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France/États-Unis: Macron attendu à Washington pour une visite fastueuse et stratégique

novembre 29, 2022
Macron attendu a Washington pour une visite fastueuse et strategique
Macron attendu à Washington pour une visite fastueuse et stratégique© AFP/Ludovic MARIN

Emmanuel Macron est attendu mardi soir à Washington pour une visite d’Etat qui mêlera les fastes de la Maison Blanche aux discussions stratégiques avec Joe Biden sur la guerre en Ukraine et le protectionnisme commercial des Etats-Unis.

Le président français, qui s’est envolé pour la capitale fédérale peu avant 16H00 GMT, entend évoquer avec son homologue américain le plan massif de soutien à la transition énergétique, ou Inflation Reduction Act (IRA), qui accorde de généreuses subventions aux véhicules électriques, batteries ou énergies renouvelables à condition qu’ils soient « made in America ».

Concurrence déloyale, protectionnisme, peste-t-on à Paris, où l’on espère arracher des « exemptions » ciblées pour quelques industries européennes.

Juste avant de partir, Emmanuel Macron a déjeuné à l’Elysée avec le Conseil d’affaires franco-américain, qui réunit une quarantaine de grands patrons des deux pays, dont ceux de TotalEnergie, LVMH, IBM, McDonald’s ou encore Goldman Sachs.

Objectif: les « inviter à poursuivre » dans la voie des « investissements » en France, a expliqué la présidence française.

Car la France redoute plus que tout que l’IRA favorise des délocalisations vers les Etats-Unis et sape en conséquence les efforts de réindustrialisation entrepris.

« Opportunités »

Au-delà de ces très hypothétiques exemptions, le président Macron plaide donc auprès des autres Européens pour qu’ils se dotent d’armes commerciales comparables, avec un « Buy European Act » qui donnerait, aussi, la priorité aux produits fabriqués sur le Vieux Continent.

L’IRA « va créer des opportunités pour des entreprises européennes ou françaises, ce n’est pas un jeu à somme nulle », a tenté de rassurer un haut responsable américain, avant la visite.

Ces frictions ne devraient en effet pas gâcher la fête de cette visite d’Etat, la deuxième pour Emmanuel Macron qui fut déjà l’invité d’honneur de Donald Trump en 2018.

Mercredi, après avoir parlé de coopération spatiale avec la vice-présidente Kamala Harris en présence des astronautes français Thomas Pesquet et Sophie Adenot, d’environnement avec des parlementaires américains et de nucléaire civil avec des acteurs de la filière, le chef de l’Etat s’adressera à la communauté française puis retrouvera, en compagnie de son épouse Brigitte Macron, Joe et Jill Biden pour un « dîner privé ».

Ce sera l’occasion d’un premier échange dans un « cadre très informel, très franc et très amical », dit un conseiller français.

Jeudi, c’est ensuite dans un cadre beaucoup plus solennel, bien que festif, qu’Emmanuel Macron sera reçu à la Maison Blanche, fraîchement parée des riches décorations et illuminations mises en place pour les fêtes de fin d’année.

Coups de canon

Entre les sapins de Noël chargés de neige artificielle, les guirlandes et les figurines – dont celles représentant le chien et le chat des Biden -, il sera accueilli par le président américain lors d’une cérémonie scandée par vingt-et-un coups de canon, les hymnes et le passage en revue des troupes.

Après un entretien dans le huis clos du Bureau ovale, une conférence de presse conjointe et une réunion avec les dirigeants du Congrès américain, place au moment fastueux du dîner d’Etat.

Sous une tente dressée dans les jardins de la Maison Blanche, il sera animé par Jon Batiste, chanteur et compositeur, virtuose du melodica mais aussi personnalité engagée dans la défense des droits des Afro-Américains.

Ce jazzman qui navigue entre la pop et la soul est un pilier de la scène musicale de la Nouvelle-Orléans, la ville de Louisiane jadis française où Emmanuel Macron se rendra vendredi pour une visite dédiée à la francophonie, en présence du cinéaste Claude Lellouche et du danseur et chorégraphe Benjamin Millepied.

Au-delà des questions commerciales, le rendez-vous américain doit permettre aux présidents des deux pays alliés d’afficher leur unité dans le soutien à l’Ukraine et, peut-être, d’esquisser un message commun en faveur de l’idée de négociations, à terme, pour mettre fin à la guerre lancée par la Russie – un thème cher au chef de l’Etat français que certains, à Washington, commencent aussi à défendre.

La France veut enfin « resynchroniser les agendas de l’Union européenne et des Etats-Unis face aux crises » sur les « prix de l’énergie » et « la lutte contre l’inflation », a déclaré mardi le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran.

Par Le Point avec AFP

La stratégie française en Afrique « finalisée d’ici six mois » dit Macron

novembre 9, 2022
La strategie francaise en Afrique "finalisee d'ici six mois" dit Macron
La stratégie française en Afrique « finalisée d’ici six mois » dit Macron© Etat Major des Armées/AFP/Archives/Handout

La nouvelle stratégie de la France en Afrique sera finalisée d’ici six mois après consultations avec ses partenaires sur le continent, a annoncé mercredi le président Emmanuel Macron en confirmant la fin de l’opération antijihadiste Barkhane.

« Nous lancerons dans les prochains jours une phase d’échanges avec nos partenaires africains, nos alliés et les organisations régionales pour faire évoluer ensemble le statut, le format et les missions des actuelles bases militaires françaises au Sahel et en Afrique de l’Ouest », a-t-il déclaré en présentant la nouvelle stratégie française en matière de défense.

« Cette stratégie sera finalisée d’ici 6 mois (…). C’est indispensable et c’est une des conséquences que nous tirons de ce que nous avons vécu ces dernières années dans toute la région du Sahel », a-t-il expliqué.

L’armée française a quitté le Mali en août, après neuf ans de présence, poussée par la junte au pouvoir qui travaille désormais – même si elle s’en défend – avec le sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner.

Elle reste toutefois dans la région et continue à lutter contre les groupes jihadistes liés à Al-Qaïda ou au groupe Etat islamique, qui étendent progressivement leurs activités vers les pays du golfe de Guinée.

L’annonce de la fin de Barkhane est sans conséquence immédiate sur le dispositif militaire français au Sahel, qui comprend environ 3.000 militaires au Niger, au Tchad et au Burkina Faso, après avoir compté jusqu’à 5.500 hommes au plus fort de son déploiement.

« Nos interventions doivent être mieux bornées dans le temps. ( ?) Nous n’avons en effet pas vocation à rester engagés sans limite de temps dans des opérations extérieures », a justifié le chef de l’Etat.

« Notre soutien militaire aux pays africains de la région se poursuivra, mais selon les nouveaux principes que nous avons défini avec eux », a-t-il précisé. « Il se déclinera à l’échelle de chaque pays selon les besoins qui seront exprimés par nos partenaires ».

Paris doit composer avec une opinion publique africaine de plus en plus hostile, au sein de laquelle l’influence de puissances rivales, Moscou en tête, se renforce via réseaux sociaux et médias officiels.

L’idée désormais est de continuer à agir, mais en discrétion. Aucun nouveau nom n’a été donné aux troupes désormais déployées.

« Nos soldats restent couverts, protégés, soutenus, administrés dans des conditions qui sont satisfaisantes » mais l’annonce officielle est « nécessaire localement », expliquait-on mardi à l’Elysée.

« Dans le champ des perceptions, Barkhane continue d’occuper une présence très importante sur les réseaux sociaux. Il faut y mettre clairement un terme pour pouvoir basculer sur une autre logique », précisait-on de même source.

Par Le Point avec AFP

France:-Hommage d’Emmanuel Macron : « Au fond, Soulages n’avait pas d’âge »

novembre 2, 2022

Le chef de l’État a rendu dans la cour du Louvre un hommage au peintre Pierre Soulages, décédé à 102 ans. Plusieurs ministres et artistes étaient présents.

Emmanuel Macron a rendu hommage au peintre Pierre Soulages.
Emmanuel Macron a rendu hommage au peintre Pierre Soulages.© GUILLAUME HORCAJUELO / EPA

« En ce jour, la Nation porte le noir du deuil, mais Pierre Soulages nous a appris à y déceler la lumière », a déclaré Emmanuel Macron mercredi 2 novembre, dans la cour carrée du Louvre à Paris, où s’est déroulé l’hommage national au peintre français. « C’est le don universel et inaliénable qu’il nous a fait. Pour cela merci », a ajouté le chef d’État, en présence de la femme de Pierre Soulages et de beaucoup d’autres personnalités politiques et du monde de l’art.

Emmanuel Macron a salué la mémoire d’un « grand maître de la peinture », « un classique de son vivant », célébré dans le monde entier pour ses nuances infinies de noir et décédé à 102 ans. « Au fond, Soulages n’avait pas d’âge. Oui, Soulages est un classique ayant choisi le noir comme éditorial de la modernité », a lancé le chef de l’État, qui était accompagné de son épouse Brigitte, lors d’un hommage national épuré, là même où l’artiste fut célébré de son vivant, le Louvre.

Plusieurs membres du gouvernement présents à l’hommage

Au premier rang, son épouse Colette, 101 ans, qui a partagé sa vie pendant 80 ans et est arrivée, le pas lent, sous les applaudissements, ainsi que ses neveux et nièces avaient pris place. Le chef de l’État était aussi accompagné de plusieurs membres du gouvernement, dont Rima Abdul-Malak (Culture), Catherine Colonna (Affaires étrangères), Éric Dupond-Moretti (Justice) et Pap Ndiaye (Éducation). Plusieurs anciens ministres de la Culture, dont Roselyne Bachelot, étaient également présents.

Pour cet hommage au peintre d’un siècle, le gotha du monde des Arts était également réuni, dont de nombreux directeurs de musée, Laurence Des Cars (Louvre), Bernard Blistène (Centre Pompidou), Alfred Pacquement (musée Soulages à Rodez), le secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts, Laurent Petitgirard, le collectionneur François Pinault ou l’architecte Jean Nouvel.

«J’aurais adoré le rencontrer »

Plusieurs centaines d’anonymes étaient également au rendez-vous pour cette cérémonie ouverte au public et assez rare. « J’ai découvert Soulages lors d’une exposition au centre Pompidou il y a une dizaine d’années. La lumière et la force de ses peintures, exposées dans des grands espaces, m’ont tout de suite fasciné. Je tenais à être là aujourd’hui pour rendre hommage à ce grand artiste », a affirmé à l’AFP Irène Frati, professeur d’histoire-géo à la retraite.

« J’aurais adoré le rencontrer pour comprendre d’où vient sa nécessité de peindre », a estimé Julie Merle, 23 ans, qui étudie à l’école du Louvre et s’intéresse à la peinture monochrome.

Avant Pierre Soulages, la cour carrée du Louvre avait accueilli les hommages nationaux de Georges Braque en 1963, de Le Corbusier en 1965 et d’André Malraux en 1976.

Né le 24 décembre 1919 à Rodez, le peintre est décédé le 26 octobre. Fasciné par la préhistoire dès son plus jeune âge, il avait beaucoup travaillé au brou de noix avant de poursuivre avec ses grands aplats noirs de peinture à l’huile, qu’il raclait, grattait et modelait presque dans l’épaisseur de la peinture.

« Il débordait son époque car il avait d’emblée décidé d’habiter l’histoire de la peinture, de ses origines les plus lointaines à son avant-garde la plus contemporaine », a résumé Emmanuel Macron. Il avait basculé dans ce qu’il appelait « l’outrenoir » en 1979, alors qu’il peinait sur une œuvre entièrement recouverte d’un noir épais, striée par hasard.

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité […]. Le noir a des possibilités insoupçonnées », disait l’artiste, qui a peint jusqu’à la fin de sa vie.

Pendant plus de 75 ans, il a tracé son sillon, s’attirant la reconnaissance des institutions culturelles et du marché de l’art, qui en a fait un des artistes français les plus cotés de son vivant. Une de ses toiles a été vendue 20,2 millions de dollars en novembre 2021.

Il avait déjà eu les honneurs d’un hommage au Louvre en 2019, à l’aube de ses 100 ans. Jusqu’alors, seuls Picasso et Chagall avaient eu ce privilège de leur vivant.

Par Le Point avec AFP

Emmanuel Macron en visite à Rome pour voir le pape… et Giorgia Meloni ?

octobre 22, 2022

Le chef de l’État est attendu dimanche à Rome où il pourrait s’entretenir avec la nouvelle Première ministre italienne, s’il juge que c’est « utile ».

Emmanuel Macron est attendu a Rome dimanche et lundi pour rencontrer le pape Francois et peut-etre la nouvelle Premiere ministre italienne Giorgia Meloni.
Emmanuel Macron est attendu à Rome dimanche et lundi pour rencontrer le pape François et peut-être la nouvelle Première ministre italienne Giorgia Meloni.© MOHAMMED BADRA / POOL / AFP

Le président français Emmanuel Macron se rend dimanche 23 et lundi 24 octobre à Rome pour voir le pape François et prononcer un discours sur la paix, sur fond de conflit en Ukraine. Le chef de l’État pourrait également devenir le premier dirigeant étranger à rencontrer la nouvelle Première ministre italienne, Giorgia Meloni.

Emmanuel Macron a été invité à s’exprimer à l’ouverture, dimanche, du forum international pour la paix organisé par la communauté catholique italienne Sant’Egidio, l’un des canaux de la diplomatie de l’ombre du Vatican. Selon l’Élysée, il devrait s’inscrire dans la lignée de son discours à l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre, lorsqu’il avait dénoncé « un retour de l’âge des impérialismes et des colonies » imposé par l’invasion russe de l’Ukraine.

À Rome, Emmanuel Macron insistera sur le multilatéralisme pour affronter les « crises qui parcourent notre planète » climat, inégalités et guerre en Ukraine ainsi que « sur l’importance d’éviter la création de fractures artificielles » entre le Nord et le Sud, a expliqué la présidence française.

Une troisième rencontre avec le pape François

Le chef de l’État français assume depuis le début du conflit ukrainien en février de continuer à parler à son homologue russe Vladimir Poutine, à la différence d’autres dirigeants occidentaux, notamment du président américain, Joe Biden. Il a encore plaidé, vendredi à Bruxelles, pour que Kiev et Moscou reviennent « autour de la table » lorsque ce sera « acceptable » pour le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, mais aussi « le plus tôt possible ».

Ce sommet interreligieux de trois jours intitulé « Le Cri de la paix » se clôturera mardi en présence du pape. Le souverain pontife recevra Emmanuel Macron lundi matin en audience au Vatican, pour la troisième fois depuis qu’il est président, la précédente rencontre remonte à il y a moins d’un an, en novembre 2021.

Il devrait aussi être question d’Ukraine, d’autres sujets internationaux, ainsi que des débats de société qui agitent la France, comme l’accueil des réfugiés et peut-être la fin de vie. Le pape François s’est élevé vendredi contre l’euthanasie lors d’un discours devant des élus français, au moment même où Paris s’apprête à lancer une convention citoyenne sur cette question délicate pour aboutir à un éventuel changement de la loi.

Des tensions diplomatiques entre la France et l’Italie

La visite à Rome n’a donc, initialement, aucune dimension bilatérale publique avec l’Italie. Mais elle s’inscrit dans un contexte politique qu’Emmanuel Macron peut difficilement ignorer : l’entrée en fonction ce week-end du gouvernement de Giorgia Meloni, dont le parti postfasciste Fratelli d’Italia a remporté les élections législatives à la tête d’une coalition dominée par l’extrême droite.

Le président français peut-il venir à Rome sans la rencontrer ? Cela pourrait être perçu comme un affront, alors même que les relations franco-italiennes, au beau fixe tant que Mario Draghi dirigeait la péninsule, risquent de traverser une zone de turbulences avec l’eurosceptique et souverainiste Meloni.

Un avant-goût de ces tensions a eu lieu avant même sa nomination, lorsque la secrétaire d’État française aux Affaires européennes, Laurence Boone, a prévenu début octobre que la France serait « très vigilante sur le respect des valeurs et des règles de l’État de droit » en Italie. « Menace inacceptable d’ingérence », s’était aussitôt insurgée celle qui est depuis devenue la première femme Première ministre dans son pays. Emmanuel Macron a tenté de calmer le jeu en assurant être « tout à fait prêt à travailler avec elle ».

Et Giorgia Meloni a donné des gages à ses partenaires européens en martelant son attachement à l’Otan et sa détermination à soutenir l’Ukraine, tout en nommant des personnalités qu’ils peuvent juger rassurantes aux postes clés des Affaires étrangères et de l’Économie. Le chef de l’État français, qui s’entretiendra avec le président de la République italienne, Sergio Mattarella, lundi lors d’un déjeuner privé, a expliqué qu’il prendrait le pouls de ce garant des subtils équilibres institutionnels italiens avant de décider d’un éventuel tête-à-tête avec Giorgia Meloni, si c’est « utile » et « respectueux « des » usages diplomatiques ».

Par Le Point avec AFP

France – Maghreb : Emmanuel Macron à la recherche d’un équilibre introuvable

octobre 7, 2022

En durcissant sa politique de visas avec les citoyens du Maghreb, Paris aura parachevé un lent processus de perte d’influence dans la région, qu’Emmanuel Macron cherche maintenant à enrayer. Si ses efforts semblent porter leurs fruits avec l’Algérie, il reste beaucoup à faire avec la Tunisie et, surtout, le Maroc.

Pour la France d’Emmanuel Macron, si tous les signaux semblent au vert côté algérien, difficile d’en dire autant avec le Maroc et la Tunisie. © MONTAGE JA : ETHI BELAID/AFP ; MAP ; Ludovic MARIN/AFP ; Stéphane Mahé/Pool/AFP

Se rapprocher de l’un sans fâcher les deux autres. Donner des gages d’un côté sans couper les ponts de l’autre. Enjamber les sujets chauds pour se concentrer sur les intérêts communs. Voilà la partition, quasi injouable, que Paris tente actuellement d’interpréter avec Rabat, Alger et Tunis. Malgré ou plutôt à cause de sa longue histoire commune avec les trois pays du Maghreb, la France ne cesse de voir son influence reculer dans la région, et elle en est parfaitement consciente.

Le voyage d’Emmanuel Macron en Algérie, fin août, a bien illustré la volonté française de renouer le lien. L’amitié avec le président Tebboune a fait l’objet d’une mise en scène appuyée et souhaitée par les deux partenaires, tous les symboles étaient au programme du déplacement et la question mémorielle, si sensible pour les Algériens, n’a pas été négligée. Bilan globalement positif pour Paris, qui enfonce le clou en envoyant à Alger, les 9 et 10 octobre, la Première ministre Élisabeth Borne.

Situation intenable

Mais si tous les signaux semblent au vert côté algérien, difficile d’en dire autant avec les deux voisins. En Tunisie, après avoir temporisé face à l’évolution autoritaire du président Kaïs Saïed, Paris s’est pour l’instant résolu à sauver les apparences et à maintenir d’étroites relations. Le sommet de la Francophonie, qui, après bien des péripéties, se tiendra bien à Djerba les 19 et 20 novembre, constitue un signe fort de la volonté d’afficher une bonne entente.

Reste le dossier le plus épineux du moment : celui de la relation avec le Maroc. Malgré les efforts d’Emmanuel Macron, qui a cru bon, au lendemain de son retour d’Algérie, d’annoncer qu’il effectuerait prochainement une visite dans le royaume, tout semble aller de travers ces derniers temps entre Rabat et Paris. Sommée par les Marocains de se positionner clairement sur le Sahara, la France se trouve dans une situation intenable si elle ne veut pas sacrifier son amitié avec Alger.

Pour beaucoup d’experts, elle multiplie les maladresses. Semble perpétuellement évoluer sur un mauvais tempo. La nomination attendue d’un nouvel ambassadeur au Maroc, en remplacement d’une Hélène Le Gal qui n’a pas su séduire, pourrait être la première étape d’un rapprochement qui s’annonce, pour l’heure, long et laborieux.

Ave Jeune Afrique par Olivier Marbot

Mort d’Elizabeth II : Emmanuel Macron en visite auprès du cercueil

septembre 18, 2022

Emmanuel Macron, Joe Biden et d’autres chefs d’États seront reçus ce dimanche soir par le roi Charles III, son premier rendez-vous diplomatique.

Emmanuel et Brigitte Macron sont arrives a Londres dimanche apres-midi.
Emmanuel et Brigitte Macron sont arrivés à Londres dimanche après-midi.© OLIVIER HOSLET / EPA

Le défilé populaire approche de son terme et les délégations officielles affluent vers le Royaume-Uni avant les adieux à Elizabeth II. Le public n’a plus que quelques heures dimanche 18 septembre pour se recueillir auprès du cercueil de la reine, avant les funérailles d’État lundi en présence de dirigeants du monde entier. Le président de la République, Emmanuel Macron, est arrivé à Londres dans l’après-midi et s’est rendu avec son épouse à Westminster pour se recueillir devant le cercueil de la reine. Il rejoindra ensuite Joe Biden, arrivé samedi soir à Londres en compagnie de son épouse Jill, ainsi que d’autres chefs d’État étrangers réunis par Charles III dimanche en fin de journée, premier grand rendez-vous diplomatique du nouveau souverain de 73 ans.

Emmanuel Macron est à Westminster Hall pour se recueillir devant le cercueil de la reine pic.twitter.com/XhXN3Z0lc8

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— BFMTV (@BFMTV) September 18, 2022

Ils se retrouveront lundi matin parmi les 2 000 invités de l’abbaye de Westminster, où Elizabeth II a été couronnée en 1953, pour le point d’orgue des hommages rendus dans une immense émotion depuis la mort le 8 septembre de la monarque à la popularité planétaire. Le public aura encore jusqu’à 6 h 30 (7 h 30 à Paris) ce jour-là pour se recueillir à Westminster Hall, la plus ancienne salle du Parlement britannique, devant le cercueil de celle qui a traversé les époques avec le même sens du devoir.

Mais compte tenu du temps d’attente considérable pour défiler devant le cercueil – 17 heures annoncées samedi soir – la queue devrait être fermée d’ici à la fin de la journée aux nouveaux arrivants. À 20 heures locales (21 heures à Paris), le Royaume-Uni s’immobilisera pour un « moment de réflexion » en la mémoire de cette souveraine à la longévité sans précédent dans son histoire.

Alors que des centaines de milliers de personnes se sont succédé devant la dépouille de la souveraine, un seul incident a été relevé : un homme a été inculpé pour trouble à l’ordre public après avoir quitté la queue et s’être approché du cercueil vendredi, a annoncé samedi soir la Metropolitan Police dans un communiqué.

La famille royale multiplie les rencontres avec le public

Samedi, le roi Charles et son fils le prince William se sont offert un bain de foule surprise près du pont de Lambeth. Le nouveau souverain, bien moins populaire que ne l’était sa mère, a échangé quelques mots et serré des mains, comme il l’a fait à plusieurs reprises lors de sa tournée cette semaine à travers les quatre nations du Royaume-Uni, de Belfast à Cardiff. « J’ai vu le roi ! Nos regards se sont croisés ! » a jubilé Geraldine Potts-Ahmad, en larmes. « Il va devenir le meilleur roi », a pronostiqué la quinquagénaire, encore sous le coup de l’émotion.

Désormais prince de Galles, William, 40 ans, a participé samedi avec son frère Harry, avec qui il entretient des relations notoirement difficiles, à une veillée autour du cercueil, avec les six autres petits-enfants de la reine. Les deux frères étaient tous deux en uniforme militaire, une tenue que Harry n’avait plus portée depuis son retrait fracassant de la monarchie, pendant que le public continuait à défiler de part et d’autre du cercueil. Vendredi, les quatre enfants de la reine avaient mené une veillée similaire.

Comme pour à la fois jauger et entretenir le lien entre les Britanniques et la famille royale, enfants et petits-enfants de la reine tant aimée par les Britanniques ont multiplié les rencontres avec le public ces derniers jours, alors que la période de deuil écrase toute autre actualité au Royaume-Uni. Samedi en début d’après-midi, le prince Edward et son épouse Sophie ont salué la foule rassemblée aux abords du palais de Buckingham, résidence officielle d’Elizabeth II pendant ses plus de 70 ans de règne, jusqu’à sa mort à l’âge de 96 ans au château écossais de Balmoral.

Un défi sans précédent pour la police londonienne

Dans un message vidéo enregistré qui sera diffusé dimanche sur la BBC, la reine consort Camilla a quant à elle rendu hommage à la souveraine, « qui a fait partie de nos vies depuis toujours », et insisté sur les difficultés qu’Elizabeth II, « femme solitaire », a rencontrées dans un monde de chefs d’État et de gouvernement essentiellement masculin.

L’organisation des funérailles d’État, les premières depuis celles de Winston Churchill en 1965, représente pour la police de Londres un défi sans précédent. « La plus grande opération » jamais menée par la police de Londres, a souligné le maire de la capitale Sadiq Khan, à l’occasion de la visite de Charles et William à un centre de commandement samedi. En coulisses, les répétitions battent leur plein, et aux abords de Westminster Hall, les plus ardents campent déjà pour assurer leur place aux première loges.

Venue du nord de l’Angleterre, Magdalena Staples, qui aura passé trois nuits sous la tente en famille, explique à l’Agence France Presse vouloir que ses enfants « vivent la même expérience » qu’elle, quand elle a assisté il y a 25 ans aux obsèques de Lady Di. Après une dernière procession, Elizabeth II sera inhumée dans l’intimité lundi dans la chapelle Saint-Georges au château de Windsor, à l’ouest de Londres, auprès de son père le roi George VI et de son époux le prince Philip.

Le Point avec AFP

Mali-France : clashs en boucle entre Macron et les ministres de Goïta

août 1, 2022

Les attaques fusent entre Paris et Bamako. Quand le président français fustige l’inaction supposée de la junte dans la lutte contre le terrorisme, celle-ci réplique en l’accusant de vouloir entretenir la haine ethnique.

Les autorités françaises et maliennes sont à fleurets non mouchetés depuis plusieurs mois. © Damien Glez

La pratique du clash hip hop aurait-elle imprégné les usages rhétoriques de politiciens qui étaient encore adolescents quand le Français Joey Starr ou le Malien Mokobé déroulaient leurs premières punchlines ? Ces derniers jours, dans ce qu’il reste de la communication franco-malienne, la convocation de mots au style pour le moins lapidaire est de mise, en mode « battles »…

Le 28 juillet, en visite en Guinée-Bissau, Emmanuel Macron analysait que « les choix faits par la junte malienne aujourd’hui et sa complicité de fait avec la milice Wagner sont particulièrement inefficaces ». Ce dimanche, en direct à la télévision publique, via la lecture du communiqué 035 du gouvernement de la transition, en répétant trois fois la même phrase, le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement malien, dénonçait la posture « néo-coloniale, paternaliste et condescendante » du président français.

Rupture

Et les discours de se faire écho entre eux comme la réponse du berger à la bergère, sur l’air de « c’est celui qui le dit qui l’est » ou « pas vu, pas pris », en ce qui concerne la présumée présence du groupe paramilitaire russe sur le sol malien. Pour le président Macron, « lutter contre le terrorisme, ça n’est plus l’objectif » de la junte, tandis que pour le colonel Maïga, la France a pour « dessein d’entretenir la haine ethnique », comme elle joua un « rôle négatif (…) dans le génocide des Tutsi ».

Pour Macron, le peuple malien est empêché d’exprimer « sa souveraineté populaire », tandis que Maïga rétorque que « nul ne peut aimer le Mali mieux que les Maliens ». Pour Macron, l’implication des États ouest-africains est nécessaire dans le rétablissement de la sécurité au Mali, tandis que pour Maïga, tout se résume à la souveraineté nationale. Pour le premier, c’est la France qui a choisi de « quitter le sol malien », tandis que pour le second, c’est le Mali qui « a mis fin à la coopération en matière de défense avec la France »…

Sur ce point de la rupture des relations sécuritaires, il n’y a pas seulement du hip hop, mais aussi un peu de dystopie à la manière du film américain Minority Report, dans lequel des autorités douées de « précognition » sanctionnent les crimes avant que ceux-ci ne soient commis. Dans son communiqué dominical, le colonel Abdoulaye Maïga affirmait ainsi qu’avant même que Macron ne tacle la politique malienne à Bissau, le Mali avait demandé « de manière prémonitoire à l’ambassadeur de France de quitter le territoire malien », et avait également suspendu « les médias France 24 et Radio France internationale » comparés à la radio Mille collines qui distilla le fiel sur les ondes rwandaises, au milieu des années 90…

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Guinée-Bissau : Macron rencontre le président de la CDEAO

juillet 28, 2022

Le président français a réalisé, le 28 juillet, la dernière étape de sa tournée africaine, après le Cameroun et le Bénin. Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue guinéen, Umaro Sissoco Embalo, président en exercice de la Cédéao. Une troisième rencontre en moins d’un an.

Après le Cameroun et le Bénin, le chef d’État français terminera une première tournée africaine, depuis sa réélection, par la Guinée-Bissau. Un pays en tension après une tentative de coup d’État en février dernier et la dissolution du Parlement trois mois plus tard par le président Umaro Sissoco Embalo.

Octobre à l’Élysée, février à Bruxelles et désormais juillet à Bissau… Emmanuel Macron et Umaro Sissoco Embalo se sont rencontrés le jeudi pour la troisième fois en moins d’un an. Le leader guinéen vient de prendre début juillet la présidence tournante de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao), en première ligne face à la junte malienne.

La casquette de président de la Cédéao fait d’Umaro Sissoco Embalo un interlocuteur incontournable pour Paris. Le chef de l’État bissau-guinéen a désormais sur sa table les dossiers sensibles du Burkina, de la Guinée et surtout du Mali.

Pour le journaliste Antoine Glaser, « la France ne veut plus apparaître en première ligne. Elle préfère mettre en avant les institutions régionales », dit-il.

Plusieurs fois, Paris a été accusé de manipuler la Cédéao, avait affirmé Bamako, lorsqu’en janvier l’organisation avait sanctionné la junte au pouvoir. Les putschistes l’avaient accusée d’être « au service de la France ».

Selon un diplomate africain, « l’Élysée ne peut pas imposer ses vues. Il y a six pays anglophones dans l’organisation, dont le poids lourd nigérian ou encore le Ghana. Il y a peut-être une volonté d’influencer, mais c’est dur de la concrétiser ».

Une source à l’Élysée explique que la France « s’aligne sur les positions des organisations régionales ».

Cet événement s’inscrit dans un contexte troublé pour ce pays d’Afrique de l’Ouest, abonné aux crises politiques. Umaro Sissoco Embalo a, en effet, annoncé en mai dernier la dissolution du Parlement et la convocation d’élections parlementaires anticipées d’ici à la fin de l’année. Et ce, quelques semaines après une nouvelle tentative de coup d’État, le 1er février, qui a fait 11 morts selon le gouvernement.

La Guinée-Bissau est une ancienne colonie portugaise devenue indépendante en 1974 après une longue guerre de libération, menée par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) fondé par Amilcar Cabral, assassiné en 1973. Le PAIGC a ensuite très longtemps dominé la politique nationale.

Une plaque tournante du trafic de drogue

Depuis la présidentielle de 2014, le pays s’est engagé sur la voie d’un retour à l’ordre constitutionnel, ce qui ne l’a pas préservé de turbulences chroniques. Les tensions ont persisté après l’élection de Umaro Sissoco Embalo à la présidence en décembre 2019. Son principal adversaire, Domingos Simoes Pereira, du PAIGC, n’a jamais reconnu la victoire de Umaro Embalo, finalement entérinée par la communauté internationale.

De nombreux désaccords ont opposé Umaro Sissoco Embalo, général de réserve de 49 ans, et le Parlement, sur l’immunité parlementaire de Domingos Simoes Pereira, sur le partage des ressources du pétrole à la frontière avec le Sénégal, sur une révision de la Constitution ou, récemment, sur l’annonce par la Cédéao de l’envoi d’une force de stabilisation.

La communauté internationale réclame de longue date une nouvelle Constitution, l’organisation des pouvoirs dans l’actuelle loi fondamentale passant pour un facteur principal des crises à répétition. Le pays a besoin de réformes : il est l’un des plus pauvres au monde et considéré comme l’un des plus gangrénés par la corruption.

L’instabilité et la pauvreté y ont favorisé l’implantation de narcotrafiquants qui utilisent le territoire pour faire transiter la cocaïne d’Amérique latine vers l’Europe, avec la complicité suspectée de cadres de l’armée. Umaro Sissoco Embalo a, d’ailleurs, présenté le coup de force du 1er février comme directement lié au trafic de stupéfiants.

Avec Adiac-Congo par Josiane Mambou Loukoula

Au Bénin, Macron accuse la Russie d’être « l’une des dernières puissances impériales coloniales »

juillet 28, 2022

En visite dans cet ancien pays colonisé par la France ce mercredi, le chef de l’État a déclaré que Moscou mène une nouvelle forme de « guerre hybride » dans le monde.

Emmanuel Macron Cotonou, 27 juillet 2022. © Erick Ahounou

Depuis son arrivée en Afrique, au Cameroun le 26 puis au Bénin le 27 juillet, Emmanuel Macron a multiplié les critiques envers Moscou alors que, dans le même temps, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov était également en tournée africaine.

« La Russie est l’une des dernières puissances impériales coloniales » en décidant « d’envahir un pays voisin pour y défendre ses intérêts », a affirmé le chef de l’État français lors d’une conférence de presse avec son homologue béninois Patrice Talon, à Cotonou. « Je parle sur un continent qui a subi les impérialismes coloniaux », a-t-il tenu à souligner.

Mise en garde

À Yaoundé puis à Cotonou, le président français a cherché à mettre en garde les capitales africaines contre le « nouveau type de guerre mondiale hybride » que mène Moscou, qui « a décidé que l’information, l’énergie et l’alimentation étaient des instruments militaires mis au service » de la guerre en Ukraine.

La veille, il avait dénoncé sans ambages « l’hypocrisie », entendue « en particulier sur le continent africain », consistant à ne pas reconnaître clairement que la Russie menait « une agression unilatérale » en Ukraine « parce qu’il y a des pressions diplomatiques ».

Activisme

À l’instar du président camerounais Paul Biya, plusieurs dirigeants africains ne condamnent pas officiellement l’intervention russe, ce qui est le cas également au Moyen-Orient. Le sujet devrait être abordé au dîner qu’Emmanuel Macron partagera le 28 juillet à l’Élysée avec l’homme fort de l’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane.

Répondant à distance, Sergueï Lavrov a affirmé en Ouganda que la Russie n’était pas responsable des « crises de l’énergie et des denrées alimentaires », dénonçant « une campagne très bruyante autour de cela ». La Russie est également ciblée par Emmanuel Macron pour son activisme en Afrique, notamment par l’intermédiaire du groupe paramilitaire Wagner, qui vient « en soutien soit à des pouvoirs politiques affaiblis qui ont du mal à s’assumer soit à des juntes illégitimes », en Centrafrique et au Mali.28 juillet 2022 à 10:00

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Mais qu’est-ce que Macron peut bien venir faire au Cameroun ?

juillet 20, 2022

Une visite officielle n’est jamais anodine et Emmanuel Macron, qui s’apprête à se rendre au Cameroun, en est forcément conscient. Dès lors, la question se pose : dans le contexte politique très particulier à Yaoundé, quels messages veut-il faire passer, et à qui ?

Emmanuel Macron et Paul Biya, le 10 octobre 2019 à Lyon. © Laurent Cipriani/AFP

On annonce la visite imminente du président de la République française au Cameroun. Il serait accompagné de Catherine Colonna, ministre des Affaires européennes et étrangères, d’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, de Franck Paris, le monsieur Afrique du président, et de Christophe Bigot, directeur Afrique du ministère des Affaires Européennes et Étrangères. Donc, pas une visite anodine, une vraie visite d’État pour un président re-nouvellement élu.
La question qui se pose est la suivante : pourquoi tant de précipitation, tant d’honneurs et en fin de compte, pour quoi faire et pourquoi le Cameroun ?

Pour avoir suivi et suivre toujours de près, voire de très près, la politique intérieure du Cameroun, nous ne pouvons nous étonner car c’est la suite logique d’une politique initiée depuis longtemps : soutenir sans le dire ouvertement Paul Biya et, peut-être, obtenir des gages économiques ?

La constante de la politique française depuis la fin de la Françafrique semble être de faire confiance à celui qui est en place, à sa succession choisie, plutôt que de jouer la carte du renouveau et de la rupture, par peur de l’inconnu, la nouvelle femme ou le nouvel homme dont on ne connaît pas vraiment les objectifs. Au Cameroun comme ailleurs en Afrique.

Il ne peut ignorer…

On nous a dit et répété au ministère des Affaires étrangères, où nous avons rencontré de nombreuses personnes – d’ailleurs de moins en moins responsables –, que la France ne se mêlait jamais des affaires intérieures d’un autre pays. Comment y croire ? Y croient-ils eux-mêmes ?

C’est, en effet, difficile à croire alors que cette visite se situe en pleine période de succession à la tête de l’État camerounais. Alors que les guerres intestines font rage pour succéder à Paul Biya, qui n’est pas éternel, Emmanuel Macron vient passer deux jours au Cameroun. Il ne peut ignorer les luttes au sein du RDPC, le choix de Paul Biya, le choix de Chantal Biya, la montée en puissance de Franck Biya (notons au passage qu’il a été reçu récemment à l’Élysée), les progressistes du RDPC – s’ils ont le courage de s’affirmer. Il ne peut ignorer les forces de l’opposition qui font un score si médiocre aux présidentielles, en particulier Maurice Kamto, il en connaît les raisons. Il ne peut ignorer les problèmes du Noso et les dissidences violentes et sécessionnistes induites. Il ne peut ignorer les accords de défense avec la Russie et les agissements de la Chine…

Il ne peut ignorer que l’avenir du Cameroun pèsera fortement sur la stabilité de l’Afrique centrale et de l’Ouest.

Que vient-il faire ?

Il y a maintenant très longtemps que nous suivons, de l’intérieur, l’évolution politique du Cameroun : l’affaiblissement progressif du SDF de John Fru Ndi, qui aurait dû gagner les présidentielles de 1992, la dissidence de Bernard Muna, qui a quitté le SDF pour tenter de relancer une opposition trop proche du pouvoir et trop noyautée par Fru Ndi, le retrait d’Akéré Muna face à la division de l’opposition, la défaite de Maurice Kamto et sa mise à l’écart de la scène politique.
Il ne peut ignorer cela.

Il ne peut ignorer la corruption profonde qui règne dans toute la société et qui est un instrument politique, comme le communautarisme diviseur mis en place par le pouvoir, ni ces opérations Épervier qui mettent hors circuit les opposants dangereux, Marafa Hamidou Yaya en étant le plus représentatif, par suspicion de corruption… un comble. Mais tout ceci est fait dans la légalité, car c’est la loi telle qu’elle est écrite par le pouvoir qui le permet. À ce titre, la loi est un instrument politique qui donne une apparence de démocratie, et non un instrument d’égalité au service du peuple.

Le choix entre la rupture et la continuité

Que reste-t-il aux Camerounaises et aux Camerounais pour se projeter dans un avenir libéré des griffes d’un homme, d’une famille, d’un entourage proche qui n’ont aucunement l’intention de se retirer de la politique, bien au contraire ?

Il suffit de regarder dans le monde quels processus ont été employés par les peuples qui ont dit : « ça suffit ! » Et on a la réponse.

Cependant, il faut aussi regarder quels ont été les résultats. Et là, on ne peut pas dire qu’ils ont dépassé les espérances, on peut même dire que les déceptions ont été nombreuses et déchirantes. C’est une leçon à méditer, mais elle ne doit pas conduire à l’immobilisme politique et à la reconduction de ce qui est par rapport à ce qui pourrait être. Ce serait tuer l’avenir.

Le Cameroun a le choix dès maintenant entre la rupture et la continuité. Les forces politiques devraient se positionner face à ces deux options pour que les alternatives soient claires dans le court terme.

Alors, qu’allez-vous faire, Monsieur le Président ? Continuer à écouter vos conseillers, qui jusqu’ici n’ont pas fait preuve de clairvoyance, ou faire confiance à l’avenir, aux femmes et aux hommes nouveaux, aux vrais démocrates, à celles et ceux qui ne se cachent pas derrière une démocratie de façade appuyée sur une loi de circonstances ? Ou bien allez-vous prendre le risque de voir l’Afrique différemment, particulièrement le Cameroun, en favorisant le progressisme en politique, en donnant des signes en ce sens aux populations avides de Liberté et d’Égalité ?

Puisque vous êtes là, au Cameroun, le Cameroun vous regarde, et certainement pas que lui.

Avec Jeune Afrique

Dalami Mahaman

Par Dalami Mahaman

Conseiller politique, consultant en relation publique

François Meynent

Par François Meynent

Consultant en politique africaine