Canada-Industrie du sexe : les besoins ont changé durant la pandémie

Une femme de dos assise sur un lit.

Le reportage d’Audrey Paris Photo: Shutterstock/Yupa Watchanakit

Un centre pour les survivantes de la prostitution estime que le confinement et les mesures sanitaires ont poussé un plus grand nombre de travailleuses du sexe à demander de l’aide. La Maison de Marthe, à Québec, précise que durant la pandémie, les besoins fondamentaux de ces femmes ont aussi changé.

Avant, on ne payait jamais le loyer d’une femme qui fréquente notre organisme, on n’avait pas ce type de demandes. Durant la pandémie, c’était plus fréquent, illustre Ginette Massé, directrice générale de la Maison de Marthe.

Cet organisme offre des services d’écoute téléphonique et d’ateliers avec celles qui souhaitent sortir de la prostitution. La Maison de Marthe a aussi un fonds d’urgence qui permet d’aider les femmes pour leurs besoins de base comme l’alimentation et l’hygiène.Plan rapproché de Ginette Massé, souriante, portant un chandail noir et rouge

Ginette Massé de la Maison de Marthe Photo: Radio-Canada

Isolement

C’était beaucoup plus difficile pour elles, puisqu’elles sont déjà isolées. Elles ont souvent coupé les liens avec leur famille. Donc durant la pandémie, l’isolement était encore plus prenant, raconte Mme Massé.

Elle donne comme exemple le fait que la pandémie a forcé la fermeture de l’organisme durant quelques mois. De plus, la Maison de Marthe ne peut plus organiser de rassemblements comme avant. Ces rassemblements permettaient aux femmes de l’industrie du sexe de discuter et de s’écouter, souligne la directrice générale.

Pendant le confinement, on continuait de les voir, mais il fallait changer nos façons de faire et c’était encore plus difficile de s’assurer que ce soit dans des lieux discrets, pour qu’elles se sentent confortables et en sécurité, précise Mme Massé.

Résumé des activités

L’écoute téléphonique représente 50 % des activités de la Maison de Marthe.

En 2020-2021, l’organisme dit avoir reçu 778 appels, un bond de 272 appels en comparaison avec l’année précédente.

Toujours en 2020-2021, l’organisme a aidé 15 femmes grâce à son fonds d’aide ou de dépannage pour un total de 11 358 $.

En 2019-2020, l’organisme avait aidé 16 femmes, mais pour un montant total de 6690 $.

Source : rapports annuels de la Maison de Marthe

Hébergement spécialisé

Dès janvier 2022, cet organisme lancera officiellement son service d’hébergement spécialisé, une première au Québec.Une petite chambre à coucher avec un lit à une place et des couvertures grises et jaunes installées dessus

Il y a six chambres dans la maison d’hébergement, toute décorée de la même façon. Photo: Radio-Canada

Non seulement la Maison de Marthe deviendra-t-elle une maison d’hébergement 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour six femmes en processus de sortie de la prostitution, mais elle offrira aussi des ateliers et des formations pour aider les participantes à se reconstruire.

Avec chaque femme qui participera à l’hébergement, on établit un plan d’action pour des objectifs de retour au travail, pour un logement, pour l’alimentaire. Quand elles veulent changer de vie, elles se retrouvent dans la pauvreté, il faut penser à ça aussi, indique Ginette Massé.

Le séjour des participantes pourrait varier entre trois et six mois, en fonction de leurs besoins.

« Nous voulons redonner du pouvoir aux femmes, leur redonner confiance et qu’elles se reconstruisent au niveau de la santé physique et mentale. Ce sont des femmes polytraumatisées et qui doivent reprendre le contact avec leur corps. »— Une citation de  Ginette MasséUne grande cuisine avec plusieurs tablettes et un grand comptoir au centre

La cuisine rénovée de la Maison de Marthe. Photo: Radio-Canada

Être enfin entendues

Sarah, une survivante de la prostitution qui a demandé d’être identifiée par ce nom fictif pour protéger son identité, se réjouit de l’arrivée d’un service d’hébergement comme celui de la Maison de Marthe.

C’est important pour la femme. Pour les prochaines générations à venir. Moi, personnellement, je pense que ça arrive à point, c’est vraiment ça qui manquait dans notre société, affirme-t-elle.

Cette dernière ne participera pas au service d’hébergement, mais collaborera avec les autres femmes lors des ateliers et des formations offertes par l’organisme.Les mains d'une femme assise sur une chaise berçante. Elle tient un masque de procédure.

Sarah (nom fictif) se considère comme une survivante de la prostitution. Elle a quitté ce milieu depuis plus de quatre ans et fréquente la Maison de Marthe depuis de nombreuses années. Photo : Radio-Canada

Sarah, qui a quitté l’industrie du sexe il y a un peu plus de quatre ans, estime que l’hébergement spécialisé est un service qui arrive à point.

Moi, ce n’était pas comme ça pour moi, ou pour ma mère qui a vécu aussi dans ce milieu. Alors de voir que maintenant ça évolue, pour toutes les autres, pour éviter des traumatismes, c’est ce qui me tient à cœur, confie-t-elle.

Le service d’hébergement spécialisé de la Maison de Marthe sera évalué au cours des trois prochaines années.

Il s’agit de la seule maison d’hébergement du genre dans la province. Si les résultats sont satisfaisants, la directrice générale Ginette Massé souhaite que leur modèle soit repris ailleurs au Québec et au Canada.

Avec Radio-Canada par

Audrey Paris

Audrey Paris

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