Archive for the ‘Finances’ Category

FMI : Kristalina Georgieva, soutenue par les pays africains, sauve son poste à la tête du Fonds

octobre 12, 2021
La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la République démocratique du Congo Felix Tshisekedi au Fonds monétaire international. © Joshua Roberts/FMI/Flickr Licence CC

Appuyée par les représentants de plusieurs États africains, mais également par la France et plusieurs pays européens, l’économiste bulgare a été maintenue, le 11 octobre, à la direction générale de l’institution multilatérale, après plusieurs semaines d’incertitude.

Dans un communiqué publié dans la nuit du 11 au 12 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé le maintien à son poste de Kristalina Georgieva, l’économiste et haut fonctionnaire bulgare à la tête de l’institution financière depuis le 1er octobre 2019.

« Le Conseil d’administration réaffirme sa pleine confiance dans le leadership de la directrice générale et dans sa capacité à continuer d’exercer efficacement ses fonctions. Le Conseil a confiance dans l’engagement de la directrice générale à maintenir les normes les plus élevées de gouvernance et d’intégrité au sein du FMI », indique le communiqué.

Allégations datant de son passage à la banque mondiale

Pendant plusieurs semaines et au cours de pas moins de huit sessions, le conseil d’administration du FMI a examiné le rôle joué – ou non – par l’ancienne numéro deux de la Banque mondiale dans diverses altérations supposées au classement Doing Business 2018.

À la suite d’une investigation confiée au cabinet d’avocats WilmerHale, la Banque mondiale avait annulé, le 16 septembre, la publication du rapport Doing Business, alléguant diverses manipulations commises à l’époque par les équipes sous la direction de Kristalina Georgieva, au profit notamment de la Chine. Une décision farouchement contestée par l’économiste de 68 ans.

L’EXAMEN DU RAPPORT WILMERHALE NE FOURNISSAIT PAS DE DÉTAILS SUR DES ÉLÉMENTS SUFFISAMMENT PRÉCIS

« Le Conseil d’administration a estimé que les informations présentées au cours de son examen ne démontraient pas de manière concluante que la directrice générale avait joué un rôle inapproprié concernant le rapport Doing Business 2018 lorsqu’elle était DG de la Banque mondiale », a conclu la direction du FMI.

Chasse aux sorcières

Le sort de Kristalina Georgieva, par ailleurs ancienne Commissaire européenne à la coopération internationale, faisait l’objet d’intenses spéculations ces dernières semaines, d’aucuns pointant une forte hésitation des États-Unis (16,5 % du capital du FMI) et du Japon (deuxième actionnaire avec 6,14 % du capital) à maintenir la responsable bulgare à son poste, sans un examen approfondi de son rôle à la Banque mondiale.

D’autres, parmi lesquels le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz, ont dénoncé une chasse aux sorcières et un règlement de comptes contre une dirigeante ayant bravé le conservatisme de Washington pour aider les pays du Sud face à la crise du Covid-19.

ELLE A ÉTÉ UN PARTENAIRE D’UNE VALEUR INESTIMABLE QUI A CONTRIBUÉ À NOS SUCCÈS COLLECTIFS

L’agence américaine Bloomberg rapportait récemment que selon des sources françaises (Paris détient 4,03 % des capitaux du FMI) et européennes, « l’examen du rapport WilmerHale ne fournissait pas de détails sur des éléments précis permettant de remettre directement en question la conduite de Mme Georgieva ».

Un rôle décisif

Dans un texte inédit, publié au début d’octobre par Jeune Afrique, une quinzaine de ministres africains de l’Économie et des Finances, étaient montés au créneau pour apporter leur soutien à la patronne du FMI.

« Kristalina Georgieva a joué un rôle décisif dans l’allocation générale sans précédent de droits de tirage spéciaux (DTS) équivalant à 650 milliards de dollars américains, en fournissant des liquidités et des réserves tampons à de nombreux pays qui se trouvaient dans le besoin. Elle s’est battue pour faire progresser le multilatéralisme et nous avons toujours su qu’elle était une ardente défenseure des nations en développement. Elle a été un partenaire d’une valeur inestimable qui a contribué à nos succès collectifs », ont-ils rappelé dans la tribune cosignée notamment par le Béninois Romuald Wadagni et l’Ivoirien Adama Coulibaly.

Les pays africains sont représentés au FMI par, entre autres, Ita Mary Mannathoko (Botswana), Willie Nakunyada (Zimbabwe), Osana Jackson Odonye (Nigeria) et Hossein Mirshojaeian Hosseini (Iran).

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko

Pourquoi Google débloque 1 milliard de dollars pour l’Afrique ?

octobre 9, 2021
Sundar Pichai est le PDG de Google depuis août 2015. © Reuters

Avec ce chèque, le géant américain entend financer des start-up digitales ainsi que la construction de câbles sous-marins pour améliorer l’accès à internet sur le continent.

Cet investissement « soutiendra la transformation numérique du continent », a déclaré Sundar Pichai, le PDG de Google et Alphabet, dans une vidéo préenregistrée publiée le 6 octobre. Google prévoit de mobiliser 50 millions de dollars supplémentaires pour financer des start-up dirigées par des Africains, soutenir des organisations à but non lucratif et collaborer avec les gouvernements, décideurs et entreprises du continent.

Sur les 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique, environ 780 millions de personnes n’ont pas accès à internet. Pour y remédier, les grandes entreprises technologiques américaines comme Google et Facebook soutiennent des projets de câbles sous-marins conçus pour améliorer l’accès à internet et la vitesse de connexion.

Facebook finance par exemple le projet de câble 2Africa de 37 000 km qui reliera le continent à l’Asie et à l’Europe. Selon l’entreprise, une fois terminé, ce câble sera le plus long système de câblages sous-marins au monde.

DES CENTAINES DE MILLIERS D’EMPLOIS VONT ÊTRE CRÉÉS DANS LES TROIS PROCHAINES ANNÉES

Google entend, lui, contribuer à la construction du câble Equiano, qui doit augmenter la vitesse d’internet tout en diminuant les coûts de connectivité. Le câble doit relier le Portugal à l’Afrique du Sud en passant par le Nigeria et la Namibie, notamment. La première phase de ce projet doit être mise en service au second semestre de 2022 et des extensions sont prévues à l’avenir.

Vitesse du réseau multipliée par cinq au Nigeria

Grâce à Equiano, la vitesse du réseau internet au Nigeria devrait être multipliée par cinq et pourrait presque tripler en Afrique du Sud et en Namibie d’ici à 2025, avance une étude d’Africa Practice et de Genesis Analytics commandée par Google.

Cette même étude prévoit une chute des prix d’internet de 16 % à 21 % dans les trois pays au cours de la même période, laissant espérer une progression du taux de pénétration d’internet de plus de 7 points au Nigeria et en Afrique du Sud et de 9 points en Namibie.

Un mouvement qui doit générer des gains de croissance – chiffrés à respectivement 0,57, 0,32 et 0,56 point pour le Nigeria, l’Afrique du Sud et la Namibie – et des créations d’emplois, à hauteur de 1,6 million au Nigeria, 180 000 en Afrique du Sud et 21 000 en Namibie entre 2022 et 2025.

Avantages remis en cause

Un accueil mitigé est toutefois réservé aux projets de câbles sous-marins financés par les multinationales. Sunil Tagare, fondateur et patron d’OpenCables, société pionnière dans le déploiement de câbles sous-marins à fibre optique, a souligné que les investissements dans les câbles africains existants pourraient être perturbés par les projets de Google et Facebook, soupçonnant ces derniers de développer une stratégie de division pour prendre le dessus sur les acteurs locaux.

Gbenga Adebayo, le président de l’Association nigériane des opérateurs télécoms (Alton) est lui aussi critique, estimant que les services gratuits offerts par Google et Facebook pourraient menacer la survie des opérateurs locaux. Le responsable nigérian ajoute que, contrairement aux opérateurs de réseau mobile locaux, Facebook et Google n’ont pas d’obligations fiscales envers les gouvernements des pays où ils opèrent.

Enfin, estimant que les régions côtières du Nigeria sont suffisamment bien pourvues grâce aux capacités des câbles sous-marins actuels, Gbenga Adebayo défend l’idée d’un renforcement de la dorsale en fibre optique à destination du reste du territoire, c’est-à-dire pour étendre l’accès au haut débit aux régions de l’intérieur du Nigeria.

Avec Jeune Afrique par David Whitehouse

Banque mondiale : pourquoi il faut sauver le rapport Doing Business 

octobre 6, 2021
Siège de la Banque mondiale à Washington © USA : World Bank in Washington , 21.05.2017 , © Rainer UNKEL/REA

Annoncé le 16 septembre dernier, l’arrêt définitif de l’enquête annuelle sur le climat des affaires est une erreur. Véritable référence pour l’analyse économique et entrepreneuriale dans 190 pays, c’est un instrument perfectible, mais indispensable.

Dans la foulée d’une enquête indépendante menée par le cabinet d’avocats WilmerHale, qui pointait les pressions inopportunes exercées par la Chine et par d’autres pays lors de la préparation de son rapport annuel Doing Business, la Banque mondiale a décidé de suspendre, purement et simplement, cette publication. C’est une mauvaise décision. Ce rapport représente en effet un bien public d’une énorme valeur, puisqu’il passe en revue les réformes favorables à la libre entreprise à travers le monde. Au lieu de l’éliminer, il aurait plutôt fallu le dissocier des méthodes de gestion de l’institution.

Données objectives

Depuis son lancement au début des années 2000, ce document a établi une approche innovante et pertinente dans l’évaluation du climat des affaires dans 190 pays. Contrairement aux sondages, sur lesquels s’appuient nombre d’exercices similaires, la méthodologie de Doing Business repose presque exclusivement sur des données objectives compilées par des intermédiaires de confiance, le plus souvent des firmes juridiques locales réputées. Par exemple, le rapport ne demande pas aux usagers ce qu’ils pensent d’une société d’électricité, mais combien de jours en moyenne nécessite un nouveau raccordement au réseau.

LES « NOTES PAYS » FONT AUSSI L’OBJET DE PRESSIONS SANS QU’IL SOIT QUESTION DE LES JETER À LA POUBELLE

Le classement apporte en outre une vue exhaustive sur la facilité ou non d’entreprendre, en couvrant douze thèmes. On peut certes l’accuser, comme c’est le cas en France, de faire la promotion de valeurs néo-libérales. Le rapport n’en apporte pas moins des informations très utiles. Par exemple, les États-Unis, au premier rang pour leur environnement général propice à l’entreprise, se classaient deuxième en 2020 dans le domaine de la gestion de l’insolvabilité, dix-septième en matière d’application des contrats, et seulement vingt-cinquième en ce qui concerne la facilité de payer les impôts. La Russie se classe loin derrière, nous apprend le rapport – sauf pour l’application des contrats, où elle apparaît quatre rangs plus bas que les États-Unis.

Même si son score doit maintenant être questionné, la Chine se distingue parmi les pays où il est le plus facile de faire des affaires, plus que quasiment toutes les économies à revenus intermédiaires. Et ce, alors que son climat des affaires reste bien moins favorable à celui des États-Unis et des grands pays européens.

Zone grise

Comme pour tout exercice de ce type, à la fois complexe et d’envergure – et très peu atteignent le niveau de Doing Business –, la méthodologie et les sources pour évaluer tel ou tel aspect spécifique s’avèrent questionnables. Le choix des mesures et des poids accordés à différentes variables implique inévitablement une marge discrétionnaire de la part des experts de la Banque mondiale.

Mais bien d’autres rapports sont sujets à une mesure plus ou moins lourde de pression politique, à l’instar des « notes pays » ou articles « T4 » du FMI, sans qu’il soit question de les jeter à la poubelle. Faut-il le rappeler  ? Tous les rapports à portée mondiale sont passés en revue et font l’objet d’un examen par les comités de direction des institutions qui les publient, parce qu’une zone grise prévaut toujours dans le jeu de leur élaboration, entre le travail des équipes de chercheurs et les intérêts des pays membres des institutions.

Quoi qu’il en soit, Doing Business est devenu une référence pour l’analyse économique et entrepreneuriale, une source de données pour les réflexions politiques, les présentations dans le secteur privé et les discours académiques. Plus important encore, les décideurs politiques suivent le rapport, et des dizaines de pays ont élaboré des réformes pour répondre aux faiblesses qui y sont pointées !

LE MEILLEUR MOYEN DE GÉRER UN CONFLIT D’INTÉRÊTS CONSISTE À L’ABORDER FRONTALEMENT

Bien des pays ont rationnalisé les processus pour établir une nouvelle entreprise, au bénéfice des PME comme des investisseurs étrangers. Les chefs d’État et les ministres se félicitent régulièrement des avancées de leur pays dans le rapport, et chaque année, le classement est couvert par la presse internationale. Doing Business est une référence essentielle dans les secteurs du commerce et du développement. Il a notamment relevé la forte détérioration de la situation en Afrique du Sud, passée du 41e au 84e rang entre 2014 et 2020.

Créer un département indépendant

La volonté des puissances mondiales d’utiliser leur poids et leur capital politique pour essayer de modifier leur position dans le classement en dit long sur son importance, et pourquoi il doit continuer à exister. Le cabinet WilmerHale, n’a d’ailleurs pas recommandé son élimination, ni critiqué sa méthodologie. Il a pointé un conflit d’intérêts : lorsque des pays puissants n’aiment pas les messages du rapport, ou sont en désaccord avec leur position dans classement, ils peuvent exercer des pressions sur les responsables de la Banque. Et puisque ces pays figurent parmi les plus grands actionnaires de l’institution et sont des bailleurs importants pour les initiatives de la Banque mondiale, celles-ci peuvent être difficiles à surmonter.

WilmerHale a fait plusieurs recommandations visant à protéger le rapport Doing Business des manipulations, en rendant ses procédures et sa méthodologie transparentes. La Banque mondiale doit poursuivre le rapport, et même aller au-delà de ces recommandations. Le meilleur moyen de gérer un conflit d’intérêts consiste à l’aborder frontalement, avec les moyens dont on dispose.
La Banque mondiale possède ainsi d’un Département d’évaluation indépendante dont le rôle est de juger de l’échec ou du succès des projets menés en lien direct avec le conseil d’administration. Ses chefs sont choisis parmi les managers les plus expérimentés et les plus chevronnés, proches de leur fin de carrière – et donc dans l’impossibilité de briguer un autre poste par la suite. L’équipe du rapport Doing Business pourrait être établie sur le même modèle, en tant que département indépendant de la Banque mondiale, afin de fournir un service essentiel à la communauté internationale.

Uri Dadush

Par Uri Dadush

Senior Fellow au Policy Center for the New South, ex-directeur de l’Economist Intelligence Unit et de la Politique économique à la Banque mondiale.

Monnaie numérique : le Ghana en pole position

septembre 20, 2021

DÉCRYPTAGE. Alors que la course à la monnaie numérique de banque centrale bat son plein, l’Afrique n’est pas en reste et le Ghana se rêve en précurseur avec de nombreux avantages à la clé.

Premier pays africain a avoir annonce vouloir se doter d'une devise numerique en juin, a l'instar de la Chine, l'Europe ou encore la Russie, le Ghana vient d'annoncer le lancement de la phase pilote de l'e-Cedi.
Premier pays africain à avoir annoncé vouloir se doter d’une devise numérique en juin, à l’instar de la Chine, l’Europe ou encore la Russie, le Ghana vient d’annoncer le lancement de la phase pilote de l’e-Cedi.© ISSOUF SANOGO / AFP

La banque centrale du Ghana planche activement sur le lancement d’une monnaie numérique, appelée e-Cedi. En juin dernier, le gouverneur Ernest Addison a révélé que le projet à un stade avancé passerait par trois phases : conception, mise en œuvre et pilotage – avant sa mise en circulation. En cette rentrée de septembre, le pays est bien décidé à entrer en phase pilote. L’ex-Gold Coast veut figurer parmi les premiers pays du continent africain à engager un tel chantier. « La phase de conception, qui implique la conception de la monnaie numérique, est terminée. La banque centrale en est à la phase de mise en œuvre et de pilotage où quelques personnes pourront utiliser le cedi numérique sur leurs applications mobiles et autres appareils », indique l’institution. Dans la course à la monnaie numérique, les grandes puissances comme la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Brésil ou encore l’Union européenne sont déjà dans les starting-blocks. Seules les Bahamas disposent à ce jour officiellement d’une monnaie numérique nationale.

Pourquoi l’Afrique se lance

Bien que les contextes soient différents, le continent africain offre des opportunités considérables pour la monnaie numérique. Si l’Afrique reste l’un des continents les moins bancarisés du monde, seulement 15 % de la population dispose d’un compte bancaire, le paradoxe veut que les Africains soient très bien équipés en mobiles. Deux éléments qui donnent des idées aux banques centrales qui espèrent atteindre rapidement leurs objectifs.closevolume_off

Ainsi, le e-Cedi numérique serait un futur moyen de paiement électronique sur smartphone amené à potentiellement compléter et non pas remplacer les pièces et les billets en circulation aujourd’hui. Pour les gouvernements, une monnaie numérique émise par une banque centrale (MNBC), permet non seulement d’apporter une réponse à la dématérialisation croissante des paiements, mais aussi de prévenir les risques que fait peser la multiplication des cryptomonnaies, des stablecoins et autres projets financiers des Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Les avantages de la monnaie numérique sont nombreux pour les Africains, qui pourront par exemple transférer de l’argent sans frais.

Haro sur les cryptomonnaies ?

Mais alors quelle différence avec les cryptomonnaies ? Selon Investopedia, un site Web américain dédié aux questions monétaires et financières, les cryptomonnaies sont trop instables pour jouer le rôle d’argent car elles ne sont pas réglementées par un organisme public ou reconnu au sein de l’État. Elles sont gérées par des sociétés privées et sont soumises à la volatilité du marché, qui les rend inaptes à satisfaire les capacités habituelles de trésorerie. Contrairement aux cryptomonnaies qui connaissent des inflations élevées, des pertes importantes et des incertitudes sur les valeurs futures, le e-Cedi devrait être moins volatil car il sera soutenu par l’État. En cas de fluctuations du marché, la banque centrale interviendra et trouvera une solution durable à l’instabilité du marché.

Pékin interdit l’utilisation des cryptomonnaies car elles ne sont pas régulées par des institutions financières et sont sujettes à spéculation.

L’inclusion financière en ligne de mire

L’enjeu de l’inclusion financière est tout aussi important dans le contexte africain. Selon l’Atlantic Council Geotech Center, les solutions d’argent numérique tout comme le mobile money sont considérés comme des moyens d’accroître l’inclusion financière en poussant les gouvernements à inclure les populations non bancarisées dans l’économie digitale. Selon la Banque d’Angleterre, la monnaie numérique peut également augmenter le produit intérieur brut (PIB) d’un pays jusqu’à 3 % en réduisant les coûts de transaction associés aux transferts et aux transactions.

« Je peux par exemple avoir une carte – une carte très simple – sur laquelle je peux stocker mon e-Cedi. Plutôt que de transporter une grosse somme d’argent quelque part pour effectuer un paiement, je pourrais avoir une de ces cartes et enregistrer l’e-Cedi dessus. Il est également important de mentionner que parce que c’est numérique, vous pouvez économiser au-delà des cartes ; vous pouvez également l’enregistrer sur des appareils intelligents tels que des montres intelligentes, des téléphones intelligents. Vous pouvez enregistrer [ l’e-Cedi] sur n’importe quel appareil intelligent », a précisé cette semaine Kwame Oppong, responsable de la technologie financière et de l’innovation à la Banque du Ghana. « Heureusement pour nous, nous disposons d’un système QR (Quick Response) unifié qui permet aux très petits commerçants – les microcommerçants – d’avoir la possibilité de recevoir des paiements par voie numérique », a-t-il souligné. La banque centrale du Ghana s’est associée à Emtech, une startup fintech américaine dédiée aux banques centrales. Ce partenariat vise à utiliser le logiciel d’Emtech pour tester des solutions innovantes, notamment la blockchain. La société allemande Giesecke + Devrient a également été sollicitée pour piloter le projet.

Pour le Ghana, cette annonce intervient dans un contexte de tensions autour de la monnaie, le Cedi. Depuis mai, la devise du deuxième plus grand producteur de cacao au monde ne fait que baisser. En effet, le rebond de l’économie après l’épidémie a incité les entreprises à stocker des dollars pour acheter des produits et se développer. Bien que la banque centrale du Ghana ait reçu une injection massive de devise américaine, la demande pour le dollar a bouleversé l’offre, provoquant la chute du Cedi. Malheureusement, la valeur de la monnaie numérique est basée sur les fluctuations de la devise physique.

Monnaie numérique : quels avantages pour l’Afrique ?

Au-delà de la question de savoir quel sera le premier africain à lancer une monnaie numérique soutenue par l’État, des questions plus globales restent en suspens. La monnaie numérique augmentera-t-elle la facilité de paiement et de règlement des transactions ? Répondra-t-elle aux défis des envois de fonds sur le continent ? Sur quelle blockchain fonctionnera-t-elle ? D’autres préoccupations tournent autour de la question de sa pertinence dans le maintien de la stabilité des régimes budgétaires et monétaires.

En attendant, les Ghanéens se demandent s’ils pourront utiliser l’e-Cedi dans d’autres pays. Le Dr. Maxwell Opoku Afare, premier vice-gouverneur de la Banque du Ghana s’est voulu rassurant en affirmant qu’il y aurait une coordination entre la banque centrale du Ghana et d’autres banques centrales à travers le monde, pour permettre aux Ghanéens d’utiliser également l’e-Cedi pour les transactions internationales. Cette affirmation pourrait devenir une réalité, puisque dans la sous-région ouest-africaine, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) planche déjà sur ce sujet. Plusieurs pays africains travaillent à élaborer leur devise numérique, parmi eux on peut citer l’Afrique du Sud, le Nigeria ou encore le Maroc.

Par Le Point/Afrique

Afghanistan: 12 millions de dollars découverts, en pleine pénurie de liquidités

septembre 15, 2021
Afghanistan: 12 millions de dollars decouverts, en pleine penurie de liquidites
Afghanistan: 12 millions de dollars découverts, en pleine pénurie de liquidités© AFP/Hoshang Hashimi

La Banque centrale afghane a annoncé mercredi avoir retrouvé 12,3 millions de dollars chez d’anciens membres du gouvernement à l’heure où le pays, contrôlé depuis un mois par les talibans, fait face à une pénurie de liquidités.

« L’argent retrouvé venait de hauts dirigeants du précédent gouvernement, tel Amrullah Saleh (l’ex-vice-président, NDLR), et de certaines agences sécuritaires qui gardaient du liquide et de l’or dans leurs bureaux », d’après le communiqué de la Banque centrale.

« L’Emirat islamique », le nom donné à l’Afghanistan par les talibans, a selon ce texte transféré le tout « dans les caisses nationales » au nom de la « transparence » dont se targuent les islamistes, par opposition à l’ancien régime dont ils dénoncent la corruption.

Un mois après la chute de Kaboul, la population afghane reste rongée par l’inquiétude économique et la crainte qu’une nouvelle chape de plomb ne s’abatte sur elle, venant rogner les droits acquis ces vingt dernières années.

La plupart des fonctionnaires n’ont pas encore repris le travail et une grande partie d’entre eux peine à joindre les deux bouts faute d’avoir pu toucher un salaire. Pour ceux qui ont de l’argent en banque, les retraits ont été limités à environ 200 dollars par semaine et par personne pour éviter un effondrement du système bancaire.

Privé des aides de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, et des réserves de la Banque centrale gelées par Washington, le pays est en effet confronté à une pénurie de liquidités.

‘Pas de quoi manger’

Les spécialistes de transfert de fonds, comme Western Union et Moneygram, ont certes annoncé la reprise de leurs opérations, suspendues le 18 août. Mais sur le terrain, de nombreux Afghans indiquent sur leurs succursales sont à court d’argent.

Abdul Rahim, un ancien militaire, a parcouru près de 1.000 kilomètres de Faryab, dans le nord de l’Afghanistan, à Kaboul pour récupérer son salaire.

« Les succursales des banques sont fermées en province », explique-t-il à l’AFP. Mais dans la capitale, « je viens depuis trois jours à la banque, en vain, raconte-t-il. Aujourd’hui, je suis arrivé vers 10 heures du matin et il y avait déjà environ 2.000 personnes qui attendaient. »

Face au risque d’une catastrophe humanitaire, la communauté internationale s’est engagée, selon l’ONU, à verser 1,2 milliard de dollars (environ un milliard d’euros) d’aide pour les organisations humanitaires dans le pays.

Mercredi, l’Union européenne a annoncé qu’elle allait verser 100 millions d’euros supplémentaires à l’Afghanistan.

L’inquiétude reste toujours vive dans la population, avec notamment une question : les femmes seront-elles autorisées à travailler ?

« Les talibans nous ont dit de rester à la maison », souligne une employée du ministère des Télécommunications. « Il y a la sécurité certes, mais si on n’a pas de quoi manger », la situation risque de changer, prévient-elle.

L’inquiétude est grande dans le pays de revivre le scénario des années 1996-2001, lorsque les talibans gouvernaient selon une application stricte de la charia, la loi islamique.

Fuite de l’équipe de foot féminin

Les femmes n’étaient alors pas autorisées à étudier ou à travailler, il leur était également interdit de pratiquer du sport ou d’assister à un match.

Depuis leur prise de Kaboul, les islamistes ont assuré avoir changé en l’espace de vingt ans et promis que les droits des femmes seraient respectés, tout en maintenant le flou.

Face à cette incertitude, l’équipe féminine junior de football s’est réfugiée mardi au Pakistan voisin.

Seul point positif de ce tableau toujours sombre, la sécurité se serait améliorée selon plusieurs habitants après des années d’attentats et d’assassinats ciblés. « Actuellement, la situation du pays est bonne, il n’y a pas de guerre », estime l’un d’entre eux, Mohammad Ashraf.

A l’aéroport de Kaboul, théâtre de scènes de chaos fin août en marge de l’évacuation de plus de 123.000 personnes lors d’un pont aérien des Etats-Unis et leurs partenaires, l’activité reprend doucement.

Après un premier vol commercial entre Kaboul et Islamabad lundi, l’Iran a annoncé à son tour mercredi la reprise de ses vols commerciaux avec l’Afghanistan.

Sur le plan politique, la cérémonie officielle de présentation du nouveau gouvernement se fait toujours attendre.

Dévoilée début septembre, sa composition – exclusivement des caciques du premier gouvernement taliban et aucune femme – avait été accueillie fraîchement par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Par Le Point avec AFP

Ghana : polémique autour d’un deal pétrolier de 1,4 milliard de dollars

septembre 14, 2021

Les découvertes dans les deux blocs pourraient accroître la production pétrolière du Ghana de 200 000 barils par jour d’ici à 2026.

Le Parlement ghanéen a décidé de réaliser un emprunt de 1,45 milliard de dollars pour sa compagnie pétrolière. Mais cette décision est loin de faire l’unanimité.

« Et c’est ainsi qu’un pays d’Afrique de l’Ouest en difficulté a signé une aubaine de plusieurs centaines de millions de dollars pour l’un des hommes les plus riches de l’un des pays les plus riches du monde », a déploré l’entrepreneur et activiste ghanéen Bright Simons dans une tribune publiée récemment dans The Africa report.

Un milliard six cent millions de dollars : tel est le montant demandé par le ministre de l’Énergie ghanéen, Matthew Prempeh, devant le Parlement afin de les prêter à sa compagnie pétrolière la Ghana National Petroleum Corporation (GNPC). Cet emprunt devrait permettre l’achat de participations dans des blocs pétroliers exploités par deux sociétés norvégiennes Aker Energy et AGM.

AKER ET AGM SONT DEUX COMPAGNIES NORVÉGIENNES DÉTENUES PAR LE MILLIARDAIRE KJELL INGE RØKKE

Concrètement, le gouvernement souhaite acquérir une participation directe et indirecte de 37 % dans le bloc Deepwater Tano/Cape Three Points (DWT/CTP) auprès d’Aker Energy, et une participation de 70 % dans le bloc adjacent South Deepwater Tano (SDWT) auprès d’AGM Petroleum.

Aker et AGM sont deux compagnies norvégiennes détenues par le milliardaire Kjell Inge Røkke, qui a fait fortune dans le transport maritime. Aker Energy est une coentreprise à parts égales entre Aker, une société pétrolière de 7,5 milliards de dollars détenue à plus de 80 % par Kjell Inge Røkke, et un holding familial, TRG. AGM Petroleum est, quant à elle, entièrement détenue par TRG.

Plafonnement à 1,4 milliard de dollars

Un milliard trois cent millions de dollars devront permettre le rachat de participation dans des blocs pétroliers, et 350 millions de dollars serviront à couvrir des coûts de développement du champ de Pecan, qui pourrait produire du pétrole d’ici à 2024.

LES DÉCOUVERTES POURRAIENT AJOUTER 200 000 BARILS PAR JOUR À LA CAPACITÉ PÉTROLIÈRE GHANÉENNE

Or, après plusieurs réunions et délibérations, le Parlement a décidé de réduire le financement de 1,3 à 1,1 milliard de dollars. Le montant de 350 millions de dollars pour le champ de Pecan est quant à lui maintenu. Ainsi, le Parlement ghanéen a ouvert la voie permettant au gouvernement d’emprunter 1,45 milliard de dollars pour investir dans le secteur pétrolier.

Selon le ministère de l’Énergie, cet accord aboutira à la formation d’une société d’exploitation conjointe avec Aker Energy, AGM et GNPC Exploraco, la filiale d’exploitation de la compagnie pétrolière ghanéenne.

« Les découvertes réalisées dans les deux blocs pourraient ajouter 200 000 barils par jour à la capacité pétrolière du Ghana d’ici quatre à cinq ans, soit près du double de la production actuelle », a déclaré Matthew Prempeh. « La valeur des deux licences d’exploitation a été estimée entre 2 et 2,55 milliards de dollars », poursuit ce dernier.

Un montant « terrifiant »

Mais les projets du gouvernement du président Nana Akufo-Addo sont loin de faire l’unanimité. Selon l’activiste Bright Simons, les estimations des deux blocs n’ont pas été faites correctement.

Selon lui, si l’analyse des risques du projet et le prix du pétrole avaient été raisonnables sur le long terme, l’évaluation correcte de l’investissement nécessaire aurait été compris entre 350 et 450 millions de dollars. Or, « l’écart entre ces chiffres et le montant de 1,1 milliard de dollars que le gouvernement du Ghana est prêt à payer est terrifiant », explique l’entrepreneur.

EN PRÊTANT CET ARGENT, LE GOUVERNEMENT AUGMENTE LA DETTE NATIONALE DE 5 %

« Il est conseillé au Ghana de ralentir ce plan hallucinant visant à accroître la richesse des milliardaires norvégiens et à accumuler des centaines de millions de dollars de nouvelles dettes et de risques financiers dans le processus », poursuit Bright Simons.

En outre, une alliance composée de quinze associations issues de la société civile s’est indignée de cet accord. « En prêtant cet argent, le gouvernement augmente la dette nationale de 5 % », affirme cette dernière dans une tribune publiée dans la presse ghanéenne.

Enfin, la compagnie pétrolière russe Lukoil, qui détient une participation de 38 % dans le bloc Deepwater Tano Cape Three Points (DWT/CTP), a déclaré ne pas avoir été mise au courant de la vente éventuelle des parts d’Aker Energy à la GNPC.

Négociations en cours

Face à ces inquiétudes, le ministre de l’Énergie s’est voulu rassurant « Nous pouvons confirmer que GNPC dispose du soutien financier et des compétences techniques nécessaires pour acquérir les participations en discussion et participer à la société opératrice, qui restera inchangée ».

Pour le gouvernement ghanéen, il s’agit avant tout de prendre des garanties pour le futur, dans le cas où les actionnaires majoritaires actuels du projet, engagés dans un « tournant vert », décideraient de reconsidérer la production des deux sites.

NOUS DEVONS CORRIGER CETTE IMPRESSION QU’UN PRIX A ÉTÉ DÉTERMINÉ

« Les pays occidentaux ont extrait du pétrole dans leur arrière-cour et dans nos champs, et veulent maintenant que nous y laissions le nôtre. En tant que ressortissant d’un pays en développement, j’ai beaucoup de mal à accepter cette situation […]. S’ils nous retirent les investissements, cela signifie que nous ne pourrons pas développer nos champs et que notre pétrole restera dans le sol », à déclaré le directeur général de la GNPC Kofi Koduah Sarpong.

« Nous devons donc corriger cette impression qu’un prix a été déterminé. Ce n’est pas le cas, nous sommes en train de discuter, de négocier et de nous mettre d’accord sur le prix. Le Parlement, dans sa sagesse, a fixé un plafond que nous ne devons pas dépasser. Je tiens à féliciter le Parlement d’avoir donné un seuil au ministre. Ainsi, l’allégation selon laquelle un prix a été déterminé est erronée », a souligné Kofi Koduah Sarpong.

Avec Jeune Afrique par Solène Benhaddou

440 000 euros pour un pot de terre de Magdalene Odundo

septembre 2, 2021
« Untitled » (1986) de l’artiste d’origine kenyane Dame Magdalene Anyango Namakhiya Odundo

Une œuvre de la céramiste kenyane installée au Royaume-Uni, baptisée « Untitled », s’est envolée pour quatre fois son estimation haute lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s, le 29 août.

440 000 euros, c’est le prix record atteint par un pot de terre lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s, le 29 août. Un pot de terre ? Oui, un pot de terre, mais pas n’importe lequel. Il s’agit d’une œuvre de 1986, Untitled, signée de l’artiste d’origine kenyane Dame Magdalene Anyango Namakhiya Odundo, née en 1950 à Nairobi.

Mesurant 32 centimètres de haut, le pot en question présente un corps généreusement courbe contrastant avec un col allongé marqué par des angles nets. Les couleurs, subtil mélange de brun, de noir et d’ocre orange, témoignent des multiples techniques de cuisson utilisées par la céramiste et semblables à celles qu’employaient déjà les anciens grecs et romains.

Sensualité universelle

Les pots de Magdalene Odundo font clairement référence à la féminité. Lors d’une conversation avec l’écrivain nigérian Ben Okri, elle disait ainsi d’eux : « Ils sont très sculpturaux et très figuratifs… Ce qui est si beau dans le pot, c’est qu’il transmet un langage universel, celui de l’utilité spirituelle et de l’esthétique. Il est vénéré et compris par tous, et donc important pour tous… Quoi d’autre de mieux qu’un pot peut vous parler de la vie humaine ? »

ELLE A ÉTÉ NOMMÉE DAME OF THE BRITISH EMPIRE PAR LA REINE ELISABETH EN 2020

Éduquée en Inde et au Kenya, Magdalene Odundo est arrivée au Royaume Uni en 1971 et c’est là qu’elle a découvert la poterie, qu’elle a étudié ensuite un peu partout à travers le monde : à Abuja au Pottery Training Centre, mais aussi au Kenya, au Mexique… Diplômée du West Surrey College of Art & Design et du Royal College of Art, elle est présidente de l’University for the Creative Arts depuis 2018. Couronnée par de nombreuses distinctions, elle a été nommée Dame of the British empire (DBE) par la reine Elisabeth en 2020. Un an tout juste après la grande exposition qui lui a été consacrée au Royaume-Uni, « The Journey of Things » (au Hepworth Wakefield, dans le West Yorkshire, et The Sainsbury Centre for Visual Arts, sur le campus de l’Université d’East Anglia).

Un titre d’exposition qui correspond bien à l’œuvre d’une plasticienne qui a su marier différentes traditions du monde pour façonner des objets à la sensualité universelle. Selon le magazine spécialisé Barnebys, « sa cote est restée stable pendant cinq ans, de 2015 à novembre 2020, avant que l’œuvre Angled Mixed Coloured Piecede 1988, ne soit adjugée pour 221 600 euros chez Maak Contemporary Ceramics ». Depuis, elle ne cesse de grimper. « Untitled » était estimé entre 70 000 et 105 000 euros. Il a été acheté pour plus de quatre fois son estimation haute !

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

« L’Afrique permet encore de saisir des opportunités dans les services financiers »

septembre 2, 2021

ENTRETIEN. Pionnier de l’intermédiation financière au Congo, Patrick Itouad vient d’innover avec la convertibilité réciproque des francs CFA d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Patrick Itouad.
Patrick Itouad.© Serfin SA

Àla tête de Serfin SA qu’il a créé en 2011, Patrick Itouad est un acteur incontournable de l’écosystème du transfert d’argent, du change et des cartes prépayées. Ses années d’expérience lui permettent d’évoquer les défis que le secteur bancaire et financier, congolais en particulier, africain en général, doit affronter au quotidien dans un environnement où l’informel occupe encore une place trop importante et où les circuits, notamment de la convertibilité du franc CFA d’Afrique de l’Ouest en franc CFA d’Afrique centrale, ou vice versa, sont à rallonge. Il a accepté de répondre au Point Afrique sur nombre de questions qui concernent les services financiers sur le continent.

Le Point Afrique : Acteur dans les services financiers d’importance dans la zone CFA, quel regard portez-vous sur l’environnement bancaire du Congo en particulier, et de la zone Cemac en particulier alors que la pandémie de Covid-19 continue à éprouver les institutions et les acteurs économiques ?

Patrick Itouad : Tout d’abord, il est important de préciser que je m’exprime en tant qu’acteur privé congolais dans les services financiers et je reste dans ce silo. L’environnement bancaire congolais n’accompagne que très rarement les acteurs privés congolais. Les banques congolaises n’ont aucune difficulté à financer les multinationales et les grosses sociétés étrangères. Mais pour les acteurs privés congolais, c’est le parcours du combattant. Les contraintes administratives sont insurmontables. Je vous donne un exemple. Pour un financement, vous devez apporter une garantie foncière. Et quand vous demandez 100, vous devez apporter 30 % en cash. On vous finance les 70 % restants avec des taux d’intérêt entre 8 % et 10 %, hors taxes. Avec les taxes, vous êtes entre 10 et 12 %, et ce, sur une durée de moins de 5 ans. Ce processus n’incite pas les levées de fonds pour les acteurs privés congolais. Il faut également tenir compte de la pandémie qui continue à éprouver notre business. En effet, les consulats et les chancelleries sont fermés. Ce qui empêche notre activité, puisque les Congolais ne peuvent pas voyager. Même la RDC, notre voisin, n’est pas accessible.

Qu’en est-il, de votre point de vue, des rapports entre les institutions financières, banques, caisses mutuelles d’épargne, etc., et les différents acteurs économiques que sont, d’un côté, les particuliers et, de l’autre, les entreprises ?

Nous, les privés, sommes impuissants, nous ne pouvons rien. Ce rôle est dévolu à l’État. L’État, via les ministères des Finances et du Commerce, devrait organiser et faciliter nos rapports avec les institutions financières, la banque centrale et les banques.

Au-delà de son impact sur les capacités financières des migrants, la pandémie de Covid-19 rend par ailleurs plus difficile la réalisation des transferts.© GODONG / BSIP / BSIP via AFP

À côté des établissements qui ont pignon sur rue, il y a un important secteur financier informel. Société d’intermédiation, comment votre structure navigue-t-elle pour répondre aux besoins spécifiques des différents marchés qui se côtoient dans l’environnement économique congolais ?

En apportant des réponses à la frustration des Congolais, et plus largement des Africains. Quand ils voyagent, ils n’aiment que le cash, ils ont du mal avec les cartes bancaires. Mais les barrières douanières sont très contraignantes et ils ne peuvent pas se déplacer avec beaucoup de liquide. Comprenez qu’aujourd’hui il n’y a pas de possibilité de changer des CFA d’Afrique de l’Ouest en CFA d’Afrique centrale, et vice et versa, sauf de manière informelle. C’est normal. Les deux banques centrales de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale ne compensent pas les deux monnaies. De plus, pour faire des virements, vous devez passer par un circuit très contraignant. Votre argent doit transiter dans un premier temps par l’Europe, passer par la Banque de France à Paris, pour revenir ensuite dans l’autre partie du continent, sans compter tous les frais multipliés par le nombre d’opérations. Sur ce trajet, tout le monde prend des frais au passage. Nous arrivons à des taux de 3 à 4 % pour un virement, parfois nous atteignons le 7 à 8 % dans certains cas. Ce qui est énorme. Nous avons pris le parti d’être compétitifs et transparents, avec notre volonté d’accueillir et de servir au mieux. Dorénavant, quelqu’un qui vient dans nos boutiques peut changer directement des milliers ou des millions de XAF et XOF, sans problème et à un meilleur taux.

Une dynamique de coopération des économies des pays francophones a été mise en exergue lors des Rencontres des entreprises francophones (REF) organisées par le Mouvement des entreprises de France (Medef) fin août. La zone franc l’expérimente depuis les indépendances, mais pêche au niveau de la convertibilité entre le CFA d’Afrique de l’Ouest et celui d’Afrique centrale. Quels axes de réflexion et d’action vous paraissent devoir être mis en œuvre pour une meilleure cohérence ?

Un seul : ma réflexion est que le Medef et ses acteurs devraient faire un meilleur lobbying auprès de Bercy et de la Banque de France qui sont les vrais régulateurs de la convertibilité des CFA XAF et XOF.

Parmi les acteurs importants à prendre en compte, il y a les ressortissants congolais et africains installés hors de leur pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Au moment où les effets des transferts de fonds participent de manière conséquente au PIB de nombre de pays africains, que préconisez-vous comme solution pour faciliter la fluidité financière au Congo, en Afrique et avec la diaspora ?

Sortir définitivement de l’informel qui est une pratique trop courante. Trop souvent, les Africains optent pour ce change informel, qui n’est pas rassurant, même parfois inquiétant. Vous pouvez tomber sur de la fausse monnaie, et traiter avec des gens dont vous ne savez rien. D’ici à la fin novembre, notre société ouvrira une première antenne en Île-de-France. Nous proposerons des transferts de fonds à un meilleur taux que le marché actuel qui, lui, avoisine les 7 % à 10 %.

Un guichet Point cash.© Serfin SA

Pour nous, Paris est une évidence, car elle demeure le grand couloir congolais. On dit souvent que Brazza est le 21e arrondissement parisien. Nous avons signé un partenariat avec le groupe Leclerc et observé une stratégie différente du Congo. Ici, nous sommes dans les aéroports et les hôtels. Avec notre partenaire, nous serons dans les centres commerciaux franciliens, proches des communautés africaines et asiatiques pour proposer des transferts et du change entre le franc CFA d’Afrique de l’Ouest et celui d’Afrique centrale, de manière officielle, sécurisée et légale, avec la remise d’une facture.

Par ailleurs, nous avons signé également avec Syma Mobile, 5e opérateur de téléphonie en France pour faire du Mobile Banking ou Mobile Money. Nous allons offrir cette facilité avec ceux qui veulent envoyer de Paris de l’argent aux familles sur le continent. L’avantage, c’est que les forfaits téléphoniques et Internet achetés en France seront utilisables en Afrique centrale avec les mêmes tarifs pour l’utilisation d’Internet et de la téléphonie. Donc, nos clients pourront recharger leurs puces et effectuer leurs opérations à Brazzaville et à Kinshasa au même coût qu’à Paris.

L’Afrique de l’Ouest francophone dispose de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), et l’Afrique centrale, de la Bourse des valeurs mobilières d’Afrique centrale (BVMAC). Quel est l’impact de ces deux institutions sur l’offre de produits et de services de sociétés de conseil et d’intermédiation financière comme la vôtre ?

Pour nous, aucun impact. Je ne suis pas concerné. Mais, je les observe à distance en tant quand qu’acteur financier. Comme la BVMAC a son siège à Libreville, nous réfléchissons à l’ouverture d’une antenne au Gabon début juin 2022. Quand nous y serons, si la BVMAC a des offres à nous proposer en phase avec notre business model, nous regarderons d’un peu plus près les articulations possibles.

Francs CFA. © SEYLLOU / AFP

La question des services financiers est devenue centrale dans le débat économique africain. Quelle est votre réflexion sur cette question et quels actes avez-vous posés en termes de services et de produits pour la rendre effective ?

Nous sommes positionnés sur deux domaines : le transfert de fonds à l’international et le change manuel avec une innovation.

En ce qui concerne le premier sujet, nous avons progressé. Avant que je ne me lance au Congo, en 2011, il n’y avait que des banques pour le change et les transferts de fonds. Elles fermaient à 17 heures et ne proposaient qu’un seul opérateur. Ce modèle encourageait le marché informel. J’ai cassé le monopole des banques, en offrant un service ouvert de 8 heures à 23 heures, 365 jours par an, avec le choix de l’opérateur entre MoneyGram, Riad, Western Union, Flash Cash.

Pour le change manuel, nous lançons une innovation avec le groupe Total Distribution. Nous allons installer des kiosques dans les stations du groupe pétrolier. Les usagers auront à leur disposition nos services habituels, mais nous rajoutons à ces kiosques deux DAB (distributeurs automatiques de billets) de banques différentes. Prenons un exemple avec la BSCA, la banque chinoise, qui est l’une des plus grandes banques du Congo à ce jour. Elle fait ses transactions avec Union Pay qui est leur carte internationale très utilisée chez nous. Impossible pour les utilisateurs de cette banque de faire des retraits ou des virements sur les terminaux Visa ou Mastercard. Dans nos kiosques il y aura toujours deux distributeurs de formats différents pour assurer une disponibilité de liquidités.

Comment voyez-vous l’avenir de l’intermédiation financière en Afrique ?

C’est le seul continent à ce jour qui permet encore de saisir des opportunités, des affaires à développer dans les services financiers. Mais pas que. Il y a de nombreux secteurs, comme l’art contemporain, la culture et les nouvelles technologies, qui sont de formidables terrains de croissance. Donc je vois un avenir radieux pour ceux qui sauront les saisir.

Avec Le Point propos recueillis par Malick Diawara et Sylvère-Henry Cissé

Canada: Le NPD veut alléger le fardeau financier des étudiants

août 28, 2021

Le chef du Nouveau parti démocratique (NPD) Jagmeet Singh a promis de s’attaquer à « la crise de la dette étudiante » et à se battre pour les programmes universitaires francophones hors Québec s’il devenait premier ministre, samedi, lors d’un arrêt de campagne à Sudbury, en Ontario.

Le chef du Nouveau parti démocratique Jagmeet Singh a fait un point de presse devant les locaux de l’Université Laurentienne à Sudbury.

© /Radio-Canada Le chef du Nouveau parti démocratique Jagmeet Singh a fait un point de presse devant les locaux de l’Université Laurentienne à Sudbury.

Prenant la parole devant les locaux de l’Université Laurentienne, Jagmeet Singh a annoncé diverses mesures de son plan pour venir en aide aux étudiants canadiens.

Tout d’abord, il supprimerait les intérêts sur les prêts étudiants fédéraux Ensuite, il allouerait un congé de cinq ans aux nouveaux diplômés avant de commencer à rembourser leur prêt étudiant fédéral après avoir terminé leurs études.

De plus, il annulerait jusqu’à 20 000 $ de dettes d’études. L’admissibilité à cette mesure serait basée en fonction du revenu de l’étudiant. Selon le parti, cette proposition effacerait 20 % de toutes les dettes étudiantes pendant la première année de ce programme et offrirait du soutien à 350 000 finissants.

Par surcroît, il doublerait les subventions canadiennes non remboursables aux étudiants».

Les partis fédéraux doivent donner priorité aux transferts en santé, selon François Legault

« Les jeunes ne devraient pas commencer leur vie sous une montagne de dettes. Au lieu d’aider à réduire les coûts, Justin Trudeau laisse les jeunes crouler sous des dettes étudiantes aussi grosses que des hypothèques. Et la pandémie n’a fait qu’empirer les choses, a déclaré le chef.

Dans son communiqué de presse, le parti indique que les étudiants canadiens ont payé plus de quatre milliards de dollars en intérêts pour leurs prêts sous le gouvernement Trudeau. Il ajoute que plus de la moitié des étudiants ont contracté une dette et que le prêt moyen avoisine les 28 000 $.

De plus, le leader du NPD a dit qu’il viendrait en aide à l’Université Laurentienne, située à Sudbury, qui est bilingue. L’institution a récemment dû annoncer des coupures dans ses programmes francophones. Le chef dit que ça n’aurait pas dû arriver.

Nous sommes déterminés à rebâtir l’Université Laurentienne aux côtés des communautés autochtones et francophones», affirme le NPD.

Du même souffle, M. Singh dit vouloir protéger et investir dans les programmes universitaires francophones à l’extérieur du Québec. Il a reconnu que l’accès à ces services est souvent difficile, que le Canada est un pays bilingue et que que l’on doit remédier à la situation.

Avec Yannick Donahue 

Congo-Vie des institutions : vers l’apurement des arriérés des parlementaires

août 18, 2021

Le gouvernement a annoncé, le 17 août, la mise en place de deux commissions mixtes de travail avec les bureaux du Sénat et de l’Assemblée nationale afin d’examiner la situation des arriérés des indemnités des parlementaires avant de les apurer. 

Le gouvernement face au bureau de l’Assemblée nationale /Sylvestre Nkouka

Face aux difficultés financières que connaissent les élus des deux chambres du Parlement ainsi que leurs collaborateurs, le gouvernement s’est voulu rassurant. « Le gouvernement, par la voix de son Premier ministre, a pris acte de cela. Le tout lui revient pour apporter des solutions, au fur et à mesure. Il s’agit d’un droit pour les parlementaires, établi par le règlement intérieur qui a valeur de loi organique. Nous avons mis en place des commissions mixtes de travail regroupant les membres du gouvernement et des bureaux des deux chambres pour examiner le problème et parvenir à l’apurement », a expliqué le ministre d’Etat, ministre des Affaires foncières, du Domaine public, chargé des Relations avec le Parlement, Pierre Mabiala.

Profitant de la séance de travail avec la délégation du gouvernement, conduite par le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, le président de l’Assemblée nationale, Isidore Mvouba, a posé le problème des véhicules des parlementaires, notamment des députés. « Dans ce dossier, nous sommes aussi sur la bonne voie parce que le gouvernement travaille sans relâche pour y apporter de solutions. Des avances conséquentes ont été dégagées, au courant du mois de septembre, il y aura encore un autre acompte et les députés auront leurs véhicules de fonctions parlementaires », a assuré Pierre Mabiala.

Accompagné du ministre en charge des Finances, Roger Rigobert Andely, et du ministre délégué au Budget, Ludovic Ngatsé, le Premier ministre a sollicité l’indulgence des deux chambres du Parlement pour que le débat d’orientation budgétaire ait lieu lors de la prochaine session extraordinaire. Prévu, selon les textes, au cours de la session ordinaire administrative qui précède la session budgétaire, ce débat n’a pas été organisé. « Le débat d’orientation budgétaire aura lieu d’ici vingt jours. Nous n’avons pas pu le faire tenant compte des contraintes, du temps et surtout du fait que le gouvernement venait d’être mis en place », a justifié le ministre d’Etat.   

Avec Adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama