Posts Tagged ‘Alassane Ouattara’

Côte d’Ivoire : le PDCI d’Henri Konan Bédié renvoie la responsabilité des violences de 2020 au camp Ouattara

décembre 30, 2021
Henri Konan Bédié lors d’un meeting du PDCI pendant la campagne présidentielle, le 12 septembre 2020, à Yamoussoukro. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Directement mis en cause par le rapport d’enquête sur les violences post-électorales de 2020, Henri Konan Bédié réplique, via son parti, en accusant le camp présidentiel d’être à l’origine des troubles.

C’était la réaction politique la plus attendue du moment. Deux jours après la publication du rapport de l’unité spéciale chargée d’enquêter sur les violences commises pendant la présidentielle de 2020, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) dirigé par Henri Konan Bédié (HKB), est sorti de son silence, ce mercredi 29 décembre.

Appel à la désobéissance civile

L’ancien président du pays figure tout en haut de la liste des acteurs politiques de l’opposition désignés par les enquêteurs comme étant à l’origine de la planification et du financement des violences ayant coûté la vie à 85 personnes et fait de plus de 500 blessés, selon les chiffres officiels. L’unité spéciale estime en effet que l’appel au boycott et à la désobéissance civile lancé avant le scrutin par le Sphinx de Daoukro pour s’opposer à un troisième mandat d’Alassane Ouattara a été « l’un des déclencheurs » de ces troubles.

« On est en droit d’affirmer sans ambages que le troisième mandat [du président Alassane Ouattara] et ses « supporters » sont les auteurs directs et indirects de la désobéissance civile, des exactions et violences qui ont suivi en octobre 2020 », répond ce mercredi 29 décembre le PDCI. Son ancien vice-président, aujourd’hui secrétaire exécutif chargé des sections, Georges Ezaley, son secrétaire exécutif, Maurice Kacou Guikahué, et l’ancien directeur de cabinet d’HKB, Narcisse N’Dri, récemment nommé vice-président du parti, figurent également parmi les mis en cause. Les deux derniers ont déjà passé plusieurs mois en prison. Ils ont été interpellés après l’annonce par l’opposition de la mise en place d’un Conseil national de transition (CNT), au lendemain des résultats de l’élection.

Pas de rupture du dialogue politique

Si le climat se tend entre le régime en place et le PDCI, pas question pour ce dernier d’aggraver la situation. Le parti d’Henri Konan Bédié ne prévoit pas à ce stade d’abandonner le dialogue politique qui doit reprendre début janvier après plusieurs faux-départs.

Le PDCI-RDA « prend à témoin la communauté nationale et la communauté internationale sur sa disposition à aller à la table du dialogue véritable qui est susceptible d’effacer tous les germes de conflits [qui] installent la Côte d’Ivoire dans la peur quotidienne de lendemains violents et fratricides », lit-on dans le communiqué publié par le parti. « L’accalmie que connaît actuellement notre pays est le résultat de l’engagement du président du PDCI-RDA », affirme le document, qui rappelle qu’HBK avait « accepté » de rencontrer le président Ouattara le 11 novembre 2020.

Ce dialogue politique se poursuivra ainsi, « sans crainte ni peur de quelque procédure judiciaire que ce soit », assure la formation d’opposition. Richard Adou, le procureur près du tribunal de Grande instance d’Abidjan, a pourtant assuré que l’ancien président n’était, dans ce cas précis, nullement protégé par la loi de 2005 relative au statut des anciens présidents et qu’il pourrait être poursuivi.

« L’article 54 de cette loi dit bien que toutes les infractions commises par ces personnalités en période électorale échappent à la procédure spéciale », a-t-il souligné. Cette disposition « ne peut s’entendre que dans le cas où une élection régulière, conforme aux termes de la Constitution ivoirienne a pu se tenir », lui rétorque aujourd’hui le PDCI-RDA.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Côte d’Ivoire : « L’Union des cadres du Grand Nord n’est ni politique ni religieuse »

novembre 12, 2021
Gilbert Koné Kafana, ministre à la Présidence chargé des relations avec les institutions, est un vieux compagnon de route de Ouattara © DR

L’Union fraternelle des cadres et élus du Grand Nord, doit être lancée à Korhogo ce 12 novembre par Gilbert Koné Kafana, un proche du président Ouattara. Alors que l’opposition l’accuse notamment d’attiser les rivalités ethniques, son initiateur répond à Jeune Afrique.

Sans surprise, les organisateurs ont choisi Korhogo, la grande ville du nord de la Côte d’Ivoire, pour concrétiser leur projet. Ce week-end, la capitale du Poro, fief de la famille Gon Coulibaly, accueille l’assemblée constitutive de l’Union fraternelle des cadres et élus du Grand Nord (UGN). Au menu : conférences historiques, nuit culturelle, et surtout assemblée constitutive, samedi 13 novembre, à l’université Péléforo Gon Coulibaly.

Portée par plusieurs proches d’Alassane Ouattara, lui-même originaire du Nord, la nouvelle organisation se veut apolitique et sans caractère ethnique ou religieux. Le but, assurent ses défenseurs, est de promouvoir le développement des régions du Nord. Leurs adversaires, eux, crient au séparatisme et dénoncent un projet identitaire, qui aggraverait encore les fractures persistantes entre le Nord et le Sud, dix ans après une décennie de guerre civile qui avait coupé le pays en deux.

Gilbert Koné Kafana, ministre à la Présidence chargé des relations avec les institutions et vieux compagnon de route de Ouattara, est l’homme qui porte ce projet décrié. Pour Jeune Afrique, il revient sur les objectifs de l’UGN et répond aux critiques.

Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de lancer cette Union fraternelle des cadres et élus du grand Nord ?

Gilbert Koné Kafana : C’est une vieille initiative, qui date de 2017. En 2018, nous avions commencé l’élaboration des statuts et du règlement intérieur. En principe, l’assemblée constitutive devait se tenir en 2019 mais elle n’a pas eu lieu, notamment en raison des élections à venir en 2020. Nous avions alors proposé de la reporter après les élections présidentielle et législatives.

NOUS PARLIONS DEPUIS LONGTEMPS DE CETTE UNION AVEC FEU AMADOU GON COULIBALY

S’agit-il d’une initiative personnelle du président Alassane Ouattara ?

S’il était contre, il est évident que je n’aurais pas poursuivi ce projet. Nous parlions depuis longtemps de cette union avec feu Amadou Gon Coulibaly [ancien Premier ministre décédé en 2020]. Nous nous sommes de nouveau entretenus avec le président de la République sur ce sujet en février 2021. Je lui ai alors dit que je voulais reprendre l’initiative de cette union et je me suis proposé pour parachever cette organisation après les élections législatives de mars.

Quel est l’objectif de cette union, dont vous assurez qu’elle sera apolitique ?

Le « Grand Nord » représente onze régions, dont les différents peuples nourrissent des liens séculaires. C’est aussi une zone qui est reconnue comme étant la plus pauvre du pays, où par exemple l’éducation est un peu en retard. Il y a un certain nombre d’enjeux communs qui nous ont mené à booster le développement de ces régions. Nous avons donc décidé de nous organiser pour apporter notre contribution à leur développement. Voilà l’objectif principal, le tout dans un esprit d’ouverture, sans critère politique ou religieux.

Certains disent que cette union a surtout été encouragée par les membres historiques du Rassemblement des républicains (RDR) originaires du Nord…

Mais pourquoi faites-vous le lien avec le RDR ? Je vous parle de régions, cela n’a donc rien à voir. Et je rappelle que ce n’est pas la première organisation du genre en Côte d’Ivoire. Il y a eu l’union des cadres du Grand Centre, de l’Ouest… Ce n’est pas nouveau. Il n’y a aucun caractère politique là-dedans.

PERSONNE NE PEUT REPROCHER AUX PEUPLES DU NORD D’AVOIR UN COMPORTEMENT SECTAIRE

Vos opposants dénoncent un projet ethnique qui risque d’aggraver la fracture identitaire en Côte d’Ivoire. Que leur répondez-vous ?

Je suis assez surpris de tels propos. De qui vient cette fracture identitaire ? Ce sont ceux qui en sont à l’origine qui osent dire ça ? Je suis désolé, mais nous sommes loin de tout cela. Les peuples du Nord sont installés dans tout le pays, personne ne peut leur reprocher d’avoir un comportement sectaire. S’il y a des peuples qui tiennent à l’unité de la nation ivoirienne, ce sont bien ceux du Grand Nord.

Est-ce que ce projet n’entretient pas l’idée d’une différence entre le Nord et le Sud de la Côte d’Ivoire ?

Pour ma part, je ne comprends pas comment un projet qui veut justement donner l’exemple de l’union entre plusieurs peuples peut être à l’origine de fractures. Vraiment, je n’arrive pas à saisir.

Certains de vos collègues ministres, comme Kobenan Kouassi Adjoumani, auraient aussi désapprouvé la création de cette union…

Il n’en est rien du tout. Le ministre d’État Adjoumani est la bête noire de certaines personnes parce qu’elles ne lui pardonnent pas d’avoir mené le combat du RHDP. Certains cherchent à le noyer, mais c’est un pétard mouillé. Il n’y a pas l’ombre d’une faille entre Adjoumani et moi.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

Côte d’Ivoire : ce qu’Alassane Ouattara et Pascal Affi N’Guessan se sont dit

octobre 29, 2021
Pascal AFFI N’Guessan avec le président Alassane Ouattara le 28 octobre 2021. © Présidence

Le président du Front populaire ivoirien (FPI) a été reçu au palais présidentiel le 28 octobre. L’occasion d’évoquer plusieurs sujets politiques avec le chef de l’État.

Lors de cette audience, Alassane Ouattara et Pascal Affi N’Guessan étaient accompagnés de leurs proches collaborateurs. Le président du Front populaire ivoirien (FPI) avait à ses côtés son secrétaire général et porte-parole, Issiaka Sangaré, son secrétaire national de la jeunesse, Lia Gnan Ferdinand, et la première vice-présidente du parti, Christine Konan

Le chef de l’État, lui, était notamment entouré de son directeur de cabinet, Fidèle Sarassoro, et de son conseiller spécial chargé des affaires politiques, Ibrahim Cissé Bacongo.

Paix et réconciliation

Pendant près d’une heure, ce jeudi 28 octobre, ils ont parlé de réconciliation nationale et de paix. Ils ont aussi évoqué les arrestations liées aux élections d’octobre 2020. Affi N’Guessan a demandé la libération des prisonniers et la réintégration de fonctionnaires radiés ou, à défaut, le versement de compensations pour qu’ils puissent se prendre en charge.

C’EST PASCAL AFFI N’GUESSAN QUI AVAIT SOLLICITÉ CETTE AUDIENCE

Le président du FPI était également porteur d’un message émanant de planteurs d’hévéa de Grand-Lahou qui l’ont prié de faire part de leur contentieux avec une entreprise privée.

C’est Pascal Affi N’Guessan qui avait sollicité cette audience il y a quelques mois.  « Nous avons affirmé au chef de l’État que le FPI est un parti de propositions, a-t-il déclaré à l’issue de la rencontre. Un parti d’opposition responsable. Nous sommes pour la paix et la stabilité socio-économique du pays. Nous sommes toujours disponibles. [Alassane Ouattara] peut compter sur nous. »

Affi Nguessan a également insisté sur la nécessité d’aboutir à un consensus avant les échéances électorale de 2025 et Alassane Ouattara a annoncé qu’il allait donner des instructions à son Premier ministre, Patrick Achi, pour la reprise du dialogue politique.

Depuis le retour de Laurent Gbagbo, les divisions au sein du FPI se sont soldées par une séparation. Alors que l’ancien président a lancé le le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire » (PPA-CI) le 17 octobre, le FPI prépare son sixième congrès extraordinaire, qui aura lieu le 13 novembre 2021 au Palais des sports de Treichville. Ce sera l’occasion de débattre de l’avenir du parti.

Avec Jeune Afrique par Aissatou Diallo

Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara annonce des libérations et des grâces de détenus de la crise électorale de 2020

août 7, 2021
Alassane Ouattara, en janvier 2020, au Palais présidentiel.

Le président ivoirien a annoncé vendredi des mesures de mise en liberté provisoire et de grâces de personnes arrêtées lors de la présidentielle d’octobre dernier, marquée par des violences meurtrières.

« Je note la mise sous contrôle judiciaire ou en liberté provisoire (…) de 69 inculpés détenus suite aux évènements survenus à l’occasion de l’élection présidentielle d’octobre 2020 », a déclaré Alassane Ouattara dans un discours télévisé prononcé à la veille de la fête de l’indépendance de son pays. Il a ajouté avoir accordé « la grâce à neuf personnes condamnées pour des infractions commises à l’occasion de ces mêmes évènements ». « L’examen de la situation d’autres personnes encore détenues se poursuit », a-t-il affirmé.

Alassane Ouattara a été réélu en octobre 2020 pour un troisième mandat controversé lors d’une présidentielle boycottée par l’opposition qui jugeait ce mandat inconstitutionnel. Cela avait provoqué une crise qui a fait une centaine de morts et un demi-millier de blessés entre août et novembre 2020. La tension est néanmoins retombée, les élections législatives de mars s’étant déroulées dans le calme et avec la participation de l’opposition.

La libération des prisonniers avait été demandée par les leaders de l’opposition, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, tous deux anciens présidents. Laurent Gbagbo, rentré en Côte d’Ivoire le 17 juin après avoir été définitivement acquitté de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale (CPI) fin mars, avait abordé cette question lors de sa rencontre le 27 juillet avec Alassane Ouattara.À

Lors de cette première rencontre depuis la crise post-électorale de 2010-2011 qui avait fait 3 000 morts, il avait transmis au chef de l’État une liste de 110 détenus qualifiés de « politiques ». Dans cette liste figuraient des personnes arrêtées après la crise de 2010-2011, mais aussi des personnes interpellées en 2020 lors de la dernière campagne présidentielle et en juin en marge du retour en Côte d’Ivoire l’ancien président.

DIALOGUE CONSTRUCTIF

Le chef de l’État a réaffirmé son « attachement au dialogue constructif, qui permet d’apaiser davantage notre pays et d’aller de l’avant, pour son développement ». « Ce dialogue, je l’ai poursuivi moi-même avec mon ainé, le président Henri Konan Bédié, le 11 novembre 2020, et plus récemment, avec mon jeune frère, le président Laurent Gbagbo », a-t-il dit. « Rien ne doit entraver la marche de la Côte d’Ivoire vers son développement, et le bien-être de chacun », a-t-il ajouté, et « c’est pourquoi je me réjouis de toutes les initiatives visant à l’apaisement. Je ne ménagerai aucun effort pour cela, dans le respect de la loi et des Institutions ».

 Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire: Les propos de Laurent Gbagbo lors de son entretien avec Alassane Ouatarra au palais présidentiel

juillet 27, 2021

Avec Ivoir Net TV

Côte d’Ivoire: La rencontre entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara

juillet 27, 2021

Avec Ivoir Net

Côte d’Ivoire-Ouattara face à Gbagbo : un rendez-vous très attendu. FRANCE 24

juillet 27, 2021

Avec France 24

Côte d’Ivoire : sous les braises, la paix

juillet 4, 2021
Laurent Gbagbo, le 20 juin, à la Cathédrale Saint Paul d’Abidjan.

Le 17 juin, l’ex-président Gbagbo, acquitté par la justice internationale, est rentré dans son pays. L’événement, aussi historique soit-il, ne suffira pas à permettre la réconciliation nationale tant attendue. Les adversaires d’hier doivent faire leur aggiornamento.

En matière de trajectoires politiques nationales, le pire n’est jamais sûr et le meilleur rarement garanti. Ce n’est que bien après les événements – même censément historiques comme le retour d’un ex-président acquitté par la justice internationale – que l’on constate, avec le recul, si telle ou telle période remarquable fut un véritable point d’inflexion…

Enivrée ou traumatisée par le retour au pays natal du « Christ de Mama », la Côte d’Ivoire de 2021 inaugurera-t-elle « l’Éburnie d’après » ? Après le péché originel d’un balayeur balayé. Après le retour chaotique à l’autostrade démocratique. Après les 3 000 morts d’une crise post-électorale mal digérée. Après le jugement maladroit d’un clan et le bilan tronqué des responsabilités d’un autre. Après l’élection légale d’un président à un troisième mandat qui nie la légitimité de l’arithmétique. Après le sable imbibé d’hémoglobine de Grand-Bassam. Après la mise sur la touche de fils spirituels – Guillaume Soro et Blé Goudé. Après les décès surinterprétés de deux Premiers ministres en moins de neuf mois. Après le coronavirus…

Parler moins, écouter davantage

Vœu pieux ou condition sine qua non ? Comme de bien entendu, les adversaires d’hier appellent aujourd’hui à la « réconciliation nationale ». Si d’anciennes victimes des deux camps déclarent souffrir d’un manque de cette vérité que l’on dit indispensable au pardon – vérité notamment sur les commanditaires des violences –, les cravatés psalmodient leur absence de ressentiment et appellent de leurs vœux des amnisties pourtant peu originales.

La réconciliation n’est pas qu’une incantation et ne concerne pas que le tragique dérapage du fractionnement géographique des années 2000. C’est à tous les niveaux que les gestionnaires passagers de pouvoir doivent faire leur aggiornamento. Pas seulement les trois monopolisateurs de la politique qui sont tous âgés de plus de 75 ans. Pas seulement un bloc « pro-Ouattara » et un bloc « pro-Gbagbo ». Au fil du temps, l’opportunisme politicien ivoirien a tissé toutes les combinaisons possibles – RDR-FPI, FPI-PDCI/RDA ou RHDP – et rares sont les formations politiques qui ont échappé totalement à l’attraction militariste ou aux dissensions internes.

Les politiques devront moins parler et davantage écouter ce qu’il reste de plaies mal cicatrisées et de rancœurs citoyennes parfois compréhensibles. Et ceci en s’appuyant sur les relais sociaux traditionnels que ne peuvent impressionner le trompe-l’œil inabouti d’une trop ambitieuse Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) d’un Charles Konan Banny.

Que la richesse culturelle bigarrée des régions ivoiriennes, le talent satirique consensuel d’un Gbich !, « l’ambiance facile » conscientisée d’un Magic System ou le ressort économique manifeste du poumon économique d’Afrique de l’Ouest francophone président à l’esprit nouveau tant attendu. D’où il est, le « canonisé » Félix Houphouët-Boigny saura reconnaître les siens.

Avec Jeune Afrique par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Ouattara, Saïed, Condé, Guelleh, Bongo, Bazoum… Les hommages du continent à BBY

mai 5, 2021
Béchir Ben Yahmed lors d’une soirée de « La Revue » le 6 mai 2010, à Paris

Chefs d’État, intellectuels, lecteurs… Depuis le décès, le 3 mai à Paris, de Béchir Ben Yahmed, fondateur de « Jeune Afrique » et de « La Revue », les messages saluant sa mémoire se multiplient.

Béchir Ben Yahmed, fondateur et patron historique de Jeune Afriques’est éteint lundi à l’âge de 93 ans à l’hôpital parisien Lariboisière. Depuis l’annonce du décès de ce témoin privilégié des soubresauts de l’Afrique et du Moyen-Orient, les hommages affluent. Qu’ils soient chefs d’États, Premiers ministres, journalistes ou lecteurs émus, les témoignages de respect et d’estime se multiplient, publics comme privés.

L’un de ses amis les plus chers et les plus fidèles, Alassane Ouattara – le journaliste considérait être pour l’Ivoirien « une sorte de frère aîné » – a été l’un des premiers à réagir. « C’est avec une immense tristesse que j’apprends le décès de mon aîné Béchir Ben Yahmed, un ami depuis une quarantaine d’années, un grand intellectuel, un excellent journaliste et un infatigable entrepreneur », s’est ainsi ému le président.

Son Premier ministre, Patrick Achi, a évoqué un « homme du dialogue des cultures, des continents et des hommes ». « Créatif, généreux, exigeant, il avait le génie de la presse », a-t-il ajouté.

« C’est une certaine Afrique qui s’en est allée »

Peu après l’annonce du décès de BBY, c’est un autre chef d’État, fraîchement élu, qui a été parmi les premiers à saluer la mémoire du fondateur de JA. « C’est une certaine Afrique qui s’en est ainsi allée, à travers ce grand témoin de notre histoire, a écrit le président du Niger, Mohamed Bazoum. Mes condoléances attristées à l’équipe de Jeune Afrique. Je suis convaincu qu’elle saura porter très haut le flambeau de cette belle aventure. » Son prédécesseur, Mahamadou Issoufou, lui a emboîté le pas, rendant hommage à « un géant ». Un terme également employé par Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine.

« Je salue la mémoire d’un pionnier qui a mis sa plume au service du continent », a écrit pour sa part le président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré. BBY a été un acteur de la lutte pour la cause du tiers-monde, l’indépendance des pays africains, l’État de droit et la démocratie. » Le président sénégalais, Macky Sall, a quant à lui fait part de sa peine, insistant sur le « parcours exceptionnel » du fondateur de Jeune Afrique. 

Les présidents guinéen Alpha Condégabonais Ali Bongo Ondimbabissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, comorien Azali Assoumani ont fait part de leurs condoléances par le biais de messages personnels adressés à Danielle Ben Yahmed, l’épouse de BBY, et à ses fils, Marwane et Amir Ben Yahmed.

« La disparition de Béchir Ben Yahmed signe indubitablement le départ d’un serviteur passionné qui mit, des décennies entières, des compétences exceptionnelles d’intelligence, de créativité et de plaidoirie en faveur de la dignité et du bien-être de l’Afrique », a quant à lui écrit le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh.

Kaïs Saïed lisant l’un des numéros de sa collection de « Jeune Afrique », en septembre 2019, dans l’entre-deux tours de la présidentielle en Tunisie.

C’est également le cas de Kaïs Saïed, le président tunisien, qui a salué « l’une des figures de proue du mouvement national tunisien qui a contribué, aussi bien par son engagement politique que par sa plume, à l’indépendance de son pays natal ».

« Béchir Ben Yahmed restera à jamais gravé dans la mémoire du monde des médias tunisiens, français et africains », écrit le chef de l’État, grand lecteur de Jeune Afrique, dont il conserve chez lui des dizaines de numéros.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a également rendu hommage « au nom du Royaume du Maroc », à cet homme « d’une grande lucidité et d’une grande constance de conviction, ainsi que le Maroc et les Marocains peuvent en témoigner ».

De son côté, l’ambassadeur d’Algérie à Paris, Mohamed Antar Daoud, a adressé ses condoléances à la famille Ben Yahmed en saluant une figure « connue et appréciée pour ses qualités humaines et professionnelles », qui laissera « le souvenir d’un homme qui a fait siens la cause et le combat du peuple algérien pour le recouvrement de son indépendance ».

Le Premier ministre guinéen, Ibrahima Kassory Fofana, a lui aussi adressé une lettre de condoléances à Danielle Ben Yahmed. Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État du Plan et du Développement et numéro deux du gouvernement béninois, ainsi qu’Olivier Boko, proche conseiller du président Patrice Talon, ont également présenté leurs hommages.

Daniel Ona Ondo, président de la Commission de la Cemac, a lui écrit sa « peine » après la disparition de celui qui a « réussi à faire de Jeune Afrique un puissant outil d’analyses pour la lecture et la compréhension de l’histoire contemporaine africaine ». François Fall, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale, a pour sa part salué « un baobab qui aura contribué à l’éveil du continent ».

Le Béninois Serge Ékué, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), ou encore le Sénégalais Makhtar Diop, à la tête de la Société financière internationale (IFC), ont également fait part de leurs condoléances.

L’Élysée salue « un homme de conviction »

La présidence française a longuement rendu hommage à une « plume alerte, dont la lucidité clinique n’épargnait aucun chef d’État, ni africain, ni français ». Emmanuel Macron a notamment salué « un homme de presse et de conviction qui a accompagné et éclairé les indépendances africaines, qui a insufflé une fraternité d’âme entre les États de ce continent, et qui a incarné la profondeur du lien indéfectible entre la France et l’Afrique ».

Les chefs d’État et ministres n’ont pas été les seuls à réagir. Personnalités politiques et intellectuels, artistes, écrivains, nombreux ont été celles et ceux qui ont adressé leurs condoléances de manière publique ou privée. C’est notamment le cas de Lakhdar Brahimi, ancien ministre algérien des Affaires étrangères, de Tiébilé Dramé, ancien ministre malien des Affaires étrangères, du Sénégalais Karim Wade, ex-ministre et fils de l’ancien président Abdoulaye Wade. « L’Afrique perd son plus grand patron de presse », s’est pour sa part ému le Congolais Moïse Katumbi, rendant hommage aux soixante années que BBY a passées « au service de l’information ».

Écrivains, cinéastes, journalistes…

La Prix Goncourt franco-marocaine Leïla Slimani, ancienne journaliste à Jeune Afrique, le peintre marocain Mehdi Qotbi, le cinéaste tunisien Férid Boughedir et l’ancien ministre français de la Culture Frédéric Mitterrand, qui a collaboré à La Revue, ont également adressé leurs condoléances à la famille du défunt. « C’est grâce à Béchir Ben Yahmed et à Jeune Afrique qu’une très grande partie de ma génération est née au panafricanisme, a quant à lui écrit le philosophe camerounais Achille Mbembe. Il aura eu un impact considérable sur la formation de notre conscience historique. »

Les hommages des professionnels des médias n’ont pas manqué. De l’Ivoirien Venance Konan, directeur général de Fraternité Matin, et son confrère Noël Yao, au Marocain Mohamed Khabbachi. Ce dernier, patron du site Barlamane et ancien directeur général de la MAP, salue « le parcours du combattant » d’un homme dont « le nom résonne dans toute l’Afrique et le monde arabe ».

Les anciens collaborateurs de JA ont également été nombreux à rendre hommage à Béchir Ben Yahmed : Francis Kpatindé, dans Le MondePascal Airault, dans L’OpinionChristophe Boisbouvier et Jean-Baptiste Placca, sur RFI, le Camerounais Célestin Monga, aujourd’hui enseignant à Harvard, sans oublier l’ancien rédacteur en chef de Jeune Afrique Hamid Barrada, l’une des références du journalisme au Maroc, les Sénégalais Cheikh Yérim Sow et Cécile Sow, Mohamed Selhami, fondateur de Maroc HebdoGuy Sitbon, Jean-Claude Hazena, Jean-Pierre Séréni…

Beaucoup de quotidiens et de sites d’information du continent également rendu hommage à Béchir Ben Yahmed, de Walf Quotidien (Sénégal) à Wakat Séra (Burkina Faso), en passant par Le Djely (Guinée) ou encore Les Dépêches de Brazzaville.

Par Jeune Afrique

Côte d’Ivoire/Alassane Ouattara : Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé « libres de rentrer quand ils le souhaitent »

avril 7, 2021
Alassane Ouattara, lors du conseil des ministres du 7 avril 2021.

Le chef de l’État ivoirien a indiqué que l’ex-président et son ancien ministre de la Jeunesse peuvent désormais rentrer « quand ils le souhaitent » et que l’État prendra en charge les frais du retour de Laurent Gbagbo.

Une semaine après l’acquittement définitif de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, les deux hommes sont « libres de rentrer en Côte d’Ivoire quand ils le souhaitent ». C’est ce qu’a indiqué ce mercredi le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, lors du conseil des ministres, précisant que les frais de voyage de l’ancien président, ainsi que ceux de sa familles, seront pris en charge par l’État.

L’ex-président ivoirien et son ancien ministre de la Jeunesse ont été définitivement acquittés par la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI), le 31 mars, des faits de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre 2010 et 2011. Début décembre, Laurent Gbagbo, qui vit actuellement en Belgique, s’était déjà vu remettre deux passeports, l’un diplomatique, l’autre ordinaire.

Statut d’ancien président

« Des dispositions seront prises pour que Laurent Gbagbo bénéficie, conformément aux textes en vigueur, des avantages et indemnités dus aux anciens présidents de la République », a par ailleurs indiqué Alassane Ouattara.

Interrogé sur la condamnation de Laurent Gbagbo,  en 2019, par la justice ivoirienne à vingt ans de réclusion et à une amende de 329 milliards de F CFA dans l’affaire du « braquage de la BCEAO », le nouveau porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a botté en touche. Il a indiqué s’en tenir aux propos du chef de l’État, « qui a dit que Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé pouvaient rentrer quand ils le voudraient ».

Faut-il alors s’attendre à une grâce présidentielle, voire à une amnistie ? Selon nos informations, des négociations sont en cours pour une levée de toutes les condamnations de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara « reste bienveillant quant à la situation des victimes qui continueront à bénéficier du soutien de la Côte d’Ivoire », a tenu à préciser le porte-parole du gouvernement.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard à Abidjan