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Turquie: Au moins six morts dans un attentat au cœur d’Istanbul

novembre 13, 2022
Déploiement de policiers et de services d'urgence.

Des policiers et les services d’urgence sur les lieux de l’explosion dans la rue Istiklal, artère piétonne très fréquentée à Istanbul. Photo: Reuters/Kemal Aslan

Un attentat a visé dimanche le cœur battant d’Istanbul, principale ville et capitale économique de la Turquie, faisant au moins six morts et des dizaines de blessés dans l’artère commerçante très fréquentée d’Istiklal.

L’explosion de forte puissance est survenue vers 16 h 20 (heure locale), au moment où la foule était particulièrement dense dans ce lieu de promenade prisé des Stambouliotes et des touristes.

Dans une déclaration devant la presse télédiffusée en direct, le président Recep Tayyip Erdogan a dénoncé un vil attentat qui a fait 6 morts et 53 blessés.

Les premières observations laissent subodorer un attentat terroriste, a affirmé le chef de l’État, ajoutant qu’une femme y serait impliquée, sans autre précision.

Des rumeurs ont couru immédiatement après l’explosion évoquant une attaque suicide, sans aucune confirmation ni preuve. L’attaque n’avait pas été revendiquée en début de soirée.

« Les auteurs de ce vil attentat seront démasqués. Que notre population soit sûre [qu’ils] seront punis. »— Une citation de  Recep Tayyip Erdogan, président turc

M. Erdogan a déjà été confronté à une campagne de terreur à travers le pays en 2015-2016.

Revendiquée en partie par le groupe État islamique, elle avait fait près de 500 morts et plus de 2000 blessés.

Un premier bilan du gouverneur d’Istanbul, Ali Yerlikaya, avait fait état de 4 morts et 38 blessés.

La police a aussitôt établi un large cordon de sécurité pour empêcher l’accès à la zone touchée par crainte d’une seconde explosion. Un imposant déploiement de forces de sécurité barrait également tous les accès au quartier et aux rues adjacentes, a constaté la vidéaste de l’AFP.

J’étais à 50-55 mètres de distance, il y a eu soudain un bruit d’explosion. J’ai vu trois ou quatre personnes à terre, a déclaré à l’AFP un témoin, Cemal Denizci, 57 ans.

« Les gens couraient en panique. Le bruit était énorme. Il y a eu une fumée noire. Le son était si fort, presque assourdissant. »— Une citation de  Cemal Denizci, témoin de l’explosion

Deux femmes et deux enfants inquiets après l’explosion à Istanbul.

Deux femmes et deux enfants se rendent dans une zone sécurisée après l’explosion. Photo : Getty Images/Burak Kara

Selon des images diffusées sur les réseaux sociaux au moment de l’explosion, celle-ci, accompagnée de flammes, a été entendue de loin et a déclenché aussitôt un mouvement de panique.

Un large cratère noir est visible sur ces images, ainsi que plusieurs corps gisant par terre à proximité.

Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, s’est rapidement rendu sur place : J’ai été informé par les équipes de pompiers sur Istiklal. Ils poursuivent leur travail en coordination avec la police, a-t-il indiqué sur Twitter, en présentant ses condoléances aux victimes et à leurs proches.

Dans le quartier voisin de Galata, beaucoup de boutiques ont baissé leurs rideaux avant l’heure. Certains passants, arrivés en courant du lieu de l’explosion, avaient les larmes aux yeux, a constaté un journaliste de l’AFP.

À la nuit tombée, les terrasses des restaurants de ce quartier très touristique restaient en partie vides.

Censure de l’État

Le Haut conseil audiovisuel turc (RTUK) a rapidement interdit aux médias audiovisuels de diffuser des images de la scène, décision justifiée par le directeur de la communication présidentielle et proche conseiller du président Erdogan, Farhettin Altun, pour empêcher de semer la peur, la panique et l’agitation dans la société et (risquer) de servir les objectifs d’organisations terroristes.

Toutes les institutions et organisations de notre État mènent une enquête rapide, méticuleuse et efficace concernant l’incident, a-t-il promis dans une déclaration.

L’émotion est intense à Istanbul, déjà durement éprouvée par le passé. Les matchs des grands clubs de foot stambouliotes, dont le Galatasaray, ont été annulés.

La rue Istiklal, qui signifie l’Indépendance, dans le quartier historique de Beyoglu, est l’une des plus célèbres artères d’Istanbul, entièrement piétonne sur 1,4 km. Sillonnée par un vieux tramway, bordée de commerces et de restaurants, elle est empruntée par près de 3 millions de personnes par jour durant le week-end.

Elle avait déjà été touchée, en mars 2016, par une attaque suicide qui avait fait cinq morts.

En Grèce, avec laquelle Ankara entretient des relations tendues, le ministère des Affaires étrangères a condamné sans équivoque le terrorisme et exprime ses sincères condoléances au gouvernement et au peuple turcs.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Turquie : Erdogan propose un référendum sur le port du voile

octobre 22, 2022

Le débat sur le port du voile s’est récemment enflammé en Turquie à l’approche des élections présidentielle et législatives prévues en 2023.

Le president turc Recep Tayyip Erdogan a propose samedi de lancer un referendum sur le port du voile dans son pays.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a proposé samedi de lancer un référendum sur le port du voile dans son pays.© LUKAS KABON / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a proposé samedi 22 octobre un référendum sur un changement constitutionnel pour garantir le droit de porter un voile dans la fonction publique, les écoles et les universités lors d’une intervention télévisée.

« Si tu as le courage, viens, soumettons ceci au référendum (…) Que la nation prenne la décision », a lancé le chef de l’État turc en s’adressant au chef du principal parti de l’opposition Kemal Kilicdaroglu qui avait initialement proposé une loi pour garantir le droit de porter le voile. Le débat sur le port du voile s’est récemment enflammé en Turquie à l’approche des élections présidentielle et législatives prévues en 2023.

À majorité musulmane, mais ayant inscrit la laïcité dans sa Constitution, la Turquie a été longtemps un pays où le port du voile était interdit dans la fonction publique, les écoles et les universités, ainsi que dans certains lieux, comme le Parlement ou les locaux de l’armée. Les restrictions concernant le port du voile ont été levées en 2013 par le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

Un vif débat sur la scène politique

À la différence des années 1990, où le sujet provoquait de vifs débats, aucun mouvement politique ne propose aujourd’hui son interdiction en Turquie. « Nous avons eu des erreurs dans le passé à propos du voile. (…) Il est temps de laisser derrière nous cette question et qu’elle cesse d’être suspendue aux lèvres des politiciens », a même lancé début octobre le chef du principal parti de l’opposition, CHP (Parti républicain du peuple), Kemal Kilicdaroglu.

Selon des observateurs, Kemal Kilicdaroglu aurait ainsi voulu montrer aux électeurs conservateurs – traditionnellement votant pour l’AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan – qu’ils n’avaient rien à craindre en cas de changement de pouvoir.

Face à cette tentative de récupérer les votes des conservateurs, Recep Tayyip Erdogan a riposté début octobre en appelant son adversaire à effectuer un changement constitutionnel à ce sujet. « Est-ce qu’il y a une discrimination envers les voilées ou pas voilées aujourd’hui dans la fonction publique ? Dans les écoles ? Non. (…) Nous avons réussi ceci », a affirmé le président turc samedi. « Nous allons prochainement envoyer au Parlement la modification de la Constitution. (…) Mais si cela ne peut être résolu au Parlement, soumettons-la au peuple », a-t-il ajouté.

Une mesure anti-LFBT soumise au référendum

Dans le texte que le chef de l’Etat turc propose désormais de soumettre au référendum, il y aura aussi une disposition anti-LGBT, visant à « renforcer la protection de la famille », a-t-il annoncé sans donner plus de détails. « Une famille forte veut dire une nation forte. (…) Est-ce qu’il peut y avoir des LGBT dans une famille forte ? Non » , a-t-il martelé. « En tant que représentant de la volonté du peuple, protégeons notre nation des attaques des courants déviants et pervers » , a-t-il ajouté.

Par Le Point avec AFP

En rencontre avec Poutine, Erdogan tente de négocier une trêve pour l’Ukraine

août 5, 2022
Le président turc Recep Tayyip Erdogan (à droite) et le président russe Vladimir Poutine.

Les discussions entre le chef de l’État turc et son homologue russe se porteront sur la Syrie et la guerre en Ukraine. Photo : Getty Images / Spuntnik / AFP / Sergei Savostyanov

Une trêve dans la guerre en Ukraine et le lancement d’une opération en Syrie? Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, doit évoquer vendredi avec le président russe, Vladimir Poutine, ces deux sujets brûlants.

Trois semaines après leur entretien à Téhéran, le chef de l’État turc retrouve son homologue russe à Sotchi sur la mer Noire, fort de son récent succès diplomatique qui a favorisé l’accord international sur la reprise des exportations de céréales ukrainiennes via le Bosphore.

Trois nouveaux bateaux chargés de maïs ont ainsi quitté les ports ukrainiens vendredi matin à destination de l’Irlande, du Royaume-Uni et de la Turquie.

Les deux dirigeants se sont retrouvés en tête-à-tête à 12 h (GMT) avant de partager un déjeuner avec leurs délégations. Aucune rencontre avec la presse ne figure au programme officiel.

Le mois dernier à Téhéran, le président turc avait été clairement mis en garde par Vladimir Poutine contre toute nouvelle opération en Syrie contre les combattants kurdes du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan et ses alliés.

Juste avant l’atterrissage de M. Erdogan, vendredi, le Kremlin a de nouveau appelé Ankara à ne pas déstabiliser la Syrie avec une incursion militaire, malgré ses inquiétudes légitimes.

Pour les analystes, ces tensions récurrentes font partie de la coopération compétitive qui définit la relation entre les deux dirigeants depuis vingt ans.

Restaurer l’image de la Turquie

La guerre de la Russie contre l’Ukraine a restauré l’image que la Turquie veut donner d’elle-même, celle d’un acteur géopolitique clé, et redonné de la visibilité à Erdogan, écrivait récemment Asli Aydintasbas, membre du Conseil européen des relations étrangères.

Pour elle, la plupart des Turcs soutiennent la position de leur pays de quasi-neutralité entre l’Est et l’Ouest.

La volonté de la Turquie, quoique membre de l’OTAN, de rester neutre entre Kiev et Moscou commence à porter ses fruits.

Après des mois d’efforts, les deux pays ont signé à Istanbul un accord soutenu par l’ONU permettant de reprendre les exportations de céréales ukrainiennes suspendues depuis le début de la guerre le 24 février.

La Turquie veut maintenant tenter d’en tirer parti pour obtenir l’ouverture de négociations directes entre le président russe et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, si possible à Istanbul.

Nous avons discuté [pour voir] si l’accord sur les céréales pouvait être l’occasion d’un cessez-le-feu durable, a confié mercredi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, après une rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, en Asie.

Des efforts minés par la situation en Syrie

Mais ces efforts sont compliqués par les menaces répétées d’Ankara d’opération militaire en Syrie, où les intérêts russes et turcs s’entrechoquent.

Moscou a largement soutenu le président syrien, Bachar Al-Assad, face à des groupes appuyés en partie par la Turquie.

Aujourd’hui, Erdogan veut de nouveau traverser la frontière pour établir une zone de sécurité dans une région où patrouillent les troupes russes et leurs affidés, mais d’où il veut chasser les groupes kurdes qu’il considère comme des terroristes.

Il est probable que la réunion [de vendredi] portera sur une éventuelle incursion en Syrie, pour laquelle la Turquie n’a pas obtenu le feu vert de la Russie ou de l’Iran, remarque le spécialiste en relations internationales Soli Ozel, de l’Université Has d’Istanbul. La Russie devrait obtenir quelque chose en retour, estime-t-il.

Pour certains médias turcs, ce que veut vraiment Vladimir Poutine, ce sont des drones.

À la recherche de drones

Ankara a fourni à l’Ukraine ses fameux drones de combats Bayraktar-TB2 à l’efficacité prouvée face aux chars russes.

Selon des responsables américains, une délégation russe s’est rendue en Iran pour envisager l’achat de centaines de drones. Et Erdogan lui-même a rapporté à son retour de Téhéran une demande de Poutine en ce sens.

Un responsable turc a ensuite assuré que le président plaisantait. Mais le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, a donné corps à l’idée, assurant que la coopération militaire et technologique figure toujours à l’agenda des deux pays.

Et vendredi, le président des industries de défense turques, Ismail Demir, accompagnait M. Erdogan à Sotchi.

M. Erdogan a également embarqué ses ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Économie et de l’Énergie, ce qui témoigne de ses attentes alors que la Turquie, qui importe l’essentiel de son énergie, subit une crise économique et une inflation proche de 80 % sur l’année.

Selon le Washington Post, les services de renseignement ukrainiens auraient divulgué une proposition de Moscou détaillant les possibilités d’investissements russes en Turquie afin de contourner les sanctions occidentales.

Reste enfin une possible source de tension entre les deux présidents, connus pour leurs retards chroniques.

A Téhéran, Erdogan a fait patienter Vladimir Poutine seul, pendant 50 secondes, debout dans une pièce sous la caméra de l’agence de presse officielle turque centrée sur son visage tendu.

Pour beaucoup, c’était la riposte du président turc au retard que lui avait infligé le patron du Kremlin, près de deux minutes durant, en 2020.

Par Radio-Canada avec AFP

Assassinat de Khashoggi: un membre présumé du commando arrêté à l’aéroport de Roissy

décembre 7, 2021
Assassinat de Khashoggi: un membre presume du commando arrete a l'aeroport de Roissy
Assassinat de Khashoggi: un membre présumé du commando arrêté à l’aéroport de Roissy© AFP/Archives/MOHAMMED AL-SHAIKH

Un membre présumé du commando impliqué dans l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 à Istanbul a été interpellé mardi matin à l’aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle et placé en rétention judiciaire, a-t-on appris de sources judiciaire et aéroportuaire.

Khalid Alotaibi, 33 ans, a été interpellé par la police aux frontières alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Riyad, a indiqué une source proche du dossier.

Il a été placé en rétention judiciaire dans le cadre d’un mandat d’arrêt international émis par la Turquie, a précisé une source judiciaire. À l’issue de sa rétention mercredi, il sera présenté au parquet général de la cour d’appel de Paris qui lui notifiera le mandat d’arrêt, a poursuivi cette source.

Jamal Khashoggi, ancien proche du pouvoir saoudien dont il était devenu un féroce détracteur, a été assassiné dans les locaux du consulat de son pays à Istanbul, le 2 octobre 2018, par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite. Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé.

Après avoir nié l’assassinat, Riyad avait fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls. À l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens ont été condamnés à mort et trois à des peines de prison — les peines capitales ont depuis été commuées.

Par Le Point avec AFP

Turquie : « Un tiers de notre aide au développement est consacré à l’Afrique »

décembre 3, 2021
Serdar Çam, le vice-ministre turc de la Culture et du Tourisme. © Tika

L’Agence turque pour la coopération et le développement (Tika) compte 22 bureaux sur le continent et multiplie les projets. Entretien avec Serdar Çam, qui en tant que vice-ministre de la Culture chapeaute cette institution.

Ingénieur chimiste diplômé de la prestigieuse université Odtü (Ankara) et docteur en management (université de Boston), Serdar Çam a présidé l’Agence pour la coopération et le développement (Tika) de 2011 à 2019. Aujourd’hui vice-ministre de la Culture et du Tourisme, il chapeaute plusieurs organismes liés au soft power turc, dont la Tika, qui depuis sa création, en 1992, a conduit plus de 30 000 projets dans 170 pays. La Tika compte 850 employés et 62 bureaux, dont 22 en Afrique.

Jeune Afrique : Quels sont les objectifs de la Tika en Afrique ?
Serdar Çam : Partager nos valeurs et notre expérience, faire bénéficier les pays du continent de nos succès économiques. Nous avons surmonté de nombreuses difficultés et beaucoup appris ces quarante dernières années. Nous avons aussi aidé les pays turcophones d’Asie centrale après l’effondrement de l’URSS. Nos capacités étaient néanmoins limitées. Mais, depuis que Recep Tayyip Erdogan a accédé au pouvoir, en 2002, la Tika est devenue un acteur important de l’aide au développement. Sa caractéristique : soutenir les économies fragiles, sans marchandage ni contreparties.

Quels sont vos domaines d’action ?
Nous avons lancé des milliers de programmes dans tous les secteurs : éducation, santé, agriculture, industrie, développement durable, aide aux mères et aux enfants, promotion des femmes… Chaque année, 5 000 experts turcs, dont un tiers en Afrique, sont engagés dans des actions de formation.

À MOGADISCIO, NOUS AVONS CONSTRUIT L’HÔPITAL LE PLUS GRAND ET LE PLUS MODERNE DU CONTINENT

De quel budget disposez-vous ?

Il varie en fonction des besoins. Lors de la Quatrième Conférence de l’ONU sur les pays les moins avancés, qui a eu lieu à Istanbul en 2011, la Turquie s’était engagée à fournir 2 milliards de dollars sur dix ans à ces 48 États, dont 35 sont africains. Elle a tenu sa promesse. Aujourd’hui, un tiers de notre action est consacré à l’Afrique.

Quelle est votre approche ?
Elle consiste à demander aux pays quels sont leurs besoins et à leur donner ce qu’ils jugent nécessaire. Et cela, ils le savent mieux que nous. Selon les cas, cela peut être des infrastructures, de la formation pour les agricultrices, ou des écoles, car l’illettrisme est un frein au développement et un terreau pour le terrorisme.

Avez-vous des pays cibles ?
Nous veillons à être actifs partout. Dans les pays où nous n’avons pas de bureau, nous agissons depuis notre siège, à Ankara, ou depuis notre bureau régional le plus proche.

Quelles sont vos plus grandes réussites ?
Je pourrais évoquer celles qui ont mobilisé les plus gros budgets. Mais certaines, sans représenter des montants élevés, contiennent une forte charge émotionnelle. Au Ghana, nos médecins ont appareillé une quarantaine d’enfants profondément sourds. Ils peuvent aujourd’hui parler, et sont scolarisés. À Mogadiscio, nous avons construit et faisons fonctionner l’hôpital le plus grand (200 lits) et le plus moderne du continent.

Nous avons également construit, équipé ou rénové des hôpitaux, des centres médicaux, des écoles ou des Parlements, notamment au Bénin, en Gambie, en Libye, au Mali, au Niger, au Soudan et au Tchad. Et restauré des monuments ottomans, comme la mosquée Ketchaoua, à Alger, le consulat d’Harar, en Éthiopie, le musée et le palais du sultan Ali Dinar, au Soudan.

NOS ÉCHANGES AVEC CERTAINS PAYS ONT ÉTÉ DÉCUPLÉS

Quelles différences présentez-­vous avec les autres agences de développement ?
Sur le plan technique, il y en a peu. C’est notre approche politique qui est différente. Nous ne faisons pas comme certains États dont les banques prêtent de l’argent à des pays et qui, lorsque ces derniers ne peuvent plus rembourser, prennent le contrôle de pans entiers de leur économie.

Cela étant, nous sommes conscients que ce qu’il se passe dans d’autres parties du monde peut avoir des conséquences pour nous. Lutter contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest, par exemple, peut avoir un impact sur la France ou sur la Turquie. Cette dernière est un bon partenaire pour l’Union européenne (UE). Nous pouvons être concurrents dans une certaine mesure, mais, sur le plan global, nous pouvons aussi agir et, pourquoi pas, travailler ensemble.

Votre aide n’est pas forcément désintéressée…
Bien sûr, toute action positive suscite l’amitié. Nos échanges avec certains pays ont été décuplés sans que nous n’ayons rien calculé. Lors d’une visite du président Erdogan en Afrique du Sud, un homme d’affaires m’a demandé au déjeuner  : « Quelles sont vos attentes en Somalie ? » « Voir cesser la mortalité infantile », lui ai-je répondu. La première dame, Emine Erdogan, avait tenu dans ses bras un bébé, qui est mort peu après – les médecins du président n’avaient pu le sauver. Cela nous avait beaucoup remués. Nous aurions pu ouvrir notre premier bureau au Mozambique, qui possède les deuxièmes réserves de gaz du continent, mais non : nous aidons les plus pauvres et voulons montrer qu’on peut réussir à aider des États faillis.

L’AFRIQUE EST LE LIEU OÙ LA TURQUIE ET L’UNION EUROPÉENNE PEUVENT TROUVER DES COMPROMIS

Êtes vous favorables à des initiatives conjointes avec d’autres organismes d’aide au développement ?

Nous sommes toujours ouverts à d’autres collaborations, sans restrictions, que ce soit avec l’ONU, le Pnud, l’USaid, etc. Depuis près de sept siècles la Turquie est tournée vers l’Europe. Elle est très importante pour l’UE, les politiciens qui ne veulent pas que nous l’intégrions devraient le comprendre. L’Afrique est un continent essentiel, où la Turquie et d’autres pays européens peuvent mener des projets conjoints, avec de nouvelles approches, de nouveaux programmes. Nous devons nous tourner vers l’avenir. Justement, l’Afrique est le lieu où l’on peut trouver des compromis.

Travaillez-vous avec le secteur privé ?

Bien sûr, indirectement. Pour de gros projets, tels que des programmes techniques ou scientifiques, nous travaillons avec des ministères et autres institutions étatiques, mais nous nous appuyons aussi sur des universités ou sur des organisations techniques appartenant au secteur privé. En lançant des appels d’offre nous transférons la mise en œuvre de nos programmes au privé. Et, par ailleurs, des donateurs nous aident pour des projets spécifiques.

Avec Jeune Afrique par Joséphine Dedet

Omar Souleyman, star de l’électro-folk syrienne, arrêté en Turquie pour « terrorisme »

novembre 18, 2021

Il est accusé d’être membre de l’organisation kurde syrienne des YPG (Unités de protection du peuple), considérée par Ankara comme un groupe terroriste en tant que prolongement du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), implanté en Turquie.

Omar Souleyman à Oslo, lors du concert du prix Nobel de la paix qui avait été remis à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, le 11 décembre 2013.
Omar Souleyman à Oslo, lors du concert du prix Nobel de la paix qui avait été remis à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, le 11 décembre 2013. DANIEL SANNUM LAUTEN / AFP

C’est un musicien de légende. Le chanteur syrien Omar Souleyman, qui a acquis une notoriété internationale en combinant musiques traditionnelles syriennes et électro, a été arrêté mercredi 17 novembre par la police turque, a annoncé son agent à l’Agence France-Presse (AFP). La star de l’électro-folk syrienne, qui réside en Turquie depuis plusieurs années, a été interpellée dans la ville de Sanliurfa, à 50 km de la frontière syrienne.

Un avis de recherche avait été émis à l’encontre d’Omar Almasikh – son véritable nom – et des gendarmes turcs l’ont arrêté dans la province de Sanliurfa, près de la frontière syrienne. Le gouvernorat de Sianlurfa a confirmé cette arrestation à l’AFP, sans autre détail.

Le chanteur a été conduit à l’hôpital pour passer des examens médicaux et devrait être transféré dans une gendarmerie pour y être entendu. Son agent a assuré que le chanteur, âgé de 55 ans, serait relâché « d’ici quelques heures ».

Selon le quotidien progouvernemental Yeni Safak et l’agence de presse DHA, il est accusé d’« être membre de l’organisation terroriste PKK/YPG ». Ankara considère les Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde en Syrie, comme une émanation du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé comme « terroriste » par la Turquie, l’Union européenne et les Etats-Unis.

Keffieh rouge et blanc et lunettes de soleil noires

Souleyman, qui a commencé sa carrière en chantant dans les mariages en Syrie, apparaît dans ses clips avec un keffieh rouge et blanc et d’épaisses lunettes de soleil noires. Le chanteur a fui la Syrie après le déclenchement de guerre civile, en 2011, pour s’installer en Turquie, où il a notamment ouvert une boulangerie.about:blankhttps://acdn.adnxs.com/dmp/async_usersync.html

Les tubes d’Omar Souleyman, parmi lesquels Warni Warni, qui totalise près de 100 millions de vues sur YouTube, lui ont ouvert les portes des festivals internationaux, comme Villette Sonique, en 2009, les Eurockéennes de Belfort en 2010, Glastonbury en 2011, South by Southwest (SXSW), au Texas, ou Pitchfork Festival à Paris, en 2013. Il s’était aussi produit lors du concert du prix Nobel de la paix en décembre 2013. Il a également collaboré avec des artistes, comme la chanteuse islandaise Björk ou le musicien britannique Four Tet.

Par Le Monde avec AFP et Reuters

Turquie-Afrique : Erdogan veut-il prendre le relais de la France ?

octobre 20, 2021
POV © POV

Le président turc est en tournée en Angola, au Nigeria et au Togo. Après l’annonce de la fin de Barkhane, il semble bien décidé à investir le terrain militaire africain, comme il l’a fait en Éthiopie.

Engagé dans une guerre sans merci avec les rebelles tigréens du TPLF, Abiy Ahmed n’a pas lésiné sur les achats d’équipements militaires. Et Ankara figure parmi ses principaux fournisseurs : selon l’agence de presse Reuters, dans le secteur de la défense et de l’armement, les exportations de la Turquie vers l’Éthiopie sont passées en un an de 203 000 dollars à 51 millions de dollars.

Gnassingbé, Kaboré et Weah

Ankara a-t-il maintenant pour ambition d’atteindre le même niveau de coopération militaire avec d’autres pays du continent ? Bien décidé à accélérer l’offensive diplomatique et économique de son pays en Afrique depuis que l’option d’un rapprochement avec l’Union européenne s’est éloignée au tournant des années 2000, Recep Tayyip Erdoğan vient d’effectuer une tournée en Angola au Nigeria et au Togo.

Mardi 19 octobre, il a ainsi fait escale pour quelques heures à Lomé, où il a été reçu par Faure Gnassingbé. Pour l’occasion, pas moins de deux chefs d’État de la région ont fait le déplacement : Roch Marc Christian Kaboré et George Weah. Si Erdogan ne vient pas à toi, il faut savoir aller à Erdogan… Le président burkinabè et le chef d’État libérien ont chacun eu l’occasion de s’entretenir avec leur homologue.

ANKARA A SIGNÉ UN ACCORD MILITAIRE AVEC LE NIGER DONT LES CLAUSES SONT RESTÉES SECRÈTES

Premiers pas sécuritaires

La Turquie a déjà un poids économique important en Afrique de l’Ouest, qui lui a notamment permis d’obtenir de plusieurs gouvernements de la sous-région la fermeture des écoles proches de la confrérie Gülen (du nom de l’imam qu’elle accuse d’avoir fomenté le coup d’État de juillet 2016), comme ce fut le cas dès 2017 au Sénégal. Sur le front sécuritaire, en revanche, la coopération avec les pays ouest-africains n’en est encore qu’à ses premiers pas. La Turquie, qui accueille depuis 2018 des officiers maliens pour des formations, a donné 5 millions de dollars à la force du G5 Sahel et a signé en 2020 un accord militaire avec le Niger dont les clauses sont pour l’heure restées secrètes.

Si Recep Tayyip Erdogan a plaidé lors de sa visite « de travail » à Lomé pour un renforcement des échanges économiques entre les deux pays, il a surtout, fait inédit, signé avec Faure Gnassingbé un accord portant sur le renforcement de leur coopération militaire, alors même que Lomé s’emploie à renforcer ses capacités face au risque terroriste. Le président togolais devrait répondre dans un avenir proche à l’invitation de son homologue turc et se rendre à Ankara.

Recep Tayyip Erdogan cherche-t-il à combler les vides laissés par le retrait partiel de la France ? En juillet dernier, International Crisis Group relativisait cette avancée militaire de la Turquie sur le continent qui « vu sa faible ampleur, demeure pour l’instant peu susceptible de bouleverser les dynamiques régionales ». Mais le think tank n’en soulignait pas moins le risque de voir se « renforcer la compétition géopolitique dans la région ».

POV

Avec Jeune Afrique par POV

Dessinateur de presse, William Rasoanaivo – alias POV – vit et travaille à Maurice.

Incendies en Grèce et en Turquie: panorama apocalyptique sur l’île grecque d’Eubée

août 9, 2021

Dans la chaleur et d’épaisses fumées étouffantes, les soldats du feu livraient lundi pour le 7e jour consécutif une bataille acharnée contre le brasier de l’île d’Eubée, à 200 km à l’est d’Athènes, le plus destructeur des incendies qui touchent encore la Grèce et la Turquie.

Une maison brûle dans le village de Pefki sur l'île d'Eubée en Grèce, ravagée par les incendies, le 8 août 2021

© ANGELOS TZORTZINIS Une maison brûle dans le village de Pefki sur l’île d’Eubée en Grèce, ravagée par les incendies, le 8 août 2021

IMAGESArmés de branches, des habitants de l'île grecque d'Eubée, luttent désespérément pour maîtriser les flammes qui ont ravagé au moins 35.000 hectares et des centaines de maisons, selon les autorités.

© Savvas KARMANIOLAS IMAGESArmés de branches, des habitants de l’île grecque d’Eubée, luttent désespérément pour maîtriser les flammes qui ont ravagé au moins 35.000 hectares et des centaines de maisons, selon les autorités.

Si la plupart des feux en cours depuis près de deux semaines étaient stabilisés ou en rémission lundi en Grèce et en Turquie, le nord d’Eubée, la deuxième plus grande île de Grèce, présentait toujours un panorama apocalyptique. 

Le village côtier de Pefki, dans le nord de l’île d’Eubée, s’est réveillé dans un épais nuage de fumée âcre, a constaté une équipe de l’AFP.

Quelque 300 personnes évacuées de villages alentours ont passé la nuit dans un ferry amarré sur la longue plage. Au large, un bateau militaire attend tel un vaisseau fantôme sur un horizon imperceptible.

Le ferry « était le seul endroit où les gens pouvaient trouver un peu de calme et de sécurité », a expliqué à l’AFP un responsable militaire en faction, Panagiotis Charalambos.

Comme beaucoup de localités proches, Pefki « n’avait plus d’électricité ni d’eau », a précisé le capitaine de port adjoint.

Ces derniers jours, dans le nord d’Eubée, « les gardes-côtes ont effectué des dizaines d’opérations de sauvetage. 2.600 personnes ont été évacuées depuis le début de l’incendie », dit-il, les yeux embués par l’atmosphère asphyxiante.

Un habitant tente désespérément d'éteindre le feu qui s'approche du village de Pefki sur l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021

© ANGELOS TZORTZINIS Un habitant tente désespérément d’éteindre le feu qui s’approche du village de Pefki sur l’île d’Eubée, en Grèce, le 8 août 2021

Sur le front de l’incendie, les villages de Kamatriades et Galatsades devaient être les priorités des pompiers lundi. Car « si le feu passe par là, il se trouvera dans une forêt épaisse et difficile à éteindre », selon les pompiers cités par l’agence grecque de presse ANA. 

Parmi les quelque 650 soldats du feu opérant lundi sur l’île, figurent quelque 250 pompiers venus d’Ukraine, de Serbie et de Roumanie, renforcés par 11 avions et hélicoptères bombardiers d’eau, a précisé la protection civile.

– « Il ne reste plus rien » –

Un à un, des dizaines de villages assiégés par le feu ont été entièrement vidés de leurs populations, au grand désespoir des locaux, dont les biens et les terres ont été réduits en cendres.

« Ici, les gens vivaient de la forêt, des récoltes, des olives et du tourisme. Il ne reste plus rien de tout çà », a déclaré Louisa, une retraitée rencontrée à  Pefki.

Le ministre grec des Finances Christos Staikouras a annoncé sur la chaîne publique ERT TV que des aides d’un maximum de 6.000 euros par foyer seraient allouées aux habitants dont les maisons ont subi des dégâts, ainsi qu’une somme de 4.500 euros pour les blessés.

Des habitants évacués sur la plage avec leurs animaux et quelques affaires, tandis que les flammes ravagent le village de Pefki sur l'île d'Eubée, en grèce, le 8 août 2021

© ANGELOS TZORTZINIS Des habitants évacués sur la plage avec leurs animaux et quelques affaires, tandis que les flammes ravagent le village de Pefki sur l’île d’Eubée, en grèce, le 8 août 2021

Dans la ville d’Aidipsos, des collectes de produits de première nécessité s’organisaient pour les villageois qui ont tout perdu dans l’incendie.

« Vous avez vu l’Etat nous offrir de l’eau? Des goûters aux enfants? Personne. Ils laissent les commerçants et les individus donner de l’eau aux gens », a déclaré, furieux, Giorgos, interrogé par l’AFP à Pefki.

– « Moyens insuffisants » –

La polémique a enflé ces derniers jours sur le manque de moyens alloués par la Grèce à la lutte contre les incendies, en particulier à Eubée. 

Le vice-gouverneur d’Eubée Giorgos Kelaïtzidis, de même que de nombreux maires et habitants, ont dénoncé des forces « insuffisantes » alors que la situation était « critique » sur l’île. 

Les moyens aériens rencontrent de « sérieuses difficultés » à cause des turbulences, des fumées et d’une visibilité limitée, avait rétorqué dimanche le vice-ministre de la protection civile Nikos Hardalia

Le ministre des Finances a ajouté lundi que le budget de la protection civile serait boosté d’1,76 milliard d’euros et que 224 millions d’euros seraient alloués à la reforestation.

La Grèce et la Turquie traversent depuis près de deux semaines une vague d’incendies violents, favorisés par la sécheresse et des températures caniculaires, qui ont fait dix morts en tout et des dizaines de blessés hospitalisés.

Dans la région turque de Mugla, deux ouvriers forestiers ont été blessés par la chute d’un arbre en feu à Mentese et transportés à l’hôpital, a rapporté lundi la télévision d’Etat TRT.

Les flammes ont détruit plusieurs secteurs de la province de Mugla, où les pompiers turcs continuaient de lutter pour arrêter la course folle du feu de forêt.

Aux portes d’Athènes, le sinistre qui a détruit des dizaines d’habitations et d’entreprises était en rémission depuis dimanche mais « le danger de résurgence est élevé », a prévenu M. Hardalias. 

De nombreuses forces terrestres continuaient lundi matin de lutter contre les flammèches au pied du mont Parnès, en particulier les unités venues d’Israël mais aussi de Chypre et de France dans le cadre du dispositif européen d’aide aux incendies, selon les pompiers. 

Un incendie a été maîtrisé en Crète, tandis que la situation était stabilisée dans le Péloponnèse où quelque 300 pompiers restaient mobilisés lundi matin, selon les autorités.

Avec AFP par burx-chv/cl

Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie convoque l’ambassadeur américain

avril 24, 2021
Biden reconnait le genocide armenien, la Turquie convoque l'ambassadeur americain
Biden reconnaît le génocide arménien, la Turquie convoque l’ambassadeur américain© AFP/Archives/Andrew CABALLERO

Joe Biden a reconnu samedi le génocide arménien, devenant le premier président des Etats-Unis à qualifier ainsi la mort d’un million et demi d’Arméniens massacrés par l’Empire ottoman en 1915, suscitant la colère de la Turquie.

Son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a immédiatement réagi en dénonçant « la politisation par des tiers » de ce débat, dans un message adressé au patriarche arménien à Istanbul.

Le ministre turc des Affaires étrangères a convoqué samedi l’ambassadeur américain pour protester, a rapporté l’agence de presse d’Etat Anadolu.

La Turquie n’a « de leçons à recevoir de personne sur son histoire », avait-il auparavant déclaré.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a de son côté salué une « mesure très forte envers la justice et la vérité historique » dans un message sur Facebook.

Le génocide arménien est reconnu par plus de vingt pays et par de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

« Les Américains honorent tous les Arméniens ayant péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd’hui », a écrit Joe Biden dans un communiqué.

« Nous affirmons l’histoire. Nous ne faisons pas cela pour accabler quiconque mais pour nous assurer que ce qui s’est passé ne se répètera jamais », a-t-il ajouté.

Le président démocrate, qui avait promis pendant sa campagne électorale de prendre l’initiative sur ce dossier, a informé vendredi de sa décision son homologue turc dans une conversation téléphonique.

Les deux dirigeants sont convenus de se rencontrer en juin en marge du sommet de l’Otan à Bruxelles.

Au téléphone avec le chef de l’Etat turc, le locataire de la Maison Blanche a exprimé sa volonté de bâtir une « relation bilatérale constructive », selon le bref compte-rendu américain qui évoque la nécessité d’une « gestion efficace des désaccords ».

« Honorer les victimes »

Il s’agit d' »honorer les victimes, pas d’accabler qui que ce soit », a insisté une responsable américaine, sous couvert de l’anonymat. « Nous continuons de considérer la Turquie comme un allié crucial au sein de l’Otan », a-t-elle ajouté.

Sans citer explicitement les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington.

Au cours d’une réunion avec des conseillers, il a prévenu qu’il continuerait à « défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant +génocide arménien+ (…) à des fins politiques ».

Malgré des années de pressions de la communauté arménienne aux Etats-Unis, aucun président américain ne s’était jusqu’ici risqué à fâcher Ankara.

Le Congrès américain a reconnu le génocide arménien en décembre 2019 à l’occasion d’un vote symbolique, mais Donald Trump, qui entretenait d’assez bonnes relations avec Recep Tayyip Erdogan, avait refusé d’utiliser ce mot, parlant seulement d' »une des pires atrocités de masse du XXe siècle ».

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l’Empire ottoman, alors allié à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Ils commémorent ce génocide chaque année le 24 avril.

La Turquie, issue du démantèlement de l’empire en 1920, reconnaît des massacres mais récuse le terme de génocide, évoquant une guerre civile en Anatolie, doublée d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

« La Turquie ne va jamais reconnaître le génocide. Cela n’arrivera jamais », a confié à l’AFP Aram Bowen, 33 ans, au cours d’un rassemblement de plusieurs centaines de membres de la communauté arménienne à New York.

L’annonce de Joe Biden est « ce qui se rapproche le plus d’une reconnaissance mondiale », a-t-il poursuivi.

Aussi présent au rassemblement new-yorkais, Samuel Armen, 32 ans, qui est né en Arménie, a de son côté jugé que ce geste était « étape positive », mais pas encore « suffisante ».

« Cela fait des années qu’on attend cela, on voulait cela avant Biden. On a eu beaucoup de promesses avec Trump et avant, on a attendu », a quant à elle dit à l’AFP Taline Nourian, croisée à Erevan.

« Je pense que la Turquie aura peur maintenant car tous les pays vont commencer à reconnaître (le génocide) cette année ou celle d’après, tout le monde va en parler », a affirmé cette Arménienne de 41 ans.

Moins optimiste, Gregory, interrogé par l’AFP dans les rues de Jérusalem pense que cette décision « ne va rien changer ».

« L’Arménie est un peu petit pays, nous ne sommes pas grands et puissants comme la Turquie. Nous n’avons pas beaucoup à offrir en terme de géopolitique et de commerce », poursuit l’homme dans la soixantaine en face du couvent arménien St-Jacques.

L’annonce de M. Biden n’aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu’aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a qualifiée de « soi-disant partenaire stratégique » qui « par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié ».

Le président démocrate assure vouloir mettre la défense des droits humains au cœur de sa politique étrangère. Son gouvernement a confirmé l’accusation de « génocide » portée dans les derniers jours de la présidence de Donald Trump contre la Chine pour la répression des musulmans ouïghours.

Par Le Point avec AFP

Turquie : quatre journalistes de Charlie Hebdo inculpés pour «insulte» à Erdogan

mars 26, 2021

Les quatre journalistes sont accusés d’avoir insulté le président turc dans une caricature publiée l’an dernier. Un procureur demande jusqu’à quatre ans d’emprisonnement.

Un procureur turc a réclamé vendredi 26 mars jusqu’à quatre ans d’emprisonnement contre quatre collaborateurs de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo qu’il accuse d’avoir «insulté» le président Recep Tayyip Erdogan dans une caricature publiée l’an dernier.

Selon l’agence de presse étatique turque Anadolu, les quatre collaborateurs de Charlie Hebdo inculpés sont la caricaturiste Alice Petit et trois responsables du célèbre hebdomadaire, Gérard Biard, Julien Sérignac et Laurent Sourisseau, dit Riss. La publication de cette caricature, en octobre, avait suscité la colère de Recep Tayyip Erdogan dans un contexte de vives tensions diplomatiques entre Ankara et Paris. On y voyait l’autoritaire président turc dessiné en slip, bière à la main, soulevant la robe d’une femme voilée en s’écriant: «Ouuuh ! Le prophète !».

«Vulgaire, obscène et déshonorant»

Dans son acte d’accusation, qui doit encore formellement être accepté par un tribunal pour que s’ouvre un procès, le procureur turc estime que cette caricature «n’entre d’aucune manière dans le cadre de la liberté d’expression ou de la presse», qualifiant le dessin de presse de «vulgaire, obscène et déshonorant». Après la parution de cette caricature, Recep Tayyip Erdogan avait dénoncé une «attaque ignoble» commise par des «vauriens».

Cette affaire était intervenue dans un contexte de crise diplomatique entre la Turquie et la France, Recep Tayyip Erdogan accusant notamment le président français Emmanuel Macron d’«islamophobie» pour avoir défendu le droit de caricaturer le prophète Mahomet. L’annonce de l’inculpation des journalistes de Charlie Hebdo intervient par ailleurs quelques jours après qu’Emmanuel Macron a accusé la Turquie d’«ingérence» et en pleine polémique en France sur le financement d’une mosquée soutenue par une association pro-turque à Strasbourg (est).

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé vendredi les poursuites contre les collaborateurs de Charlie Hebdo, accusant Ankara de vouloir «élargir la censure au-delà de la Turquie». Régulièrement épinglée par les ONG, la Turquie est classée à la 154e position sur 180 dans l’index de la liberté de la presse publié par RSF. Des dizaines de journalistes ont été arrêtés et plusieurs médias d’opposition poursuivis ou fermés ces dernières années dans ce pays.

Par Le Figaro avec AFP