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Aérien : pourquoi Brussels Airlines continue de croire à l’Afrique

janvier 9, 2022
La flotte de la compagnie Brussels Airlines, composée de neuf Airbus 330, s’étoffera d’une neuvième appareil en juin prochain. © Aero Pixels/CC/WikimediaCommons

Après avoir relancé ses vols sur le continent en juin 2020, la compagnie belgo-allemande renforce son offre pour résister à la crise et défendre ses positions, notamment face à Air France. 

« Le redémarrage a été assez lent à partir de juin 2020 mais, en 2021, il y a eu une nette progression. Et nous espérons qu’elle sera encore plus élevée en 2022. » Tel est le plan de bataille africain de Brussels Airlines dessiné, malgré l’apparition du variant Omicron du Covid-19, par Philippe Saeys-Desmedt, vice-président chargé des ventes pour l’Afrique subsaharienne de Lufthansa, maison mère de la compagnie belge depuis la fin de 2016.

« Notre clientèle africaine a été la plus résiliente de toutes nos dessertes au niveau mondial », reprend le responsable, aux manettes du transporteur depuis les années 1990 et aujourd’hui à la tête d’une compagnie mise à mal par la pandémie.

Hausse des fréquences

Brussels Airlines a enregistré un chiffre d’affaires (CA) au premier semestre de 2021 en recul de 45 % par rapport à la même période l’année précédente, les résultats pour l’ensemble de l’année 2021 n’étant pas encore disponibles. Sur la même période, le taux d’occupation a diminué de 11,7 points pour s’établir à 60,7 %. En 2020, la compagnie avait réalisé un CA de 414 millions d’euros, en repli de 72 % par rapport à 2019 (où il était de 1,47 milliard d’euros).

Les lignes africaines (17 destinations) représentent plus de 80 % du réseau long-courrier de Brussels Airlines et un tiers de son CA. En 2018, année faste, la compagnie avait transporté 1,2 million de passagers en Afrique, restant derrière Air France.

Pour encourager le rebond anticipé cette année, Brussels Airlines, qui avait dû réduire sa flotte intercontinentale de 10 à 8 appareils en 2020, va récupérer un avion, un neuvième Airbus 330, à partir de juin. La compagnie n’opère ses vols sur le continent qu’avec un seul type d’avion, des A330-300, pour faciliter la maintenance.

LE TRANSPORTEUR A ÉTABLI SIX PÔLES CONTINENTAUX : ABIDJAN, DAKAR, NAIROBI, LAGOS, DOUALA ET JOHANNESBURG

Ce nouvel appareil va lui permettre de rouvrir en zone subsaharienne deux dessertes qui avaient été suspendues en raison de la crise sanitaire : Ouagadougou au Burkina Faso, et Conakry en Guinée, qui seront desservies trois fois par semaine.

Offres premium

En parallèle, la fréquence des vols sur cinq destinations en Afrique de l’Ouest et de l’Est va augmenter. Les villes de Banjul (où Air France a ouvert une liaison en novembre dernier), Lomé, Monrovia et Kigali bénéficieront de cinq vols hebdomadaires quand le vol à destination d’Entebbe sera, lui, quotidien.

Pour gérer l’activité sur le continent, le transporteur a établi six pôles – Abidjan, Dakar, Nairobi, Lagos, Douala et Johannesburg – articulés avec le réseau de deux autres compagnies intégrées au groupe Lufthansa, Swiss et Austrian Airlines. Les différentes zones sont pilotées par des directeurs généraux, le tout chapeauté depuis Bruxelles qui demeure le hub africain.

Sur le plan stratégique, la compagnie entend continuer de se positionner sur tous les segments du marché. Si celui dit VFR (Visit Friends Relatives) est au cœur du plan de reconquête, de nouvelles offres tarifaires premium, notamment des cabines business aménagées comme celles des premières de certains concurrents, sont proposées.

Liaisons vers New York

L’activité cargo, assurée par la maison mère Lufthansa et qui s’est largement maintenue durant la période, restera cruciale en 2022. Kinshasa, destination phare de la compagnie, a retrouvé des couleurs tant sur le créneau business qu’économique, de même que les destinations purement touristiques en Afrique australe comme Victoria Falls au Zimbabwe, Mombasa au Kenya, ou encore Zanzibar en Tanzanie.

Par ailleurs, de nouveaux vols quotidiens Bruxelles-New York (contre une fréquence de quatre par semaine par le passé) doivent permettre d’accueillir des passagers d’Afrique de l’Ouest qui n’ont pas de possibilité de liaisons directes avec les États-Unis.

Avec Jeune Afrique par Baudelaire Mieu – à Abidjan

Gambie : un tribunal africain pour juger Yahya Jammeh ?

janvier 3, 2022
Yahya Jammeh à Banjul © Le dernier meeting de Yayah Jammeh a Banjul. dernier jour de Campagne presidentielle en Gambie © Bangaly Toure pour JA

La justice gambienne réclame officiellement des poursuites contre l’ancien président. À charge maintenant pour son successeur, tout juste réélu à la tête du pays, de mettre la machine judiciaire en marche.

Ses conclusions étaient très attendues. Le 24 décembre, le ministre de la Justice, Dawda Jallow, a rendu public le rapport de la Commission vérité, réconciliation et réparation (TRRC en anglais) et celui-ci resserre encore l’étau autour de Yahya Jammeh. L’autocrate, qui dirigea le pays pendant 22 ans après avoir conquis le pouvoir par un coup d’État, est cité par la justice gambienne comme le responsable de nombreuses exactions commises pendant son régime. Parmi elles, plusieurs crimes contre l’humanité, imprescriptibles.

« L’ampleur des crimes »

Dans ce rapport remis au président Adama Barrow à la veille de l’élection présidentielle du 4 décembre 2021, la TRRC recommande des poursuites à l’encontre du fantasque Jammeh, qui avait mis en place un système autoritaire basé sur la terreur et l’impunité. Aux côtés de près de 70 personnes, dont deux sont aujourd’hui décédées, il est présenté comme le principal responsable de certains crimes commis entre juillet 1994 et janvier 2017. « Avant même de débuter nos enquêtes, nous savions que Jammeh, en sa qualité de dirigeant, était en grande partie responsable des atrocités perpétrées à cette époque, explique le secrétaire exécutif de la TRRC, Baba Galleh Jallow. Mais nous ignorions l’ampleur des crimes en question. »

Après avoir entendu 393 témoins, victimes et ex-membres des escadrons de la mort au cours d’auditions publiques, et au terme de deux ans et demi d’enquête, la commission a conclu que Yahya Jammeh était responsable de détentions extrajudiciaires, d’actes de torture et d’assassinats visant des opposants ou des journalistes. L’ancien président a également été reconnu coupable du viol de plusieurs personnes, dont l’ancienne reine de beauté Fatou « Toufah » Jallow, qui l’avait cité dans son témoignage.

SI YAHYA JAMMEH EST EFFECTIVEMENT POURSUIVI POUR DES CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ, IL PEUT ÊTRE ARRÊTÉ ET JUGÉ PARTOUT DANS LE MONDE

Celui qui se définissait comme un « dictateur du développement », convaincu d’avoir trouvé le remède contre le sida, a aussi été reconnu coupable de la mort de 41 malades ayant reçu un faux traitement contre le VIH – des actes de violences sexuelles faisaient partie de ce « remède miracle ».

Une cour basée à Dakar ?

« Si Yahya Jammeh est effectivement poursuivi pour des crimes contre l’humanité, cela signifie qu’en vertu du principe de juridiction universelle, il peut être arrêté et jugé partout dans le monde », insiste Baba Galleh Jallow. Dans son rapport, la TRRC estime que la « meilleure option » serait la création d’une cour hybride, soutenue par la Cedeao ou l’Union africaine, et basée à Dakar. Proche de la Gambie et donc des preuves, le Sénégal dispose également des infrastructures nécessaires depuis la mise en place des Chambres africaines extraordinaires qui avaient jugé et condamné le Tchadien Hissène Habré.

Une telle option « est susceptible de recevoir plus de soutien international », juge la commission, et comporte moins de risques d’instabilité. « Le retour [de Jammeh à Banjul] est un véritable risque pour le pays. Il a encore énormément de soutiens ici », rappelle Baba Galleh Jallow.

Des soutiens qui ont donné de la voix à la veille de la présidentielle, lorsque l’ancien dirigeant a opéré un retour sur la scène politique gambienne. Depuis la Guinée équatoriale, où il vit en exil depuis 2017, il s’est en effet prononcé contre l’accord électoral conclu entre son parti et celui de son successeur. Et sa réaction a été si vive qu’elle a provoqué la scission de sa formation politique. « Si Jammeh avait fait partie de cette alliance électorale, il aurait été plus compliqué pour l’exécutif de mettre en œuvre nos recommandations, se réjouit Baba Galleh Jallow. En se retirant de l’accord, il facilite les choses. »

Demandes d’amnisties

Le président et son ministre de la Justice doivent remettre avant le 25 mai 2022 un livre blanc qui définira leur stratégie pour mettre en œuvre les recommandations de la TRRC. Un professionnel gambien et un expert international recruté pour l’occasion feront partie d’une « task force » destinée à en dessiner les contours. La TRRC a également soumis au président une série de conseils pour réformer et renforcer le système judiciaire ainsi que les forces de sécurité, et enclencher le processus de réparation à destination des victimes.

CERTAINS POURRAIENT-ILS PASSER ENTRE LES MAILLES DU FILET MALGRÉ LA GRAVITÉ DES CRIMES QUI LEUR SONT REPROCHÉS ?

Avant de définitivement cesser ses travaux, la commission devra s’atteler à une dernière – et épineuse – tâche : étudier les demandes d’amnisties des personnes nommées dans son rapport. Selon le ministre de la Justice, toute personne citée qui aurait témoigné devant la TRRC « sans rien omettre de sa responsabilité dans des violations de droits humains » et « exprimé du remords » dispose d’une période de deux semaines pour faire une demande d’amnistie. Plusieurs requêtes ont déjà été déposées, mais les responsables présumés de crimes contre l’humanité ne peuvent, a priori, pas bénéficier d’une telle mesure.

Certains pourraient-ils passer entre les mailles du filet malgré la gravité des crimes qui leur sont reprochés ? À Banjul, les regards sont braqués sur Saul Badji, ex-commandant de la garde présidentielle et pilier de l’ancien régime. Ce proche de Jammeh est revenu en Gambie au lendemain de la présidentielle du 4 décembre. Un timing qui interroge. « C’est inquiétant que des soldats exilés aux cotés de Jammeh en Guinée équatoriale soient revenus juste après la réélection d’Adama Barrow », observe une source proche de la commission, qui rappelle que Saul Badjie a été « directement mis en cause dans plusieurs exécutions extrajudiciaires, dont le meurtre brutal de deux hommes d’affaires américano-gambiens ou dans l’exécution de neuf prisonniers ».

En dépit de ces inquiétudes, le monde de la justice espère que le travail colossal établi par la TRRC créera un précédent dans les mécanismes de justice transitionnelle. L’avocat américain Reed Brody évoque un modèle « historique » et salue l’effort de « transparence » du ministre de la Justice qui a choisi de rendre public la totalité du rapport. « La mise en place de cette commission a requis énormément de préparation et un soutien financier conséquent, conclut Baba Galleh Jallow. En nous inspirant des autres mécanismes de justice transitionnelle dans le monde, nous avons créé un modèle Gambien qui fera date. »

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Aérien : le Boeing 737 MAX redécolle en Afrique

décembre 31, 2021

Un appareil d’Ethiopian Airlines. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Ethiopian Airlines a annoncé la remise en service de ses appareils à partir de février 2022. Le Maroc, le Kenya et le Nigeria ont déjà donné leur feu vert à la reprise des vols des 737 MAX, cloués au sol depuis mars 2019.

La reprise des vols des Boeing 737 MAX en février 2022 chez Ethiopian Airlines, annoncée le 28 décembre, est très symbolique. Pour rappel, ceux-ci étaient suspendus depuis le crash, le 10 mars 2019, de l’un des trente 737 MAX (dorénavant appelés 737-8) qui composent la flotte de la compagnie nationale éthiopienne. L’avion s’était écrasé six minutes après son décollage de l’aéroport d’Addis-Abeba à cause d’un défaut de conception des commandes de vol, ce qui avait coûté la vie à 159 personnes.

Au total, le 737 MAX a fait 505 victimes puisque, quelques mois auparavant, la compagnie indonésienne Lion Air avait elle aussi enregistré des pertes humaines après un crash similaire. Deux graves évènements ayant entraîné l’immobilisation au sol de tous les monocouloirs Boeing à travers le monde.

Suspension de 35 mois

C’est donc après une période de 35 mois, ponctuée de revues complètes, de mesures correctrices exigées par les autorités de l’aviation civile et de formations pointues des pilotes, que cet avion spécialement fabriqué pour les liaisons moyens-courriers reprendra du service.

« Nous avons pris le temps nécessaire au contrôle des travaux de modification de la conception et suivi un rigoureux processus de recertification de plus de 20 mois. Nous nous sommes aussi assurés que nos pilotes, ingénieurs, techniciens et personnels de cabine aient confiance en la sécurité de la flotte », a souligné Tewolde Gebremariam, le patron d’Ethiopian, compagnie membre de Star Alliance.

Depuis leur base d’Addis-Abeba Bole, les 737-8 (qui accueillent 16 passagers en classe affaires et 144 en économie) desserviront les aéroports du Caire en Égypte, d’Enugu au Nigeria, d’Entebbe en Ouganda,  de Khartoum au Soudan, de Moroni aux Comores, de Nosy Be à Madagascar, d’Istanbul en Turquie et de Mahé aux Seychelles.

Une autorisation mondiale

L’avion a d’abord retrouvé son autorisation de vol en novembre 2020 aux États-Unis, grâce au feu vert de la Federal Aviation Administration (FAA), et au Brésil (après vérifications de l’Autorité nationale de l’aviation civile – Anac), puis au Canada (Transport Canada) en décembre 2020 et, en janvier 2021, en Europe (Agence européenne de la sécurité aérienne – EASA) ainsi qu’aux Émirats arabes unis (General Civil Aviation Authority – GCAA).

L’approbation des régulateurs africains a suivi entre février et novembre 2021, d’abord de la part de l’Autorité de l’aviation civile kényane (KCAA), puis de l’autorité nigériane (NCAA), imitée ensuite par la Direction générale de l’aviation civile du Maroc (DGAC) et l’autorité mauritanienne (Anac).

Depuis décembre 2018, Royal Air Maroc (RAM) a reçu deux des quatre 737-8 attendus (CN-MAX et CN-MAY). Kenya Airways, quant à elle, possède huit 737 MAX, les transporteurs nigérians Arik Air, Air Peace et la jeune compagnie Green Africa Airways en ayant respectivement commandé huit, dix et 100 (dont 50 en option). Le PDG de cette dernière, Babawande Afolabi, a déclaré qu’il « prévoyait de déployer jusqu’à 15 avions d’ici 2022 et d’ouvrir, en plus de Lagos, deux à trois bases au Nigeria au cours des 18 prochains mois afin de connecter plus de villes avec des tarifs abordables ».

Le Boeing 737 MAX présente, selon son constructeur, de nombreux avantages par rapport à ses prédécesseurs et aux appareils de la concurrence, avec « un coût d’exploitation par siège inférieur de 8 % à celui de l’A320neo d’Airbus et une autonomie supérieure à 7 130 kilomètres par rapport au 737 MAX 7 [son prédécesseur] ».

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Ce jour-là : Senghor quitte le club des chefs d’État

décembre 31, 2021
Léopold Sédar Senghor, dans sa propriété de Verson, près de Caen (Normandie), en août 1981. © Pascal Maitre/Jeune Afrique

Le 31 décembre 1980, Léopold Sedar Senghor annonçait sa démission. Comment ses homologues africains avaient-ils à l’époque réagi au départ volontaire du premier président du Sénégal ? Un éditorial signé Siradiou Diallo.

En Afrique, peu de gens croyaient à une démission volontaire du président Senghor. « Vous verrez, il ne cherche qu’à amuser la galerie… » Malgré les fuites plus ou moins calculées qui, entre août et décembre 1980, se développèrent à différents niveaux, l’opinion demeurait étrangement sceptique.

L’incrédulité n’était pas le seul fait des masses ou des intellectuels. Elle se retrouvait au niveau des responsables politiques. Plus exactement, jusqu’au sommet des États. « Vous croyez à ce conte de fées imaginé par un poète ? », nous demandait en septembre un chef d’État. Et, sans attendre notre réponse, il partait d’un grand éclat de rire ! Notre interlocuteur était si convaincu que Senghor faisait une farce que nous ne cherchâmes nullement à le dissuader.

Vibrant témoignage

Depuis, les rires sarcastiques ont fait place à la surprise d’abord, à l’embarras ensuite, pour finir par une profonde furie du pouvoir. Certes des chefs d’État sont parfois sortis de leur rêve éveillé pour envoyer des messages de sympathie à l’ex-président sénégalais. Au Maroc, il a reçu un vibrant témoignage d’admiration de Hassan II. Le président Moussa Traoré, du Mali, a exprimé sa « profonde admiration pour cette élévation de pensée rare et cette marque de grandeur qui honore l’Afrique ».

Mais, dans l’ensemble, nos chefs d’État ont mal accueilli le scénario de sortie conçu et joué par leur ancien collègue. Certains, parce qu’il ne les a pas tenus informés. Cas du président Houphouët-Boigny, qui a espéré jusqu’au dernier moment que son vieil ami Senghor ne quitterait pas ainsi la magistrature suprême sans qu’ils en aient parlé ensemble. Ne serait-ce, ajoute leader ivoirien, qu’à cause des lourdes responsabilités que nous avons tous les deux assumées sur la scène politique africaine.

Or le leader sénégalais ne s’est ouvert de son projet qu’à deux ou trois de ses homologues africains. C’est le président Valéry Giscard d’Estaing, lui-même informé seulement fin novembre, qui a pris sur lui de répercuter la nouvelle auprès de ses amis africains. Mais, par-delà ces considérations d’ordre protocolaire, c’est surtout la valeur d’exemple de la décision qui dérange les dirigeants du continent. Déjà le multipartisme sénégalais, qui a de fortes chances d’être élargi sous l’impulsion d’Abdou Diouf, en agace plus d’un. Car, affirment ces derniers, le « multipartisme n’est pas d’essence africaine, c’est une copie des systèmes politiques européens » ! Comme si le parti unique, lui, était authentiquement africain…

En vérité, nombre de nos chefs d’État craignent que l’exemple de Senghor ne donne des idées à leurs « sujets” plus ou moins résignés jusque-là à les voir quitter la scène de façon brutale. Ils redoutent l’effet de comparaison ou les risques de contagion. C’est pourquoi certains ont parlé de « trahison » de Senghor. Entendant par là que l’homme d’État n’a pas respecté les lois du club qui, en bien des points, ressemblent à celles du « milieu » : garder non seulement le secret, mais le pouvoir, coûte que coûte. Ne serait-ce que pour avoir brisé le tabou, Senghor mérite des félicitations. Il est vrai qu’en quittant le pouvoir il ne risque pas de tomber dans le chômage moral et intellectuel. Ce qui n’est malheureusement pas le cas de la plupart de ceux qui se trouvent soudain écartés du devant de la scène en Afrique.

Avec Jeune Afrique

Rama Yade : « Sa grandeur, la France la tient de son influence en Afrique »

décembre 18, 2021
Rama Yade, ancienne secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme (de 2007 a 2009), à Paris, le 10 avril 2019. © Vincent Fournier/JA

Depuis Washington, l’ex-secrétaire d’État chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme sous Nicolas Sarkozy conserve un regard affuté sur les débats qui animent la campagne présidentielle française.

Passée par l’Union pour un mouvement populaire (UMP), le Parti radical et l’Union des démocrates et indépendants (UDI), elle a mis ses convictions à l’épreuve du pouvoir. L’ancienne secrétaire d’État sous Nicolas Sarkozy s’est démarquée par sa liberté de ton, dénonçant par exemple l’accueil en grande pompe de Mouammar Kadhafi à Paris en 2007, ou soutenant des squatteurs en passe d’être évacués à Aubervilliers.

Ex-aspirante à l’élection présidentielle, elle avait fini par créer son propre mouvement « La France qui ose », en 2017, mais n’était pas parvenue à rassembler le minimum requis de 500 parrainages d’élus pour se présenter. Très critique envers les contradictions de la droite française dans laquelle elle s’ancre pourtant, elle a récemment fait polémique en dénonçant l’abandon de l’antiracisme dans le camp républicain ou en comparant la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale à une « micro-agression ».

Installée à Washington en tant que directrice Afrique du think tank Atlantic Council, elle ne perd pas de vue les enjeux et jeux de pouvoir de l’Hexagone, et n’exclut pas de se remonter sur le ring politique. Candidature de Zemmour, migrations, islam, rapport de la France à l’Afrique… Rama Yade revient pour Jeune Afrique sur les débats qui animent la campagne présidentielle française.

Jeune Afrique : La candidature d’Éric Zemmour à la présidentielle de 2022 est sous le feu des projecteurs. Que raconte son ascension ?

Rama Yade : Lui-même dit que c’est la baisse des standards et du niveau politique. Cela fait déjà quelques années que le débat se concentre sur les migrants, nouvelle expression qui couvre les immigrés et les réfugiés, sous l’angle de la menace.

A contrario, la question des banlieues, par exemple, a disparu de l’espace public. Ces évolutions et l’obsession identitaire sont la conséquence d’une impuissance politique sur tout le reste : pouvoir d’achat, réindustrialisation du pays, climat… Il profite de ce désordre pour s’imposer, en incarnant une espèce de pessimisme, sans perspectives. C’est dangereux, car ceux qui commencent par s’attaquer aux minorités finissent par s’en prendre à la démocratie.

Comment aborder le sujet de l’immigration plus sereinement ?

Le « grand remplacement » n’existe pas. Qui représenterait la menace ? Les Africains ? On sait que l’Afrique est sous-peuplée et que les Africains migrent d’abord chez eux, à 60 % dans les pays voisins sur le continent. Ce sont des données réelles, mais cela fait trente ans qu’on répète l’inverse. À partir de ces mensonges, on élit des gens, on change la vie politique française et le destin du pays.

IL FAUT DÉSORMAIS S’EXCUSER DE LUTTER CONTRE LES DISCRIMINATIONS OU LE RACISME

Vous avez évoqué la « trahison des républicains qui n’ont pas conservé l’antiracisme au cœur de leur logiciel ». Comment expliquer ce glissement ?

Je parlais des républicains en général, avec un petit « r ». Il n’y a rien de plus républicain que « Black Lives Matter » ou « Me Too », qui poursuivent le combat pour l’égalité des droits. Qu’y a-t-il d’honteux à cela ? Il faut désormais s’excuser de lutter contre les discriminations ou le racisme, sujets qu’on pensait devenus consensuels. Ces fameux républicains étaient censés incarner ce combat. Peut-être ont-ils peur que le mouvement pour l’égalité menace leur position, c’est un révélateur de l’hypocrisie de leurs engagements.

Comment espérez-vous que les présidentiables se saisissent du sujet ?

Le débat tourne plutôt autour de la manière dont on peut éviter d’en parler. Les autres candidats n’en parlent pas. Ils ont peur de perdre des voix, car ils considèrent que le pays adhère aux idées de Zemmour ou de Le Pen. C’est aberrant ! Des histrions médiatiques font passer les Français pour des racistes. Ce décalage, entretenu par des idées rances, affaiblit notre pays sur la scène internationale. La France n’est pas seulement la cinquième puissance mondiale nucléaire, c’est son rayonnement culturel et la force de ses idées qui lui valent sa singularité.

Votre comparaison de la statue de Colbert devant l’Assemblée Nationale à une « micro-agression » a fait polémique, comment adresser cette question en France ?

Il ne faut surtout pas les détruire, on n’en apprendrait rien. Je veux qu’on arrête de les célébrer à chaque coin de rue, qu’on les mette dans des musées et qu’on les enseigne pour les mettre en perspective.

On nous dit de ne pas mélanger mémoire et Histoire, mais ce n’est pas l’Histoire qui a amené Colbert devant l’Assemblée, c’est une décision politique. L’enlever, c’est reconnaître le rôle de la France et de ses grands hommes dans un crime abominable. 

EN MATIÈRE DE LAÏCITÉ, LA FRANCE DEVRAIT S’INSPIRER DU SÉNÉGAL

La place de l’islam est aussi au cœur de la campagne. Comment défendre la laïcité sans sombrer dans l’islamophobie ?

En matière de laïcité, la France devrait s’inspirer du Sénégal. Dans une même famille, on peut y trouver un curé et un imam, dans un même pays un président catholique et une population majoritairement musulmane. Enfant, à Dakar, j’allais la journée à l’école catholique chez les sœurs de l’Immaculée conception et le soir à l’école coranique. Et j’ai un enfant à moitié juif. Quel autre pays que le Sénégal est capable de faire cela ?

Que pensez-vous du rapport actuel de l’État français à l’Afrique ?

Avec le recul géographique, je me rends davantage compte que l’empreinte de la France en Afrique reste forte. Je le vois dans l’attitude d’alliés, qui n’hésitent pas à s’en remettre à elle quand il s’agit de certains pays du Sahel par exemple.

J’observe aussi que la fameuse grandeur de la France, sa singularité, la France la tient surtout de cette influence en Afrique. Plus que je ne le pensais.

C’est à la fois une force, via la francophonie notamment. Combien de pays peuvent se targuer d’un tel legs ? Mais c’est aussi une vulnérabilité. Pourquoi les élites françaises ne font-elles pas plus pour préserver un tel atout en travaillant à gagner plus de popularité auprès des opinions ? Tous les discours électoraux qui présentent l’Afrique comme une menace sont incompréhensibles. D’autant plus que le siècle qui vient sera africain.

Vous avez quitté la scène politique. Y a-t-il des partis ou des candidats dans lesquels vous vous reconnaissez encore ? 

Je ne l’ai pas quittée, parce que j’aime passionnément la politique. Je fais un break. J’aime beaucoup travailler à imaginer le monde de demain et tenter d’influencer le cours des choses. C’est ce que font les think tanks de Washington. C’est très puissant. On apprend où se trouvent les vrais leviers du pouvoir à l’échelle mondiale.

Avec Jeune Afrique par Camille Lafrance

Agence française de développement : Christian Yoka à la direction du département Afrique

décembre 4, 2021

Passée sous silence, la nomination du Congolais Christian Yoka au poste de directeur du département Afrique de l’Agence française de développement ( AFD) a été annoncée le 6 juillet dernier par Rémy Rioux, directeur général du groupe AFD.

Christian Yoka

Christian Yoka / AFD

En remplacement de Rima Le Coguic, nommée directrice exécutive adjointe d’Expertise France chargé des opérations de la future filière d’expertise technique du groupe AFD, Christian Yoka, vingt ans après avoir intégré cette agence et ancien directeur régional pour l’Afrique de l’est depuis août 2018, dispose d’une longue expérience de terrain sur le continent africain.

Avant d’être à la tête de cette direction régionale comptant une dizaine de pays, il fut directeur régional pour le Cameroun, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale entre 2016 et 2018 et auparavant directeur régional pour l’Éthiopie, le Soudan, le Sud-Soudan, l’Érythrée et la Somalie, de 2013 à 2016. Il fut également directeur de l’AFD en République démocratique du Congo, de 2009 à 2013.

Il a pris les rênes du département Afrique, qui représente à lui seul plus de 40 % des engagements de l’Agence. C’est le premier dirigeant d’origine subsaharienne nommé à ce poste désormais à la tête d’un pôle composé de cinq cents personnes.

À propos du cursus du Congolais, notons qu’il est juriste de formation, diplômé d’un DESS en droit et fiscalité de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne et d’un master en droit bancaire et financier de l’Université de Boston. 

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Turquie : « Un tiers de notre aide au développement est consacré à l’Afrique »

décembre 3, 2021
Serdar Çam, le vice-ministre turc de la Culture et du Tourisme. © Tika

L’Agence turque pour la coopération et le développement (Tika) compte 22 bureaux sur le continent et multiplie les projets. Entretien avec Serdar Çam, qui en tant que vice-ministre de la Culture chapeaute cette institution.

Ingénieur chimiste diplômé de la prestigieuse université Odtü (Ankara) et docteur en management (université de Boston), Serdar Çam a présidé l’Agence pour la coopération et le développement (Tika) de 2011 à 2019. Aujourd’hui vice-ministre de la Culture et du Tourisme, il chapeaute plusieurs organismes liés au soft power turc, dont la Tika, qui depuis sa création, en 1992, a conduit plus de 30 000 projets dans 170 pays. La Tika compte 850 employés et 62 bureaux, dont 22 en Afrique.

Jeune Afrique : Quels sont les objectifs de la Tika en Afrique ?
Serdar Çam : Partager nos valeurs et notre expérience, faire bénéficier les pays du continent de nos succès économiques. Nous avons surmonté de nombreuses difficultés et beaucoup appris ces quarante dernières années. Nous avons aussi aidé les pays turcophones d’Asie centrale après l’effondrement de l’URSS. Nos capacités étaient néanmoins limitées. Mais, depuis que Recep Tayyip Erdogan a accédé au pouvoir, en 2002, la Tika est devenue un acteur important de l’aide au développement. Sa caractéristique : soutenir les économies fragiles, sans marchandage ni contreparties.

Quels sont vos domaines d’action ?
Nous avons lancé des milliers de programmes dans tous les secteurs : éducation, santé, agriculture, industrie, développement durable, aide aux mères et aux enfants, promotion des femmes… Chaque année, 5 000 experts turcs, dont un tiers en Afrique, sont engagés dans des actions de formation.

À MOGADISCIO, NOUS AVONS CONSTRUIT L’HÔPITAL LE PLUS GRAND ET LE PLUS MODERNE DU CONTINENT

De quel budget disposez-vous ?

Il varie en fonction des besoins. Lors de la Quatrième Conférence de l’ONU sur les pays les moins avancés, qui a eu lieu à Istanbul en 2011, la Turquie s’était engagée à fournir 2 milliards de dollars sur dix ans à ces 48 États, dont 35 sont africains. Elle a tenu sa promesse. Aujourd’hui, un tiers de notre action est consacré à l’Afrique.

Quelle est votre approche ?
Elle consiste à demander aux pays quels sont leurs besoins et à leur donner ce qu’ils jugent nécessaire. Et cela, ils le savent mieux que nous. Selon les cas, cela peut être des infrastructures, de la formation pour les agricultrices, ou des écoles, car l’illettrisme est un frein au développement et un terreau pour le terrorisme.

Avez-vous des pays cibles ?
Nous veillons à être actifs partout. Dans les pays où nous n’avons pas de bureau, nous agissons depuis notre siège, à Ankara, ou depuis notre bureau régional le plus proche.

Quelles sont vos plus grandes réussites ?
Je pourrais évoquer celles qui ont mobilisé les plus gros budgets. Mais certaines, sans représenter des montants élevés, contiennent une forte charge émotionnelle. Au Ghana, nos médecins ont appareillé une quarantaine d’enfants profondément sourds. Ils peuvent aujourd’hui parler, et sont scolarisés. À Mogadiscio, nous avons construit et faisons fonctionner l’hôpital le plus grand (200 lits) et le plus moderne du continent.

Nous avons également construit, équipé ou rénové des hôpitaux, des centres médicaux, des écoles ou des Parlements, notamment au Bénin, en Gambie, en Libye, au Mali, au Niger, au Soudan et au Tchad. Et restauré des monuments ottomans, comme la mosquée Ketchaoua, à Alger, le consulat d’Harar, en Éthiopie, le musée et le palais du sultan Ali Dinar, au Soudan.

NOS ÉCHANGES AVEC CERTAINS PAYS ONT ÉTÉ DÉCUPLÉS

Quelles différences présentez-­vous avec les autres agences de développement ?
Sur le plan technique, il y en a peu. C’est notre approche politique qui est différente. Nous ne faisons pas comme certains États dont les banques prêtent de l’argent à des pays et qui, lorsque ces derniers ne peuvent plus rembourser, prennent le contrôle de pans entiers de leur économie.

Cela étant, nous sommes conscients que ce qu’il se passe dans d’autres parties du monde peut avoir des conséquences pour nous. Lutter contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest, par exemple, peut avoir un impact sur la France ou sur la Turquie. Cette dernière est un bon partenaire pour l’Union européenne (UE). Nous pouvons être concurrents dans une certaine mesure, mais, sur le plan global, nous pouvons aussi agir et, pourquoi pas, travailler ensemble.

Votre aide n’est pas forcément désintéressée…
Bien sûr, toute action positive suscite l’amitié. Nos échanges avec certains pays ont été décuplés sans que nous n’ayons rien calculé. Lors d’une visite du président Erdogan en Afrique du Sud, un homme d’affaires m’a demandé au déjeuner  : « Quelles sont vos attentes en Somalie ? » « Voir cesser la mortalité infantile », lui ai-je répondu. La première dame, Emine Erdogan, avait tenu dans ses bras un bébé, qui est mort peu après – les médecins du président n’avaient pu le sauver. Cela nous avait beaucoup remués. Nous aurions pu ouvrir notre premier bureau au Mozambique, qui possède les deuxièmes réserves de gaz du continent, mais non : nous aidons les plus pauvres et voulons montrer qu’on peut réussir à aider des États faillis.

L’AFRIQUE EST LE LIEU OÙ LA TURQUIE ET L’UNION EUROPÉENNE PEUVENT TROUVER DES COMPROMIS

Êtes vous favorables à des initiatives conjointes avec d’autres organismes d’aide au développement ?

Nous sommes toujours ouverts à d’autres collaborations, sans restrictions, que ce soit avec l’ONU, le Pnud, l’USaid, etc. Depuis près de sept siècles la Turquie est tournée vers l’Europe. Elle est très importante pour l’UE, les politiciens qui ne veulent pas que nous l’intégrions devraient le comprendre. L’Afrique est un continent essentiel, où la Turquie et d’autres pays européens peuvent mener des projets conjoints, avec de nouvelles approches, de nouveaux programmes. Nous devons nous tourner vers l’avenir. Justement, l’Afrique est le lieu où l’on peut trouver des compromis.

Travaillez-vous avec le secteur privé ?

Bien sûr, indirectement. Pour de gros projets, tels que des programmes techniques ou scientifiques, nous travaillons avec des ministères et autres institutions étatiques, mais nous nous appuyons aussi sur des universités ou sur des organisations techniques appartenant au secteur privé. En lançant des appels d’offre nous transférons la mise en œuvre de nos programmes au privé. Et, par ailleurs, des donateurs nous aident pour des projets spécifiques.

Avec Jeune Afrique par Joséphine Dedet

Climat : ce que l’Afrique attend de la COP26

novembre 1, 2021
Une manifestation pour la justice climatique à Johannesbourg, en Afrique du Sud, le 20 septembre 2019. © AP Photo/Themba Hadebe

Alors que la COP26 ouvre ses portes au Scottish Event Campus de Glasgow et qu’un sommet des chefs d’État doit se tenir les 1er et 2 novembre, le continent attend plus que jamais un engagement des pays riches pour financer sa réponse au changement climatique.

Payer pour polluer, être « récompensé » si on ne pollue pas ou peu, financer la transition de ceux qui ont le moins de ressources, tenir ses promesses en termes de limitation du réchauffement climatique… Autant d’exigences qui, de manière prosaïque, résument les attentes du continent africain à la 26e conférence des Nations unies sur le changement climatique, qui s’est ouverte ce dimanche 31 octobre à Glasgow, en Écosse.

Et c’est bien parce que l’Afrique ne joue qu’un rôle mineur dans le changement climatique de la planète que la question des mesures d’adaptation pour en limiter l’impact est centrale pour le continent. Celui-ci représente en effet 20 % de la population mondiale, mais n’est responsable que de 3 % des émissions de CO2.

Or, de manière inique, en l’absence d’un changement commun de trajectoire, l’Afrique devrait être la plus touchée par ces bouleversements d’ici les deux dernières décennies de ce siècle, avec notamment l’accentuation des phénomènes de sécheresse, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec).

Pour rappel, l’Accord de Paris a fixé une trajectoire claire en termes de réduction mondiale des émissions carbone liées à l’activité humaine (plus de 50 milliards de tonnes environ par an) : d’ici à 2030, une réduction de 50 % des émissions ; d’ici à 2050, la neutralité carbone, autrement dit, ce qui n’a pas pu être éliminé doit être compensé. C’est cette feuille de route qui devrait permettre, selon les termes de l’accord, de limiter la montée des températures à 2 degrés ou 1,5 degré. Et, c’est cette trajectoire à laquelle le continent africain souhaite que les parties prenantes se tiennent, tout en approfondissant leurs engagements.

  • Financer l’adaptation

L’article 6 de l’Accord de Paris, adopté à la suite de la COP21 en 2015, a posé les bases d’un mécanisme de marché concernant les émissions de carbone. Six ans plus tard, alors que la COP26, prévue en 2020, a été reportée d’un an en raison de la pandémie de Covid-19, l’heure est au bilan d’étape et à la finalisation de ce mécanisme.

Pour le continent africain, les questions de la définition d’un prix du carbone et des contours du fonds d’adaptation sont deux points majeurs parce qu’ils doivent permettre de définir comment financer son évolution. L’Afrique ne représentant que 3 à 4 % des émissions mondiales de CO2, réduire ses émissions de 50 % d’ici à 2030 ne conduira qu’à une baisse de 2 % environ des émissions totales. « Le continent n’a qu’un intérêt modéré à revendre ses émissions et n’obtiendra pas beaucoup de crédit carbone », reconnaît Tanguy Gahouma, président du Groupe africain de négociateurs sur le changement climatique à la COP26, interrogé par JA.

LA QUESTION QUI SE POSE À L’AFRIQUE C’EST COMMENT OPÉRER DES CHOIX DE DÉVELOPPEMENT SOBRE OU NUL EN CARBONE

Pour le scientifique gabonais à la tête des négociateurs africains, l’enjeu consiste surtout à pousser les pays développés à aller plus loin. L’Afrique réclame une taxe sur chaque transaction d’échanges de crédits entre un pays ou une entreprise qui a besoin de compenser ses émissions et un ou une autre qui a des crédits carbones à revendre. « Cette taxe devra participer au financement de l’adaptation », poursuit-il. Et elle aurait vocation à être domiciliée dans un fonds d’adaptation dédié.

Enfin, pour se protéger des effets néfastes du dérèglement climatique sur son territoire et investir dans une industrie plus résiliente, l’Afrique a tout à construire. Il lui faut engager une trajectoire vertueuse sans suivre les mêmes erreurs que les pays industrialisés. « La question qui se pose au continent, c’est comment opérer des choix de développement sobre ou nul en carbone et résilient sur le plan climatique », défend auprès de JA Youba Sokona, le vice-président du GIEC.

  • Transparence sur les efforts climatiques

Si le premier point appelle une négociation serrée au niveau politique, entre les participants de la conférence des chefs d’État du 1er et du 2 novembre, celui relatif à l’adaptation climatique consiste davantage en une négociation technique entre les parties prenantes.

Il recouvre notamment le volet de l’adoption d’un cadre commun pour les contributions déterminées au niveau national (les fameuses NDC). Un sujet d’attention majeur pour le continent puisqu’en la matière les pays ne sont pas tous alignés en termes d’objectifs d’émissions : chaque État est libre de choisir ses propres règles. Sauf que les conséquences sont plus lourdes en Afrique.

LES PAYS DÉVELOPPÉS DOIVENT FOURNIR UN EFFORT DE TRANSPARENCE QUANT À LEURS ÉMISSIONS DE CO2

Ce que constate le Malien Youba Sokona : « Dans la plupart des pays africains, qui sont pour beaucoup des régions de basse latitude, on connaît déjà 1,5°C d’augmentation réelle pour une moyenne mondiale de 1,1°C. » L’atmosphère étant une et indivisible, si un pays a des ambitions de réduction mais que les autres ne les partagent pas, le problème demeure entier, rappelle encore le vice-président du Giec.

Dans un discours plus dur, le Groupe africain des négociations demande ainsi à ce que les pays développés rendent compte chaque année des efforts consentis. « Cet effort de transparence doit porter à la fois sur la réduction des émissions mais aussi sur le financement », insiste Tanguy Gahouma.

  • Forcer la solidarité des pays riches

Il est enfin attendu de la COP26, un bilan des engagements des pays développés à mobiliser 100 milliards de dollars par an dès 2020, à destination des pays en développement et émergents. Une promesse de la COP de Copenhague de 2009, transformée en obligation en 2015 à Paris.

Or, il n’aura pas fallu attendre l’ouverture des négociations pour apprendre du président de la COP, Alok Sharma, et de la secrétaire exécutive des Nations unies pour le changement climatique, Patricia Espinosa, que l’objectif ne sera pas tenu immédiatement. Les pays développés « en seront incapables avant 2023 »…

«Une question centrale est l’apport d’un soutien aux pays en développement, notamment en ce qui concerne l’objectif qui était de mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020», ont insisté les deux responsables onusiens en ouverture de la COP.

En tant que l’un des principaux bénéficiaires de ces fonds, l’Afrique attend des deux journées de négociations entre chefs d’État qu’elles aboutissent à un accord définitif sur ce point – au même titre que la réduction des émissions.

Avec Jeune Afrique par Aurélie M’Bida et Camille Lafrance – (envoyée spéciale à Glasgow)

Vanessa Nakate : « Qui écoute les activistes africains pour le climat ? »

novembre 1, 2021
Vanessa Nakate, militante écologiste ougandaise, à Paris, le 22 octobre 2021. © Sydonie Ghayeb pour JA

Près de deux ans après avoir été éclipsée d’une photo où elle posait avec Greta Thunberg, et en pleine COP26, cette militante ougandaise de 24 ans sort un livre-manifeste pour alerter sur l’urgence climatique… Et faire entendre la voix de l’Afrique.

Cyclones au Mozambique, au Malawi et au Zimbabweinondations en RDC, au Maroc et en Mauritanie, invasions de criquets de l’Éthiopie à l’Ouganda, crue du fleuve Niger et glissements de terrain au Kenya… Alors que Vanessa Nakate, 24 ans, entrainait les écoliers et étudiants ougandais dans le mouvement de grève international pour le climat  »Fridays For Future » et créait son propre mouvement écologiste, Rise Up, en 2019, le rythme des catastrophes naturelles n’a laissé que peu de répit à l’Afrique. « La Terre a la fièvre, mais les gens ont chacun une température différente selon leur statut social et l’endroit où ils vivent », souligne la militante.

Dans Une écologie sans frontières, son premier livre-manifeste, elle détaille tous les symptômes du réchauffement climatique sur le continent. Si les pays du Sud sont les plus touchés, leurs voix portent peu dans le concert des grands sommets mondiaux autour de l’environnement – au Forum économique de Davos, en janvier 2020, la jeune activiste a elle-même été littéralement « coupée » d’une photo où elle posait au côté de Greta Thunberg. « Les pays du Nord doivent nous entendre, pas seulement nous inviter à des conférences pour se donner bonne conscience », répète-t-elle. À quelques jours de la COP26, qui se tient à Glasgow, en Écosse, du 31 octobre au 12 novembre, rencontre avec une activiste éloquente et solaire, dont la détermination n’a rien à envier à celle de sa camarade de lutte suédoise.

Jeune Afrique : Il y a trois ans, vous étiez encore une étudiante ougandaise avec quelques lacunes sur les questions environnementales. Aujourd’hui, vous êtes une des figures africaines de la lutte pour le climat. Comment en êtes-vous arrivée là ? 

Vanessa Nakate : En 2018, j’ai commencé à faire des recherches pour comprendre les défis auxquels faisaient face les gens de ma communauté et de mon pays. C’est alors que j’ai compris que la crise du climat était la plus grande des menaces pour eux. Je finissais mes études et je pensais organiser des événements, mobiliser, sensibiliser les gens pendant juste quelques mois et ensuite poursuivre mes études ou chercher un travail. Je n’ai jamais pensé devenir une militante à plein temps. Je n’avais pas de plan, c’est juste arrivé.

CE N’ÉTAIT PAS JUSTE MON IMAGE QUI ÉTAIT EFFACÉE, C’ÉTAIT MON HISTOIRE, MON MESSAGE, ET TOUS LES ACTIVISTES AFRICAINS

Beaucoup d’Africains savent que des incendies ravagent la Californie ou l’Amazonie, mais peu connaissent l’ampleur de la déforestation dans le bassin du Congo. Comment y remédier ? 

Non seulement beaucoup d’Africains ne savent pas qu’on détruit la forêt du bassin du Congo, mais certains ne savent même pas qu’elle existe ! Ainsi, tout un écosystème peut être effacé de l’esprit et du regard des gens. Il faut plus d’inclusion dans la façon dont les médias couvrent le mouvement pour le climat. Les journalistes ont la responsabilité de dire ce qu’il se passe, mais aussi de relayer le parcours des activistes qui viennent des régions du monde les plus touchées. Les jeunes militants africains ne restent pas silencieux face à ces souffrances, ils s’expriment. Mais qui les écoute ? Qui va amplifier leur voix ? Chacun a un problème à exposer, chaque problème a une solution, et chaque solution peut changer une vie.

En janvier 2020, lors du Forum économique de Davos, l’agence Associated Press vous a « coupée » d’une photo où posait Greta Thunberg et d’autres militants occidentaux. Vous avez déclaré que l’agence de presse a, ce jour-là, « effacé un continent »… 

Lorsque la photo a été prise, nous sortions d’une conférence de presse. En réalisant que j’étais la seule personne noire à y participer, je me suis permis d’insister devant tous ces journalistes sur le fait qu’il était important de donner la parole aux militants du monde entier. Et quelques heures plus tard, je me suis rendu compte que je ne figurais pas dans la dépêche d’Associated Press. J’étais très surprise parce que je venais précisément de souligner ce problème. Ce n’était pas juste mon image qui était effacée, c’était mon histoire, mon message, l’expérience des gens de mon pays. M’effacer moi, une Ougandaise et la seule personne issue du continent africain sur cette plateforme, c’était comme effacer tous les activistes africains.

Vous avez dénoncé publiquement le comportement d’Associated Press. Les militants africains sont-ils plus écoutés depuis ? 

Parfois on a l’impression que ça avance, et d’autres fois, on revient en arrière. Tout à coup, on parle d’inclusion et de diversité dans les médias donc tout le monde veut inviter des activistes des pays du Sud. Mais souvent, ils veulent une personnalité en particulier. Après l’incident de la photo, j’ai été très sollicitée, mais quand je suggère aux organisateurs de ces sommets de convier d’autres militants du continent, ils veulent d’abord savoir quel est leur parcours, s’ils savent bien s’exprimer… On souligne même le coût écologique de les faire venir ! Mais ils ne me parlent jamais d’empreinte carbone quand ils veulent que, moi, je vienne !

BEAUCOUP DE MILITANTS AFRICAINS NE POURRONT PAS SE RENDRE À LA COP26 PARCE QU’ILS NE SERONT PAS VACCINÉS À TEMPS

Il faut aussi savoir que les activistes africains sont bien moins représentés dans ce genre d’événements parce qu’ils rencontrent toujours plus de problèmes que les autres pour obtenir une accréditation, des financements… et une vaccination anti-Covid.

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux, où les femmes, et plus encore les femmes noires, sont très ciblées par le harcèlement. Comment vous protégez-vous ? 

J’ai en effet reçu beaucoup de soutien mais aussi beaucoup de haine après l’incident de la photo et quand j’ai envoyé une lettre au président américain Joe Biden et à la vice-présidente Kamala Harris pour leur demander de tenir leurs promesses. Apparemment, les gens – même dans mon propre pays – estimaient que je n’étais pas digne de leur écrire.

Tous ces messages terribles et blessants ne peuvent pas vous atteindre physiquement, mais ils vous font beaucoup de mal émotionnellement. J’essaye de ne pas lire les commentaires, même si on est toujours tenté d’aller voir… Et je bloque beaucoup de gens. Parfois je me demande comment ils peuvent écrire de telles choses sans se préoccuper de l’effet que ça peut avoir sur les autres.

Selon vous, la lutte pour la justice climatique doit comprendre les luttes anti-raciste et sociales. En quoi ces causes sont-elles liées ? 

Il y a une intersection entre les problèmes environnementaux et sociaux, parce que les effets du changement climatique poussent les populations dans l’extrême pauvreté, détruisent les moyens de subsistance des familles et contraignent les enfants à quitter l’école. Il y a une intersection avec les questions raciales puisque les Noirs et les gens de couleur sont plus exposés à la pollution de l’air et de l’eau, et les communautés indigènes sont victimes de l’avidité de grandes compagnies. Il y a une intersection avec les inégalités de genre, puisque les femmes et les filles sont les premières victimes du changement climatique et des inégalités dans le monde en général : alors que la COP26 bat son plein, beaucoup de militants africains n’ont pas pu s’y rendre par exemple, parce qu’ils n’ont pas été vaccinés à temps.

Il n’y aura pas de justice climatique si les communautés indigènes ou noires ne sont pas protégées. Il n’y aura pas de justice climatique sans justice sociale, sans justice raciale et sans égalité des genres.

Vous démontrez en effet dans Une écologie sans frontières que les femmes sont les premières victimes du changement climatique, mais aussi qu’elles ont un rôle important à jouer dans la lutte… 

Je crois en effet qu’elles ont un grand rôle à jouer dans le leadership climatique. Mais pour qu’elles puissent arriver à des postes de décision, il faut encourager l’éducation des filles et l’émancipation de plus de femmes. Elles représentent la moitié de l’humanité, et une équipe ne peut pas gagner sans la moitié de ses effectifs.

J’APPELLE TOUS LES JEUNES AFRICAINS QUI NE L’ONT PAS ENCORE FAIT À REJOINDRE NOTRE MOUVEMENT

Vous êtes souvent qualifiée de « voix de l’Afrique » dans la lutte pour le climat. Comment porter une telle responsabilité ? 

Les gens me donnent cette responsabilité, et je la leur rends ! C’est trop lourd à porter. Je ne veux pas empêcher les autres activistes de prendre leur place. Dans toutes les parties du continent, les jeunes s’expriment et ils ont besoin qu’on les écoute et qu’on relaie leur message : Elizabeth Wathuti du Kenya, Adenike Titilope Oladosu du Nigeria, Roseline Isata Mansaray de la Sierra Leone, Veronica Mulenga de la Zambie, Kaossara Sani du Togo, et tant d’autres… Les jeunes Africains font déjà assez, ils se mobilisent. Et j’appelle tous ceux qui ne l’ont pas encore fait à nous rejoindre.

Lors d’un sommet onusien à Milan, le 28 septembre, vous avez pointé que les 100 milliards de dollars d’aide climatique annuelle promis par les pays développés aux pays vulnérables à partir de 2020 n’ont pas été versés. Vous arrive-t-il de vous sentir découragée face à l’ampleur de la tâche ? 

À un moment, j’ai arrêté de participer aux grèves, parce que je me sentais vraiment triste. Ça me brisait le cœur de voir que les désastres se succédaient et que les leaders continuaient à ne rien faire. Mais je viens d’un endroit où l’on est déjà témoin des conséquences du changement climatique, où l’on voit comment il affecte la vie des gens, alors même si il y a des moments de découragement, je choisis de garder espoir. De croire que le futur durable et équitable que nous voulons est nécessaire et possible.

Avec Jeune Afrique par Julie Gonnet

Abus sexuels au sein de l’Église : à quand un rapport Sauvé en Afrique ? 

octobre 24, 2021

En RDC, à Kinshasa, en 2017. Photo d’illustration. © JOHN WESSELS/AFP

Alors que plusieurs pays occidentaux ont ouvert des enquêtes sur la pédophilie, le clergé du continent peine à se prononcer et à prendre des décisions. Pour combien de temps encore…

Dans l’histoire récente, aucun scandale n’a autant terni l’image de l’Église catholique que la pédocriminalité. Passée sous silence au cours du long pontificat de Jean-Paul II, elle est révélée sous ceux de ses deux successeurs, Benoît XVI et François, qui ont pris le risque d’ouvrir la boîte de Pandore. Après les États-Unis, l’Angleterre, l’Irlande, l’Australie… où des enquêtes indépendantes ont débouché sur des révélations accablantes et sur des sanctions qui n’ont pas épargné des hauts dignitaires du clergé, la France a pris le relais avec la publication, le 5 octobre dernier, du rapport Sauvé.

En saluant le courage de l’autorité ecclésiale de ces pays occidentaux pour avoir ordonné ces enquêtes ou pour s’y être soumis, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il en est de l’Afrique. À ce jour, aucune démarche similaire n’a été entreprise. Impossible donc de citer un seul membre poursuivi ou en prison pour abus sexuels sur mineur. Faut-il en conclure que le continent n’est pas concerné par ces scandales ?

Racines culturelles

On se souvient de ce documentaire de la chaîne franco-allemande ARTE, diffusé le 5 mars 2019, qui avait levé le voile sur la pédophilie et sur les crimes sexuels que des membres du clergé faisaient subir aux religieuses sur tous les continents, dont l’Afrique. Il y était question d’un missionnaire européen soupçonné de tels actes mais renvoyé dans son pays d’origine par un évêque africain afin de le soustraire à une éventuelle procédure judiciaire locale. Depuis la publication du rapport Sauvé, si les autorités ecclésiales africaines condamnent unanimement les atrocités mises au grand jour, leurs avis divergent sur les enjeux d’un tel rapport pour les Églises du continent.

Il y a ceux, nombreux, pour qui la question des abus sexuels ne se pose pas dans les mêmes termes au Nord et au Sud. Selon eux, si en Occident la plupart des victimes sont des garçons, en Afrique, ce sont presque exclusivement des filles ou des femmes. Il arrive qu’une grossesse de mineure soit attribuée à un membre du clergé. Mais ces cas, pour lesquels on ne dispose d’aucune statistique, font rarement l’objet de poursuites judiciaires. Quand l’affaire est rendue publique, les évêques procèdent généralement au renvoi du concerné pour qu’il assume ses responsabilités parentales.

Aussi, les racines culturelles de la relativité du « concept de minorité » en Afrique ne sont pas de nature à favoriser la judiciarisation des cas d’abus. Dans certains contextes, l’adolescente est perçue comme mariable et est donc, « naturellement », cible de convoitises sexuelles. Ainsi, peu de parents chrétiens ébruitent les affaires impliquant un membre du clergé. Ils privilégient les arrangements à l’amiable donnant lieu à une pragmatique prise en charge totale des besoins de l’enfant.

Enfants de prêtres

Une autre frange du clergé africain, plutôt minoritaire, estime que l’Église catholique devrait prendre les devants pour dire sa part de vérité. Bien que le problème ne se pose pas dans les mêmes termes partout, un abus reste un abus et mérite l’attention de l’institution. Elle gagnerait à tirer les leçons de réparations en cours dans les Églises occidentales rattrapées par leur passé de dissimulation et de complaisance. Tôt ou tard, elle se verra contrainte de livrer la réalité de son passé. Autant le faire aujourd’hui de sa propre initiative.

On peut aussi envisager que le pape impose cette politique de vérité à toutes les congrégations catholiques. Si beaucoup pensent que la pédocriminalité dans le clergé reste un phénomène marginal en Afrique, comment en être sûr en l’absence de statistiques que seules des enquêtes indépendantes permettent d’obtenir ? Le clergé connait aussi différents « scandales d’enfants de prêtres » qui, sans être nécessairement liés à des crimes sexuels, posent la question du célibat ou de la chasteté des curés. Des investigations sur cette part de leur vie intime pourraient révéler bien de choses que l’Église préfère pour l’instant cacher ou ignorer. Mais, là aussi, jusqu’à quand  ?

Ludovic Lado

Avec par Ludovic Lado

Universitaire jésuite, directeur du Cefod Business School de N’Djamena