Archive for the ‘Justice’ Category

Canada: L’homme soupçonné de migration clandestine au Manitoba lié à d’autres affaires

janvier 21, 2022
Gros plan sur le visage de Steve Shand.

Steve Shand est accusé de migration clandestine après que sept personnes ont été arrêtées au sud de la frontière américaine mercredi. Quatre autres personnes, dont on croit qu’elles faisaient partie du groupe, ont été retrouvées mortes dans un champ au Manitoba. Photo : Grand Forks Country Correctional Centre

Steve Shand, 47 ans, originaire de Floride, arrêté après la découverte mercredi de clandestins morts de froid près de la frontière entre le Manitoba et les États-Unis, pourrait être lié à d’autres migrations clandestines, selon les forces de l’ordre.

Avant la découverte des corps, une camionnette transportant 15 personnes, dont 2 clandestins, a été interceptée par des agents de la patrouille frontalière américaine, à environ 1 kilomètre au sud de la frontière canado-américaine, selon un communiqué du bureau du procureur américain du Minnesota.

Le véhicule était conduit par Steve Shand.

Selon les documents judiciaires déposés jeudi auprès d’un tribunal du Minnesota, l’homme pourrait être impliqué dans trois autres cas récents de migration clandestine. Ces papiers montrent également qu’il a déposé une demande de faillite en 2018.

Steve Shand transportait deux ressortissants indiens sans-papiers dans la camionnette lorsqu’il a été arrêté.

Cinq autres ont également été arrêtés à peu près au même moment, tout près de l’endroit où Steve Shand a été arrêté, selon une déclaration sous serment de John Stanley, agent spécial de la sécurité intérieure.

Les forces de l’ordre pensent que ces sept personnes feraient partie d’un même groupe qui aurait été séparé durant leur périple à pied.

De précédents voyages?

L’agent spécial raconte qu’un membre de la patrouille frontalière a fait mention de trois autres incidents récents de migration clandestine, les 12 et 22 décembre 2021 et le 12 janvier 2022, à l’endroit où Dave Shand a été arrêté.

Le 12 janvier, il avait repéré des empreintes de bottes de trois personnes dans la neige. Les empreintes ont été faites par les mêmes bottes en caoutchouc que celles portées par les personnes arrêtées mercredi, selon le document du tribunal.

On sait peu de choses sur les ressortissants indiens placés en détention aux États-Unis lors de l’arrestation du suspect mercredi. Le document judiciaire indique qu’ils parlent peu ou pas l’anglais, mais qu’ils parlent couramment le gujarati, une langue parlée dans l’ouest de l’Inde.

Les membres du groupe de cinq personnes ont déclaré aux autorités qu’ils avaient traversé la frontière à pied en s’attendant à être pris en charge par quelqu’un. Ils estiment qu’ils ont marché pendant plus de 11 heures.

Selon la déclaration sous serment, l’un d’entre eux avait payé une somme d’argent importante pour entrer au Canada depuis l’Inde avec un visa d’étudiant frauduleux et prévoyait d’entrer aux États-Unis.

Un homme et une femme de ce groupe souffrent de graves blessures dues au froid. Ils ont tous deux été emmenés à l’hôpital pour y être traités pour des gelures présumées. L’homme a pu sortir depuis, mais la femme a été transportée par avion vers un hôpital plus important et devra probablement subir une amputation partielle d’une main, selon les documents judiciaires.

Elle a cessé de respirer à plusieurs reprises pendant son transport par la patrouille frontalière.

Le groupe de cinq personnes portait exactement les mêmes vêtements, selon John Stanley, de nouveaux manteaux d’hiver noirs avec des capuchons bordés de fourrure, des gants noirs, des cagoules noires et des bottes isolantes en caoutchouc.

Les deux personnes qui se trouvaient dans la camionnette avec le suspect portaient des vêtements similaires, mais qui n’étaient pas identiques aux autres.

Steve Shand était également en possession d’un ensemble de gants noirs et d’une cagoule noire correspondant à ceux que portaient les autres.

Les corps de quatre autres personnes, dont un nourrisson et un adolescent, ont été retrouvés près d’Emerson, au Manitoba. Les forces de l’ordre pensent qu’il s’agit d’une famille qui serait morte de froid pendant le voyage.Un champ au sud du Manitoba le 20 janvier 2022.

Un champ près d’Emerson, au Manitoba, à environ 2 kilomètres de l’endroit où les corps ont été retrouvés. Photo: Radio-Canada/ Trevelor Lyons

Une communauté attristée

Les membres de la communauté indienne du Manitoba sont profondément touchés par la mort des quatre personnes retrouvées mercredi, qui seraient des membres de la même famille.

Ramandeep Grewal, de l’Association indienne du Manitoba, dit qu’il a été frappé par l’émotion dès qu’il a appris leur mort.

C’est incroyable, personne ne mérite cela. L’enfant en bas âge et l’adolescent de cette famille, ils avaient la vie devant eux, déplore Ramandeep Grewal.

Selon lui, les personnes qui ont traversé la frontière devaient être vraiment désespérées pour risquer un voyage aussi dangereux vers les États-Unis.

Il souhaite transmettre un message aux personnes qui envisagent de traverser la frontière.

« Les membres de la communauté doivent suivre uniquement les voies légales pour venir et rester vivre dans n’importe quel pays. Les voies illégales peuvent être fatales. »— Une citation de  Ramandeep Grewal, de l’Association indienne du Manitoba.

Radio-Canada avec les informations de Rachel Bergen et Caroline Barghout

France: Eric Zemmour condamné à 10 000 euros d’amende pour provocation à la haine raciale

janvier 17, 2022

Le candidat à la présidentielle avait qualifié sur CNews les migrants mineurs isolés de « voleurs », d’« assassins », de « violeurs ». Il va faire appel de la décision, selon son avocat.

Eric Zemmour lors d’une réunion publique à Saint-Quentin, dans les Hauts-de-France, le 14 janvier 2022.
Eric Zemmour lors d’une réunion publique à Saint-Quentin, dans les Hauts-de-France, le 14 janvier 2022. CYRILL BITTON / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Le candidat à la présidentielle Eric Zemmour a été condamné à 10 000 euros d’amende pour provocation à la haine raciale par le tribunal correctionnel de Paris, lundi 17 janvier, pour avoir qualifié sur CNews les migrants mineurs isolés de « voleurs », d’« assassins » et de « violeurs » en septembre 2020.

M. Zemmour va faire appel de cette décision, a annoncé son avocat, Olivier Pardo. Sur Twitter, le candidat d’extrême droite a dénoncé « une condamnation idéologique et stupide ». « Ce système fabrique du délit d’opinion de manière industrielle. Il est urgent de chasser l’idéologie des tribunaux », a-t-il écrit.

« La vérité est que ces mineurs isolés, qui ne sont bien souvent ni mineurs, ni isolés, se caractérisent par leur présence irrégulière sur notre territoire et leur forte propension à la délinquance, voire à la criminalité. En tant que citoyens français, nous devons exiger le droit d’aborder cette question (…) sans risquer d’être inquiétés par la justice », a poursuivi le candidat.

Estimant que le polémiste s’était rendu coupable de provocation à la haine et injure raciale, le parquet avait requis une peine de 100 jours-amende à 100 euros, soit 10 000 euros d’amende avec possibilité d’emprisonnement en cas de non-paiement. Le parquet de Paris avait par ailleurs requis 5 000 euros d’amende à l’encontre du directeur de publication de CNews, jugé au côté d’Eric Zemmour comme c’est l’usage dans les procès de presse.

Le candidat à la fonction suprême, qui avait boudé l’audience le 17 novembre, n’était pas présent lundi devant la 17e chambre correctionnelle pour la lecture du jugement. Déjà poursuivi à de nombreuses reprises pour injure raciale, provocation à la haine ou contestation de crime contre l’humanité, M. Zemmour était cette fois cité à comparaître par le parquet pour ses propos sur les migrants mineurs isolés.

Une trentaine d’associations parties civiles

Le 29 septembre 2020, lors d’un débat dans l’émission « Face à l’info » sur CNews après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, le polémiste affirmait : « Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent. »

« C’est une invasion permanente »« c’est un problème de politique d’immigration », avait-il ensuite vociféré dans cette émission dont il était chroniqueur. Des « propos méprisants, outrageants », qui montrent « un rejet violent » et une « détestation » de la population immigrée et qui ont franchi « les limites de la liberté d’expression », avait estimé la représentante du ministère public.

« Il n’y a pas une once de racisme chez Eric Zemmour », qui ne fait que dire « la réalité », parfois de « manière brutale, avec ses mots », avait soutenu Me Olivier Pardo, évoquant « une position politique ». Pour le conseil, la citation pour provocation à la haine raciale ne se tenait pas : « Les mineurs isolés ne sont ni une race, ni une nation, ni une ethnie. »

Une trentaine d’associations se sont constituées parties civiles, dont SOS-Racisme, la Ligue des droits de l’homme (LDH), la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et la Maison des Potes, ainsi qu’une vingtaine de conseils départementaux – les mineurs non accompagnés étant pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, gérée par les départements.

Responsabilité de la chaîne d’information

Dans leurs plaidoiries, les parties civiles avaient insisté sur la responsabilité de la chaîne d’information, dont le « discours de haine » est « le fonds de commerce ». Les sorties controversées d’Eric Zemmour, 63 ans, contraint à la mi-septembre de quitter CNews en raison de ses ambitions présidentielles, lui ont valu depuis une dizaine d’années une quinzaine de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine.

Le candidat d’extrême droite doit être jugé en appel jeudi pour contestation de crime contre l’humanité après avoir soutenu en octobre 2019 sur CNews que le maréchal Philippe Pétain avait « sauvé » les juifs français. Il avait été relaxé en février 2021, le tribunal estimant que les propos avaient été prononcés « à brûle-pourpoint lors d’un débat sur la guerre en Syrie ».

Son avocat va demander le renvoi de cette audience, à moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle et « parce qu’il s’agit d’un délit d’opinion », estime Me Pardo auprès de l’AFP. La justice a par ailleurs fixé vendredi une nouvelle échéance pour Eric Zemmour : il sera jugé en mai 2023 pour diffamation aggravée, pour des propos tenus en 2019 sur le « mouvement féministe » et le « mouvement LGBT ».

Avec Le Monde

France: Une enseignante menacée après avoir diffusé une photo de Soprano

janvier 16, 2022

Une prof de SVT a utilisé une photo du rappeur pour un cours sur l’évolution. Une collégienne l’a interprété comme un amalgame raciste, relate « Le Parisien ».

« L’enfer est bien plus gros sur Terre. Depuis que les hommes font pire que Lucifer », entonnait Soprano dans son titre à succès « Le diable ne s’habille plus en Prada ». Et c’est bien un enfer qu’a vécu une enseignante de Trappes, dans les Yvelines, lorsqu’elle a choisi de glisser une photographie du rappeur dans un document montrant l’histoire de l’évolution humaine.

Début décembre 2020, cette professeure de SVT (sciences de la vie et de la Terre) au collège a remplacé, dans une frise chronologique, le croquis de l’homo sapiens par un portrait de l’artiste marseillais, rapporte Le Parisien, dimanche 16 janvier. Le début d’un véritable calvaire pour la jeune femme de 34 ans, qui a l’habitude d’utiliser des personnalités comme Kylian Mbappé ou Josiane Balasko pour rendre ludiques ses leçons. Le visage de Soprano se trouvait sur la même ligne que le dessin représentant un Australopithèque, bipède descendant du singe. Une des élèves de troisième y a vu une comparaison allusive entre le primate et le musicien.

Le père de la jeune fille, Kamel, avait décidé d’alerter les réseaux sociaux. « Ma fille, elle m’a dit : “Papa, ce n’est pas normal en cours de SVT”. […] Éducation nationale de merde. Faites tourner, s’il vous plaît. On ne doit pas accepter ! » écrivait-il sur Facebook. Les menaces se sont alors multipliées à l’encontre de l’instructrice, qui a nié toute assimilation et prévenu les services de police. Ces derniers ont attesté des risques courus et lui ont conseillé de s’exfiltrer en dehors de l’Île-de-France.

Le parent d’élève condamné

« Tout de suite, je me suis dit : “Ma vie est finie. J’ai eu peur de mourir” », raconte-t-elle avec émotion au Parisien. Jugé le 15 novembre dernier, le parent d’élève a été condamné à six mois de prison ferme. Le procureur a dénoncé une « fatwa numérique », rappelant le drame de l’assassinat de Samuel Paty. « J’adore mon métier, j’aurais voulu accompagner mes élèves jusqu’au brevet. […] Si l’Éducation nationale ne protège pas ses enseignants, je vais devoir m’autocensurer », conclut avec tristesse l’agrégée.

Par Le Point avec AFP

Novak Djokovic expulsé : la Cour australienne rejette son recours

janvier 16, 2022

La Cour fédérale d’Australie a décidé l’expulsion du numéro un mondial du tennis. Le joueur a réagi à la suite de cette injonction irrévocable.

Le joueur de tennis s'essuie le front sur le court.
Novak Djokovic

La Cour fédérale australienne a rejeté le recours intenté par le numéro un mondial du tennis contre l’annulation de son visa et son expulsion du pays, dimanche 16 janvier. « La Cour ordonne que le recours soit rejeté aux frais du demandeur », affirme la décision approuvée à l’unanimité par les trois juges, à la veille du début de l’Open d’Australie au cours duquel le Serbe, non-vacciné contre le Covid-19, comptait briguer un 21e titre record en grand chelem.

Dans un communiqué de presse, Novak Djokovic s’est déclaré « extrêmement déçu » par la décision de la Cour au sujet de son expulsion, mais dit respecter le verdict et s’apprêter à quitter l’Australie. Le sportif a émis le souhait de prendre le temps pour se reposer et récupérer, et a demandé que l’attention se focalise désormais sur le tournoi de l’Open d’Australie. Le président serbe Aleksandar Vucic s’est emporté, dimanche, contre les autorités australiennes. « Ils pensent qu’avec ces dix jours de mauvais traitements, ils ont humilié Djokovic », a lancé le président serbe à la presse locale. « Ils se sont humiliés eux-mêmes, Djokovic peut revenir dans son pays la tête haute et regarder tout le monde droit dans les yeux. » L’avion retour de Novak Djokovic a décollé quelques minutes avant midi, heure française.

« La politique ferme de protection des frontières de l’Australie nous a maintenus en sécurité pendant la pandémie » de Covid-19, a affirmé le ministre australien de l’Immigration, Alex Hawke, dans un communiqué. « Les Australiens ont fait de grands sacrifices pour en arriver là et le gouvernement Morrison est fermement décidé à protéger cette position », a-t-il ajouté. L’ATP, qui gère le circuit professionnel masculin de tennis, a estimé dimanche que l’expulsion de Novak Djokovic d’Australie « mettait un terme à une série d’événements profondément regrettables » et que « l’absence [de Djokovic] à l’Open d’Australie est une perte pour le tennis ».

« Troubles civils »

À la veille des premiers coups de raquette de l’Open d’Australie, où « Nole » espérait remporter un 21e titre du grand chelem record, l’audience en référé devait décider si le joueur doit être immédiatement renvoyé chez lui et interdit de territoire australien pendant trois ans ou si, au contraire, il peut disputer le tournoi. Dans ses conclusions déposées samedi devant la Cour, le ministre de l’Immigration, Alex Hawke, a soutenu que la présence de Djokovic dans le pays « est susceptible de représenter un risque sanitaire ». Selon lui, elle encourage « le sentiment antivaccination » et pourrait dissuader les Australiens de se faire injecter leurs doses de rappel, alors que le variant Omicron se répand à grande vitesse dans le pays.

La présence en Australie du champion pourrait même « entraîner une recrudescence des troubles civils », a ajouté le ministre. Même s’il a qualifié le risque que Djokovic contamine lui-même des Australiens de « négligeable », le ministre a estimé que son « mépris » passé des règles sanitaires contre le Covid constitue un mauvais exemple. Dimanche, devant la Cour, les avocats de « Djoko » ont qualifié le placement en rétention de leur client et sa possible expulsion d’« illogique », « irrationnel » et « déraisonnable ». Le gouvernement « ne sait pas quelles sont les opinions de M. Djokovic actuellement », a plaidé l’avocat Nick Wood, affirmant que son client n’a jamais soutenu publiquement le mouvement antivaccination.

L’avocat du gouvernement, Stephen Lloyd, a répondu que le fait que le champion ne soit pas vacciné près de deux ans après le début de la pandémie et qu’il ait ignoré de façon répétée les règles sanitaires, notamment en omettant de s’isoler alors qu’il se savait infecté, constituait des preuves suffisantes de sa position. La décision prise par les trois juges de la Cour fédérale est pratiquement impossible à contester tant par le gouvernement australien que par Djokovic. C’est la deuxième fois que le Serbe est visé par une procédure d’expulsion.

« Incompétence »

Il avait été bloqué à son arrivée en Australie le 5 janvier et placé une première fois en rétention administrative. Le joueur, qui a contracté le Covid-19 en décembre, espérait bénéficier d’une exemption pour entrer dans le pays sans être vacciné, mais les autorités n’ont pas accepté cette explication. Le gouvernement australien a subi un humiliant revers le 10 janvier quand un juge a bloqué l’expulsion de Djokovic, rétabli son visa et ordonné sa libération immédiate.

Le ministre de l’Immigration a toutefois annulé son visa pour la deuxième fois vendredi en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires, invoquant « des raisons sanitaires et d’ordre public ». Et Djokovic est retourné samedi au Park Hotel, l’austère centre de rétention pour étrangers en situation irrégulière désormais mondialement célèbre. Dans un communiqué publié mercredi, le tennisman avait admis avoir rempli de manière incorrecte sa déclaration d’entrée en Australie.

Le joueur aux 86 titres ATP, vu en Serbie et en Espagne dans les deux semaines précédant son arrivée, contrairement à ce qu’il a déclaré dans le formulaire d’immigration à son arrivée, a plaidé « l’erreur humaine ». Ce feuilleton à rebondissements se déroule dans un pays dont les habitants ont enduré pendant près de deux ans des restrictions anti-Covid parmi les plus strictes au monde, et où des élections sont prévues d’ici mai.

D’où un contexte politique chargé. La pression s’est intensifiée autour du Premier ministre conservateur, Scott Morrison, accusé d’« incompétence » par l’opposition travailliste. L’affaire Djokovic est aussi suivie assidûment en Serbie, où « Nole » est considéré comme en héros national. Vendredi, le président Aleksandar Vucic a accusé l’Australie de le « maltraiter ».

Par Le Point avec AFP

France-Congo/Décès de Guy Brice Parfait Kolelas: le juge des référés du Tribunal de Bobigny ordonne l’inhumation de la dépouille

janvier 15, 2022

Après l’audience charnière du 10 janvier dernier dans l’affaire Guy Brice Parfait Kolelas, le juge des référés a opté, le 14 janvier, pour une ordonnance autorisant l’organisation  des funérailles dans les quinze jours.

Tribunal de Bobigny, France

Le Tribunal de Bobigny, France

À l’heure de l’issue de la procédure spécifique, après instruction menée de manière contradictoire entre la veuve Nathalie Kolelas et la famille de Guy Brice Parfait Kolelas, le juge des référés a rendu publique son ordonnance le 14 janvier.

Au vu du verdict, il est clairement établi qu’il a retenu les principaux arguments consistant à rappeler une jurisprudence constante de la Cour européenne des Droits de l’homme. Celle-ci stipule, en l’occurrence, que les funérailles doivent être organisées dans un délai court en respect de la décence, de la santé publique, du respect au corps humain et afin de préserver le droit fondamental à la vie privée.

Selon Me Pierre-Henri Bovis, avocat-conseil de Nathalie Kolelas, il semble que le juge des référés aurait retenu également, pour argument majeur, le fait que son ordonnance n’entrave aucunement à la  poursuite d’une éventuelle procédure pénale car les prélèvements ont déjà été effectués en temps et en heure sur la dépouille.

L’avocat-conseil de Nathalie Kolelas confie la satisfaction de sa cliente. Celle-ci est rassurée et compte désormais organiser les funérailles de son époux, en toute dignité, en France, dans les délais en respect de la loi.

Elle se réserve cependant le droit d’engager une éventuelle procédure judiciaire dans la mesure où une partie viendrait à s’opposer ou à occasionner des troubles à l’exécution de l’ordonnance du Tribunal de Bobigny, a priori ne souffrant d’aucune contestation sérieuse.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Canada: Pasteur Paul Mukendi toujours libre au Congo : Ottawa qualifié « d’irresponsable »

janvier 14, 2022

Cinq mois après la fuite du pasteur Paul Mukendi, qui devrait être en prison au Canada, le ministre fédéral de la Justice refuse encore de commenter le sujet. Une attitude « inacceptable » selon les partis d’opposition, qui demandent à David Lametti de « prendre ses responsabilités » afin de rapatrier le criminel de 44 ans.

Pourquoi le ministre Lametti refuse-t-il d’accorder une entrevue à Radio-Canada à ce sujet? Sa cédule est complètement pleine», nous répondait son attachée de presse, Chantalle Aubertin, lundi matin, dans un message texte.

Nous avons alors offert de réaliser cette entrevue à n’importe quel moment d’ici la fin du mois de janvier, une proposition qui est demeurée sans réponse.

Pendant ce temps, le pasteur évangélique Paul Mukendi est libre comme l’air en République démocratique du Congo (RDC), son pays d’origine. Pourtant, il a été condamné à 10 ans de prison pour deux agressions sexuelles commises au Canada.

L’homme qui se décrit comme «l’apôtre de Québec» a fui le 18 août dernier, deux jours avant le début de sa peine de prison, à bord d’un avion en partance de Toronto.

«C’est une claque dans la face pour la justice canadienne», commente Pierre Paul-Hus, député conservateur de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles, qui juge inacceptable» le silence du ministre Lametti.Pierre Paul-Hus, député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles pour le Parti conservateur du Canada

© /Radio-Canada Pierre Paul-Hus, député de Charlesbourg-Haute-Saint-Charles pour le Parti conservateur du Canada

Le porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères, Stéphane Bergeron, croit quant à lui que le profil bas du ministre Lametti est révélateur du peu d’importance qu’il a accordé à ce dossier jusqu’ici.

«Le refus du gouvernement fédéral de dire quoi que ce soit dans ce dossier révèle qu’il a fait bien peu pour tenter de rapatrier M. Mukendi», tonne-t-il.

M. Bergeron ne mâche pas ses mots : «la réaction d’Ottawa dans le dossier de Paul Mukendi envoie un bien drôle de message aux criminels canadiens et représente une invitation à prendre le large».Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d'affaires étrangères

© Sean Kilpatrick/La Presse canadienne Stéphane Bergeron, porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires étrangères

Que fait Ottawa?

Malgré le refus du ministre Lametti d’accorder une entrevue, Radio-Canada a demandé au service des communications du ministère fédéral de la Justice de préciser quels gestes ont été posés par Ottawa pour tenter de ramener Paul Mukendi au pays.

Le porte-parole, Ian McLeod, a simplement rappelé par courriel qu’il n’existait aucun traité d’extradition entre le Canada et la RDC.

Il nous a ensuite référés au Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP), indiquant que le ministère de la Justice ne peut commencer une demande d’extradition «sans une demande du service de poursuites criminelles impliqué».

Contacté par Radio-Canada, le DPCP assure qu’il a effectué toutes les démarches possibles auprès des autorités compétentes afin que M. Mukendi soit traduit devant les tribunaux et «purge les peines imposées pour les crimes graves dont il a été déclaré coupable».

La directive du DPCP en matière d’extradition d’un criminel au Canada prévoit qu’il s’adresse au Service d’entraide international du ministère fédéral de la Justice en pareilles circonstances.

Une question politique

Le député conservateur Pierre Paul-Hus affirme qu’en l’absence d’un traité d’extradition, le Canada a la responsabilité d’entamer un dialogue avec la RDC.

Le ministre Lametti devrait discuter avec sa collègue Mélanie Joly, qui est ministre des Affaires étrangères, et voir à avoir des relations diplomatiques avec le Congo afin de les informer de la situation, leur demander de «bien vouloir nous retourner M. Mukendi ici au Canada.»

«On ne peut pas prétendre qu’il n’existe pas de relations entre les deux pays puisque la République démocratique du Congo est le quatrième bénéficiaire de l’aide humanitaire du Canada», ajoute son homologue du Bloc québécois, Stéphane Bergeron.

«On ne peut pas obtenir une entente politique avec un gouvernement si on ne demande rien», ironise M. Bergeron. «Je pense que le gouvernement fédéral doit rendre des comptes quant à ce qu’il a fait ou n’a pas fait dans ce dossier-là.»

Radio-Canada a aussi tenté à plusieurs reprises d’obtenir une entrevue avec le porte-parole du gouvernement de la RDC, le ministre Patrick Muyaya, en vain.

Avec Radio-Canada par Alexandre Duval

L’Australie annule encore le visa de Djokovic et compte le renvoyer en détention

janvier 14, 2022
Le joueur de tennis s'essuie le front sur le court.

Novak Djokovic à l’entraînement, le 14 janvier, à Melbourne Photo: Getty Images/Daniel Pockett

L’Australie a relancé vendredi de façon spectaculaire la saga Djokovic en annulant à nouveau vendredi le visa du numéro un mondial de tennis, dont le cas doit être examiné dans la soirée lors d’une audience d’urgence devant un juge. Le pays compte également le renvoyer en détention dès samedi matin.

C’est ce qu’a annoncé vendredi un avocat du gouvernement australien, Stephen Lloyd. Le gouvernement souhaite que le Serbe ne puisse sortir de détention que pour assister, dans les bureaux de ses avocats et sous bonne garde, aux audiences en ligne de la justice concernant son cas, a indiqué Me Lloyd.

Le tennisman de 34 ans, entré en Australie sans être vacciné contre la COVID-19, a continué vendredi à s’entraîner dans l’espoir de conquérir un 10e titre à l’Open d’Australie, qui démarre lundi, et une 21e victoire en Grand Chelem, ce qui serait un record.

Las, en fin de journée, le ministre de l’Immigration a publié un communiqué annonçant l’annulation, pour la deuxième fois, du visa australien du Serbe. Une décision prise sur des bases sanitaires et d’ordre public, a précisé Alex Hawke, qui s’est dit fermement engagé à protéger les frontières australiennes, tout particulièrement dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

« Les Australiens ont fait de nombreux sacrifices pendant cette pandémie, et souhaitent à juste titre que le résultat de ces sacrifices soit protégé. »— Une citation de  Scott Morrison, premier ministre australien

Une audience en référé devait se tenir vendredi soir devant le juge Anthony Kelly, qui avait déjà bloqué une première fois l’expulsion du tennisman en début de semaine.

Djokovic est extrêmement bien armé et dispose d’une équipe compétente autour de lui. Il peut soit rester et se battre, soit partir, a expliqué l’avocat spécialisé dans les questions d’immigration Christopher Levingston, assurant que le joueur pouvait interjeter appel de la décision ministérielle devant le tribunal fédéral.

Nole avait déjà vu son visa annulé à son arrivée à Melbourne le 5 janvier et il avait été placé en centre de rétention. Mais ses avocats avaient obtenu du juge Kelly qu’il rétablisse son visa et ordonne sa libération immédiate le 10 janvier.

Djokovic a admis avoir rempli incorrectement sa déclaration d’entrée en Australie, et n’avoir pas respecté les règles d’isolement après avoir été déclaré positif à la COVID-19 en décembre – une contamination dont il espérait qu’elle lui permettrait de bénéficier d’une exemption pour entrer en Australie sans être vacciné.

Djokovic a plaidé aussi l’erreur humaine pour expliquer comment une mauvaise case dans son formulaire d’entrée en Australie a été cochée.

Le N.1 mondial était toujours sous la menace d’une expulsion au nom du pouvoir discrétionnaire du ministre de l’Immigration, finalement employé vendredi après un suspense de cinq jours.

Les rêves d’un 10e titre à Melbourne s’éloignent, d’autant plus que cette annulation de visa implique que Djokovic sera interdit d’entrée dans le pays pendant trois ans, sauf dans certaines circonstances exceptionnelles.

L’interdiction de visa de trois ans peut être levée pour répondre aux intérêts des Australiens, selon l’avocat Christopher Levingston.

Une saga qui fait réagir

Cette saga autour du champion de tennis comporte une charge politique très forte en Australie, où les habitants ont enduré pendant près de deux ans des restrictions anti-COVID parmi les plus strictes au monde, et où des élections sont prévues d’ici mai.

Alors que la décision du gouvernement se faisait attendre, la pression s’intensifiait autour du premier ministre Scott Morrison, accusé d’incompétence par la cheffe de l’opposition travailliste Kristina Keneally, faisant remarquer que le Serbe avait obtenu son visa 58 jours plus tôt.

Certains joueurs de tennis ont plaidé pour que Djokovic puisse participer à l’Open, mais d’autres étaient beaucoup plus critiques.

Novak Djokovic a joué selon ses propres règles en choisissant de ne pas se faire vacciner avant l’Open d’Australie et fait passer la majorité des joueurs pour des idiots, a estimé jeudi le Grec Stefanos Tsitsipas, N.4 mondial, dans une entrevue au média indien WION.

Le feuilleton est aussi suivi assidûment en Serbie, où des responsables politiques érigent la star en héros national.

Dans les rues de Belgrade, Stanislav Urosevic, retraité de 69 ans, maugréait après la décision du gouvernement australien : J’ai l’impression que l’on veut l’empêcher à tout prix de remporter un nouveau titre, comme c’est parti ils vont interdire le tennis si nécessaire.

Je pressentais quelque part que les politiciens ne le lâcheraient pas, qu’ils finiraient par prendre cette décision. Tout cela est dégoûtant, réagissait pour sa part Jasmina Ostojic, 47 ans, caissière d’un supermarché.

Le frère du joueur, Djordje Djokovic, a quant à lui déclaré à l’Agence France-Presse AFP que la famille ne s’exprimerait plus jusqu’à la fin de la procédure juridique en cours en Australie.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

RDC : arrestation de l’un des fondateurs du groupe islamiste ADF

janvier 13, 2022

Rebelles des ADF, ici près du village de Mukoko (Nord-Kivu), en décembre 2018. © Reuters/Goran Tomasevic

Alors que la traque des Forces démocratiques alliées (ADF) s’intensifie, Benjamin Kisokeranio a été arrêté dans l’est de la RDC, selon des sources militaires congolaises. Il était chargé du renseignement, des finances et de la logistique de ce groupe rebelle avant d’entrer en dissidence en 2019.

L’un des fondateurs des Forces démocratiques alliées (ADF, un groupe armé islamiste d’origine ougandaise), a été arrêté le 11 janvier dans l’est de la République démocratique du Congo, hors de la zone où les armées des deux pays mènent des opérations, a-t-on appris le lendemain de sources militaires.

Passeport congolais

« Benjamin Kisokeranio, officiellement chef des renseignements des ADF jusqu’en 2019 et proche de l’ancien chef  des ADF Jamil Mukulu, a été arrêté dans la région d’Uvira, dans le Sud-Kivu », a déclaré un haut responsable militaire congolais qui n’a pas souhaité être cité. « Il était connu de nos services, qui suivaient ses incessants mouvements dans la région », a expliqué cette source, ajoutant qu’au moment de son arrestation, « il détenait un passeport congolais ». Il a été capturé « près de la frontière avec le Burundi et est désormais aux mains des forces de la RDC », a déclaré de son côté le colonel Ronald Kakurungu, un porte-parole de l’armée ougandaise. Selon Kampala, Benjamin Kisokeranio était chargé du renseignement, des finances et de la logistique des ADF.

Une vie dans le maquis

Né dans le maquis congolais, il est le fils de Bwambale Kisokeranio, lui-même fondateur d’un groupe rebelle ougandais laïc, l’Armée nationale pour la libération de l’Ouganda (NALU), qui, en 1995, avait fait alliance dans l’est de la RDC avec des milices ougandaises essentiellement composées de musulmans. En 2007, après des négociations avec Kampala, Bwambale Kisokeranio et plusieurs rebelles de la NALU étaient rentrés en Ouganda.

Selon un ancien fonctionnaire des Nations unies chargé des opérations de rapatriement des rebelles de la NALU, Benjamin Kisokeranio était, lui, resté auprès des ADF dans la jungle congolaise en compagnie de Jamil Mukulu (de son vrai nom Alilabaki Kyagulanyi, qui deviendra chef des ADF jusqu’à son arrestation en Tanzanie en 2015), et le député ougandais Yusuf Kabanda, aujourd’hui décédé.

Les ADF, le groupe armé le plus meurtrier de RDC, est présenté par l’organisation État islamique (EI) comme sa branche en Afrique centrale. Son chef actuel, Moussa Baluku, a fait une déclaration d’allégeance à cette mouvance jihadiste internationale en 2019. « Benjamin Kisokeranio s’était opposé à cette décision et a quitté la région de Beni pour la province voisine du Sud-Kivu, d’où il faisait des navettes vers le Burundi, où vit sa famille », explique l’ancien fonctionnaire onusien.

Depuis le 30 novembre 2021, la traque des membres des ADF s’est intensifiée. Après que des attentats attribués au groupe ont touché Kampala, le président Félix Tshisekedi a autorisé son homologue ougandais, Yoweri Museveni, à envoyer des troupes sur le territoire congolais pour combattre les ADF dans l’est du Congo.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mauritanie : Mohamed Ould Abdelaziz de nouveau assigné à résidence

janvier 10, 2022
Mohamed Ould Abdelaziz à Nouakchott, le 10 avril 2021. © BECHIR MALUM pour JA

Si l’ancien président doit demeurer en détention provisoire jusqu’en juin prochain, il n’est plus incarcéré à l’École de police de Nouakchott, depuis sa sortie de l’hôpital, dans la nuit du 8 au 9 janvier. Explications.

Depuis qu’il a quitté le Centre national de cardiologie, Mohamed Ould Abdelaziz est placé en résidence surveillée dans sa villa du quartier des Bourses (Soukouk), à Nouakchott. Cette décision a été prise le 7 janvier par le juge d’instruction, qui s’est basé sur le rapport médical établi à l’issue d’une période d’observation par les trois spécialistes qui suivent l’ancien président.

L’École de police de la capitale, où il était incarcéré depuis le 22 juin 2021, a été jugée inadaptée à son état de santé. Le contrôle judiciaire dont il est l’objet a donc été modifié. Chez lui, « Aziz » est soumis aux mêmes règles que celles qui prévalaient avant son arrestation, lorsqu’il était déjà assigné à résidence. Il ne peut se déplacer que pour recevoir des soins et se rendre à la mosquée. Il n’est désormais plus tenu de se présenter au commissariat spécial chargé des crimes économiques, mais il devra répondre aux éventuelles convocations judiciaires.

Évacuation sanitaire ?

Une différence toutefois, et de taille : ses visites sont filtrées. Il ne peut recevoir que ses enfants, ses avocats et ses médecins. Des éléments des forces de sécurité – la police antiterroriste, selon son entourage – sont chargés de surveiller les entrées donc, mais aussi ses allées et venues, le bracelet électronique n’étant pas utilisé en Mauritanie.

L’ex-chef de l’État a été hospitalisé en urgence dans la nuit du 28 au 29 décembre, après avoir été pris de malaise et de saignements. Le 31, il a été transféré au Centre national de cardiologie où il a subi, selon les médecins, un cathétérisme cardiaque. La question de son évacuation sanitaire s’était alors posée, sa famille demandant à ce qu’il soit transféré à l’étranger afin d’y recevoir des soins, sans toutefois préciser de destination. Aziz, qui continue de vouloir se faire soigner à l’extérieur, n’a pas émis de souhait particulier quant au pays dans lequel il souhaite se rendre.

En décembre 2021, sa détention provisoire, d’un an maximum, avait été prolongée de six mois supplémentaires. Il demeure inculpé pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics et octroi d’avantages indus. La date de son procès n’est pas encore connue.

Avec Jeune Afrique par Justine Spiegel

Niger – Détournements au ministère de la Défense : « L’État fera toute la lumière sur ce qui s’est passé »

janvier 10, 2022
Le porte-parole du gouvernement nigérien et ministre de l’Élevage, Tidjani Idrissa Abdoulkadri. © DR

L’État vient de renoncer à se constituer partie civile dans l’une des procédures d’enquête sur les fausses factures qui ont éclaboussé le ministère de la Défense il y a deux ans. Une décision que le porte-parole du gouvernement a expliquée à JA.

L’affaire avait fait l’effet d’une bombe à Niamey. Réalisé à la demande du président Mahamadou Issoufou, un audit révélait en février 2020 l’existence d’un réseau de fausses factures, de surfacturations et de commandes payées mais non livrées d’une ampleur inédite au sein du ministère nigérien de la Défense. Même si le chiffre initial – proprement vertigineux – de 76 milliards de francs CFA (environ 116 millions d’euros) détournés du Trésor public a depuis été ramené après enquête à des proportions moins déraisonnables (12,1 milliards, soit 18,5 millions d’euros), le scandale, deux ans plus tard, demeure pendant devant la justice nigérienne.

Dans ce contexte, dont a hérité le président Mohamed Bazoum, l’ordonnance prise fin décembre par le doyen des juges d’instruction entérinant le renoncement de l’État à se constituer partie civile contre les auteurs présumés de ces malversations – ordonnance confirmée le 3 janvier par un communiqué de l’Agence judiciaire de l’État [AJE], établissement public relevant du ministère des Finances – ne pouvait que susciter des interrogations. Pour le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Élevage, Tidjani Idrissa Abdoulkadri, ce désistement n’est en rien synonyme d’impunité. Il s’en explique.

Jeune Afrique : L’État a décidé de retirer sa constitution de partie civile dans l’affaire dite des détournements au ministère de la Défense nationale. Pourquoi ?

Tidjani Idrissa Abdoulkadri : Cette décision a été prise car l’État a récupéré l’intégralité du montant des surfacturations, soit 12,1 milliards de francs CFA. Ce montant a été établi par l’enquête préliminaire de la direction de la police judiciaire qui a entendu toutes les personnes mises en cause.

Mais il faut bien comprendre que l’État ne se retire pas de cette affaire. Depuis l’ouverture d’une instruction, deux procédures se côtoient : l’action civile menée par l’AJE donc, et l’action publique soutenue par le procureur au nom de l’État. Comme cette dernière se poursuit, l’État reste dans le dossier.

Le matériel payé qui n’avait pas été livré a-t-il lui aussi été réceptionné ?  

Oui, l’État l’a reçu en intégralité.

Plusieurs personnalités, dont deux anciens ministres de la Défense et deux hommes d’affaires, sont cités dans ce dossier. L’audit de septembre 2019 évoquait l’existence d’un réseau délictueux avec de faux appels d’offres et des détournements de fonds publics. Pensez-vous qu’il soit encore possible de faire la lumière sur ces soupçons ? 

Nous sommes tout à fait décidé à ce que la vérité soit dite. L’État est résolu à faire la lumière sur ce qui s’est passé. Laissons le juge d’instruction poursuivre ses investigations.

C’EST LA PREMIÈRE FOIS, DANS CE GENRE DE DOSSIER, QUE L’ÉTAT RÉCUPÈRE DES SOMMES D’ARGENT DÉTOURNÉES

Mohamed Bazoum a fait de la lutte contre la corruption un axe majeur de sa politique. Dans ce contexte, un procès où l’État serait sur les bancs des plaignants n’était-il pas souhaitable, ne serait-ce que pour l’exemple ?

Il n’y a aucun doute sur l’engagement et la détermination du président Bazoum à combattre la corruption et toute autre forme de détournement de deniers publics. À ce jour, plusieurs dossiers de malversations sont sur les bureaux de juges d’instruction.

Dans cette affaire [des détournements au ministère de la Défense, ndlr], l’État a été intégralement payé. Par ailleurs, nous faisions face à une question de droit : la notion de surfacturation n’étant pas considérée comme une infraction dans notre législation, nous prenions le risque d’être débouté. C’est pour cela qu’a été privilégiée l’option de se retirer de l’une des procédures. Mais, je le répète, une action publique est parallèlement en cours. Et l’État sera là jusqu’au terme de celle-ci, qui aboutira à la sanction pénale des auteurs de ces faits, ou d’autres que l’instruction révélerait.

L’exécutif est tenu par le principe de redevabilité, qui est un pilier de la bonne gouvernance sur lequel le président de la République a résolument engagé le gouvernement. Je crois que cette affaire prouve que l’État respecte son engagement de transparence. Cela mérite d’être souligné : c’est la première fois dans ce genre de dossier, et avant qu’il y ait un jugement, que l’État parvient à récupérer des sommes détournées.

Par Jeune Afrique