Présidentielle en Iran : l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi l’emporte au premier tour

Ebrahim Raïssi, alors chef de l’autorité judiciaire, s’adresse à la presse après avoir enregistré sa candidature pour l’élection présidentielle iranienne, au ministère de l’Intérieur, à Téhéran, Iran, le 15 mai 2021.

L’ultraconservateur Ebrahim Raïssi a été proclamé vainqueur samedi de la présidentielle iranienne de la veille, marquée par la plus basse participation à un tel scrutin depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

Sans surprise, Ebrahim Raïssi, chef de l’Autorité judiciaire âgé de 60 ans, s’est imposé dès le premier tour après une campagne électorale terne sur fond de mécontentement général face à la crise économique et sociale. Il a obtenu 61,95% des voix, selon les résultats définitifs du ministère de l’Intérieur. Le taux de participation officiel s’élève à 48,8%.

Hodjatoleslam (rang inférieur à ayatollah dans la hiérarchie du clergé chiite), Ebrahim Raïssi faisait figure d’archifavori, faute de concurrence réelle après la disqualification de ses principaux adversaires.

Sauver l’accord de Vienne

Le chef de l’Autorité judiciaire, qui doit prendre ses fonctions en août, hérite d’un pays en proie à une grave crise économique, conséquence des sanctions imposées par les États-Unis contre l’Iran après la décision de l’ancien président américain Donald Trump de dénoncer en 2018 l’accord international sur le nucléaire iranien conclu en 2015 à Vienne.

Bien qu’issu d’un courant politique se caractérisant par l’antiaméricanisme et le rejet de l’Occident, Ebrahim Raïssi a rappelé pendant la campagne que la priorité – conformément à la ligne fixée par le guide suprême Ali Khamenei – était d’obtenir la levée de ces sanctions pour sortir le pays de l’ornière. Son élection ne devrait donc pas avoir d’effet sur les négociations en cours pour sauver l’accord de Vienne en y réintégrant les États-Unis.

La solution passe a priori par la levée des sanctions américaines demandées par l’Iran en échange du retour de Téhéran à l’application pleine et entière de l’accord, la République islamique ayant abandonné en riposte au blocus américain la plupart des garde-fous limitant ses activités nucléaires qu’il avait acceptés à Vienne.

La nation, « grand vainqueur »

Selon les chiffres officiels, le général de division Mohsen Rezaï, ancien commandant en chef des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, termine deuxième avec plus de 11,79%, mais le total de ses voix est inférieur à celui des bulletins nuls. L’ancien président de la Banque centrale Abdolnasser Hemmati, obtient 8,39%, devant le député Amirhossein Ghazizadeh-Hachémi (3,45%).

Avant même la publication du taux de participation officiel, l’ayatollah Khamenei avait affirmé que le « grand vainqueur » des élections était « la nation iranienne [qui] s’est levée une fois de plus contre la propagande des médias mercenaires de l’ennemi ».

Pendant les semaines précédant le scrutin, les rares sondages disponibles avaient laissé présager d’un taux d’abstention record de plus de 60%. Plusieurs responsables iraniens, dont le président sortant Hassan Rohani, s’étaient inquiétés qu’une faible participation puisse nuire au « maintien de la légitimité » de la République islamique.

L’ayatollah Khamenei lui-même avait appelé à plusieurs reprises à faire échec à une campagne de mouvements d’opposition en exil appelant à boycotter le scrutin.

Avant même la proclamation des résultats, Ebrahim Raïssi, en qui certains médias iraniens voient un possible successeur de M. Khamenei (82 ans cette année), a été reçu par Hassan Rohani et le président du Parlement, Mohammad-Bagher Ghalibaf qui l’ont félicité.

« Si Dieu le veut, nous ferons de notre mieux pour que l’espoir désormais présent dans les coeurs du peuple s’accroisse », a-t-il déclaré lors de sa rencontre avec Mohammad-Bagher Ghalibaf. Le président a des prérogatives limitées en Iran, où l’essentiel du pouvoir est aux mains du guide suprême.

Répression

Se présentant comme le champion de la lutte anticorruption et le défenseur des classes populaires au pouvoir d’achat miné par l’inflation, Ebrahim Raïssi est le seul des quatre candidats à avoir véritablement fait campagne.

Réélu en 2017 au premier tour face à Ebrahim Raïssi qui avait alors obtenu 38% des voix, Hassan Rohani, un modéré dont la politique d’ouverture internationale a été torpillée par Donald Trump, finit son second mandat avec un niveau d’impopularité rarement atteint.

En décembre et janvier 2017-2018 et en novembre 2019, deux vagues de contestation ont été violemment réprimées.

Pour l’opposition en exil et des défenseurs des droits humains, Ebrahim Raïssi est l’incarnation de la répression et son nom associé aux exécutions massives de détenus de gauche en 1988, à l’époque où il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

Interrogé en 2018 et en 2020 sur cette page controversée de l’histoire récente, Ebrahim Raïssi a nié y avoir joué le moindre rôle, mais a rendu « hommage » à l’« ordre » donné selon lui par l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, de procéder à cette épuration.

Amnesty International a néanmoins dénoncé son élection à la présidence, jugeant qu’il devrait faire l’objet d’une enquête pour « crimes contre l’humanité » et « répression brutale » des droits humains. Ebrahim Raïssi figure sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington pour « complicité de graves violations des droits humains ».

Par Jeune Afrique avec AFP

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