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Abus sexuels au sein de l’Église : à quand un rapport Sauvé en Afrique ? 

octobre 24, 2021

En RDC, à Kinshasa, en 2017. Photo d’illustration. © JOHN WESSELS/AFP

Alors que plusieurs pays occidentaux ont ouvert des enquêtes sur la pédophilie, le clergé du continent peine à se prononcer et à prendre des décisions. Pour combien de temps encore…

Dans l’histoire récente, aucun scandale n’a autant terni l’image de l’Église catholique que la pédocriminalité. Passée sous silence au cours du long pontificat de Jean-Paul II, elle est révélée sous ceux de ses deux successeurs, Benoît XVI et François, qui ont pris le risque d’ouvrir la boîte de Pandore. Après les États-Unis, l’Angleterre, l’Irlande, l’Australie… où des enquêtes indépendantes ont débouché sur des révélations accablantes et sur des sanctions qui n’ont pas épargné des hauts dignitaires du clergé, la France a pris le relais avec la publication, le 5 octobre dernier, du rapport Sauvé.

En saluant le courage de l’autorité ecclésiale de ces pays occidentaux pour avoir ordonné ces enquêtes ou pour s’y être soumis, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il en est de l’Afrique. À ce jour, aucune démarche similaire n’a été entreprise. Impossible donc de citer un seul membre poursuivi ou en prison pour abus sexuels sur mineur. Faut-il en conclure que le continent n’est pas concerné par ces scandales ?

Racines culturelles

On se souvient de ce documentaire de la chaîne franco-allemande ARTE, diffusé le 5 mars 2019, qui avait levé le voile sur la pédophilie et sur les crimes sexuels que des membres du clergé faisaient subir aux religieuses sur tous les continents, dont l’Afrique. Il y était question d’un missionnaire européen soupçonné de tels actes mais renvoyé dans son pays d’origine par un évêque africain afin de le soustraire à une éventuelle procédure judiciaire locale. Depuis la publication du rapport Sauvé, si les autorités ecclésiales africaines condamnent unanimement les atrocités mises au grand jour, leurs avis divergent sur les enjeux d’un tel rapport pour les Églises du continent.

Il y a ceux, nombreux, pour qui la question des abus sexuels ne se pose pas dans les mêmes termes au Nord et au Sud. Selon eux, si en Occident la plupart des victimes sont des garçons, en Afrique, ce sont presque exclusivement des filles ou des femmes. Il arrive qu’une grossesse de mineure soit attribuée à un membre du clergé. Mais ces cas, pour lesquels on ne dispose d’aucune statistique, font rarement l’objet de poursuites judiciaires. Quand l’affaire est rendue publique, les évêques procèdent généralement au renvoi du concerné pour qu’il assume ses responsabilités parentales.

Aussi, les racines culturelles de la relativité du « concept de minorité » en Afrique ne sont pas de nature à favoriser la judiciarisation des cas d’abus. Dans certains contextes, l’adolescente est perçue comme mariable et est donc, « naturellement », cible de convoitises sexuelles. Ainsi, peu de parents chrétiens ébruitent les affaires impliquant un membre du clergé. Ils privilégient les arrangements à l’amiable donnant lieu à une pragmatique prise en charge totale des besoins de l’enfant.

Enfants de prêtres

Une autre frange du clergé africain, plutôt minoritaire, estime que l’Église catholique devrait prendre les devants pour dire sa part de vérité. Bien que le problème ne se pose pas dans les mêmes termes partout, un abus reste un abus et mérite l’attention de l’institution. Elle gagnerait à tirer les leçons de réparations en cours dans les Églises occidentales rattrapées par leur passé de dissimulation et de complaisance. Tôt ou tard, elle se verra contrainte de livrer la réalité de son passé. Autant le faire aujourd’hui de sa propre initiative.

On peut aussi envisager que le pape impose cette politique de vérité à toutes les congrégations catholiques. Si beaucoup pensent que la pédocriminalité dans le clergé reste un phénomène marginal en Afrique, comment en être sûr en l’absence de statistiques que seules des enquêtes indépendantes permettent d’obtenir ? Le clergé connait aussi différents « scandales d’enfants de prêtres » qui, sans être nécessairement liés à des crimes sexuels, posent la question du célibat ou de la chasteté des curés. Des investigations sur cette part de leur vie intime pourraient révéler bien de choses que l’Église préfère pour l’instant cacher ou ignorer. Mais, là aussi, jusqu’à quand  ?

Ludovic Lado

Avec par Ludovic Lado

Universitaire jésuite, directeur du Cefod Business School de N’Djamena

Turquie-Afrique : Erdogan veut-il prendre le relais de la France ?

octobre 20, 2021
POV © POV

Le président turc est en tournée en Angola, au Nigeria et au Togo. Après l’annonce de la fin de Barkhane, il semble bien décidé à investir le terrain militaire africain, comme il l’a fait en Éthiopie.

Engagé dans une guerre sans merci avec les rebelles tigréens du TPLF, Abiy Ahmed n’a pas lésiné sur les achats d’équipements militaires. Et Ankara figure parmi ses principaux fournisseurs : selon l’agence de presse Reuters, dans le secteur de la défense et de l’armement, les exportations de la Turquie vers l’Éthiopie sont passées en un an de 203 000 dollars à 51 millions de dollars.

Gnassingbé, Kaboré et Weah

Ankara a-t-il maintenant pour ambition d’atteindre le même niveau de coopération militaire avec d’autres pays du continent ? Bien décidé à accélérer l’offensive diplomatique et économique de son pays en Afrique depuis que l’option d’un rapprochement avec l’Union européenne s’est éloignée au tournant des années 2000, Recep Tayyip Erdoğan vient d’effectuer une tournée en Angola au Nigeria et au Togo.

Mardi 19 octobre, il a ainsi fait escale pour quelques heures à Lomé, où il a été reçu par Faure Gnassingbé. Pour l’occasion, pas moins de deux chefs d’État de la région ont fait le déplacement : Roch Marc Christian Kaboré et George Weah. Si Erdogan ne vient pas à toi, il faut savoir aller à Erdogan… Le président burkinabè et le chef d’État libérien ont chacun eu l’occasion de s’entretenir avec leur homologue.

ANKARA A SIGNÉ UN ACCORD MILITAIRE AVEC LE NIGER DONT LES CLAUSES SONT RESTÉES SECRÈTES

Premiers pas sécuritaires

La Turquie a déjà un poids économique important en Afrique de l’Ouest, qui lui a notamment permis d’obtenir de plusieurs gouvernements de la sous-région la fermeture des écoles proches de la confrérie Gülen (du nom de l’imam qu’elle accuse d’avoir fomenté le coup d’État de juillet 2016), comme ce fut le cas dès 2017 au Sénégal. Sur le front sécuritaire, en revanche, la coopération avec les pays ouest-africains n’en est encore qu’à ses premiers pas. La Turquie, qui accueille depuis 2018 des officiers maliens pour des formations, a donné 5 millions de dollars à la force du G5 Sahel et a signé en 2020 un accord militaire avec le Niger dont les clauses sont pour l’heure restées secrètes.

Si Recep Tayyip Erdogan a plaidé lors de sa visite « de travail » à Lomé pour un renforcement des échanges économiques entre les deux pays, il a surtout, fait inédit, signé avec Faure Gnassingbé un accord portant sur le renforcement de leur coopération militaire, alors même que Lomé s’emploie à renforcer ses capacités face au risque terroriste. Le président togolais devrait répondre dans un avenir proche à l’invitation de son homologue turc et se rendre à Ankara.

Recep Tayyip Erdogan cherche-t-il à combler les vides laissés par le retrait partiel de la France ? En juillet dernier, International Crisis Group relativisait cette avancée militaire de la Turquie sur le continent qui « vu sa faible ampleur, demeure pour l’instant peu susceptible de bouleverser les dynamiques régionales ». Mais le think tank n’en soulignait pas moins le risque de voir se « renforcer la compétition géopolitique dans la région ».

POV

Avec Jeune Afrique par POV

Dessinateur de presse, William Rasoanaivo – alias POV – vit et travaille à Maurice.

Art africain : vie, mort et résurrection d’un masque bamiléké

octobre 14, 2021
À l’Institut national du patrimoine (INP), Naomie Kuperholc-Duruel, spécialisée dans les tissus, restaure un masque du XVIIIe s. de l’ethnie bamiléké faisant partie des collections du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à Aubervilliers, le 1er septembre 2021. © Vincent FOURNIER/JA

La restauration de cet objet rituel provenant du Cameroun a été confiée à Naomi Kuperholc-Duruel, une jeune étudiante de l’Institut national du patrimoine. Un travail qui nécessite, au-delà de la technique, de se plonger dans l’histoire de l’œuvre et d’en retracer le parcours migratoire.

Il avait été créé pour danser, mais depuis de nombreuses années, il dormait dans les réserves du musée du quai Branly sous le numéro de matricule 73.1980.7.2. Une rangée de chiffres austères qui ne disent pas grand chose de ce masque tso bamiléké en tissus et végétaux, décoré de perles et représentant un homme-éléphant. Dans son malheur, cet objet cultuel multicolore et anthropomorphe a croisé la route d’une jeune étudiante de l’Institut national du patrimoine (INP), Naomi Kuperholc-Duruel. Dans le cadre de la préparation de son diplôme de restauratrice du patrimoine, cette dernière a choisi de se pencher sur son sort et de lui redonner, dans la mesure du possible, une nouvelle vie.

Restaurateur, ce chirurgien de l’art

Dans l’introduction du mémoire de plus de 200 pages qu’elle lui consacre, elle écrit ainsi : « Le choix de cet artéfact comme sujet de mémoire est aussi motivé par l’envie de continuer l’apprentissage de la conservation-restauration d’objets ethnographiques, que nous avions commencé au cours de nos études et de nos stages. Cela me conforte quant à l’importance de la pluridisciplinarité de notre métier, et me permet d’aborder des notions culturelles et matérielles très souvent éloignées de notre société. » Le débat nécessaire sur la restitution des œuvres d’art pillées pendant la colonisation a occulté nombre d’autres questionnements liés à la mémoire : comment conserve-t-on ? Comment restaure-t-on ? Comment entretient-t-on ?

En France, l’Institut national du patrimoine forme une vingtaine de jeunes au métier de restaurateur, après un concours exigeant (environ 300 candidats par an) et cinq années d’études. Accompagnés par des professionnels, bénéficiant des 45 000 m2 d’ateliers installés à Aubervilliers (banlieue parisienne), ils peuvent se spécialiser dans les différentes disciplines artistiques et devenir, en quelque sorte, des chirurgiens de l’art luttant contre les ravages du temps. « Le restaurateur n’est pas un artiste, précise Marie-Christine Vigutto, chargée de communication à l’INP, il se place derrière l’artiste et va soigner son œuvre avec beaucoup de précaution pour la ramener à quelque chose de visible, au plus près de son aspect originel. »

LA RESTAURATION D’OBJETS ETHNOGRAPHIQUES NOUS PERMET D’ABORDER DES NOTIONS CULTURELLES ET MATÉRIELLES TRÈS SOUVENT ÉLOIGNÉES DE NOTRE SOCIÉTÉ

Spécialisée dans le textile et intéressée par les œuvres composites complexes, Naomi Kuperholc-Duruel a été orientée vers ce masque de danse tso par le musée du quai Branly – Jacques Chirac lui-même. « Nous avons trois masques éléphants, dont un en très mauvais état, confie Hélène Joubert, responsable de l’unité patrimoniale Afrique. Nous n’avons pas de restaurateurs pour chaque spécialité, c’est pour cela que nous sommes en contact avec des restaurateurs indépendants et des étudiants de l’INP. Mais bien entendu, il faut que ce soit une œuvre intéressante à restaurer pour eux. » Naomi Kuperholc-Duruel a eu un véritable « coup de cœur » quand elle l’a découvert pour la première fois. « Il vaut mieux apprécier l’œuvre sur laquelle on va travailler, parce que l’on va passer beaucoup, beaucoup de temps avec elle », explique-t-elle en souriant, dans les ateliers d’Aubervilliers où elle officie.

Face à elle, allongé sur une table comme sur un lit d’hôpital, posé sur des coussins spécialement conçus pour lui, le masque éléphant s’apprête à sortir de convalescence. Les images affichées au mur permettent de prendre conscience du travail accompli : la coiffe a repris sa forme initiale, des trous ont été réparés, des sutures grossières ont été remplacées par des réparations plus discrètes… Mais pour l’oeil du profane, bien des interventions demeurent invisibles : le travail de restaurateur passe par une multitudes d’étapes, longues et minutieuses. Le sommaire du mémoire rédigé par l’étudiante le montre bien, il faut identifier l’œuvre, la replacer dans son contexte historique, sociologique et géographique, la comparer avec d’autres créations du même genre, comprendre son utilisation et la manière dont elle a été réalisée, analyser en détail les matériaux qui la constituent, lister l’ensemble des altérations, déterminer la manière dont chacune d’elle sera traitée ou pas. Une fois l’ensemble des interventions décidées, il faudra se muer en artisan patient capable de recoudre, dépoussiérer, fixer, teindre, consolider, remplacer, sans jamais dénaturer le propos d’un créateur mort depuis des années. Un travail minutieux exigeant patience, précision, détermination et surtout, modestie.

Itinéraire d’une œuvre

C’est ainsi que Naomi Kuperholc-Duruel a retracé l’itinéraire du masque 73.1980.7.2 depuis les Grassfields du Cameroun jusqu’aux caves du musée du quai Branly. Elle a dû pour cela s’immerger dans les traditions bamilékés. Elle explique :  « Le masque 73.1980.7.2 fait partie de la catégorie des masques cagoules, costume des initiés mkem [sociétés secrètes, NDLR]. Ils sont composés de textile sur lesquels sont cousus des matériaux divers (corne, pelage, cheveux humains, coquillages, perles, plumes) afin de former le décor. Les deux masques cagoules les plus connus sont les masques éléphants et les masques yegué. Ces objets sont produits par des gueva [créateurs] spécialisés parmi les plus importants dans leur catégorie car la production de masques rituels est un acte essentiel pour la transmission de la tradition. Ils véhiculent les valeurs magico-religieuses et la conscience collective des Bamilékés. […] Les masques que portent les membres des mkem prennent des formes spécifiques qui illustrent la vie de leur porteur. C’est pour cela que la plupart du temps, ils ont soit la forme soit les attributs d’un animal, très souvent le pi [double animal] du détenteur, puissant de préférence, car synonyme de force, de pouvoir et de courage. »

Dans ce cas, l’éléphant, appelé « so », symbolise la royauté et la richesse. Le masque représente la trompe de l’animal, sa tête et ses oreilles, le tout agrémenté d’une figure humaine avec le nez, la bouche, les yeux. Les mkem rattachées aux masques éléphants sont « les sociétés Aka et Kuosi qui incluent tout l’entourage du fo [roi] – famille et serviteurs –, les notables (kam) et les individus les plus riches du gung ». Il est porté pour deux danses spécifiques, la danse du tso et celle du nzen qui ont lieu en des occasions bien particulières­ : enterrement du fo, fin de la moisson, rites bisannuels du ké [force spirituelle]…

LA QUESTION DES RESTITUTIONS EST FONDAMENTALE POUR MOI, MAIS ELLE CONCERNE SURTOUT L’INSTITUTION. CE QUI M’IMPORTE AVANT TOUT, C’EST LA CONSERVATION DE L’OBJET

Avant de prendre en main ce masque, désormais bien éloigné de ses racines originelles, Naomi Kuperholc-Duruel a précisé ne pas vouloir travailler sur une œuvre qui ferait l’objet d’un litige. « La question des restitutions est fondamentale pour moi, mais elle concerne surtout l’institution. Ce qui m’importe avant tout, c’est la conservation de l’objet. Je fais mon travail comme s’il s’agissait de n’importe quel artéfact. »

L’histoire de ce masque éléphant Mbap Mten ne prête pas vraiment à controverse : sans doute constitué de deux parties créées à des époques différentes – la trompe serait précoloniale, la coiffe postcoloniale, en raison de la présence de perles vert foncé – il a été acheté à Foumbam, dans les années 1970, par Alain Dufour, actuel directeur de la galerie Afrique ; Alain Dufour, qui l’a rapporté en France. Il a ensuite été exposé par la galerie Bernard, à Ramatuelle (Sud de la France) avec tout un ensemble de masques éléphants. Il aurait dû ensuite rejoindre Heidelberg, en République fédérale allemande, où la galerie l’envoyait. Bloqué en douane le 19 novembre 1980, il a attiré l’attention du directeur du Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie (MNAAO), qui s’est déplacé en personne pour jeter un œil à un ensemble de 177 pièces provenant de la chefferie Bandjoun. Avec quatre autres objets, le masque a été retenu, sur des critères d’ancienneté, et acheté par l’État français pour 1 250 francs. Les collections du MNAAO ont ensuite rejoint celle du quai Branly à sa création. Ainsi est mort le masque éléphant, jusqu’à ce que les doigts et la patience de Naomi Kuperholc-Duruel le ressuscitent.

Exposition hors les murs

Son mémoire détaille l’étude technique des matériaux, l’état de conservation général, l’ensemble des altérations subies et, bien entendu, l’ensemble des interventions de restauration et de conservation effectuées. « C’est un travail que l’on effectue avec l’idée d’exposer un jour l’objet : on le traite dans sa globalité en gardant cet objectif en tête, dit-elle. Il faut retrouver sa forme initiale, sans inventer bien entendu, et stopper sa dégradation. » Dans ce cas précis, l’étudiante s’est concentrée sur la coiffe et les oreilles. Elle a retiré la cage métallique et la mousse de polyuréthane qui avaient été utilisées pour rembourrer la coiffe et lui a redonné une forme plus proche de celle qu’elle avait à l’origine, avec des matériaux pérennes. Elle a remplacé des raccommodages qui tiraient sur le textile et créaient des tensions sur l’objet. Elle a aussi recouvert un morceau de feutre rouge postérieur à sa création, mais sans le remplacer afin de conserver une trace de son histoire.

Tout ce travail de restauration a exigé un équilibre entre respect des intentions de l’artiste et interventions indispensables. « J’ai aussi dépoussiéré les perles, explique-t-elle. Il est possible d’effectuer un décrassage complet, mais le musée du quai Branly n’y est pas favorable, préférant montrer une valeur d’usage. » Pour un masque utilisé lors de danses, le 73.1980.7.2. n’était pas en si mauvais état que cela… Bien sûr, malgré les soins reçus, il ne dansera plus. Mais Naomi Kuperholc-Duruel a imaginé un astucieux système de présentation à base d’aimant qui permettra de le présenter au public. Cette renaissance aura lieu au musée national de Mexico, dans le cadre d’une exposition hors les murs du musée du quai Branly.

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

FMI : Kristalina Georgieva, soutenue par les pays africains, sauve son poste à la tête du Fonds

octobre 12, 2021
La directrice générale Kristalina Georgieva rencontre le président de la République démocratique du Congo Felix Tshisekedi au Fonds monétaire international. © Joshua Roberts/FMI/Flickr Licence CC

Appuyée par les représentants de plusieurs États africains, mais également par la France et plusieurs pays européens, l’économiste bulgare a été maintenue, le 11 octobre, à la direction générale de l’institution multilatérale, après plusieurs semaines d’incertitude.

Dans un communiqué publié dans la nuit du 11 au 12 octobre, le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé le maintien à son poste de Kristalina Georgieva, l’économiste et haut fonctionnaire bulgare à la tête de l’institution financière depuis le 1er octobre 2019.

« Le Conseil d’administration réaffirme sa pleine confiance dans le leadership de la directrice générale et dans sa capacité à continuer d’exercer efficacement ses fonctions. Le Conseil a confiance dans l’engagement de la directrice générale à maintenir les normes les plus élevées de gouvernance et d’intégrité au sein du FMI », indique le communiqué.

Allégations datant de son passage à la banque mondiale

Pendant plusieurs semaines et au cours de pas moins de huit sessions, le conseil d’administration du FMI a examiné le rôle joué – ou non – par l’ancienne numéro deux de la Banque mondiale dans diverses altérations supposées au classement Doing Business 2018.

À la suite d’une investigation confiée au cabinet d’avocats WilmerHale, la Banque mondiale avait annulé, le 16 septembre, la publication du rapport Doing Business, alléguant diverses manipulations commises à l’époque par les équipes sous la direction de Kristalina Georgieva, au profit notamment de la Chine. Une décision farouchement contestée par l’économiste de 68 ans.

L’EXAMEN DU RAPPORT WILMERHALE NE FOURNISSAIT PAS DE DÉTAILS SUR DES ÉLÉMENTS SUFFISAMMENT PRÉCIS

« Le Conseil d’administration a estimé que les informations présentées au cours de son examen ne démontraient pas de manière concluante que la directrice générale avait joué un rôle inapproprié concernant le rapport Doing Business 2018 lorsqu’elle était DG de la Banque mondiale », a conclu la direction du FMI.

Chasse aux sorcières

Le sort de Kristalina Georgieva, par ailleurs ancienne Commissaire européenne à la coopération internationale, faisait l’objet d’intenses spéculations ces dernières semaines, d’aucuns pointant une forte hésitation des États-Unis (16,5 % du capital du FMI) et du Japon (deuxième actionnaire avec 6,14 % du capital) à maintenir la responsable bulgare à son poste, sans un examen approfondi de son rôle à la Banque mondiale.

D’autres, parmi lesquels le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz, ont dénoncé une chasse aux sorcières et un règlement de comptes contre une dirigeante ayant bravé le conservatisme de Washington pour aider les pays du Sud face à la crise du Covid-19.

ELLE A ÉTÉ UN PARTENAIRE D’UNE VALEUR INESTIMABLE QUI A CONTRIBUÉ À NOS SUCCÈS COLLECTIFS

L’agence américaine Bloomberg rapportait récemment que selon des sources françaises (Paris détient 4,03 % des capitaux du FMI) et européennes, « l’examen du rapport WilmerHale ne fournissait pas de détails sur des éléments précis permettant de remettre directement en question la conduite de Mme Georgieva ».

Un rôle décisif

Dans un texte inédit, publié au début d’octobre par Jeune Afrique, une quinzaine de ministres africains de l’Économie et des Finances, étaient montés au créneau pour apporter leur soutien à la patronne du FMI.

« Kristalina Georgieva a joué un rôle décisif dans l’allocation générale sans précédent de droits de tirage spéciaux (DTS) équivalant à 650 milliards de dollars américains, en fournissant des liquidités et des réserves tampons à de nombreux pays qui se trouvaient dans le besoin. Elle s’est battue pour faire progresser le multilatéralisme et nous avons toujours su qu’elle était une ardente défenseure des nations en développement. Elle a été un partenaire d’une valeur inestimable qui a contribué à nos succès collectifs », ont-ils rappelé dans la tribune cosignée notamment par le Béninois Romuald Wadagni et l’Ivoirien Adama Coulibaly.

Les pays africains sont représentés au FMI par, entre autres, Ita Mary Mannathoko (Botswana), Willie Nakunyada (Zimbabwe), Osana Jackson Odonye (Nigeria) et Hossein Mirshojaeian Hosseini (Iran).

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko

La remise des prix Nobel, une humiliation annuelle

octobre 10, 2021
La cérémonie de remise des Prix Nobel, à Stockholm, en Suède, le 20 décembre 2020. © Fredrik Sandberg/AP/SIPA

À quelques rares exceptions exprès, les Africains ne figurent jamais parmi les lauréats scientifiques du prix Nobel. Si le continent ne manque pas de matière grise, il doit investir davantage dans l’éducation et le savoir.

Au moment où vous lirez ces lignes, l’humiliation rituelle, annuelle, aura eu lieu ou aura tout juste commencé. C’est chaque année la même chose. L’automne arrive, puis le mois d’octobre, et nous autres ressortissants des pays arabes, des terres d’Islam ou d’Afrique, nous baissons la tête, nous nous faisons tout petits… Les prix Nobel scientifiques sont proclamés, égrenés plutôt puisque – sadisme supplémentaire – ils ne sont pas tous révélés le même jour. Médecine, physique, chimie, économie (même si ce n’est pas un « vrai » Nobel)… Les récipiendaires sont aussitôt célébrés, fêtés, photographiés sous tous les angles… et pas un ne porte un nom qui ressemble même vaguement aux nôtres. Mamadou, prix Nobel de physique ? Abdallah, chimiste d’élite ? Stuff ! répondent les Suédois, c’est-à-dire : « balivernes! »

Pas moins futés

Et pourtant nous ne manquons pas de matière grise. J’ai participé il y a quelques temps à une réunion de travail à Paris, pour la préparation d’un colloque qui aura lieu du côté de Marrakech en novembre. Autour de la table, cinq Maghrébins : un ancien de Normale Sup, un prof au Collège de France, un brillant double docteur en physique et philosophie, un ingénieur de haut vol et votre serviteur. La conversation volait haut. Nous ne sommes pas moins futés que d’autres. Chaque pays d’Afrique, chaque pays de ce qu’on appelait autrefois le Tiers-Monde peut aligner des cerveaux.

Alors pourquoi ce gouffre béant entre eux et nous ? Il est tout de même stupéfiant que les minuscules Pays-Bas aient obtenu pas moins de dix fois le Nobel de physique (dont deux des trois premiers avec Zeeman et Lorentz), quatre fois celui de chimie (dont le tout-premier en 1901 avec J. H. van’t Hoff), trois fois celui de médecine… et l’Afrique et le monde arabo-musulman, presque rien.

DEPUIS COMBIEN DE DÉCENNIES SOMMES-NOUS DÉCOLONISÉS ? IL FAUDRA TROUVER D’AUTRES EXCUSES

Vous me direz – et vous aurez raison – que pendant une bonne partie du XXe siècle, tous ces pays étaient colonisés, sauf quelques rares exceptions, et que la métropole (Angleterre, France, Espagne…) avait d’autres objectifs que créer l’excellence parmi les indigènes. Combien de bacheliers à l’indépendance? Certes. Mais depuis combien de décennies sommes-nous décolonisés? Quatre, cinq ? Un demi-siècle ? Les effets de la colonisation s’estompent. Il faudra trouver d’autres excuses.

Plus de chercheurs, moins de gardiens de la morale

Si on compare les étudiants européens à leurs homologues africains ou arabes, on n’observe pas que les uns aient un cerveau de plus que les autres, ni que leur bosse des maths soit plus volumineuse… – et au moment où je me souviens des noms de mes condisciples de maths sup qui brillaient particulièrement, je me rends compte qu’ils ont tous fait de belles carrières dans le privé ou le public, mais pas dans la recherche… Et si c’était ça aussi, notre problème ? Ne pas offrir de belles perspectives de carrière dans la recherche pure ?

Ce n’est donc pas une questions d’individus. En réalité, il s’agit de ce qu’on pourrait nommer l’episteme. C’est invisible, insaisissable… L’episteme qui mène aux prix Nobel, c’est une façon générale (commune à toute une culture) d’envisager tous les problèmes selon des méthodes scientifiques, au rebours de la pensée magique et de la charlatanerie. C’est la distinction claire pour tous entre science et croyance, chacune maîtresse en son domaine.

C’est un consensus profond autour de la nécessité de la science, la vraie (on ne parle pas ici d’astrologie, de métaphysique ou de kabbale). C’est une orientation constante des investissements publics, depuis l’école jusqu’aux laboratoires de pointe, en faveur de l’éducation et du savoir. C’est le respect témoigné aux universitaires, aux chercheurs, aux savants – et non aux prétendus gardiens de la morale et à ceux qui se contentent de réciter un dogme. C’est le prestige accordé à l’esprit – et non aux esprits. Vaste programme, mais nécessaire si nous voulons un jour participer à la fête d’Octobre – celle de l’esprit, pas celle de la bière…

Fouad Laroui

Avec Jeune Afrique par Fouad Laroui

Ecrivain

Pourquoi Google débloque 1 milliard de dollars pour l’Afrique ?

octobre 9, 2021
Sundar Pichai est le PDG de Google depuis août 2015. © Reuters

Avec ce chèque, le géant américain entend financer des start-up digitales ainsi que la construction de câbles sous-marins pour améliorer l’accès à internet sur le continent.

Cet investissement « soutiendra la transformation numérique du continent », a déclaré Sundar Pichai, le PDG de Google et Alphabet, dans une vidéo préenregistrée publiée le 6 octobre. Google prévoit de mobiliser 50 millions de dollars supplémentaires pour financer des start-up dirigées par des Africains, soutenir des organisations à but non lucratif et collaborer avec les gouvernements, décideurs et entreprises du continent.

Sur les 1,3 milliard d’habitants de l’Afrique, environ 780 millions de personnes n’ont pas accès à internet. Pour y remédier, les grandes entreprises technologiques américaines comme Google et Facebook soutiennent des projets de câbles sous-marins conçus pour améliorer l’accès à internet et la vitesse de connexion.

Facebook finance par exemple le projet de câble 2Africa de 37 000 km qui reliera le continent à l’Asie et à l’Europe. Selon l’entreprise, une fois terminé, ce câble sera le plus long système de câblages sous-marins au monde.

DES CENTAINES DE MILLIERS D’EMPLOIS VONT ÊTRE CRÉÉS DANS LES TROIS PROCHAINES ANNÉES

Google entend, lui, contribuer à la construction du câble Equiano, qui doit augmenter la vitesse d’internet tout en diminuant les coûts de connectivité. Le câble doit relier le Portugal à l’Afrique du Sud en passant par le Nigeria et la Namibie, notamment. La première phase de ce projet doit être mise en service au second semestre de 2022 et des extensions sont prévues à l’avenir.

Vitesse du réseau multipliée par cinq au Nigeria

Grâce à Equiano, la vitesse du réseau internet au Nigeria devrait être multipliée par cinq et pourrait presque tripler en Afrique du Sud et en Namibie d’ici à 2025, avance une étude d’Africa Practice et de Genesis Analytics commandée par Google.

Cette même étude prévoit une chute des prix d’internet de 16 % à 21 % dans les trois pays au cours de la même période, laissant espérer une progression du taux de pénétration d’internet de plus de 7 points au Nigeria et en Afrique du Sud et de 9 points en Namibie.

Un mouvement qui doit générer des gains de croissance – chiffrés à respectivement 0,57, 0,32 et 0,56 point pour le Nigeria, l’Afrique du Sud et la Namibie – et des créations d’emplois, à hauteur de 1,6 million au Nigeria, 180 000 en Afrique du Sud et 21 000 en Namibie entre 2022 et 2025.

Avantages remis en cause

Un accueil mitigé est toutefois réservé aux projets de câbles sous-marins financés par les multinationales. Sunil Tagare, fondateur et patron d’OpenCables, société pionnière dans le déploiement de câbles sous-marins à fibre optique, a souligné que les investissements dans les câbles africains existants pourraient être perturbés par les projets de Google et Facebook, soupçonnant ces derniers de développer une stratégie de division pour prendre le dessus sur les acteurs locaux.

Gbenga Adebayo, le président de l’Association nigériane des opérateurs télécoms (Alton) est lui aussi critique, estimant que les services gratuits offerts par Google et Facebook pourraient menacer la survie des opérateurs locaux. Le responsable nigérian ajoute que, contrairement aux opérateurs de réseau mobile locaux, Facebook et Google n’ont pas d’obligations fiscales envers les gouvernements des pays où ils opèrent.

Enfin, estimant que les régions côtières du Nigeria sont suffisamment bien pourvues grâce aux capacités des câbles sous-marins actuels, Gbenga Adebayo défend l’idée d’un renforcement de la dorsale en fibre optique à destination du reste du territoire, c’est-à-dire pour étendre l’accès au haut débit aux régions de l’intérieur du Nigeria.

Avec Jeune Afrique par David Whitehouse

Sommet Afrique-France : Emmanuel Macron « bousculé » par la jeunesse • ​​FRANCE 24

octobre 8, 2021

Avec France24

Afrique-France : à Montpellier, Emmanuel Macron prend une série d’engagements

octobre 8, 2021
Le président français Emmanuel Macron, lors du sommet Afrique-France, le 8 octobre 2021 à Montpellier. © Daniel Cole/AP/SIPA

Restitution d’œuvres, création d’une Maison des mondes africains, accent sur l’économie et la démocratie… Lors du sommet Afrique-France, le président français a fait de nombreuses annonces. Seront-elles à la hauteur des attentes ?

Le 27e sommet Afrique-France, organisé le 8 octobre à Montpellier, a bien été fidèle à sa promesse de nouveauté. Emmanuel Macron l’avait annoncé haut et fort, il s’agissait cette fois de donner la parole à la jeunesse du continent, notamment à travers les sociétés civiles et les diasporas, invitées cette fois en lieu et place des chefs d’États.

L’ambiance, bien plus festive et surtout bien moins protocolaire que par le passé, confirmait un vrai changement de format, les matchs de basket et les concerts enflammés remplaçant les discussions feutrées entre présidents des éditions précédentes.

Emmanuel Macron omniprésent

De chef d’État, il n’y en avait donc qu’un seul, mais omniprésent dès le moment où il a posé le pied sur le sol de la vaste Arena-Sud-de-France qui accueillait l’événement. Comme si Emmanuel Macron profitait de l’absence de ses homologues pour bénéficier davantage de la lumière des projecteurs.

Et pour cela, il n’a pas hésité à donner de sa personne. À peine arrivé, en fin de matinée, il saisit le micro pour participer à la table ronde sur la coopération muséale, puis va se faire tirer le portrait sur l’espace Tech4scale consacré aux start-ups africaines, avant d’aller taquiner le ballon de foot ou de basket avec la jeunesse locale sur le terrain installé pour l’occasion.

Mais le grand rendez-vous de la journée, pour le président français et pour les quelque 3 000 personnes présentes, était bien sûr la séance plénière de l’après-midi, durant laquelle Emmanuel Macron a ouvert le dialogue avec onze jeunes issus du continent autour des thèmes soulevés par Achille Mbembe dans le document qu’il a remis à l’Élysée trois jours plus tôt. L’intellectuel camerounais clôturait son rapport par treize propositions qui doivent permettre à terme une redéfinition des relations entre l’Afrique et la France, tel qu’Emmanuel Macron l’avait esquissé dans son discours de Ouagadougou en 2017.

Achille Mbembe peut être satisfait, puisque ses deux premières recommandations connaitront une application immédiate. Un Fonds d’innovation pour la démocratie va bien voir le jour. Doté d’un budget de 30 millions d’euros sur trois ans, son rôle sera de soutenir « les acteurs du changement sur le continent africain ». Ses orientations seront décidées par un comité de personnalités issues des sociétés civiles de France et d’Afrique, pour mieux en garantir l’indépendance.

La création d’une « Maison des mondes africains et des diasporas » sera également à l’étude. Une mission de préfiguration doit permettre de dessiner les contours de cette future institution à dominante culturelle, mais qui doit également embrasser les thématiques du débat d’idées, de la recherche et de l’entrepreneuriat. Cette mission, dont la présidence honorifique sera confiée à Achille Mbembe, disposera de six mois pour rendre ses premières propositions.

Une AFD plus politique ?

Les onze autres recommandations ne sont pas enterrées, mais seront portées au fur et à mesure par les administrations les plus concernées, à commencer par l’Agence française de développement (AFD), appelée à jouer un rôle plus politique dans le rapport Mbembe.

Parmi les autres annonces importantes de l’après-midi, la relance du projet Digital Africa a bien été confirmée, cette fois-ci au sein de Proparco, filiale de l’AFD dédié au secteur privé, ainsi que la restitution au Bénin « dès les prochaines semaines » de 26 œuvres d’art pillées au palais d’Abomey au XIXe siècle.

Le ministère français de la culture doit également lancer un fonds de soutien pour l’accueil d’exposition et la circulation d’œuvres d’art africaines. D’un montant de 300 000 euros sur trois ans, ce fonds, à destination d’institutions muséales du continent, devra soutenir entre trois et cinq projets par an.

Un séminaire, « Itinéraire culture » sera également proposé chaque année, dès 2022, aux professionnels des musées africains pour les accompagner dans l’organisation et la conception d’expositions temporaires, pendant qu’un programme d’échanges entre professionnels des patrimoines français et africains doit voir le jour « selon des modalités encore à définir ».

AU-DELÀ DES ÉLÉMENTS DE LANGAGE, LE CHANGEMENT TANT ANNONCÉ RISQUE DE PRENDRE ENCORE UN PEU DE TEMPS

Les industries culturelles et créatives étant particulièrement mises à l’honneur à Montpellier, les programme existants – « Accès culture », visant à financer des micro-projets, et « Afrique créative », incubateur d’entreprises culturelles – , verront leur couverture étendue et leurs budgets renforcés à hauteur de 2,5 millions d’euros supplémentaires chacun, abondés par l’AFD.

Enfin, concernant l’enseignement supérieur, un nouveau dispositif sera mis en place pour favoriser les mobilités croisées d’étudiants entre la France et l’Afrique, en s’appuyant sur les partenariats existants entre établissements français et africains.

Pas sûr pour autant que ces initiatives soient suffisantes pour réellement refonder les relations futures entre la France et l’Afrique. Elles sont en tout cas bien loin de prendre en compte les attentes et les revendications avancées par les onze jeunes africains durant la plénière et auxquelles les annonces d’Emmanuel Macron n’ont pas vraiment répondu. Au-delà des éléments de langage, où les termes d’ « investissement solidaire » remplacent par exemple mot pour mot l’ « aide au développement », le changement tant annoncé à Montpellier risque de prendre encore un peu de temps.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin – Envoyé spécial à Montpellier

Chine-Afrique : quand Tshisekedi s’attaque au contrat signé par Kabila

septembre 14, 2021

Kash

Le président congolais a exigé la réévaluation des projets liés au contrat signé en 2008 par l’administration de Joseph Kabila avec un consortium chinois. Les investissements promis en échange de titres miniers ne sont pas à la hauteur…

LA RDC manque d’infrastructures, et c’est « une entrave au développement ». Lors du conseil des ministres, ce vendredi 10 septembre, Félix Tshisekedi a tapé du poing sur la table. Dans son viseur, les trop faibles retombées du contrat « sino-congolais », signé en 2008 par son prédécesseur Joseph Kabila, qui devait se traduire par un échange de bons procédés : à un consortium chinois les minerais extraits du sol congolais – sous forme de titres miniers sur le cobalt et le cuivre – ; aux Congolais des infrastructures dans lesquelles Pékin promettait d’investir plusieurs milliards de dollars.

Si le contrat initial prévoyait 9 milliards de dollars d’investissements, il a été ensuite revu à la baisse – à 6 milliards –, sous la pression du FMI, qui s’inquiétait du niveau de surendettement du pays. Et 13 ans après, seuls 2,74 milliards de dollars ont effectivement été décaissés par les entreprises chinoises.

Kabila ciblé ?

Si des « raisons techniques liées notamment à l’insuffisance d’énergie électrique pour la production minière » sont avancées par les autorités congolaises, Félix Tshisekedi a réclamé au ministre des Infrastructures, Alexis Gizaro Muvuni, et à celle des Mines, Antoinette Nsamba Kalambayi, de lui dresser « l’état des lieux de l’exécution technique et financière des projets inscrits dans le contrat dit sino-congolais ».

Cette première étape marque-t-elle un pas supplémentaire vers une renégociation plus globale, déjà promise par le chef de l’État congolais ? La « réévaluation » de ce contrat qui avait, à l’époque de sa signature, été qualifié de « léonin » par l’opposition, pourrait également donner lieu à de nouvelles révélations, notamment concernant des avantages octroyés à certains hauts responsables de l’ancienne administration… Voire à Joseph Kabila lui-même.

Par  Kash

Caricaturiste, bédéiste et peintre congolais installé à Kinshasa.

Deux nouveaux variants du coronavirus sous la loupe des chercheurs à travers le monde

septembre 6, 2021

Le variant B.1.621, mieux connu sous le nom de Mu, a récemment été désigné comme « variant à suivre » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), puisqu’il pourrait résister aux anticorps, notamment ceux développés par les vaccins.

Le variant Delta reste largement prédominant et représente jusqu'à 90 % des nouvelles infections au pays, selon des données de la santé publique du Canada.

© Ben Nelms/ben nelms/cbc Le variant Delta reste largement prédominant et représente jusqu’à 90 % des nouvelles infections au pays, selon des données de la santé publique du Canada.

Un autre variant, encore connu sous le nom de C.1.2, inquiète des scientifiques en Afrique du Sud, qui étudient ses mutations pour tenter de comprendre comment il se comporte. Ces nouveaux variants représentent-ils une menace dans la lutte contre la COVID-19 au Canada?

Pour l’heure, le variant Delta, jugé extrêmement contagieux, reste largement prédominant et représente jusqu’à 90 % des nouvelles infections au pays, selon des données de la santé publique du Canada.

Ce qui ne veut pas dire que ces nouveaux variants ne méritent pas d’être soigneusement étudiés, disent les experts.

Ce que l’on sait du variant Mu

Le variant Mu a une constellation de mutations qui indiquent des propriétés potentielles d’évasion immunitaire», peut-on lire dans le bulletin épidémiologique du 30 août du l’OMS, qui catégorise le variant Mu comme variant à suivre».

Des tests préliminaires indiquent en effet que le variant Mu pourrait être résistant aux vaccins ou aux anticorps développés par les patients qui ont déjà contracté une souche antérieure du virus. L’OMS prévient toutefois que ces observations doivent être confirmées par d’autres études».

Mu a d’abord été détecté en janvier 2021 en Colombie. Il a depuis poursuivi sa progression, allant jusqu’à représenter 39 % des nouvelles infections, ce qui en fait la souche prédominante dans ce pays d’Amérique latine.

Or ce variant est pour l’instant quasiment absent du reste du globe. Pour le moment, 39 pays ont déclaré des cas liés à Mu.

Au Canada, sa présence est également à la baisse. S’il représentait à un moment un peu plus de 3 % des nouvelles infections, ce chiffre est récemment passé à 0,3 %. Il n’est pas possible de savoir pour l’instant ce qui explique cette perte de vitesse du variant.

C.1.2, le variant aux origines nébuleuses

C.1.2 n’est peut-être pas présentement sous haute surveillance par l’OMS, mais plusieurs chercheurs pressent l’organisation d’y porter une attention particulière.

Ce variant a été observé pour la première fois par des chercheurs en Afrique du Sud, mais son origine exacte reste pour l’instant indéterminée.

Richard Lessels, un spécialiste des maladies infectieuses et auteur d’une recherche préliminaire sur C.1.2 a affirmé à l’agence Reuters que le variant pourrait être encore plus résistant aux anticorps que le variant Delta.

Toutefois, on ne sait pas si C.1.2 est aussi contagieux, ou même s’il résiste autant aux vaccins qu’aux anticorps développés par une personne qui a déjà contracté la COVID-19.

Le Dr Zain Chagla, consultant en maladies infectieuses à St. Joseph's Healthcare Hamilton.

© /CBC/Craig Chivers Le Dr Zain Chagla, consultant en maladies infectieuses à St. Joseph’s Healthcare Hamilton.

Ces choses prennent du temps à étudier», affirme le docteur Zain Chagla, spécialiste en maladies infectieuses de l’Université McMaster de Hamilton. Delta est incroyablement fort et incroyablement contagieux. Il a aussi une bonne capacité à remplacer [les autres souches] de façon agressive. Rien n’indique que ce soit le cas encore [pour C.1.2].»

Doit-on s’inquiéter de ces variants?

Étant donné que le variant Delta représente la majorité des cas de COVID-19 au Canada et qu’il y a encore beaucoup d’inconnues à propos de Mu ou de C.1.2, les inquiétudes concernant ces nouveaux variants doivent être mises en contexte.

Pas besoin de s’inquiéter encore», résume Zain Chagla, qui insiste toutefois sur l’importance d’étudier et de garder à l’œil ces variants. À propos de C.1.2, il affirme qu’on a vu une hausse de transmission dans certains pays d’Afrique, mais qu’il est difficile de dire si son taux de contagion s’approche de celui de Delta.

De nombreux variants sont apparus durant cette pandémie, rappelle-t-il. Il cite par exemple les autres variants à suivre» comme Alpha, Beta, Lambda ou encore le nouveau venu Mu, et soutient qu’ils peuvent tous être supplantés par Delta ou alors s’épuiser d’eux-mêmes avec le temps».

Pour déterminer la fréquence à laquelle ces variants apparaissent au pays, l’Agence de la santé publique du Canada travaille avec les provinces, les territoires et le Réseau génomique du Canada (RCanGéCo) pour séquencer un certain pourcentage de tous les résultats de test positifs à la COVID-19.

Le séquençage dévoile le code génétique du virus et permet de savoir quel variant était à l’origine de l’infection.

Prévenir l’apparition de nouveaux variants

Depuis le début de la pandémie, de nouveaux variants apparaissent dans des populations durement touchées par une transmission non contrôlée de la COVID-19, notamment en Inde, en Amérique du Sud et en Afrique. Selon les experts, cette tendance devrait se poursuivre tant qu’une plus grande partie de la planète ne sera pas vaccinée.

[Ces nouveaux variants sont] un rappel crucial – même s’il peut s’agir de fausses alertes – de l’importance de l’équité et du partage des vaccins dans le monde», croit Zain Chagla.

Selon le chercheur, cette région du monde inquiète puisque les taux de vaccinations y sont bas, que les systèmes de santé en place sont souvent défaillants et qu’une partie importance de la population est immunosupprimée en raison du VIH, qui touche de 15 à 20 % des adultes dans certains pays.

Il s’agit en quelque sorte d’un cocktail de mauvais scénarios propice à l’émergence d’un variant… alors je ne crois pas que nous devrions être surpris de voir que quelque chose semble apparaître», avance Zain Chagla.

C’est ce que nous avons vu, et c’est ce que nous allons continuer de voir», croit-il.

Avec CBC/Radio-Canada à partir d’un texte de Lauren Pelley et Adam Miller, CBC