Posts Tagged ‘Afrique’

[Tribune] Associer les communautés locales à la protection de la biodiversité

mai 16, 2021
Gorille de montagne dans la jungle du parc national des Virunga, au Nord-Kivu.

La conservation de la biodiversité ne fonctionne que lorsqu’elle prend en compte les besoins des communautés locales et les associe aux actions des entreprises. Une stratégie qui marche, comme le prouvent les initiatives menées en RD Congo.

En Afrique comme partout ailleurs, les problèmes environnementaux sont causés par des conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles. Ils sont exacerbés par la conversion des habitats de la faune et de la flore, la pauvreté généralisée, la faible gouvernance institutionnelle et les déplacements des populations. Les traumatismes et les désagréments résultant de cette triste situation s’aggravent sans cesse.

Fort heureusement, les efforts de sensibilisation et les plaidoyers en faveur de la protection de l’environnement se multiplient également. Des réunions sont ainsi organisées dans le monde entier pour trouver des solutions aux dégradations causées par l’homme, ainsi qu’aux conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles. Le consensus, qui se dégage de ces diverses discussions, est que la conservation de la biodiversité ne vaut que si elle implique l’adoption de mesures permettant d’assurer le bien-être et les moyens de subsistance des communautés locales. Le rôle de ces dernières apparaît donc crucial. 

Indicateurs médiocres

Si elles sont bien gérées, les zones protégées fonctionnent comme des catalyseurs stables du développement régional, offrant à plusieurs centaines de personnes des opportunités d’emploi et la possibilité de développer leurs compétences, ainsi qu’une source de sécurité – notamment aux populations rurales. Et selon un rapport fondamental produit en 2019 par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), les zones protégées les plus performantes restent celles qui sont gérées et dirigées par les communautés locales. 

Le bassin forestier du Congo abrite 70 % de la couverture végétale du continent africain et constitue une grande partie de la biodiversité africaine, avec plus de 600 sortes d’arbres et 10 000 espèces animales. À ces atouts s’ajoute  un remarquable potentiel hydrographique et géologique. C’est un lieu d’une richesse naturelle époustouflante, mais comme c’est souvent le cas dans d’autres endroits du monde, les personnes dont la vie et les moyens de subsistance dépendent de ces ressources naturelles sont les plus démunies. Les inégalités structurelles, l’exploitation et l’exclusion ont marginalisé ces communautés, entraînant des indicateurs socio-économiques médiocres – faibles niveaux d’éducation, mauvaise santé et malnutrition, pour n’en citer que quelques-uns. 

Vol d’oiseaux sauvages à Kavanyongi, au nord du lac Édouard, en RDC.

 L’African Wildlife Foundation (AWF) comprend que pour réussir à conserver la faune et les terres sauvages, nous devons donner la priorité aux besoins des communautés locales et fournir des solutions qui améliorent leur vie sans mettre en péril les ressources naturelles. En République démocratique du Congo, l’AWF travaille sur deux fronts : la conservation de la biodiversité et le développement communautaire. 

NOUS DONNONS AUX COMMUNAUTÉS LES MOYENS D’AGIR EN LEUR FOURNISSANT DES MICRO-SUBVENTIONS

En collaboration avec l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), nous donnons aux communautés les moyens d’agir en leur fournissant des micro-subventions et en les aidant à développer des activités de subsistance, en particulier dans le domaine de l’agriculture. Ce soutien prend la forme d’un accès à des marchés rentables, de la promotion de pratiques agricoles résistantes au climat, de la fourniture de semences de qualité aux agriculteurs et d’un mentorat pour l’entrepreneuriat agricole. Grâce à tout cela, les agriculteurs sont en mesure de monétiser leurs petites exploitations et de réaliser des bénéfices. 

En retour, les agriculteurs signent des protocoles d’accord qui les obligent à n’exploiter que des terres situées dans un rayon de cinq kilomètres de la route principale et donc à ne pas entrer dans la zone protégée. Grâce à l’augmentation des rendements résultant de l’amélioration des pratiques agricoles, il est peu nécessaire d’étendre les terres agricoles. Par conséquent, lorsque les champs situés dans la forêt sont abandonnés, la végétation se régénère au fil du temps et le paysage gagne en biodiversité floristique.

RENFORCER LES CAPACITÉS TECHNIQUES DES ÉCOGARDES AFIN D’AMÉLIORER LES PATROUILLES DE SÉCURITÉ ET LES EFFORTS DE LUTTE CONTRE LE BRACONNAGE

En outre, l’AWF collabore avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) dans le domaine de chasse de Bili-Uere (DCBU) et dans la réserve de faune de Lomako (RFLY) pour renforcer les capacités techniques des écogardes afin d’améliorer les patrouilles de sécurité et les efforts de lutte contre le braconnage. Grâce à un financement de l’Union européenne, l’AWF les a équipés de dispositifs de suivi et les a formés à leur utilisation. Les écogardes sont choisis au sein de la communauté, ce qui permet à plusieurs familles de gagner leur vie dans ces paysages.

Davantage de singes bonobos

Notre approche, selon laquelle les interventions sont dirigées et prises en charge par les communautés dans les paysages où nous travaillons, a été couronnée de succès. Nous avons constaté que les communautés apprécient de plus en plus la faune sauvage et ses habitats et s’en préoccupent. Cela a entraîné une diminution du braconnage, une utilisation plus durable des terres et une réduction des conflits entre l’homme et la faune sauvage. Le nombre d’animaux sauvages augmente. Par exemple, les populations de singes bonobos à Lomako se rétablissent et nous avons constaté une réduction des meurtres de grands mammifères, notamment d’éléphants à Bili-Uere. 

Grâce à la bonne volonté du gouvernement et au soutien d’organisations comme l’AWF, le pays s’achemine progressivement vers la création de dix millions d’hectares supplémentaires de zones protégées, conformément aux plans de l’État. La conservation de l’environnement est une obligation pour nous tous qui occupons cette terre, et en RD Congo, nous progressons village par village, sans laisser personne derrière.

Avec Jeune Afrique par  Antoine Senga Tabu

Coordonnateur RDC de L’African Wildlife Foundation

[Tribune] Macron et l’Afrique : le bon, le moins bon et le dangereux

mai 16, 2021

Professeur à l’École de gouvernance publique Mandela de l’université du Cap, haut représentant de l’Union africaine pour les négociations avec l’Europe dans le cadre de l’après-Cotonou.

Le président Kagame et le président Macron assistent à VivaTech. Paris, le 24 mai 2018.

L’exécutif français, qui accueille le sommet sur les financements des économies africaines le 18 mai, est à l’avant-garde d’un changement de discours sur le continent. Mais son approche comporte encore des angles morts, souligne l’économiste Carlos Lopes.

Il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron est énergique dans sa façon d’aborder « les fondamentaux » de la relation entre la France et ses anciennes colonies africaines. Cette nouvelle dynamique, caractérisée par la volonté de changer certaines pratiques qui ont marqué la « Françafrique », appelle notamment au dépassement du prétendu pré carré pour embrasser l’ensemble du continent.

Les moins attentifs seront excusés de se perdre tant les fronts ouverts sont nombreux. Du  débat sur le retour des objets d’art aux échanges structurés avec des penseurs africains « rebelles », de l’ouverture des archives sur des sujets sensibles (comme la mort de Thomas Sankara) à la commission d’étude sur le génocide des Tutsi au Rwanda et à la mémoire de la guerre d’Algérie. S’y ajoutent pêle-mêle le mur vert africain, la santé, la révolution numérique ou encore la réforme du franc CFA et, enfin, le rôle accru de Paris dans la lutte contre le djihadisme au Sahel

À cette longue liste va s’ajouter le prochain sommet dédié au financement des pays africains, prévu le 18 mai dans la capitale française.

  • Le bon

La France est à l’avant-garde d’un changement de discours sur le continent. Et ce en raison de son insistance sur le fait que l’Afrique doit être traitée comme une entité géopolitique commune tout en tenant compte de sa diversité.

LE DÉBAT SUR LA DETTE SOUVERAINE AFRICAINE A CRÉÉ UN BOULEVARD POUR LA FRANCE

L’Agence française de développement (AFD) a ainsi enterré la prédication à la mode dans le pays qui consiste à diviser le continent en deux, entre « l’Afrique noire » et l’Afrique du Nord. La manière dont Paris traite les conflits en Libye et les récents dilemmes de succession au Tchad témoignent d’une compréhension de la dynamique intra-africaine pragmatique et – par conséquent – rafraîchissante.

Le leadership américain sous l’administration du président Trump a mis fin à presque tous les débats sur les biens publics mondiaux, laissant le champ libre à d’autres acteurs. La France a profité de cet espace avec enthousiasme.

L’organisation du Sommet de Paris sur le climat a offert une bonne plateforme initiale. Puis, l’Hexagone s’est investi dans des questions multilatérales clés telles que les impasses en matière de commerce, la fiscalité des géants de la technologie ou, plus récemment, la remise en cause du nationalisme vaccinal.

La Chine et un éventail de nouveaux joueurs étaient également présents mais le savoir-faire communicatif du président Macron lui a souvent permis de voler la vedette.

Le débat acharné sur la façon de gérer la dette souveraine africaine a créé un autre boulevard pour la France au sein du G7 et même du G20. C’est Paris qui, en premier, a proposé la refonte de l’approche actuelle, y compris via l’élimination de la dette africaine plutôt que son allégement et via l’accès immédiat aux droits de tirage spéciaux (DTS) non utilisés du Fonds monétaire international (FMI), afin de rendre les économies africaines plus liquides.

LE GREEN DEAL EUROPÉEN POURRAIT AFFECTER NÉGATIVEMENT LA TRANSFORMATION DE L’AFRIQUE

La pression sur les champions français pour qu’ils réévaluent les opportunités d’investissement en Afrique et la mobilisation de la diaspora pour qu’elle s’engage davantage dans l’entrepreneuriat sur le continent sont aussi louables ; tout comme l’augmentation des allocations d’aide au développement.

  • Le moins bon

Mais les vieilles habitudes ont la vie dure. Bien que la croissance des investissements directs étrangers (IDE) français en Afrique ait été remarquable depuis cinq ans (ils ont été multipliés par dix en valeur entre 2000 et 2017 selon le Trésor), cet essor n’a que trop peu bénéficié à des secteurs d’avenir.

La majeure partie des IDE reste destinée aux énergies fossiles (47% du stock d’IDE français en Afrique en 2017) et au commerce traditionnel des matières premières.

Au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le cycle de développement de Doha est bloqué et la France, entre autres pays, n’est pas désireuse de le relancer.

Pire, la mise en œuvre du « Green Deal » européen pourrait avoir un impact négatif sur le processus de transformation structurelle de l’Afrique.

Le ton unilatéral des débats actuels sur les nouvelles règles d’un commerce plus vert n’augure rien de bon. Il rappelle celui utilisé lors des négociations des précédents Accords de partenariat économique (APE) qui ont conduit les Africains à accepter, sous la pression de l’Union européenne (UE), des conditions qui leur étaient défavorables. Face à ce sujet qui fâche et qui sera pourtant décisif pour la reprise post Covid-19, la France détourne la tête.

Si le prochain sommet sur le financement est qualifié par Emmanuel Macron de « New Deal », en référence aux fameuses politiques de relance du président américain Roosevelt, il y a des raisons pour douter que son impact soit extraordinaire.

UNE TENDANCE À SURINTERPRÉTER CE DONT LES AFRICAINS ONT BESOIN OU PRIORISENT

Loin d’être une première, ce plan succède à une série d’autres – dont le plan Marshall de la chancelière Angela Merkel et celui du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker – sans réelles avancées sur les objectifs de développement durable, dont l’un des principaux est l’élimination de la pauvreté d’ici 2030.

Il va sans dire que l’écart entre ces proclamations très médiatisées et la réalité sur le terrain est devenu si flagrant que le cynisme s’est installé. Et ce ne sera pas différent cette fois-ci.

  • Le dangereux

À cet écueil, il faut ajouter deux angles morts de l’approche d’Emmanuel Macron, failles qui risquent d’entacher son bilan africain comme le discours de Dakar et l’implication directe en Libye ont marqué le mandat du président Sarkozy.

Deux données sur lesquelles l’actuel chef de l’État français doit réfléchir.

D’une part, son point de vue sur la démographie africaine traduit une peur malthusienne d’une augmentation de la population qui serait responsable des mauvaises performances du continent.

D’autre part, certaines de ses positions reflètent sa tendance à surinterpréter ce dont les Africains ont besoin ou priorisent.

Illustration de cette tendance avec la lutte contre le Covid. Certes, Paris, qui était opposé à la dérogation sur les brevets (comme la plupart des pays occidentaux), a récemment changé d’avis, suivant ainsi le retournement des États-Unis.

Mais, la diplomatie tricolore continue de privilégier la distribution et les exportations vers les pays en développement, plutôt que la libération des brevets, arguant que le vrai problème est la capacité mondiale de production de vaccins. Une lecture inexacte et qui privilégie le conjoncturel sur le structurel.

Comme le rappelle un dicton, la soif ne peut être étanchée par procuration.

Avec Jeune Afrique par  Carlos Lopes

Vingt-quatre migrants meurent de faim et de soif entre l’Afrique et les îles Canaries

avril 29, 2021

BARCELONE, Espagne — Vingt-quatre migrants originaires d’Afrique subsaharienne, dont deux mineurs, sont apparemment morts de faim et de soif en tentant de rejoindre les îles Canaries depuis la côte ouest de l’Afrique.

© Fournis par La Presse Canadienne

Les corps ont été récupérés par des secouristes espagnols mercredi soir.

L’embarcation de bois qui dérivait dans l’Atlantique avait tout d’abord été repérée par un appareil de l’aviation espagnole lundi, à environ 500 kilomètres de l’île d’El Hierro.

Seulement trois personnes à bord étaient toujours vivantes, mais à peine, selon les secouristes. Deux hommes et une femme dans un état critique ont été transportés par hélicoptère vers un hôpital de l’île de Tenerife, selon la délégation du gouvernement espagnol aux îles Canaries.

Les survivants auraient confié aux secouristes avoir passé 22 jours en mer.

Un nombre croissant de migrants qui essaient d’échapper aux conflits, à la violence et aux problèmes économiques tentent au péril de leur vie de traverser l’Atlantique pour rejoindre l’archipel espagnol depuis la côte ouest de l’Afrique.

Ils peuvent devoir franchir entre 400 et 1500 kilomètres, dépendant de leur point de départ, et manquent souvent de nourriture, d’eau et de carburant avant d’arriver à destination.

Quelque 4300 migrants sont arrivés aux Canaries cette année, mais une centaine de personnes, dont des femmes et des enfants, ont perdu la vie en chemin, ont indiqué mercredi différentes agences onusiennes.

Au moins 850 personnes sont mortes ou disparues l’an dernier en tentant de rejoindre l’archipel, mais 23 000 sont arrivées à bon port, selon l’ONU.

L’agence admet toutefois que le bilan réel est fort probablement beaucoup plus lourd.

– Par The Associated Press avec La Presse Canadienne

[Tribune] Esclavage : c’est à l’Afrique d’écrire sa propre histoire

avril 27, 2021
Sur l’île de Gorée, au Sénégal, la statue de la libération des esclaves, inaugurée en 2002.

La loi sénégalaise du 27 avril 2010 reste la seule initiative africaine à inscrire dans les textes les crimes de la traite et de l’esclavage des populations du continent.

À quelques semaines d’un sommet de la Françafrique controversé, les 20 ans de la première et unique loi européenne qui déclare la traite et l’esclavage des noir.e.s crimes contre l’humanité sont l’occasion d’une réflexion en Europe et en Afrique, à l’heure où de nouvelles exigences mémorielles agitent la jeunesse mobilisée contre le racisme et la domination néocoloniale.
Votée en 2001, sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, la loi française a indéniablement marqué une étape dans le combat pour l’égalité. Elle fut portée par Christiane Taubira, alors députée guyanaise, qui a prolongé à l’Assemblée nationale les mobilisations associatives françaises exigeant la sortie d’un « roman national » qui expulsait, jusque-là, les afro-descendant.e.s français.e.s des conquêtes de la liberté.

Crime contre l’humanité

Ainsi, depuis 2006, présidents de la République, élu.e.s, collectivités locales (surtout anciens ports négriers), établissements scolaires, associations, artistes et chercheur.e.s français.e.s ont, par des moyens divers, investi ce travail de mémoire, loin de toute diabolisation, victimisation ou repentance. La création récente de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, dirigée par l’ex-maire de Nantes et ex-Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, est aussi révélatrice de l’inscription au cœur des institutions françaises.

Si les autres États de l’Union européenne ne sont pas encore rentrés dans ce processus de reconnaissance et de qualification juridique, il faut noter la timide avancée du Parlement européen qui, par une résolution votée le 19 juin 2020, a invité les États membres à reconnaitre « officiellement les injustices du passé et les crimes contre l’humanité commis contre les personnes noires et les personnes de couleur » et décidé d’une date de commémoration, le 2 décembre, déjà prévue par les Nations unies comme Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, surtout contemporain.

Notons tout de même, pour le regretter, que ni la France, ni le Parlement européen, ne sont encore sortis de cette vision européocentrée de l’histoire de l’esclavage colonial au détriment d’une perspective globale qui intègre les deux autres formes de traite et d’esclavage des noir.e.s de notre modernité : subsaharien.e.s et arabo-musulman.e.s. Toujours ignorées du processus international de reconnaissance et de réparation, les conséquences de ces derniers trafics continuent d’égrener leurs lots de souffrance en Afrique subsaharienne, au Maghreb, jusqu’en Europe où les jeunes migrants subsahariens racontent de plus en plus les formes d’esclavage subies dans leur traversée du Sahara.
Qu’en est-il de l’Afrique ?

Impact de l’histoire

Nouvellement indépendants dans les années 1960, les États africains, malgré les urgences de la décolonisation et du développement économique, n’ont cessé de rappeler aux anciens colonisateurs et à leurs propres peuples l’impact de l’histoire de la traite des noir.e.s et de l’esclavage dans l’évolution politique de leurs jeunes nations. Pourtant, jusqu’en 2010, aucun d’entre eux n’avait qualifié juridiquement ce que la France a été la première à qualifier de crime contre l’humanité. Inspirée, autant dans son esprit que dans sa forme, par la loi française dite « Taubira », la loi sénégalaise du 27 avril 2010, première et unique loi en Afrique, marque, néanmoins, un tournant dans la gouvernance mémorielle de cette tragédie, de ses conséquences et de la conscience qu’en gardent les afro-descendant.e.s. L’ancien président Abdoulaye Wade ira jusqu’à dire que la décennie de l’alternance sera marquée par trois lois : « la loi contre la peine de mort, la loi sur la parité et la loi déclarant la traite des noirs crime contre l’humanité ».

Absence d’implication choquante

Ce texte sert donc non seulement à rappeler que le Sénégal et l’Afrique ont payé un lourd tribut à la mondialisation mais aussi que cette mémoire doit servir l’affirmation, la vigilance et le développement du continent. Outre la qualification de la traite et de l’esclavage en crime contre l’humanité, la loi sénégalaise, qui répond à l’évolution des consciences sur l’impact de cette histoire, a défini un certain nombre d’objectifs communs (scolaires et universitaires), similaires d’ailleurs à la loi française, pour inscrire la mémoire et la connaissance de la traite, de l’esclavage et des combats pour leur abolition dans le patrimoine civique républicain commun.

DES SENTIMENTS DE HAINE, DE RANCOEUR OU DE CULPABILITÉ

Depuis le 27 avril 2010 et l’instauration de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, la ville de Dakar a accueilli quelques initiatives associatives : une cérémonie commémorative à l’hôtel de ville, ainsi que des rencontres réunissant établissements scolaires, universitaires et activistes. Le rapport du Sénégal vis-à-vis de l’histoire de l’esclavage colonial et de ses conséquences s’est approfondi, même si l’absence d’implication de l’État sénégalais dans ce devoir de mémoire choque. L’actuel président Macky Sall n’a jamais respecté cette obligation que la loi sénégalaise lui fait. Pendant que les autres dirigeant.e.s africain.e.s semblent totalement imperméables à ce devoir de mémoire essentiel.

Pourtant, cette longue histoire, quatre siècles de déportation et d’exploitation des forces vives de l’Afrique, ce crime contre l’humanité, a traversé l’émergence des nations africaines, et structure fortement les imaginaires en cristallisant des comportements politiques qui engendrent de plus en plus des sentiments de haine, de rancoeur ou de culpabilité.
La criminalisation et la commémoration sont une occasion de se souvenir du sacrifice et des résistances de millions de victimes de l’esclavage colonial, de dresser des digues contre l’oubli de cette barbarie, de lutter contre les formes de domination néocoloniale et de discriminations raciales infligées aux afro-descendant.e.s et enfin d’enclencher un processus de réparation indispensable pour des rapports sociaux et géopolitiques apaisés car justes.

À l’Afrique d’écrire son histoire

Un travail immense reste à faire. Cette histoire suscite beaucoup d’intérêt outre-Atlantique et focalise bien des enjeux politiques, mais n’est pas encore appropriée ni intégrée dans les récits nationaux et étatiques africains. Confinées à un tourisme mémorial au discours parcellaire et expulsées sur les côtes du littoral africain, l’histoire et les conséquences du racisme négrophobe semblent ne pas concerner le continent. Même l’Union africaine reste très taiseuse sur le sujet, comme si cette tragédie était extérieure à un continent qui se satisferait de l’idée d’être victime et non pas acteur d’une histoire qui n’est pas tombée « comme un cheveu sur la soupe » tant la culture de l’exploitation de l’homme par l’homme y est ancienne.

La construction nationale des jeunes États africains a pourtant besoin de moments solennels et réguliers pour se souvenir de ceux qui ont subi les crimes et versé leur sang pour la liberté. Il est donc particulièrement important sur le plan symbolique que les États africains gravent dans le marbre de la loi républicaine le crime que ce continent a subi. Ce n’est pas aux autres de faire notre mémoire. L’instrumentalisation d’une mondialisation dans laquelle l’Afrique et sa diaspora ne tiendraient que les rôles de spectateurs, voire de victimes, est à déconstruire et à décoloniser. Ce travail, c’est aussi et surtout à l’Afrique de l’écrire. Dans le débat sur les réparations de ce crime contre l’humanité, le vote par tous les pays africains d’une telle loi participera à appuyer les conséquences judiciaires incontournables pour résoudre les inégalités systémiques héritées par les africain.e.s et leurs descendant.e.s de par le monde. On peut même finir par s’étonner que cette question majeure, nichée dans les imaginaires de tous les dirigeant.e.s français.e.s et africain.e.s, n’ait jamais figuré au programme des sommets dits internationaux Afrique-France !

Par  Karfa Diallo

Essayiste et consultant franco-sénégalais, fondateur-directeur de l’association Mémoires & Partages. Son dernier ouvrage, « Les Légions de Senghor », est paru aux Éditions Ex Aequo.

Prix Rfi théâtre 2021 : à vos plumes, écrivez et postulez !

avril 3, 2021

L’appel à candidature au Prix Rfi théâtre est ouvert jusqu’au 25 avril aux autrices et auteurs de théâtre francophones, originaires d’Afrique, des Caraïbes, de l’océan Indien ou encore du Proche-Orient.

L’affiche de l’appel à candidature au Prix Rfi Théâtre 2021/DR

Cette année, qui succédera au Congolais Julien Mabiala Bissila, à la Libanaise Hala Moughanie, au Guinéen Hakim Bah, au Camerounais Édouard Elvis Bvouma, au Béninois Sedjro Giovanni Houansou, à la Libanaise Valérie Cachard ou au Guinéen Souleymane Bah ? Les dés sont jetés. Dialogues ou monologues, à chaque postulant de saisir l’occasion de partager une histoire qui parlera au monde, de faire entendre sa voix sur une question de société saisissante, de faire voyager le lectorat sur les vagues d’une histoire divertissante et éducative, en même temps.

« En ces temps de pandémie et de rétrécissement du monde où les déplacements sont limités, les textes, eux, peuvent voyager. Comédies, tragédies, drames, avec ou sans Covid-19, avec lyrisme ou âpreté, monologues ou pièces polyphoniques. À quoi ressemblera cette édition 2021 ? Ce sont les autrices et les auteurs qui le diront. Tous les genres théâtraux sont possibles. Seul compte la qualité de la dramaturgie et le style », ont énoncé les organisateurs.

A travers ce Prix de théâtre, Rfi souhaite faire découvrir et mettre en lumière de nouveaux talents de l’écriture dramatique. Et force est de constater combien, tous les ans, des femmes et des hommes de différentes villes de la planète, peignent leur société, leurs colères et leurs émotions dans des formes théâtrales uniques.

Une aventure humaine et artistique essentielle dans le parcours des candidats et particulièrement celui du lauréat. Cela d’autant plus que le prix lui offre l’opportunité d’être lu, de voir sa pièce de théâtre être jouée et publiée, ou simplement l’occasion de faire des rencontres de travail lors des résidences proposées et des invitations dans les festivals et maisons de théâtre dans plusieurs pays.

Ainsi, le processus de candidature consiste, avant tout, à inventer, affiner, peaufiner et ajuster son texte en français comportant un minimum de 15 pages numérotées. Par la suite, l’envoyer avant le 25 avril à minuit, tout en joignant impérativement la fiche d’inscription dûment remplie. Aussi, chaque candidat doit avoir entre 18 et 46 ans.

A noter que le Prix Rfi Théâtre est organisé avec l’appui de plusieurs partenaires, à savoir : l’Institut français, l’Institut français de Saint-Louis du Sénégal, le Centre dramatique national de Normandie-Rouen, la SACD et biens d’autres. La cérémonie de remise de prix de l’édition 2021 se tiendra le 26 septembre à Limoges, dans le cadre du festival Zébrures d’automne, organisé par Les Francophonies-Des écritures à la scène.

Avec Adiac-Congo par Merveille Jessica Atipo

[Tribune] La démocratie africaine, cette chasse à l’homme

mars 28, 2021
Le leader de l’opposition camerounaise, Maurice Kamto, le 5 octobre 2019.

Comme aux Jeux Olympiques, les épreuves de la démocratie africaine se déroulent tous les quatre ou cinq ans. Et on n’est pas labellisé opposant tant qu’on n’a pas été poursuivi par le pouvoir…

En Afrique, la démocratie est un sport de chasse, quelque chose entre la chasse à courre et le tir au pigeon. Et ce n’est pas une figure de style. Pour une fois, on peut me prendre au premier degré. Mes premières expériences sportives de la démocratie datent de 1990, lors de ce qui était considéré comme le « printemps africain ». Partout au sud du Sahara, les vieux partis uniques étaient contestés par une jeunesse qui rêvait d’expression plurielle.

Cris et jets de pierre : il n’y avait pas cent façons de protester. Balles et grenades lacrymogènes : il n’y avait pas cent façons de réprimer la protestation. L’étape d’après étant l’embastillement, les villes africaines se transformaient systématiquement en arène athlétique. Les « crieurs » devenaient coureurs et les « tireurs » devenaient chasseurs. Ce sont ces litres de sueur et de sang – le destin d’une chasse à courre – qui sont à l’origine du multipartisme. De Dakar à Libreville, scénario immuable.

Coup d’avance

Puis, le jeu électoral pluraliste s’est installé tant bien que mal. Mais, la démocratie africaine a gardé sa dimension sportive. Elle s’est même professionnalisée. Maintenant, comme aux Jeux olympiques, les épreuves se déroulent tous les quatre ou cinq ans, au moment des échéances électorales. On n’est pas labellisé opposant tant qu’on n’a pas été poursuivi juridiquement, mais surtout physiquement, par le pouvoir. En Côte d’Ivoire par exemple, on se souvient de Laurent Gbagbo, serviette anti transpiration au cou, en 100 mètres plats dans les rues du Plateau; ou de Alassane Ouattara, en saut en hauteur sur le mur de l’ambassade d’Allemagne à Cocody. Abdoulaye Wade, Alpha Condé, Boni Yayi… Tous ont participé à ces épreuves imposées.

L’arrivée au pouvoir de ces anciens opposants ne change rien aux règles. Bien au contraire, le jeu en devient plus passionnant et transpirant grâce à la grande expérience acquise par les nouveaux tenants du pouvoir lorsqu’ils étaient de l’autre côté de la barrière électorale. C’est ce qui explique que les Talon, Deby, Sall, Museveni, etc. ont toujours un coup d’avance sur les Bio Dramane Tidjani, Yaya DilloOusmane Sonko, ou Bobi Wine. D’Abidjan à N’Djamena, scénario immuable.

Seulement voilà, les pouvoirs, quels qu’ils soient, ne font que jouer avec la montre. L’histoire, avec la grande hache, finit toujours par les étêter. L’histoire, avec le grand H, court toujours dans le sens du progrès et du bonheur des peuples. De Douala à Kampala, scénario immuable.

Par  Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

Enseignement : Top 10 des pays africains ayant le meilleur système éducatif – classement 2020

mars 8, 2021

Malgré que l’Afrique reste le continent qui enregistre le plus grand taux d’exclusion scolaire dans le monde, bon nombre de pays africains ont construit un système éducatif performant, capable de rivaliser avec les pays occidentaux. Ces pays considèrent vital et essentiel le développement des systèmes éducatifs et l’amélioration du taux d’alphabétisation.

Classement des 10 meilleurs systèmes éducatifs africains

1. Les Seychelles

Les îles seychelles, avec environ 100 000 habitants,  le pays dispose du meilleur système éducatif en Afrique, avec 69,3 points et c’est le seul pays africain dans le top 50 du sytème éducatif mondial, à la 43e position. C’est le seul pays africain à avoir réussi l’objectif de l’Unesco d’ « Education pour tous »,  selon le Forum économique mondial. L’école est gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans, et jusqu’à 18 ans dans l’enseigenemt secondaire. Le gouverrnement y a consacré 12% du budget. En outre, il existe des systèmes éducatifs individuels. 

La Finlande reste à la  première place du classement mondial avec un score de 114 points.

2. Tunisie

C’est le pays arabe le plus scolarisé d’Afrique. L’éducation est une priorité. Elle a procédé récemment à la refonte de son système éducatif. La qualité de l’éducation a été améliorée, grâce à l’investissement public et privé.  Ce qui a attiré des étudiants subsahariens. La Tunisie se classe au 71e rang mondial du système éducatif avec 61,4 points. La Tunisie se classe au 49e rang pour l’espérance de vie scolaire et au 51e pour le ratio élèves / enseignant dans l’enseignement primaire. Plus de 20% du budget du pays  est consacré à l’éducation.

3. Maurice

Une grande partie des avancées de l’éducation à Maurice a été initiée à partir de l’époque coloniale britannique. Après avoir accédé à l’indépendance, le pays a maintenu et amélioré le système éducatif britannique. Ce qui a eu beaucoup d’impact. Maurice attire des activités touristiques qui se complètent par le développement  d’une éducation de meilleure qualité. Son taux d’alphabétisation est estimé à environ 84,40%, pour un score de 61 points. 

4. Afrique du Sud

L’Afrique du Sud consacre 18% de son budget national à l’amélioration des normes d’éducation. Ses universités sont classées parmi les meilleures d’Afrique et s’étendent au classement mondial, avec 58,4 points et une 84e place sur le système éducatif mondial.  Le taux d’analphabétisation est l’un des plus faibles en Afrique.

5. Algérie

Depuis 1970, l’école y est obligatoire de 6 à 15 ans. Le pays totalise un score de 57,4 points et se classe au 88e rang des meilleurs pays du système éducatif au monde.

6. Botswana

Depuis 1966, date de son indépendance, le Botswana a fait des efforts pour améliorer son système éducatif, malgré un passage à vide, avec peu de diplômés. La situation s’est aujourd’hui améliorée. Le pays totalise un score de 56,7 points, et fait partie  des Etats africains ayant les meilleurs sytèmes éducatifs. L’école est obligatoire entre 6 et 16 ans. Durant cette période académique, le gouvernement est responsable et fournit des fonds nécessaires à la bonne marche de l’école. 

7. Kenya

Le Kenya a fixé à 8 ans la durée de l’enseignement primaire et à 14 ans l’enseigenemnt secondaire, donnant un élan  particulier à l’éducation. Ancienne colonie britannique, le pays a bénéficié d’une base solide en matière d’éducation. Celle-ci a été complétée par le gouvernement indigène. Le pays compte actuellement plus de 30 établissements d’enseignement supérieur de haut rang, attirant les étudiants est-africains. Avec un score de 55,4 points, le Kenya est devant l’Inde et derrière le Brésil sur le classement des systèmes éducatifs mondiaux

8. Cap-Vert

Le Cap-Vert a pendant longtemps conservé un système éducatif similaire au système portuguais. Avec les temps, les universités et les écoles locales ont su gagner en rendements, en passant au système américain. Aujourd’hui, Capo Verde totalise un score de 55,3 points. 

9. Egypte

Selon le classement de l’Unesco, l’Égypte occupe 71% du taux d’alphabétisation moyen et se classe au 99e rang du système éducatif mondial. Son système éducatif enregistre 52,8 points. L’éducation est obligatoire de 6 à 17 ans, et l’éducation de base étant un droit à tout enfant égyptien dès l’age de 6 ans. 

10. Namibie

En Namibie, il existe une norme qui fait que l’école est obligatoire de 6 à 16 ans, et la Constitution charge le gouvernement à fournir des fonds nécessaires à l’éducation des enfants. A cela s’ajoute un nombre  important d’écoles d’apprentissage de qualité. Ce qui classe la Namibie au 10e rang du système éducatif africain, avec 52,7 points.

Avec Adiac-Congo par Noël Ndong

[Tribune] L’Amérique est de retour en Afrique

février 28, 2021
Joe Biden à Washington, le 25 février 2021

Désignations de personnalités noires aux postes-clés, discours conciliants, « diplomatie normale »… L’administration Biden veut renouer avec l’Afrique, ignorée par Trump.

Ce n’est sans doute pas une tâche herculéenne : compte tenu de l’indifférence méprisante dont faisait preuve Donald Trump à l’égard du continent — où il ne s’est jamais rendu —, la nouvelle administration dispose d’un a priori favorable en Afrique, d’autant qu’elle a déjà marqué un changement net d’intentions et d’ambitions.

Dans un discours destiné aux délégués du 34e sommet de l’Union africaine et diffusé le 7 février, Joe Biden a indiqué la ligne générale de sa politique étrangère : « L’Amérique est de retour. La diplomatie est de nouveau au centre de notre politique étrangère. [Nous allons nous employer] à renouveler notre rôle dans les institutions internationales et à retrouver notre crédibilité et notre autorité morale. »

« Soutien et respect mutuel »

Il a ensuite centré ses propos sur l’Afrique, en affirmant que les États-Unis se tenaient à ses côtés, « partenaires en solidarité, soutien et respect mutuel. Nous croyons en les nations africaines ». Il a poursuivi en parlant d’une « vision commune pour un avenir meilleur », et en évoquant des sujets ayant trait à l’économie, la sécurité et les droits humains pour les « femmes et les filles, les personnes LGBTQI, les personnes en situation de handicap, les personnes de toute origine ethnique, religion ou culture.

Le président américain a également mentionné des urgences du moment : la pandémie et le réchauffement climatique, avec la perspective de financements adéquats pour des usines à vaccins et le Green Climate Fund. Il a enfin annoncé que les restrictions de visas pour les réfugiés édictées par Trump allaient être abrogées, et que l’égalité raciale et la lutte contre le suprémacisme blanc étaient des priorités de son administration. À l’évidence, Biden visait à insister sur la rupture franche avec l’administration Trump et, par contrecoup, à souligner les continuités avec Barack Obama, dont il était le vice-président.

Des Africains-Américains promus

Pour en savoir un peu plus, il faut nous tourner vers un ensemble de nominations tout à fait significatives auxquelles le nouveau président a procédé. Plusieurs Africains-Américains ont été promus. Enoh Ebong est ainsi devenue directrice par intérim de l’Agence américaine pour le commerce et le développement (USTDA). Cette femme d’origine nigériane a une solide expérience au sein de ladite agence, où elle a travaillé de 2004 à 2019.

Mahmoud Bah, d’origine guinéenne, est également distingué : il devient le responsable par intérim du Millennium Challenge Corporation (MCC). Le MCC, créé par le Congrès des États-Unis en 2004, est un programme de développement dont la vocation est de verser des subventions à des pays qui ont démontré leur engagement dans la promotion des bonnes pratiques de gestion et la réforme économique. Mahmoud Bah a lui aussi une solide expérience d’une dizaine d’années au sein de l’organisme à la tête duquel il a été nommé, y compris en tant que responsable du MCC en Côte d’Ivoire pendant trois ans.

LE GOUVERNEMENT AMÉRICAIN ACTUEL EST DE LOIN LE PLUS DIVERS DE L’HISTOIRE DU PAYS. LA MOITIÉ DE SES MEMBRES NE SONT PAS BLANCS

À ces nominations s’en ajoutent d’autres, du côté africain-américain, et au plus haut niveau. Elles marquent aussi une rupture symbolique et pratique avec l’ère Trump. Même si la vice-présidente n’est pas africaine-américaine (ses parents étaient d’origines caribéenne et indienne), Kamala Harris s’affirme comme une femme noire, en laquelle beaucoup de femmes et d’hommes noirs se reconnaissent. Le nouveau ministre de la Défense, le général quatre étoiles Lloyd Austin, est également entré en fonctions, une première pour un homme noir.

Marcia Fudge, représentante de l’Ohio au Congrès, est désormais ministre de l’Habitat et du Développement urbain, tandis que Susan Rice, ancienne ambassadrice des États-Unis à l’ONU, devient directrice du Conseil de politique intérieure (Domestic Policy Council). De son côté, Linda Thomas-Greenfield, une diplomate chevronnée qui fut notamment chargée des affaires africaines entre 2013 et 2017, avant d’être démise de ses fonctions par Trump, représente désormais son pays à l’ONU.

Si l’on ajoute à ces personnalités celles issues du monde hispanique, et même amérindien, le gouvernement américain actuel est de loin le plus divers de l’histoire du pays (la moitié de ses membres ne sont pas blancs). Voilà qui est significatif, et qui a été salué par les associations antiracistes du pays : la représentation, l’incarnation d’un poste, cela compte en politique !

Environnement et santé

Reste, bien entendu, à mesurer les effets de ces nominations sur les politiques mises en œuvre. Du côté de l’Afrique, la tendance générale est celle d’un retour à une diplomatie normale, marquée par des relations respectueuses entre les États-Unis et le continent.

L’inflexion principale par rapport à l’administration Obama semble devoir se situer du côté d’une accentuation de l’investissement environnemental, sur lequel Biden a tant insisté pendant sa campagne, et de la priorité médicale, puisque l’Afrique n’est pas épargnée par le Covid-19, même si la pandémie n’a pas eu des conséquences comparables à celles que l’Europe ou les États-Unis connaissent.

Sur les autres sujets, Washington combinera, de manière finalement assez classique, ses intérêts propres, en particulier économiques, à des préoccupations stratégiques (en laissant le premier rôle militaire à la France dans le Sahel, tout en assurant un soutien logistique) et humanitaires. Mais les historiens savent bien que ce qui semble prévisible sera déjoué par les événements eux-mêmes, et la capacité des responsables africains et américains à y répondre !

Par  Pap Ndiaye

Historien, professeur à Sciences Po Paris, nouveau directeur général du Palais de la Porte Dorée

[Tribune] Crise à la CAF : l’Afrique doit s’en prendre à elle-même, pas à la Fifa

février 2, 2021
Ahmad Ahmad lors de l’assemblée générale de la CAF, en février 2018, à Casablanca

Si la Fifa intervient dans les scandales qui éclaboussent la CAF, c’est d’abord parce que les Africains ne parviennent pas à gérer leurs propres affaires. Et discréditent ainsi l’ensemble du continent.

Il faut être sourd pour n’avoir pas entendu parler, ces derniers jours, des rebondissements – ou devrais-je dire des scandales – dont se nourrit la campagne pour l’élection, le 12 mars, du président de la Confédération africaine de football (CAF). Le Tribunal arbitral du sport vient de rétablir dans ses fonctions de président le sortant Ahmad Ahmad, mettant ainsi fin à la suspension de cinq ans de toute activité liée au football que lui avait infligée la Fifa pour des malversations financières présumées. Quarante-huit heures auparavant, précisément à cause de cette sanction, la candidature du Malgache à sa propre succession avait été jugée irrecevable par la commission de gouvernance de la CAF mais d’abord et surtout par… la Fifa.

Face à l’intervention de la Fifa, deux attitudes sont envisageables. On peut crier au paternalisme, car elle resserre son étreinte sur la CAF en la plaçant, de fait, sous tutelle. En effet, comment expliquer que cette instance censée être autonome, avec une commission d’intégrité chargée d’évaluer les candidatures, laisse la Fifa décider à sa place, sans aucune considération pour ses prérogatives, vidant ainsi ladite commission de toute sa substance ?

On peut aussi interroger la capacité des Africains à gérer leur football. En réalité, il importe surtout de savoir comment on en est arrivé là. Car ce qui se passe à la CAF n’a d’équivalent dans aucune autre confédération. Mais, il faut bien l’admettre, les Africains ont leur part de responsabilité. Si vous manquez de dignité, les autres vous manqueront de respect…

Plus opportunistes que convaincus

L’arrivée d’Ahmad Ahmad avait semblé marquer la fin de l’opacité dans la gestion de la CAF. On avait même parié sur l’émergence, dans cet environnement, d’un concept jusqu’alors inconnu, celui de « bonne gouvernance ». Pari risqué : façonnés dans le même moule que leurs prédécesseurs, les hommes censés incarner ce renouveau ont conservé les habitudes du passé. Et prôné un changement aux allures de slogan de campagne, d’ailleurs emprunté à la Fifa, qui, elle-même, n’avait pas réalisé sa mue de son plein gré mais sous la pression de la justice américaine.

La CAF n’a pas choisi non plus d’adhérer à un quelconque nouvel ordre. Celui-ci lui a été imposé sans qu’elle s’en saisisse pour évoluer. Pour preuve, ses chevaliers blancs, plus opportunistes qu’acteurs convaincus, se sont juste employés à crédibiliser leur campagne électorale. Eux qui avaient mis en avant l’exigence de transparence pour évincer Issa Hayatou auraient pourtant dû s’attendre à rendre des comptes.

LA GESTION PRÉCÉDEMMENT PEU ORTHODOXE ET OPAQUE DE LA CAF N’EST PLUS ACCEPTÉE

Longtemps, les présidents de la CAF comme ceux des différentes fédérations ont été perçus comme les propriétaires des instances sportives qu’ils dirigeaient. Hissés sur un piédestal, voire déifiés par les membres mêmes, ils étaient considérés comme incapables d’entendre la moindre voix discordante, la moindre proposition. Isolés de fait, ils sont devenus des potentats redoutés et ont pris, seuls, les décisions les plus contestables. C’est précisément du fait de leur incapacité à suivre les règles que se sont produits, à répétition, tant de scandales.

De même qu’en politique certains pays sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur déficit de liberté – ce qui, il y a peu, était la norme –, l’idée de transparence, de strict respect des règles dans un monde qui se judiciarise, s’impose dans les esprits. Et la gestion précédemment peu orthodoxe et opaque de la CAF, à l’image d’un continent rompu aux petits arrangements, n’est plus acceptée. Tous ceux qui ont fait semblant de l’ignorer en paient aujourd’hui le prix.

Une incapacité à se prendre en main

La Fifa aurait-elle dû s’abstenir d’intervenir ? Il est peu souhaitable que la justice ait à faire irruption dans la sphère privée. La seule manière pour la CAF de l’éviter est de se montrer irréprochable, organisée et de porter à sa tête un chef consensuel. La Fifa ne s’invite pas à la CAF, ce sont les Africains qui l’y convient. Au vu du chaos qui y règne, elle finit par y faire ce qu’elle ne se permettrait nulle part ailleurs.

Dans un autre registre, c’est parce que nos autorités politiques osent l’indicible que l’ONU nous envoie ses forces. L’Italie change de Premier ministre tous les six mois. Lorsque la coalition au pouvoir ne s’entend plus, on dissout le gouvernement. Les Italiens sont ordonnés dans leur désordre. Si nous pouvions faire de même, notre linge sale serait lavé en famille.

Je n’en veux donc pas à la Fifa mais aux Africains, qui ne parviennent pas à gérer leurs propres affaires. Ils jettent l’anathème sur l’ensemble du continent, le discréditent, le fragilisent et freinent son évolution. Ce discrédit rejaillit sur la perception que les autres ont de nos États. Bien plus que sur le développement du football, la tutelle de la Fifa a des répercussions négatives sur l’Africain, dans son être même. Le football doit être un vecteur d’éducation et de communication. Or c’est par le football que les Africains sont infantilisés : à travers ce sport, on les place face à leurs insuffisances, à leur incapacité à se prendre en main.

Ceux d’entre nous qui crient à l’infantilisation seraient surpris du nombre de fois où la CAF a sollicité Zurich dans le règlement du moindre conflit. Comme si personne à Yaoundé, à Libreville, à Dakar ou à Abidjan n’était capable de dire le droit. Ils resteraient pantois de la voir se prosterner devant les envoyés de la Fédération internationale lorsque ceux-ci arrivent sur le sol africain.

Faire rimer football et éthique

J’ai appris du football une leçon essentielle : nous sommes tous soumis à des règles. L’arbitre est là non pas pour nous les imposer mais pour nous les rappeler. C’est sans doute là le sens de l’intervention de la Fifa. Efforçons-nous de suivre les règles, de les respecter et de les appliquer à tous et partout. Il faut que les Africains –  et les Européens – cessent de vouloir forger des règles spécifiques pour le continent. On ne peut pas prétendre à l’universel et militer pour des règles locales.

UNE PURGE POUR SAUVER LA CAF ? PAS NÉCESSAIREMENT

Une purge pour sauver la CAF ? Pas nécessairement. Il faudra en revanche arriver à faire rimer football et éthique, y croire, le marteler chaque jour. Que la CAF tende vers l’éthique doit être un combat de tous les instants. Le football n’est pas un îlot sacré. Il est le produit d’une société et il est géré par ceux-là mêmes qui, à sa tête, traînent des tares. Comment attendre de gens qui truquent le jeu politique qu’ils fassent montre d’un soudain sens de l’éthique lorsqu’il s’agit de football ? Pour que la CAF respecte les règles, l’ensemble des fédérations nationales qui la composent doivent être en mesure de les suivre. Ce défi n’est pas à relever par ce seul homme providentiel que serait le président de la CAF.

L’élection du 12 mars opposera des candidats au fait de ce qui s’est passé auparavant. Ceux-ci devront en tirer des enseignements pour leurs programmes. Surtout, ils devront eux-mêmes se fixer des limites, savoir qu’il y a des pratiques inadmissibles et des principes intangibles. Otages, de fait, de leurs électeurs, à eux de se constituer prisonniers de la vérité, en fondant leur campagne sur une nouvelle donne et en soulignant les risques encourus quand on s’affranchit des règles. Il est temps de sortir des scandales… et de redoubler d’attention.

Avec Jeune Afrique par  Joseph Antoine Bell

International Football

COVID: 400 millions de doses de vaccin pour l’Afrique

janvier 28, 2021

NAIROBI, Kenya — Le continent africain a obtenu 400 millions de doses supplémentaires d’un vaccin contre la COVID-19 par le biais du Serum Institute of India, ont indiqué jeudi les Centres africains pour le contrôle et la prévention des maladies.

© Fournis par La Presse Canadienne

Avec ces nouvelles doses, en plus des 270 millions de doses des vaccins de Pfizer, AstraZeneca et Johnson & Johnson annoncées plus tôt ce mois-ci, «je pense que nous commençons à faire de bons progrès», a dit aux journalistes le patron de l’agence, John Nkengasong.

Les 400 millions de nouvelles doses sont du vaccin Oxford-AstraZeneca. Comme cela est souvent le cas lors de telles annonces, aucun détail financier n’a été dévoilé.

Certaines régions du continent africain sont le théâtre d’un retour en force du virus, qui est «très agressif», selon M. Nkengasong. Il a prévenu que le pire reste encore à venir.

Le taux de mortalité de 2,5 % noté en Afrique est supérieur au taux mondial de 2,2 %. Quatorze des 54 pays africains affichent un taux de mortalité supérieur à 3 %. Il y a plus de 3,4 millions d’infections confirmées sur le continent, y compris plus de 87 000 morts.

Le continent de 1,3 milliard d’habitants tente d’obtenir suffisamment de vaccins pour protéger 60 % de sa population. Ses dirigeants demandent souvent aux pays riches qui empilent des stocks de vaccin d’adopter une approche équitable et de bien vouloir partager.

L’Afrique devrait aussi recevoir quelque 600 millions de doses par le biais de l’initiative mondiale COVAX, à l’intention des pays pauvres. L’Organisation mondiale de la Santé s’est dite confiante, jeudi, que cet objectif aura été atteint d’ici la fin de 2021. Les premières doses sont attendues vers le milieu du mois prochain, et d’ici mars la plupart des pays africains devraient avoir commencé à vacciner les populations vulnérables.

L’OMS a ajouté qu’il est «réaliste» d’espérer que 35 % de la population africaine aura été vaccinée d’ici la fin de l’année.

– Par Cara Anna, The Associated Press avec La Presse Canadienne