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Juvisy-sur-Orge: Jalouse, une congolaise poignarde son époux qui partait à Dakar pour la troisième fois en une année

septembre 12, 2022
 Juvisy-sur-Orge :Jalouse, une congolaise poignarde son époux qui partait à Dakar pour la troisième fois en une année

Une congolaise de 38 ans est placée en détention pour tentative d’homicide sur son époux qui est interné dans un centre hospitalier. L’homme a reçu plusieurs coups de couteau après une forte dispute avec son épouse. Elle n’était pas d’accord qu’il voyage pour la troisième fois en une année. Un problème de jalousie sur fond de suspicion d’infidélité.

Manuela T aurait selon son entourage, toutes les preuves de l’infidélité de son époux avec une autre fille vivant à Dakar au Sénégal. En ce qui va de l’an 2022, son époux s’y est rendu déjà deux fois et était sur le point de prendre encore un vol. Il justifiait ses voyages par la présence de ses deux neveux qu’il a scolarisés au Sénégal.

Mais pour la femme, c’était juste un mensonge, son époux en réalité a une maîtresse à Dakar d’origine gabonaise qu’il aurait connu sur les réseaux sociaux. Elle a poignardé son époux après une forte dispute quand ce dernier qui niait voyager pour Dakar a été confondu par la réservation de son vol en sa possession.

Manuela T qui a appelé les secours après son forfait a été placée en détention provisoire par le juge qui l’accuse de tentative d’homicide volontaire. Le couple a deux enfants et traversait une crise depuis des années selon leurs proches. Ils ne partageaient plus la même chambre depuis que l’infidélité de l’époux a été découverte par la femme.

Avec Le Congolais.fr

Sénégal: un étudiant gabonais recherché à Dakar pour le viol d’un jeune garçon de 14 ans

août 6, 2022
 Sénégal: un étudiant gabonais recherché à Dakar pour le viol d’un jeune garçon de 14 ans.

Gahile Mboumba Mboumba, un compatriote, la vingtaine révolue qui est recherché par les autorités judiciaires de Dakar pour le viol sur un jeune garçon de 14 ans. Selon des sources concordantes, le présumé violeur pédophile aurait été ramené à Libreville pour éviter de répondre de ses actes.

Les faits se seraient passés le dimanche 31 juillet dernier à Dakar au Sénégal. Envoyé par ses parents pour poursuivre ses études, Gahile Mboumba Mboumba se serait livré à des jeux de séduction sur les réseaux sociaux. Il aurait créé des faux profils en se faisant passer pour une femme et aurait à l’aide de subterfuge convaincu son interlocuteur âgé de 14 ans de lui envoyer des « nudes ». Une fois les photos compromettantes en sa possession, il aurait menacé le jeune garçon.

Voulant éviter que ses photos ne soient diffusées sur internet, la victime aurait accepté de rencontrer Gahile Mboumba Mboumba à son domicile. Une fois sur place, l’étudiant aurait convaincu le jeune garçon de 14 ans d’avoir des rapports sexuels avec lui afin d’effacer les photos. Une demande que l’adolescent aurait fini par accepter. Une fois sa libido assouvie, il aurait laissé partir la victime.

De retour chez lui, la victime aurait tout raconté à ses parents. Ces derniers remontés auraient débarqué au domicile de de Gahile Mboumba Mboumba. Ils ne l’auraient pas trouvé mais plutôt son colocataire, L.D.O.O. Ce dernier va être pris à partie par les proches du jeune garçon de 14 ans. Lesquels l’auraient roué de coups et cassé sa paire de lunettes. Il n’aurait eu la vie sauve que grâce à l’intervention de gendarmes passant par là.

Les parents de Gahile Mboumba Mboumba ont été mis au courant de la situation, ces derniers se seraient lavés les mains indiquant que leur fils devait répondre de ses actes. Une plainte a été déposée à l’encontre du présumé violeur pédophile, qui ne serait pas à sa première tentative. Une source proche de l’ambassade du Gabon au Sénégal a indiqué que malgré les mesures prises pour intercepter le suspect, il serait parvenu à rentrer au Gabon avec l’aide de ses proches.》

Avec Le Congolais.fr

Picasso à Dakar : entre hommage, relecture et découverte

mai 28, 2022

REPORTAGE. Alors que l’exposition « Picasso à Dakar 1972-2022 » bat son plein, la galerie Le Manège propose un dialogue inédit entre artistes africains contemporains et Picasso.

Alors que le musée des Civilisations noires de Dakar propose depuis le 1er avril l’exposition « Picasso à Dakar 1972-2022 », cinquante ans après l’exposition des œuvres de l’artiste espagnol au Musée dynamique de Dakar, la galerie de l’institut français Le Manège offre une inversion des paradigmes à travers les œuvres de seize artistes originaires ou liés au continent africain.

Découverte des liens entre Picasso et l’Afrique

En cette matinée de début mai, les 28 élèves de cm2 de l’Institution Sainte-Jeanne-d’Arc de Dakar attendent, alignés en file indienne dans le hall du musée des Civilisations noires (MCN), de pouvoir assister à la visite guidée de l’exposition « Picasso à Dakar 1972-2022 ». « L’artiste s’appelle Pablo Ruiz Picasso et il a exposé à Dakar en 1972 au Musée dynamique après avoir rencontré Senghor à Paris », renseigne Youssou, 11 ans, prouvant au passage qu’il a bien fait les recherches recommandées par son enseignante en amont de la visite. Sa camarade Khadija, âgée de 10 ans, ajoute : « Il faisait des sculptures d’animaux, peignait des tableaux et aimait les masques africains. » C’est sa tante qui lui en a parlé. En dehors de ces informations glanées sur le Web, ce jeune public connaît peu l’artiste, et notamment ses œuvres. Ce qui est encore moins connu de ces préadolescents, comme de nombreux adultes, c’est l’attrait de Picasso pour le continent africain, lui qui vivait entouré d’œuvres et d’objets africains. Cinquante ans après la première exposition de Picasso au Musée dynamique de Dakar, sous l’impulsion de Léopold Sédar Senghor, c’est cette « parenté » que l’exposition actuelle souhaite mettre en avant. Celle-ci a été réalisée en collaboration entre quatre musées, deux français et deux sénégalais : le musée Picasso-Paris, le musée du Quai Branly-Jacques-Chirac, le musée Théodore-Monod ainsi que le musée des Civilisations noires qui l’accueille.

Au centre de l’exposition, les portes cuuray réalisés en céramique par le Collectif Ban.© Clémence Cluzel

Studieux, les élèves écoutent la médiatrice culturelle leur détailler cette filiation artistique, ou tout du moins ces jeux de miroirs constants. Munis d’une feuille de papier, ils ne ratent rien des informations récoltées : « négritude », « portrait d’un homme noir représenté comme un empereur », « cubisme », « art figuratif », etc. Arrivée devant un masque baoulé positionné à côté d’un tableau de Picasso (celui de l’affiche de l’exposition), Asmaou Manga les interroge : « Quelles sont les ressemblances que vous pouvez noter ? » Les doigts se lèvent : « La forme du visage allongée », dit l’une ; « le nez », ajoute un autre ; « la forme des yeux », analyse encore un élève. S’arrêtant devant une immense photo de l’artiste drapé dans un tissu orange au milieu de son atelier, la médiatrice culturelle, qui a suivi une formation d’une semaine pour approfondir ses connaissances sur l’artiste, continue de renseigner son auditoire qui l’interroge sur la vie privée de l’artiste : « Avait-il des enfants ? » Même jeu de miroirs quelques mètres plus loin entre la toile La Femme dans un fauteuil et un masque bedu : couleurs similaires, même forme… L’origine africaine de l’inspiration du catalan est visible. De toute l’exposition, Amsatou a jeté son dévolu sur le tableau La Femme couchée lisant, car elle aussi « adore lire ». Khadija en passant devant la toile s’interroge : « Qui est cette dame ? Ce ne serait pas Olga, la femme de Picasso ? », se rappelant que Mme Manga l’avait évoquée quelques minutes plus tôt. Au sortir de cette visite d’une trentaine de minutes, Émilie Sarr, l’enseignante de la classe, est très satisfaite : « Au départ, j’étais réticente, mais je trouve que c’est vraiment très intéressant. J’ai appris plein d’informations, notamment les correspondances entre les œuvres de l’artiste et l’Afrique, le lien avec les arts nègres… Les enfants ont besoin de s’ouvrir au monde, peut-être même qu’il y a des futurs peintres dans la classe ! » Elle compte d’ailleurs revenir avec ses enfants. Les visites scolaires s’enchaînent chaque jour au musée des Civilisations noires. « On a beaucoup de demandes ! » affirme Asamou Manga. « Cette exposition est un moyen de montrer que l’art rassemble, que le musée est ouvert à toutes les cultures tout en sauvegardant la nôtre. Pour les écoles, c’est aussi un moyen de faire connaître l’art aux enfants sénégalais, beaucoup ne connaissent pas ce milieu, et de susciter un intérêt », détaille-t-elle.

« Picasso Remix » : inverser et émanciper les regards

En résonance à l’exposition du MCN, la galerie de l’institut français Le Manège propose de changer de paradigmes à travers son exposition « Picasso Remix »*. « Nous avons monté cette exposition avec Olivia Marsaud, directrice du Manège, à la demande de Hamady Bocoum, le directeur du MCN », explique Mohamed Amine Cissé, cocommissaire de « Picasso Remix ». Cette fois-ci, ce sont les œuvres de seize artistes**, issus de la diaspora, résidant ou ayant un lien fort avec le continent africain, qui s’emparent des œuvres de Picasso pour les revisiter et inverser les regards : les œuvres sont vues depuis le continent. « On sait que Picasso s’est inspiré de l’Afrique. On a voulu changer de paradigme, en donnant carte blanche aux artistes pour qu’ils expriment leur rapport à l’artiste, à son style, à ses réalisations. Les œuvres exposées ont été produites entre 2000 et 2022. Certaines étaient déjà existantes et rentraient en résonance, tandis que d’autres ont été créées pour l’occasion », ajoute Mohamed Amine Cissé avant de préciser que le but était également de multiplier les supports : peinture, toile, photocollage, sculpture, céramique… « Peu de gens savent que, vers la fin de sa vie, Picasso a produit environ 3 500 pièces en céramique », rapporte-t-il.

Les portes cuuray réalisés en céramique par le Collectif Ban.© Clémence Cluzel

« Certaines des œuvres sont des réponses, d’autres des hommages avec la revendication d’un héritage et une filiation assumée », raconte le commissaire. La toile hors norme du Guernicaest ici revisitée par le Béninois Roméo Mivekannin, qui insère dans la toile ses portraits, pour mieux se l’approprier et placer l’homme africain au cœur de l’œuvre. Elle apparaît plus que jamais actuelle, car elle fait écho aux conflits qui agitent notre siècle : SyrieAfghanistan et, dernièrement, la guerre en Ukraine. Sandra Seghir offre une relecture du célèbre tableau du peintre catalan Les Demoiselles d’Avignon avec sa peinture Les Primitifordiales, qui conserve le format original. S’il représente toujours le corps féminin, l’artiste y réinvente les codes esthétiques et la diversité en représentant des femmes fortes, aux différentes carnations. Une réappropriation plus féminine et féministe de l’œuvre qui brise les codes de l’art classique. Cette volonté de replacer la femme comme créatrice, et non plus comme simple muse, se retrouve également dans les peintures de Marianne Collin Sané et dans l’autoportrait réalisé par Audrey d’Erneville qui représente une femme à la taille démesurée pour illustrer la force et le pouvoir de la femme africaine. Un peu plus loin, la fameuse Tête de taureau de Picasso est revisitée par Meissa Fall qui l’a reconstituée avec des pièces de vélo, en l’occurrence une selle. « Il a créé cette œuvre pour permettre à tout le monde de la voir. L’originale est dans un musée, donc tout le monde n’y a pas accès », développe Mohamed Amine Cissé.

Les Primitifordiales, oeuvre de Sandra Seghir inspirée de la toile Les demoiselles d’Avignon.© Clémence Cluzel

« Picasso ne m’a rien appris. C’est lui qui s’est inspiré de moi. Et quand je dis moi, je parle de nous, les Africains », revendique l’artiste Moussa Traoré. Souvent appelée la « Picasso africaine », Kiné Aw s’en agace, arguant que le cubisme n’a pourtant pas été inventé par Picasso, bien qu’en Europe on le désigne largement comme le précurseur de ce style artistique.

Oeuvre de Thierry Fontaine qui aborde le colonialisme.© Clémence Cluzel

Les masques africains de Thierry Fontaine, dont les yeux ont été remplacés par des bougies, la cire perlant, telles des larmes, évoquent l’attrait pour les masques de Picasso. Mais derrière l’œuvre, l’artiste évoque la colonisation, l’interdiction de l’animisme pendant cette période et la douleur vécue par les populations. Le discours se fait plus politique avec le photocollage de Vincent Michéa qui évoque à travers la photo d’œuvres africaines encadrées, « enfermées », la question du retour des œuvres en Afrique. Un questionnement soulevé également par la réalisation du collectif Ban qui a réalisé des encensoirs traditionnels sénégalais (cuuray) en céramique qui « interrogent le sens que conserve un objet lorsqu’il est enfermé dans un musée et qu’il perd la raison de sa création. Il devient un objet mort ». Alors que la question de la restitution des œuvres d’art africaines au continent est plus que jamais actuelle, l’émancipation des regards s’impose. Ainsi, cette exposition en donnant la parole à ces artistes leur offre l’occasion de donner leur point de vue et de mettre en lumière l’apport des créateurs africains dans l’histoire de l’art mondiale. Une réappropriation salutaire et nécessaire avec une confrontation des esthétiques, des techniques, des inspirations qui vise au-delà de multiplier les regards sur l’histoire de l’art, à affirmer la place des artistes africains contemporains face aux critères de l’art moderne occidental. Le titre de l’exposition « Picasso Remix » est ainsi un hommage à « Africa Remix », l’une des plus grandes expositions d’art contemporain africain qui a permis de mettre celui-ci sur l’échiquier mondial et contribué à une meilleure reconnaissance des arts contemporains hors de l’Occident », souligne Mohamed Amine Cissé.

* « Picasso Remix », une exposition à voir à la galerie Le Manège de l’Institut français de Dakar, jusqu’au 30 juin.

**16 artistes de 7 pays = Meissa Fall, Thierry Fontaine, Collectif Ban, Camara Gueye, Kiné Aw, Noumouke Camara, Audrey d’Erneville, Dimitri Fagbohoun, Marianne Collin Sané, Sandra Seghir, Moussa Traoré, Hervé Yamguen, Carl-Edouard Keïta, Koko Komegne, Vincent Michéa, Roméo Mivékannin.

Avec Le Point par Clémence Cluzel à Dakar

CoM2022 : trois points saillants de la rencontre des ministres africains des Finances à Dakar

mai 19, 2022

Lors de la 54e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la planification et du développement économique, économistes et dirigeants ont plaidé en faveur d’une refonte complète de l’architecture financière mondiale qui replacerait l’Afrique au cœur des décisions.

Le président du Sénégal, Macky Sall, lors de son discours d’ouverture de la CoM2022, qui s’est tenue à Dakar du 11 au 17 mai. © Présidence de la République du Sénégal

Outre la pandémie, la hausse des prix des denrées alimentaires, du pétrole et des engrais entrave fortement la reprise économique africaine. D’après les dernières données compilées par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), 29 pays africains devraient être confrontés à une « grave crise alimentaire », plus de 15 pays font face à un risque élevé d’endettement, et 55 millions d’Africains supplémentaires ont basculé dans la pauvreté.

Dans ce contexte, des experts de haut vol se sont réunis à Dakar du 11 au 17 mai, sous l’égide de la CEA, afin de tenter « d’identifier les politiques et les interventions économiques permettant de garantir une croissance des économies africaines d’au moins 10 % par an », précise le communiqué officiel.

Réformer l’architecture financière mondiale

Pour les panélistes présents lors de la CoM2022, les arrangements économiques mondiaux, censés maintenir la stabilité du système financier international, sont « dépassés et injustes pour de nombreux pays en développement ».

LES TAUX D’INTÉRÊT APPLIQUÉS À NOS PAYS SONT PLUS ÉLEVÉS QUE CEUX APPLIQUÉS À NOS PAIRS EN DEHORS DU CONTINENT

Lors de son discours inaugural, le président Macky Sall a, quant à lui, déclaré que l’Afrique se faisait désormais « dicter sa conduite alors qu’elle avait connu plus d’une décennie de bonne croissance, et qu’elle n’avait subi qu’un revers, comme le reste du monde, à cause de la pandémie de coronavirus ». D’après le président du pays hôte, les fonds sont prêtés aux pays africains à « un taux d’intérêt plus élevé que celui d’autres pays comparables », alors que leur solvabilité dépend des « décisions d’agences de notation opaques ».

« Les taux d’intérêt appliqués à nos pays sont plus élevés que ceux appliqués à nos pairs en dehors de notre continent, dont les fondamentaux économiques sont similaires ou pires », rapporte le communiqué de la CEA. Les banques centrales des économies avancées ayant relevé leurs taux d’intérêt afin de contenir la hausse des anticipations inflationnistes, ces coûts devraient encore augmenter au vu de la conjoncture économique actuelle.

Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), a, de son côté estimé qu’un changement fondamental de l’architecture financière mondiale est « crucial » pour le continent.

Créer un espace budgétaire pour les dépenses urgentes

Pour répondre à cette problématique, différentes propositions ont été émises. Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, a par exemple suggéré – comme plusieurs voix avant elle – que l’Afrique obtienne un siège permanent au G20 pour « mieux se faire entendre ». D’autres experts ont, quant à eux, tablé sur une nouvelle extension de l’initiative de suspension de la dette (DSSI) de la Banque mondiale, afin de contribuer à « créer un espace budgétaire pour les dépenses urgentes ».

Pour rappel, cette initiative de suspension – lancée pour répondre aux conséquences immédiates de la crise de Covid-19 – n’a reporté que les paiements du service de la dette bilatérale des pays à faibles revenus, et les créanciers privés n’ont pas offert de traitement similaire.

Le financement des infrastructures africaines en question

Selon la dernière étude de la CEA, les dépenses annuelles des pays africains pour la seule réalisation des objectifs de développement durable (ODD) devraient augmenter de 154 milliards de dollars, et une somme supplémentaire de 285 milliards de dollars sera nécessaire au cours des cinq prochaines années pour assurer une réponse adéquate aux conséquences économiques du Covid-19. Les ministres participant à la CoM2022 ont souligné que le continent avait également besoin de « 130 à 170 milliards de dollars par an pour les projets d’infrastructure et d’environ 66 milliards de dollars par an pour investir dans les systèmes et les infrastructures de santé ».  

Une autre solution a été évoquée : la rétrocession des Droits de tirage spéciaux (DTS), permettant aux pays qui n’en ont pas besoin de les prêter aux États les plus vulnérables.  « La rétrocession de 100 milliards de dollars [95,15 milliards d’euros] de DTS à l’Afrique serait un moyen rentable de financer la relance du continent », a affirmé un économiste lors de l’évènement.

La Facilité de liquidité et de durabilité (FLS) a aussi été citée comme bonne alternative pour générer des fonds à moindre coût. Cet outil permettrait aux pays africains d’attirer des investissements dans des produits financiers axés sur la durabilité, notamment des obligations vertes. Dans le même contexte, Vincent Mortier, directeur des investissements de la société française de gestion d’actifs Amundi, a souligné que l’émission d’obligations vertes et durables, aujourd’hui presque inexistante en Afrique et ne représentant que 1 % des émissions mondiales actuelles, pourrait être une source de financement fiable. « D’autant plus que ces obligations alignées sur les ODD pourraient contribuer à stabiliser les économies », a-t-il ajouté.

Les ministres ont également indiqué fonder plusieurs espoirs dans la Zone de libre-échange africaine (Zlecaf), qui permettrait d’augmenter le PIB de l’Afrique « d’environ 55 milliards de dollars d’ici à 2045 ».

Enfin, les porte-voix de la CoM2022 ont pointé du doigt les surcharges imposées par le FMI aux pays ayant contracté des emprunts importants. Ces surcharges, payées en plus du versement des intérêts et des frais, sont évaluées à environ 4 milliards de dollars pour les pays africains pour cette seule année. Les ministres ont donc demandé au FMI d’y renoncer pour une période supplémentaire de deux à trois ans, et d’utiliser son fonds fiduciaire d’allègement et de limitation des catastrophes (CCRT) pour offrir un réduction du service de la dette aux pays pauvres.

Mobiliser les ressources et lutter contre les flux financiers illicites

Les ministres africains des Finances se sont engagés à accroître leurs efforts pour mobiliser les ressources nationales et à « mettre en œuvre des politiques qui créent un environnement propice » pour attirer le secteur privé. Les pays africains exportateurs de pétrole ont pour leur part été invités à utiliser la manne provoquée par la crise ukrainienne pour soutenir la reprise économique.

ON ESTIME QUE 83 MILLIARDS DE DOLLARS SONT SIPHONNÉS HORS D’AFRIQUE, PRIVANT LE CONTINENT DE RESSOURCES DONT IL A DÉSESPÉRÉMENT BESOIN

Selon la même logique, les ministres ont également promis de redoubler d’efforts pour mettre en œuvre une « politique fiscale globale et sans ambiguïté » et d’améliorer les capacités de lutte contre les flux financiers illicites (IFF). En effet, les ministres des Finances présents – parmi lesquels les ministres du Nigeria, du Maroc, du Sénégal ou encore de l’Égypte – ont avoué être « profondément préoccupés » par les flux financiers illicites (IFF).

« On estime que 83 milliards de dollars sont siphonnés hors d’Afrique, privant le continent de ressources dont il a désespérément besoin. »  Ces derniers ont également reconnu que l’Afrique avait des marchés de capitaux sous-développés, « en partie à cause d’un secteur informel important, de faibles taux d’épargne et de régimes réglementaires et de gouvernance faibles ». Il a ainsi été demandé à la CEA de continuer à apporter son aide dans la conception des politiques fiscales et dans leur mise en œuvre effective.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Présidentielle en France : Zemmour assimile les Sénégalais à des trafiquants, émoi à Dakar

mars 29, 2022
Éric Zemmour, invité de Morandini Live en direct de la porte de Porte de la Villette, le 25 mars 2022. © VSPress/SIPA.

L’émotion est vive au Sénégal après les propos tenus le 26 mars par le candidat d’extrême droite à l’élection française, à deux semaines du scrutin.

« Le Sénégal condamne avec la plus grande fermeté [l]es attaques irresponsables d’Eric Zemmour contre une communauté exemplaire pour son intégration et son respect des lois de la République française. » La réaction de Dakar ne s’est pas fait attendre après des propos injurieux tenus le 26 mars par Éric Zemmour lors d’une sortie médiatique sur CNews dans laquelle l’ancien polémiste de la chaîne d’information en continu assimile les Sénégalais à « des trafiquants » de drogue.

La scène s’est déroulée lors de l’émission « Morandini Live », du nom d’un des journalistes-vedettes de la chaîne, Jean-Marc Morandini, qui suivait en direct la descente sur le terrain du candidat d’extrême droite à la présidentielle française Porte de la Villette, un quartier du 19e arrondissement de Paris en proie à la délinquance et au trafic de drogue.

« Racisme primaire »

Dans la séquence vidéo surréaliste qui a fait le tour des réseaux sociaux, on voit Éric Zemmour être interpellé par un habitant qui dénonce un campement de consommateurs et de vendeurs de crack. « Cela fait six mois qu’ils sont là, les gamins sont agressés et l’État, qu’est-ce qu’il fait ? Il regarde. […] Les gens, ils en ont marre, les commerçants en ont marre », lance l’homme. « Je suis d’autant plus d’accord avec vous que c’est pour ça que je viens. C’est pour ça que je dis que, moi, ces gens-là, je vais les renvoyer chez eux », répond Éric Zemmour.

Et d’insister ensuite en secouant la tête devant les objections de son interlocuteur sur le fait que les consommateurs en question sont tous Français et qu’il faut trouver des solutions alternatives. « Non, il faut une solution simple. Il faut que la police reprenne possession de cet endroit-là. Puis, il faut renvoyer tous les étrangers et tous les trafiquants. La plupart des trafiquants sont Sénégalais, clandestins et ils n’ont rien à faire ici. »

CELA DÉNOTE UN ACHARNEMENT OBSESSIONNEL DE MONSIEUR ZEMMOUR CONTRE LE SÉNÉGAL ET SA COMMUNAUTÉ ÉTABLIE EN FRANCE

Le lendemain, dans un communiqué publié sur Twitter, l’ambassadeur du Sénégal à Paris, El Hadji Magatte Seye, a dénoncé des « propos d’un racisme primaire incontestable [qui] relèvent d’une stigmatisation injurieuse portant gravement atteinte à l’honorabilité de toute une communauté sénégalaise ». « Cela dénote un acharnement obsessionnel de Monsieur Zemmour contre le Sénégal et sa communauté établie en France », ajoute le communiqué.

Dans son communiqué, El Hadji Magatte Seye a annoncé que le Sénégal « engagera des actions idoines pour que Monsieur Zemmour, récidiviste en la matière, réponde des propos dégradants tenus dans un contexte de campagne électoral leur conférant un plus large écho ».

Le Pastef, parti de l’opposant Ousmane Sonko, a regretté, dans un communiqué publié ce 28 mars, l’absence de réactions de la part du président sénégalais Macky Sall et d’Aissata Tall Sall, ministre des Affaires étrangères. Le parti exige que l’ambassadeur du Sénégal « soit mandaté dans les meilleurs délais auprès des autorités françaises compétentes pour porter les contestations de l’État du Sénégal ainsi que pour obtenir « des excuses publiques de Monsieur Zemmour au peuple sénégalais ».

Une communauté déjà ciblée

Ce n’est pas la première fois que le polémiste s’en prend à la communauté sénégalaise. Le 13 mai 2021, déjà sur CNews, dans l’émission « Face à l’info » à laquelle participait régulièrement l’éditorialiste, il avait affirmé que « tous les trafiquants de crack sont Sénégalais ». Cette fois-là, Dakar avait réagi aux propos « stigmatisants » d’Éric Zemmour en adressant un courrier signé d’Abdoulaye Diop, le ministre de la Communication, au groupe Canal+, détenu par Vincent Bolloré et dont fait partie CNews. Le ministre protestait « face à l’absolution dont bénéficie » l’ancien journaliste, qui a fait de l’immigration le sujet phare de son programme de campagne électorale.

« L’immigration, c’est la mère de toutes les batailles. C’est pour ça que nous avons une délinquance aussi explosive. Avec l’immigration zéro, il n’y aura quasiment plus de délinquance, j’en suis sûr », avait clamé Zemmour en janvier, fidèle à sa rhétorique selon laquelle les migrants sont responsables de tous les problèmes de la France.

Le même mois, le candidat d’extrême droite avait été condamné à 10 000 euros d’amendes pour complicité de provocation à la haine raciale et injure raciste pour des propos, tenus toujours sur CNews, en septembre 2020.  Il avait alors affirmé que les migrants mineurs isolés étaient des « voleurs, assassins, et violeurs ».

Marchandises électorales

À deux semaines de la présidentielle française, la sortie d’Éric Zemmour ne surprend par Boubacar Seye, président de l’ONG Horizons sans frontières, basée à Dakar. « L’islam et l’immigration extra-européenne sont devenus des marchandises électorales dans un pays comme la France, terre d’immigration depuis la seconde moitié du 19e siècle, affirme-t-il. Ces thématiques sont mises au banc des accusés pour permettre aux politiques de gagner des voix. C’est assez inquiétant. Parce que la mondialisation consacre aujourd’hui le culte de la diversité. »

Ce spécialiste des questions migratoires déplore que les propos de l’ancien polémiste, lui-même issu d’une famille juive d’Algérie, n’aient pas été plus fortement dénoncés par la classe politique française. « Tout ce que dit Éric Zemmour arrange bien Valérie Pécresse ou Emmanuel Macron. Il ne fait que le sale boulot. Cela doit cesser. »

Avec Jeune Afrique par Muwunyo Hermann Boko

Locales au Sénégal : Barthélémy Dias provoque un raz-de-marée à Dakar

janvier 25, 2022
Barthélémy Dias à Dakar. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Comme à son habitude, la capitale sénégalaise, volontiers frondeuse, échappe au pouvoir. Les résultats provisoires donnent le candidat de la coalition Yewwi Askan Wi largement vainqueur.

C’est sur le hit Magic in the air du groupe ivoirien Magic System que Barthélémy Dias, entouré de ses partisans, a célébré sa victoire dans la nuit du 23 janvier. Ou du moins sa large avance sur Abdoulaye Diouf Sarr, le candidat du pouvoir, en attendant la publication des résultats définitifs. « Je dédie cette victoire à Khalifa Sall parce que Dieu est avec les justes », a-t-il lancé depuis la commune de Grand-Yoff.

Dès le dimanche soir, Benno Bokk Yakaar (BBY), la coalition au pouvoir, a reconnu sa défaite à Dakar. « Dans l’ensemble, les tendances nationales donnent notre coalition largement gagnante dans plusieurs capitales régionales et départementales. Toutefois, notre volonté de conquérir Dakar et Ziguinchor en particulier n’a pas été concluante », indique BBY dans un communiqué. Le revers est d’autant plus cinglant pour Abdoulaye Diouf Sarr, le ministre de la Santé, qu’il aurait été battu dans son propre fief, à Yoff, commune dont il est pourtant le maire.

Yewwi Askan Wi remporte la mise

La capitale sénégalaise faisait l’objet de toutes les attentions. Elle échappe au pouvoir depuis 2009 et la gagner était donc crucial pour la majorité. Mais, tout comme à Ziguinchor, c’est Yewwi Askan Wi qui a remporté la mise. Outre la mairie centrale, l’opposition s’impose dans les principales communes de la banlieue dakaroise et dans les villes importantes de la région éponyme : Yoff, Patte-d’Oie, Fann-Point E-Amitié, Parcelles-Assainies, Guédiawaye, Sangalkam, Golfe-Sud, Yeumbeul-Sud et Rufisque.

Des figures importantes de la majorité ont ainsi été battues dans leur fief, comme Aliou Sall, maire sortant de Guédiawaye et frère de Macky Sall, ou encore Moussa Sy, un ancien proche de Khalifa Sall dont c’était le deuxième mandat à la tête des Parcelles-Assainies.

SOHAME EL WARDINI A ÉCHOUÉ DANS SON PROPRE BUREAU DE VOTE, MERMOZ-SACRÉ-COEUR

Doudou Wade, le candidat de Wallu Sénégal, l’autre coalition de l’opposition construite autour du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade, a également adressé ses « félicitations » à Barthélémy Dias. Lequel devrait donc reprendre le fauteuil occupé par Soham El Wardini, maire de Dakar depuis 2018. Pour elle, la défaite est cruelle : selon les résultats provisoires, elle a échoué dans son propre bureau de vote, Mermoz-Sacré-Cœur.

Plus de 6,6 millions de Sénégalais, sur une population de 17 millions, étaient appelés à départager 3 200 listes dans plus de 500 mairies et plus de 40 départements. La conquête de Dakar était l’un des grands enjeux de ce scrutin qui a valeur de test pour l’opposition et le pouvoir avant les législatives de juillet prochain et la présidentielle en 2024.

Avec Jeune Afrique par Mawunyo Hermann Boko

Sénégal – Violences dans les stades : les navétanes victimes de leur succès ?

décembre 19, 2021
Lors de la finale des navétanes de Mbour, en 2015. © Moussa Diallo via Youtube

Suspendu à Dakar en raison d’affrontements entre supporters, ce tournoi de football amateur et très populaire est l’enjeu d’intérêts politiques et occultes. Peut-il vraiment être réformé ?

Les « navétanes » reprendront-elles à Dakar ? Ce tournoi de football amateur, qui se déroule en marge des ligues professionnelles, a été suspendu le 7 décembre dans la capitale sénégalaise par Matar Bâ, le ministre des Sports, en raison de violences répétées. La veille, des affrontements entre supporters et policiers avaient fait au moins deux morts et une trentaine de blessés dans le stade Ngalandou-Diouf, à Rufisque. S’y tenait une demi-finale opposant l’ASC Thiawlène à l’ASC Guiff. Deux équipes de quartiers dont les supporters sont connus pour leur fanatisme.

MACKY SALL AVAIT DÉNONCÉ SUR TWITTER « UNE SPIRALE DE VIOLENCES QUI [DEVAIT] IMMÉDIATEMENT CESSER »

Dès le coup d’envoi, la tension était palpable. Le match a basculé vers la fin de la deuxième période après que l’ASC Guiff a pris l’ascendant en ouvrant le score sur un penalty contesté. Impuissants, les préposés à la sécurité n’ont pu empêcher une foule surexcitée d’envahir la pelouse et de saccager le stade pourtant remis à neuf il y a trois ans. « Il y avait déjà eu des bagarres avant que le match ne commence, raconte un témoin basé sur place. Les organisateurs n’ont pas eu le discernement de l’annuler. »

Fin novembre déjà, à Guédiawaye, en banlieue dakaroise, la destruction d’une partie du stade Amadou-Barry après des échauffourées entre supporters à l’issue d’une rencontre avait poussé le préfet à suspendre la compétition au niveau départemental. Face à ces multiples incidents, le président Macky Sall avait dénoncé sur twitter « une spirale de violences qui [devait] immédiatement cesser », tandis qu’au Parlement, plusieurs députés appelaient à une grande réforme de cette compétition dont les enjeux dépassent le simple cadre récréatif.

Le club le plus titré du pays

C’est en 1969, avec la réforme du sport initiée par Lamine Diack, alors commissaire aux Sports sous Léopold Sédar Senghor, que le phénomène prend de l’ampleur. « À l’époque, les équipes de football étaient beaucoup trop nombreuses. Et l’élite sportive était très dispersée. Il fallait fusionner les associations sportives », rappelle Alioune Diakhaté Mbaye, docteur en sciences sportives et auteur de l’ouvrage Les Sports navétanes au Sénégal, publié en 2017 aux éditions L’Harmattan.

NAVÉTANE EST UNE FRANCISATION DU MOT WOLOF NAWET, QUI VEUT DIRE « HIVERNAGE »

Cette restructuration a notamment permis la création du Jaraaf de Dakar, le club de football le plus titré du Sénégal, né de la fusion entre Les Espoirs de Dakar et le Foyer France Sénégal. « Ces fusions ont marqué la renaissance du football sénégalais. Mais la réforme a laissé sur le carreau beaucoup de jeunes footballeurs qui se sont finalement repliés sur les équipes de quartier », déplore Alioune Diakhaté Mbaye.

Au début, les tournois se déroulaient durant trois mois, pendant les vacances scolaires et universitaires, entre juillet et septembre. Ce qui coïncidait avec la saison des pluies, d’où le nom de navétane, une francisation du mot wolof nawet, qui veut dire « hivernage ».

Mais très vite, l’engouement suscité par les équipes contraint l’État à encadrer le phénomène en créant, en 1976, l’Organisation nationale pour la coordination des activités de vacances (Oncav), à laquelle doivent s’affilier toutes les associations sportives et culturelles de quartier ainsi que leurs joueurs. La structure compte aujourd’hui plus de 8 000 équipes de navétanes, dont 600 uniquement à Dakar.

LES ENJEUX SONT DEVENUS BEAUCOUP PLUS IMPORTANTS, LES MATCHS DRAINENT ÉNORMÉMENT DE MONDE

Aujourd’hui, le calendrier des très populaires navétanes s’est rallongé et chevauche la rentrée scolaire. « Avec ce grand nombre d’équipes, les enjeux sont devenus beaucoup plus importants. Les matchs drainent énormément de monde », souligne Mamadou Koumé, journaliste sportif. Entre 2 000 et 3 000 supporters en moyenne. « Certains matchs se jouent même à guichets fermés. Ils attirent plus de spectateurs que les rencontres du championnat professionnel », affirme Daddy, joueur de navétanes de 29 ans dont le rêve de devenir professionnel a été brisé par un agent peu scrupuleux. Plusieurs gloires sénégalaises y ont d’ailleurs fait leurs premiers pas, à l’image d’El Hadj Diouf, Tony Sylva, Ousmane Sène, Jules Bocandé ou de footballeurs en train d’émerger, comme Diafra Sakho ou Cheikh Ndoye.

Très grande opacité

Avec des billets vendus entre 500 et 2 000 F CFA, les recettes au bout d’une saison (qui peut durer jusqu’à six mois, de juillet à janvier) se chiffrent en plusieurs dizaines de millions de francs CFA partagés entre l’Oncav, qui organise les matchs, les gestionnaires de stades et les municipalités. En 2020, les phases nationales, qui regroupent les champions des différentes régions du pays, ont généré environ 80 millions de F CFA (120 000 euros). Mais seul un faible pourcentage revient aux équipes elles-mêmes. « Les fonds sont gérés dans une très grande opacité. On ne sait pas comment l’argent est redistribué », dénonce Mamadou Koumé, également auteur de Sénégal – la saga de l’équipe nationale de football, sorti en novembre aux éditions L’Harmattan. Contacté par Jeune Afrique, Amadou Kane, président de l’Oncav et actuel vice-président de la Fédération sénégalaise de football, n’a pas répondu à nos sollicitations.

LES POLITIQUES S’INTÉRESSENT BEAUCOUP AUX NAVÉTANES

De fait, les équipes doivent compter sur les dons et le mécénat d’opérateurs économiques mais surtout d’acteurs politiques pour exister. « Les politiques s’intéressent beaucoup aux navétanes, parce que c’est un phénomène massif. Pour avoir une base politique dans un quartier, il faut s’appuyer sur les navétanes. Et l’opposition comme le pouvoir veulent les contrôler », assure Alioune Diakhaté Mbaye.

Ascension politique

Un grand nombre de personnalités ont bâti leur ascension politique au Sénégal en sponsorisant les équipes de leur commune. À commencer par Matar Bâ, le ministre des Sports et actuel maire de Fatick, qui a présidé l’Oncav entre 2008 et 2011. Ou encore comme Abdoulaye Saydou Sow, ministre de l’Urbanisme et actuel président de la ligue de football amateur, également passé à la tête de l’Oncav. Il dirige l’AS Kaffrine, club phare de la région du même nom, qui évolue aujourd’hui en national 1 après avoir longtemps été une équipe de navétanes.

À Keur Massar, à l’est de Dakar, Daddy attend avec impatience la reprise de la compétition, mais la saison pourrait être définitivement arrêtée si de nouveaux incidents étaient enregistrés. « L’attachement des populations aux équipes est extrêmement fort. Mais les violences constatées ces derniers jours dans les stades ne diffèrent pas de celles de mars 2021 dans les rues [après l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko], estime Alioune Diakhaté Mbaye. Beaucoup de ces jeunes viennent de quartiers défavorisés où sévit le chômage. Ce sont des personnes qui se défoulent à la moindre occasion parce qu’elles n’ont pas de perspectives. »

Avec Jeune Afrique par Mawunyo Hermann Boko

Sénégal : mort de Lamine Diack à Dakar

décembre 3, 2021
Lamine Diack est l’ancien président de l’IAAF. © Vincent FOURNIER/JA

L’ancien patron de l’athlétisme mondial est mort dans la nuit de jeudi à vendredi à Dakar. Toujours sous le coup d’un procès, il avait regagné son pays natal en mai dernier.

Il voulait « rentrer mourir dignement dans les bras de ses petits-enfants. » Après plus de cinq ans sous le coup d’un contrôle judiciaire assorti d’une interdiction de quitter le territoire, Lamine Diack avait été autorisé par la justice française à revenir au Sénégal. De retour à Dakar le 10 mai dernier, c’est là qu’il y est mort, dans la nuit du 2 au 3 décembre, entouré de sa famille.

Décédé de « vieillesse » selon l’un de ses proches, Lamine Diack s’est éteint à son domicile familial de Sicap Mermoz, aux côtés de son épouse et de ses petits-enfants.

Malade depuis plusieurs mois

À 88 ans, cet ancien athlète international, patron de l’athlétisme mondial (IAAF, aujourd’hui World Athletics) de 1999 à 2015, avait été accueilli en héros au Sénégal. C’est d’ailleurs son ancien club de football, le Jaraaf, qui avait réglé sa caution de 500 000 euros pour lui permettre de quitter la France.

Depuis son retour, le patriarche se faisait discret, profitant de sa famille, de ses enfants et de ses petits-enfants. Lamine Diack était en réalité « malade » et « très affaibli » depuis plusieurs mois, selon l’un de ses proches qui lui avait rendu visite récemment.

Condamnation

Il avait été condamné par la justice française en septembre 2020 à quatre ans de prison, dont deux ans ferme, et à 500 000 euros d’amende pour corruption et abus de confiance. Il était jugé aux côtés de son fils, Papa Massata Diack, ancien consultant en marketing à l’IAAF.

La justice française avait estimé que les deux hommes avaient participé à un vaste réseau de corruption visant à couvrir des cas de dopage d’athlètes russes en échange de pots-de-vin. L’ancien patron de l’athlétisme mondial et son fils étaient mis en cause dans une deuxième affaire, concernant cette fois-ci le détournement de revenus de droits télévisés et de sponsoring. Lamine Diack avait assuré à la justice que si l’instruction donnait lieu à un procès, il aurait répondu favorablement aux demandes de la justice.

Il sera enterré ce vendredi au cimetière musulman de Yoff.

Avec Jeune Afrique Marième Soumaré – à Dakar

Sénégal : Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés

novembre 10, 2021
Barthélémy Dias et Ousmane Sonko. © barthélémy dias et ousmane sonko © DR

Les trois opposants ont été interpellés ce mercredi 10 novembre. Le matin même, Barthélémy Dias, par ailleurs candidat à la mairie de Dakar, était convoqué au tribunal.

À en croire leurs proches, ils s’apprêtaient à « rentrer chez eux » après avoir renoncé à se rendre au tribunal de Dakar. Alliés au sein d’une même coalition dans la perspective des élections locales du 23 janvier 2022, Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou ont été arrêtés, mercredi 10 novembre, et conduits au camp Abdou-Diassé. Un membre du proche entourage de Dias, rencontré sur les lieux, a confirmé l’information à Jeune Afrique.

Alors que, depuis plusieurs jours, Barthélémy Dias et ses alliés appelaient à la mobilisation, le candidat à la mairie de Dakar ne s’est pas présenté à l’audience à laquelle il était convoqué et qui s’est tenue vers 9h30 du matin. Au bout d’une dizaine de minutes, l’affaire a donc été renvoyée au 1er décembre par le juge.

Appel à la résistance

Barthélémy Dias a quitté son domicile peu après avoir appris la nouvelle. Entouré d’un cortège de militants et accompagné des opposants Ousmane Sonko et Malick Gakou, il s’est déplacé jusqu’au quartier de la Médina, à deux pas du tribunal. Il y est resté plus d’une heure, avant de faire demi-tour, escorté cette fois par des éléments de la Brigade d’intervention polyvalente (BIP) et acclamé par ses partisans.

Le cortège a finalement été dispersé après que la police a tiré des gaz lacrymogènes. C’est à ce moment-là que Barthélémy Dias, Ousmane Sonko et Malick Gakou auraient été arrêtés.

OUSMANE SONKO, BARTHÉLEMY DIAS ET MALICK GAKOU À LA MEDINA CE MATIN, EN ROUTE VERS LE TRIBUNAL DE DAKAR OÙ LE MAIRE DE MERMOZ-SACRÉ-COEUR ÉTAIT CONVOQUÉ PLUS TÔT DANS LA MATINÉE. #KEBETU PIC.TWITTER.COM/UTABOIBTZ2— SOUMARÉ MARIÈME (@MLSOUMARE) NOVEMBER 10, 2021

Deux jours plus tôt, l’opposant avait appelé ses militants à « envahir le tribunal ». « J’irai au tribunal pour être jugé. Je vous dis, venez mercredi, vous verrez que je serai seul à la barre », avait-il prévenu devant la presse.

Condamné en 2017 à deux ans de prison dont six mois ferme pour « coups mortels » après la mort d’un jeune homme lors de l’attaque de sa mairie de Mermoz-Sacré-Cœur en décembre 2011, Barthélémy Dias avait fait appel de la décision – « par principe », explique l’un de ses proches, puisqu’il a déjà purgé six mois de prison. L’affaire a été plusieurs fois renvoyée depuis.

CE DOSSIER DOIT ÊTRE CLASSÉ SANS SUITE OU BÉNÉFICIER D’UN NON-LIEU

« J’ai choisi d’aller au tribunal car j’ai demandé à être jugé. Mais que les choses soient claires : je n’accepterai pas un [nouveau] renvoi », avait-il d’ailleurs menacé lundi. En dépit des implications politiques très lourdes que pourraient avoir ses déclarations dans cette période de pré-campagne, l’énergique opposant n’avait pas jugé bon d’assouplir son discours.

« Si je m’étais limité [au verdict] en première instance, je ne serais pas retourné en prison, a insisté Barthélémy Dias ce 8 novembre. Beaucoup de gens disent que j’ai fait appel pour être éligible : c’est faux. Si on me condamnait ne serait-ce qu’à un jour avec sursis, je me pourvoirais en cassation. Ce dossier doit être classé sans suite ou bénéficier d’un non-lieu. »

Spectre des violences

Son mentor, l’ancien maire de la capitale Khalifa Sall, s’était pour sa part déplacé au tribunal, ce mercredi. « Je suis venu encore une fois soutenir “Barth” et témoigner de son innocence. Ce qui se passe aujourd’hui est inacceptable », a-t-il déclaré sur le parvis du bâtiment.

Depuis plusieurs jours, les têtes d’affiche de la coalition Yewwi Askan Wi multipliaient les déclarations pour dénoncer la convocation de Barthélémy Dias, survenue quelques jours seulement après que sa candidature à la mairie de Dakar a été officiellement déposée.

Des gendarmes sénégalais devant le tribunal à Dakar le 10 novembre 2021.
Des gendarmes sénégalais devant le tribunal à Dakar le 10 novembre 2021. © SEYLLOU / AFP)

« Dans les démocraties consolidées, la justice s’interdit d’interférer dans les processus électoraux. La date retenue n’est pas innocente et coïncide avec la pré-campagne. C’est une manière de faire pression sur Barthélémy. Ce sera vain », a encore lancé Khalifa Sall. Membre de la même coalition, Ousmane Sonko a quant à lui appelé à la « résistance totale ». « Soyons tous prêts au sacrifice car il en va de l’avenir de ce pays et de celui de nos enfants et petits-enfants », a exhorté le leader du parti Pastef.

Ce mercredi matin, la capitale retenait donc son souffle. Le spectre des violences de mars dernier, qui avaient éclaté dans le sillage de l’arrestation d’Ousmane Sonko alors qu’il se rendait au tribunal dans le cadre de la plainte pour viol déposée contre lui, est encore dans tous les esprits.

Vers un procès ?

Pourquoi Barthélémy Dias ne s’est-il pas présenté à l’audience alors qu’il avait affirmé qu’il le ferait ? « Il a estimé que l’affaire n’était pas en état d’être jugée », relate son conseil, Khoureychi Ba, qui s’attendait à ce renvoi, notamment parce que les co-accusés de l’élu sont aujourd’hui introuvables. « Le prévenu était convoqué à 8h30 et il n’était pas là », précise quant à lui l’avocat de la partie civile, Pape Mor Niang, qui indique que l’affaire a notamment été renvoyée car « un des prévenus a décidé de changer de conseil ».

Véritable « épée de Damoclès » qui plane au-dessus de l’avenir politique de Barthélémy Dias, ce procès en appel pourrait rebattre les cartes du scrutin local du 23 janvier. Mais aura-t-il lieu à la veille des élections ? « Nous ne nous rendrons pas à la convocation de la justice le 1er décembre, affirme le conseiller en communication de l’opposant, Pape Konaré. Il n’est pas question que ce procès soit jugé un mois avant les élections. »

« Ce renvoi était prévisible. Le dossier n’était pas en état d’être jugé par le passé et rien n’a changé, conclut une source proche de l’affaire. Tout ça, c’était beaucoup de bruit pour rien. »

Avec Jeune Afrique par Marième Soumaré

Sénégal : Hissène Habré enterré en l’absence de représentants officiels

août 27, 2021
Lors de l’enterrement de Hissène Habré à Dakar, le 26 août 2021.

L’ancien président tchadien a été inhumé le 26 août au cimetière musulman de Yoff, sans qu’aucun hommage officiel ne lui soit rendu, ni à Dakar ni à N’Djamena, mais en présence de ses proches et de nombreux sympathisants.

Sous le soleil de plomb de l’hivernage, ainsi que l’on nomme l’été sénégalais, Hissène Habré a été inhumé au cimetière musulman de Yoff, le 26 août. L’histoire retiendra que l’ancien président tchadien, mort le 24 août à l’hôpital principal de Dakar, y a rejoint la dépouille mortelle du premier chef de l’État camerounais, Ahmadou Ahidjo, décédé en terre sénégalaise en 1989, quelques mois seulement avant que Habré n’y pose en catastrophe ses valises d’exilé chassé par un putsch.

Aucun hommage officiel

À l’aéroport de Yoff, Habré était arrivé avec un avion vite restitué par le Sénégal au Tchad. Il a fini son périple en terre sénégalaise après quelques années judiciairement tumultueuses et sans jamais avoir reconnu la légitimité d’une justice qui l’avait reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et condamné à la prison à vie.

Habré a été accompagné en sa dernière demeure par ses proches parents et des sympathisants. Dans un cercueil en bois luisant, il a été mis en terre à 15 h 41 sans qu’aucun hommage officiel ne lui soit rendu, ni au Sénégal ni au Tchad.

La prière mortuaire avait auparavant été dirigée par l’imam Thierno Mountaga Amadou Bachir Tall à la mosquée omarienne (une branche de la Tijaniyya, confrérie soufie), qui fait face à la mer sur la corniche dakaroise, à hauteur du quartier de la Médina. En treillis noirs et brassards orange, la police a géré les nombreux journalistes et les quelque 200 personnes qui s’étaient réunies au sortir de la prière de Tisbaar pour rendre un dernier hommage à l’ancien président.

Maître de cérémonie

Parmi les VIP reconnus derrière leur masque anti-Covid, un ancien ministre de la Culture sous la présidence d’Abdoulaye Wade, Amadou Tidiane Wone. C’est lui qui a tenu le rôle de maître de cérémonie, donnant de la voix pour organiser le regroupement, demandant aux uns et aux autres le respect des mesures barrières imposées par cette pandémie qui aura eu raison de Hissène Habré – les premiers coups lui ayant été donnés par « notre acceptation de son arrestation, en 2013, dans son pays d’accueil, chez nous au Sénégal, pays de la Teranga », lâche, acerbe, l’une des personnes présentes.

HISSÈNE HABRÉ A ÉTÉ « VICTIME D’UNE GRANDE ESCROQUERIE », SYNONYME DE « MACHINATION »

L’on distingue également dans l’assemblée l’ancien Premier ministre de Macky Sall devenu opposant, Abdoul Mbaye. Dans une autre vie, il fut le banquier d’un Hissène Habré fraîchement débarqué au Sénégal avec plusieurs milliards de F CFA en espèces. Boubou, cape blanche à parements jaunes, lunettes noires et cane de cérémonie, le « Jaraaf » Youssou Ndoye, grand dignitaire des Lébous, est lui aussi présent. C’est dans leur quartier de Ouakam qu’Habré avait élu l’un de ses deux domiciles, devenant un « fils apprécié » de cette communauté.

Avocat emblématique d’Hissène Habré lors de son procès devant les Chambres africaines extraordinaires, le Sénégalais Amadou Ciré Clédor Ly, reconnaissable à sa haute coiffure en bataille et à sa barbe hirsute, qu’il a poivre et sel, a fait le déplacement. Dans une ultime plaidoirie, on l’entend dénoncer, dans cet espace de prière, le sort qui a été réservé à son client, dont le régime a été tenu pour responsable de la mort de près de 40 000 personnes entre 1982 et 1990. Hissène Habré a été, selon Amadou Ciré Clédor Ly, « victime d’une grande escroquerie », synonyme de « machination » et véritable « condamnation à mort ».

Ultime oraison

Aucun officiel sénégalais n’est en revanche présent, à moins de considérer comme un représentant de l’État le directeur général du quotidien gouvernemental Le Soleil. « Il y a vingt ans, j’avais été présenté à lui, raconte Yakham Mbaye. Depuis, nous échangions souvent. Je retiens de lui un grand patriote, un homme qui considérait l’Afrique comme un seul et unique pays. Et d’ailleurs, je pense que pour lui, un enterrement au Tchad ou au Sénégal ne faisait pas une grande différence ».

Le corbillard noir précédé d’un motard de la police arrive au cimetière, suivi du cortège composé de voitures mais surtout de scooters et de motos Jakarta chevauchés par des Tchadiens enturbannés. La foule se dirige vers l’espace fraîchement défriché, un quadrilatère assez grand pour devenir un caveau familial : ce sera la dernière demeure de Hissène Habré.

AUCUNE DES DEUX FEMMES DE HABRÉ N’A ÉTÉ APERÇUE, PAS MÊME À L’EXTÉRIEUR DU CIMETIÈRE

En ultime oraison, devant les portes du cimetière de Yoff, l’un de ses fils prend la parole. Hamid Hissène Habré se présente comme un « ingénieur qui travaille en France et est né à Dakar ». « Aujourd’hui, devant la dépouille de mon père, je m’incline respectueusement, le cœur douloureux », lance-t-il, ajoutant que Habré a été pour lui « un père aimant ». « Notre devoir, c’est de le réhabiliter et de lui rendre justice », conclut-il. Il sera le seul à avoir pris la parole, ce jeudi 26 août, au nom de la famille. Aucune des deux femmes de Habré n’a été aperçue, pas même à l’extérieur du cimetière.

Hissène Habré avait bénéficié, le 7 avril 2020, d’une autorisation de sortie de prison de 60 jours lors de la « première vague » de Covid-19. Il avait ensuite dû regagner sa cellule au début du mois de juin suivant. Sa famille et ses avocats avaient formulé une demande similaire en avril dernier, mais la justice sénégalaise avait cette fois refusé. L’ancien chef de guerre toubou n’a pas survécu à la dernière offensive du Covid. Entend-il, dans la paix de la mort, les voix de ses anciennes victimes et de leurs familles qui, ces dernières années, n’ont eu de cesse de réclamer les indemnisations que les juges l’avaient condamné à leur verser ?

Avec Jeune Afrique par Ousseynou Nar Guèye