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L’Ukraine pleure le ministre de l’Intérieur et ses collègues

janvier 21, 2023
L'Ukraine pleure le ministre de l'Interieur et ses collegues
L’Ukraine pleure le ministre de l’Intérieur et ses collègues© AFP/Sergei SUPINSKY

Sept cercueils des victimes d’un crash d’hélicoptère, parmi elles le ministre de l’Intérieur ukrainien, ont été posés soigneusement samedi dans le hall d’un bâtiment du centre de Kiev par des militaires en tenue de cérémonie au son d’une trompette, tandis que le pays entier leur rendait hommage.

Des citoyens vêtus de noir s’étaient pressés auparavant place Maïdan, une rose à la main, pour dire adieu au ministre de l’Intérieur ukrainien Denys Monastyrsky et ses collègues, tués dans l’accident d’un Super Puma EC-225 (Airbus Helicopters) qui s’est écrasé mercredi matin à Brovary, près de Kiev.

« Ils n’avaient pas été brisés par la guerre et ils ne permettaient pas que d’autres qu’eux le soient », a déclaré le responsable de la cérémonie en s’adressant à des centaines de personnes dont des membres du gouvernement.

C’était Denys Monastyrsky qui avait appelé le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 24 février dernier pour lui annoncer que le pays venait d’être envahi par la Russie, a rappelé le responsable.

C’était lui aussi qui avait organisé la distribution d’armes alors que les forces russes approchaient de la capitale, a-t-il souligné.

« Gloire à l’Ukraine ! », a lancé le responsable, les centaines de participants à la cérémonie répondant en écho: « Gloire à nos héros ! »

Le président Zelensky et sa femme Olena Zelenska étaient arrivés à la cérémonie vêtus de noir, portant des bouquets de fleurs, pour réconforter les familles des victimes.

« Nous devons aller de l’avant »

Les membres des familles des victimes se tenaient devant les cercueils enveloppés dans des drapeaux ukrainiens, jaune et bleu, auprès de portraits des tués dans l’accident. Plusieurs d’entre eux pleuraient.

« L’Ukraine perd chaque jour ses meilleurs fils et filles », a déclaré sur les réseaux sociaux Volodymyr Zelensky à l’issue de la cérémonie.

Il avait qualifié la peine des Ukrainiens d' »indicible » après le crash qui avait touché une école maternelle et dans lequel avaient péri outre le ministre de l’Intérieur, son adjoint Ievgueni Ienine et le secrétaire d’Etat à l’Intérieur Youriï Loubkovytch, parmi d’autres.

Les responsables ukrainiens, comme le Premier ministre Denys Chmygal sur Telegram, ont qualifié de « grande perte » la mort de Denys Monastyrsky, 42 ans, un ancien avocat qui avait rallié le parti de Volodymyr Zelensky avant d’être nommé à l’Intérieur en 2021.

Parmi les victimes se trouvait également un photographe, Mykola Anatsky, 34 ans, qui se rendait avec le ministre de l’Intérieur vers la ligne de front.

« Kolya était un garçon extrêmement aimable et intelligent. Il aurait pu faire encore beaucoup pour l’Ukraine », a dit son ancienne maîtresse d’école, Lioudmila Zakharenko, 53 ans, racontant que le photographe avait une fille encore bébé.

« Ça fait peur car les meilleurs s’en vont », a-t-elle ajouté, essuyant quelques larmes.

Un officier des services de renseignement, Ilya Samoïlenko, prisonnier des Russes après la chute de Marioupol et échangé depuis, a estimé que la perte de ces responsables était « énorme ».

« Nous sommes en guerre. Les personnes responsables du renforcement et de l’organisation de nos défenses ont une importance critique », a rappelé auprès de l’AFP ce vétéran qui a perdu un oeil et un bras dans la défense de Marioupol au printemps.

« Nous pouvons prendre deux jours et faire notre deuil », a ajouté M. Samoïlenko à la fin de la cérémonie. « Mais nous devons continuer. Nous devons aller de l’avant ».

Dehors, des drapeaux ukrainiens et européens en berne flottaient au vent, tandis que les routes d’accès au centre étaient bloquées par des obstacles anti-char et que des forces de sécurité patrouillaient dans les rues adjacentes désertes.

Par le Point avec AFP

Congo-Disparition : le dernier hommage du PCT à Albert Servais Obiaka

janvier 11, 2023

Le Parti congolais du travail (PCT) a rendu, le 11 janvier à son siège communal de Brazzaville, un dernier hommage à son ancien membre du Comité central, décédé le 7 décembre 2022 à Saint-Denis, en France, à l’âge de 86 ans.

Pierre Moussa s’inclinant devant la mémoire de l’illustre disparu/Didier

Né le 18 juillet 1936 à Osselé, district d’Abala, dans le département des Plateaux, l’ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Congo en Roumanie (pendant cinq ans) a été inhumé le 11 janvier au cimetière du Centre-ville de Brazzaville. Emmenés par leur secrétaire général, Pierre Moussa, les membres des comités PCT des neuf arrondissements de Brazzaville et ceux de l’Ile Mbamou, les parents, amis et connaissances lui ont rendu un dernier hommage.

Fils de Joseph Ouabari, un indigène assurant le rôle d’interprète de l’administration coloniale, Albert Servais Obiaka a fait ses études primaires à Mabirou et secondaires à Brazzaville avant son admission à l’Ecole des instituteurs de Mbounda, dans le département du Niari. Débutant sa carrière professionnelle comme enseignant à l’école de Moutété, dans le district de Makoua, dans la Cuvette, il intégra par la suite, par voie de concours, l’Institut de formation des infirmiers d’Etat et en sortit diplômé.

Assistant-sanitaire, Albert Servais Obiaka a assumé les fonctions de directeur de l’Ecole paramédicale Jean-Joseph-Loukabou de Pointe-Noire, de 1969 à 1973. Il devient par la suite secrétaire général de la préfecture du Kouilou, à Pointe-Noire.

Sur le plan politique, Albert Servais Obiaka a pris une part active au Mouvement du 5 février 1979. Selon Ferdinand Andoyelé qui a lu l’oraison funèbre, l’illustre et certains de ses camarades ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour l’aboutissement de ce mouvement. Il fait son entrée au Comité central du PCT en 1979, avant d’être nommé chef de division vie du parti de 1979 à 1984. « Grand militant, le camarade Albert Servais Obiaka a longtemps dirigé les structures du PCT et énormément contribué à son fonctionnement dans la ville océane. Il incarnait l’identité de son parti et en était devenu le référent à qui il fallait à tout prix s’adresser pour être informé de la tenue des réunions du PCT dans cette partie du pays. Il animait, avec d’autres camarades, le groupe de réflexion sur la vie du parti », a témoigné Ferdinand Andoyelé.

Eloigné du parti pendant plusieurs années pour raisons de santé, Albert Servais Obiaka aurait marqué les esprits au PCT. « Il a donné le meilleur de lui-même tant dans l’exercice de sa vocation que dans sa vie militante. Soigner et chercher à guérir les autres de leurs maux, toute une vocation…S’engager pour le parti et lui donner toutes ses lettres de noblesse, telle est la leçon majeure que le camarade Albert Servais Obiaka lègue en héritage aux jeunes générations », a-t-il conclu.

Représentant la famille, Joseph Ouabari Mariotti a traduit sa gratitude et l’expression de sa reconnaissance au PCT et à son secrétaire général, Pierre Moussa, pour avoir organisé cette cérémonie d’hommage à l’endroit d’Albert Servais Obiaka. « Le perte d’un être comme Albert Obiaka est la perte d’une source d’amour inconditionnel, la perte d’un repère de vie essentiel dans sa famille. Homme modeste, M. Albert Servais Obiaka l’était. Par ailleurs, un citoyen avisé, discret, ouvert. Son décès est un coup dur pour sa famille. Ce décès laisse des traces de chagrin, difficiles à évacuer », a indiqué l’ancien Garde des sceaux, ministre de la Justice.

Membre du bureau politique du PCT, Michel Ngakala garde d’Albert Obiaka le souvenir d’un militant engagé, déterminé. « Un militant qui s’identifiait aux combats politiques dans son parti. Ce sont eux qui nous ont permis de disposer de Pointe-Noire pour engager le combat et obtenir ce que nous avions obtenu, c’est-à-dire faire que le 5 février devienne une date inoubliable. C’était un camarade totalement engagé, intègre et digne. Il ne pouvait que s’identifier au parti et non à autre chose » , a-t-il témoigné. 

Avec Adiac-Congo par Parfait Wilfried Douniama

RDC-Disparition : Félix Tshisekedi a rendu hommage au caporal Kunyuku

janvier 7, 2023

Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a déposé une couronne de fleurs devant la dépouille de l’illustre personnage avant que le Premier ministre et les officiels présents à l’ émouvante cérémonie ne fassent de même.

Félix Tshisekedi s’inclinant devant le cercueil du disparu

Le chef de l’Etat a rendu hommage au caporal Albert Kunyuku Ngoma, le 6 janvier, à l’esplanade de la morgue de l’hôpital du cinquantenaire à Kinshasa. L’ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale (1940- 1945) est décédé depuis le 25 novembre 2022 à l’âge de 100 ans (il est né en 1922).

« Aux grands hommes, la patrie reconnaissante », dit-on. Le caporal Albert Kunyuku Ngoma a servi les forces armées congolaises, alors La force publique, depuis l’époque coloniale jusqu’à l’indépendance, soit de 1940 à 1960. Cela lui a valu une reconnaissance mondiale de part le fait qu’il a servi sous la bannière belge pour le Congo-Belge dans l’armée de la coalition pour mettre fin à la Deuxième Guerre mondiale et faire échec au régime Nazi.

Cette reconnaissance a été matérialisée par les différentes décorations honorifiques ici même au pays, en Russie par le président Poutine et l’année dernière où le roi Philippe des Belges l’a personnellement décoré en juin, à Kinshasa. A cela, il est à ajouter le fait que le réalisateur congolais Voto lui a même dédié deux films documentaires «  L’ombre des oubliés » et «  Mon caporal » pour saluer sa bravoure et pour réclamer ses droits.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

Brésil: Un cortège funèbre pour saluer une dernière fois Pelé

janvier 3, 2023
Un cercueil est hissé sur le haut d'un camion de pompiers, puis recouvert de deux drapeaux : celui du Brésil et celui du Santos FC.

Le cercueil de Pelé dans les rues de Santos. Photo : Getty Images/Miguel Schincariol

Le cercueil où repose la dépouille du « Roi » Pelé parcourt mardi les rues de Santos (sud-est) dans un cortège funèbre salué par la foule, à l’issue de la veillée qui a attiré plus de 230 000 supporteurs dans le stade des premiers exploits du footballeur brésilien.

Le cercueil noir, qui était resté ouvert et recouvert d’un voile de tulle, laissant seulement apparaître le visage du défunt, a été fermé à 10 h (8 h HE).

Le cortège a pour destination finale la dernière demeure du Roi du football, un mausolée au sein du plus grand cimetière vertical au monde, un immeuble de 14 étages avec vue sur le stade du Santos FC, club où le triple champion du monde a brillé de 1956 à 1974.

Tout au long de la veillée funèbre, qui a duré 24 heures, le défilé de partisans et de personnalités s’est poursuivi de façon ininterrompue, y compris pendant la nuit, et plus de 230 000 personnes se sont recueillies sous le grand auvent où la dépouille de Pelé avait été exposée, au centre du terrain.

Le cercueil a été emporté en dehors du stade à bord d’une voiturette dont le chauffeur pleurait à chaudes larmes.

Il a ensuite été hissé sur le haut d’un camion de pompiers, puis recouvert de deux drapeaux : celui du Brésil et celui du Santos FC.

Le cortège est parti du stade pour un parcours de 7 km en direction du bord de mer de Santos, cité balnéaire et plus grand port d’Amérique du Sud.

Il devait ensuite passer devant la maison de la mère de Pelé, Celeste Arantes. Âgée de 100 ans, mais atteinte de troubles cognitifs, elle n’a pas conscience de la mort de son fils.

Tout au long du parcours, une haie d’honneur de supporteurs applaudissait le passage du camion de pompiers.

Certains chantaient : mille buts, c’est seulement Pelé, et il a joué à Santos!.

Le légendaire Brésilien a inscrit 1091 de ses 1283 buts sous le maillot blanc et noir de ce club mythique.

Il était le plus grand joueur au monde, donc ça vaut la peine d’être ici, a dit à l’AFP Maria Benedita, retraitée de 77 ans, très émue face au camion de pompiers.

Un homme prend tendrement le visage d'une femme entre ses deux mains.

Le président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, avec la veuve de Pelé, Marcia Aoki. Photo : Getty Image/Nelson Almeida

Une heure avant le départ du cortège, le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva est venu spécialement à Santos depuis Brasilia pour se recueillir devant la dépouille de Pelé.

Arrivé près du stade en hélicoptère, Lula, qui est entré en fonction dimanche, a aussitôt présenté ses condoléances à la veuve de Pelé.

Le chef de l’État a assisté près du cercueil à une brève cérémonie religieuse, lors de laquelle le prêtre a cité un dialogue imaginaire au Paradis entre Pelé et Dieu, qui lui aurait dit : Ici, tu es encore Roi, mais moi je suis le Seigneur.

Adieu au Roi. Repose en paix, Pelé, a écrit sur Twitter Lula par la suite.

Après avoir patienté pour la plupart dans de longues files d’attente, les admirateurs de Pelé venus de tout le Brésil ont pu se recueillir dans le calme sous le grand auvent depuis lundi matin.

Si je disais que je n’ai pas pleuré quand il est mort, je mentirais, a-t-il déclaré à l’AFP Antonio Carlos Pereira da Silva, au sujet de celui que beaucoup considèrent comme le plus grand footballeur de l’histoire, le seul à avoir remporté la Coupe du monde à trois reprises en 1958, 1962 et 1970.

Il y a beaucoup, beaucoup de monde. C’est magnifique, il le mérite, dit à l’AFP Katia Cruz, 58 ans, retraitée et partisane du Santos FC qui est restée au stade jusqu’à 1 h 30 du matin. Mais son mari, inconsolable, a préféré rester chez lui.

Les hommages ont afflué du monde entier depuis sa mort, les plus grands noms du football, actuels et anciens, saluant son génie pour le beau jeu.

Edson Arantes do Nascimento, dit Pelé, a passé un mois à l’hôpital Albert-Einstein de Sao Paulo jusqu’à sa mort jeudi à 82 ans des suites d’une insuffisance rénale et cardiaque, d’une bronchopneumonie et d’un adénocarcinome du côlon, selon le certificat de décès publié par des médias locaux.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Congo-Disparition : dernier hommage des AET à Aaron Nkakou

décembre 28, 2022

L’Association des anciens enfants de troupe (AET) du Congo, conduite par son président, Rémy Ayayos Ikounga, a rendu le 28 décembre à Brazzaville un ultime adieu au général Aaron Nkakou Bakebongo, décédé le 13 décembre dernier en France.

Une vue des AET se recueillant devant le cercueil

Dans l’oraison funèbre, l’AET Serge Eugène Ghoma-Boubanga a expliqué qu’Aaron Nkakou Bakebongo est né le 29 octobre 1950 à Mankoussou, dans le département du Pool. Après les études primaires durant lesquelles il obtient son Certificat d’études primaires élémentaires en 1963, il entre la même année à l’Ecole militaire préparatoire général Leclerc et sortira breveté en 1967, dans la promotion général Leclerc.

Après l’obtention du Brevet d’études du premier cycle, il est orienté au lycée Savorgnan-de-Brazza pour y suivre les classes de seconde et première, avant d’être orienté en 1969-1970 à l’école militaire préparatoire capitaine Tchorere, de Saint-Louis, au Sénégal, pour une préparation militaire supérieure où il obtiendra son baccalauréat scientifique série C (…).

Durant son exemplaire carrière militaire, l’AET Aaron Nkakou Bakebongo occupera différentes fonctions prestigieuses parmi lesquelles chef adjoint du bureau de solde ; chef de bureau fonds et budget de la direction centrale de l’intendance ; gestionnaire du magasin de l’intendance de l’Armée populaire nationale (APN); directeur du service de l’intendance ; chef d’état-major de la logistique de l’APN ; directeur des fonds et budget ; directeur général de l’administration et des finances des Forces armées congolaises; directeur général des Affaires stratégiques et de la coopération militaire, d’où il sera admis en deuxième section, le 31 décembre 2015.

Par ailleurs, étant membre du Parti congolais du travail, il siégera comme député à l’Assemblée nationale populaire dans la législature de 1979 à 1984, durant laquelle il aura la charge de premier secrétaire de la Commission  finances et budget. Pour tous les services rendus à la nation, il a été récipiendaire de plusieurs décorations, dont Commandeur dans l’ordre du mérite congolais.

Avec Adiac-Congo par Guillaume Ondze

Congo-Disparition: Paris dit adieu à Joséphine Mountou-Bayonne

novembre 17, 2022

À la veille de ses obsèques officielles à Brazzaville, les membres du Parti congolais du travail et les sympathisants de France ont rendu hommage à Joséphine Mountou-Bayonne, l’icône congolaise de la lutte pour l’émancipation des femmes.

De par l’affluence au funérarium des Joncherolles, à Villetaneuse, le 14 novembre de 14h à 17h, et au vu des personnalités présentes à la cérémonie, l’hommage à la sénatrice Joséphine Mountou-Bayonne s’apparente à celui fait à une  « figure d’exception « .

Cette cérémonie s’est déroulée en présence de la première dame du Congo, Antoinette Sassou N’Guesso; de l’ancienne présidente de l’Union révolutionnaire des femmes du Congo, Elise Thérèse NGamassa; de Rodolphe Adada, ambassadeur du Congo en France.

L’hommage rendu à Joséphine Mountou-Bayonne dénote de ce que l’on a pu entendre de la part des participants, que ce soit lors de l’oraison funéraire lue par Anatole Guy Elenga, président de la Fédération PCT-Europe, ou dans l’homélie lors de l’absoute, et différents témoignages, jusqu’au verre de l’amitié : « Nous n’avons pas attendu sa mort pour dire tout le bien que l’on pense d’elle ».

Lors du déroulement de la cérémonie funéraire, l’une de ses citations positives et inspirantes à l’égard des filles congolaises était rappelée sur les dépliants : « Mes filles, il faut travailler et prouver à tout le monde que vous êtes capables de faire quelque chose dans ce pays. » Ce pays, le Congo, où elle reposera désormais au mausolée Marien-Ngouabi, à Brazzaville.

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

France:-Hommage d’Emmanuel Macron : « Au fond, Soulages n’avait pas d’âge »

novembre 2, 2022

Le chef de l’État a rendu dans la cour du Louvre un hommage au peintre Pierre Soulages, décédé à 102 ans. Plusieurs ministres et artistes étaient présents.

Emmanuel Macron a rendu hommage au peintre Pierre Soulages.
Emmanuel Macron a rendu hommage au peintre Pierre Soulages.© GUILLAUME HORCAJUELO / EPA

« En ce jour, la Nation porte le noir du deuil, mais Pierre Soulages nous a appris à y déceler la lumière », a déclaré Emmanuel Macron mercredi 2 novembre, dans la cour carrée du Louvre à Paris, où s’est déroulé l’hommage national au peintre français. « C’est le don universel et inaliénable qu’il nous a fait. Pour cela merci », a ajouté le chef d’État, en présence de la femme de Pierre Soulages et de beaucoup d’autres personnalités politiques et du monde de l’art.

Emmanuel Macron a salué la mémoire d’un « grand maître de la peinture », « un classique de son vivant », célébré dans le monde entier pour ses nuances infinies de noir et décédé à 102 ans. « Au fond, Soulages n’avait pas d’âge. Oui, Soulages est un classique ayant choisi le noir comme éditorial de la modernité », a lancé le chef de l’État, qui était accompagné de son épouse Brigitte, lors d’un hommage national épuré, là même où l’artiste fut célébré de son vivant, le Louvre.

Plusieurs membres du gouvernement présents à l’hommage

Au premier rang, son épouse Colette, 101 ans, qui a partagé sa vie pendant 80 ans et est arrivée, le pas lent, sous les applaudissements, ainsi que ses neveux et nièces avaient pris place. Le chef de l’État était aussi accompagné de plusieurs membres du gouvernement, dont Rima Abdul-Malak (Culture), Catherine Colonna (Affaires étrangères), Éric Dupond-Moretti (Justice) et Pap Ndiaye (Éducation). Plusieurs anciens ministres de la Culture, dont Roselyne Bachelot, étaient également présents.

Pour cet hommage au peintre d’un siècle, le gotha du monde des Arts était également réuni, dont de nombreux directeurs de musée, Laurence Des Cars (Louvre), Bernard Blistène (Centre Pompidou), Alfred Pacquement (musée Soulages à Rodez), le secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, Laurent Petitgirard, le collectionneur François Pinault ou l’architecte Jean Nouvel.

«J’aurais adoré le rencontrer »

Plusieurs centaines d’anonymes étaient également au rendez-vous pour cette cérémonie ouverte au public et assez rare. « J’ai découvert Soulages lors d’une exposition au centre Pompidou il y a une dizaine d’années. La lumière et la force de ses peintures, exposées dans des grands espaces, m’ont tout de suite fasciné. Je tenais à être là aujourd’hui pour rendre hommage à ce grand artiste », a affirmé à l’AFP Irène Frati, professeur d’histoire-géo à la retraite.

« J’aurais adoré le rencontrer pour comprendre d’où vient sa nécessité de peindre », a estimé Julie Merle, 23 ans, qui étudie à l’école du Louvre et s’intéresse à la peinture monochrome.

Avant Pierre Soulages, la cour carrée du Louvre avait accueilli les hommages nationaux de Georges Braque en 1963, de Le Corbusier en 1965 et d’André Malraux en 1976.

Né le 24 décembre 1919 à Rodez, le peintre est décédé le 26 octobre. Fasciné par la préhistoire dès son plus jeune âge, il avait beaucoup travaillé au brou de noix avant de poursuivre avec ses grands aplats noirs de peinture à l’huile, qu’il raclait, grattait et modelait presque dans l’épaisseur de la peinture.

« Il débordait son époque car il avait d’emblée décidé d’habiter l’histoire de la peinture, de ses origines les plus lointaines à son avant-garde la plus contemporaine », a résumé Emmanuel Macron. Il avait basculé dans ce qu’il appelait « l’outrenoir » en 1979, alors qu’il peinait sur une œuvre entièrement recouverte d’un noir épais, striée par hasard.

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité […]. Le noir a des possibilités insoupçonnées », disait l’artiste, qui a peint jusqu’à la fin de sa vie.

Pendant plus de 75 ans, il a tracé son sillon, s’attirant la reconnaissance des institutions culturelles et du marché de l’art, qui en a fait un des artistes français les plus cotés de son vivant. Une de ses toiles a été vendue 20,2 millions de dollars en novembre 2021.

Il avait déjà eu les honneurs d’un hommage au Louvre en 2019, à l’aube de ses 100 ans. Jusqu’alors, seuls Picasso et Chagall avaient eu ce privilège de leur vivant.

Par Le Point avec AFP

Congo-Disparition : la République rend un dernier hommage à Paul Niamazok

juin 20, 2022

Le président de la République, Denis Sassou N’Guesso, s’est incliné devant la mémoire de l’ancien secrétaire d’Etat, le 20 juin à Brazzaville, en présence des corps constitués nationaux.

Hommage de la République à Paul Niamazok

Paul Niamazok a assumé de hautes responsabilités administratives. Conseiller économique à l’ambassade du Congo en URSS ; secrétaire d’État chargé de la biotechnologie et des industries agroalimentaires (1996/1997) ; secrétaire général au ministère du Développement rural (1987/1993) ; ministre résident, préfet du département de la Sangha (1993/1995), entre autres.

Né en 1942 à Souanké, fils de cultivateur, Paul Niamazok a entamé ses études à l’école officielle de sa localité de naissance, où il obtient le CEPE en 1957. La même année, il est admis au concours d’entrée à l’école militaire préparatoire général Leclerc, où il obtient le BEPC en 1961. Il poursuit son cursus scolaire dans le domaine de l’agronomie, notamment en République centrafricaine, en Algérie puis en géographie humaine en France.

Décédé le 28 mai dernier, à Niort, en France, l’illustre disparu a été inhumé le 20 juin à Brazzaville, au terme de la cérémonie d’adieu ayant permis au président de la République de s’incliner devant sa mémoire après le dépôt de gerbes de fleurs.

Avec Adiac-Congo par Rominique Makaya

RDC-Derniers hommages : Philippe Masegabio inhumé ce mercredi à la Nécropole 1

juin 7, 2022

Une décoration à titre posthume du poète, Philippe Masegabio, est prévue par le chancelier des Ordres nationaux lors de la cérémonie funéraire à l’Hôpital du cinquantenaire, en matinée du 8 juin, à la suite de la veillée mortuaire organisée à sa résidence, la nuit du 7 au 8 juin.

Philippe Masegabio Nzanzu intervenant lors de la présentation du roman Gahi ou l'affaire autochtone (Adiac)

1 -Philippe Masegabio Nzanzu intervenant lors de la présentation du roman Gahi ou l’affaire autochtone / Adiac

Le Pr Philippe Masegabio Nzanzu est passé de vie à trépas, le 16 mai dernier, soit un mois jour pour jour après sa dernière apparition publique à l’occasion de la présentation du roman « Gahi ou l’affaire autochtone » d’Henri Djombo, le 16 avril. Intervenant à cette occasion, le critique littéraire avait alors salué l’initiative de l’auteur qui contribuait à renforcer le rapprochement des écrivains des deux rives du fleuve Congo à la bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles.

Docteur en lettres et civilisation françaises formé à l’université Lovanium, l’actuelle Université de Kinshasa (Unikin), enseignant à l’Université pédagogique nationale jusqu’à sa mort, feu Philippe Masegabio était essentiellement poète et critique littéraire. Le monde littéraire congolais en deuil a perdu une de ses ferventes plumes mais aussi un brillant critique littéraire comme en a témoigné le nouvelliste Yoka Lye Mudaba. Il l’avait relevé haut et fort à la présentation du dernier essai critique du défunt, « Tchicaya U Tam’si, le feu et le chant. Une poétique de la dérision », qu’il s’était donné le plaisir de réaliser à sa demande, le 11 février 2020. Il en ressort notamment que le poète disparu a guidé ses « premiers pas de critique littéraire en herbe ». Ce, alors qu’il dirigeait la revue « Dombi » qu’il avait créée au sein de l’Office national de recherche et de développement.

Homme politique

Le Pr Yoka se souvient qu’en sa qualité de tout premier président de l’Union des écrivains zaïrois à sa création, en 1972, Masegabio l’a embarqué « dans le tout premier comité comme membre effectif », en dépit de sa fougue de « jeune Turc piaffant d’impatience et d’impertinence ». Et, vice-ministre, ministre de l’Information, puis ministre de la Culture sous le règne du maréchal Mobutu, en 1985-1986, il le «  prépare à rempiler à la tête de la Compagnie du théâtre national, afin d’y ramener la paix et une certaine rationalité managériale ». En tant qu’homme politique, il exerça également les fonctions de député, puis sénateur.Dernier essai critique de Philippe Masegabio, Tchicaya U Tam’si, le feu et le chant. Une poétique de la dérision (DR)

2 : Dernier essai critique de Philippe Masegabio, « Tchicaya U Tam’si, le feu et le chant. Une poétique de la dérision » / DR

Engagés dans un projet marquant leur engagement littéraire dans les années 2000, Yoka Lye a renseigné sur le fait qu’il avait été pensé un moyen d’unir les Congo. « Avec Masegabio ainsi que d’autres collègues et amis, nous nourrissions le vœu de construire le pont symbolique sur le Congo à partir de la littérature, et une synergie interactive, avec le pôle artistique et culturel de Lubumbashi, singulièrement de l’Unilu », a-t-il indiqué.

Spécialiste de la sémiologie littéraire et de Tchicaya U Tam’si, c’est dès lors grâce à sa thèse de doctorat défendue en 2014 à l’Unikin, qu’il confie: « j’ai pu, pour ainsi dire, faire davantage la connaissance de Tchicaya U Tam’si et me réconcilier avec sa poésie ».

Masegabio Nzanzu fut lauréat de quelques prix littéraires locaux, notamment la Médaille d’or du Mérite congolais des lettres,  deuxième prix de poésie Sébastien-Ngonso pour « Somme première » (1967), puis premier prix du concours de poésie organisé par le Goethe Institut et la Faculté des lettres de l’université Lovanium pour « Le temps des noces » (1968). Par ailleurs, l’Association internationale des parlements de langue française l’avait fait Commandeur de l’Ordre de la pléiade. La bibliographie de feu Philippe Masegabio, disparu à 77 ans, est essentiellement composée de recueils de poèmes. Parmi ses principales œuvres figurent « Somme première » (Poèmes 1967), « Le Zaïre Ecrit-Anthologie de la poésie zaïroise de langue française« (Horst Erdmann Verlag, 1976), « La Cendre Demeure« (Ed. Lokolé Dombi-Diffusion, 1983), « Fais-moi passer le lac des caïmans » (Dombi-Diffusion, 2006), « Le jour de l’Eternel : chants et méditations » (L’Harmattan, 2009), « Tchicaya U Tam’si : le feu et le chant, une poétique de la dérision » (L’Harmattan, 2017).

Avec Adiac Congo par Nioni Masela

Picasso à Dakar : entre hommage, relecture et découverte

mai 28, 2022

REPORTAGE. Alors que l’exposition « Picasso à Dakar 1972-2022 » bat son plein, la galerie Le Manège propose un dialogue inédit entre artistes africains contemporains et Picasso.

Alors que le musée des Civilisations noires de Dakar propose depuis le 1er avril l’exposition « Picasso à Dakar 1972-2022 », cinquante ans après l’exposition des œuvres de l’artiste espagnol au Musée dynamique de Dakar, la galerie de l’institut français Le Manège offre une inversion des paradigmes à travers les œuvres de seize artistes originaires ou liés au continent africain.

Découverte des liens entre Picasso et l’Afrique

En cette matinée de début mai, les 28 élèves de cm2 de l’Institution Sainte-Jeanne-d’Arc de Dakar attendent, alignés en file indienne dans le hall du musée des Civilisations noires (MCN), de pouvoir assister à la visite guidée de l’exposition « Picasso à Dakar 1972-2022 ». « L’artiste s’appelle Pablo Ruiz Picasso et il a exposé à Dakar en 1972 au Musée dynamique après avoir rencontré Senghor à Paris », renseigne Youssou, 11 ans, prouvant au passage qu’il a bien fait les recherches recommandées par son enseignante en amont de la visite. Sa camarade Khadija, âgée de 10 ans, ajoute : « Il faisait des sculptures d’animaux, peignait des tableaux et aimait les masques africains. » C’est sa tante qui lui en a parlé. En dehors de ces informations glanées sur le Web, ce jeune public connaît peu l’artiste, et notamment ses œuvres. Ce qui est encore moins connu de ces préadolescents, comme de nombreux adultes, c’est l’attrait de Picasso pour le continent africain, lui qui vivait entouré d’œuvres et d’objets africains. Cinquante ans après la première exposition de Picasso au Musée dynamique de Dakar, sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor, c’est cette « parenté » que l’exposition actuelle souhaite mettre en avant. Celle-ci a été réalisée en collaboration entre quatre musées, deux français et deux sénégalais : le musée Picasso-Paris, le musée du Quai Branly-Jacques-Chirac, le musée Théodore-Monod ainsi que le musée des Civilisations noires qui l’accueille.

Au centre de l’exposition, les portes cuuray réalisés en céramique par le Collectif Ban.© Clémence Cluzel

Studieux, les élèves écoutent la médiatrice culturelle leur détailler cette filiation artistique, ou tout du moins ces jeux de miroirs constants. Munis d’une feuille de papier, ils ne ratent rien des informations récoltées : « négritude », « portrait d’un homme noir représenté comme un empereur », « cubisme », « art figuratif », etc. Arrivée devant un masque baoulé positionné à côté d’un tableau de Picasso (celui de l’affiche de l’exposition), Asmaou Manga les interroge : « Quelles sont les ressemblances que vous pouvez noter ? » Les doigts se lèvent : « La forme du visage allongée », dit l’une ; « le nez », ajoute un autre ; « la forme des yeux », analyse encore un élève. S’arrêtant devant une immense photo de l’artiste drapé dans un tissu orange au milieu de son atelier, la médiatrice culturelle, qui a suivi une formation d’une semaine pour approfondir ses connaissances sur l’artiste, continue de renseigner son auditoire qui l’interroge sur la vie privée de l’artiste : « Avait-il des enfants ? » Même jeu de miroirs quelques mètres plus loin entre la toile La Femme dans un fauteuil et un masque bedu : couleurs similaires, même forme… L’origine africaine de l’inspiration du catalan est visible. De toute l’exposition, Amsatou a jeté son dévolu sur le tableau La Femme couchée lisant, car elle aussi « adore lire ». Khadija en passant devant la toile s’interroge : « Qui est cette dame ? Ce ne serait pas Olga, la femme de Picasso ? », se rappelant que Mme Manga l’avait évoquée quelques minutes plus tôt. Au sortir de cette visite d’une trentaine de minutes, Émilie Sarr, l’enseignante de la classe, est très satisfaite : « Au départ, j’étais réticente, mais je trouve que c’est vraiment très intéressant. J’ai appris plein d’informations, notamment les correspondances entre les œuvres de l’artiste et l’Afrique, le lien avec les arts nègres… Les enfants ont besoin de s’ouvrir au monde, peut-être même qu’il y a des futurs peintres dans la classe ! » Elle compte d’ailleurs revenir avec ses enfants. Les visites scolaires s’enchaînent chaque jour au musée des Civilisations noires. « On a beaucoup de demandes ! » affirme Asamou Manga. « Cette exposition est un moyen de montrer que l’art rassemble, que le musée est ouvert à toutes les cultures tout en sauvegardant la nôtre. Pour les écoles, c’est aussi un moyen de faire connaître l’art aux enfants sénégalais, beaucoup ne connaissent pas ce milieu, et de susciter un intérêt », détaille-t-elle.

« Picasso Remix » : inverser et émanciper les regards

En résonance à l’exposition du MCN, la galerie de l’institut français Le Manège propose de changer de paradigmes à travers son exposition « Picasso Remix »*. « Nous avons monté cette exposition avec Olivia Marsaud, directrice du Manège, à la demande de Hamady Bocoum, le directeur du MCN », explique Mohamed Amine Cissé, cocommissaire de « Picasso Remix ». Cette fois-ci, ce sont les œuvres de seize artistes**, issus de la diaspora, résidant ou ayant un lien fort avec le continent africain, qui s’emparent des œuvres de Picasso pour les revisiter et inverser les regards : les œuvres sont vues depuis le continent. « On sait que Picasso s’est inspiré de l’Afrique. On a voulu changer de paradigme, en donnant carte blanche aux artistes pour qu’ils expriment leur rapport à l’artiste, à son style, à ses réalisations. Les œuvres exposées ont été produites entre 2000 et 2022. Certaines étaient déjà existantes et rentraient en résonance, tandis que d’autres ont été créées pour l’occasion », ajoute Mohamed Amine Cissé avant de préciser que le but était également de multiplier les supports : peinture, toile, photocollage, sculpture, céramique… « Peu de gens savent que, vers la fin de sa vie, Picasso a produit environ 3 500 pièces en céramique », rapporte-t-il.

Les portes cuuray réalisés en céramique par le Collectif Ban.© Clémence Cluzel

« Certaines des œuvres sont des réponses, d’autres des hommages avec la revendication d’un héritage et une filiation assumée », raconte le commissaire. La toile hors norme du Guernicaest ici revisitée par le Béninois Roméo Mivekannin, qui insère dans la toile ses portraits, pour mieux se l’approprier et placer l’homme africain au cœur de l’œuvre. Elle apparaît plus que jamais actuelle, car elle fait écho aux conflits qui agitent notre siècle : SyrieAfghanistan et, dernièrement, la guerre en Ukraine. Sandra Seghir offre une relecture du célèbre tableau du peintre catalan Les Demoiselles d’Avignon avec sa peinture Les Primitifordiales, qui conserve le format original. S’il représente toujours le corps féminin, l’artiste y réinvente les codes esthétiques et la diversité en représentant des femmes fortes, aux différentes carnations. Une réappropriation plus féminine et féministe de l’œuvre qui brise les codes de l’art classique. Cette volonté de replacer la femme comme créatrice, et non plus comme simple muse, se retrouve également dans les peintures de Marianne Collin Sané et dans l’autoportrait réalisé par Audrey d’Erneville qui représente une femme à la taille démesurée pour illustrer la force et le pouvoir de la femme africaine. Un peu plus loin, la fameuse Tête de taureau de Picasso est revisitée par Meissa Fall qui l’a reconstituée avec des pièces de vélo, en l’occurrence une selle. « Il a créé cette œuvre pour permettre à tout le monde de la voir. L’originale est dans un musée, donc tout le monde n’y a pas accès », développe Mohamed Amine Cissé.

Les Primitifordiales, oeuvre de Sandra Seghir inspirée de la toile Les demoiselles d’Avignon.© Clémence Cluzel

« Picasso ne m’a rien appris. C’est lui qui s’est inspiré de moi. Et quand je dis moi, je parle de nous, les Africains », revendique l’artiste Moussa Traoré. Souvent appelée la « Picasso africaine », Kiné Aw s’en agace, arguant que le cubisme n’a pourtant pas été inventé par Picasso, bien qu’en Europe on le désigne largement comme le précurseur de ce style artistique.

Oeuvre de Thierry Fontaine qui aborde le colonialisme.© Clémence Cluzel

Les masques africains de Thierry Fontaine, dont les yeux ont été remplacés par des bougies, la cire perlant, telles des larmes, évoquent l’attrait pour les masques de Picasso. Mais derrière l’œuvre, l’artiste évoque la colonisation, l’interdiction de l’animisme pendant cette période et la douleur vécue par les populations. Le discours se fait plus politique avec le photocollage de Vincent Michéa qui évoque à travers la photo d’œuvres africaines encadrées, « enfermées », la question du retour des œuvres en Afrique. Un questionnement soulevé également par la réalisation du collectif Ban qui a réalisé des encensoirs traditionnels sénégalais (cuuray) en céramique qui « interrogent le sens que conserve un objet lorsqu’il est enfermé dans un musée et qu’il perd la raison de sa création. Il devient un objet mort ». Alors que la question de la restitution des œuvres d’art africaines au continent est plus que jamais actuelle, l’émancipation des regards s’impose. Ainsi, cette exposition en donnant la parole à ces artistes leur offre l’occasion de donner leur point de vue et de mettre en lumière l’apport des créateurs africains dans l’histoire de l’art mondiale. Une réappropriation salutaire et nécessaire avec une confrontation des esthétiques, des techniques, des inspirations qui vise au-delà de multiplier les regards sur l’histoire de l’art, à affirmer la place des artistes africains contemporains face aux critères de l’art moderne occidental. Le titre de l’exposition « Picasso Remix » est ainsi un hommage à « Africa Remix », l’une des plus grandes expositions d’art contemporain africain qui a permis de mettre celui-ci sur l’échiquier mondial et contribué à une meilleure reconnaissance des arts contemporains hors de l’Occident », souligne Mohamed Amine Cissé.

* « Picasso Remix », une exposition à voir à la galerie Le Manège de l’Institut français de Dakar, jusqu’au 30 juin.

**16 artistes de 7 pays = Meissa Fall, Thierry Fontaine, Collectif Ban, Camara Gueye, Kiné Aw, Noumouke Camara, Audrey d’Erneville, Dimitri Fagbohoun, Marianne Collin Sané, Sandra Seghir, Moussa Traoré, Hervé Yamguen, Carl-Edouard Keïta, Koko Komegne, Vincent Michéa, Roméo Mivékannin.

Avec Le Point par Clémence Cluzel à Dakar