Violences au Kasaï : la justice congolaise enquête sur l’implication présumée d’un ex-ministre

 

Selon le « New York Times », Clément Kanku entretenait des liens avec des miliciens dans le centre de la RDC, où deux experts de l’ONU ont été tués en mars.

 

Le député congolais Clément Kanku est soupçonné d’incitations à la violence dans les affrontements au Kasaï. Crédits : RADIO OKAPI/FLICKR

Le parquet de Kinshasa a annoncé, mardi 23 mai, qu’il enquêtait sur l’implication présumée d’un député congolais d’opposition – et ancien ministre – dans les violences qui secouent depuis août la région du Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC). Deux experts de l’ONU, l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaïda Catalan, missionnés au Kasaï par le secrétaire général des Nations unies pour enquêter sur ces violences, y avaient été enlevés et assassinés en mars.

Samedi, le quotidien américain New York Times a révélé que Zaïda Catalan détenait un enregistrement sonore du député en question, Clément Kanku, en conversation téléphonique avec l’un des auteurs présumés des massacres au Kasaï. « La nature et les circonstances de cette conversation ne peuvent aucunement laisser indifférent » le parquet, a déclaré Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, lors d’une conférence de presse : « Ce lundi 22 mai, j’ai été amené à ouvrir une enquête pour en savoir un peu plus. »

« Consterné »

Le procureur a affirmé avoir écrit au président de l’Assemblée nationale « pour nous permettre de conduire des enquêtes indispensables dans cette sinistre affaire ». Mais « il n’est nullement question de chercher à obtenir la levée des immunités » parlementaires à ce niveau de la procédure. Si les faits reprochés au député Kanku étaient établis, il pourrait être inculpé de « participation à un mouvement insurrectionnel et assassinat », a-t-il ajouté.

De son côté, Clément Kanku, qui a été ministre de la coopération et du développement de décembre 2016 jusqu’à la démission du gouvernement, début avril, s’est dit « consterné par ces allégations », qu’il « réfute totalement ». « Je suis convaincu que toute la lumière sera faite dans cette affaire et que justice sera rendue aux nombreuses victimes d’exactions abominables dans le Kasaï, y compris aux deux experts des Nations unies », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué, le mouvement congolais Lutte pour le changement (Lucha) a demandé une « enquête internationale indépendante » sur les violences au Kasaï, doutant de la volonté des autorités congolaises de « mener une enquête sérieuse et crédible ». « Aucune enquête n’a jamais été menée sur les circonstances [du] meurtre [des deux experts] et sur le rôle joué dans cette affaire par les autorités, notamment par le ministre de l’intérieur de l’époque, Evariste Boshab », ajoute Lucha, alors que, samedi, la justice militaire congolaise a annoncé l’ouverture prochaine du procès des assassins présumés des deux experts, sans en préciser la date.

Fosses communes

Mardi, l’ONU a mis en doute les conclusions de l’enquête congolaise sur le meurtre des deux experts. « Cela semble avoir été mené avec pas mal de rapidité », a commenté le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, soulignant que Kinshasa n’avait pas encore communiqué ses conclusions à l’ONU et précisant qu’une commission d’enquête des Nations unies présentera un rapport fin juillet. Dans son communiqué, Lucha exige par ailleurs du secrétaire général de l’ONU « le remplacement immédiat » de son représentant spécial en RDC, Maman Sidikou, « pour incompétence, complaisance, négligence et manque de leadership ».

Depuis septembre 2016, les violences au Kasaï, qui impliquent miliciens, soldats et policiers, ont fait plusieurs centaines de morts et causé le déplacement de 1,27 million de personnes. L’ONU y accuse les rebelles Kamwina Nsapu d’enrôler des enfants dans ses milices et d’avoir commis des atrocités, tout en dénonçant également l’usage disproportionné de la force par l’armée congolaise. Michael Sharp et Zaïda Catalan faisaient partie d’un panel d’experts de l’ONU recherchant des informations sur plus d’une quarantaine de fosses communes découvertes au Kasaï.

Ces violences surviennent au moment où la RDC traverse une crise politique à laquelle s’ajoute une crise économique, sécuritaire et humanitaire liée à la déstabilisation de plusieurs provinces par des groupes armés.

Le Monde.fr avec AFP

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