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Cameroun, Nigeria… Glencore plaide définitivement coupable de corruption

juin 21, 2022

Une filiale britannique du géant du négoce a officiellement plaidé coupable de sept chefs d’accusation de corruption dans le cadre d’opérations pétrolières au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud.

Le siège du géant suisse Glencore à Baar, en Suisse, en 2020. © Fabrice COFFRINI / AFP

Le géant suisse avait jusqu’à ce mardi 21 juin pour confirmer sa décision, intervenue fin mai. C’est désormais chose faite.

Et la déclaration est intervenue devant la Southwark Crown Court à Londres : plus de 28 millions de dollars de pots-de-vin auraient été versés par Glencore Energy pour obtenir un accès préférentiel au pétrole et générer des profits illicites entre 2011 et 2016. Selon le Serious Fraud Office (SFO) britannique, l’entreprise sera condamnée le  2 et 3 novembre prochains.

Nombreuses accusations

Depuis ce début d’année, le groupe a déjà été condamné trois fois. En effet, cette nouvelle procédure de « plaider coupable » fait suite à des accusations portées par les autorités américaines, brésiliennes et britanniques. Pour faire face à ces actions en justice, le géant minier a approvisionné quelque 1,5 milliard de dollars.

Le procureur américain du district sud de New York, Damian Williams, a présenté quelques-unes des conclusions de l’enquête américaine : « Glencore a versé plus de 100 millions de dollars en pots-de-vin à des fonctionnaires au Brésil, au Nigeria, en République démocratique du Congo et au Venezuela. Son système de pots-de-vin s’étendait dans le monde entier. Glencore a agi de la sorte afin d’obtenir des contrats pétroliers, pour éviter les audits gouvernementaux, et afin de faire disparaître des procès. Avec cette stratégie la compagnie a gagné des centaines de millions de dollars. Et ils l’ont fait avec l’approbation et même l’encouragement de cadres supérieurs. »

📢YESTERDAY GLENCORE FACED A $1.2 BILLION FINE FOR GLOBAL BRIBERY AND MARKET MANIPULATION. A THREAD 1/12HTTPS://T.CO/970IQJ65EG— SPOTLIGHT ON CORRUPTION (@ENDCORRUPTIONUK) MAY 25, 2022

Fonctionnement illicite en Afrique

Le SFO indique que les dernières accusations comprennent des allégations selon lesquelles Glencore aurait versé plus de 4,9 millions de dollars de pots-de-vin à des fonctionnaires de la Nigerian National Petroleum Corporation, une entreprise publique nigériane, entre mars 2012 et avril 2014, afin d’obtenir des contrats pétroliers.

Selon la même source, le leader de l’extraction avait versé sous la table plus de 10 millions de dollars à des fonctionnaires de la société pétrolière publique camerounaise, la Société nationale des hydrocarbures et la Société nationale de raffinage, afin d’obtenir l’exclusivité sur des contrats. Plus tôt dans l’année, ce sont des pots-de-vin de 7,4 millions d’euros en Côte d’Ivoire qui ont été pointés du doigt.

« Cette importante enquête, que le Serious Fraud Office a porté devant les tribunaux en moins de trois ans, est le résultat de notre expertise, de notre ténacité et de la force de notre partenariat avec les États-Unis et d’autres juridictions », a déclaré Lisa Osofsky, directrice du SFO à l’issue de l’enquête qui a débuté en 2019.

Le président de Glencore, Kalidas Madhavpeddi, a pour sa part déclaré dans un communiqué que Glencore s’engageait à « agir de manière éthique et responsable dans tous les aspects de son activité ».

Avec Jeune Afrique

Nigeria: cinq choses à savoir sur le candidat du pouvoir Bola Ahmed Tinubu

juin 8, 2022

ÉLECTION. Retour en cinq points sur le parcours de l’influent ex-gouverneur de Lagos, vainqueur de la primaire du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023.

Bola Tinubu a domine la politique dans la capitale economique du Nigeria pendant plus de vingt ans.
Bola Tinubu a dominé la politique dans la capitale économique du Nigeria pendant plus de vingt ans.© PIUS UTOMI EKPEI / AFP

« Le parrain », « le faiseur de rois », « le boss » : les surnoms ne manquent pas pour désigner Bola Ahmed Tinubu, homme politique nigérian aussi influent que controversé, désigné mercredi candidat du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023. « Je déclare Bola Ahmed Tinubu comme le candidat présidentiel de notre parti aux prochaines élections de 2023 », a déclaré Atiku Bagudu, responsable de l’élection de la primaire du Congrès des progressistes (APC) organisée à Abuja, la capitale. « Ceux qui ne m’ont pas soutenu, vous n’avez rien à craindre. Je construirai la meilleure nation pour nos enfants », a assuré Bola Ahmed Tinubu après sa victoire.

Ex-gouverneur de Lagos

Ce richissime musulman de 70 ans, ardent défenseur de la démocratie, en exil pendant la dictature militaire des années 1990, a gravi tous les échelons politiques au gré d’accusations de corruption, sans jamais être condamné.

Ancien sénateur puis gouverneur de Lagos, poumon économique du pays le plus peuplé d’Afrique, le chef historique du parti au pouvoir convoite désormais la plus haute marche : devenir président, « l’ambition de toute une vie ». « C’est mon heure, je suis instruit, j’ai de l’expérience. C’est mon tour », a-t-il insisté début juin.

Et en janvier déjà, Bola Ahmed Tinubu glissait devant des journalistes à Abuja : « Je n’ai vu écrit nulle part qu’un faiseur de rois ne peut pas être roi ».

Car cet homme de l’ombre caché sous son chapeau traditionnel yoruba a gardé une influence considérable dans sa région natale du sud-ouest après huit années passées (1999-2007) aux manettes de Lagos, mégalopole de 20 millions d’habitants.

Faiseur de rois

Fin stratège, il a toujours été perçu comme l’homme derrière toutes les nominations politiques dans son fief alors que le clientélisme reste omniprésent au Nigeria, jusqu’à se vanter d’avoir fait élire le président Buhari.

Pour beaucoup, au Nigeria, l’influence du chef historique du Congrès des progressistes (APC) a propulsé M. Buhari président en 2015 et permis sa réélection en 2019. À tort ou à raison, c’est là son plus grand succès qui a accentué son poids sur l’échiquier politique nigérian. D’autant qu’il s’agissait de la première alternance démocratique à la tête du Nigeria, depuis la fin des dictatures militaires et le retour de la démocratie en 1999. En 2015, l’APC a mis fin au règne du Parti démocratique populaire (PDP), au pouvoir depuis 16 ans.

Mais en tant que chef de l’APC, Bola Tinubu est fragilisé par le bilan plus que mitigé du président Buhari, qui termine son deuxième mandat sous le feu des critiques. L’ex-général putschiste n’a pas su enrayer les violences généralisées entre les groupes djihadistes dans le Nord-Est, les bandes criminelles dans le centre et le Nord-Ouest et l’agitation séparatiste dans le Sud-Est.

Sans évoquer le marasme économique et, sur les 220 millions d’habitants, les quelque 80 millions de Nigérians qui vivent encore sous le seuil d’extrême pauvreté. « Le boss » peut donc apparaître comme « appartenant à une vieille classe politique à court d’idées, présent depuis trop longtemps sur la scène politique, ce qui est vu comme une faute », explique Udo Jude Ilo, de l’Open Society Initiative for West Africa (Osiwa).

Surtout après la répression sanglante d’une manifestation pacifique à Lagos en 2020 qui a révélé le fossé entre une jeunesse avide de changement – 60 % des Nigérians ont moins de 25 ans – et une élite âgée, personnifiée par le président (79 ans).

Un personnage controversé

D’autant que Bola Tinubu sera opposé pendant la présidentielle à Atiku Abubakar, ancien vice-président âgé de 75 ans et candidat du PDP, principal parti d’opposition. Et dans une vidéo publiée par la presse locale, M. Tinubu lançait à la jeunesse : « Vous aussi vous vieillirez, vous deviendrez président, mais je serai président d’abord. »

« C’est aussi un personnage controversé à cause des allégations de corruption, même s’il a de nombreux partisans qui le considèrent comme un visionnaire », poursuit M. Jude Ilo.

Après avoir quitté ses fonctions de gouverneur de Lagos, M. Tinubu a été mis en examen pour corruption, blanchiment d’argent et pour avoir plus d’une douzaine de comptes à l’étranger, puis innocenté.

Immense fortune

Sa fortune – dont la source et le montant exacts sont inconnus – fait beaucoup parler : il est considéré comme l’un des hommes les plus riches du pays, ayant des parts dans de nombreuses entreprises, des médias à l’aviation, en passant par les hôtels et l’immobilier.

Le très influent ex-gouverneur de Lagos a remporté mercredi la primaire du parti au pouvoir pour la présidentielle de 2023, où il affrontera un autre vétéran de la politique nigériane, Atiku Abubakar, candidat du principal parti d’opposition.

L’insécurité au cœur de la future campagne

La sécurité sera un enjeu majeur de ce scrutin, le pays étant meurtri quasi quotidiennement par des violences criminelles et djihadistes. Le massacre dimanche de 22 personnes dans une église du sud-ouest du pays, région pourtant relativement épargnée par les violences, en est un cruel rappel. « Aucune force destructrice ne peut ramener le Nigeria en arrière », a assuré Bola Tinubu après sa victoire, saluant le travail des forces de sécurité et les appelant à « poursuivre le combat pour la survie de la nation ».

Par Le Point avec AFP

Nigeria-Maroc : le projet de gazoduc franchit une étape décisive

juin 2, 2022

Alors que la situation en Ukraine a rendu incertains les approvisionnements énergétiques du Vieux Continent, le projet de gazoduc entre le Nigeria et le Maroc obtient un soutien de poids.

Gazoduc de la centrale électrique Afam VI de Port Harcourt, au Nigeria, en septembre 2015. Le pays est le plus grand producteur d’Afrique, avec environ deux millions de barils de brut par jour. © FLORIAN PLAUCHEUR / AFP

La construction du futur gazoduc qui doit relier l’Afrique à l’Europe a franchi une nouvelle étape mercredi 1er juin. Le Nigeria a en effet donné le feu vert à sa compagnie pétrolière publique NNPC pour signer un protocole d’accord avec l’organisation régionale ouest-africaine Cedeao dans le cadre du projet de construction du gazoduc avec le Maroc. Une décision qui intervient alors que l’approvisionnement de l’Europe en gaz africain gagne en importance, la guerre en Ukraine laissant peser des incertitudes sur les exportations énergétiques russes. L’Algérie a déjà accepté d’augmenter son approvisionnement vers l’Italie.

Le Nigeria et le Maroc ont signé une joint-venture en 2016 pour la construction d’un gazoduc qui acheminera le gaz à travers quinze pays d’Afrique de l’Ouest et, via le Maroc, vers l’Espagne et l’Europe, a déclaré le ministre nigérian du Pétrole, Timipre Sylva, lors d’une réunion du cabinet à Abuja tout en présentant la demande d’approbation.

Recherche d’investisseurs

« Nous en sommes encore au stade de la conception technique préliminaire », a encore déclaré M. Sylva, à la suite de quoi le coût et le financement du gazoduc seront déterminés. Le ministre n’a pas précisé quand la construction commencerait ni quand elle serait achevée. La Banque islamique de développement (BID) a apporté son soutien à deux nouveaux contrats autour de ce projet. L’institution, dont le siège est en Arabie saoudite, avait déjà engagé 15,5 millions de dollars pour des études de conception technique préliminaires, à la mi-2021.

Pour l’heure, aucun investisseur sur le projet n’a été officiellement annoncé, bien que Timipre Sylva ait affirmé début mai que « beaucoup de personnes manifest[ai]ent leur intérêt ».

L’an dernier, le Nigeria et le Maroc ont déclaré que l’oléoduc aurait une longueur de 5 660 km et que la construction se ferait par étapes, sur vingt-cinq ans. De plus, des études de faisabilité ont été engagées en vue de construire le gazoduc à la fois sur terre et en mer. Le Nigeria, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dispose d’énormes réserves en gaz, les premières en Afrique et les septièmes au niveau mondial. Présenté comme propice à l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest, le projet viendrait également s’ajouter au réseau de gazoducs existants qui approvisionnent l’Europe via la mer Méditerranée.

Par Jeune Afrique – avec Reuters

Nigeria : l’ancien vice-président Atiku Abubakar candidat de l’opposition à la présidentielle

mai 29, 2022

L’opposant a été désigné candidat du PDP pour la présidentielle prévue en février 2023. Le parti au pouvoir a lui reporté d’une semaine sa primaire pour la course à la succession de Buhari.

Le candidat de l’opposition Atiku Abubakar le 19 février 2019 lors d’une réunion à Abuja © AFP

« Aujourd’hui nous écrivons l’histoire, une histoire qui, nous le croyons, va apporter des changements fondamentaux », a déclaré Atiku Abubakar à ses partisans réunis à Abuja, où le vote a été organisé ce 28 mai. À 75 ans, ce musulman du nord du pays a été désigné à l’issue d’une primaire du Parti démocratique populaire (PDP) et tentera pour la sixième fois de se faire élire président du pays le plus peuplé d’Afrique.

Le Congrès des progressistes (APC), au pouvoir, tiendra quant à lui sa primaire du 6 au 8 juin pour choisir un candidat devant succéder au président Muhammadu Buhari, qui a annoncé ne pas se représenter après ses deux mandats.

Divisions Nord – Sud

Pour tenter de concilier ce pays extrêmement divisé entre un Nord musulman et un Sud chrétien, et où vivent près de 250 ethnies, une règle tacite prévoit une rotation de la présidence tous les deux mandats entre les candidats du Nord et du Sud. Or, M. Abubakar, ancien chef des douanes et vice-président (1999-2007), est originaire du Nord, tout comme le président Buhari, contrairement à la plupart des principaux candidats de l’APC, originaires du sud.

La sécurité sera un enjeu majeur de l’élection de février 2023 car le pays est en proie à une insécurité généralisée. L’armée nigériane est déployée sur de multiples fronts, notamment dans le nord-est, théâtre d’une insurrection jihadiste depuis plus de 10 ans et dans le nord-ouest où des bandes criminelles pillent, kidnappent et tuent les habitants.

La cherté de la vie, un enjeu du scrutin

Depuis son retour à un régime civil en 1999, après une dictature militaire, le Nigeria a organisé six élections nationales qui ont souvent été entachées de fraudes, de difficultés techniques, de violences et de contestations juridiques. La plus grande économie d’Afrique, affaiblie par l’impact de la pandémie de Covid-19, subit désormais les retombées de la guerre en Ukraine, qui ont fait grimper les prix des carburants et des denrées alimentaires sur tout le continent.

Au moins 31 personnes ont été tuées samedi lors d’une bousculade survenue dans le sud du Nigeria durant une distribution de nourriture organisée par une Eglise, a déclaré la police. Ces dernières années, le Nigeria a connu plusieurs tragédies lors de bousculades liées à des distributions de nourriture, notamment en 2021 lors d’une opération organisée par une agence humanitaire dans l’Etat du Borno, dans le nord du pays, où sept femmes sont décédées après avoir été piétinées par la foule.

Avec Jeune Afrique

Nigeria : un présidentiable marié à une fillette de 13 ans

mai 16, 2022

Sani Yerima, ancien gouverneur de Zamfara qui vient de se lancer dans la course à la magistrature suprême, a justifié son union avec une enfant sur Channels TV cette semaine.

Les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. © Damien Glez

Dans la perspective du scrutin pour la magistrature suprême de 2023, c’est la foire d’empoigne avant la foire d’empoigne, le dévoilement des ambitions – ou des renoncements, comme celui de Goodluck Jonathan – avant la campagne électorale. Avant que les partis politiques puis les autorités ne se prononcent sur la validité de chaque candidature, les parcours professionnels et les vies privées des « candidables » sont passés à la moulinette des médias et de l’opinion. Début mai, Sani Yerima informait de son ambition présidentielle le chef de l’État sortant, Muhammadu Buhari, auquel il avait concédé, en 2007, le flambeau de leur formation, le All Nigeria Peoples Party (ANPP).

Promoteur de la charia

Aujourd’hui âgé de 61 ans, l’ancien gouverneur de l’État nordiste de Zamfara remet le couvert après douze ans passés au Sénat. Resté célèbre pour avoir été le premier à promouvoir le système de la charia dans la zone qu’il gouverna entre 1999 à 2007, il est interrogé en particulier sur son expérience dans l’application du droit musulman. Lors d’une émission diffusée la semaine dernière sur Channels TV, le candidat à la candidature a eu à s’expliquer sur son choix d’épouser, en 2009, une Égyptienne de 13 ans.

Pas déstabilisé pour deux sous, le politicien est resté droit dans les bottes qu’il avait enfilées il y a bien des années. Lui qui considérait, en 2013 sur la même chaîne de télévision, que « la maturité pour le mariage était déterminée par les parents de la fille », s’est cette fois arc-bouté sur des considérations légales. « Il n’y a pas de loi au Nigeria qui détermine quand et comment vous vous mariez. Les musulmans ont la charia. Les chrétiens, je ne sais pas. » Et d’ajouter, stoïque : « Si j’avais fait quelque chose de mal, j’aurais été traduit en justice. »

Mariage avec des enfants légitimés

Certes, les militants des droits de l’enfant s’étaient insurgés lors de son mariage. Certes, le comité sénatorial chargé de la révision de la Constitution avait suggéré, en 2013, que soit supprimé un article indiquant que « toute femme mariée est réputée être majeure », entorse au fait que « le terme majeur désigne l’âge de 18 ans et plus ». Mais la recommandation n’avait pas obtenu le nombre de voix requis par la Constitution pour être validée…

Si l’article incriminé concerne la renonciation à la citoyenneté et non la définition formelle de l’âge minimum du mariage, les féministes considèrent que les unions avec des enfants sont implicitement légitimées au Nigeria. Le hashtag #ChildNotBride (« enfant pas mariée ») a été lancé, ainsi qu’une pétition en ligne, à l’ONU, qui a recueilli plus de 20 000 signatures. Sans succès majeur : seuls 23 des 36 États du Nigeria ont adopté la loi de 2003 sur les droits de l’enfant qui fixe l’âge du mariage à 18 ans.

Sani Yerima a pu profiter de cette faille légale pour épouser une fille de 13 ans. Reste à savoir si sa réputation l’empêchera d’obtenir l’investiture de son parti pour la présidentielle…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Nigeria : plus de cent morts dans l’explosion d’une raffinerie illégale

avril 29, 2022

DRAME. L’explosion s’est produite vendredi dans une raffinerie de pétrole clandestine, dans la région pétrolière du delta du Niger, dans le sud du pays.

Ces raffineries de petrole illegales fonctionnent en puisant le petrole brut dans les oleoducs appartenant aux compagnies petrolieres et en le distillant en produits dans des reservoirs improvises. (Image d'illustration).
Ces raffineries de pétrole illégales fonctionnent en puisant le pétrole brut dans les oléoducs appartenant aux compagnies pétrolières et en le distillant en produits dans des réservoirs improvisés. (Image d’illustration).© STEFAN HEUNIS / AFP

Un spectacle d’horreur. Une terrible explosion a eu lieu dans une raffinerie clandestine, vendredi en fin de journée, faisant moins 80 morts dans la région pétrolière du delta du Niger, dans le sud du Nigeria, déjà dévastée par des décennies de vandalisme et d’exploitation illégale d’hydrocarbures. « Nous avons retrouvé au moins 80 corps gravement brûlés sur les lieux », a déclaré dimanche à l’AFP Ifeanyi Nnaji, un responsable local de l’Agence nationale de gestion des urgences (NEMA), précisant que le bilan pourrait encore s’alourdir. L’explosion s’est produite vendredi soir sur un site illégal situé entre les États pétroliers de Rivers et d’Imo, selon la police et les services de secours.

Déflagration meurtrière

« Nous avons appris que de nombreux corps se trouvaient dans la brousse et les forêts avoisinantes », a-t-il ajouté, précisant que plusieurs véhicules et jerricans calcinés jonchaient le sol noirci de pétrole. De nombreuses personnes ont également été blessées, présentant des « brûlures graves », toujours selon M. Nnaji. « Certaines d’entre elles sont ensuite décédées à l’hôpital. »

La police a confirmé que l’explosion avait eu lieu sur le site d’une raffinerie illégale où des opérateurs et leurs clients s’étaient rassemblés pour se livrer au trafic. « Plusieurs corps brûlés, méconnaissables, sont étendus sur le sol, alors que d’autres, qui ont essayé de fuir en courant, pendent des branches des arbres », a également témoigné Fyneface Dumnamene, directeur de l’ONG Youths and Environmental Advocacy Centre (YEAC).

Certains médias locaux ont fait état de plus de 100 tués, en majorité des jeunes gens.

Des populations dans le dénuement le plus total

Ce drame n’est pas le premier du genre. De telles explosions meurtrières se produisent régulièrement au Nigeria. Premier producteur de pétrole africain, le Nigeria exporte en moyenne deux millions de barils de brut par jour, ce qui représente 90 % des revenus d’exportation du pays. Mais, là où le bât blesse, selon des sources du secteur formel, le pays perd chaque jour environ 200 000 barils de brut à cause du vandalisme et du vol de pétrole. Dans la région du delta du Niger, groupes armés et habitants des communautés locales siphonnent régulièrement le brut des pipelines appartenant aux grandes compagnies pétrolières qu’ils raffinent ensuite sur des sites illégaux et revendent au marché noir.

Malgré l’immense richesse en hydrocarbures du pays, la plupart des habitants vivent dans une grande pauvreté et accusent régulièrement les grandes compagnies pétrolières d’avoir elles aussi contribué à la pollution de leur région sans participer à son développement. Des décennies de marées noires ont dévasté des mangroves et des villages entiers, où la pêche et l’agriculture assuraient autrefois la principale source de revenus locale.

La pire explosion de pipeline au Nigeria s’est produite en octobre 1998 dans la localité de Jesse, dans le sud du pays, faisant plus de 1 000 morts parmi les habitants.

Le gouvernement a déployé l’armée pour effectuer des opérations coup de poing et détruire les raffineries illégales dans le delta du Niger, et tenter de mettre fin au pillage des ressources pétrolières. Mais le bilan de cette répression a donné de maigres résultats et des centaines de raffineries illégales continuent d’être exploitées dans les marécages et près des cours d’eau qui traversent la région. Une enquête a été diligentée pour déterminer ce qui a provoqué l’explosion survenue vendredi, a affirmé à l’AFP le patron de l’Agence nationale de détection et de réponse aux déversements de pétrole (NOSDRA), Idris Musa. « Les investigations sont en cours et l’incendie qui faisait rage après l’explosion s’est calmé », a-t-il précisé.

Avec Le Point avec AFP

Pénuries d’essence : le Nigeria victime de la crise énergétique européenne ?

avril 17, 2022

En pleine flambée des cours des hydrocarbures, l’Europe occidentale lorgne le pétrole nigérian. Pourtant, la population du premier producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne ne profite pas de cette opportunité. Au contraire.

© Damien Glez

Branle-bas de combat, depuis l’intervention russe en Ukraine, au cœur d’une Union européenne prise en étau : d’un côté, le devoir de prendre des sanctions économiques contre l’agresseur ; de l’autre, la dépendance à l’égard de cette énergie russe qu’il serait de bon ton de boycotter. « Notre temps est venu », pensent tout haut les ressortissants d’une Afrique riche mais appauvrie, riche d’une petite quinzaine de pour-cent des réserves mondiales d’hydrocarbures…

Et des diplomates de l’UE de négocier, en début de semaine, avec la compagnie pétrolière publique nigériane, 40 % de son gaz étant déjà exportés en Europe. Et les leaders du Nigeria, du Niger et de l’Algérie de conclure, il y a quelques semaines, un accord pour redémarrer les travaux d’un vaste projet de gazoduc transsaharien de 4 000 km…

Si les cordonniers ont la réputation d’être les plus mal chaussés, le premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne est actuellement confronté à une grave pénurie d’essence qui pourrait ressembler à un running gag si le quotidien des Nigérians n’était pas devenu un casse-tête.

Depuis le mois de janvier déjà, de longues files d’automobilistes se déploient dès sept heures du matin dans les stations-service de Lagos, Abuja, Ibadan ou Enugu, en quête d’une denrée rare : un plein d’essence, voire le remplissage de jerrycans. Avec le début du conflit en Ukraine, en février, la flambée des cours des hydrocarbures a eu pour conséquence de doubler le prix du diesel dans un Nigeria producteur de pétrole qui… importe du carburant.

2 % du PIB

Dans le pays le plus peuplé du continent, les problèmes énergétiques ne sont pas que conjoncturels. Ils sont structurels et multidimensionnels : dépendance excessive au pétrole notamment pour s’alimenter en électricité, vétusté des raffineries du pays, exportations excessives de brut, mauvais approvisionnement en gaz, annulations de vols faute de kérosène, développement du secteur des carburants frelatés, faiblesses et défauts de maintenance du réseau électrique avec 206 pannes répertoriées entre 2010 et 2019 – délestages, ces derniers mois, dans des aéroports, des hôpitaux et même dans la résidence du président Buhari –, difficultés individuelles d’alimenter les générateurs diesel, recrudescence des accidents de voitures dans des rues plongées dans le noir…

Alors que les gestions du pétrole et de l’électricité sont imbriquées, la Banque mondiale considère que les seules coupures électriques coûteraient au Nigeria quelque 2 % de son PIB. Et que dire de l’impact de la pénurie d’essence sur l’efficacité de l’économie, quand les citoyens qui n’ont pas capitulé en restant à la maison doivent perdre des heures à attendre le précieux carburant ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Fraude sur l’âge dans le foot : en Suède, l’« affaire » Silas Nwankwo

février 8, 2022
Damien Glez © Damien Glez

Le physique du footballeur nigérian et sa présentation dans un jeu vidéo laisse supposer qu’il aurait dissimulé sa vraie date de naissance. Les réseaux sociaux s’enflamment…

Quand il n’y a plus d’actualité footballistique, il y en a encore. Et quand un cas flagrant de fraude sur l’âge d’un footballeur laisse penser que la leçon est retenue, d’autres apparaissent de façon récurrente. Quelques jours après la clôture de la phase finale camerounaise de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), c’est le club suédois de Mjällby AIF qui alimente l’actualité du ballon rond africain.

Le 4 février, à grand renfort de chiffres, Hasse Larsson, directeur sportif de l’équipe de la ville de Sölverborg, présente sa nouvelle recrue nigériane, notamment sur Twitter : « 35 », le nombre de matchs de championnat joués par Silas Nwankwo en D1 nigériane, la saison passée ; « 19 », ses buts et « 8 », ses passes décisives au cours de ces confrontations – ce qui fait de lui le meilleur buteur du championnat ; « 2025 », l’échéance de son contrat au Mjällby AIF. Mais c’est un autre nombre qui interpelle les twittos, à la vue du faciès du footballeur dans son maillot noir et or : « 18 », son âge présumé…

Bronca sur les réseaux sociaux

Pour certains, les aspérités de son visage laissent imaginer un âge bien différent. L’internaute Doxell Jó Mut est catégorique : « C’est un mytho, c’est minimum 40 ans ce visage ». Faussement naïf, BangUijo rétorque : « 18 ans de carrière non plutôt ? ». Enthousiaste, Dr.E décrète : « Dorénavant j’ai 10 ans. » Manifestement blasé, @melschistad affirme que la question n’est plus de savoir si le joueur venu du club de Nasarawa United a 18 ans, mais « depuis combien d’années il a 18 ans ».

Deux dates de naissance

Si l’évaluation d’un âge sur simple photo est somme toute relative, et si les procès d’intention sont légion dans le domaine concurrentiel du foot, un autre élément vient troubler les sceptiques. D’après des captures d’écrans rapidement diffusées du jeu « Football Manager 2021 », Silas Nwankwo serait né le 11 juin 1996, ce qui lui conférerait l’âge de 25 ans et 7 mois. Certes, le fameux jeu de management sportif est réputé pointilleux et son édition 2022 affirme, cette fois, que le footballeur serait né le 12 décembre 2003. Il n’aurait alors que 18 ans et 2 mois, âge effectivement retenu par ses nouveaux employeurs suédois. Le journaliste Rasim Reiz promet une enquête approfondie…

Sur le continent des « né vers » où les parents mettent parfois du temps à déclarer les accouchements, les supercheries à la date de naissance ne sont pas une nouveauté. Dans le domaine du football, la suspicion est telle que des sites internet comme Vudaf publient des tops récurrents des « footballeurs africains qui ont l’air plus vieux que leur âge ». En 2020, le directeur de la West African Football Academy, Karel Brokken, a soutenu que « 95 % des joueurs africains trichent sur leur âge ». L’ancien milieu de terrain international Guirane N’Daw a renchéri en déclarant « [avoir] triché sur [s]on âge, comme 99 % des joueurs sénégalais ». Selon lui, « en Afrique, le joueur qui ne diminue pas son âge ne pourra pas être professionnel ».

Si de nombreux acteurs du ballon rond s’accommodent de cette fraude persistante au rajeunissement artificiel, la Confédération africaine de football (CAF) a commencé à estimer les âges osseux par des tests IRM, avant certaines compétitions de mineurs.

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Comment le Mali, le Burkina et le Nigeria luttent contre l’excision

janvier 4, 2022
Rassemblement contre l’excision à Abidjan, en 2005 © KAMBOU SIA/AFP

Malgré un recul sensible depuis les années 1990, les mutilations génitales féminines sont toujours un fléau en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Focus sur le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria, qui abordent le problème de façons très différentes.

En 2022, les mutilations génitales féminines (MGF) et leurs justifications culturelles – conformisme, pression sociale – subsistent malheureusement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. On y enregistre toujours les plus forts taux d’excision au monde. Mais ces pratiques sont en recul progressif : dans les 30 pays où les MGF sont les plus répandues, moins d’un tiers des filles les subissent aujourd’hui, contre près de la moitié en 1994.

Un progrès permis par des actions conjointes menées par les pays touchés, leurs sociétés civiles et un important programme conjoint du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et de l’Unicef lancé en 2009 et financé par l’Espagne, la France, l’Islande, l’Italie, la Norvège, la Suède et l’Union européenne (UE). En 2020, en dépit de la pandémie de Covid-19, des résultats probants ont été obtenus en vue de l’élimination des MGF d’ici à 2030, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Nigeria. Tour d’horizon.

Objectif 2030 au Burkina

Au Burkina Faso, les MGF concernent 68 % des femmes, mais reculent de génération en génération : 87,4 % des 45-49 ans ont subi cette pratique, contre 42,4 % des 15-19 ans. Ce progrès s’explique par un programme national de prévention et de sanction exemplaire dans la sous-région, porté par une volonté politique forte. Les autorités se sont engagées à éliminer les MGF à l’horizon 2030. Entre 2009 et 2015, 223 dossiers ont été portés en justice, aboutissant à la condamnation de 384 personnes, dont 31 exciseuses. En 2020, sur 40 personnes poursuivies, 31 ont été jugées et condamnées à des peines allant de 6 mois fermes à 24 mois avec sursis et des amendes conséquentes de 760 à 1 370 euros.

128 567 FILLES DE MOINS DE 14 ANS ONT ÉTÉ IDENTIFIÉES COMME POTENTIELLES VICTIMES EN 2020

L’exemple burkinabè montre que le combat doit se faire de manière à la fois préventive et par un suivi institutionnel, sur plusieurs fronts : l’appropriation politique et plus largement sociale de cet enjeu collectif, ainsi que le respect effectif de la loi. Voilà pourquoi 128 567 filles de moins de 14 ans ont été identifiées comme potentielles victimes en 2020, et leurs parents, 24 506 personnes, sensibilisés au respect de leur intégrité. En outre, 4 135 relais d’influence, chefs religieux et coutumiers, directeurs de structures de santé et d’établissement scolaires ont été engagés dans la promotion des droits de l’enfant et de l’abandon des MGF dans les villages ciblés.

Les jeunes servent aussi de vecteur puissant pour faire passer le message : 46 255 garçons au Burkina ont été sensibilisés comme acteurs de changement en faveur de l’élimination de la pratique au sein de leurs communautés, tandis que 91 082 filles se sont déclarées disponibles comme relais pour la prévention des MGF. Enfin, l’effort de sensibilisation mené auprès de 1 215 militaires, dont 950 femmes, a conduit l’armée à engager une campagne de réparation des séquelles de l’excision en 2021.

Au Mali, toujours pas de loi

Le Mali, en revanche, reste avec la Sierra Leone l’un des rares États sans texte de loi contre les MGF. Ce pays, où 83 % des femmes sont excisées, affiche le plus fort taux de prévalence avec la Guinée, la Gambie et la Sierra Leone. Un avant-projet de loi sur les Violences basées sur le genre (VBG), en préparation depuis 2017, reste à adopter.

LA COUR DE JUSTICE DE LA CEDEAO A IMPOSÉ EN 2021 UN MORATOIRE DE DEUX ANS AU MALI

En raison du contexte sécuritaire et de la résistance des leaders religieux et traditionnels, la loi pénalisant les MGF et les mariages d’enfants est reléguée au second plan. La plainte déposée par des organisations de la société civile contre l’État malien auprès de la Cour africaine des droits de l’homme et du peuple (CADHP) en vue de relever l’âge du mariage de 16 à 18 ans et l’adoption d’une loi contre les MGF a abouti à une interpellation du gouvernement. La Cour de justice de la Cedeao a par ailleurs imposé en 2021 un moratoire de deux ans au Mali, pour harmoniser la législation nationale en lien avec les textes ratifiés par le pays.

En attendant, 888 filles et femmes survivantes des complications des MGF ont été identifiées et prises en charge en 2020. La sensibilisation se fait sans relâche, même durant la pandémie de Covid-19 : en 2020, 317 communautés de Kayes, Koulikoro et Ségou ont rejoint le mouvement national d’abandon des MGF et mariages d’enfants, et signé une convention. Pas moins de 235 660 personnes ont participé aux activités de communication sur les MGF, mariages d’enfants et violences basées sur le genre.

Au Nigeria, des avancées vers l’élimination des MGF à l’horizon 2024

Au Nigeria, où un quart des femmes du Nigeria a subi des MGF, ces pratiques sont en recul. Une nouvelle politique nationale chiffrée en vue de l’élimination de l’excision a été adoptée sur la période 2020-24 par deux ministères (Santé, Affaires féminines et développement social). Un grand pas en avant, qui mérite d’être salué. L’État fédéré d’Oyo, qui affiche l’une des plus fortes prévalences, s’est prononcé en faveur de leur éradication. Dans l’État d’Osun, l’UNFPA, en collaboration avec Action Health Incorporated et le ministère local de la Santé et des Affaires féminines, a invité des dirigeants communautaires, des policiers et d’autres agents des forces de l’ordre à participer à une réunion de concertation. Celle-ci a abouti à la signature d’un document pour œuvrer collectivement à l’élimination des MGF.

501 COMMUNAUTÉS ONT DÉCLARÉ L’ABANDON DE CES PRATIQUES ET 233 AUTRES ONT MIS EN PLACE DES SYSTÈMES DE SURVEILLANCE

En 2020, 501 communautés ont déclaré publiquement l’abandon de ces pratiques, couvrant une population estimée à environ 2,8 millions de personnes. Par ailleurs, 233 communautés ont mis en place des systèmes de surveillance qui ont protégé 2 462 filles. Des actions de plaidoyer et de concertation se sont tenues avec les chefs religieux (chrétiens, musulmans et traditionnels) dans plus de 600 communautés. Le réseau de jeunes hommes EndFGM Jingles a produit des messages dans les langues de cinq États fédérés, touchant 3,6 millions de personnes. Le Nigeria a entrepris un grand nombre d’actions en ce sens, prouvant qu’avec de la volonté politique, l’engagement des leaders traditionnels, religieux et des communautés elles-mêmes, l’évolution des mentalités va dans le bon sens.

Argentina Matavel Piccin

Avec Jeune Afrique par Argentina Matavel Piccin

Directrice du bureau régional du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale

Au Nigeria, fin de la commémoration des victimes de la répression à Lagos et Abuja

octobre 20, 2021
Au Nigeria, fin de la commemoration des victimes de la repression a Lagos et Abuja
Au Nigeria, fin de la commémoration des victimes de la répression à Lagos et Abuja© AFP/PIUS UTOMI EKPEI

La jeunesse nigériane a rendu hommage, un an après, aux victimes de la sanglante répression du mouvement #EndSARS contre les violences policières, à Lagos et Abuja avant d’être dispersée par la police.

A Lagos, la bouillonnante capitale économique, une petite centaine de voitures ont traversé dans la matinée le péage de Lekki, lieu emblématique de la contestation, où l’armée et la police avaient ouvert le feu le 20 octobre 2020, causant la mort d’au moins 10 personnes et mettant ainsi fin au mouvement.

A bord de 4X4 de luxe ou de simples danfo, les taxis collectifs de Lagos, les manifestants scandaient à travers les fenêtres « Qui a ordonné la tuerie ? », « Nous voulons la justice » ou encore « Justice pour un meilleur Nigeria« .

Plusieurs dizaines de manifestants sont ensuite sortis de leur voiture, et ont bloqué une partie du péage en manifestant pacifiquement. Aux alentours de 10H00 GMT, ils ont été dispersés par la police qui a tiré des gaz lacrymogènes.

Les dizaines de policiers déployés très tôt dans la matinée sur le péage ont aussi arrêté au moins six personnes, dont l’un affirme être un journaliste, ont constaté des journalistes de l’AFP.

« Je suis là pour manifester pacifiquement, regardez ce qu’ils nous font », avait lancé l’une d’entre elles derrière les barreaux d’un fourgon de police.

Les grandes figures du mouvement, dont le chanteur nigérian Falz ou l’activiste Rinu Oduala, avaient appelé les Lagossiens à défiler en voiture pour limiter le risque d’arrestation.

Depuis plusieurs semaines, les autorités avaient mis en garde contre de nouvelles manifestations organisées au nom de #EndSARS, affirmant que celles de 2020 avaient dégénéré en émeutes et pillages.

A Abuja, la capitale fédérale, entre 50 et 100 personnes se sont rassemblées dans le parc de la Fontaine de l’Unité, scandant « le peuple uni ne sera jamais vaincu », avant de se diriger vers le ministère de la Justice, où un camion de police leur a barré la route. La manifestation s’est terminée en fin de matinée dans le calme.

« Un de mes voisins est mort durant les manifestations l’année dernière », a expliqué à l’AFP Happiness Essien, une manifestante âgée de 19 ans.

« Massacre fantôme »

Au même moment, le gouvernement a réaffirmé que les militaires n’avaient pas tiré sur les manifestants réunis le 20 octobre 2020 au péage de Lekki, parlant « d’un massacre fantôme ».

« Un an après, et en dépit de multiples opportunités pour les familles des présumées victimes (…) de présenter des preuves, il n’y en a pas eu: pas de corps, pas de famille, aucune preuve tangible, rien », a déclaré le ministre de l’Information Lai Mohammed.

Dans la nuit de mardi à mercredi, l’organisation de défense des droits humains Amnesty International a réaffirmé qu’au moins 12 manifestants pacifiques avaient été tués le 20 octobre au péage de Lekki et à Alaussa, un autre quartier de Lagos

« Il est inacceptable qu’en dépit de preuves accablantes, le gouvernement continue de nier l’utilisation de balles réelles sur les manifestants au péage de Lekki », a estimé Amnesty, faisant état d’un bilan d’au moins 56 morts dans tout le pays durant ces semaines de contestation, dont « des dizaines de jeunes ».

A quelques kilomètres seulement du rassemblement à Abuja, le chef de l’Etat Muhammadu Buhari a reçu au palais présidentiel son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, en visite officielle dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Dans d’autres villes du Sud, comme Port Harcourt ou Nsukka, des marches en hommage aux victimes sont prévues en fin de soirée.

Le mouvement #EndSARS (« en finir avec la SARS ») avait initialement débuté la première semaine d’octobre 2020 pour dénoncer les brutalités de la SARS, une unité spéciale de la police accusée depuis des années de racket, d’arrestations illégales, de torture et même de meurtre.

Face à la pression populaire, les autorités avaient démantelé l’unité, et promis de réformer la police, mais la jeunesse, peu convaincue par les promesses du gouvernement, avait continué sa contestation.

La répression des manifestations avait ensuite été suivie par une semaine de pillages et de violences.

Une commission de justice spéciale avait ensuite été mise en place par l’Etat de Lagos pour enquêter sur les accusations de brutalités policières et sur la répression des manifestations.

Devant cette commission, l’armée avait affirmé n’avoir eu recours qu’à des balles à blanc, puis avait admis que ses soldats disposaient également de balles réelles.

La commission, qui a achevé ses consultations publiques lundi, doit prochainement communiquer au gouvernement les résultats de son enquête et des recommandations.

Par Le Point avec AFP