Libye: La vengeance posthume du frère guide

« Kadhafistes par frustration », ironise-t-on, à Tripoli, pour désigner ceux qui commencent à regretter l’ère de celui que l’Occident avait surnommé dictateur, Mouammar Kadhafi, cinq ans après sa mort, dans un pays, hier, modèle de réussite socio-économique, et, aujourd’hui, morcelé et plongé dans le chaos.

« Notre vie était meilleure sous Kadhafi », affirme Faïza al-Naas, pharmacienne de son état qui sent la différence entre le bien-être promis par les Occidentaux et qui se traduit, aujourd’hui, par la confiscation du pays par des factions armées dont l’Etat islamique (EI ou Daesh). Parce qu’il était indocile et insoumis, le frère guide fut, lâchement, assassiné par des forces du Mal, le 20 octobre 2011. L’Afrique, pas seulement les Libyens, continue de pleurer ce leader qui arrivait à les divertir grâce à ses multiples frasques. En effet, les fautes et erreurs de Kadhafi étaient, nettement, supérieures à ce qu’il faisait de bien, en Libye et en Afrique. On s’en rend bien compte, aujourd’hui, qu’il n’est plus là.

Depuis sa chute après 42 ans de règne, insécurité et pénuries se sont installées dans le quotidien des Libyens, rythmé par les coupures d’électricité et les files d’attente devant les banques où la liquidité fait, parfois, défaut. Toutes ces insuffisances ne pouvaient pas survenir à l’époque de Kadhafi. La Libye était, plutôt, perçue comme un modèle de réussite socio-économique dont l’influence grandissante sur les pays de l’Afrique noire, donnaient beaucoup de sueur froide et d’inquiétude aux quelques pays occidentaux qui entendent régenter la terre entière, bien que n’ayant plus de capacité à pouvoir le faire.

Le pays est, actuellement, déchiré par des luttes d’influence que se livrent dans l’impunité la plus totale, les nombreuses milices, mais aussi, les dizaines de tribus, composante essentielle de la société libyenne.

Ce riche pays pétrolier aux frontières poreuses est devenu depuis, un carrefour de contrebande d’armes, de drogue et, surtout, de trafic lucratif de migrants de l’Afrique sub-saharienne, qui tentent la périlleuse traversée de la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Un service que Kadhafi réussissait à rendre, gratuitement, à l’Europe en empêchant la traversée de la Méditerranée de façon aussi périlleuse. Depuis sa mort, c’est la compétition dans la construction de pirogues prêtes à défier la mer pour conduire les migrants à bon port en Europe du Sud. Rien que pour cela, une certaine Europe (dont fait partie l’Italie) ne cessera, jamais, de regretter le frère guide.

Profitant du chaos, les djihadistes – notamment ceux du groupe Etat islamique (EI) et d’Al-Qaïda – ont, de leur côté, fait de l’immense territoire libyen un de leurs repaires.

Et sur le plan politique, deux autorités rivales se disputent le pouvoir.
Le gouvernement d’union nationale (GNA), issu d’un accord parrainé par l’ONU, est basé, à Tripoli, tandis qu’une autorité rivale s’est installée dans l’Est du pays, où une grande partie de la région est contrôlée par les forces du général controversé Khalifa Haftar. Celles-ci ont étendu, en septembre, leur influence aux terminaux pétroliers de l’Est, permettant une reprise des exportations au profit d’une Compagnie nationale de pétrole, qui tente tant que bien que mal de garder sa neutralité.

Khalifa Haftar puise sa légitimité du parlement, basé à l’Est, mais, reconnu, lui aussi, tout comme le GNA, par la communauté internationale. Il se présente comme le sauveur, le seul capable de rétablir l’ordre.
Même s’il a réussi à reconquérir une grande partie de la ville de Benghazi, berceau de la révolution, qui était aux mains de groupes djihadistes, ses détracteurs l’accusent de n’avoir qu’un seul objectif: prendre le pouvoir et installer une nouvelle dictature militaire. Conséquence, les Libyens post-Kadhafi  » sont obligés de choisir entre deux extrêmes : le chaos sous les milices et les extrémistes islamistes (…) ou un régime militaire », déplore l’analyste libyen, Mohamed Eljarh, membre non-résident du Centre Rafik Hariri pour le Moyen-Orient. « Il n’y a pas d’alternatives convaincantes. »

Khalifa Haftar n’arrive, toujours, pas à venir à bout des milices djihadistes proches d’Al-Qaïda à Benghazi et les forces pro-GNA basées dans la ville de Misrata (Ouest) peinent à en finir avec les dernières poches de résistance des djihadistes de l’EI dans leur ex-bastion de Syrte.

Mais quand, dans les deux camps, les batailles antidjihadistes auront pris fin, les forces pro-Haftar comme celles du GNA voudront étendre leur zone d’influence, faisant craindre un conflit direct entre les deux camps, estiment des experts.

Du vivant du frère guide, il n’était pas possible d’imaginer la Libye sous la coupe des factions armées. Tous les chefs de guerre et autres terroristes ou djihadistes, restaient casernés sur des sites spéciaux où Kadhafi (notre photo) avait l’oeil sur chacun d’entre eux. Il n’hésitait pas à user des méthodes fortes, parfois, violentes pour les maintenir sous son contrôle. Cette façon de faire de Kadhafi était considérée comme de la dictature par l’Occident, qui a fini par l’assassiner. Aujourd’hui, la situation en Libye échappe à tout contrôle car invivable. C’est l’enfer de Sodome et Gomorrhe.

« Il est difficile d’imaginer que le pays puisse retrouver sa stabilité de sitôt, en raison des divisions mais aussi de la volonté des protagonistes de contrôler les populations qui leur résisteront », souligne ainsi Mattia Toaldo, spécialiste de la Libye au European Council on Foreign Relations. Une analyse juste mais que peut-on y faire ? La responsabilité du rétablissement de la paix, en Libye, revient, avant tout, aux Occidentaux, principaux fossoyeurs du pays. On a compris, tardivement, que l’Occident était jaloux du succès libyen.

Afriqueeducation.com

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5 Réponses to “Libye: La vengeance posthume du frère guide”

  1. La petite revue de Claire Says:

    La Libye est très déchirée

  2. salim sellami Says:

    A reblogué ceci sur salimsellami's Blog.

  3. Libye: La vengeance posthume du frère guide | World Vision | Boycott Says:

    […] https://n3k6.wordpress.com/2016/10/17/libye-la-vengeance-posthume-du-frere-guide/ – Origine(s) source(s) voir lien(s) ci-dessus. […]

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