hommes, selon le récit que le chauffeur a fait à un proche de Ganiou Soglo contacté par Jeune Afrique – ont fait irruption et ouvert le feu. Ganiou Soglo a été touché au thorax.

Des images tournées après l’attaque, que JA a pu visionner, montrent que les tirs ont ciblé l’arrière du véhicule, les deux vitres arrière portant les marques des impacts. Le chauffeur est parvenu à dégager la voiture et à prendre la fuite.

Nicéphore Soglo au chevet de son fils

D’abord admis en urgence à la clinique Mahouna de Cotonou, Ganiou Soglo a ensuite été transféré au centre national hospitalier universitaire Hubert Maga, où il a été placé en soins intensifs. Selon un proche joint dans la soirée du vendredi 5 février, « aucun organe vital n’a été touché, mais l’une des balles s’est logée près du cœur ».

Nicéphore Soglo s’est rendu dans la soirée au chevet de son fils, notamment accompagné de Joël Aïvo, candidat à la présidentielle pour le Front de la restauration de la démocratie.

Contacté par Jeune Afrique dans la soirée, le ministère de la Sécurité n’a pour l’heure pas officiellement réagi.

Ganiou Soglo, fils cadet de l’ancien président béninois, s’était mis en retrait de la vie politique de son pays plusieurs années durant après avoir été député et ministre.

Critique à l’égard du pouvoir

Ces derniers mois, il s’est à nouveau impliqué dans la sphère publique, multipliant les critiques à l’égard du pouvoir. Lundi 1er février, il a été l’un des premiers à déposer son dossier de candidature à la présidentielle d’avril prochain auprès de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Il a cependant fait le choix de ne pas présenter de colistier pour le poste de vice-président, pas plus qu’il n’a soumis le nombre de parrainages requis. Ganiou Soglo expliquait à Jeune Afrique, dans la matinée de vendredi, ne pas vouloir se plier aux règles issues des récentes réformes constitutionnelles. « Une réforme constitutionnelle de cette ampleur ne peut pas se décider entre quelques personnes, elle nécessite que le peuple s’exprime, qu’il y ait référendum », arguait-il, affirmant que « seule la Constitution de 1991 [était] légale ».

Avec Jeune Afrique par Matthieu Millecamps

[Tribune] Pourquoi de plus en plus de leaders de l’opposition sont placés en résidence surveillée

janvier 11, 2021
Manifestation des opposants au président camerounais Paul Biya à Paris, en octobre 2018.

Soucieux de ne pas s’attirer les foudres de leur population ou de la communauté internationale, certains régimes africains se contentent désormais d’enfermer leurs opposants à leur domicile, les plaçant dans une situation de non-droit.

Tout au long de l’année 2020, un nouveau phénomène politico-judiciaire s’est installé en Afrique francophone, en particulier dans les pays où l’alternance n’est pas encore entrée dans les mœurs : l’enfermement de leaders de l’opposition dans leur propre résidence. Du Togo au Cameroun, en passant par le Gabon, la Côte d’Ivoire et la Guinée, les principaux opposants ont fait les frais de ce traitement juridiquement innommé, auquel les régimes qui le pratiquent ne donnent pas de nom non plus, et dont les victimes n’ont pas de statut juridique.

En état de siège

Ils ne sont pas prisonniers. En droit, pour être considéré comme tel, il faut avoir fait l’objet d’un mandat de dépôt et être écroué. Ils ne sont pas en résidence surveillée non plus. C’est une peine judiciaire relevant d’une décision de justice par laquelle un juge ordonne à une personne de vivre dans un périmètre donné, lequel peut se limiter à son domicile, avec une restriction des moyens de communication.

Pour autant, les leaders politiques enfermés chez eux ne sont pas séquestrés : en droit pénal, un enfermement sans violence physique par une autorité légale n’est pas une séquestration. La figure de l’opposition enfermée dans sa maison se trouve ainsi dans une situation de non-droit. Alors que nulle autorité officielle ne le lui interdit formellement, elle ne peut pourtant quitter son domicile encerclé par les forces de l’ordre ; celui-ci est de fait en état de siège.

Des châtiments moins brutaux

Jusqu’au XXe siècle, le traitement réservé aux chefs de file de l’opposition allait de l’emprisonnement à l’assassinat, en passant par l’assignation à résidence dûment notifiée, sans oublier l’exil et le bombardement de biens immobiliers par des chars et des avions. Pour brutaux que fussent ces mécanismes punitifs, les opposants qui les subissaient avaient un statut juridique clairement identifié : ils étaient des « morts pour la liberté », des prisonniers politiques, des assignés à résidence, des exilés.

EMPRISONNER UN LEADER POLITIQUE PEUT CONTRIBUER À LUI FORGER UNE STATURE DE DÉFENSEUR DU PEUPLE

Bien qu’étant les seuls à communiquer – en imposant leur point de vue au niveau national à travers les médias d’État et en présentant des plaidoyers devant les instances internationales pour justifier de leurs actions –, les pouvoirs en place prenaient la précaution d’envelopper leurs châtiments du manteau du droit.

Les régimes actuels s’affranchissent de cette précaution minimale et font allègrement dysfonctionner la justice. Comme si c’était le moyen de s’assurer la longévité au pouvoir.

En effet, les choses ont bien changé au fil des décennies. D’abord, depuis 1990, les assassinats politiques ne sont plus une option, sauf à vouloir s’attirer les foudres de la communauté internationale. Ensuite, emprisonner un leader politique peut contribuer à lui forger une stature de défenseur du peuple, à accroître son capital sympathie auprès des populations en donnant du régime, a contrario, une image désastreuse à l’international, alors même qu’il s’emploie à la soigner. Enfin, l’on ne peut nier le rôle des réseaux sociaux, qui ont libéré l’expression des populations de ces pays et apparaissent désormais comme un contrepoids aux médias d’État.

Aucune sanction

Ces petits arrangements avec la justice paraissent surprenants, la plupart des États africains ayant ratifié des textes internationaux censés garantir à tous les citoyens le droit à une justice équitable. Plusieurs pays ont d’ailleurs inscrit la Déclaration universelle des droits de l’homme dans leur Constitution.

LA SEULE SOLUTION RESTE LA CONSTRUCTION NATIONALE D’UN RÉEL ÉTAT DE DROIT

En réalité, seules les déclarations trouvent grâce aux yeux de ces États car, contrairement aux conventions, chartes et pactes internationaux, elles n’ont aucun pouvoir de coercition. C’est une norme morale dont la violation ne donne lieu à aucune sanction. Les pays africains ont donc une tendance à se désengager des instruments internationaux qui leur imposent le respect de leurs obligations. C’est ce qui se passe depuis un certain temps avec la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

La seule solution reste la construction nationale d’un réel État de droit. Afin d’éviter l’arbitraire, la loi doit être la même pour tous : pas de privilèges, pas d’exceptions et tous les citoyens doivent être en mesure de dire si leurs actes sont légaux. Et pour éviter que malgré tout l’État n’abuse de son autorité, la séparation des pouvoirs doit être effective. Par la disposition des choses, le pouvoir doit arrêter le pouvoir.

Avec Jeune Afrique par

Paulette Oyane Ondo

Avocate au barreau du Gabon, présidente du Centre pour la promotion de la démocratie et la défense des droits de l’homme

Présidentielle 2021 : la Fédération de l’opposition congolaise redoute la crédibilité du scrutin

janvier 6, 2021

Le président par intérim de la Fédération de l’opposition congolaise (FOC), Clément Miérassa, a, au cours d’une conférence de presse animée le 6 janvier à Brazzaville, critiqué la reconduction des membres de la Commission nationale électorale indépendante (CNEI) et le lancement des opérations de révision des listes électorales.

Clément Miérassa lors de la conférence de presse

Devant le collège des présidents de la FOC dont Michel Mampouya, Bonaventure Mbaya, Paulin Makaya et Jacques Banangandzala, Clément Miérassa a signifié que le pouvoir a réuni les conditions pour « une élection non crédible en mars prochain»« Le régime de Brazzaville qui a laissé passer tout le temps de son mandat…, n’a pas cru utile de préparer l’élection présidentielle de 2021. Voilà que, quelques jours avant cette échéance, il se précipite à créer les conditions d’une élection crédible, transparente et apaisée », a-t-il déclaré.

Pour lui, la concertation politique de Madingou a été « une occasion de distraction » de l’opinion nationale et internationale. Ainsi, il a fustigé la reconduction des membres de la CNEI et la non-maîtrise du corps électoral. D’après Clément Mierassa, sans une bonne mise à jour du fichier électoral, il n’y a pas de maîtrise de corps électoral.

« La méthodologie consistant à déterminer le corps électoral au moyen d’une révision des listes électorales n’est pas de nature à permettre une bonne mise à jour du fichier électoral. L’organisation des élections apaisées, libres et transparentes ainsi que la préservation de la paix sociale dépendent d’une bonne maîtrise du corps électoral », a-t-il lancé.

Quant à leur participation à l’élection présidentielle de mars prochain, Clément Miérassa et les autres membres du collège des présidents entendent se prononcer lors de la troisième convention de leur groupement politique qui se tiendra avant la fin du mois de janvier.

Se réclamant d’être des démocrates et des républicains, les leaders de la FOC prévoient de mener leur combat en respectant des lois et règlements de la République. D’où ils revendiquent le respect de la Constitution sur les libertés de réunions, de manifestation et de libre circulation ; la décrispation de la situation politique par « la libération des prisonniers politiques » ; la convocation d’un dialogue national inclusif. 

Sur la situation générale du pays, cette plate-forme de l’opposition a affirmé que le Congo n’avait jamais connu un tel effondrement. Elle a, par ailleurs, dénoncé la violation des dispositions constitutionnelles et réglementaires par les autorités nationales. « Le non exercice du jeu démocratique s’est érigé en système de gestion de la cité. La propagande médiatique naguère révolue, a refait surface au sein des médias publics. Les systèmes éducatif et sanitaire sont totalement délabrés et désarticulés ; l’économie nationale s’est effondrée ; les villes et routes sont dans une dégradation prononcée ; l’électricité et l’eau sont devenues des denrées rares », a souligné Clément Miérassa.

Notons que Clément Miérassa a été récemment désigné par ses pairs pour assurer l’intérim à la présidence de la FOC avec la déchéance de Claudine Munari, en attendant la tenue de la prochaine convention nationale.

Avec Adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama

Côte d’Ivoire : le dialogue entre le pouvoir et l’opposition suspendu sans accord

décembre 30, 2020
Hamed Bakayoko, en janvier 2020 à Abidjan.

Le dialogue politique en Côte d’Ivoire a été suspendu mardi sans qu’un accord formel n’ait été trouvé. Seule certitude : les législatives se tiendront en mars prochain.

Après une semaine de discussions, le dialogue politique a été suspendu, mardi, sans qu’un accord formel n’ait été atteint entre le pouvoir et l’opposition. Dans son discours concluant les pourparlers, le Premier ministre Hamed Bakayoko a cependant salué un « consensus pour la poursuite du dialogue », en vue d’une « décrispation du climat politique ».

« Les problèmes qui restent en suspens feront l’objet de prochaines séances, le processus reste ouvert », a estimé de son côté Koffi Niamkey, principal négociateur du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, premier parti d’opposition).

« Une dynamique »

Au lendemain d’une présidentielle boycottée par une partie de l’opposition qui a appelé à une campagne de désobéissance civile, et marquée par des violences électorales qui ont fait 85 morts et 500 blessés entre août et novembre, plusieurs responsables jugeaient nécessaire d’instaurer un dialogue direct entre les chefs des trois grands partis ivoiriens, le président Alassane Ouattara et les ex-présidents Henri Konan Bédié (actuel leader de l’opposition), et Laurent Gbagbo.

« La plateforme de l’opposition a des réserves mais ne s’est pas retirée du dialogue, c’est une dynamique », a jugé Adama Bictogo, numéro deux du parti au pouvoir, assurant que « les élections législatives auront bel et bien lieu en mars 2021 ». « Le plus important c’est que l’opposition aille à ces élections », a-t-il ajouté. Le pouvoir avait évoqué jusqu’à présent un scrutin au « premier trimestre ».

Aucune date pour une reprise du dialogue politique n’a été avancée. Le Front populaire ivoirien (FPI), parti de l’ex-président Gbagbo, a déjà annoncé la semaine dernière sa participation aux législatives. Le PDCI, lui, ne s’est pas encore prononcé.

Lors de son investiture le 14 décembre,  Alassane Ouattara avait appelé à relancer le dialogue politique pour sortir de la crise en Côte d’Ivoire, à la suite de Henri Konan Bédié, quelques jours plus tôt.

Plusieurs responsables de l’opposition, dont son porte-parole, l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan – qui doit être présenté ce mercredi 30 décembre devant un juge – , sont poursuivis par la justice et écroués après avoir proclamé un régime de « transition » censé remplacer le président Ouattara, dont ils n’avaient pas reconnu la réélection pour un troisième mandat.

Par Jeune Afrique avec AFP