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Le Canada appelé à s’ouvrir davantage aux étudiants africains

novembre 20, 2022

Le Canada est montré du doigt depuis des mois pour son refus massif d’étudiants francophones en provenance du continent africain.

Un homme et une femme se serrent la main.

Justin Trudeau en compagnie de la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, à Djerba, en Tunisie. Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Un délégué africain au Sommet de la Francophonie demande au Canada de s’ouvrir davantage à l’immigration en provenance de son continent. En Tunisie, cet enjeu délicat poursuit le gouvernement Trudeau alors qu’il tente de resserrer ses liens avec les pays d’Afrique.

Sur le site d’exposition nommé le Village de la Francophonie à Djerba, il y a toujours de l’activité devant les kiosques du Québec et du Canada. Beaucoup de gens s’informent des procédures d’immigration dans l’espoir d’obtenir leur laissez-passer vers le Canada.

J’ai un fils qui a eu son baccalauréat. Je voulais savoir s’il y a une possibilité pour qu’il puisse terminer ses études au Canada, explique une dame devant le comptoir. Je cherche comment faire et à qui m’adresser, ajoute-t-elle.

Toutefois, le processus n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît. Le Canada est sévèrement critiqué pour son refus massif de permis d’études pour les ressortissants africains. Immigration Canada leur reproche, la plupart du temps, d’avoir l’intention de rester au Canada à la fin de leur formation.

Des gens font la file devant le kiosque du Canada.

Le kiosque du Canada est très fréquenté au Sommet de la Francophonie, à Djerba, en Tunisie. Photo: Radio-Canada/Louis Blouin

Avant le Sommet de la Francophonie, cette affaire a même attiré l’attention de la presse internationale. Le journal Le Monde titrait le 8 novembre dernier : Le rêve canadien, un mirage pour beaucoup d’étudiants d’Afrique francophone.

Les procédures peuvent paraître assez difficiles, assez complexes, souligne Maguèye Toure, directeur de la Francophonie du ministère des Affaires étrangères du Sénégal, au micro de Radio-Canada.

Il demande aux pays riches comme le Canada d’assouplir les procédures d’entrée surtout pour les étudiants, les artistes et les entrepreneurs.

« Il faut que la circulation des gens puisse se faire dans tous les sens entre les pays du Nord et les pays du Sud, et vice-versa. C’est important qu’on réfléchisse. »— Une citation de  Maguèye Toure, directeur de la Francophonie du ministère des Affaires étrangères du Sénégal

Le représentant sénégalais s’explique mal ces barrières pour entrer au Canada, dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre. Je sais que le Canada a un besoin parce qu’il y a des emplois qui doivent être pourvus, souligne-t-il.

Dans un monde en circulation, M. Toure souligne que les jeunes ont particulièrement besoin de contacts en personne, et pas seulement virtuels, pour mener à bien leurs divers projets.

Ottawa promet des améliorations

Appelée à réagir lors d’une mêlée de presse au Sommet de la Francophonie, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a préféré renvoyer la balle à la secrétaire parlementaire du ministre de l’Immigration, aussi présente.

Dans une réponse vague, Marie-France Lalonde admet qu’il y a encore des défisOn travaille très, très fort pour améliorer les processus et les échanges entre ces demandeurs et nos agents, souligne-t-elle.

Interrogé à son tour, le premier ministre Justin Trudeau a dit être déçu des taux de refus des étudiants en provenance de l’Afrique et que la situation allait être corrigée.

« J’ai demandé directement au ministre [de l’Immigration Sean] Fraser de se pencher sur cet enjeu-là, on a besoin de plus en plus d’étudiants et d’immigrants francophones. »— Une citation de  Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Mélanie Joly parle dans un micro. Une femme se tient à ses côtés.

Mélanie Joly au Sommet de la Francophonie, en Tunisie. Elle est accompagnée de la secrétaire parlementaire du ministre de l’Immigration, Marie-France Lalonde. Photo: Radio-Canada/Louis Blouin

Récemment, le ministre de l’Immigration, Sean Fraser, a promis de revoir le processus de sélection des étudiants étrangers pour que ces derniers soient évalués en fonction de critères davantage liés à leur potentiel et à leur valeur.

Dans un document publié en ligne en septembre, Immigration Canada a reconnu qu’il y avait du racisme dans sa propre organisation et a promis de mener une étude interne sur la question.

Une seule rencontre bilatérale avec un dirigeant africain

Pendant son passage de deux jours, Justin Trudeau n’avait aucune rencontre bilatérale officielle prévue dans son programme initial avec des dirigeants de pays africain, même s’ils sont nombreux au Sommet de la Francophonie.

Finalement, une rencontre s’est ajoutée à l’horaire dimanche avec le président du Niger.

Ce sont des retrouvailles entre le Niger et le Canada qui était l’un de nos plus grands partenaires de coopération dans les années 1970, a rappelé le président nigérien, Mohamed Bazoum. Il y a eu une petite distanciation, mais nous allons travailler pour faire en sorte que nos liens se resserrent.

Le premier ministre a aussi pris le temps de s’asseoir pour des tête-à-tête officiels avec les premiers ministres du Québec et de l’Arménie, et avec le président suisse.

Deux hommes discutent devant des drapeaux canadiens.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’entretient avec le président suisse, Ignazio Cassis. Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

Interrogée à ce sujet, Mélanie Joly rejette l’idée que son gouvernement a accordé peu de temps aux pays africains. En dehors des réunions bilatérales officielles, la ministre assure qu’elle et le premier ministre ont eu de nombreuses conversations avec des pays comme le Bénin, le Gabon et le Sénégal, par exemple. Je fais mon travail, c’est-à-dire établir des liens avec ces pays, a-t-elle souligné.

Présentement, on sait que la Chine et la Russie essaient d’exercer leur influence ici. C’est important pour le Canada d’être présent en Tunisie et aussi à travers le continent africain, a-t-elle expliqué.

Avec Radio-Canada par Louis Blouin

Photographie : « Messi fait les poubelles, Ronaldo fait la guerre »

novembre 17, 2022

Sous les maillots siglés Messi, Ronaldinho, Drogba, Eto’o ou Torres, des hommes et des femmes qui se rêvent d’autres vies. Le photographe franco-suisse Michaël Zumstein les a photographiés.

Des anti-Balaka posent avec des fusils dans la rue principale de Njoh, en Centrafrique, le 24 septembre 2013. © Michael Zumstein/Agence VU

À l’heure où démarre une Coupe du monde de football à haut degré de polémique, le photographe franco-suisse Michaël Zumstein propose un contrechamp radical avec Aka Zidane (pour l’anglais « Also Known As Zidane »). Son projet, décliné en un livre édité par Images plurielles et en une exposition à la galerie Guigon (Paris 12ème, du 16 au 20 novembre), consiste en une série de 60 photographies d’Africain(e)s portant des maillots de footballeurs célèbres.

Devenir son idole

À l’origine de cette démarche, il y a d’abord la passion du reporter pour le football. « J’ai adoré jouer au football, écrit-il ainsi dans l’introduction de l’album. De sept à quinze ans, j’ai occupé tous les terrains détrempés de banlieue. J’ai joué à tous les postes de l’équipe. Je vivais foot et les murs de ma chambre étaient recouverts des photos de mes héros : Platini, Mario Kempes, Gérard Janvion. Le jour de mes dix ans, on m’a enfin offert mon premier maillot de foot. J’ai reçu l’improbable maillot de l’équipe d’Écosse. »

Problème : personne, à l’époque, ne connaît le nom du moindre joueur écossais… « Moi, fils d’une juive oranaise et d’un Suisse allemand, je devais devenir Écossais, poursuit Zumstein. J’ai finalement trouvé la photo d’un joueur dans un album : Gordon Strachan. » Sur le terrain et à l’école, l’enfant s’est métamorphosé en sa nouvelle idole : « Je pouvais enfin devenir Gordon Strachan, et vivre une autre vie que la mienne. »

Anti-balaka

Michaël Zumstein n’est pas devenu une star du ballon rond. Diplômé de l’École supérieure de photographie de Vevey, il est devenu photoreporter, d’abord pour L’œil public, puis pour l’Agence VU. Ses missions l’ont, très souvent, conduit en Afrique, dans des zones de conflits comme en RDC ou en Côte d’Ivoire. Mais c’est dans un autre pays, au cours d’un autre conflit, que la série des maillots de foot s’est imposée à lui.

« À l’origine d’Aka Zidane, il y a un reportage en Centrafrique en 2014-2014, raconte-t-il. J’ai pris une photo d’un groupe d’anti-balaka qui a fait la Une du journal Le Monde. Sur cette image, l’un des soldats portait le maillot rouge de l’Espagne. Je me suis dit que c’était étrange de faire la guerre avec un maillot de football. Et à partir de ce moment-là, j’ai commencé à chercher dans mes archives… J’ai retrouvé de nombreuses images d’hommes et de femmes avec des t-shirts portant le nom de célébrités du foot. »

Par la suite, une bourse du CNAP (Centre national des arts plastique) lui permet de poursuivre sa recherche en Afrique, où il traque plus systématiquement les Drogba, Ronaldinho, Juninho, etc. « J’ai vu Lionel Messi, écrit Zumstein. Il avait huit ans, et accompagné de son âne, il ramassait des ordures sur un marché au Niger. Sur une charrette, j’ai aussi croisé Zinedine Zidane qui revenait de son champ de sorgho, trop petit et trop sec pour nourrir sa famille. »

Ronaldinho, Beckham, Shevchenko

Il faut le dire, les images de Michaël Zumstein sont à mille lieues des vestiaires aseptisés des grands stades de football. Ici, on ne roule pas en voiture de luxe et les maillots, plus que de sueur, sont parfois mouillés de sang. « Messi fait les poubelles, Ronaldo fait la guerre, Zidane ne parvient plus à nourrir sa famille », résume Zumstein dans l’un des courts textes qui accompagnent ses images. Aka Zidane n’est certes pas un livre très joyeux, mais c’est un livre qui raconte l’Afrique en offrant des pistes de réflexion sur la guerre, l’identité, l’économie, l’avenir…

En Centrafrique, Zumstein photographie « Ronaldinho, le buteur brésilien, qui vient d’amener à l’hôpital son ami mort dans ses bras » et « cet homme mort au milieu de la route portant les couleurs du maillot argentin ».

« David Beckham, l’attaquant anglais, et Andriy Chevtchenko [attaquant ukrainien] ne se connaissent pas, écrit encore le photographe. Ils sont pourtant traversés par une même question : qui est Ivoirien ? Cette question hante la Côte d’Ivoire depuis que le miracle économique a pris fin et que l’on regarde d’un mauvais œil ces familles venues des pays voisins et dont dépendent maintenant des pans entiers de l’économie. » Au Mali, « Lionel Messi et ses collègues ont installé leurs pupitres, leurs ordinateurs et leurs enceintes rue Fankalé Diarra. Contre 1 000 francs CFA, les habitants de Bamako viennent copier sur leurs téléphones portables des dizaines de titres et de vidéos que proposent les « téléchargeurs ». Un iTunes de la rue. »

Contraste

Au-delà du contraste évident entre le monde du football de haut niveau et la réalité quotidienne de l’Afrique, Aka Zidane invite – sans donner de leçon – à réfléchir sur la mondialisation, la célébrité, l’argent, la guerre, mais surtout sur les aspirations et les rêves de chacun.

Que signifie, au fond, le fait de revêtir un maillot portant le nom d’une personne qu’on ne rencontrera probablement jamais ? Que représentent ces « héros contemporains » payés des millions d’euros pour envoyer un ballon dans un filet ? Pourquoi avons-nous besoin de ces demi-dieux, ou à tout le moins de leurs costumes de scène, pour tenter d’exister ? Michaël Zumstein n’offre pas de réponses, mais « donne à voir la place et l’ampleur de vies d’hommes et de femmes cachées sous les maillots de foot ».

Aujourd’hui, le photographe, réalisateur de plusieurs documentaires (Il faut ramener Albert, Ils peuvent prendre notre soleil, Côte d’Ivoire : le tribunal militaire contre la police) a cessé de photographier les hommes en maillot de foot. Il est fort probable qu’il ne regardera pas la Coupe du monde 2022 : « Je me suis dit que je n’allais pas la regarder, mais bon, j’aurais pu me dire la même chose en 2018, quand elle se déroulait en Russie… »

Aka Zidane, de Michaël Zumstein, Images Plurielles Editions, 96 pages, 25 euros.

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

Mondial 2022 au Qatar : les sélections africaines ont-elles une chance ?

novembre 16, 2022

La Tunisie, le Maroc, le Cameroun et le Ghana devront se surpasser pour atteindre le second tour de la Coupe du monde de football. Quant au Sénégal, il reste suspendu au genou de Sadio Mané.

Le Sénégalais Sadio Mané, le 6 février 2022. © Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Le tirage au sort n’aura pas été favorable aux cinq sélections africaines qualifiées pour le Mondial de football, qui doit s’ouvrir au Qatar le 20 novembre. Seul le Sénégal a été relativement épargné, mais il ignore encore s’il pourra compter sur sa star blessée, Sadio Mané.

Eto’o voit ses Lions sur le toit du monde

Samuel Eto’o, l’ancien capitaine et buteur des Lions indomptables, désormais président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), a toujours vu grand. Celui qui fut l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football africain avait prédit il y a quelques mois que le Cameroun serait champion du monde au soir du 18 décembre.

Ce panafricain convaincu a depuis développé sa prophétie : son pays affrontera le Maroc en finale, avec l’issue que l’on connaît. Et puisque cela ne coûte rien, Eto’o, dans un récent communiqué, a également annoncé la qualification de la Tunisie, du Sénégal et du Ghana pour les huitièmes de finale. « Les équipes africaines ont un gros potentiel, ont acquis de plus en plus d’expérience, et elles sont prêtes à remporter la Coupe du Monde », a-t-il martelé.

On aimerait bien sûr partager, même partiellement, l’optimisme d’Eto’o, lequel, en quatre participations à la phase finale avec les Lions, n’a jamais réussi à franchir le premier tour. Mais la réalité sera sans doute moins lumineuse pour les cinq mondialistes africains, dont aucun ne figure en haut de la liste des favoris (où l’on retrouve la France tenante du titre, le Brésil de Neymar, l’Argentine de Lionel Messi, la Belgique, l’Allemagne ou encore l’Espagne), ni même parmi les outsiders, mélange hétéroclite composé des Pays-Bas, du Portugal, de l’Angleterre, du Danemark, de la Croatie ou de l’Uruguay.

Quand Eto’o envoie ses Lions sur le toit du monde, Mohammadou Idrissou, son ancien coéquipier en sélection, se précipite pour le ramener à la raison. « Nous allons affronter au premier tour le Brésil, la Suisse et la Serbie, autrement dit un favori et deux bonnes sélections européennes. Alors, parler de titre mondial… Commençons déjà par essayer de sortir de ce groupe, ce qui sera déjà très compliqué. »

Les Lions indomptables ont des arguments, tels le gardien André Onana (Inter Milan), le milieu de terrain André-Frank Zambo Anguissa (Naples) ou l’attaquant Eric Maxim Choupo-Moting (Bayern Munich), alors que leur sélectionneur, Rigobert Song, est de plus en plus contesté, notamment pour ne pas avoir retenu Michaël Ngadeu, l’un de ses piliers.

Eric Maxim Choupo-Moting, le 11 août 2022 avec son club, le Bayern Munich. © Photo by Marcel Engelbrecht / firo Sportphoto / dpa Picture-Alliance via AFP
Eric Maxim Choupo-Moting, le 11 août 2022 avec son club, le Bayern Munich. © Photo by Marcel Engelbrecht / firo Sportphoto / dpa Picture-Alliance via AFP

Claude Le Roy, l’ancien sélectionneur du Cameroun, mais aussi du Ghana et du Sénégal, deux autres équipes présentes au Qatar, n’est pas offusqué par les prédictions d’Eto’o, même s’il les nuance. « Il a raison d’avoir des ambitions, de ne pas tenir des propos misérabilistes. Dans une phase de groupes, tout est possible, et je pense que le Cameroun, le Sénégal et à un degré moindre le Ghana peuvent se qualifier. La Tunisie et le Maroc aussi, même si, car il faut être objectif, ce sera très compliqué pour eux. »

Le Sénégal avec ou sans Mané

Le Sénégal a certes hérité du groupe à priori le plus abordable (Qatar, Pays-Bas, Équateur), mais Aliou Cissé, le sélectionneur des Lions de la Teranga, a appris le 9 novembre que son meilleur joueur, Sadio Mané, s’était blessé au péroné lors d’un match avec le Bayern Munich la veille.

La star sénégalaise, deuxième du dernier Ballon d’Or, figure bien dans la liste des 26, mais le champion d’Afrique en titre atterrira forcément amoindri dans le Golfe persique, sans savoir s’il pourra compter sur son principal atout. Si Cissé dispose tout de même d’un effectif de qualité, capable de franchir le cap du premier tour, la mission s’annonce forcément plus périlleuse pour son équipe.

La Tunisie et le Maroc dans des groupes très relevés

Le finaliste potentiel de la Coupe du Monde imaginé par le président de la Fecafoot – le Maroc – a récemment changé de sélectionneur. Walid Regragui, ancien international marocain et vainqueur, en tant qu’entraîneur, de la dernière Ligue des Champions avec le WAC Casablanca, a remplacé Vahid Halilhodzic, limogé après avoir qualifié les Lions de l’Atlas.

Le nouveau patron technique a rappelé Hakim Ziyech (Chelsea), en conflit ouvert avec son prédécesseur, et bénéficie d’une forte adhésion autour de sa personne. Mais les Marocains n’ont pas vraiment eu de chance au tirage, constate Claude Le Roy. « Je pense que c’est la sélection africaine, avec la Tunisie, qui a hérité du groupe le plus difficile. La Croatie a été finaliste de la Coupe du Monde 2018, la Belgique, l’un des favoris, y a terminé troisième, et le Canada est une équipe particulièrement solide. Quant aux Tunisiens, avec la France et le Danemark, ils doivent s’attendre à souffrir. Mais dans le football, tout est possible. Comme me l’a dit Samuel Eto’o récemment, une Coupe du Monde, c’est quelques matches, pas une saison entière. »

Les Black Stars sur une mauvaise lancée

La situation du Ghana, placé dans un groupe où figurent le Portugal, l’Uruguay et la Corée du Sud, n’est guère plus confortable. Les Black Stars ont certes éliminé le Nigeria pour se qualifier, mais sa dernière CAN a été un échec, ses récents matches n’ont pas soulevé un enthousiasme effréné, et le sélectionneur, Otto Addo, a laissé entendre qu’il pourrait quitter son poste après la Coupe du Monde.

En 2018, aucune sélection africaine n’avait franchi le premier tour. Dans l’histoire de la Coupe du Monde, seuls le Cameroun (1990), le Sénégal (2002) et le Ghana (2010) ont atteint les quarts de finale. En envoyant tous les représentants du continent au second tour et deux en finale, Eto’o a placé la barre très haut. Trop ? Réponse dans quelques jours.

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

La stratégie française en Afrique « finalisée d’ici six mois » dit Macron

novembre 9, 2022
La strategie francaise en Afrique "finalisee d'ici six mois" dit Macron
La stratégie française en Afrique « finalisée d’ici six mois » dit Macron© Etat Major des Armées/AFP/Archives/Handout

La nouvelle stratégie de la France en Afrique sera finalisée d’ici six mois après consultations avec ses partenaires sur le continent, a annoncé mercredi le président Emmanuel Macron en confirmant la fin de l’opération antijihadiste Barkhane.

« Nous lancerons dans les prochains jours une phase d’échanges avec nos partenaires africains, nos alliés et les organisations régionales pour faire évoluer ensemble le statut, le format et les missions des actuelles bases militaires françaises au Sahel et en Afrique de l’Ouest », a-t-il déclaré en présentant la nouvelle stratégie française en matière de défense.

« Cette stratégie sera finalisée d’ici 6 mois (…). C’est indispensable et c’est une des conséquences que nous tirons de ce que nous avons vécu ces dernières années dans toute la région du Sahel », a-t-il expliqué.

L’armée française a quitté le Mali en août, après neuf ans de présence, poussée par la junte au pouvoir qui travaille désormais – même si elle s’en défend – avec le sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner.

Elle reste toutefois dans la région et continue à lutter contre les groupes jihadistes liés à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique, qui étendent progressivement leurs activités vers les pays du golfe de Guinée.

L’annonce de la fin de Barkhane est sans conséquence immédiate sur le dispositif militaire français au Sahel, qui comprend environ 3.000 militaires au Niger, au Tchad et au Burkina Faso, après avoir compté jusqu’à 5.500 hommes au plus fort de son déploiement.

« Nos interventions doivent être mieux bornées dans le temps. ( ?) Nous n’avons en effet pas vocation à rester engagés sans limite de temps dans des opérations extérieures », a justifié le chef de l’Etat.

« Notre soutien militaire aux pays africains de la région se poursuivra, mais selon les nouveaux principes que nous avons défini avec eux », a-t-il précisé. « Il se déclinera à l’échelle de chaque pays selon les besoins qui seront exprimés par nos partenaires ».

Paris doit composer avec une opinion publique africaine de plus en plus hostile, au sein de laquelle l’influence de puissances rivales, Moscou en tête, se renforce via réseaux sociaux et médias officiels.

L’idée désormais est de continuer à agir, mais en discrétion. Aucun nouveau nom n’a été donné aux troupes désormais déployées.

« Nos soldats restent couverts, protégés, soutenus, administrés dans des conditions qui sont satisfaisantes » mais l’annonce officielle est « nécessaire localement », expliquait-on mardi à l’Elysée.

« Dans le champ des perceptions, Barkhane continue d’occuper une présence très importante sur les réseaux sociaux. Il faut y mettre clairement un terme pour pouvoir basculer sur une autre logique », précisait-on de même source.

Par Le Point avec AFP

« Qu’il(s) retourne(nt) en Afrique ! » : le Parlement français se donne en spectacle

novembre 4, 2022

Un député proche de Marine Le Pen a tenu, ce jeudi 3 novembre, des propos racistes envers un député proche de Jean-Luc Mélenchon. La séance de l’Assemblée nationale a été interrompue.

© Damien Glez

Jeudi 3 novembre. En pleine promotion d’un projet de loi restrictif sur l’immigration, le gouvernement français fait face aux députés. En présence de la Première ministre, Élisabeth Borne, un élu du parti La France insoumise prend la parole. Au micro, il évoque la situation de migrants actuellement bloqués sur un bateau humanitaire en Méditerranée. Un élu du Rassemblement national lance soudain : « Qu’il(s) retourne(nt) en Afrique ! »…

Au-delà de la trivialité de la saillie de Grégoire de Fournas et du non-respect du protocole de prise de parole, deux détails rendent immédiatement la situation plus que « malaisante ». Premier point : né dans la ville française de Villiers-le-Bel, l’orateur mélenchoniste se nomme Carlos Martens Bilongo et a des parents d’origine congolaise et angolaise.

Second point : si la langue française est réputée pour la richesse de ses nuances de vocabulaire, l’absence de genre neutre et la nature des conjugaisons rendent ambigu le cri inopiné du député d’extrême droite. Et les bandeaux des chaînes d’information en continu de tergiverser sur l’accord des mots incriminés…

Percer à jour le mystère linguistique

En anglais comme en allemand, les auditeurs auraient su, à l’oral, si la phrase était formulée au pluriel, auquel cas Grégoire de Fournas se serait adressé aux migrants présents sur le bateau évoqué, et non à son collègue français qu’il est explicitement raciste de ramener, dans l’hémicycle de la représentation nationale, à des origines familiales étrangères, en raison de son patronyme ou de sa couleur de peau.

LE SPECTACLE DE CE JEUDI DÉGRADE UN PEU PLUS L’IMAGE DE LA FRANCE DANS LE MONDE

Après la suspension de la séance des questions au gouvernement, et sans doute après un petit calcul stratégique, le député crieur refusera de présenter ses excuses à son collègue qu’il dira tout autant que lui « légitime » à siéger. Il dénoncera une « manipulation ». Il affirmera avoir bien formulé sa phrase au singulier, mais en évoquant le bateau qui devrait, selon lui, faire demi-tour vers le continent africain. Là encore, les langues anglaise ou allemande auraient permis de percer à jour le mystère linguistique…

Indécence

Avant de connaître l’éventuelle sanction qui pourrait être prononcée contre Grégoire de Fournas et au-delà de la récupération politicienne que le clan d’Emmanuel Macron fait déjà de cette affaire pour diviser des oppositions qui ont voté récemment une même motion de censure, le spectacle de ce jeudi dégrade un peu plus l’image de la France dans le monde.

Ainsi, les députés français cèdent aux enfantillages de cour d’école, ne sachant ni attendre leur tour de parole ni se dénoncer immédiatement lorsque la présidente de l’Assemblée nationale demande : « Qui a dit cette phrase ? » Ainsi, les députés français, au mieux, font preuve d’indécence lorsqu’ils évoquent le cimetière marin qu’est devenu la Méditerranée. Ainsi, les députés du Rassemblement national, au pire, font craquer le vernis de leur dédiabolisation…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Niger, RDC, Tunisie… Qui sont les gagnants et les perdants de la crise ?

octobre 14, 2022

En Afrique, les déséquilibres macroéconomiques atteignent des niveaux jamais vus depuis plusieurs décennies. Pourtant, certains pays s’en sortent mieux que d’autres. Décryptage à la lumière du dernier rapport du FMI.

L’île de Mahé, aux Seychelles, en 2019. © Yasuyoshi Chiba/AFP

En 2022, en Afrique, la reprise économique a été brisée par le ralentissement mondial, par le durcissement des conditions financières et par la volatilité du prix des matières premières. En 2021 l’activité sur le continent avait rebondi, et le PIB avait crû de 4,7 %. Changement de décor en 2022, année pour laquelle le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une progression de +3,6% des revenus, soit un recul de 1 point de croissance sur un an.

Dans son rapport, le FMI observe une certaine hétérogénéité dans les trajectoires des pays de la région. Les estimations de 2022 ont été revues à la hausse pour l’Afrique du Sud grâce à la forte reprise de l’activité des services, et malgré l’impact des inondations, des coupures d’électricité et des grèves. En revanche, pour 33 des 44 pays passés au crible, la situation est bien moins favorable.

Les Seychelles (+10,9%) et le Malawi (+0,9%) occupent respectivement la première et la dernière place du podium. Entre les deux, le Nigeria et le Soudan du Sud (+6,1%), ainsi que la Guinée équatoriale, le Congo, le Rwanda et Maurice (+6%) s’en sortent bien. Le Gabon, le Mali (+2,5%) et la Centrafrique (+1,5%) peinent, pour leur part, à relancer leur économie.

Top 5  des taux de croissance les plus élevés en 2022

Taux de croissance du PIB
Taux de croissance du PIB

Les 5 taux de croissance les moins élevés en 2022

Taux de croissance Afrique bas © Taux de croissance du PIB. Source : FMI
Taux de croissance Afrique bas © Taux de croissance du PIB. Source : FMI

Le spectre du surendettement

S’agissant de la dette publique, 19 des 35 pays à faibles revenus sont en situation de surendettement ou de risque élevé dans ce domaine. À leur tête, la RDC (où la dette représente 85% du PIB), le Ghana (81,8%) et la Tunisie (80%).

L’endettement régional se rapproche désormais des niveaux observés au début des années 2000, avant l’adoption de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés. Toutefois, la composition de ces dettes est à présent différente. L’émergence de créances sous forme de fonds privés a, par ailleurs, « entraîné une hausse des coûts du service de la dette et engendré des risques de refinancement », note le Fonds.

Composition de la dette publique en Afrique subsaharienne en % du PIB © Composition de la dette publique en Afrique subsaharienne en % du PIB. Source : FMI
Composition de la dette publique en Afrique subsaharienne en % du PIB © Composition de la dette publique en Afrique subsaharienne en % du PIB. Source : FMI

Inflation grandissante

Sur le front de l’inflation et comparées aux projections publiées en avril 2022, les prévisions ont été significativement revues à la hausse. En glissement annuel, la médiane régionale a augmenté de près de 2 points, portant la prévision de la fin de 2022 à 8,7% en moyenne, avec un minimum de 6%, et un maximum 12,2% selon les pays. L’Angola constitue une exception notable : l’inflation y a diminué de plus de 3 points en raison de l’appréciation rapide du kwanza, associée à la hausse des prix du pétrole.

Taux d’inflation en Afrique subsaharienne
Taux d’inflation en Afrique subsaharienne

Pour l’institution de Bretton Woods, « une hausse du taux directeur pour faire face à la montée de l’inflation et aux pressions sur les taux de change peut s’avérer nécessaire dans les pays particulièrement touchés », comme le Zimbabwe et le Ghana.

À noter toutefois que ces hausses interviennent dans le contexte d’une reprise encore fragile et de besoins sociaux élevés. « Jusqu’à présent, la hausse de l’inflation était principalement due à des facteurs externes. À l’avenir, la demande devrait rester relativement faible, notamment en raison [des mesures] d’assainissement budgétaire », conclut le rapport.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Quand l’Afrique réclame le droit au populisme

septembre 25, 2022

Aux yeux de nombreux pays africains, Chinois et Russes prennent l’ascendant sur les Occidentaux, preuve qu’il est possible de créer de la richesse sans liberté politique. Des modèles à suivre, selon ces pays, notamment pour s’affranchir de la relation avec la France…

Un manifestant et sa pancarte disant « Nous voulons la Russie », à Ouagadougou, Burkina Faso, le 19 février 2022. © Olympia de Maismont/AFP

La mort de Mikhaïl Gorbatchev est venue nous rappeler à quel point le monde et le rapport des forces ont changé ces trente dernières années. Cette figure politique qui a marqué la fin de l’Union soviétique divise plus que jamais.

Certains l’adulent pour avoir marqué une bascule historique, la fin de la guerre froide. D’autres, en Russie, lui reprochent d’avoir fait perdre sa grandeur au pays. Une puissance que cherche à restaurer l’ancien agent du KGB Vladimir Poutine, avec une offre politique qui semble figurer, vue d’Afrique, une alternative au modèle occidental.

Pèlerinage à Moscou

Que le continent cherche une alternative à l’Occident n’a rien de problématique en soi, à condition qu’il cultive sa propre vision et qu’il ait le courage d’admettre et surtout de soigner ses propres fragilités. Polariser l’attention sur l’autre, l’ancien colon européen maintenant en difficulté avec la Russie, mobilise tellement qu’il se trouve des Maliens pour aller en pèlerinage à Moscou ! Et des taxis dans les rues d’Abidjan pour afficher le portrait de Poutine, comme s’il s’agissait de prendre une revanche imaginaire sur l’ancien colonisateur…

De son côté, la France rend à l’Afrique des objets d’art pillés pendant la colonisation, monte une commission paritaire d’historiens – annoncée lors du voyage d’Emmanuel Macron en Algérie –, va certainement en monter d’autres ailleurs, comme si ces gestes pouvaient tenir lieu de reformatage d’une relation France-Afrique que chaque président français prétend « refonder », sans que les fondations ne bougent vraiment.

EST-CE EN EMPILANT LES IMPÉRIALISMES QUE L’AFRIQUE FRANCOPHONE VA S’EN SORTIR ?

La plupart des pays « partenaires », « traditionnels » comme « émergents », organisent sommets et quantité de forums, où les dirigeants africains se rendent la main tendue, offrant, pour certains, un spectacle désolant. Dans ces espaces où rien ne se passe, le Japon critique, comme lors de la dernière Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), l’endettement des pays africains auprès de la Chine.

Autrement dit, les grands se parlent entre eux, par Africains interposés. Que faut-il en retenir ? Il est possible d’accéder à des financements auprès de bailleurs de fonds prêts à fermer les yeux sur la corruption. Ce sont finalement eux qui décident quoi faire de l’Afrique, alors que les Africains n’ont guère une nette conscience de quoi faire d’eux.

Revanche sur l’Occident

La perception dominante en Afrique francophone est celle-ci : des gens que nous avions cru vaincus, les Russes et les Chinois, sont en train de prendre leur revanche sur l’Occident, de renverser l’ordre établi et l’horizon quasi mystique et indépassable du néolibéralisme.

Leur expérience montre qu’il est possible de créer de la richesse sans liberté politique, dans un contexte d’autoritarisme décomplexé et assumé. Dans la volonté de sortir du face-à-face avec la France, certains sur le continent vont, les bras croisés, vers d’autres dominateurs : les Russes donnent des armes – ce qui permet certes de s’assurer de la conservation du pouvoir –, mais ne fournissent pas le mode d’emploi pour rouvrir les écoles et centres de santé fermés par les jihadistes.

En outre, ceux – les Russes et les Chinois – que nous prenons pour des nouveaux venus étaient déjà sur le continent dans les années 1970, au Mali, au Bénin (au temps de la dictature marxiste de Mathieu Kérékou) et même en Guinée-Conakry. Avons-nous gardé la mémoire de leurs agissements d’alors ? Les mêmes Russes n’avaient-ils pas offert généreusement des chasse-neige à la Guinée, qui s’était tournée vers eux, moins par conviction idéologique que pour rompre l’isolement diplomatique dans lequel elle se trouvait après son indépendance au forceps, en 1958 ?

Est-ce en empilant les impérialismes que l’Afrique francophone va s’en sortir ? Nous le savons, les « partenaires au développement » sont intéressés par les matières premières et par de nouveaux marchés d’écoulement de leurs produits. Que veut l’Europe en Algérie aujourd’hui ? Du gaz ! Et, comme par enchantement, il n’est plus question de considérer le président Abdelmadjid Tebboune comme un problème. Il est désormais absous.

Penchants autoritaires assumés

Une nouvelle idéologie de validation de l’autoritarisme se trouve en construction, sous des formes variées. Les idoles du moment s’appellent Paul Kagame, qui verrouille tout avec un argument sécuritaire et développementaliste, ou encore Patrice Talon, qui va devant le Medef, en France, pour assumer, chose impensable il y a dix ans, la privation de liberté d’expression au Bénin. En substance, il dit avoir privé les gens du droit de grève parce que, dans un pays, il faut travailler. C’est comme s’il disait : « Votre démocratie importée d’Occident n’a rien donné. C’est de la parlotte contre le développement. Maintenant taisez-vous, on fait du développement. » Il rend légitime, dans l’intérêt du néolibéralisme, la mise entre parenthèses de la liberté dans son pays et l’assume.

Les juntes militaires du Burkina Faso, de Guinée et du Mali critiquent l’ancien ordre affidé de la France, qui a exclu les jeunes et n’a pas non plus produit de développement. Prendre les armes, promettre une alternative sans en définir les contours et confisquer le pouvoir tient lieu de projet. Les coups d’État sont fêtés avec empressement dans la rue alors que certains de leurs auteurs, comme le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba au Burkina Faso ou le colonel Mamadi Doumbouya, sont des produits des anciens systèmes. Le premier, homme du sérail de Blaise Compaoré, essaie de le réintroduire dans le pays et tente même, de façon malhabile, de lui éviter les foudres de la justice.

Tout se passe comme si, depuis les élections de Donald Trump ou de Jair Bolsonaro, fascinés également par les styles de leadership du hongrois Viktor Orban et du président turc Recep Tayyip Erdogan, les Africains estimaient avoir désormais droit, eux aussi, au populisme.

Avec Jeune Afrique

Francis Akindès

Par Francis Akindès

Sociologue, professeur à l’université Alassane Ouattara, à Bouaké (Côte d’Ivoire)

Psychiatrie et maladie mentale en Afrique : l’omerta continue

septembre 18, 2022

Entre déni, rejet et structures médicales inexistantes, la maladie mentale reste le parent pauvre des systèmes de santé africains. Malgré des besoins immenses, seule une poignée d’établissements, souvent animés par des religieux ou des humanitaires, tente de prendre soin des patients touchés par ces affections dont personne ne veut entendre parler.

À l’hôpital psychiatrique pour femmes de Freetown, au Sierra Leone, le 16 février 2022. © Finbarr O’Reilly/NYT-REDUX/REA

Depuis plus de cinquante ans, je suis un psychiatre entièrement dévoué à la cause des malades mentaux. À presque 80 ans et depuis dix ans, j’ai consacré ma retraite à des missions humanitaires dans plusieurs pays d’Afrique. Alors que ma longue carrière s’achève et que ces missions ne seront bientôt plus possibles, je veux partager mon inquiétude et mon amertume concernant la situation sur ce continent. Comment passer sous silence ce qui s’apparente à une réelle tragédie ?

Parmi son 1,4 milliard d’habitants, l’Afrique compte, comme partout ailleurs, entre 5 et 7 % de malades mentaux, dont on ne parle pratiquement jamais, des pathologies lourdes comme la schizophrénie ou des troubles comme l’autisme. Et cela sans compter les séquelles psychopathologiques des guerres. Le traitement souvent inhumain qui est réservé à ces malades, les violences, l’enfermement, l’enchaînement sont largement passés sous silence, au prétexte assez hypocrite des « particularités culturelles de l’Afrique ».

Un silence assourdissant

Depuis une dizaine d’années, je dénonce cette omerta. En 2018, après plusieurs missions auprès des malades mentaux en Afrique de l’Ouest – Bénin et Côte d’Ivoire, et à Madagascar –, j’ai voulu alerter les opinions dans un livre, Fous d’Afrique, l’omerta, dans l’espoir d’attirer l’attention sur la souffrance de ces malades.

LE SORT RÉSERVÉ À CES MALADES PARTICULIERS EST EFFRAYANT

J’y racontais certaines de mes expériences sur le terrain, je proposais une histoire de la psychiatrie en Afrique, depuis l’arrivée, en 1958, du professeur Henri Collomb (1913-1979) à l’hôpital de Fann, au Sénégal. J’y faisais un tour complet des publications internationales sur la psychiatrie du continent, ainsi que sur la situation sanitaire dans ce domaine, depuis la riche Afrique du Sud jusqu’à l’Égypte, en passant par le Kenya, l’Ouganda, le Nigeria, le Ghana, le Liberia, la Sierra Leone ou les pays du Maghreb…

Je m’indigne que le constat soit à peu près le même partout : le ratio des psychiatres par nombre d’habitants est terrible, et le sort réservé à ces malades particuliers est effrayant. Aujourd’hui, quatre ans plus tard, après plusieurs missions, à nouveau en Côte d’Ivoire et à Madagascar, puis à Mayotte, je relance exactement la même alerte, revue et augmentée, de mes derniers constats. À mon précédent travail sur les grosses pathologies, j’ajoute un travail particulier sur l’autisme, dont j’avais déjà perçu qu’il était le parent pauvre des troubles mentaux.

Un hôpital psychiatrique au Gabon. © Celia Lebur/AFP
Un hôpital psychiatrique au Gabon. © Celia Lebur/AFP

Au crépuscule de ma longue carrière de psychiatre, je ne me résous pas au silence assourdissant qui étouffe la maladie mentale en Afrique ! J’ai donné mon livre à des dizaines de décideurs et de personnalités africaines, j’ai tenté d’alerter les médias, français et africains, les associations, qui se substituent souvent aux États… mais l’omerta est épouvantable !

Enfermement et violences

En Afrique, j’ai vécu des expériences de travail intense : jusqu’à 100 consultations quotidiennes, des trajets en brousse, le personnel trop peu ou pas qualifiés, souvent sans croiser un seul européen, logé au cœur des centre de traitement pour malades mentaux ou dans des familles de parents d’autistes… Honnêtement, je ne croyais pas revoir au XXIe siècle ce que j’avais connu des asiles psychiatriques français dans les années 1970, quand j’étais un jeune interne.

PARCE QUE C’EST L’AFRIQUE, ON DEVRAIT ACCEPTER QUE DES MALADES ENCHAÎNÉS

Cet enfermement et ces violences contre lesquels je m’étais battu avec tant d’autres psychiatres de l’époque. Et là, je découvre que, parce que c’est l’Afrique, on devrait accepter que des malades soient enchaînés ou matraqués de doses massives de médicaments, les « neuroleptiques retard » qui assomment commodément les patients, souvent pour toute leur vie ! J’ai même vu des patients mourir brutalement de surdosages médicamenteux…

Comme au Moyen Âge

Au fil des dix dernières années, j’ai visité nombre de structures d’aide aux malades mentaux, souvent sous l’aile de l’église catholique ou de bienfaiteurs occidentaux, ou animées par des parents d’autistes. J’avoue avoir connu l’émerveillement des débuts, en débarquant dans de mirifiques associations. Et puis ce fut le temps des désillusions, des déceptions, quand j’ai réalisé que tel leader charismatique, bien médiatisé mais absolument pas qualifié, avait fini par étendre une mainmise dictatoriale sur les soins, leur organisation et même les financements astronomiques versés par des organisations humanitaires naïves ou peu regardantes.

ON PRIE, ON EXORCISE, ON MÉDICALISE LOURDEMENT, ON TAPE UN PEU…

J’ai découvert les relations d’emprise entre ces leaders – catholiques, protestants ou évangélistes –, les patients, les bienfaiteurs et même les bénévoles occidentaux, sous le charme de l’infatigable piété. Quand je posais des questions gênantes, on me répondait que Dieu pourvoirait, que c’était le dessein de la Providence… Quand je questionnais l’absence de compétences professionnelles des prétendus soignants ou du chef lui-même, on me répondait que c’était une histoire de « don » conféré par Dieu. Et pendant ce temps-là, sans tenir compte des avis des médecins bénévoles, on matraquait sans relâche les patients… « Voyez comme ils sont calmes et apaisés… »

De même, j’ai visité d’autres lieux de soins, les « tobys » de Madagascar, où les malades sont clairement enchaînés, comme au Moyen Âge. Je n’invente rien, j’ai de nombreuses photos et plusieurs reportages photo ou audiovisuels qui témoignent de ces pratiques encore trop répandues. On prie, on exorcise, on médicalise lourdement, on tape un peu, on enchaîne…

Remuer ciel et terre

Évidemment, tout n’est pourtant pas sombre. J’ai vu aussi, ailleurs, des choses intéressantes, voire passionnantes. En Côte d’Ivoire, j’ai vécu et travaillé dans un lieu tenu par les sœurs de la Charité, des femmes courageuses, ayant traversé des évènements politiques graves et des luttes intestines afin de se défendre contre le fameux leader précédemment évoqué qui voulait les avaler toutes crues. J’ai tranquillement assisté, moi le médecin incroyant, aux bénédicités d’avant repas ; mais surtout j’ai bien travaillé, en liberté, en situation d’indépendance et de transparence totales.

Chez les enfants autistes enfin, notamment à Madagascar, l’un des pays les plus pauvres du monde, j’ai vécu des aventures également hors du commun, reçu par des bénévoles, des jeunes femmes le plus souvent, qui jamais ne m’ont parlé religion, mais qui remuaient ciel et terre pour que je puisse diagnostiquer des enfants autistes, au rythme de cinq longs examens par jour. Car l’autisme, l’un des grands sujets de ma carrière médicale, est aussi présent en Afrique qu’ailleurs. Et malheureusement, on l’associe encore trop souvent à une malédiction divine, à des enfants sorciers, ou même à la réincarnation du Diable.

Quant à l’Occident, il s’en fout…

Avec Jeune Afrique

Pierre Sans

Par Pierre Sans

Le Dr Pierre Sans est psychiatre retraité et l’auteur de « Chroniques d’un psychiatre libertaire 1966-2016 » (Broché, 2016).

Mort d’Elizabeth II : la reine et l’Afrique, sept décennies d’histoire

septembre 9, 2022

La reine d’Angleterre Elizabeth II est décédée à 96 ans ce 8 septembre en sa résidence écossaise de Balmoral. Couronnée en 1952, elle était une légende vivante, y compris en Afrique, continent qu’elle avait découvert dès 1947.

Elizabeth II et le président ghanéen Kwame Nkrumah, le 18 novembre 1961 à Accra. © Anonymous/AP/SIPA

Soixante-dix ans qu’on ne voyait qu’elle, depuis la retransmission mondiale à la télévision de son sacre, hiératique jeune femme de 27 ans portant une couronne trop lourde pour son cou et ses épaules frêles. Soixante-dix ans qu’on scrutait, un brin moqueur, ses chapeaux extravagants et qu’on se demandait ce qu’elle pouvait bien fourrer dans son éternel sac à main. Soixante-dix ans qu’on la voyait sillonner le monde, inaugurer des institutions, recevoir des chefs d’État, décorer des personnalités – plus de 400 000 au total, car, disait-elle, « tout le monde aime être encouragé par une tape dans le dos ». Appliquée à la tâche, stoïque en toutes circonstances, qu’il fasse plus de 40° à l’ombre (elle ne transpirait jamais) ou qu’un fou, déjouant les mesures de sécurité, se fraie un chemin jusque dans sa chambre à coucher, Sa Gracieuse Majesté, 96 ans, n’en finissait pas de nous intriguer. Mais, ce 8 septembre, Elizabeth s’est finalement éteinte, en la résidence royale de Balmoral, en Écosse.

Avant d’être cette digne vieille dame à jupes plissées, elle fut la petite Lilibet. La « plus grande fierté » de George VI, son père. Lorsque cet homme timide et bégayant est appelé à régner « par accident » après qu’Édouard VIII, son frère, a renoncé au trône pour épouser une roturière américaine deux fois divorcée, on commence à regarder la fillette de 10 ans d’un autre œil. « Il émane d’elle un air d’autorité et de sérieux étonnant chez un enfant de 2 ans », s’étonnait déjà Winston Churchill, pourtant peu enclin à s’extasier devant des chérubins.

Une vingtaine d’années plus tard, devenu son Premier ministre, il se dira de nouveau frappé par l’attention que cette jeune femme porte aux affaires de l’État et par sa compétence. « De tous mes Premiers ministres, Winston fut le plus drôle », confiera de son côté la reine, qui partageait avec lui la passion des courses de chevaux et ordonna des funérailles nationales pour honorer la mémoire du héros de la Seconde Guerre mondiale.

Premiers pas de princesse

Années 1939-1945. L’adolescente grandit dans les châteaux de Windsor, dans le Berkshire, et de Balmoral, dans la campagne écossaise, entre gouvernantes, poneys et chiens corgis, dont elle raffole, pendant que ses parents restés à Londres essuient courageusement les bombardements allemands. Elizabeth apprend le métier : cours de français (qu’elle parle couramment), de mathématiques (où elle ne brille guère), de droit constitutionnel (où elle excelle) et de mécanique (elle apprend à réparer des véhicules militaires). Elle fait ses premiers pas de princesse en présentant ses condoléances aux familles des grenadiers tués au combat. À 13 ans, elle s’éprend de Philip Mountbatten, son lointain cousin de cinq ans son aîné. Lorsqu’en 1946 il la demande en mariage, elle accepte sans consulter ses parents. C’est sa première décision d’importance. Elle a 20 ans.

Quatre enfants (Charles, Anne, Andrew et Edward), dont les frasques feront par la suite les joies de la presse people, naissent de cette union apparemment sans nuages. Encore que… Interrogé en 1992 sur ce qu’il pensait de sa vie, le prince Philip répondit tout à trac : « J’aurais bien mieux fait de rester dans la Navy. » Mais faut-il accorder de l’importance aux saillies du duc d’Édimbourg, éminent spécialiste des blagues douteuses à l’adresse des Africains, Papouasiens, Jamaïcains, Chinois ou encore Écossais ? Le quotidien The Independent en a d’ailleurs établi la malicieuse recension à l’occasion du jubilé de son épouse.

L’Afrique, encore

Février 1947. Le premier voyage de la princesse Elizabeth la mène en Rhodésie et en Afrique du Sud, sur fond de fortes tensions politiques. George VI apporte un discret soutien au Premier ministre Jan Smuts, un Afrikaner éduqué au Royaume-Uni qui s’efforce d’améliorer les conditions de vie de la majorité noire. Ce dernier perd bientôt les élections face aux partisans de la ségrégation raciale. Elizabeth ne reviendra en Afrique du Sud qu’en 1995, alors que Nelson Mandela en est devenu le président. Une longue abstention qui marque son désaveu – implicite mais clair – de ce que fut l’apartheid.

Février 1952. L’Afrique, encore. C’est au Kenya, où cette passionnée de vidéo filme des éléphants, qu’elle apprend le décès de son père. « Pâle et inquiète », comme l’écrit Sally Bedell Smith, l’une de ses biographes*, elle regagne Londres. « Son couronnement contribuera peut-être à mettre fin aux injustices dont sont victimes les femmes qui aspirent aux plus hautes fonctions », écrit Margaret Thatcher, qui n’est alors qu’une jeune pousse du Parti conservateur. S’ensuivra pour Elizabeth toute une vie consacrée à la fonction royale. La très croyante souveraine, qui priait à genoux tous les soirs devant son lit, considérait sa mission comme un sacerdoce, excluant d’abdiquer un jour au profit de son fils Charles (73 ans aujourd’hui).

Sauver le Commonwealth

Tous les jours, elle épluchait sa correspondance, prenait connaissance des dépêches diplomatiques et des projets de loi. Une fois par semaine, elle recevait le Premier ministre pour s’entretenir des affaires du moment. Elle en a connu pas moins de quinze, conservateurs (Churchill, Thatcher, Major) ou travaillistes (Wilson, Blair). Tous ont apparemment apprécié leurs entretiens avec cette femme qui maîtrisait à la perfection les arcanes du pouvoir sans jamais se départir de son calme ni sortir de son rôle constitutionnel. La reine n’approuvait ni ne désapprouvait aucune mesure gouvernementale. Tout au plus devinait-on qu’elle jugeait peu judicieuse l’intervention franco-britannique à Suez (1956). Elle apportait en revanche un soutien appuyé à la guerre des Malouines contre l’Argentine (1982) en envoyant son fils Andrew au combat.

L’importance qu’elle attachait au Commonwealth était, elle, pleinement assumée. Très soucieuse de maintenir sa cohésion, elle avait réussi à nouer au fil des années d’étroites relations avec les chefs d’État des pays membres, notamment africains. À l’occasion, elle contribua à apaiser les tensions suscitées par ses Premiers ministres, comme à l’époque où Edward Heath et Margaret Thatcher s’obstinaient, l’un à vendre des armes, l’autre à ne pas imposer de sanctions à l’Afrique du Sud ségrégationniste, au risque de voir certains pays africains claquer la porte de l’organisation. « Sans le leadership de la reine et son exemple, beaucoup d’entre nous seraient partis », confirme Kenneth Kaunda, le premier président de la Zambie indépendante, qui, avec Nelson Mandela, est le seul dirigeant au monde à l’appeler par son prénom.

Fine mouche

Cette mère absente et lointaine (à en croire son fils Charles, qui s’en plaignit amèrement), cette femme qui ne montrait jamais ses émotions en public et manifestait en toutes circonstances une prudence de Sioux n’hésitait pas à jouer de sa féminité à des fins diplomatiques. En 1961, persuadée qu’il ne faut pas laisser le champ libre à l’Union soviétique en Afrique (on est alors en pleine guerre froide), elle passait outre à l’avis de ses conseillers et se rendait au Ghana pour dissuader le président Kwame Nkrumah de s’allier avec Moscou et de sortir du Commonwealth. Elle le charmait en valsant avec lui lors d’un bal. On la verra se trémousser sur une piste de danse, de manière plus enthousiaste, en 1996, lors de la visite de Mandela au Royaume-Uni. « Elle est devenue la psychothérapeute du Commonwealth », plaisantait le prince Philip.

Fine mouche, la reine ? Yes, indeed ! « Lors de notre premier entretien hebdomadaire, elle m’a posé une question sur la balance des paiements. Incapable de lui répondre de manière précise, je me suis senti comme un écolier qui n’a pas appris sa leçon », raconta un jour Harold Wilson. « Dans une autre vie, elle aurait pu être une femme politique ou une diplomate de premier plan. Elle est devenue les deux », confirmait Bill Clinton. « Elle aurait été un exceptionnel entraîneur de yearling », renchérit un spécialiste du monde hippique. « On met longtemps à la connaître vraiment », résumait l’un de ses proches.

Comme un yack

En privé, Sa Majesté était plutôt une femme pratique, plus terrienne qu’intellectuelle (elle lisait assez peu, surtout des romans historiques). Mais elle pratiquait ce délicieux humour qui a fait la réputation de l’Angleterre et parlait comme une Italienne, en bougeant les mains. Intrépide, elle montait encore à cheval à plus de 80 ans, sans bombe sur la tête, et n’attachait jamais sa ceinture de sécurité quand elle conduisait encore, trop vite, dans sa propriété de Balmoral.

Malgré quelques controverses touchant à la vie privée de ses enfants et au train de vie de sa famille, elle n’avait jamais cessé d’être populaire. « Elle a deux atouts majeurs, confiait l’un de ses proches. Un, elle dort très bien ; deux, elle a de très bonnes jambes et peut rester debout longtemps : elle est costaude comme un yack. » Elizabeth a finalement rendu les armes ce 8 septembre. La reine avait 96 ans.

Avec Jeune Afrique

Article publié le 12 juin 2012, mis à jour le 8 septembre 2022

Dette : la Chine efface une partie de l’ardoise africaine

août 23, 2022

En plus d’annuler le remboursement de prêts accordés à 17 pays africains, Pékin veut renforcer son soutien aux secteurs agricole et manufacturier sur le continent et mettre en place une aide alimentaire.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi © Massoud Hossaini/AP/SIPA

Inédit. Le 18 août, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a annoncé que Pékin s’apprêtait à annuler 23 prêts sans intérêt, arrivés à échéance fin 2021, et accordés à 17 pays africains.

La Chine, qui n’a communiqué ni le montant ni la liste des pays concernés, est le premier créancier bilatéral de plusieurs africains. Parmi eux : Djibouti (55% du stock de la dette du pays est chinoise), la RDC (42%), l’Angola (34%), la Guinée (32%), les Comores (31%), le Cameroun (29%), la Zambie (25%) et le Togo (24%). Au total, ce sont plus de 150 milliards de dollars qui ont été prêtés depuis le début des années 2000 par la Chine, majoritairement par l’intermédiaire de ses banques de développement, la China Eximbank (60 %) et la China Development Bank (25 %).

Une somme colossale, accordée sous forme de prêts aux conditions jugées opaques par certains experts. Ce qui a valu à Pékin des critiques, notamment de la part des pays occidentaux, qui mettent régulièrement en garde contre le « piège de la dette chinoise ». Lors de sa tournée africaine, Antony Blinken n’avait pas manqué d’insister sur le sujet.

« Mentalité de guerre froide »

Des accusations que Pékin réfute par les mots, et désormais par les actes. Selon Wang Yi, entre 2000 et 2019, son pays avait déjà annulé quelque 3,4 milliards de dollars de dette et restructuré environ 15 autres milliards de dollars de dette, dont 5,7 milliards dans le cadre du plan d’allègement de la dette du G20 pour les pays pauvres.

S’exprimant le même jour, dans le cadre d’une conférence de presse, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères (MAE), Wang Wenbin, a insisté sur le fait que « les accusations » des Occidentaux étaient « infondées » et qu’elles sont « utilisées [notamment] par les États-Unis et d’autres officiels pour rejeter leurs [propres] responsabilités ». Et d’ajouter que « les prêts accordés par la Chine disposaient de taux d’intérêt fixes et inférieurs aux taux commerciaux et aux prêts accordés par la Banque africaine de développement (BAD), dont les taux sont généralement compris entre 4 et 10 %. »

L’officiel chinois a par ailleurs condamné la « mentalité de guerre froide à somme nulle de l’Occident », et proposé la mise en place d’un modèle basé sur une « coopération multipartite avec l’Afrique qui apporte des résultats gagnant-gagnant ».

« Coopération mutuellement bénéfique »

Outre l’annulation de dette, le ministre chinois des Affaires étrangères a indiqué que Pékin va accroître son implication en Afrique et fournir des aides alimentaires, économiques et militaires supplémentaires, tout en maintenant son soutien à l’Union africaine (UA) dans les efforts de cette dernière pour rejoindre le G20.

« Nous continuerons à augmenter les importations en provenance d’Afrique, à soutenir un plus grand développement des secteurs agricole et manufacturier [des économies du continent], et à étendre la coopération dans les industries émergentes telles que l’économie numérique, la santé, les secteurs verts et à faible émission de carbone », a-t-il précisé.

Ces derniers mois, Pékin a conclu des accords avec 12 pays du continent pour supprimer les droits de douane sur 98% des produits qu’ils exportent vers la Chine, ce qui permettra d’augmenter la compétitivité des produits africains. En parallèle, 2,17 milliards de dollars supplémentaires ont été investis par les entreprises chinoises en Afrique, et 2 milliards sur les 10 milliards promis pour le commerce ont déjà été engagés.

Dette cachée

Le rapport de l’Institut William and Mary « Banking on the Belt and Road », publié le 27 septembre en 2021, indique que 385 milliards de dollars (330 milliards d’euros) de dettes « cachées » n’apparaissaient pas dans le système de déclaration officiel de la Banque mondiale. En tout, 26 États africains en seraient indirectement débiteurs.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk