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Quand la finance africaine s’empare du défi de la biodiversité

juin 14, 2022

ALERTE. Parmi les atouts dont l’Afrique peut se prévaloir, il y a l’extrême richesse de sa biodiversité. Pour la préserver, des acteurs financiers se mobilisent.

L'Afrique a perdu 75 % des populations d'elephants de forets a cause du braconnage.
L’Afrique a perdu 75 % des populations d’éléphants de forêts à cause du braconnage.© STEEVE JORDAN / AFP

Comme partout ailleurs, la majorité des États africains ont des difficultés à fixer un cadre pour mieux protéger la biodiversité, pour d’autres le sujet est très loin dans la liste des problèmes auxquels ils sont confrontés ces dernières années. En revanche, les milieux financiers commencent tout juste à prendre conscience de l’impact des activités humaines sur l’environnement et les écosystèmes. C’est le cas de plusieurs banques et institutions financières africaines, dont FirstRand Ltd, Standard Chartered, Access Bank et Equity Group ou de l’assureur Sanlam ainsi que de la banque panafricaine Ecobank, basée au Togo. Ensemble, et sous la houlette de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et de l’agence de développement financée par le Royaume-Uni FSD Africails, ils ont lancé l’Alliance africaine pour le capital naturel. Une initiative qui vise à investir dans le climat et la nature pour faire de la biodiversité une question financière prioritaire. 

Tout est parti d’un constat : alors que l’Afrique abrite la plus grande population mondiale de grands mammifères ainsi que le bassin du Congo, la deuxième plus grande forêt tropicale et que plus de 60 % de son produit intérieur brut dépend de la nature, juste derrière l’Indonésie et l’Inde, d’après le Forum économique mondial, il faut désormais prendre en compte le fait que la destruction de cette biodiversité représente aussi une perte financière. Le calcul n’est pas évident, mais les institutions financières s’y sont attelées pour une autre mesure, celle des émissions carbone, où des standards et des certifications ont vu le jour pour s’assurer de l’authenticité des objectifs annoncés par les entreprises pour la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Et la nécessité d’intégrer la nature dans la prise de décision financière est particulièrement aiguë en Afrique où la biodiversité décline rapidement. Entre 1970 et 2016, la population de mammifères, de poissons, d’amphibiens et de reptiles du continent a chuté de 65 %, a constaté le WWF. Résultat : la perte de biodiversité menace directement la stabilité financière.

Des défis immenses pour l’Afrique où le changement climatique frappe déjà

La gestion responsable du capital naturel de l’Afrique, y compris son eau, ses sols et ses forêts, « crée des opportunités fantastiques et contribue à la croissance et au développement du continent », a commenté Rachael Antwi, responsable du groupe ESG chez Ecobank. L’enjeu est double : d’une part, l’Alliance africaine pour le capital naturel veut concentrer ses efforts sur le transfert des flux financiers des activités qui détruisent la nature vers des pratiques plus durables et, d’autre part, influencer les normes mondiales de gestion des risques liés à la nature, afin qu’elles reflètent les contextes africains.

La tâche s’annonce ardue, car l’Afrique est déjà confrontée à la crise climatique. Quant à la lutte pour préserver la biodiversité, elle n’est pas toujours populaire sur le continent. Au Gabon, par exemple, pays qui a fait de la protection de sa biodiversité une priorité et plaide pour des « crédits biodiversité » sur le modèle des crédits carbonne, les habitants des zones reculées qui vivent de ce qu’ils plantent et de la chasse ne perçoivent pas ces enjeux de la même manière. Dans ce petit État d’Afrique centrale, les éléphants de forêt, une espèce menacée d’extinction, dont la population dans le monde a chuté de 86 % en 30 ans, a doublé en 10 ans, pour atteindre quelque 95 000 individus, dont certains ravagent régulièrement les cultures vivrières. « La perte de biodiversité et le changement climatique sont interdépendants, les solutions le sont aussi », décrypte Madeleine Ronquest, responsable des risques environnementaux, sociaux et climatiques à FirstRand Ltd. 

Des pistes de réflexion autour des financements innovants émergent.

Faire entendre la voix de l’Afrique dans le débat mondial

Selon McKinsey et Credit Suisse, le secteur de la conservation de la biodiversité souffre toujours d’un déficit de financement de 598 à 824 milliards de dollars par an. Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut mettre plus d’argent sur la table pour protéger la biodiversité, mais les avis divergent sur les montants et la source. Le groupe africain, représenté par le Gabon, le Brésil, l’Inde, le Pakistan, l’Argentine et d’autres pays d’Amérique latine, a demandé aux pays développés « au moins 100 milliards de dollars par an dans un premier temps, puis 700 milliards de dollars par an d’ici à 2030 et au-delà » pour les pays en développement. Des pays développés sont prêts à mettre plus sur la table, mais pas autant. Ils prônent la mobilisation de toutes les ressources – nationales, aide publique au développement, fonds privés.

« Nous sommes ravis d’être l’un des membres fondateurs de l’Alliance africaine pour le capital naturel pour apporter notre expérience et notre voix à cet agenda mondial critique de la gestion des risques et des opportunités liés à la nature », a commenté le Dr James Mwangi, directeur général du groupe et PDG d’Equity Bank, alors que se prépare la COP15 sur la biodiversité à Kunming en Chine. Après l’accord de Paris de 2015 qui a demandé de rendre « les flux financiers compatibles » avec une trajectoire à faible émission de carbone, aucun engagement similaire n’est demandé pour la biodiversité. La COP15 vise à établir le même principe pour la nature. 

« La stratégie d’Equity Group, décrite dans notre Plan de relance et de résilience pour l’Afrique, est de catalyser une industrialisation de l’Afrique axée sur les ressources naturelles. Nous comprenons que la nature est un atout précieux qui stimule nos économies, mais a également un impact significatif sur nos vies et nos moyens de subsistance. Pour cette raison, nous devons sauvegarder cet atout mais aussi trouver des moyens d’utiliser notre capital naturel de manière durable pour la prospérité socio-économique des peuples d’Afrique », a ajouté James Mwangi. Cette initiative panafricaine intervient au moment où, au niveau mondial, les institutions financières se concertent de plus en plus. L’Alliance africaine pour le capital naturel est membre de la Taskforce on Nature Related Financial Disclosures (TNFD, groupe de travail sur les informations financières liées à la nature), répétant l’expérience du TCFD (Taskforce on Carbon Related Financial Disclosures) pour les émissions carbones. Elle doit publier son cadre opérationnel en 2023

Par Le Point

Afrique : « L’autre défi à relever est le risque accru de défaut de paiement »

mai 31, 2022

ENTRETIEN. Président de la banque d’investissement et de développement de la Cedeao, George Agyekum Nana Donkor, revient sur les défis qui attendent le continent.

La zone Cedeao subit un ralentissement de la croissance des activites economiques dans tous les secteurs d'activite.
La zone Cedeao subit un ralentissement de la croissance des activités économiques dans tous les secteurs d’activité. © HALIL SAGIRKAYA / Anadolu Agency via AFP

Alors que la reprise économique en Afrique était dans tous les agendas après deux années de ralentissement dû à la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine vient fortement contrecarrer les projets des grandes institutions. L’Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), n’est pas épargnée. Presque tous les secteurs d’activité subissent les impacts du conflit, les États ne disposent pratiquement plus de marges de manœuvre – au contraire, ils anticipent plutôt une baisse de leurs recettes et donc de réduire in fine leurs budgets d’investissement. Sur le long terme, les risques sont grands désormais de voir le développement de la sous-région impacté.

C’est dans ce contexte que la BIDC, banque d’investissement et de développement de la Cedeao*, bras financier des 15 États membres, a la lourde de charge de catalyser la relance économique de la zone. Établi à Lomé, au Togo, le siège de l’institution est en ébullition après une période de traversée du désert caractérisée par le manque de ressources financières dans le secteur bancaire en Afrique de l’Ouest. L’institution a dû revoir tous les pans de sa stratégie de mobilisation de ressources afin de renforcer la résilience des États membres face à la pandémie de Covid-19. Ce qui lui permit de limiter les risques accrus de défaut de paiement tout en injectant des ressources financières dans les économies d’Afrique de l’Ouest. Quid de l’avenir ? George Agyekum Nana Donkor, le président de la BIDC, est revenu en détail pour Le Point Afrique sur les défis qui attendent le continent africain sur les sujets du financement, du développement et des investissements.

Le Point Afrique : Votre institution est le bras financier des 15 États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Mais elle a traversé une zone de turbulences ces dernières années faute de ressources financières. Qu’en est-il présentement alors que les États de la sous-région ont besoin de financement ?

George Agyekum Nana Donkor : Tout d’abord, permettez-moi de retracer un peu l’historique de cette grande banque de développement. En 2006, l’autorité des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a accepté de réorganiser les deux filiales de l’ex-fonds de la Cedeao créé en 1975, c’est-à-dire la fusion du Fonds régional de développement de la Cedeao (FRDC) dédié au financement du secteur public et la banque régionale d’investissement de la Cedeao (BRIC) dédiée au financement du privé. Cela, dans le but d’étendre les services de la banque à une plus large variété d’acteurs impliqués dans le développement des activités économiques ainsi que des programmes au niveau tant national que régional. La BIDC a commencé ses opérations sous cette nouvelle structure en janvier 2007 et est à ce jour l’une des plus grandes institutions financières en Afrique. Pour revenir à votre question, tout n’a pas été facile. Je suis heureux d’annoncer qu’en 2021 la banque a mobilisé des ressources estimées à plus d’un milliard de dollars auprès de sources de financement diversifiées, y compris des partenaires financiers de la Cour européenne des comptes (ECA), ainsi que des partenaires bilatéraux. Aujourd’hui, nous sommes très reconnaissants envers des partenaires tels que AKA Bank, ODDO BHF, Commerzbank, KfW IPEX Bank, Ebu Dhabi Export Finance et Cargill Financial Services Inc. En mai 2021, la banque a établi un record suite à l’émission d’un emprunt obligataire par appel public à l’épargne dénommé « BIDC-EBID 6,50 % 2021-2028 » d’un montant de 50 milliards de FCFA (environ). L’opération a démarré et s’est achevée en l’espace d’une heure avec 168 % de souscription. De plus, nous avons également reçu un financement de 40 milliards de FCFA provenant de Bank of Africa en novembre 2021. J’aimerais souligner que, suite à la meilleure notation reçue par la banque auprès de l’agence Moody’s, tous les partenaires veulent nous octroyer des financements. La banque a reçu la notation B2, ce qui a ouvert la voie aux financements provenant de beaucoup de partenaires bilatéraux. Donc la problématique de ressources n’est plus d’actualité à la banque.

Comment la banque s’est-elle arrangée pour atteindre ce niveau de notation par l’agence Moody’s en si peu de temps après une période d’incertitude ?

Avant, nous avions des perspectives négatives et les agences internationales de notation nous avaient adressé quelques recommandations. Il s’agissait de certains actifs non performants de la banque. En plus, on avait un taux de prime minimum (TPM) élevé et, en termes de souscription au capital, les États membres étaient, pour la plupart, encore redevables à la banque. Je peux également dire que nos procédures étaient un peu lentes et que nous avions des politiques obsolètes, ce qui entravait la rapidité de nos activités. Donc nous avions dû discuter à l’interne des remarques provenant de ces agences internationales de notation pour résoudre définitivement ces problèmes. En 2020, notre taux de prime minimum (TPM) était de l’ordre de 8,5 %. Mais ce taux a été rabaissé à 5,8 % quand l’agence de notation Moody’s évaluait les performances de la banque en fin d’année 2021. C’est le ratio exigé par le secteur. En termes de souscription au capital, nous avions en 2020 environ 140 millions de dollars. Mais, à la fin d’année 2021, nos États membres ont pour la plupart payé leurs redevances, en particulier les grands actionnaires que sont le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal. En fait, nous avions pu recouvrer 60 % des arriérés de capital à la fin de l’année 2021. Donc toutes ces performances, ajoutées à la qualité de nos services, ont motivé les agences internationales de notation à élever notre notation. Nous avons aussi revu notre portefeuille pour être beaucoup plus performants. Cette bonne notation reçue par la BIDC continue d’attirer des investisseurs.

Les Institutions de financement se sont réunies en 2020 en France pour évaluer les enjeux et défis du secteur. La BIDC avait également pris part à cette grande rencontre. Quelles étaient les grandes recommandations issues de cette rencontre et comment les mettez-vous en pratique en cette période marquée par la crise sanitaire ?

La récente rencontre a exhorté les institutions financières de développement (IFD) à beaucoup plus de collaboration afin de faire face aux conséquences issues de la pandémie. À cet effet, la BIDC a déjà fait des avancées significatives et va continuer de renforcer ses collaborations avec ses différents partenaires dans le secteur du financement afin de mobiliser beaucoup plus de ressources pour développer des projets dans la sous-région. En effet, pour la seule année 2021, suite à la crise sanitaire, nous avons décidé d’injecter beaucoup de financements dans les différentes économies en Afrique de l’Ouest afin de soutenir la relance économique. Je suis ravi de vous informer qu’en 2021 nous avons injecté environ 267 millions de dollars dans les différents secteurs de la vie économique en Afrique de l’Ouest. Et je peux affirmer avec certitude que la relance économique est en bonne marche dans notre sous-région.

Vous affirmez avec certitude que la mobilisation des ressources n’est plus un problème avec la BIDC. Mais qu’en est-il des ressources concessionnaires disponibles dans la sous-région ?

Vous avez évidemment raison puisqu’à cause des dispositions qui existent entre nos États membres et les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international (FMI), certains d’entre eux ne peuvent pas lever des fonds sur le marché international. Donc il est primordial qu’une institution régionale telle que la BIDC mette en place des mécanismes leur permettant d’accéder aux financements concessionnaires en vue de soutenir leurs différents programmes de développement. À cet effet, j’aimerais vous informer que le gouvernement indien, à travers Indian Exim Bank, a octroyé une enveloppe d’environ 1 milliard de dollars à la banque d’investissement et de développement de la Cedeao sous des termes concessionnaires afin de permettre à notre institution de prêter à nos États membres.

Auparavant vice-président de la BIDC chargé des finances, de l’administration et des services institutionnels. George Agyekum Nana Donkorest est devenu le président de l’institution le 3 février 2020. © Blamé Ékoué

En ce moment même, nous disposons déjà d’environ 90 % de facilités de crédit. Hormis cet avantage du gouvernement indien, que je tiens à remercier à travers votre canal, nous sommes en train de négocier avec d’autres partenaires asiatiques en vue d’obtenir des financements concessionnaires pour nos États membres. En plus, nous avons mis en place à l’interne de la banque ce que nous appelons un « fonds de bonification d’intérêt ». Ce fonds est mis en place par la banque en collaboration avec la Commission de la Cedeao. À la fin de chaque exercice financier, nous mettons de côté une partie de nos bénéfices pour alimenter ce fonds. La Commission de la Cedeao est censée nous donner environ 4 millions de dollars chaque année pour soutenir ce fonds. L’idée motrice conduisant à la mise en place de ce fonds est de subventionner les projets du secteur public. Cela, dans le but de permettre aux États membres d’accéder à des financements provenant de la banque avec des taux concessionnaires et avantageux afin de leur permettre de financer leurs projets.

Allant toujours dans le sens de la mobilisation de ressources, est-ce que la banque a aussi recours aux sociétés financières privées pour booster ses activités ?

Les pères fondateurs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont reconnu le rôle essentiel que les sociétés de capital-investissement peuvent jouer au sein de l’actionnariat de la banque. C’est ainsi qu’environ 30 % de notre capital autorisé ont été réservés à des membres non régionaux. Ces membres non régionaux sont constitués d’entités ou de firmes privées appropriées, d’États, des organisations internationales de financement, ainsi que des organisations multilatérales de développement n’appartenant pas aux États membres. J’aimerais également préciser que le Conseil des gouverneurs, l’autorité principale de prise de décision de la banque, avait auparavant invité des entités non régionales à intégrer l’actionnariat de la banque. En ce moment précis, des invitations sont adressées à certains membres non régionaux pour entrer dans l’actionnariat de la banque. Les discussions sont toujours en cours avec des entités à travers le monde pour voir la nécessité pour elles d’entrer dans notre actionnariat. Les négociations ont beaucoup avancé, mais ce n’est pas le moment pour moi ici de donner des noms car les transactions n’ont pas encore été faites à ce stade des négociations. Mais, s’il plaît à Dieu, je pense qu’ils feront bientôt leur entrée dans l’actionnariat de la banque afin de booster le capital. Pour la mobilisation de ressources, les textes sont déjà disponibles et le Conseil des gouverneurs a déjà décidé de l’ouverture de l’actionnariat de la banque à des partenaires non régionaux.

Face à la baisse des ressources pour financer les projets de développement dans les pays en Afrique de l’Ouest, pourquoi ne pas recourir à une mobilisation de ressources sur des marchés financiers locaux ?

Vous devriez savoir que la banque a réussi à lever des fonds depuis 2006 sur le marché financier de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa) à six différentes reprises. Comme je l’avais dit précédemment, nous avons effectué une opération en mai 2021 sur ce marché. Elle a démarré et s’est achevée en l’espace d’une heure avec 168 % de souscriptions. La banque ambitionne de réaliser un autre record à travers une autre émission dans le courant du deuxième trimestre 2022 pour mobiliser 120 milliards de FCFA environ (183 millions d’Euros). En plus, la banque s’efforce de reconquérir le marché financier nigérian. En effet, nous sommes en train de déployer des efforts afin de lever des fonds en nairas (devise locale) sur le marché financier nigérian. Cela, dans le but d’utiliser ces mêmes ressources financières levées sur le marché financier local en nairas pour financer les projets du pays. Nous envisageons de faire de même en levant des ressources en cedis au Ghana pour financer des projets sur place. Bref, des efforts sont consentis dans ce sens sur certains marchés financiers des États membres.

La banque d’investissement et de développement, bras financier de la Cedeao, a été lancée en 2003. Son siège est situé à Lomé, la capitale du Togo, non loin de la BOAD, la banque de développement de la sous-région ouest-africaine. © Blamé Ékoué

La crise sanitaire a paralysé les activités de la sous-région. Quels sont les impacts de cette crise sanitaire sur les activités de la BIDC ?

Comme vous le saviez déjà, l’impact de la crise sanitaire a affecté toutes les entités dans tous les secteurs d’activité. En tant qu’institution financière de développement, nous demeurons sensibles à la détresse de nos clients, qui sont aussi pour certains nos actionnaires. L’impact de la pandémie de Covid-19 sur les activités économiques a été assez révélateur avec une situation financière précaire des entreprises. L’un des secteurs clés ayant beaucoup souffert durant cette pandémie n’est autre que celui de l’industrie hôtelière. Les restrictions de voyages imposées comme une mesure de lutte contre la propagation ont affecté la fréquentation des hôtels. En outre, l’embargo imposé sur la tenue des conférences dans plusieurs pays dans la sous-région ouest-africaine en pleine flambée épidémique explique le fait que la plupart des entreprises de ce secteur ne généraient pratiquement plus de revenus. Par conséquent, il serait insensible de la part de la banque d’exiger que ses débiteurs continuent de s’acquitter de leurs dettes comme c’était prévu avant la pandémie. En effet, la banque a accordé une période moratoire d’acquittement des créances à sept entités afin de leur permettre d’avoir une marge de manœuvre pour affronter la pandémie. Cette situation a conduit à une réduction du flux de liquidités pour la banque avec un impact découlant sur la profitabilité. Une fois nos revenus d’intérêts réduits, toutes les activités de la banque tournaient au ralenti parce qu’on ne pouvait pas atteindre les résultats escomptés. Les agences de notation ont vu en ce geste quelque chose de problématique dans leurs évaluations des notations, cela, du fait que la période moratoire dépassait 90 jours, leur seuil permis pour les dépréciations sur des prêts accordés. En effet, cette situation a entraîné une hausse du niveau des prêts non productifs de la banque, ce qui a, à leurs yeux, exercé une pression à la baisse sur la cote de solvabilité de la banque. En plus, certains États membres faisaient face à une instabilité politique et cela a eu des répercussions négatives sur la banque. Pire encore, il y a eu une détérioration de la chaîne d’approvisionnement conduisant à une hausse des prix des biens et services dans la plupart des États membres. Certains étaient au bord du gouffre, pour ne pas parler de récession. Tous ces facteurs ont contribué à affecter négativement nos activités parce que les États membres sont nos clients et en même temps nos actionnaires. Donc l’impact de la crise sanitaire sur nos activités en tant que banque a été immense. Toutefois, il a fallu trouver une voie de sortie pour surmonter la situation en réduisant considérablement nos dépenses. Nous étions aussi capables de recouvrer certains prêts. Bref, nous avons pu réaliser des profits à la fin de l’année financière en décembre 2021. Face à la situation qui prévalait, nous étions obligés de réduire nos dépenses.

Quels sont les grands défis auxquels feront face les institutions opérant dans le secteur financier ou bancaire après la crise sanitaire dans la sous-région ?

Le flux des capitaux en direction de l’Afrique de l’Ouest pourrait être inhibé par la hausse des taux d’intérêt dans les économies les plus développées du monde. Cela, à cause de la flambée des prix due à la crise sanitaire, entraînant une rupture des chaînes d’approvisionnement. En effet, cette situation ne sera pas seulement l’apanage des États de l’Afrique de l’Ouest suite aux coûts élevés des emprunts mais le secteur bancaire aura également fort à faire pour avoir accès à des ressources financières nécessaires afin d’exécuter leur mandat. L’autre défi à relever sera également le risque accru de défaut de paiement étant donné que beaucoup d’entités se retrouvent dans des conditions financières précaires post-Covid-19. Si on n’en tient pas compte, les prêts non performants (PNP) vont augmenter de court et moyen terme et pourraient même finir par compromettre la qualité des actifs du secteur bancaire. Le risque accru crée une certaine aura d’incertitude qui conduira à un examen approfondi des modèles d’affaires. À cet effet, beaucoup de ressources financières et des heures de travail seront dédiées à l’évaluation des crédits, ce qui va ralentir sûrement le processus d’octroi de prêts. En tant que banque, nous avons réellement renforcé notre processus d’octroi de prêts. Car, si on ne fait pas ainsi, on fera face à un risque accru de défaut de paiement de crédits. Nous avons aussi changé notre modèle d’affaires. Au lieu d’octroyer des crédits à des promoteurs particuliers ou privés, nous passons maintenant par le canal des banques commerciales. Nous faisons ainsi parce que nous pensons que les banques commerciales sont dans une meilleure position pour faire le suivi et gérer le risque en ce qui concerne les projets dans le secteur privé. Donc nous avons déjà changé notre modèle d’affaires en tenant compte des changements dus à la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, la BIDC accorde des prêts aux banques commerciales qui, en retour, prêtent aux promoteurs de projets dans la sous-région. Ainsi, nous avons pu réduire considérablement le risque accru de défaut de paiement de crédits.

La guerre en Ukraine a montré une dépendance accrue des États africains vis-à-vis du monde occidental de certains produits de base tels que les céréales et même l’engrais. Que faire dans le futur pour éviter que, dès qu’une guerre éclate sur un autre continent, l’Afrique n’en pâtisse pas trop ?

C’est vrai que la guerre entre la Russie et l’Ukraine a des conséquences sur le monde entier. Comme vous le savez, la Russie est l’un des plus grands importateurs d’engrais au monde. Les deux pays sont également les plus grands producteurs de blé. Avec la guerre entre ces deux pays, le prix de ces denrées flambe. Pire encore, je peux dire qu’avec cette guerre le prix des biens et services est en train d’être impacté sur notre continent. Désormais, le moment est venu pour que les pays africains en général et ouest-africains en particulier puissent développer leurs propres capacités en termes d’agriculture mais aussi la transformation des produits agricoles. Nous avons besoin de transformer ces produits agricoles en produits manufacturés qui ont une valeur ajoutée sur le marché mondial. Bref, on aura besoin de transformer une bonne partie de nos matières premières dans la sous-région ouest-africaine pour ne pas continuer à dépendre du monde occidental. Je pense que l’agriculture sera la clé du développement de la sous-région mais également du continent tout entier. Les États auront désormais besoin de mettre sur pied des solutions pour booster ce secteur car cela permettra de générer des revenus à travers l’exportation de produits agricoles manufacturés vers l’Occident.

Avec Le Point propos recueillis par notre correspondant à Lomé, Blamé Ekoué

Crises humanitaires en Afrique : le Congo apporte une contribution de deux millions de dollars

mai 28, 2022

Les participants au sommet de Malabo

« Face aux crises humanitaires qui secouent le continent, nous avons décidé de prendre notre situation en main. Le moment est venu pour les dirigeants africains de lancer un message clair au reste de la communauté internationale. J’annonce que le Congo apporte une contribution de deux millions de dollars », a déclaré le président Denis Sassou N’Guesso, lors de la Conférence des donateurs en marge des travaux du seizième sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), le 27 mai à Malabo, en Guinée équatoriale, principalement consacré aux crises humanitaires à travers le continent.

Selon le président de la Commission de l’institution panafricaine, Moussa Faki Mahamat, l’UA marque sa ferme détermination à poursuivre ses efforts en faveur de la réduction des souffrances dont sont victimes les réfugiés et des personnes déplacées internes sur le continent. Il a dressé un tableau peu reluisant de la situation humanitaire continentale. De nombreuses urgences constituent, en effet, une véritable préoccupation.

Pour sa part, le président en exercice de l’UA, Macky Sall, a pensé qu’il faut attaquer le mal à la racine. Selon lui, le continent ne peut pas se résoudre à une vocation de terre d’urgence d’humanitaire. Il faut rester debout et poursuivre sans relâche le combat pour la justice. Par ailleurs, le président du pays hôte, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a lancé un appel à ses pairs pour plus d’engagement afin de sortir le continent des facteurs aggravant des crises humanitaires.

Les travaux de ce seizième sommet extraordinaire de l’UA ont été suivis de la conférence des donateurs traditionnels et non traditionnels dans le but de mobiliser des ressources conséquentes pour faire face aux crises humanitaires en soulageant les peines des personnes touchées.

Avec Adiac-Congo par Rominique Makaya

France-Afrique : le bilan de trente ans de coopération décentralisée

mai 22, 2022

Sénégal, Burkina Faso et Mali sont, juste après l’Allemagne, les pays dont les collectivités territoriales ont noué le plus de partenariats avec leurs homologues françaises.

L’Agence française de développement (AFD) soutient l’action des collectivités à l’étranger. Ici, une école primaire au Kenya. © LAMBERT COLEMAN/AFD

C’est presque un anniversaire que va fêter cette année la coopération décentralisée française. Héritier des grandes campagnes de jumelage entre villes françaises et villes étrangères – notamment allemandes – , au lendemain de la Seconde guerre mondiale, ce type de partenariats tissés entre collectivités territoriales est entré pour la première fois dans le lexique législatif français en 1992, il y a tout juste trente ans. Un laps de temps suffisant pour faire la preuve de sa complémentarité dans l’arsenal de la coopération internationale au développement, avec l’aide bilatérale entre États et l’appui des ONG.

Diplomatie des territoires

Au fil des décennies, de plus en plus de collectivités territoriales, de la grande métropole urbaine à la petite commune rurale, ont cherché à profiter de l’élargissement progressif du cadre autorisé par l’État pour se projeter vers l’extérieur. Quand elles le souhaitent, car la coopération décentralisée n’est qu’une compétence facultative. Il n’empêche, une véritable « diplomatie des territoires » a vu le jour peu à peu, suppléant même parfois les relations plus officielles de Paris en cas de crise. « Mais toujours dans le respect des engagements internationaux pris par la France », précise un responsable de la Délégation pour l’action extérieure des collectivités territoriales (DAECT, qui fait partie du ministère des Affaires étrangères).

À l’exception donc des domaines régaliens, les collectivités françaises ont vu leurs compétences s’étoffer à mesure que les lois de décentralisation se succédaient, leur transférant des compétences jusque-là réservées à l’État. Aujourd’hui, ces collectivités ont toute latitude pour mener des actions internationales dans les secteurs qu’elles souhaitent, et avec les autorités locales étrangères de leur choix. Elles peuvent s’impliquer dans un dossier en entraînant dans leur sillage les différents acteurs économiques, associatifs ou culturels de leurs territoires, et selon les modalités qui leurs conviennent (soit directement, soit par le biais de l’un des réseaux internationaux de collectivités), et ce pour réaliser des projets ou mobiliser des experts.

Participative et modeste

Selon les services spécialisés du ministère français des Affaires étrangères, près de 5 000 d’entre elles ont déjà tenté l’aventure de la coopération décentralisée, parfois bien au-delà des frontières originelles de l’Europe. Si l’Allemagne reste le partenaire numéro un des collectivités territoriales françaises, elle est talonnée (dans l’ordre) par le le Sénégal, le Burkina Faso et le Mali.

Moins formaliste et bureaucratique, davantage participative et modeste dans ses ambitions, l’aide extérieure entre collectivités semble surtout, selon ses promoteurs, « mieux répondre aux besoins constatés sur le terrain ». Les problèmes, en matière de sécurité et de propreté, de santé et d’éducation, d’équipement et de services urbains, restent identiques d’un territoire à l’autre, même si les réalités quotidiennes ne sont pas forcément les mêmes. À commencer par la décentralisation elle-même, qui, si elle avance à marche forcée depuis quatre décennies en France, peut suivre des rythmes très différents selon les pays, limitant les compétences des collectivités locales et donc, l’efficacité et la portée de ce type de coopération.

Cette coopération reste pourtant l’occasion de tisser des liens humains qui permettent souvent aux partenariats de s’inscrire dans la durée pendant que les collectivités montrent leur solidarité internationale en transférant leur expertise, leurs compétences et parfois leurs matériels selon une règle de réciprocité qui reste souvent difficile à trouver. Qu’elles soient du Nord ou du Sud, ces collectivités profitent en revanche de cette proximité pour repousser leurs limites géographiques ou institutionnelles, avec l’objectif partagé de mieux faire entendre leur voix sur des sujets aussi globaux que l’environnement, le climat ou la pandémie de Covid-19.

La question financière

Du côté français, les collectivités jouent également leur rôle de soutien financier en investissant chaque année quelques centaines de millions d’euros, soit une fraction des 15 milliards d’euros de l’aide publique au développement accordée par la France en 2020. « La question financière reste l’une des principales limites de la coopération décentralisée », admet le responsable de la DAECT. Surtout depuis la crise de 2008, qui a bouleversé les budgets en même temps que l’État abandonnait de nouvelles compétences aux frais des exécutifs territoriaux.

« Les dispositifs financiers existent, mais ils sont souvent mal fléchés », constate Jean-François Habeau, directeur exécutif du Fonds mondial pour le développement des villes (FMDV), dont le rôle consiste à aider les collectivités à trouver les solutions de financement, en France auprès de la DAECT ou de l’Agence française de développement (AFD), parmi les multiples instruments mis en place par l’Union européenne et, plus récemment, auprès des grands bailleurs de fonds multilatéraux comme la Banque mondiale.

Pour y avoir accès, encore faut-il disposer de l’expertise nécessaire pour répondre aux appels à projets. Certaines collectivités françaises aident donc directement leurs partenaires à monter le leur, demandant à l’occasion une rétribution pour leur assistance technique. « Outre qu’elle permet le développement de projets plus ambitieux », comme le dit Jean-François Habeau, cette dernière tendance montre les capacités de la coopération décentralisée à se réinventer, sans oublier l’essentiel.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Flambée des prix : vers des « troubles sociaux » en Afrique ?

avril 29, 2022

INQUIÉTUDES. Au regard de l’important renchérissement des produits alimentaires, le FMI s’interroge sur le spectre de nouvelles « émeutes de la faim ».

La guerre en Ukraine et l'explosion des prix des denrees accentuent les faiblesses structurelles autour de la securite alimentaire dans de nombreux pays consideres comme vulnerables.
La guerre en Ukraine et l’explosion des prix des denrées accentuent les faiblesses structurelles autour de la sécurité alimentaire dans de nombreux pays considérés comme vulnérables.© SIA KAMBOU / AFP

Dans un rapport régional publié ce jeudi, l’institution de Bretton Woods exprime ses « craintes à l’égard de la sécurité alimentaire ». Selon le Fonds monétaire international, celles-ci se sont nettement accentuées avec la guerre en Ukraine et l’explosion des prix des denrées alimentaires. Conséquence : les risques de troubles sociaux se sont accrus au sein des pays vulnérables. « Nous sommes très inquiets de la récente flambée des prix des aliments et du carburant » sur le continent, a commenté auprès de l’AFP le directeur du département Afrique au FMI, Abebe Aemro Selassie, qui pointe des risques de « protestations sociales ». « Ce choc frappe de manière extrêmement ciblée les plus pauvres, en faisant augmenter les prix alimentaires, ceux des carburants et du transport en général, et au bout de la chaîne les producteurs de biens et services qui rehaussent leurs prix », a-t-il poursuivi. La flambée des prix des denrées alimentaires est sans précédent. Ceux-ci ont atteint un nouveau record en mars, lequel a effacé le précédent plus haut de 2011, selon l’indice de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui inclut les tarifs des huiles végétales, des céréales ou des produits laitiers.

Le blé : un front préoccupant

En première ligne, il y a le blé. La progression des prix du blé est « particulièrement préoccupante », écrit le FMI dans son rapport intitulé « Un nouveau choc et une faible marge de manœuvre ». Explication : l’Afrique subsaharienne importe 85 % de sa consommation de la céréale avec des montants particulièrement élevés en Tanzanie, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Mozambique. Plus largement, les importations de blé, de riz et de maïs représentent plus de 40 % des calories consommées chaque jour par les habitants du Botswana, du Lesotho, de Maurice et du Cap-Vert, détaille un graphique de l’organisation internationale. Celui-ci révèle que, parmi les pays les plus fragilisés par l’insécurité alimentaire, il y a Madagascar, la République démocratique du Congo et les États autour du Sahel. Deux mois après le début de la guerre en Ukraine et alors que le conflit ne montre pas de signe d’accalmie, « la hausse des prix des denrées alimentaires exacerbera l’insécurité alimentaire et les tensions sociales », craint le FMI.

La crainte d’une répétition des « émeutes de la faim »

C’est justement une forte augmentation des prix des aliments de base qui avait précédé les « émeutes de la faim » de 2008, des mouvements de protestations plus ou moins violents dans une trentaine de pays, notamment au Sénégal et au Cameroun, ainsi qu’au Maghreb et dans les Caraïbes. Faut-il craindre un acte 2 ? La question mérite d’être posée, même si le FMI reste prudent quant à de potentielles révoltes violentes. En tout cas, signe peu rassurant, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a dressé, en avril, un parallèle entre l’explosion de 2008 et la situation actuelle, mettant en exergue que les deux crises sont marquées par une flambée des prix alimentaires, des carburants, des engrais, ainsi que des transports. La situation est même potentiellement plus problématique cette fois, a-t-il ajouté, en raison de deux années de pandémie et des risques majeurs que fait peser la guerre en Ukraine sur les récoltes de l’an prochain. La pandémie a fait augmenter le nombre de personnes sous-alimentées à un quart de la population subsaharienne en 2021, calcule le FMI. Une redite de 2008 « peut être évitée », a toutefois estimé Qu Dongyu, évoquant la nécessité de ne pas voir s’accélérer les restrictions à l’export sur les aliments.

Le budget des États sous pression : l’autre facteur aggravant

Le FMI s’inquiète aussi quant aux capacités budgétaires des États, dans une région dont la croissance économique devrait ralentir cette année à 3,8 %. « Bien plus de pays d’Afrique subsaharienne étaient en meilleure santé budgétaire en 2008-2009 pour absorber le choc », signale Abebe Aemro Selassie. « Cette fois, avec des dettes publiques aussi élevées dans autant de pays, les marges de manœuvre sont fortement diminuées », selon le directeur Afrique, qui appelle la communauté internationale à soutenir la région « de la manière la plus énergique possible ».

Par Le Point avec AFP

Dette : le nouvel eurobond de l’Angola confirme l’intérêt des investisseurs pour l’Afrique

avril 8, 2022

En levant 1,75 milliard de dollars dans le cadre d’une émission qui arrive à point nommé, l’Angola devient le deuxième pays africain à se lancer sur le marché des euro-obligations cette année.

L’économie angolaise est au beau fixe. Ici, le siège de la Banque nationale d’Angola (BNA), à Luanda. © Osvaldo Silva/AFP

Les autorités de Luanda ont enregistré un succès probant lors de leur nouvelle sortie sur le marché obligataire ce vendredi 8 avril. L’émission d’un eurobond d’une maturité de dix ans, à un coupon de 8,75 %, a en effet été sursouscrite plus de deux fois. Cette émission a été supervisée par Citi et Deutsche Bank.

« Cette troisième émission est arrivée au moment opportun », a commenté pour The Africa Report/ Jeune Afrique Tiago Dionisio, analyste et directeur adjoint chez Eaglestone Securities, basé au Portugal. Il poursuit : « Alors que le dernier programme du FMI pour le pays est arrivé à son terme, l’économie est relativement solide et la situation budgétaire s’est améliorée – une perspective intéressante pour les investisseurs potentiels ».

Première sortie depuis 2015

De son côté, le Nigeria a également récemment réalisé une émission obligataire, ravivant les espoirs d’un intérêt mondial croissant pour la dette africaine, en levant 1,25 milliard de dollars, bien qu’à un prix élevé.

L’an dernier, l’Afrique francophone n’était pas en reste avec l’eurobond de 1 milliard de dollars du Bénin en janvier 2021, un eurobond sursouscrit à 300 % par le Cameroun au mois de juillet, une levée de 775 millions d’euros pour le Sénégal.

Selon Bloomberg, les quelque 750 millions de dollars levés lors de la dernière émission de l’Angola serviront à financer une partie de la dette due en 2025 et 2028. La première incursion de l’Angola sur le marché international de la dette a eu lieu en 2015, avec une euro-obligation à dix ans de 1,5 milliard de dollars, suivie d’émissions à dix et trente ans en 2018 et en 2019.

Les élections dans la ligne de mire

Alors que l’Angola se prépare pour les élections du mois d’août prochain, son économie est en bonne forme à la faveur d’un programme de soutien du FMI de trois ans, qui s’est achevé en décembre 2021.

LA DETTE PUBLIQUE EST PASSÉE D’ENVIRON 100 % DU PIB EN 2020 À ENVIRON 80 % ACTUELLEMENT

Dans le cadre de ce programme, le FMI a déboursé au total 4,5 milliards de dollars au bénéfice du pays pour rétablir sa viabilité extérieure et budgétaire, améliorer la gouvernance et diversifier l’économie afin de promouvoir une croissance durable, portée par le secteur privé.

« À la suite du programme, le kwanza s’est stabilisé, le marché noir rendu quasiment inexistant, et la dette publique est passée d’environ 100 % du PIB en 2020 à environ 80 % actuellement », explique Tiago Dionisio.

Perspectives stables

« L’inflation dans le pays est encore relativement élevée, mais c’est aussi le cas au niveau mondial, car de nombreux pays continuent de se débattre avec les retombées économiques de la guerre en Ukraine. Néanmoins, nous nous attendons à ce qu’une inflation à un seul chiffre s’installe en Angola d’ici à 2023 », poursuit l’analyste.

Selon les prévisions de Fitch Ratings, la croissance du PIB réel devrait atteindre 2,9 % d’ici à 2023, après une croissance du PIB de 0,1 % en 2021 et une contraction de 5,1 % en 2020. Dans le même temps, l’inflation s’établira en moyenne à environ 25 % en 2021 et tombera à 16 % en 2022, toujours selon ces prévisions.

Au mois de janvier, Fitch a relevé la note de défaut émetteur à long terme en devises de l’Angola de « CCC » à « B- » avec des perspectives stables.

Flambée du prix du pétrole

L’Angola – deuxième producteur de pétrole d’Afrique, lequel représente environ 90 % du total des recettes d’exportation – ne devrait pas bénéficier de la flambée des prix du pétrole en raison des obligations de la dette extérieure du pays envers la Chine.

LA PRODUCTION AUGMENTERA À 1,20 MILLION DE BARILS PAR JOUR EN 2022

« À la suite de la dernière annonce budgétaire de l’Angola, nous comprenons qu’une fois que les prix du pétrole dépassent 60 dollars le baril la différence doit être utilisée pour rembourser la dette envers la Chine, de sorte qu’il n’y ait pas de recettes d’exportation supplémentaires à court terme », souligne Tiago Dionisio.

Dans le même temps, la production de pétrole en Angola continue de diminuer en raison du vieillissement des infrastructures et du manque de nouveaux investissements dans le secteur. « Nous prévoyons que la production augmentera à 1,20 million de barils par jour en 2022 et se maintiendra en 2023, mais cela dépend de la mise en ligne d’une nouvelle production », indique la note publiée par Fitch. « Un échec en la matière pourrait entraîner une baisse de la production de 10 à 15 % par an. »

Avec Jeune Afrique par Kanika Saigal

Guerre en Ukraine : « L’Afrique doit tenir tête à la Russie »

avril 1, 2022
La sous-secrétaire d’État aux Affaires politiques, Victoria Nuland, lors d’une audition de la Commission des relations extérieures du Sénat sur l’invasion de l’Ukraine, au Capitole à Washington DC, le mardi 8 mars 2022. © Bonnie Cash/UPI/Shutterstok

Victoria Nuland est la sous-secrétaire d’État américaine en charge des Affaires politiques. La guerre en Ukraine n’est pas une nouvelle Guerre froide, insiste-t-elle, mais un combat de l’autoritarisme contre la démocratie qui n’est pas sans conséquence pour le continent.

Le message de Victoria Nuland est très clair et il s’adresse aux pays du continent africain qui se sont abstenus lors du vote de la résolution à l’ONU condamnant l’intervention en Ukraine. La sous-secrétaire d’État américaine en charge des Affaires politiques les appelle à défendre un système international dont ils ont bénéficié, notamment par l’intermédiaire de missions de maintien de la paix.

« Tout comme nous avons essayé de nous tenir aux côtés des pays africains qui ont été confrontés à l’instabilité, ou dont la souveraineté et l’intégrité territoriale ont été menacées, nous avons maintenant besoin que tous les pays du monde se tiennent aux côtés de l’Ukraine qui est attaquée, insiste-t-elle. Parce que ce sont les mêmes principes qui sont en jeu. »

Victoria Nuland appelle les pays du continent à ne pas laisser la Russie les utiliser pour échapper aux sanctions américaines et internationales. « Le plus important, c’est qu’au moment où Moscou tente d’échapper aux sanctions, l’Afrique ne devienne pas un sanctuaire pour l’argent sale russe, pour les gains mal acquis des oligarques qui voudraient y cacher leurs avions et leurs yachts. »

À plusieurs reprises, l’administration américaine a exhorté les dirigeants africains à prendre position, notamment lors de la visite à Washington du président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, début mars, puis ces derniers jours lors du voyage du secrétaire d’État, Antony Blinken, au Maroc et en Algérie.

Jeune Afrique : Quel message votre administration souhaite-t-elle faire passer ?

Victoria Nuland : Ce que je voudrais dire aux Africains, c’est que même si ce conflit est loin d’eux, il a déjà un impact mondial. On parle d’un membre permanent du Conseil de sécurité, un pays qui compte 150 millions d’habitants et qui, sans aucune provocation, attaque son voisin au mépris de tous les principes internationaux. Quand on piétine les principes des Nations unies et de l’Union africaine ; quand on viole la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un pays ; quand on livre un combat brutal et inhumain en attaquant des écoles, des hôpitaux et en provoquant des déplacements massifs de population, le monde entier doit se soulever.

CE QUI EST VRAI POUR NOUS, L’EST AUSSI POUR LA PLUPART DES PAYS AFRICAINS

C’est pourquoi nous sommes très reconnaissants aux pays africains qui ont dit non à cette agression. L’Afrique d’ailleurs a déjà commencé à ressentir les effets de ce conflit : il y a quelques jours, Marioupol était encore le port principal pour l’exportation de blé vers l’Afrique. Aujourd’hui, la situation aggrave l’insécurité alimentaire qui pèse sur le continent et le Moyen-Orient.

Votre administration insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle Guerre froide, comme certains l’ont dit en Afrique, mais d’un test crucial pour les règles sur lesquelles l’ordre international est fondé. Pourquoi est-il si important que l’Afrique voit les choses de cette façon et réagisse en conséquence ?

Cet ordre international, nous l’avons construit ensemble. Chaque démocratie participe à ce système où les pays puissants n’ont pas le droit d’envoyer leurs soldats chez leurs voisins pour conquérir leur territoire comme ils l’entendent. Nous devons résister au nom de ces règles que nous avons édictées ensemble pour bâtir un monde plus sûr, plus libre et plus prospère. Ce qui est vrai pour nous, l’est aussi pour la plupart des pays africains.

Si nous ne protégeons pas ce système alors la force l’emportera sur le droit, et pas seulement quand Vladimir Poutine choisit la solution militaire en Europe mais aussi quand les régimes autoritaires en feront une excuse pour piétiner le droit chez leurs voisins.

Diriez-vous qu’il y a une perception erronée de ce qui est en train de se jouer ?

Oui, quand certains pensent que nous sommes plus inquiets parce que cette guerre se déroule en Europe et pas en Afrique. Je pense que les Africains ont versé beaucoup de sang ces cinquante dernières années et nous avons essayé de les soutenir en travaillant au maintien de la paix sur tout le continent. Tout comme nous avons essayé de nous tenir aux côtés des pays africains qui ont été confrontés à l’instabilité, ou dont la souveraineté et l’intégrité territoriale ont été menacées, nous avons maintenant besoin que tous les pays du monde se tiennent aux côtés de l’Ukraine qui est attaquée.

Il ne s’agit pas d’une question de Nord ou de Sud, d’Est ou d’Ouest, de riches ou de pauvres. Il s’agit de notre système qui favorise la liberté, qui défend l’autodétermination des États, leur indépendance, leur souveraineté par opposition aux régimes autoritaires qu’ils soient en Russie, en Chine, en Iran ou en Corée du Nord.

QUAND DES HOMMES DE MOSCOU PARADENT AVEC DES ARMES EN DISANT QU’ILS SONT LÀ POUR VOUS, SURTOUT, NE LES CROYEZ PAS.

La diplomatie russe est très active au Sahel notamment. Pensez-vous que dans cette région, la guerre en Ukraine soit considérée comme une agression ?

Les populations du Sahel, et notamment du Mali, savent bien ce que ça veut dire de voir des Russes armés arriver sur leur territoire. En disant cela, je veux bien sûr parler du groupe Wagner, venu en promettant la sécurité et qui n’a apporté que plus de pauvreté et d’instabilité, comme en Centrafrique et en Libye. Alors quand des hommes de Moscou paradent avec des armes en disant qu’ils sont là pour vous, surtout, ne les croyez pas.

Dans le Sahel, les gens savent ce que c’est que de voir la Russie agir pour ses propres intérêts, et non pour les leurs. Rien de bon n’est venu en Afrique lorsque des forces et des armes russes se sont montrées.

Pourquoi est-il important que l’Afrique soutienne les sanctions imposées à la Russie ?

L’important, c’est qu’au moment où Moscou tente d’échapper à ces sanctions, l’Afrique ne devienne pas un sanctuaire pour l’argent sale russe, pour les gains mal acquis des oligarques qui voudraient y cacher leurs avions et leurs yachts. L’important, c’est de penser, et je le redis, aux conséquences de ce conflit pour le continent, avec la hausse des prix alimentaires et du carburant. De cette situation, Vladimir Poutine est le seul responsable.

Il est dans l’intérêt de l’Afrique de dire non à cette guerre ; Vladimir Poutine, lui, ne pense qu’à ses intérêts et n’hésitera pas à user, et à abuser, de la bonne volonté des gouvernements africains pour dissimuler son argent chez eux.

C’EST LE MOMENT OU JAMAIS DE DIRE À LA RUSSIE : « RESPECTEZ LES RÈGLES OU SUBISSEZ NOTRE COLÈRE À TOUS »

Vous dites aussi qu’au-delà de l’Ukraine, c’est la démocratie elle-même qui est menacée…

Le monde est confronté à une menace grandissante, qui vient des régimes autocratiques. Nous assistons à un alignement de la Russie avec la Chine, qui essaient de changer les règles du jeu en promouvant les sociétés fermées, en exerçant une forme coercitive du pouvoir, en imposant la surveillance d’État, en utilisant à leur profit des pays affaiblis. C’est ce que fait Wagner en Centrafrique et au Mali.

La Chine procède différemment, mais avec sa Belt and Road Initiative, elle va enfermer des pays africains dans des emprunts qu’ils ne pourront jamais rembourser et dans des projets qu’ils ne pourront jamais financer.

C’est le moment ou jamais, pour les démocraties d’Afrique et du monde, de se tenir debout au nom de ce système que nous défendons et qui nous a bien servi. C’est le moment ou jamais de dire à ce membre permanent du Conseil de sécurité qu’est la Russie : « Respectez les règles ou subissez notre colère à tous. »

Avec Jeune Afrique par Julian Pecquet

Documentaire: « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » projeté à Brazzaville

mars 31, 2022

Dans le cadre de la clôture des activités du mois dédié à la lutte pour les droits de femme, la Fondation congolaise pour la recherche médicale (FCRM) a projeté, le 30 mars à l’Institut français du Congo, le documentaire « Femmes et science en Afrique, une révolution silencieuse ».

1- Une capture du film « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » lors de sa projection à l’IFC/Adiac

C’est en présence de Kate Thompson-Gorry, Michel Welterlin et de la Pre Francine Ntoumi, respectivement réalisatrice, producteur et l’une des héroïnes du film, que s’est faite la projection du documentaire « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse ». Cette cérémonie s’inscrit dans la vision du programme « Femmes & Sciences » de la Fondation congolaise pour la recherche médicale dont les actions incluent des campagnes de sensibilisation en milieu scolaire, l’encouragement des femmes engagées dans les sciences par l’attribution du prix d’encouragement scientifique et des bourses aux étudiantes.

« Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » est un documentaire inédit au cœur d’une communauté bouillonnante de femmes du continent, réservoir unique de talents pour la science et l’innovation. Des femmes qui, par leur dynamisme, leur travail acharné et leur implication pour l’égalité des droits, ont réussi à briser les stéréotypes dans le milieu de la recherche, tout en participant aujourd’hui au développement de l’Afrique.

Pre Tebello Nyokong (Chimiste) de l’Afrique du Sud, Pre Francine Ntoumi (Biologiste moléculaire) de la République du Congo et enfin, Zara Randriamanakoto (Astrophysicienne) de Madagascar, sont les trois protagonistes du film. En 51 min, l’œuvre les met en lumière et apporte des réponses aux questions ayant un lien direct avec leurs parcours et leurs exploits : qui sont ces femmes ? Quels obstacles ont-elles dû surmonter pour arriver au sommet de leur art ? Quel impact ont-elles sur leur communauté ? Sauront-elles trouver des solutions concrètes aux défis majeurs du XXIe siècle ? Et si le Einstein de demain était une femme africaine ?

2- Une vue des panélistes durant les échanges/DR

La projection du film s’est suivie d’une causerie-débat avec l’assistance composée, entre autres, des cadres ministériels, scientifiques, enseignants et chercheurs, étudiants, élèves, communicants, cinéastes, etc. « Mon métier de réalisatrice est avant tout de raconter des histoires qui peuvent porter, inspirer et faire découvrir des choses et des personnes qu’on ne connaît pas forcément. En étudiant le sujet de la science, j’ai découvert ces trois femmes exceptionnelles que je ne connaissais pas. Et d’ailleurs, le titre révolution silencieuse, c’est parce qu’il y a des femmes scientifiques en Afrique, mais peu d’entre elles sont connues. A travers ce film, j’ai voulu donner une voix à ces femmes et faire connaître cette révolution », a fait savoir Kate Thompson-Gorry, réalisatrice du documentaire sorti en 2019.

A ce propos, la Pre Francine Ntoumi, engagée dans la lutte contre le paludisme et présidente de la FCRM, a remercié toute l’équipe de production du film d’avoir bien voulu mettre sous les projecteurs les efforts des femmes africaines afin de porter haut cette science qui est importante pour l’avenir du continent. Aux jeunes filles intéressées par les métiers scientifiques, elle les a exhortées à se projeter à grande échelle en vue d’aller le plus loin possible. Ce, en s’appuyant sur la formation comme participation à la construction de ce rêve. « La femme ne doit pas limiter ses ambitions. Ce film est un outil formidable de plaidoyer, d’éducation et d’encouragement pour les filles et les femmes de science en Afrique », a-t-elle indiqué.

De ce temps de partage, Channie Rhonda Kono, étudiante en troisième année de biologie à l’Université Marien-Ngouabi, a exprimé sa satisfaction qu’aujourd’hui la société comprend de plus en plus que la femme est indispensable et qu’elle a beaucoup apporté dans le développement. « C’est juste magnifique de voir toutes ces femmes scientifiques rayonner, elles qui n’ont pas abandonné et qui pour nous jeunes sont de véritables modèles et sources d’inspiration », a-t-elle confié.

Notons que « Femmes et science en Afrique : une révolution silencieuse » a été produit par Michel Welterlin et la compagnie Taxi-Brousse, avec le soutien de Canal + international et de la fondation L’Oréal.

Lien pour suivre gratuitement le film en ligne : https://vimeo.com/418381005.

Avec Adiac-Congo par Merveille Atipo

[Enquête] Ventes d’armes : les derniers barons du marché africain

mars 31, 2022
De g. à dr., Aboubacar Hima, Rafi Dermardirossian et Ivor Ichikowitz. © MONTAGE JA : Jean-Marc Pau pour JA

Dans un secteur où la mainmise des États est presque totale, on retrouve encore quelques « courtiers » opérant en marge du commerce régulé de matériel militaire sur le continent. Pleins feux sur trois figures clés d’un business aussi juteux qu’opaque.

Depuis plusieurs semaines, le fracas des canons russes en Ukraine rappelle à l’Europe un bien mauvais souvenir. Celui de la guerre. Les pays européens s’y étaient préparés. À partir de 2014, date de l’annexion de la Crimée, l’Europe est redevenue l’un des points chauds du commerce mondial des armes. En Afrique, l’acquisition de matériel militaire a certes diminué de 13 % entre 2015 et 2020. Mais, confronté à de nombreuses menaces sécuritaires – terrorisme, criminalité transnationale, piraterie –, le continent demeure tout particulièrement concerné.

« Nous serons obligés d’augmenter nos forces de défense. Nous serons obligés d’accroître la protection de nos frontières. Nous serons obligés d’acheter des armes », a récemment déclaré le chef de l’État ivoirien, Alassane Ouattara, réagissant au départ annoncé de l’armée française du Mali.

LA RUSSIE, QUI EST DEVENUE EN 2020 LE PREMIER EXPORTATEUR D’ARMES SUR LE CONTINENT, OPÈRE VIA ROSOBORONEXPORT, UNE ORGANISATION D’ÉTAT

Dans cette course effrénée, les États africains font de plus en plus appel à des sociétés étatiques ou liées directement à des pays producteurs. La Russie, qui est devenue en 2020 le premier exportateur d’armes sur le continent, opère via Rosoboronexport, une organisation d’État. En France, Thalès, Safran ou Dassault ont pignon sur rue. Lors de ses récents séjours en République démocratique du Congo (RDC) et au Sénégal, Recep Tayyip Erdogan était accompagné par Ismail Demir, le président de l’Industrie turque de la défense (SSB). Acteur militaire de plus en plus important, Ankara ambitionne de faire de la Foire internationale de l’industrie de la défense (Idef), qui se tient chaque année à Istanbul, un rendez-vous incontournable des décideurs africains. En 2021, Erdogan l’avait inaugurée avec le président sierra-léonais, Julius Maada Bio.

Mauvaise presse

En marge de ce commerce régulé entre acteurs bien identifiés, on retrouve encore quelques oiseaux rares, représentants d’une époque révolue. Des intermédiaires qui, pour la plupart, évitent les feux des projecteurs tant le métier a mauvaise presse.

Ils ne sont pas Viktor Bout et n’auront sans doute jamais les honneurs du cinéma hollywoodien. Mais ils incarnent, chacun à leur manière, un business africain funeste où armes légères, avions de seconde main et véhicules blindés en tout genre s’achètent toujours à prix d’or. On les appelle marchands d’armes. Eux préfèrent le terme plus lisse de courtiers en armement. Comme pour donner l’impression qu’on peut vendre des armes comme on échange des matières premières.

Dans cette enquête, nous avons choisi de nous attarder sur trois profils : Aboubacar Hima, Ivor Ichikowitz et Rafi Dermardirossian. Le premier, basé à Niamey, fut à l’origine d’un gros scandale de corruption. Le deuxième fait œuvre de philanthropie tout en possédant la plus grande entreprise d’armement du continent. Enfin, le dernier est un négociant franco-libanais d’une quarantaine d’années qui s’est installé à Ouagadougou au début de la décennie 2010. Quand et comment se sont-ils implantés en Afrique ? Quels sont leurs réseaux ? Qui fournissent-ils ? JA a mené l’enquête.

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem

Ukraine-Russie : le FMI prêt à aider une Afrique « particulièrement vulnérable » aux répercussions de la guerre

mars 11, 2022

Pour la directrice générale du Fonds monétaire international, outre les « millions de vies dévastées », cette guerre, qui intervient dans un contexte de reprise post-Covid-19, « menace d’anéantir une partie » des progrès réalisés sur le continent.

Dans un message transmis le 10 mars, Kristalina Georgieva est revenu sur les conséquences de l’invasion russe en Ukraine sur les économies africaines. « L’Afrique est particulièrement vulnérable aux impacts de la guerre en Ukraine par le biais de quatre canaux principaux : augmentation des prix des denrées alimentaires, hausse des prix des carburants, baisse des revenus du tourisme, et potentiellement plus de difficultés à accéder aux marchés de capitaux internationaux », a indiqué la directrice générale du FMI, à l’issue d’une rencontre organisée le 9 mars avec les ministres africains des Finances, les gouverneurs des banques centrales africaines et les représentants de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

« La guerre en Ukraine dévaste la vie de millions de personnes et affecte gravement l’économie ukrainienne. La guerre et les sanctions sans précédent imposées à la Russie ont des conséquences d’une portée considérable. Elles surviennent à un moment délicat pour l’Afrique », a-t-elle ajouté.

Menace sur les progrès réalisés

L’économiste bulgare, ancienne n°2 de la Banque mondiale et ex-commissaire européenne à la Coopération internationale, a déploré que pendant que l’économie mondiale et le continent « commencent à se remettre des ravages de la pandémie de Covid-19, cette nouvelle crise menace de réduire à néant une partie de ces progrès ». Elle s’est toutefois dite « très encouragée par le fort intérêt des décideurs politiques africains à poursuivre notre dialogue sur les réponses politiques ».

« J’ai noté, en particulier, les préoccupations importantes concernant l’espace politique national limité pour faire face durablement aux crises en cours », a-t-elle indiqué, laissant entendre en langage FMI que le Fonds est prêt à être flexible quant au respect ultra-strict des réformes demandées en échange des financements. Certaines d’entre elles, en particulier la suppression des subventions générales sur les produits énergétiques, s’avérant difficiles à réaliser, alors que le baril de brut a pris plus de 30 dollars entre la veille de l’entrée des forces russes en Ukraine et début mars. À plus de 113 dollars, le baril de brut est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis avant la crise financière de 2008.

LES RÉCENTES RÉFORMES DE LA BOÎTE À OUTILS DE PRÊT DU FONDS OFFRENT UNE PLUS GRANDE FLEXIBILITÉ POUR AIDER À RÉPONDRE AUX BESOINS DE FINANCEMENT.

« En ce moment difficile, le Fonds est prêt à aider les pays africains à faire face aux répercussions de la guerre et à concevoir et mettre en œuvre des réformes grâce à ses conseils en matière de politique, au développement des capacités et à ses prêts. Les récentes réformes de la boîte à outils de prêt du Fonds offrent une plus grande flexibilité pour aider à répondre aux besoins de financement », a conclu la patronne du FMI.

Un conflit qui n’était pas prévu

Dans la dernière mise à jour du rapport Perspectives de l’économie mondiale du FMI, datée de janvier 2022, la possibilité d’une crise sur le continent européen n’était pas envisagée et le mot Ukraine n’apparaît nulle part. Le rapport pointait toutefois, déjà, que « la hausse des prix des denrées alimentaires a contribué à l’augmentation de l’inflation, par exemple en Afrique subsaharienne ».

L’institution multilatérale tablait toutefois sur une relance de l’économie, avec une hausse estimée de 4 % du PIB pour l’année 2020 au sud du Sahara, après une baisse de 1,7 % en 2020. Le Fonds anticipait une progression en 2022 et 2023 de respectivement 3,7 % et 4 %, en très léger recul (-0,1 point dans les deux cas) par rapport aux prévisions d’octobre 2021.

Il est à noter que le 9 mars, le Fonds a approuvé le décaissement de 1,4 milliard de dollars en faveur de l’Ukraine « pour répondre à des besoins urgents de financement et atténuer les répercussions économiques de la guerre ».

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko