Posts Tagged ‘Afrique’

Aérien : réformer l’Asecna pour faire rimer souveraineté avec développement économique

août 3, 2021
Créée en 1959 et réorganisée en 1974, l’Asecna réunit 18 pays (dont la France).

Investir dans les nouvelles technologies et revoir la place de la France, tels sont les moyens de moderniser la gestion du ciel africain avec, à la clé, davantage de recettes pour les États, juge Emmanuel Dupuy, le président de l’Institut prospective et sécurité en Europe.

Pour beaucoup de pays africains, recouvrer la souveraineté dans leur espace aérien est un enjeu politique crucial. Et alors que s’esquisse une potentielle sortie de la crise liée à la pandémie de Covid-19, où les besoins financiers sont importants, il s’agit aussi d’un enjeu de développement économique. Ce constat est d’autant plus vrai pour les pays entrant dans la zone couverte par l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne (Asecna).

Si la convention de Chicago du 7 décembre 1944 – qui a donné naissance à l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et posé les principes pour un développement « sûr et ordonné » du secteur – reconnaît à chaque État une souveraineté complète et exclusive sur l’espace aérien situé au-dessus de son territoire, la réalité est un peu différente sur le continent.

Créée en 1959 et réorganisée en 1974, l’Asecna réunit 18 pays – dont 17 africains et la France – dont elle gère l’espace aérien (et les aéroports). Elle répond aussi à une partie des questions liées à la sécurité aérienne.

Collecte des redevances

Après avoir tenté, en vain, de se retirer de l’Asecna, le Sénégal a tout de même sorti tous ses aéroports secondaires de la convention en mai 2008.

Cette organisation au modèle communautaire compte donc parmi ses membres l’ancienne puissance coloniale, même si l’organisation n’agit pas dans l’Hexagone. Un héritage du passé unique sur le continent, dont on voit mal la justification actuelle et encore moins les bénéfices pour les États africains. Ce contrôle informel vise-t-il à favoriser la position d’Air France sur le continent au détriment d’une concurrence plus ouverte ?

Après avoir tenté, en vain, de se retirer de l’Asecna, le Sénégal a tout de même sorti tous ses aéroports secondaires de la convention en mai 2008. Depuis, il a en partie restauré sa souveraineté, retrouvant son autonomie dans la gestion des aéroports, bénéficiant d’une meilleure sécurité et gagnant en marge de manœuvre budgétaire.

Car, au-delà du volet sécuritaire, l’enjeu est aussi économique, l’Asecna percevant au nom de ses membres l’ensemble des redevances payées pour chaque avion utilisant l’espace aérien d’un pays. Or, en raison de défaillances dans le contrôle de l’espace aérien et de délais excessifs de collecte (entre 30 et 60 jours, parfois plus), l’organisation ne collecte en moyenne que 50 % de ce que les États africains devraient percevoir.

Pour l’espace aérien couvrant le Sénégal ainsi que la majeure partie de la Mauritanie et de la Côte d’Ivoire, les redevances moyennes étaient estimées à 12,5 millions de dollars sur 30 jours avant la crise du Covid-19. Une capacité de contrôle effectif de tous les survols pourrait les augmenter de 4,5 millions de dollars par mois et la modernisation des outils de quelque 18,5 millions, ce qui permettrait de plus que doubler le montant collecté.

Outils digitaux

En résumé : des pays dont le développement économique est fragile et dont les finances publiques sont sous pression se voient privés d’une ressource financière à laquelle ils ont droit. Pour rappel, la France a empoché en 2019 au titre de cette redevance (à laquelle s’ajoutent toutefois d’autres taxes) un montant de 1,3 milliard d’euros grâce notamment à une meilleure maîtrise des outils digitaux de collecte.

LES DERNIERS SYMBOLES D’UNE RELATION POST-COLONIALE MAL TAILLÉE DOIVENT TOMBER

Il devient donc urgent de réformer le fonctionnement actuel pour sortir d’un système établi de dépendance, s’offrir des ressources supplémentaires et améliorer l’attractivité des installations aéroportuaires africaines.

Ce changement doit passer par une réforme de l’Asecna pour optimiser ses performances, ce qui suppose de se doter d’outils numériques. Ces technologies existent déjà, développées notamment par des sociétés françaises (dont Thales) et américaines. En outre, elles nécessitent un investissement modéré au regard des gains qu’elles engendrent.

Enfin, ces solutions, dont des banques de données renforcées, sont compatibles avec le système de gestion en vigueur au sein de l’Asecna. Elles peuvent donc être utilisées en complément, si tant est que l’organisation rompe avec un certain corporatisme.

Alors que la sécurité aérienne ne peut se passer d’investissements dans la formation et les équipements, les derniers symboles d’une relation post-coloniale mal taillée doivent tomber. Ils empêchent des États africains de dessiner leur propre avenir et de trouver des moyens de choisir leur destin.

Par  Emmanuel Dupuy avec Jeune Afrique

Président de l’Institut prospective et sécurité en Europe, think tank spécialisé dans les questions de défense et de sécurité

Partenariat Banque mondiale – Afrique : devenir plus forts et promouvoir la reprise

juillet 15, 2021
Un Sénégalais, dans les rues de Dakar, le 29 avril 2020. (illustration)

Alors que l’Afrique paie un lourd tribut à la pandémie, les chefs d’État de la RDC, de Guinée, du Bénin ou encore du Sénégal son attendus à Abidjan ce 15 juillet pour un sommet sur le financement de l’Association internationale de développement (IDA). Axel van Trotsenburg, directeur général des opérations de la Banque mondiale, insiste sur les enjeux cruciaux de cette rencontre pour l’avenir du continent.

Alors que leurs pays sont confrontés à une troisième vague de Covid-19 aux effets sanitaires, sociaux et économiques tragiques, plus d’une douzaine de dirigeants africains vont se réunir ce jeudi 15 juillet à Abidjan pour formuler leurs plans de reprise économique, de création d’emplois et d’investissement dans le capital humain. J’ai hâte de les y rejoindre et je réaffirmerai résolument l’attachement du Groupe de la Banque mondiale à la transformation de l’Afrique.PUBLICITÉ

41 milliards de dollars d’aides

En pleine pandémie, l’axe d’intervention de l’Association internationale de développement (IDA), l’une des institutions qui forment la Banque mondiale, est double. Nous avons entrepris de doubler l’aide d’urgence apportée à l’Afrique pour faire face à la crise, notamment en contribuant à renforcer les systèmes de santé et à financer l’acquisition et le déploiement de vaccins. Parallèlement, nous approfondissons notre soutien aux efforts déployés par les pays dans le cadre de leurs plans pour une reprise forte, verte et inclusive.

Il y a plus d’un an, lorsqu’il est devenu évident que la pandémie aurait un impact énorme sur les personnes les plus vulnérables au monde, nous avons agi rapidement pour mettre à disposition de manière précoce une très grande partie de l’aide que l’IDA offre sur un cycle de trois ans aux pays les plus pauvres de la planète. Trente-neuf des 74 pays concernés se trouvent en Afrique.

Depuis avril 2020, cette intensification de notre soutien au continent africain est sans précédent et l’aide ainsi apportée s’élève à plus de 41 milliards de dollars en fin juin. La plus grande partie de cette aide a été consacrée aux mesures visant à relever les défis posés par le Covid-19, et en particulier à sauver des vies, protéger les pauvres, créer des emplois et reconstruire en mieux à la suite de la crise. Des milliards de dollars ont ainsi été affectés à des dépenses liées à la santé.

Des vaccins pour 400 millions d’Africains

Récemment, nous avons également conclu avec l’Équipe spéciale pour l’acquisition de vaccins en Afrique de l’Union africaine (AVATT) un partenariat visant à financer l’achat de vaccins contre le Covid-19 pour pas moins de 400 millions d’Africains. Les démarches sont allées très vite : les premières doses de vaccin devraient être livrées dans les prochaines semaines.

CE NIVEAU D’APPUI FINANCIER REPRÉSENTE UN CHANGEMENT STRUCTUREL DANS LE PARTENARIAT ENTRE LA BANQUE MONDIALE ET L’AFRIQUE

L’IDA est, pour les pays africains à faible revenu, la principale source de financement. Elle accorde soit des prêts à long terme sans intérêt soit des dons, le montant de ces derniers ayant dépassé 10 milliards de dollars au cours de l’année écoulée. L’aide de l’IDA permet aux pays de faire face aux effets de la crise et de relever les défis actuels liés au développement à long terme, à la fragilité et au changement climatique.

Ce niveau d’appui financier n’est pas temporaire. Il représente un changement structurel dans le partenariat entre la Banque mondiale et l’Afrique, dans le cadre duquel le niveau d’engagement de la Banque est passé de 15 % de son programme annuel de prêts il y a 20 ans à 45 % aujourd’hui. Au cours des cinq dernières années, la Banque mondiale a engagé 106 milliards de dollars en Afrique tout en augmentant ses effectifs dans les pays africains de plus de 40 %.

Besoins en constante évolution

Les interventions de la Banque mondiale se veulent globales et sans exclusive, l’institution étant déterminée à ne jamais laisser des pays sur la touche. Le Soudan en est une bonne illustration : récemment, nous avons aidé les autorités soudanaises à mettre fin à des décennies d’isolement financier et à renouer avec la communauté internationale. Ce qui nous a permis de lancer un programme majeur de réduction de la pauvreté dans le pays et un programme global d’allégement de dette qui au bout du compte réduira la dette du Soudan de plus de 90 %.

D’une manière plus générale, nous trouvons des moyens de continuer de travailler dans les pays touchés par la fragilité et les conflits, en étroite coordination avec nos partenaires des Nations unies sur le terrain. Au lieu de nous retirer, nous avons choisi de rester aux côtés de ces pays et de leur apporter un soutien indispensable, qui a augmenté de 50 % durant l’année écoulée pour atteindre près de 15 milliards de dollars.

Si l’IDA s’investit considérablement pour aider les pays à faire face à la pandémie et à d’autres crises telles que les invasions de criquets, la sécheresse et les conflits armés, tout son appui s’inscrit dans la poursuite d’un objectif ultime, à savoir promouvoir un développement économique et social durable.

Les besoins des pays étant en constante évolution, il y a tout lieu de recueillir les idées et orientations des dirigeants africains sur la manière dont la Banque mondiale peut soutenir au mieux les ambitions à long terme des pays du continent.

Moteurs de la reprise

Nous avons avancé d’un an les négociations avec les bailleurs de fonds sur la reconstitution triennale des ressources de l’IDA. Les idées venant des partenaires africains influent considérablement sur les orientations stratégiques du prochain cycle, l’accent étant davantage mis sur plusieurs domaines cruciaux : création d’emplois, stimulation du développement du secteur privé, réduction de la fracture numérique, élargissement de l’accès à l’énergie et renforcement de l’intégration régionale.

Le sommet d’Abidjan sera l’occasion de débattre des moteurs de la reprise en Afrique et des perspectives de développement à plus long terme. Il permettra de définir les orientations des négociations menées par l’IDA, étant donné que nous prévoyons qu’environ les deux tiers des ressources du prochain cycle de refinancement de l’Association seront alloués à l’Afrique.

Par ailleurs, les discussions donneront une impulsion à l’ambition quant au montant des fonds à lever, car les besoins sont très importants et les conséquences de l’inaction pourraient sérieusement assombrir les perspectives à long terme du continent. Le défi consiste à agir maintenant, en aidant l’Afrique à se reconstruire en mieux et à améliorer la vie de ses populations.

Par  Axel van Trotsenburg

Directeur général des opérations de la Banque mondiale.

Internet mobile : Congo, RDC, Côte d’Ivoire… Dans quels pays la data est-elle la plus chère ?

juillet 11, 2021
La GSMA, lobby mondial des télécoms, constate une baisse du prix moyen des terminaux mobiles sur le continent en 2019.

Malgré l’installation de câbles sous-marins pour connecter le continent, le prix d’un giga de données mobiles reste en moyenne très élevé. État des lieux.

Si la fracture numérique se réduit en Afrique, le coût d’internet a, lui, du mal à baisser. Le 30 juin, le dernier tronçon du câble sous-marin Africa Coast to Europe (ACE), qui relie la France à l’Afrique du Sud en connectant une dizaine de pays africains, dont le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana, a été mis en service.

Dernier exemple en date de la progression de la couverture internet en Afrique, ce câble, long de 17 000 km, a représenté un investissement de 700 millions de dollars réalisé par un consortium de 20 membres, dont le groupe français Orange, qui a contribué à hauteur de 250 millions de dollars.

Malgré cette bonne nouvelle, et le développement de câbles sous-marins reliant le continent, seul 29 % des Africains ont accès à internet, contre 45 % des habitants en Asie, selon le dernier rapport publié par l’Alliance for Affordable Internet (A4AI) en décembre 2020.

Chaque année, l’initiative hébergée par la Web Foundation et dirigée par Sonia Jorge collecte les données des forfaits prépayés les moins chers par pays pour les services de haut débit selon le modèle de prix fournit par l’Union internationale des télécommunications (UIT).

5 dollars pour un giga de données

En 2020, le prix médian d’un giga de données mobiles en Afrique s’élevait à plus de 5 dollars contre près de 7 dollars en 2018, soit une baisse de -28 % explique A4AI. À titre de comparaison, il fallait compter 3,5 dollars pour un giga au sein de l’Union européenne en 2020 (4,1 dollars en 2018).

Si l’on observe une baisse significative des prix moyens des données haut débit, les différences de tarif d’un pays à l’autre demeurent très importantes.

Ainsi, en Guinée équatoriale, il faut débourser 35 dollars pour obtenir un giga de données mobiles, soit le tarif le plus cher au monde, selon les chiffres de l’Alliance for Affordable Internet. Pourtant, le pays est relié à trois câbles sous-marins de fibre optique.

Plusieurs raisons expliquent ce prix. Avec un parc de clients restreint, 1,3 million d’habitants en 2019, le coût d’installation des infrastructures est plus difficile à amortir. Aussi, la compagnie Getesa, détenue à 60 % par l’État, est l’opérateur principal du pays, traduisant un manque de concurrence qui fait inévitablement augmenter les prix.

C’est ensuite en Libye que l’on trouve les tarifs les plus élevés, avec un giga de données mobiles coûtant 11,4 dollars, puis en Centrafrique (10,4 dollars), au Tchad (8,64 dollars), au Congo Brazzaville (8,47 dollars) et au Togo (8,4 dollars).

En RDC, il fallait débourser 8 dollars pour un giga de données mobiles en 2020, contre 10,7 dollars l’année précédente (-25 %).

En 2019, le gouvernement a défini une stratégie de développement numérique à l’horizon 2025. Or la taille du pays le rend peu attractif pour les opérateurs. « Il est généralement plus difficile d’installer et de maintenir un réseau dans les régions vastes et pauvres car la rentabilité pour les opérateurs est moins intéressante », avait déclaré Teddy Woodhouse, directeur de recherche pour l’A4AI, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique en décembre 2020.

Prix d’un giga de données mobiles en 2020

Soudan et Maroc, champions des petits prix

À l’inverse, parmi les pays africains où les prix d’internet sont les plus faibles, on retrouve le Soudan avec 0,9 dollar le giga de données haut débit, suivi de l’Égypte (1,3 dollar) puis du Maroc (2 dollars), du Rwanda (2,1 dollars) et du Cameroun (2,2 dollars). En Algérie, il faut compter 2,3 dollars, au Sénégal 3,28 dollars et en Côte d’Ivoire 4,8 dollars.

Au Maroc, le prix est passé de 2 dollars en 2019 à 5 dollars en 2020, soit une baisse de -61 %, selon les chiffres de l’A4AI, résultat notamment de la stratégie Maroc Digital 2020 centrée sur la transformation numérique et la réduction de la fracture digitale dans le pays.

Outre les différences régionales, les prix sont plus faibles en Afrique de l’Est et de l’Ouest qu’en Afrique centrale et australe, les prix de la data peuvent également diverger entre deux pays voisins. Ainsi, selon l’A4AI, le Tchad est l’un des pays les plus chers avec 8,4 dollars le giga. Son voisin nigérian est, au contraire, l’un des moins chers : le giga de data y est vendu à 2,7 dollars.

Internet abordable dans seulement 14 pays

Pour les Nations unies, l’accès à internet est abordable lorsque le coût d’un giga est inférieur à 2 % du revenu mensuel brut. Or sur le Continent, il est de 5,7 % contre 2,7 % en Amérique du Sud et 1,6 % en Asie-Pacifique. De fait, « seuls 14 des 48 pays africains participant au classement ont un accès à internet abordable », résume le rapport.

Ainsi, d’après A4AI, en Centrafrique, un giga représente 24,4 % du revenu mensuel. En RDC, cela représente 20,6 % du revenu et au Tchad et au Togo, 15 %. À l’inverse, il équivaut à seulement 0,5 % du revenu mensuel à Maurice, 0,8 % en Algérie, 1,3 % au Gabon et 1,4 % au Ghana.

Avec Jeune Afrique par Solène Benhaddou

Covid-19 : les variants qui menacent de changer la donne en Afrique

juillet 4, 2021
Un médecin ougandais reçoit la première injection du vaccin AstraZeneca à l’hôpital de Mulago à Kampala, le 10 mars 2021.

Faut-il avoir peur des nouveaux variants du Covid-19 ? Oui, répondent en cœur les autorités sanitaires du continent, qui pointent la hausse spectaculaire des contaminations observée en juin dans de nombreux pays. Le point sur ces nouvelles menaces et ce que l’on en sait.

La troisième vague du coronavirus en Afrique sera-t-elle la plus dévastatrice ? À écouter, jour après jours, les médecins et les autorités sanitaires qui recensent les cas de contamination et les décès, égrènent la liste des pays touchés par une forte augmentation des cas, beaucoup commencent à le redouter.

« La propagation galopante de variants plus contagieux modifie considérablement la nature de la menace qui pèse sur l’Afrique », a martelé le 1er juillet Matshidiso Moeti, la directrice Afrique de l’OMS, qui estime que la troisième vague « ne ressemble en rien à ce que nous avons connu jusqu’à présent. »

La nouveauté, chacun l’aura compris, tient principalement à la multiplication des fameux « variants ». Le virus mute, les scientifiques nous l’expliquent depuis maintenant dix-huit mois, et des formes nouvelles apparaissent, dotées de caractéristiques parfois inédites.

Mutations en tout genre

Toutes les mutations ne rendent pas le virus plus dangereux, loin de là, mais c’est parfois le cas, particulièrement pour la déjà célèbre version « Delta », dont le taux de transmissibilité est de 30 à 60 % supérieur à celui des autres formes du Covid.

Plus transmissible, le Delta est aussi plus agressif et dangereux : en Ouganda, l’un des pays du continent les plus durement frappés par la troisième vague en cours, 66 % des formes graves de Covid détectées chez les 45 ans et plus sont dues au Delta. Et les variants les plus virulents ont souvent, pour ne rien arranger, tendance à prendre le pas sur les autres.

LE DELTA REPRÉSENTE 97 % DES TESTS POSITIFS EN OUGANDA

Dans les dernières statistiques, le Delta représentait 97 % des tests positifs effectués en Ouganda, 79 % en RDC. Il est en passe de devenir la forme majoritaire de la maladie sur le continent, avec des conséquences déjà observables : + 25 % de cas lors de la dernière semaine du mois de juin, et une mortalité en hausse de 15 % dans 38 pays durant la même période.

Il faut aussi préciser que les appellations de type « Alpha » ou « Delta » sont apparues tout récemment et à l’initiative de l’OMS. Jusqu’au printemps 2021, les nouvelles versions du coronavirus SRAS-CoV-2 étaient baptisées en fonction du premier pays où elles avaient été détectées, avec des appellations du type « variant sud-africain » ou « variant breton ».

Appellations stigmatisantes

Appellations jugées – à juste titre – stigmatisantes par les autorités sanitaires. L’OMS a donc décidé à la fin du mois de mai de renommer tous les variants avec des lettres grecques. On recense à ce jour des variants Alpha, Beta, Gamma, Delta, Eta, Kappa, Iota, Lambda, Theta et la liste risque, hélas, de continuer à s’allonger.

Ces différentes formes sont, de plus, classées en trois catégories distinctes selon leur niveau de gravité. On sépare donc les « variants préoccupants » (VOC, « variant of concern »), les « variants d’intérêt » (VOI, « variant of interest » ou variant à suivre) et les « variants en cours d’évaluation », les plus récemment détectés (VUM, « variant under monitoring »).

Chaque catégorie a en commun le fait d’alimenter une crainte : celle de voir apparaître des formes du Covid résistantes aux vaccins actuellement disponibles. Pour tenter d’y voir plus clair, nous vous proposons la liste des principaux variants présents sur le continent à ce jour, leurs caractéristiques connues à ce stade et les pays dans lesquels ils ont déjà été détectés.

Les trois variants les plus préoccupants

Le variant « anglais » Alpha

• Identifié en septembre 2020 au Royaume-Uni
• Actuellement détecté au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Cap Vert, au Sénégal, en Gambie, en Mauritanie, en Guinée Bissau, en Guinée, au Liberia, au Tchad, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo, au Nigeria, au Gabon, au Cameroun, en République du Congo, en Centrafrique, en RDC, en Guinée équatoriale, en Ouganda, au Rwanda, en Ethiopie, en Somalie, au Kenya, en Angola, au Malawi, à Madagascar et en Afrique du Sud
• Caractéristiques connues : 50 à 75 % plus contagieux que les souches habituelles, touche plus facilement les enfants mais n’entraîne généralement pas de formes graves de la maladie.

Le variant « sud-africain » Beta

• Identifié en août 2020 en Afrique du Sud
• Actuellement détecté en Tunisie, en Libye, au Sénégal, en Guinée Bissau, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo, en République du Congo, en Guinée équatoriale, au Gabon, en RDC, en Ouganda, au Kenya, au Rwanda, en Tanzanie, en Angola, en Malawi, au Mozambique, en Zambie, au Zimbabwe, en Namibie, au Botswana, en Afrique du Sud, au Lesotho, en Eswatini, à Madagascar, aux Comores, aux Seychelles et à Maurice
• Caractéristiques connues : se répand plus rapidement que les souches habituelles et se fixe plus facilement dans l’organisme, touche plus fréquemment les jeunes sans forcément provoquer de symptômes, formes parfois plus graves de la maladie et risques de réinfection plus élevés.

Le variant « indien » Delta

• Identifié en octobre 2020 en Inde
• Actuellement détecté au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, en Gambie, au Ghana, au Nigeria, au Gabon, en RDC, en Ouganda, au Kenya, en Angola, en Zambie, au Zimbabwe, au Botswana, en Afrique du Sud et à Maurice
• Caractéristiques connues : ce variant a subi une mutation qui semble le rendre plus résistant aux anticorps, il serait plus contagieux et provoquerait des symptômes nouveaux comme des saignements de nez. Classé « préoccupant » par l’OMS en mai 2021, il semble générer des formes plus graves de la maladie.

Les nouvelles formes qui inquiètent

Le variant Eta

• Identifié en décembre 2020 au Royaume-Uni et au Nigeria
• Actuellement détecté au Nigeria, au Gabon, au Cameroun, en Angola, en Ouganda et en Tanzanie
• Caractéristiques connues : peu de données disponibles à ce jour pour ce variant détecté aussi aux États-Unis et en Europe. Comme d’autres formes préoccupantes, il modifie la protéine Spike qui joue un rôle important dans la contamination des cellules par le virus, ce qui le rend inquiétant.

Le variant « nigérian » B.1.1.207

• Identifié en août 2020 au Nigeria
• Peu de données à ce stade, ce variant reste très minoritaire parmi les cas positifs. Il est toutefois considéré comme une forme « notable » et à surveiller par les autorités sanitaires.

On recense sur le continent deux autres variants identifiés mais dont la dangerosité n’est pas encore évaluée : les B.1.1.318 et B.1.620, respectivement détectés en janvier et février 2021.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

L’Afrique face au Covid-19 : la troisième vague accélère

juin 19, 2021

FLAMBÉE. L’OMS a confirmé le 17 juin qu’une troisième vague de Covid-19 était en train de frapper le continent.

L'Ouganda avait impose l'annee derniere des mesures drastiques alors qu'il n'avait enregistre qu'une poignee de cas.
L’Ouganda avait imposé l’année dernière des mesures drastiques alors qu’il n’avait enregistré qu’une poignée de cas. © BADRU KATUMBA / AFP

Àcontre-courant d’une tendance mondiale à la baisse depuis début mai, la pandémie de Covid-19 a accéléré en Afrique pour la cinquième semaine d’affilée. La trajectoire des cas de Covid en Afrique est « très, très inquiétante », a estimé vendredi le responsable des situations d’urgence à l’OMS, le docteur Michael Ryan, avec la diffusion de variants plus contagieux et un taux de vaccination dangereusement bas. Selon les données collectées par l’OMS, il y a eu en Afrique 116 500 nouvelles infections la semaine dernière, soit 25 500 de plus que la semaine précédente.

Le docteur Ryan a souligné que, vu dans son ensemble, le continent ne semblait pas si mal loti, ne comptant que pour un peu plus de 5 % des nouveaux cas enregistrés dans le monde la semaine dernière et pour 2,2 % des décès. Mais dans certains pays les infections ont doublé et elles s’affichent en hausse de plus de 50 % dans d’autres, s’approchant du pic atteint pendant la première vague à l’été 2020. La troisième vague des cas de Covid-19 « s’amplifie et s’accélère » en Afrique avec les variants, avait déjà alerté jeudi le bureau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le continent, en réclamant une augmentation de l’approvisionnement en vaccins.

Des variants plus contagieux

Comme la Dre Matshidiso Moeti, directrice de l’OMS pour l’Afrique, le docteur Ryan a souligné que le continent est beaucoup plus vulnérable parce qu’il a reçu si peu de vaccins anti-Covid, quand l’Europe ou les États-Unis ont des taux de vaccination qui leur permettent de revenir à une vie plus normale avec une baisse spectaculaire des infections et des décès. « La réalité crue c’est que, dans une zone avec de multiples variants plus contagieux et qui ont potentiellement un impact plus fort, nous avons laissé de larges parts de la population et les populations vulnérables en Afrique privées de la protection des vaccins, alors que les systèmes de santé sont déjà fragiles », s’est indigné le docteur Ryan.

La République démocratique du Congo (RDC), la Namibie et l’Ouganda ont enregistré leur plus haut nombre de cas hebdomadaires depuis le début de la pandémie, souligne l’OMS. Selon l’OMS, cette hausse s’explique en grande partie par une météorologie saisonnière plus froide en Afrique australe et la propagation de variants plus contagieux. Le variant Delta, détecté en Inde, a été signalé dans 14 pays africains et les variants Beta et Alpha – identifiés au Royaume-Uni et en Afrique du Sud – ont été trouvés dans plus de 25 pays africains.

L’Ouganda et l’Afrique du Sud prennent des mesures

Le président ougandais Yoweri Museveni a annoncé vendredi de nouvelles mesures de restriction contre l’épidémie de Covid-19, dont la suspension des déplacements à l’intérieur du pays pendant au moins six semaines, alors que le taux de contamination a atteint un niveau record dans ce pays d’Afrique de l’Est. Les pénuries d’oxygène et de médicaments affectaient les hôpitaux alors que les cas quotidiens ont augmenté au cours des trois dernières semaines, passant de 100 à plus de 1 700. « Les hôpitaux sont pleins », a martelé le chef de l’État.

Officiellement pays du continent le plus touché par le virus, l’Afrique du Sud, durement frappée par une deuxième vague fin 2020, redoute depuis plusieurs semaines cette annonce. Quatre des neuf provinces du pays, dont celle du Gauteng, qui englobe Johannesburg ainsi que la capitale Pretoria, étaient déjà considérées fin mai comme touchées par la troisième vague. Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a annoncé fin mai un retour à des mesures plus strictes alors que les admissions à l’hôpital ont augmenté de près de 60 % au cours des deux dernières semaines. L’armée a été envoyée en renfort dans la province de Gauteng, province la plus peuplée – qui abrite la capitale administrative Pretoria et le centre financier de Johannesburg — et actuel l’épicentre de l’épidémie, représentant environ 60 % de la dernière augmentation quotidienne des cas.

La seule solution : vacciner

« C’est le résultat d’une distribution inique des vaccins », a-t-il martelé. C’est particulièrement vrai pour l’Afrique où seulement 1 % de la population est pleinement vaccinée.

L’Afrique avait jusque-là été frappée moins durement par la pandémie que d’autres régions, mais cela ne veut pas dire que cela restera le cas. « Il est totalement prématuré de penser que la prochaine vague en Afrique sera juste une courte pluie et pas une tempête », a dit le médecin. Et d’ajouter : « Je pense qu’il nous faut prendre ce qui se passe en Afrique très, très au sérieux. »

En retard par rapport au reste du monde, l’Afrique du Sud n’a vacciné qu’un peu plus de 1 % de sa population, alors que l’objectif fixé par l’OMS est de vacciner 10 % de la population de chaque pays d’ici à septembre. Largement critiqué pour avoir tardé à se lancer dans la course mondiale à l’acquisition des précieux vaccins, le gouvernement affirme avoir acheté assez de doses pour au moins 45 des quelque 59 millions de Sud-Africains. Cyril Ramaphosa a plusieurs fois dénoncé un « apartheid vaccinal » favorisant les pays riches pour l’accès aux vaccins. L’Afrique du Sud et l’Inde mènent une campagne pour une renonciation aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre le coronavirus, afin que chaque pays puisse produire des doses.

Signe que l’heure est grave, la Tanzanie s’est finalement résolue à rejoindre l’initiative Covax. Depuis le début de la pandémie en effet, le président John Magufuli, décédé le 17 mars dernier, avait adopté une position de défiance face à la pandémie et aux institutions comme l’OMS. Le chef d’État tanzanien minimisait l’impact du Covid-19, affirmant que son pays s’était « libéré du Covid » par la prière, il avait rejeté tout confinement ou mesure, comme le port du masque. Cette situation a entraîné l’augmentation du nombre de cas de contamination. Avec l’arrivée au pouvoir de Samia Suluhu Hassan, le pays a changé de stratégie et veut réagir.

Par Le Point Afrique

Pourquoi le Québec séduit toujours plus d’étudiants africains

juin 15, 2021
L’Université Laval a enregistré une hausse de 60 % de ses contingents d’étudiants africains depuis 2016.

Grâce au soutien de ses établissements universitaires, le Québec attire depuis longtemps les étudiants francophones étrangers, dont beaucoup d’Africains. Et en recueille en retour les fruits.

Cela fait bientôt cinquante ans que le Québec ouvre en grand les portes de ses établissements d’enseignement supérieur aux étudiants du monde entier, notamment francophones. Une destination depuis longtemps appréciée des Africains pour l’accessibilité de ses formations de haut niveau. Au point que le secteur fait partie des cinq piliers identifiés par le gouvernement québécois pour asseoir sa « Vision Afrique », qui doit être dévoilée avant la fin de cette année.

Ils sont chaque année plusieurs milliers à franchir l’Atlantique pour suivre des cycles d’études professionnelles, technologiques ou universitaires, avec l’objectif, diplôme en poche, de rentrer participer au développement économique de leur pays ou de solliciter la résidence au Québec pour intégrer en quelques années un marché du travail en pleine effervescence.

« Pour 2019-2020, nous avons reçu 16 000 demandes de dossiers en provenance de 45 pays d’Afrique pour l’ensemble de nos établissements partenaires », précise Catherine Plasse-Ferland, directrice-adjointe du Pôle régional en enseignements supérieur Capitale-Nationale. Également connu sous le nom de Québec Villes Études, il regroupe depuis 2018 les principales institutions universitaires et d’études supérieures de la province du même nom.

Pénurie de main-d’œuvre

Impulsé par le ministère de l’Éducation québécois, ce regroupement des principaux acteurs de la formation entre dans la stratégie gouvernementale destinée à répondre à la pénurie de main-d’œuvre observée dans de nombreux secteurs économiques de la province, et estimée actuellement à près de 150 000 postes, dont la moitié exigerait un niveau d’étude supérieure.

L’UNIVERSITÉ LAVAL A ENREGISTRÉ UNE HAUSSE DE 60 % DE SES CONTINGENTS D’ÉTUDIANTS AFRICAINS DEPUIS 2016

Une perspective qui suscite un intérêt grandissant ces dernières années chez les bacheliers africains, toujours plus nombreux à venir tenter leur chance au Québec. L’Université Laval, le plus grand établissement francophone d’enseignement supérieur d’Amérique du Nord, particulièrement présent à travers l’Afrique, a enregistré une hausse de 60 % de ses contingents d’étudiants africains depuis 2016.

Même progression dans le réseau des Collèges d’enseignement général et professionnel (Cegep) qui, dans le cursus scolaire québécois, fait le pont entre le lycée et l’université, avec un diplôme équivalent à une première année de licence. Un « animal solitaire » selon Francis Brown Mastropaolo, directeur des affaires internationales de la Fédération des Cegep, « suffisamment agile au niveau des formations proposées pour répondre aussi bien au souhait de spécialisation des doctorants qu’à l’urgence des migrants de s’insérer dans le marché du travail québécois ».

Avec ses 48 collèges, implantés sur l’ensemble du territoire, le réseau des Cegep constitue la porte d’entrée idéale pour les nouveaux arrivants, qui peuvent construire leur parcours en optant pour un diplôme d’études collégiales (DEC) leur permettant de suivre un cursus de niveau universitaire ou pour une attestation d’études collégiales (AEC), dont les formations plus ou moins longues sont censées correspondre au plus près aux besoins constatés en matière de ressources humaines.

C’est notamment le cas des programmes de formation proposés par le Cegep Limoilou, définis avec le concours des chefs d’entreprise de la région et particulièrement pensés pour le public africain. La formule Cegep séduit sur le continent même, puisque les Québécois ont participé à la réforme de l’Institut supérieur d’enseignement professionnel du Sénégal (Isep), lancée en 2013 par le président Macky Sall. Une première expérience a été menée avec succès à Thiès, dupliquée par la suite dans le reste du pays.

Cameroun et Mozambique

Les Cegep disposent aujourd’hui d’une cinquantaine d’accords de coopération (numérisation des formations, développement de l’entrepreneuriat, assistance technique…) en Afrique de l’Ouest, ainsi qu’au Cameroun ou au Mozambique. « Notre approche très professionnalisante orientée sur l’employabilité des personnes commence à être largement reconnue sur le continent », constate Francis Brown Mastropaolo.

AU FIL DES GÉNÉRATIONS, LE QUÉBEC S’EST CONSTITUÉ EN AFRIQUE UN RÉSEAU UNIQUE

D’autres grands établissements, tels que l’École nationale d’administration publique (Enap) et l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), constituent également des voies d’accès privilégiées pour les Africains désireux d’étudier outre-Atlantique. Tous deux accueillent plusieurs centaines d’étudiants africains qui, chaque année, représentent entre 20 % et 25 % de leurs contingents étrangers respectifs.

L’Enap, qui a vu passer sur ses bancs plusieurs milliers d’Africains en près de soixante ans, propose des doctorats et des maîtrises reconnus dans de nombreux pays francophones du continent. Certains cursus ont même été délocalisés sur place, pendant que des modules de formation continue sont également proposés aux administrations locales.

Au fil des générations, le Québec s’est constitué en Afrique un réseau unique qui se densifie à chaque nouvelle promotion. « Quand les étudiants restent, ils rentrent dans la famille. Quand ils repartent dans leurs pays respectifs, ils sont nos meilleurs amis sur place », constate Francis Brown Mastropaolo. Dans un cas comme dans l’autre, le Québec en sort gagnant. Et les étudiants africains qui ont franchi le pas également.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Comment le Québec veut peser en Afrique

juin 13, 2021
Fresque géante, à Montréal, en hommage à Jackie Robinson, premier joueur noir à avoir évolué dans la ligue professionnelle nord-américaine de base-ball, de 1947 à 1956.

Après une année 2020 grippée par le virus, la diplomatie québécoise entend bien être présente à son rendez-vous avec l’Afrique à Djerba. De la présentation de sa stratégie à sa présence au Sommet de l’OIF, elle aura l’occasion de préciser son attachement au continent.

L’année 2021 sera-t-elle celle du passage à l’acte pour le Québec ? Pour cause de pandémie mondiale, les principaux rendez-vous fixés l’an dernier au continent par la diplomatie québécoise n’ont pu avoir lieu. Annoncée mi-2019, la première stratégie africaine depuis longtemps d’un gouvernement québécois est encore dans les cartons du ministère des Relations internationales et le XVIIIe Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), porte-voix sans égal de la province sur la scène extérieure, notamment en direction des pays du continent, a été décalé d’un an pour être reporté à la fin de cette année.

Malgré les aléas du calendrier, le Québec ne pourrait avoir finalement perdu que quelques mois sur son agenda si, comme l’affirme Nadine Girault, la ministre des Relations internationales, la vision africaine québécoise est bien « officiellement lancée au prochain trimestre ». Quelques semaines seulement avant les retrouvailles francophones de Djerba, ce pourrait être une belle occasion pour François Legault, Premier ministre depuis 2018, et son équipe, de « sortir du discours pour montrer concrètement comment il compte engager le Québec auprès de l’Afrique », s’impatiente un fin connaisseur de la diplomatie locale.

Faire entendre sa différence

Bien sûr, cette dernière ne peut opérer que dans les limites imposées par Ottawa, qui garde la haute main sur les relations extérieures de l’ensemble de la fédération canadienne, « mais elle a su faire preuve par le passé de suffisamment d’initiative pour s’en démarquer, notamment en direction du monde francophone », reprend notre expert. Surtout que domine le sentiment d’une certaine négligence du gouvernement canadien à l’égard de l’Afrique depuis l’éviction de Michaëlle Jean du secrétariat général de l’OIF au début de 2019. « Le Canada n’a d’ailleurs pas pu compter sur le soutien des pays africains pour se faire élire au Conseil de sécurité de l’ONU l’année dernière », rappelle notre observateur. Le Québec a donc tout intérêt à profiter des occasions qui se présentent pour faire entendre sa différence.

La province ne dispose évidemment pas de réseaux diplomatiques et d’affaires aussi denses que l’État fédéral. Mais avec 33 bureaux dans 18 pays, dont un certain nombre de délégations générales qui font office de quasi ambassades, elle a tissé sa toile à travers le monde comme seuls quelques Länder allemands ont su le faire. Et le Québec compte poursuivre son effort de représentation à l’étranger, comme semble le confirmer l’augmentation de 5 % du budget général affecté au ministère des Relations internationales en 2020. En Afrique, la province s’appuie sur deux délégations, à Rabat et Dakar, ainsi que sur un bureau à Abidjan. « Leurs missions restent essentiellement économiques », confirme un représentant du ministère.

L’OIF REPRÉSENTE LE PRINCIPAL OUTIL DE LA PROVINCE POUR « EXERCER SON INFLUENCE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE »

L’étendue de leurs mandats est néanmoins suffisamment large pour les autoriser à relayer les différents aspects du soft power québécois sur le continent, en matière de politique migratoire et culturelle ainsi que d’accès à l’enseignement. « Avec nos actions de solidarité internationale, ce réseau de représentations renforce notre positionnement en Afrique », estime Nadine Girault. Qui, pour compléter le trépied permettant de maintenir l’équilibre, cite « l’appartenance du Québec à la Francophonie ». L’OIF représente en effet le principal outil multilatéral dont dispose la province pour « exercer son influence sur la scène internationale », selon les propos de la ministre. Elle s’adresse directement à une audience équivalant à un tiers des membres des Nations unies, ce qui lui permet de tisser des relations bilatérales avec de nombreux pays, en particulier sur le continent.

De l’avis de certains responsables canadiens et québécois, l’OIF devrait pourtant rester concentrée sur les pays francophones, le français étant perçu comme le ciment de l’organisation. Pour ses bailleurs d’outre-Atlantique, la Francophonie doit se recentrer sur ses missions de base – comme le souhaite également le président français, Emmanuel Macron –, et ses pays membres veiller à la bonne gestion financière et administrative de son organisation. Ce qui n’empêche pas l’OIF de chercher à étendre son spectre à des missions plus politiques – observation de processus électoraux, respect de la vie démocratique… sous l’impulsion de Louise Mushikiwabo, sa secrétaire générale. Et sur ce point, là encore, Canadiens et Québécois marquent la même hésitation à voir l’organisation franchir le pas, sans s’y opposer vraiment non plus. Une absence de clarté dans le positionnement qui, du côté québécois, pourrait justement trouver quelques éléments de réponse dans la stratégie africaine à venir. À moins que cette vision ne souligne justement les limites mêmes du périmètre de la diplomatie provinciale en politique extérieure. Montréal pourra toujours se retrancher derrière Ottawa pour masquer un éventuel manque d’ambition en la matière.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

« Les morts du Covid-19 en Afrique seraient trois à quatre fois plus nombreux », selon l’OMS

juin 10, 2021
Des infirmières kényanes montrent à la presse leurs équipements face au Covid-19 au Kenyatta National Hospital de Nairobi, le 6 mars 2020.

Sur le continent, la crise du coronavirus est probablement sous-estimée et a freiné les progrès sanitaires, souligne le dernier rapport statistique annuel de l’OMS. Entretien avec son directeur régional des opérations d’urgence.

La crise du Covid-19 a mis en lumière les difficultés d’accès aux soins de certaines populations. Elle a par ailleurs freiné les grands programmes mondiaux que sont les objectifs de développement durable (dont la santé est un maillon), ainsi que ceux du « triple milliard » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les cinq prochaines années. Ces derniers visent à faire bénéficier un milliard de personnes supplémentaires de la couverture sanitaire universelle (CSU), de mieux protéger un autre milliard face aux situations d’urgence, et de permettre encore à un milliard de personnes d’accéder à un meilleur état de santé et un plus grand bien-être.

L’Afrique n’est pas épargnée pas cette dégradation générale. Malgré une amélioration de l’espérance de vie et le recul d’un certain nombre de maladies, les inégalités ont sur le continent d’importantes conséquences sanitaires, souligne le dernier rapport de l’OMS. Tour d’horizon avec l’épidémiologiste et docteur en informatique sénégalais Abdou Salam Gueye, ancien membre du Centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain et fondateur de l’Institut mère enfant de Kaolack (Imek), qui dirige les opérations d’urgence au bureau régional pour l’Afrique de l’organisation internationale.

Jeune Afrique : Quels défis particulier le Covid-19 a-t-il posé pour l’Afrique ?

Abdou Salam Gueye : Cette pandémie augmente le retard déjà important de l’Afrique en matière d’indicateurs de bonne santé. D’autant plus qu’elle pourrait se prolonger du fait de la faible couverture vaccinale et que la crise économique qu’elle a entrainée risque de réduire la disponibilité des fonds prévus pour la santé. Enfin, les perturbations de chaînes d’approvisionnement persistent dans tous les pays africains, limitant la disponibilité des médicaments essentiels, des diagnostics et des équipements de protection individuelle nécessaires aux agents de santé.  

Les difficultés à récolter des données précises sont pointées du doigt partout dans le monde. Quels sont les obstacles en Afrique ?

Il est urgent de mettre en place des systèmes d’information sanitaire solides, actualisées et fiables, afin d’identifier les lacunes et les inégalités et de prendre des décisions ciblées, efficaces et rentables. Un système d’enregistrement des statistiques de l’état civil qui fonctionne bien est vital à la planification des services et à l’allocation des ressources. Or, en Afrique, moins de la moitié des naissances et seulement 10 % des décès sont enregistrés chaque année. Les causes de décès n’ont été déclarées que dans 8 % des cas enregistrés dans les pays à faible revenus.

LES PERTURBATIONS DES SERVICES DE SANTÉ PERSISTENT À UNE ÉCHELLE CONSIDÉRABLE

De nombreux gouvernements peinent d’ailleurs à établir un décompte précis des décès liés au Covid depuis le début de la pandémie. L’OMS met donc actuellement en place le World Health Data Hub – un guichet unique de collecte, de stockage et d’analyse des données sanitaires mondiales des régions et des États membres. 

Contrairement aux débuts de la pandémie, les cas des décès liés au Covid-19 touchent de plus en plus les pays à bas revenus. L’Afrique est-elle particulièrement concernée ?

Selon les estimations préliminaires de l’OMS, le nombre total de décès excédentaires attribuables au Covid-19 (tant directement qu’indirectement), s’élève à au moins trois millions en 2020, soit 1,2 millions de décès de plus que les 1,8 millions signalés. Cela révèle des lacunes dans les données, qui sont importantes notamment en Afrique. Selon les projections de l’Institut de mesure de la santé de Seattle, aux États-Unis, le nombre de décès dus au Covid-19 en Afrique est trois à quatre fois supérieur aux données rapportées.

Les efforts déployés face au Covid-19 l’ont-ils parfois été au détriment de la lutte contre d’autres fléaux ? 

Les perturbations des services de santé persistent à une échelle considérable. Cela affecte particulièrement la vaccination, la lutte contre les maladies tropicales, la tuberculose, le paludisme, le VIH et les hépatites B et C, la malnutrition, mais aussi le dépistage du cancer et d’autres maladies non transmissibles comme l’hypertension et le diabète ainsi que les soins dentaires urgents. L’accès aux planning familiaux et à la contraception est également touché. La majorité des pays mettent en œuvre des stratégies prévoyant des communications destinées aux communautés, l’identification de priorités (triage), le recrutement de personnel, la réorientation des patients vers d’autres sites de soins.

Pourquoi le continent est-il toujours aussi touché par les maladies infectieuses comme le paludisme, le sida, et la tuberculose ?

Le continent reste loin derrière la moyenne mondiale dans ces trois maladies, malgré des progrès spectaculaires au cours des deux dernières décennies. Par exemple, les progrès dans la lutte contre le paludisme sont au point mort dans la plupart des pays depuis 2014.

L’Afrique compte encore beaucoup d’États fragiles. Or, les États les plus fragiles comptent les deux tiers des cas de paludisme et moins d’un tiers des cas de VIH et de tuberculose. Ils ont pour points communs des régimes autoritaires, de faibles revenus, des conflits armés, des risques naturels et la mobilité de leur population. 

L’Afrique compte toujours le plus bas taux de médecins par habitant (environ 3 pour 10 000) et d’infirmières et sages-femmes (10 pour 10 000) dans le monde. Comment inverser la tendance ? 

L’OMS recommande d’accroître la disponibilité des agents de santé dans les régions éloignées et rurales en améliorant l’attraction, le recrutement et les moyens de conserver ce personnel. Pour garantir un déploiement équitable des agents de santé, il est essentiel de sélectionner les lieux de stage dans les zones rurales mal desservies, d’y dispenser des formations et d’offrir des incitations financières et non financières au personnel affecté dans ces zones.

SEULS 2 % DES ESSAIS CLINIQUES DE VACCINS ONT LIEU SUR LE CONTINENT, DANS TROIS PAYS SEULEMENT

Quelles sont les principales inégalités régionales sur le continent  ?

La pandémie a ouvert les esprits sur la nécessité de développer les capacités de recherche en Afrique face aux grandes maladies prioritaires. Or seuls 2 % des essais cliniques de vaccins ont lieu sur le continent, et la plupart d’entre eux sont réalisés dans trois pays seulement. Ce doit être une des priorités dans les années à venir.

En ce qui concerne l’Index de la couverture sanitaire, l’Algérie est en tête, tandis que Madagascar est à la traîne. Pour ce qui est des taux de mortalité des mères, le Soudan du Sud compte encore 1250 cas pour 100 000 naissances comparé à 53 cas pour les Seychelles, à l’autre bout du spectre. En ce qui concerne l’espérance de vie a la naissance, il y a une différence de plus de 28 ans entre l’Algérie (76,2 ans) et le Lesotho (47,7 ans).    

 L’espérance de vie augmente-t-elle de manière significative sur le continent ?

Des améliorations face à plusieurs maladies transmissibles ou non ont permis des avancées. L’espérance de vie a augmenté de onze ans en moyenne en Afrique entre 2000 et 2019 – les jeunes Malawiens, Rwandais et Éthiopiens ont même gagné plus de vingt ans. Mais bien qu’il ait enregistré les plus grands progrès parmi les régions de l’OMS au cours des deux dernières décennies, le continent comptait toujours l’espérance de vie (64,5 ans) et l’espérance de vie en bonne santé (56 ans) les plus faibles en 2019.

Avec Jeune Afrique par Camille Lafrance

Afrique : Denis Sassou N’Guesso invité à la biennale de Luanda

juin 9, 2021

Le chef de l’Etat Denis Sassou N’Guesso a échangé, le 8 juin, avec  la ministre d’Etat en charge des Affaires sociales de Luanda, Carolina Cerqueira, porteuse d’une invitation du président angolais Joao Lourenço, adressée à son homologue Congolais.

L’invitation concerne la tenue de la biennale de Luanda, deuxième édition du forum panafricain pour la culture de la paix et de la non-violence en Afrique et de la diaspora africaine prévue du 4 au 8 octobre prochain à Luanda, en Angola.

« Nous avons bien voulu apporter ce message au président de la République du Congo, et lui parler de l’organisation de cette réunion aussi importante, de l’engagement de l’Angola par rapport à la paix en Afrique, et surtout  d’une représentation forte de la République du Congo au forum de la paix », a déclaré Carolina Cerqueira au sortir de l’audience.

« Ça sera une occasion pour les sociétés africaines en général, les élites intellectuelles, politiques, la jeunesse, les femmes, pour que nous puissions nous rencontrer et repenser, une fois de plus, la culture de paix pour notre continent », a ajouté la ministre d’Etat angolais.

-Carolina Cerqueira remettant le courrier au président Denis Sassou N’Guesso -Carolina Cerqueira reçue par le chef de l’Etat

La biennale de Luanda est organisée autour de trois axes principaux : le Forum des partenaires alliance pour l’Afrique ; le Forum d’idée des jeunes et des femmes ; et le festival des cultures pour la promotion de la diversité culturelle des pays africains et de leurs diasporas, ainsi que de leur capacité de résilience aux conflits et violences.

Cette année 2021, la deuxième édition de la « Biennale de Luanda – Forum panafricain pour la culture de la paix », qui est réalisée conjointement par l’Unesco, l’Union africaine (UA) et le gouvernement de la République d’Angola, se tiendra dans un format hybride en direct de Luanda. La rencontre sera diffusée au monde entier, fusionnant les événements numériques et physiques.

La deuxième édition du forum panafricain pour la culture de la paix et de la non-violence s’inscrit dans le cadre du plan d’action en faveur d’une culture de la paix en Afrique adopté à Luanda (Angola) lors du Forum panafricain de 2013. Elle fait suite à la décision adoptée en 2015, lors de la 24e session de l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, demandant à la Commission de l’Union africaine d’œuvrer à son organisation, en consultation avec l’Unesco et le gouvernement de la République d’Angola.

L’initiative renforce la mise en œuvre des Objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 des Nations unies, plus particulièrement les objectifs 16 et 17, et des aspirations de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, en particulier: « l’Agenda pour la Paix » et le Projet phare « Faire taire les armes à l’horizon 2020 ».

Le forum participe, par ailleurs, à la mise en œuvre de la stratégie opérationnelle de l’Unesco pour la priorité Afrique (2014-2021) visant à apporter des réponses africaines aux transformations qui affectent les économies et les sociétés africaines.

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba 

L’Afrique grande oubliée de la vaccination, alerte l’ONU

mai 19, 2021

L’Afrique n’a reçu que 2 % de tous les vaccins administrés à l’échelle mondiale, a alerté mercredi l’Organisation des nations unies.

L'Afrique n'a recu que 2 % de tous les vaccins administres a l'echelle mondiale.
L’Afrique n’a reçu que 2 % de tous les vaccins administrés à l’échelle mondiale.© ROBERT BONET / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Le Conseil de sécurité a souligné mercredi, dans une déclaration adoptée à l’unanimité, la nécessité d’accroître l’aide à l’Afrique face à la pandémie de Covid-19, notamment en matière de vaccins, jugeant insuffisante la vaccination de ce continent. « Le Conseil trouve préoccupant que l’Afrique n’ait reçu que 2 % de tous les vaccins administrés à l’échelle mondiale », indique ce texte adopté lors d’une session virtuelle et ministérielle sur la paix et la sécurité en Afrique organisée par la Chine.

« Il faut offrir à toutes et tous, y compris aux plus vulnérables, un accès équitable à des diagnostics, des traitements, des médicaments et des vaccins de qualité, sûrs, efficaces et d’un coût abordable pour lutter contre la Covid-19 », ajoute la déclaration. Le Conseil de sécurité « invite les pays développés et tous ceux qui peuvent le faire à accélérer le don de doses de vaccins sûrs et efficaces aux pays africains qui en ont besoin », précise le texte.

Créer « des conditions plus justes »

« Il faut appuyer davantage les pays africains, en particulier ceux qui sont touchés par un conflit, ainsi que les organisations régionales et sous-régionales, pour permettre à ces pays de se relever de la pandémie et de reconstruire en mieux, de façon à créer des conditions plus justes, plus égales, plus équitables et plus inclusives », indique par ailleurs la déclaration. La semaine dernière, le Centre de contrôle et de prévention des maladies en Afrique (Africa CDC), qui dépend de l’Union africaine, avait espéré une « ouverture » pour l’approvisionnement du continent en vaccins anti-Covid au début du troisième trimestre.

Par Le point avec AFP