Posts Tagged ‘Turquie’

Assassinat de Khashoggi: un membre présumé du commando arrêté à l’aéroport de Roissy

décembre 7, 2021
Assassinat de Khashoggi: un membre presume du commando arrete a l'aeroport de Roissy
Assassinat de Khashoggi: un membre présumé du commando arrêté à l’aéroport de Roissy© AFP/Archives/MOHAMMED AL-SHAIKH

Un membre présumé du commando impliqué dans l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 à Istanbul a été interpellé mardi matin à l’aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle et placé en rétention judiciaire, a-t-on appris de sources judiciaire et aéroportuaire.

Khalid Alotaibi, 33 ans, a été interpellé par la police aux frontières alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Riyad, a indiqué une source proche du dossier.

Il a été placé en rétention judiciaire dans le cadre d’un mandat d’arrêt international émis par la Turquie, a précisé une source judiciaire. À l’issue de sa rétention mercredi, il sera présenté au parquet général de la cour d’appel de Paris qui lui notifiera le mandat d’arrêt, a poursuivi cette source.

Jamal Khashoggi, ancien proche du pouvoir saoudien dont il était devenu un féroce détracteur, a été assassiné dans les locaux du consulat de son pays à Istanbul, le 2 octobre 2018, par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite. Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé.

Après avoir nié l’assassinat, Riyad avait fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. À l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois à des peines de prison — les peines capitales ont depuis été commuées.

Par Le Point avec AFP

Turquie : « Un tiers de notre aide au développement est consacré à l’Afrique »

décembre 3, 2021
Serdar Çam, le vice-ministre turc de la Culture et du Tourisme. © Tika

L’Agence turque pour la coopération et le développement (Tika) compte 22 bureaux sur le continent et multiplie les projets. Entretien avec Serdar Çam, qui en tant que vice-ministre de la Culture chapeaute cette institution.

Ingénieur chimiste diplômé de la prestigieuse université Odtü (Ankara) et docteur en management (université de Boston), Serdar Çam a présidé l’Agence pour la coopération et le développement (Tika) de 2011 à 2019. Aujourd’hui vice-ministre de la Culture et du Tourisme, il chapeaute plusieurs organismes liés au soft power turc, dont la Tika, qui depuis sa création, en 1992, a conduit plus de 30 000 projets dans 170 pays. La Tika compte 850 employés et 62 bureaux, dont 22 en Afrique.

Jeune Afrique : Quels sont les objectifs de la Tika en Afrique ?
Serdar Çam : Partager nos valeurs et notre expérience, faire bénéficier les pays du continent de nos succès économiques. Nous avons surmonté de nombreuses difficultés et beaucoup appris ces quarante dernières années. Nous avons aussi aidé les pays turcophones d’Asie centrale après l’effondrement de l’URSS. Nos capacités étaient néanmoins limitées. Mais, depuis que Recep Tayyip Erdogan a accédé au pouvoir, en 2002, la Tika est devenue un acteur important de l’aide au développement. Sa caractéristique : soutenir les économies fragiles, sans marchandage ni contreparties.

Quels sont vos domaines d’action ?
Nous avons lancé des milliers de programmes dans tous les secteurs : éducation, santé, agriculture, industrie, développement durable, aide aux mères et aux enfants, promotion des femmes… Chaque année, 5 000 experts turcs, dont un tiers en Afrique, sont engagés dans des actions de formation.

À MOGADISCIO, NOUS AVONS CONSTRUIT L’HÔPITAL LE PLUS GRAND ET LE PLUS MODERNE DU CONTINENT

De quel budget disposez-vous ?

Il varie en fonction des besoins. Lors de la Quatrième Conférence de l’ONU sur les pays les moins avancés, qui a eu lieu à Istanbul en 2011, la Turquie s’était engagée à fournir 2 milliards de dollars sur dix ans à ces 48 États, dont 35 sont africains. Elle a tenu sa promesse. Aujourd’hui, un tiers de notre action est consacré à l’Afrique.

Quelle est votre approche ?
Elle consiste à demander aux pays quels sont leurs besoins et à leur donner ce qu’ils jugent nécessaire. Et cela, ils le savent mieux que nous. Selon les cas, cela peut être des infrastructures, de la formation pour les agricultrices, ou des écoles, car l’illettrisme est un frein au développement et un terreau pour le terrorisme.

Avez-vous des pays cibles ?
Nous veillons à être actifs partout. Dans les pays où nous n’avons pas de bureau, nous agissons depuis notre siège, à Ankara, ou depuis notre bureau régional le plus proche.

Quelles sont vos plus grandes réussites ?
Je pourrais évoquer celles qui ont mobilisé les plus gros budgets. Mais certaines, sans représenter des montants élevés, contiennent une forte charge émotionnelle. Au Ghana, nos médecins ont appareillé une quarantaine d’enfants profondément sourds. Ils peuvent aujourd’hui parler, et sont scolarisés. À Mogadiscio, nous avons construit et faisons fonctionner l’hôpital le plus grand (200 lits) et le plus moderne du continent.

Nous avons également construit, équipé ou rénové des hôpitaux, des centres médicaux, des écoles ou des Parlements, notamment au Bénin, en Gambie, en Libye, au Mali, au Niger, au Soudan et au Tchad. Et restauré des monuments ottomans, comme la mosquée Ketchaoua, à Alger, le consulat d’Harar, en Éthiopie, le musée et le palais du sultan Ali Dinar, au Soudan.

NOS ÉCHANGES AVEC CERTAINS PAYS ONT ÉTÉ DÉCUPLÉS

Quelles différences présentez-­vous avec les autres agences de développement ?
Sur le plan technique, il y en a peu. C’est notre approche politique qui est différente. Nous ne faisons pas comme certains États dont les banques prêtent de l’argent à des pays et qui, lorsque ces derniers ne peuvent plus rembourser, prennent le contrôle de pans entiers de leur économie.

Cela étant, nous sommes conscients que ce qu’il se passe dans d’autres parties du monde peut avoir des conséquences pour nous. Lutter contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest, par exemple, peut avoir un impact sur la France ou sur la Turquie. Cette dernière est un bon partenaire pour l’Union européenne (UE). Nous pouvons être concurrents dans une certaine mesure, mais, sur le plan global, nous pouvons aussi agir et, pourquoi pas, travailler ensemble.

Votre aide n’est pas forcément désintéressée…
Bien sûr, toute action positive suscite l’amitié. Nos échanges avec certains pays ont été décuplés sans que nous n’ayons rien calculé. Lors d’une visite du président Erdogan en Afrique du Sud, un homme d’affaires m’a demandé au déjeuner  : « Quelles sont vos attentes en Somalie ? » « Voir cesser la mortalité infantile », lui ai-je répondu. La première dame, Emine Erdogan, avait tenu dans ses bras un bébé, qui est mort peu après – les médecins du président n’avaient pu le sauver. Cela nous avait beaucoup remués. Nous aurions pu ouvrir notre premier bureau au Mozambique, qui possède les deuxièmes réserves de gaz du continent, mais non : nous aidons les plus pauvres et voulons montrer qu’on peut réussir à aider des États faillis.

L’AFRIQUE EST LE LIEU OÙ LA TURQUIE ET L’UNION EUROPÉENNE PEUVENT TROUVER DES COMPROMIS

Êtes vous favorables à des initiatives conjointes avec d’autres organismes d’aide au développement ?

Nous sommes toujours ouverts à d’autres collaborations, sans restrictions, que ce soit avec l’ONU, le Pnud, l’USaid, etc. Depuis près de sept siècles la Turquie est tournée vers l’Europe. Elle est très importante pour l’UE, les politiciens qui ne veulent pas que nous l’intégrions devraient le comprendre. L’Afrique est un continent essentiel, où la Turquie et d’autres pays européens peuvent mener des projets conjoints, avec de nouvelles approches, de nouveaux programmes. Nous devons nous tourner vers l’avenir. Justement, l’Afrique est le lieu où l’on peut trouver des compromis.

Travaillez-vous avec le secteur privé ?

Bien sûr, indirectement. Pour de gros projets, tels que des programmes techniques ou scientifiques, nous travaillons avec des ministères et autres institutions étatiques, mais nous nous appuyons aussi sur des universités ou sur des organisations techniques appartenant au secteur privé. En lançant des appels d’offre nous transférons la mise en œuvre de nos programmes au privé. Et, par ailleurs, des donateurs nous aident pour des projets spécifiques.

Avec Jeune Afrique par Joséphine Dedet

Omar Souleyman, star de l’électro-folk syrienne, arrêté en Turquie pour « terrorisme »

novembre 18, 2021

Il est accusé d’être membre de l’organisation kurde syrienne des YPG (Unités de protection du peuple), considérée par Ankara comme un groupe terroriste en tant que prolongement du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), implanté en Turquie.

Omar Souleyman à Oslo, lors du concert du prix Nobel de la paix qui avait été remis à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, le 11 décembre 2013.
Omar Souleyman à Oslo, lors du concert du prix Nobel de la paix qui avait été remis à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, le 11 décembre 2013. DANIEL SANNUM LAUTEN / AFP

C’est un musicien de légende. Le chanteur syrien Omar Souleyman, qui a acquis une notoriété internationale en combinant musiques traditionnelles syriennes et électro, a été arrêté mercredi 17 novembre par la police turque, a annoncé son agent à l’Agence France-Presse (AFP). La star de l’électro-folk syrienne, qui réside en Turquie depuis plusieurs années, a été interpellée dans la ville de Sanliurfa, à 50 km de la frontière syrienne.

Un avis de recherche avait été émis à l’encontre d’Omar Almasikh – son véritable nom – et des gendarmes turcs l’ont arrêté dans la province de Sanliurfa, près de la frontière syrienne. Le gouvernorat de Sianlurfa a confirmé cette arrestation à l’AFP, sans autre détail.

Le chanteur a été conduit à l’hôpital pour passer des examens médicaux et devrait être transféré dans une gendarmerie pour y être entendu. Son agent a assuré que le chanteur, âgé de 55 ans, serait relâché « d’ici quelques heures ».

Selon le quotidien progouvernemental Yeni Safak et l’agence de presse DHA, il est accusé d’« être membre de l’organisation terroriste PKK/YPG ». Ankara considère les Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde en Syrie, comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé comme « terroriste » par la Turquie, l’Union européenne et les Etats-Unis.

Keffieh rouge et blanc et lunettes de soleil noires

Souleyman, qui a commencé sa carrière en chantant dans les mariages en Syrie, apparaît dans ses clips avec un keffieh rouge et blanc et d’épaisses lunettes de soleil noires. Le chanteur a fui la Syrie après le déclenchement de guerre civile, en 2011, pour s’installer en Turquie, où il a notamment ouvert une boulangerie.about:blankhttps://acdn.adnxs.com/dmp/async_usersync.html

Les tubes d’Omar Souleyman, parmi lesquels Warni Warni, qui totalise près de 100 millions de vues sur YouTube, lui ont ouvert les portes des festivals internationaux, comme Villette Sonique, en 2009, les Eurockéennes de Belfort en 2010, Glastonbury en 2011, South by Southwest (SXSW), au Texas, ou Pitchfork Festival à Paris, en 2013. Il s’était aussi produit lors du concert du prix Nobel de la paix en décembre 2013. Il a également collaboré avec des artistes, comme la chanteuse islandaise Björk ou le musicien britannique Four Tet.

Par Le Monde avec AFP et Reuters

Turquie-Afrique : Erdogan veut-il prendre le relais de la France ?

octobre 20, 2021
POV © POV

Le président turc est en tournée en Angola, au Nigeria et au Togo. Après l’annonce de la fin de Barkhane, il semble bien décidé à investir le terrain militaire africain, comme il l’a fait en Éthiopie.

Engagé dans une guerre sans merci avec les rebelles tigréens du TPLF, Abiy Ahmed n’a pas lésiné sur les achats d’équipements militaires. Et Ankara figure parmi ses principaux fournisseurs : selon l’agence de presse Reuters, dans le secteur de la défense et de l’armement, les exportations de la Turquie vers l’Éthiopie sont passées en un an de 203 000 dollars à 51 millions de dollars.

Gnassingbé, Kaboré et Weah

Ankara a-t-il maintenant pour ambition d’atteindre le même niveau de coopération militaire avec d’autres pays du continent ? Bien décidé à accélérer l’offensive diplomatique et économique de son pays en Afrique depuis que l’option d’un rapprochement avec l’Union européenne s’est éloignée au tournant des années 2000, Recep Tayyip Erdoğan vient d’effectuer une tournée en Angola au Nigeria et au Togo.

Mardi 19 octobre, il a ainsi fait escale pour quelques heures à Lomé, où il a été reçu par Faure Gnassingbé. Pour l’occasion, pas moins de deux chefs d’État de la région ont fait le déplacement : Roch Marc Christian Kaboré et George Weah. Si Erdogan ne vient pas à toi, il faut savoir aller à Erdogan… Le président burkinabè et le chef d’État libérien ont chacun eu l’occasion de s’entretenir avec leur homologue.

ANKARA A SIGNÉ UN ACCORD MILITAIRE AVEC LE NIGER DONT LES CLAUSES SONT RESTÉES SECRÈTES

Premiers pas sécuritaires

La Turquie a déjà un poids économique important en Afrique de l’Ouest, qui lui a notamment permis d’obtenir de plusieurs gouvernements de la sous-région la fermeture des écoles proches de la confrérie Gülen (du nom de l’imam qu’elle accuse d’avoir fomenté le coup d’État de juillet 2016), comme ce fut le cas dès 2017 au Sénégal. Sur le front sécuritaire, en revanche, la coopération avec les pays ouest-africains n’en est encore qu’à ses premiers pas. La Turquie, qui accueille depuis 2018 des officiers maliens pour des formations, a donné 5 millions de dollars à la force du G5 Sahel et a signé en 2020 un accord militaire avec le Niger dont les clauses sont pour l’heure restées secrètes.

Si Recep Tayyip Erdogan a plaidé lors de sa visite « de travail » à Lomé pour un renforcement des échanges économiques entre les deux pays, il a surtout, fait inédit, signé avec Faure Gnassingbé un accord portant sur le renforcement de leur coopération militaire, alors même que Lomé s’emploie à renforcer ses capacités face au risque terroriste. Le président togolais devrait répondre dans un avenir proche à l’invitation de son homologue turc et se rendre à Ankara.

Recep Tayyip Erdogan cherche-t-il à combler les vides laissés par le retrait partiel de la France ? En juillet dernier, International Crisis Group relativisait cette avancée militaire de la Turquie sur le continent qui « vu sa faible ampleur, demeure pour l’instant peu susceptible de bouleverser les dynamiques régionales ». Mais le think tank n’en soulignait pas moins le risque de voir se « renforcer la compétition géopolitique dans la région ».

POV

Avec Jeune Afrique par POV

Dessinateur de presse, William Rasoanaivo – alias POV – vit et travaille à Maurice.

Incendies en Grèce et en Turquie: panorama apocalyptique sur l’île grecque d’Eubée

août 9, 2021

Dans la chaleur et d’épaisses fumées étouffantes, les soldats du feu livraient lundi pour le 7e jour consécutif une bataille acharnée contre le brasier de l’île d’Eubée, à 200 km à l’est d’Athènes, le plus destructeur des incendies qui touchent encore la Grèce et la Turquie.

Une maison brûle dans le village de Pefki sur l'île d'Eubée en Grèce, ravagée par les incendies, le 8 août 2021

© ANGELOS TZORTZINIS Une maison brûle dans le village de Pefki sur l’île d’Eubée en Grèce, ravagée par les incendies, le 8 août 2021

IMAGESArmés de branches, des habitants de l'île grecque d'Eubée, luttent désespérément pour maîtriser les flammes qui ont ravagé au moins 35.000 hectares et des centaines de maisons, selon les autorités.

© Savvas KARMANIOLAS IMAGESArmés de branches, des habitants de l’île grecque d’Eubée, luttent désespérément pour maîtriser les flammes qui ont ravagé au moins 35.000 hectares et des centaines de maisons, selon les autorités.

Si la plupart des feux en cours depuis près de deux semaines étaient stabilisés ou en rémission lundi en Grèce et en Turquie, le nord d’Eubée, la deuxième plus grande île de Grèce, présentait toujours un panorama apocalyptique. 

Le village côtier de Pefki, dans le nord de l’île d’Eubée, s’est réveillé dans un épais nuage de fumée âcre, a constaté une équipe de l’AFP.

Quelque 300 personnes évacuées de villages alentours ont passé la nuit dans un ferry amarré sur la longue plage. Au large, un bateau militaire attend tel un vaisseau fantôme sur un horizon imperceptible.

Le ferry « était le seul endroit où les gens pouvaient trouver un peu de calme et de sécurité », a expliqué à l’AFP un responsable militaire en faction, Panagiotis Charalambos.

Comme beaucoup de localités proches, Pefki « n’avait plus d’électricité ni d’eau », a précisé le capitaine de port adjoint.

Ces derniers jours, dans le nord d’Eubée, « les gardes-côtes ont effectué des dizaines d’opérations de sauvetage. 2.600 personnes ont été évacuées depuis le début de l’incendie », dit-il, les yeux embués par l’atmosphère asphyxiante.

Un habitant tente désespérément d'éteindre le feu qui s'approche du village de Pefki sur l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021

© ANGELOS TZORTZINIS Un habitant tente désespérément d’éteindre le feu qui s’approche du village de Pefki sur l’île d’Eubée, en Grèce, le 8 août 2021

Sur le front de l’incendie, les villages de Kamatriades et Galatsades devaient être les priorités des pompiers lundi. Car « si le feu passe par là, il se trouvera dans une forêt épaisse et difficile à éteindre », selon les pompiers cités par l’agence grecque de presse ANA. 

Parmi les quelque 650 soldats du feu opérant lundi sur l’île, figurent quelque 250 pompiers venus d’Ukraine, de Serbie et de Roumanie, renforcés par 11 avions et hélicoptères bombardiers d’eau, a précisé la protection civile.

– « Il ne reste plus rien » –

Un à un, des dizaines de villages assiégés par le feu ont été entièrement vidés de leurs populations, au grand désespoir des locaux, dont les biens et les terres ont été réduits en cendres.

« Ici, les gens vivaient de la forêt, des récoltes, des olives et du tourisme. Il ne reste plus rien de tout çà », a déclaré Louisa, une retraitée rencontrée à  Pefki.

Le ministre grec des Finances Christos Staikouras a annoncé sur la chaîne publique ERT TV que des aides d’un maximum de 6.000 euros par foyer seraient allouées aux habitants dont les maisons ont subi des dégâts, ainsi qu’une somme de 4.500 euros pour les blessés.

Des habitants évacués sur la plage avec leurs animaux et quelques affaires, tandis que les flammes ravagent le village de Pefki sur l'île d'Eubée, en grèce, le 8 août 2021

© ANGELOS TZORTZINIS Des habitants évacués sur la plage avec leurs animaux et quelques affaires, tandis que les flammes ravagent le village de Pefki sur l’île d’Eubée, en grèce, le 8 août 2021

Dans la ville d’Aidipsos, des collectes de produits de première nécessité s’organisaient pour les villageois qui ont tout perdu dans l’incendie.

« Vous avez vu l’Etat nous offrir de l’eau? Des goûters aux enfants? Personne. Ils laissent les commerçants et les individus donner de l’eau aux gens », a déclaré, furieux, Giorgos, interrogé par l’AFP à Pefki.

– « Moyens insuffisants » –

La polémique a enflé ces derniers jours sur le manque de moyens alloués par la Grèce à la lutte contre les incendies, en particulier à Eubée. 

Le vice-gouverneur d’Eubée Giorgos Kelaïtzidis, de même que de nombreux maires et habitants, ont dénoncé des forces « insuffisantes » alors que la situation était « critique » sur l’île. 

Les moyens aériens rencontrent de « sérieuses difficultés » à cause des turbulences, des fumées et d’une visibilité limitée, avait rétorqué dimanche le vice-ministre de la protection civile Nikos Hardalia

Le ministre des Finances a ajouté lundi que le budget de la protection civile serait boosté d’1,76 milliard d’euros et que 224 millions d’euros seraient alloués à la reforestation.

La Grèce et la Turquie traversent depuis près de deux semaines une vague d’incendies violents, favorisés par la sécheresse et des températures caniculaires, qui ont fait dix morts en tout et des dizaines de blessés hospitalisés.

Dans la région turque de Mugla, deux ouvriers forestiers ont été blessés par la chute d’un arbre en feu à Mentese et transportés à l’hôpital, a rapporté lundi la télévision d’Etat TRT.

Les flammes ont détruit plusieurs secteurs de la province de Mugla, où les pompiers turcs continuaient de lutter pour arrêter la course folle du feu de forêt.

Aux portes d’Athènes, le sinistre qui a détruit des dizaines d’habitations et d’entreprises était en rémission depuis dimanche mais « le danger de résurgence est élevé », a prévenu M. Hardalias. 

De nombreuses forces terrestres continuaient lundi matin de lutter contre les flammèches au pied du mont Parnès, en particulier les unités venues d’Israël mais aussi de Chypre et de France dans le cadre du dispositif européen d’aide aux incendies, selon les pompiers. 

Un incendie a été maîtrisé en Crète, tandis que la situation était stabilisée dans le Péloponnèse où quelque 300 pompiers restaient mobilisés lundi matin, selon les autorités.

Avec AFP par burx-chv/cl

Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie convoque l’ambassadeur américain

avril 24, 2021
Biden reconnait le genocide armenien, la Turquie convoque l'ambassadeur americain
Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie convoque l’ambassadeur américain© AFP/Archives/Andrew CABALLERO

Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d’un million et demi d’Arméniens massacrés par l’Empire ottoman en 1915, suscitant la colère de la Turquie.

Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a immédiatement réagi en dénonçant « la politisation par des tiers » de ce débat, dans un message adressé au patriarche arménien à Istanbul.

Le ministre turc des Affaires étrangères a convoqué samedi l’ambassadeur américain pour protester, a rapporté l’agence de presse d’Etat Anadolu.

La Turquie n’a « de leçons à recevoir de personne sur son histoire », avait-il auparavant déclaré.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a de son côté salué une « mesure très forte envers la justice et la vérité historique » dans un message sur Facebook.

Le génocide arménien est reconnu par plus de vingt pays et par de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

« Les Américains honorent tous les Arméniens ayant péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd’hui », a écrit Joe Biden dans un communiqué.

« Nous affirmons l’histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s’est passé ne se répètera jamais », a-t-il ajouté.

Le président démocrate, qui avait promis pendant sa campagne électorale de prendre l’initiative sur ce dossier, a informé vendredi de sa décision son homologue turc dans une conversation téléphonique.

Les deux dirigeants sont convenus de se rencontrer en juin en marge du sommet de l’Otan à Bruxelles.

Au téléphone avec le chef de l’Etat turc, le locataire de la Maison Blanche a exprimé sa volonté de bâtir une « relation bilatérale constructive », selon le bref compte-rendu américain qui évoque la nécessité d’une « gestion efficace des désaccords ».

« Honorer les victimes »

Il s’agit d' »honorer les victimes, pas d’accabler qui que ce soit », a insisté une responsable américaine, sous couvert de l’anonymat. « Nous continuons de considérer la Turquie comme un allié crucial au sein de l’Otan », a-t-elle ajouté.

Sans citer explicitement les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington.

Au cours d’une réunion avec des conseillers, il a prévenu qu’il continuerait à « défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant +génocide arménien+ (…) à des fins politiques ».

Malgré des années de pressions de la communauté arménienne aux Etats-Unis, aucun président américain ne s’était jusqu’ici risqué à fâcher Ankara.

Le Congrès américain a reconnu le génocide arménien en décembre 2019 à l’occasion d’un vote symbolique, mais Donald Trump, qui entretenait d’assez bonnes relations avec Recep Tayyip Erdogan, avait refusé d’utiliser ce mot, parlant seulement d' »une des pires atrocités de masse du XXe siècle ».

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Ils commémorent ce génocide chaque année le 24 avril.

La Turquie, issue du démantèlement de l’empire en 1920, reconnaît des massacres mais récuse le terme de génocide, évoquant une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

« La Turquie ne va jamais reconnaître le génocide. Cela n’arrivera jamais », a confié à l’AFP Aram Bowen, 33 ans, au cours d’un rassemblement de plusieurs centaines de membres de la communauté arménienne à New York.

L’annonce de Joe Biden est « ce qui se rapproche le plus d’une reconnaissance mondiale », a-t-il poursuivi.

Aussi présent au rassemblement new-yorkais, Samuel Armen, 32 ans, qui est né en Arménie, a de son côté jugé que ce geste était « étape positive », mais pas encore « suffisante ».

« Cela fait des années qu’on attend cela, on voulait cela avant Biden. On a eu beaucoup de promesses avec Trump et avant, on a attendu », a quant à elle dit à l’AFP Taline Nourian, croisée à Erevan.

« Je pense que la Turquie aura peur maintenant car tous les pays vont commencer à reconnaître (le génocide) cette année ou celle d’après, tout le monde va en parler », a affirmé cette Arménienne de 41 ans.

Moins optimiste, Gregory, interrogé par l’AFP dans les rues de Jérusalem pense que cette décision « ne va rien changer ».

« L’Arménie est un peu petit pays, nous ne sommes pas grands et puissants comme la Turquie. Nous n’avons pas beaucoup à offrir en terme de géopolitique et de commerce », poursuit l’homme dans la soixantaine en face du couvent arménien St-Jacques.

L’annonce de M. Biden n’aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu’aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a qualifiée de « soi-disant partenaire stratégique » qui « par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié ».

Le président démocrate assure vouloir mettre la défense des droits humains au cœur de sa politique étrangère. Son gouvernement a confirmé l’accusation de « génocide » portée dans les derniers jours de la présidence de Donald Trump contre la Chine pour la répression des musulmans ouïghours.

Par Le Point avec AFP

Turquie : quatre journalistes de Charlie Hebdo inculpés pour «insulte» à Erdogan

mars 26, 2021

Les quatre journalistes sont accusés d’avoir insulté le président turc dans une caricature publiée l’an dernier. Un procureur demande jusqu’à quatre ans d’emprisonnement.

Un procureur turc a réclamé vendredi 26 mars jusqu’à quatre ans d’emprisonnement contre quatre collaborateurs de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo qu’il accuse d’avoir «insulté» le président Recep Tayyip Erdogan dans une caricature publiée l’an dernier.

Selon l’agence de presse étatique turque Anadolu, les quatre collaborateurs de Charlie Hebdo inculpés sont la caricaturiste Alice Petit et trois responsables du célèbre hebdomadaire, Gérard Biard, Julien Sérignac et Laurent Sourisseau, dit Riss. La publication de cette caricature, en octobre, avait suscité la colère de Recep Tayyip Erdogan dans un contexte de vives tensions diplomatiques entre Ankara et Paris. On y voyait l’autoritaire président turc dessiné en slip, bière à la main, soulevant la robe d’une femme voilée en s’écriant: «Ouuuh ! Le prophète !».

«Vulgaire, obscène et déshonorant»

Dans son acte d’accusation, qui doit encore formellement être accepté par un tribunal pour que s’ouvre un procès, le procureur turc estime que cette caricature «n’entre d’aucune manière dans le cadre de la liberté d’expression ou de la presse», qualifiant le dessin de presse de «vulgaire, obscène et déshonorant». Après la parution de cette caricature, Recep Tayyip Erdogan avait dénoncé une «attaque ignoble» commise par des «vauriens».

Cette affaire était intervenue dans un contexte de crise diplomatique entre la Turquie et la France, Recep Tayyip Erdogan accusant notamment le président français Emmanuel Macron d’«islamophobie» pour avoir défendu le droit de caricaturer le prophète Mahomet. L’annonce de l’inculpation des journalistes de Charlie Hebdo intervient par ailleurs quelques jours après qu’Emmanuel Macron a accusé la Turquie d’«ingérence» et en pleine polémique en France sur le financement d’une mosquée soutenue par une association pro-turque à Strasbourg (est).

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé vendredi les poursuites contre les collaborateurs de Charlie Hebdo, accusant Ankara de vouloir «élargir la censure au-delà de la Turquie». Régulièrement épinglée par les ONG, la Turquie est classée à la 154e position sur 180 dans l’index de la liberté de la presse publié par RSF. Des dizaines de journalistes ont été arrêtés et plusieurs médias d’opposition poursuivis ou fermés ces dernières années dans ce pays.

Par Le Figaro avec AFP

Mali : l’ancien président Amadou Toumani Touré est décédé

novembre 10, 2020
Amadou Toumani Touré, ici en 2010 au Parlement européen, est décédé le 10 novembre 2020.

L’ancien président malien Amadou Toumani Touré, renversé par un coup d’État en 2012, est décédé dans la nuit de lundi à mardi en Turquie, où il avait été évacué pour raisons sanitaires.

Amadou Toumani Touré (ATT) est décédé dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 72 ans, selon plusieurs proches de la famille. L’ancien président malien avait subi une opération du cœur à Bamako avant d’être évacué en Turquie.

« Il avait récemment été opéré à l’hôpital du Luxembourg de Bamako, qu’il a créé, a précisé un médecin de cet établissement sous couvert d’anonymat. Tout semblait aller bien. On a décidé ensuite de l’évacuer sanitairement. Il a voyagé [vers] la Turquie très récemment par un vol régulier. Malheureusement, il est décédé dans la nuit de lundi à mardi. »

Renversé par un coup d’État en 2012, ATT a longtemps vécu en exil au Sénégal. Il était rentré définitivement au Mali en décembre 2019.

D’un coup d’État l’autre

Né le 4 novembre 1948 à Mopti, dans le centre du Mali, ATT fait irruption sur le devant de la scène le 26 mars 1991, lors du coup d’État mené par un groupe d’officiers pour renverser Moussa Traoré, qui tenait le pays d’une main de fer depuis le putsch mené contre le socialiste Modibo Keïta, en 1968.

Alors lieutenant-colonel, ATT est porté à la tête du Comité de transition pour le salut du peuple et assure les fonctions de chef de l’État durant la transition.

En 1992, Alpha Oumar Konaré est élu à la présidence du Mali. ATT est nommé général et acquiert à cette époque le surnom de « soldat de la démocratie », pour avoir accepté de remettre le pouvoir aux civils.

Il n’accède lui-même à la magistrature suprême qu’en 2002 : candidat, il démissionne de l’armée afin de pouvoir se présenter et est élu à l’issue du second tour face à Soumaïla Cissé.

Il est réélu en 2007 pour un second mandat, mais celui-ci sera brutalement interrompu par le coup d’État du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), dirigé par Amadou Haya Sanogo. ATT doit fuir dans des conditions rocambolesques et prend le chemin de Dakar, où il vivra durant sept longues années.

Discret, l’ancien président malien y nouera des liens privilégiés avec Macky Sall. Le chef de l’État sénégalais a d’ailleurs été l’un des premiers à saluer la mémoire d’ATT et à présenter ses « condoléances émues à sa famille et au peuple malien », regrettant la disparition d’une « ami et frère ».

Retour à Mopti

Le 28 décembre 2019, quelques jours après son retour au Mali, ATT avait participé aux célébrations du 100ème anniversaire de la création de Mopti. Dans cette région en proie à la violence jihadiste et aux conflits intercommunautaires, il avait promis de s’investir pour ramener la paix.

« Je ferai tout ce qui est possible [en me basant] sur l’expérience que j’ai acquise, parce que je suis avant tout un soldat, lançait-il ce jour-là face à une foule enthousiaste. Pour la paix, la sécurité, la cohésion sociale et le vivre ensemble, je ferai tout pour Mopti, mais je ne le ferai pas seul, nous le ferons ensemble. »

Sa dernière apparition publique remontait au 18 septembre dernier à Bamako. Amadou Toumani Touré avait participé aux obsèques de l’ancien président Moussa Traoré, celui-là même qu’il avait contribué à chasser du pouvoir en 1991.

Il y avait ce jour-là tout ce que Bamako comptait d’anciens dirigeants, à l’exception d’Alpha Oumar Konaré et d’Ibrahim Boubacar Keïta, en séjour médical aux Émirats arabes unis : ATT donc, mais aussi son tombeur, Amadou Haya Sanogo, ainsi que Dioncounda Traoré, qui fut propulsé à la tête de la transition en 2012, et Assimi Goïta, chef du Comité national de salut public (CNSP), qui avait mené quelques jours plus tôt le coup d’État qui a conduit à la chute d’IBK. Un échantillonnage tristement représentatif du tumulte de la scène politique malienne.

Par Jeune Afrique

Le président turc Erdogan appelle de nouveau Macron à faire examiner sa «santé mentale»

octobre 25, 2020

Le président turc avait déjà appelé son homologue français a «se faire soigner», condamnant son attitude à l’encontre des musulmans. L’Élysée avait alors dénoncé des propos «inacceptables», tandis que Jean-Yves Le Drian a relevé une «volonté d’attiser la haine» de la part de la Turquie.

Nouvelle surenchère dans les tensions diplomatiques entre Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron. Le président turc a une nouvelle fois, ce dimanche 25 octobre, appelé son homologue français à faire examiner sa santé mentale. Erdogan a accusé Emmanuel Macron d’être «obsédé» par lui «jour et nuit», ajoutant : «C’est un cas, et en conséquence, il a vraiment besoin de subir des examens (mentaux)».

Samedi, lors d’un discours télévisé, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait critiqué avec virulence les décisions de son homologue français envers la communauté musulmane. «Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale», avait-il déclaré. L’Elysée avait alors réagi en dénonçant, en fin d’après-midi samedi, les propos «inacceptables» du président turc. «Les propos du président Erdogan sont inacceptables. L’outrance et la grossièreté ne sont pas une méthode. Nous exigeons d’Erdogan qu’il change le cours de sa politique car elle est dangereuse à tous points de vue. Nous n’entrons pas dans des polémiques inutiles et n’acceptons pas les insultes.»

Puis, ce dimanche 25 octobre, ce fut au tour du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, de dénoncer, de la part de la Turquie, «une volonté d’attiser la haine» contre la France et son président Emmanuel Macron. Le ministre des Affaires étrangères, depuis l’avion qui l’emmenait vers le Mali, a ainsi fustigé «un comportement inadmissible, à fortiori de la part d’un pays allié», tout en soulignant que l’ambassadeur serait de retour à Paris «pour consultation», dès ce dimanche.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a également appelé Ankara à «cesser cette spirale dangereuse de confrontation». «Les propos du président Recep Tayyip Erdogan à l’égard du président Emmanuel Macron sont inacceptables. Appel à la Turquie à cesser cette spirale dangereuse de confrontation», a-t-il tweeté.

«Caricatures offensantes»

La surenchère ne s’est pas faite attendre : en fin de matinée ce dimanche 25 octobre, Fahrettin Altun, directeur de communications à la présidence turque, a affirmé que les «caricatures offensantes» du prophète Mahomet étaient utilisées pour intimider les musulmans en Europe sous le prétexte de la liberté d’expression.

«La politique insidieuse des caricatures offensantes, des accusations de séparatisme contre les musulmans et des perquisitions de mosquées ne sont pas liées à la liberté d’expression», a affirmé Fahrettin Altun en anglais sur Twitter. «Il s’agit d’intimider les musulmans et de leur rappeler qu’ils sont les bienvenus pour continuer à faire fonctionner l’économie de l’Europe, mais qu’ils n’en feront jamais partie – sur fond de de discours sur l’intégration», a-t-il ajouté. Il a également soutenu que cette attitude à l’égard des musulmans était «étrangement familière» et ressemblait à «la diabolisation des juifs européens dans les années 1920»

Ces commentaires interviennent après la réponse de la France au président turc dans laquelle l’Elysée avait notamment relevé «l’absence de messages de condoléances et de soutien du président turc après l’assassinat de Samuel Paty», l’enseignant décapité il y a une semaine après avoir montré des caricatures de Mahommet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Un avis partagé par Jean-Yves Le Drian qui a déclaré, dans son communiqué : «A l’absence de toute marque officielle de condamnation ou de solidarité des autorités turques après l’attentat terroriste de Conflans Sainte-Honorine, s’ajoutent désormais depuis quelques jours une propagande haineuse et calomnieuse contre la France.»

Il y a deux semaines, Recep Tayyip Erdogan avait dénoncé comme une provocation les déclarations du président français sur le «séparatisme islamiste» et la nécessité de «structurer l’islam» en France. Un projet de loi sur la lutte contre «les séparatismes» en France, qui vise l’islam radical, doit être présenté début décembre. Il vise à renforcer la laïcité et à consolider les principes républicains en France et comporte plusieurs points susceptibles de provoquer des tensions avec la Turquie, comme le contrôle renforcé des financements des mosquées ou l’interdiction de la formation des imams à l’étranger.

Ce contentieux vient s’ajouter à une longue liste de désaccords entre Emmanuel Macron et son homologue turc, qui prend régulièrement la défense des minorités musulmanes dans le monde. Des tensions en Méditerranée au conflit en Libye, en passant par les affrontements au Karabakh, de nombreux dossiers opposent actuellement Paris et Ankara.

Par Le Figaro avec AFP

Turquie: des milliers de femmes manifestent contre les violences

août 5, 2020
L'on peut lire «Prostituée» et «Girl Power» sur les pancartes tenues par les manifestantes.
L’on peut lire «Prostituée» et «Girl Power» sur les pancartes tenues par les manifestantes. YASIN AKGUL / AFP

Plusieurs milliers de femmes ont manifesté mercredi 5 août à travers la Turquie pour demander au gouvernement de Recep Tayyip Erdogan de ne pas se retirer d’un traité international visant à mieux lutter contre les violences domestiques.

A Istanbul, elles étaient plusieurs centaines à s’être rassemblées en brandissant des pancartes proclamant que «les femmes ne pardonneront aucune violence», ou d’autres sur lesquelles étaient inscrits les noms de femmes tuées par des hommes, selon des correspondants de l’AFP. «Ils sont en train d’attaquer les droits que les femmes ont gagnés en luttant. Mais nous sommes dans la rue, sur les places pour défendre nos droits. Nous ne lâcherons rien», a déclaré à l’AFP une manifestante, Sinem Ozkan, 31 ans.

Interpellations par la police

D’autres rassemblements ont eu lieu dans les principales villes du pays, comme Ankara et Izmir (ouest), où une dizaine de manifestantes ont été interpellées par la police, selon l’association Femmes solidaires NAR. Cette mobilisation vise à soutenir la Convention d’Istanbul, un traité adopté en 2011 par le Conseil de l’Europe (qui rassemble 47 pays dont la Turquie) qui fixe des normes juridiquement contraignantes en vue de prévenir la violence sexiste.

Depuis plusieurs semaines, des associations et médias conservateurs exhortent Erdogan à retirer la Turquie de ce traité, estimant notamment qu’il «nuit aux valeurs familiales» et «banalise l’homosexualité». Des responsables du parti islamo-conservateur d’Erdogan, l’AKP, ont évoqué la possibilité d’un retrait, suscitant l’inquiétude de nombreuses associations. L’AKP doit prendre une décision la semaine prochaine, selon les médias.

Elles étaient plusieurs centaines.
Elles étaient plusieurs centaines. YASIN AKGUL / AFP

Pour les militants des droits des femmes, un retrait de la Convention d’Istanbul affaiblirait la lutte contre les violences domestiques. Ils accusent en outre les autorités de ne pas appliquer avec assez de fermeté les lois votées après la ratification du traité en 2012, ce qui explique selon elles la hausse du nombre de féminicides ces dernières années.

Selon la plateforme «Nous mettrons fin aux féminicides», 474 femmes ont été tuées en Turquie en 2019, contre 440 en 2018 et 180 en 2010. «Toutes les femmes turques, sans distinction politique, ont besoin de cette convention», estime Benazir Coskun, 31 ans, venue manifester à Istanbul. «Nous sommes convaincues que si les femmes sont unies, nous parviendrons à empêcher ce retrait».

Par Le Figaro avec AFP