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Cameroun: l’armée combattra « sans état d’âme » les séparatistes anglophones

décembre 2, 2017

Yaoundé – L’armée camerounaise mettra en oeuvre « sans état d’âme » les instructions du président Paul Biya pour mettre « hors d’état de nuire » les séparatistes anglophones violents, a assuré samedi le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo.

« Lorsque le chef de l’Etat prend une décision politique comme celle-là (éradiquer les combattants séparatistes), nous allons la mettre en oeuvre sans état d’âme », a affirmé M. Beti Assomo dans une déclaration à la radio d’Etat.

 « Il y a des mesures qui seront mises en oeuvre immédiatement et le processus va se poursuivre jusqu’à ce que cette situation incommode que nous vivons soit éradiquée », a-t-il promis, sans préciser la nature de ces mesures.

« Le Cameroun est victime des attaques à répétition d’une bande de terroristes se réclamant d’un mouvement sécessionniste », a accusé jeudi le président Paul Biya, réagissant à l’assassinat entre mardi et jeudi dans le sud-ouest anglophone de quatre militaires et deux policiers. Le gouvernement en attribue la responsabilité aux séparatistes anglophones. M. Biya a assuré que « toutes les dispositions sont prises pour mettre hors d’état de nuire ces criminels ».

« Paul Biya vient de déclarer la guerre à ces terroristes qui prônent la sécession », a commenté la radio d’Etat.

A la demande du président, son ministre de la Défense a réuni vendredi plusieurs hauts gradés de l’armée et responsables militaire, pour évaluer la situation sécuritaire dans le pays, et analyser la dégradation du niveau de sécurité dans les régions anglophones, selon la radio.

Les actions militaires préconisées lors de cette rencontre visent à « rassurer la partie saine de la population qui est prise en étau », a assuré M. Beti Assomo, promettant que « l’intégrité du territoire va être assurée ».

« Des opérations massives de l’armée (dans les régions anglophones) sont en préparation », a confirmé à l’AFP, sans plus de précision, une source sécuritaire.

Dans un communiqué, attribué au préfet du département de la Manyu (sud-ouest, où les six militaires et policiers ont été tués), Joseph Oum Il, texte largement diffusé depuis vendredi soir et qui suscitait la controverse sur internet, les autorités locales ont ordonné aux habitants de 15 villages de quitter immédiatement les lieux, en prélude aux opérations de l’armée, sous peine d’être considérés comme « complices ou responsables des crimes commis actuellement contre les forces de sécurité ».

Dans une intervention diffusée samedi midi sur une radio locale anglophone, Radio Evangelium, le préfet Joseph Oum Il a finalement annoncé avoir « retiré » ce communiqué, appelant désormais simplement les populations locales à « coopérer ».

Le gouverneur de la province du Sud-ouest (dont dépend le département de la Manyu), Bernard Okalia Bilaï, a de son côté qualifié le communiqué de « faux ». Il s’agit d’une « manipulation » visant à « mettre la population dans la panique et compromettre les hautes mesures sécuritaires (prescrites par) le chef de l’Etat », a-t-il prétendu.

Le long de la frontière du Nigeria, les populations locales sont « otages de ces terroristes », a encore affirmé M. Okalia Bilaï. Selon lui, « des jeunes gens » sont enrôlés par des séparatistes et « formés comme combattant au Nigeria » voisin, contre l’avis de leurs parents.

Depuis novembre 2016, la minorité anglophone du Cameroun – environ 20% des 23 millions d’habitants – proteste contre sa marginalisation, certains exigeant le fédéralisme, d’autres la sécession. Le régime de Yaoundé rejette ces deux options.

A mesure que les autorités camerounaises ont accru la pression sécuritaire et la répression des manifestations séparatistes, les rangs des sécessionnistes se sont étoffés ces derniers mois, en même temps que se sont multipliés les incidents, faisant craindre, selon observateurs et analystes, l’émergence d’une « insurrection armée » dans l’ouest anglophone du pays, frontalier du Nigeria.

Romandie.com avec(©AFP / 02 décembre 2017 19h56)                                            

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Le Cameroun sous la pression des replis identitaires

novembre 7, 2017
Paul Biya à Yaoundé, lors du scrutin présidentiel de 2011. © Sunday Alamba/AP/SIPA

D’un côté, une incroyable diversité. De l’autre, un malaise évident sur fond de repli communautaire et de rivalités régionalistes qu’exacerbe l’approche de la présidentielle

« Tic, tac, tic, tac… La fin de votre pouvoir est proche. Bientôt vous rendrez des comptes. » Twitter n’a jamais encouragé la subtilité et, même écrite en moins de 140 caractères, une menace éhontée produit toujours son petit effet. Le pouvoir dont cet internaute annonce la disparition, c’est celui du Sud, la région d’origine du président Paul Biya que les langues les plus acérées aiment à surnommer, non sans ironie, « le pays organisateur », et où les Bulus sont majoritaires.

Le chef de l’État, 84 ans dont trente-cinq années de pouvoir, n’a pas encore dit s’il se présenterait à l’élection présidentielle de 2018. Mais sur internet, la compétition, âpre par anticipation, bruisse déjà de rivalités ethno-régionalistes. On y parle moins de projets politiques que de l’accès d’un cousin du village à la « mangeoire » d’Etoudi.

 Les autorités ne pensent pas que l’unité camerounaise puisse véritablement se fissurer

Et les arguments sont souvent un peu courts, à l’image de ceux avancés sur Facebook par cet homme d’affaires originaire du Sud : « Nous autres sommes venus sur terre pour gouverner. » Dans une vidéo devenue virale, un autre militant du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) s’aventure encore plus loin face à un ministre médusé : « Un génocide se prépare. Dites-nous quelles dispositions nous devons prendre pour nous défendre ! »

Un grand melting-pot

Dans un Cameroun traversé par des courants contraires, aucune enquête d’opinion n’accrédite l’exacerbation de ces replis identitaires. Les autorités elles-mêmes ne semblent pas inquiètes. En dépit de la colère qui gronde depuis des mois dans les provinces anglophones, elles ne pensent pas que l’unité camerounaise puisse véritablement se fissurer.

Elles sont convaincues qu’un sentiment national a fait le ciment de ce melting-pot où cohabitent 250 langues, où deux religions monothéistes se sont accommodées de l’animisme, où les territoires colonisés par les Britanniques se sont joints à ceux administrés par les Français et où les mœurs sahéliennes du Septentrion coexistent avec celles des peuples des forêts méridionales…

Les différences culturelles n’ont jamais été un tabou au Cameroun

Et, de fait, les différences culturelles et linguistiques n’ont jamais été un tabou au Cameroun. Plusieurs générations d’humoristes en avaient d’ailleurs fait leur fonds de commerce, tel Jean-Miché Kankan brocardant sans pitié la « radinerie bamilékée », ou Essindi Mindja moquant les manières des ruraux du Nord.

Anglophones discriminés ?

Mais ces derniers mois, le modèle a montré ses limites. Les lignes de fracture sont devenues si marquées que plus personne n’a envie d’en rire. L’arbre de la nation camerounaise cache désormais une forêt de micro-nationalités. À preuve, la multitude d’associations villageoises qui geignent à longueur de temps pour réclamer leur part du gâteau.

Au sein des couches populaires comme dans l’élite, on se regroupe par affinités régionales. Les avocats originaires du Littoral se concertent au sein de Sawa juristes (Sajur), ceux de l’Ouest se retrouvent dans l’A3j et ceux du Centre et du Sud-Est au sein de l’association Agnan…

Les Anglophones se plaignent de n’avoir jamais occupé les fonctions les plus prestigieuses du pays

Ainsi va désormais le Cameroun. Les revendications ethno-régionalistes rythment la vie publique. S’estimant discriminés, les Anglophones se plaignent de n’avoir jamais occupé les fonctions les plus prestigieuses du pays. Ils n’ont « eu » ni le secrétariat général de la présidence ni les ministères clés de la Défense, de l’Administration territoriale, des Relations extérieures ou de l’Économie.

Ils n’ont dirigé ni la gendarmerie ni la police. Aucun d’entre eux n’a jamais pris la tête des grandes entreprises que sont la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Société nationale de raffinage (Sonara) ou le Port autonome de Douala… Ils ont la primature mais regrettent de n’avoir que peu de ministères de plein exercice ou de secrétariats d’État.

Récupération politique

« Le silence des ministres et directeurs généraux anglophones à l’égard de la crise actuelle montre bien que certains espèrent que la situation se dégrade davantage pour se poser en recours », estime le politologue Njoya Moussa. En embuscade, plusieurs proches de Paul Biya, dont Paul Atanga Nji, le secrétaire permanent du Conseil national de sécurité, qui se verrait bien en premier anglophone ministre de la Défense…

Avant lui, Peter Mafany Musonge s’était un temps rêvé à la présidence du Sénat, alors qu’il dirigeait déjà le groupe parlementaire RDPC de la Chambre basse. Erreur… Paul Biya a si peu apprécié qu’il l’a relégué en juillet à la tête de la fantomatique Commission nationale pour la promotion du bilinguisme.

Depuis l’indépendance, les présidents ont joué avec les identités pour consolider leur pouvoir

Mais les anglophones n’ont pas été les premiers à s’inquiéter de leur faible représentativité au sommet de l’État. En 2002, les trois régions du Nord entreprirent de compter les leurs dans la haute fonction publique, à la tête de l’armée et jusque dans les rangs du gouvernement. Depuis, le phénomène s’est aggravé et a montré les limites du système de distribution de la richesse nationale fondé sur une clé de répartition ethno-régionaliste.

« Ce système n’est pas nouveau, explique un sociologue qui préfère garder l’anonymat tant la question lui paraît délicate. Depuis l’indépendance, les deux présidents successifs du Cameroun ont joué avec les identités pour consolider leur pouvoir. »

Musulman et originaire de Garoua (Nord), Ahmadou Ahidjo avait constitué un bloc nordiste dominé par les Peuls, analyse-t-il. Il avait également conforté un ensemble Centre, Sud et Est autour de Yaoundé, qui rassemblait des populations « forestières » et où les Bétis étaient les mieux lotis. Le troisième grand bloc correspondait aux Grassfields des plateaux de l’Ouest, dont le centre de gravité se trouvait en pays bamiléké, dans la ville de Bafoussam.


Ahmadou Ahidjo, premier président de la République du Cameroun, était originaire du Nord. © Archives JA

 

Fragmentation des régions

Lorsqu’il arrive au pouvoir, Paul Biya change radicalement de méthode. Le Grand Nord est éclaté en trois provinces : ainsi naît l’Extrême-Nord, un réservoir électoral à la démographie galopante, constitué de populations chrétiennes et animistes kirdis, trop heureuses de se défaire de l’hégémonie peule.

L’ethnicisme n’a cessé d’inoculer son venin dans le vivre-ensemble camerounais

Il fera la même chose dans les provinces du Sud en rebattant les cartes de la géopolitique identitaire en faveur des Fangs et des Bulus au détriment des autres ethnies forestières. Sous Biya, le Cameroun est passé de sept à dix provinces (lesquelles sont officiellement devenues des régions en 2008) avec, chaque fois, un système officieux de quotas à respecter en matière d’accès à l’emploi, de ressources budgétaires et de projets de développement. Légitimant de fait les revendications régionales.

Sur cet échiquier géopolitique, Paul Biya s’illustre en maître absolu. Récompensant les uns, sanctionnant les autres, le chef de l’État manie la carotte et le bâton pour gérer le pays et neutraliser ses adversaires. Ainsi, quand John Fru Ndi arrive en deuxième position à la présidentielle de 1992, Biya nomme le cousin de celui-ci, Simon Achidi Achu, à la primature.

Résultat : le Nord-Ouest, sa région d’origine, lui en sait gré, et l’influence de Fru Ndi est contenue. Le chef de l’État s’est aussi appliqué à faire payer au Noun, l’un des huit départements qui composent l’Ouest, sa fidélité à l’Union démocratique du Cameroun (UDC), de l’opposant Adamou Ndam Njoya. Vaste mais marginalisé, le Noun ne peut revendiquer que le poste de ministre délégué aux Transports.

La stabilité repose sur la détente entre les Béti-Bulu de Biya et les populations du Nord

Risque d’explosion

Les règles qui régissent ce savant équilibre n’ont pas échappé à Janet Garvey, ancienne ambassadrice des États-Unis au Cameroun, dont les câbles diplomatiques ont été révélés par WikiLeaks. « L’équation de la stabilité du Cameroun repose sur les variables de la détente entre le groupe ethnique Béti-Bulu de Biya, majoritaire dans la région Sud, et les populations des trois régions nordistes, connues comme le Septentrion, qui sont ethniquement et culturellement distinctes du reste du pays, a-t-elle écrit.

Le Septentrion soutiendra Biya aussi longtemps qu’il voudra rester président… mais n’accepterait pas un successeur qui soit un autre Béti-Bulu ou un membre du groupe ethnique bamiléké, aux puissantes assises économiques. »

Force est aussi de constater que planent encore les fantômes de la violente purge anti-nordiste orchestrée par des officiers sudistes à la suite du coup d’État manqué du 6 avril 1984. Ces hauts gradés, dont certains sont encore en activité, redoutent une revanche des nordistes, et une partie de l’establishment y croit aussi.

Au point que, quand des combattants nigérians de Boko Haram commencent à faire des incursions dans l’Extrême-Nord, des politiciens n’hésitent pas à dénoncer – sans preuves – la naissance d’une « rébellion nordiste ». Craignant une collusion, l’état-major de l’armée hésite même à y missionner des officiers originaires de la région.

L’ethnicisme n’a cessé d’inoculer à jet continu son venin dans le vivre-ensemble camerounais. La politique lui a payé un lourd tribut. Aujourd’hui encore, dans l’esprit de ceux qui combattent le régime de Yaoundé, les préjugés n’ont pas changé. Un opposant fang, béti ou bulu sera toujours soupçonné de frayer en secret avec le pouvoir.

Cette défiance pose un problème dont on n’a pas encore trouvé la solution. Le constitutionnaliste Joseph Owona a proposé « d’inventer une alternativité régionale équitable » consistant en une rotation du pouvoir suprême entre toutes les régions du pays. Il n’a pas été suivi.

En attendant, la montée des revendications identitaires dans un contexte d’amenuisement des ressources budgétaires, à la veille d’une échéance électorale capitale, fait du Cameroun une Cocotte-Minute sous pression.

Jeuneafrique.com par

ONU: conciliabules en aparté avec certains chefs d’États africains

octobre 3, 2017

En marge du sommet des Nations Unies, les chefs d’ États de l’ Afrique centrale se sont réunis avec le secrétaire général de l’ ONU. Acculés et menacés par les grandes puissances pour leur longévité au pouvoir, ils ont demandé des garanties à l’ ONU pour ne plus être candidats à leur propre succession. L’ ONU leur a proposé une immunité avec tous les membres de leurs familles et un salaire mensuel minimum de 6000 euros par mois, un logement , deux véhicules, un chauffeur et quatre gardes du corps chacun.

Paul BIYA 35 ans au pouvoir, a accepté ne pas se présenter en 2018, à condition qu’on ne saisisse pas ses biens en France, en Suisse et dans les paradis fiscaux.

OBIANG NGUEMA  38 ans au pouvoir,  a accepté la proposition de ne plus se présenter en 2022 tout en exigeant que sa fortune estimée à 600 millions d’euros par FORBES, ne soit pas gelée.

SASSOU NGUESSO a accepté le principe tout en restant catégorique sur un accord écrit avec la CPI pour abandonner toute tentative de poursuite pour crimes contre l’humanité.

Idriss DÉBY s’est braqué.

TRUMP a donc  décidé qu’aucun Tchadien ne mettra plus ses pieds aux États-Unis. Mis au courant qu’il allait tomber sous le coup d’un mandat d’arrêt international, DÉBY vient finalement de céder et envisage se retirer pour aller s’installer en Guinée.

Avec congomfoa.com

Cameroun: Paul Biya ordonne le rétablissement de l’internet dans les régions anglophones

avril 20, 2017

Yaoundé – Le président camerounais Paul Biya a ordonné jeudi le rétablissement d’internet dans les deux régions anglophones du pays qui ont connu une situation inédite en Afrique avec une coupure du réseau depuis plus de trois mois.

« Instruction a été donnée (suite à une instruction du président Biya) aux opérateurs de la téléphonie de rétablir internet dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest avec effet immédiat », a déclaré à l’AFP le porte-parole du gouvernement Issa Tchiroma Bakary.

Internet a été rétabli vers 18H00 (17H00 GMT), a indiqué à l’AFP Gakwi Derick Jato, journaliste camerounais résident de la ville de Buéa, en zone anglophone.

« Les conditions ayant présidé à la suspension provisoire d’internet dans cette partie du territoire national ont fortement évolué », indique un communiqué gouvernemental signé par M. Tchiroma.

« Le niveau de la violence a baissé, les journées +ville morte+ n’ont plus lieu d’être, les étudiants sont dans classe et la vie retrouve son cours normal », a détaillé à l’AFP le porte-parole du gouvernement, interrogé sur les raisons du retour soudain du réseau.

Fin mars, la ministre des Télécommunications avait pour la première fois, reconnu à demi-mot que les autorités étaient à l’origine de la coupure, la plus longue jamais enregistrée en Afrique.

« Le gouvernement de la république se réserve le droit de prendre (…) les mesures appropriées pour éviter qu’internet ne soit utilisé à nouveau pour susciter la haine et la discorde entre Camerounais, ou pour créer des troubles à l’ordre public », ajoute le communiqué.

« Mieux vaut tard que jamais mais quel gâchis et des questions restent en suspens. Le communiqué du porte-parole du gouvernement n’est pas rassurant », a indiqué Julie Owono, responsable Afrique de l’ONG française Internet sans frontières, jointe par l’AFP à Paris.

Lancée en novembre par des professeurs et des juristes, la contestation anglophone revendique le retour au fédéralisme en faveur des deux régions ou, pour une minorité, le séparatisme, avec la création d’un nouvel Etat.

La minorité anglophone représente environ 20% des 22,5 millions d’habitants du Cameroun. Certains de ses membres occupent des postes à responsabilités dans le régime du président, Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, comme le Premier ministre, Philémon Yang. Le français et l’anglais sont les deux langues officielles du Cameroun, qui a supprimé le fédéralisme en 1972.

Romandie.com avec(©AFP / 20 avril 2017 22h05)

« Les années Biya ont fait des Camerounais un peuple qui meurt en silence »

mars 9, 2017

Crise anglophone, histoire coloniale, Fespaco, cinéma et politique : notre chroniqueur a fait parler Jean-Pierre Bekolo, cinéaste camerounais et militant.

Le cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo.

Le cinéaste camerounais Jean-Pierre Bekolo. Crédits : DR
Jean-Pierre Bekolo est un splendide cinéaste camerounais, mais également un citoyen engagé et un militant au regard lucide sur son pays. Cela fait longtemps que je voulais inviter le natif de Yaoundé à me parler de son art, de ses projets, du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou qui vient de s’achever le 5 mars, mais aussi de l’actualité camerounaise et de la crise « anglophone » qui perdure et s’enlise.

Depuis novembre 2016, la contestation a gagné le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun, les deux régions anglophones du pays. Cette minorité – environ 20 % de la population, estimée à 22 millions – se dit marginalisée. A la suite des manifestations en décembre et en janvier, le gouvernement a coupé Internet dans les deux régions et fait la sourde oreille aux revendications des enseignants, des avocats et de la société civile. Entretien des confins du Cameroun et de la Guinée équatoriale.

Vous êtes un cinéaste plusieurs fois primé et apprécié par la critique. Pourtant le grand public francophone vous connaît peu. Qui se cache derrière vos lunettes ?

Jean-Pierre Bekolo Commençons par mon présent, je suis actuellement au Cameroun pour produire une série portant sur l’histoire de colonisation allemande au Cameroun. Tout ce travail est autofinancé et j’ai dû créer moi-même le village dans lequel je tourne. Je suis né à Yaoundé en 1966. J’ai étudié la physique à l’université de Yaoundé. J’ai découvert ma passion avec la télévision nationale naissante, je suis parti en France pour une formation à l’Institut national de l’audiovisuel (INA). Et puis j’ai découvert le monde du cinéma ! J’y suis entré par effraction avec Quartier Mozart, mon premier film, en 1995.

Mon père était commissaire de police, mon grand-père directeur d’école, moi je suis cinéaste, il y a dans notre famille une exigence qui nous réunit, un intérêt pour l’ordre et intelligence ! L’ordre ne veut pas dire la soumission, il y a des colères froides chez moi. Je n’aime pas tout ce qui écrase ou peut écraser l’homme. Je ne supporte pas de rester les bras croisés devant une situation injuste.

D’où vient cette crise qui divise et hante le Cameroun. Pourquoi le gouvernement fait-il blocage aux revendications des anglophones ?

Pour comprendre la crise, il faut se replonger dans l’histoire de ce pays « créé » par les Allemands à la fin du XIXe siècle. La défaite allemande lors du premier conflit mondial a fait du Cameroun un butin de guerre que les Français et les Anglais se sont partagé. La crise anglophone actuelle démontre à quel point nous, les francophones du Cameroun, avons intégré le modèle colonial français et avons développé une psychologie de vaincus après une guerre de libération nationale que nous avons perdue à la fin des années 1960.

Le régime francophone a pris les armes de l’oppresseur français pour s’en servir contre les anglophones parce qu’ils ont osé remettre en question un modèle qui les a « francophonisés ». C’est une guerre étrange qui a des fondements psychiques profonds.

La crise anglophone et la francophonie du président Paul Biya, qui cumule quarante et une années au pouvoir, sont le résultat de ce long processus historique. Cette histoire désastreuse ne pouvait laisser que des souffrances chez les anglophones.

Au-delà de la crise anglophone, c’est tout le pays semble être un bateau ivre depuis des décennies…

Dans ma génération, les parents nous avaient toujours interdit de nous intéresser à la politique. Eux étaient trop occupés à savourer l’espoir des indépendances, non sans avoir la peur au ventre, car la répression n’avait pas disparu, loin de là.

En tant qu’artiste, je me considère comme un radiologue de la société. Les années Biya ont fait des Camerounais un peuple porc-épic. Comme l’animal, les gens meurent en silence. Imaginez que, dans notre pays bilingue, des Camerounais reprochent tous les jours à d’autres Camerounais d’oser crier leur mal-être parce que leur identité anglophone n’est pas respectée.

L’heure n’est plus au bilan, elle est à l’organisation d’une transition démocratique. On ne peut plus attendre je ne sais quel messie pour faire ce travail à notre place.

Votre contribution ?

Elle passe par plusieurs canaux. Je parle à mes concitoyens, j’écris des articles, je tiens un blog et je fais des films, parfois sur des sujets brûlants. Mon film, Le Président. Comment sait-on qu’il est temps de partir ? (2013) n’est pas un portrait du président Biya. C’est tout simplement une manière d’introduire la question de la fin de règne que les Camerounais, lui compris, n’osent pas aborder. Nous devons tirer les leçons de la fin désastreuse des longs règnes de Mobutu au Congo et de Houphouët en Côte d’Ivoire, pour ne citer qu’eux.

La biennale de Fespaco vient de se clore, quel est votre sentiment sur l’état du cinéma africain ?

Ouaga est toujours une belle fête, c’est pour cela que nous aimons tous le Fespaco. J’y ai obtenu l’étalon d’argent du Yennenga et le prix de la meilleure actrice en 2007 avec mon film Les Saignantes.

La difficulté que le Fespaco n’arrive pas à résoudre, c’est comment passer du discours à la pratique, réussir à monter une vraie programmation qui dépasse largement la vision des fonctionnaires de l’Etat du Burkina Faso. Le Fespaco gagnerait à inviter chaque année un directeur artistique de renommée internationale pour redonner de l’éclat à la sélection, qui reste une compilation très francophone des derniers films.

Notre cinéma dans ses structures et ses projets a beaucoup vieilli. Nous n’avons tiré aucune leçon du passé. Tout est à refaire.

Même à Nollywood ?

Malgré la pointe d’espoir que représente Nollywood dans la reconquête du public africain, le cinéma africain aujourd’hui qui marche est le cinéma qui plaît aux Européens. Nollywood semble plombé par son mimétisme de Hollywood, sans ses moyens. Enfin Nollywood n’a pas pu ou su voir venir Boko Haram, et il y a là un grand danger.

Vous avez un autre rêve, un autre projet pour le cinéma africain ?

Le cinéma africain manque de vision. Il est tiraillé entre la quête de la reconnaissance occidentale, le désir d’une adhésion populaire ramenée au plus petit dénominateur commun et les exigences du capitalisme.

Un autre défi du cinéma africain est celui de la reconstruction de nos structures psychiques marquées profondément par le déni, la violence et la honte de soi héritées de la colonisation. Le cinéma africain doit être un cinéma de la résilience, un cinéma qui nous soigne. Il doit s’attaquer aux questions qui se posent à nous au niveau psychologique et comportemental et interroger l’« agir » humain.

Enfin le cinéma africain a un défi technologique qui commence par la capacité à conserver et à rendre accessible les images du Continent. Je viens de créer à Yaoundé un centre data, FilmFabLab, qui offre aux jeunes cinéastes la possibilité de stocker leurs images. 

Tout est affaire d’esthétique chez vous…

Oui. Au commencement, il y a toujours l’esthétique, c’est-à-dire le souci du beau et du vrai. Dans n’importe quel village, dès que vous sortez votre caméra pour filmer, le premier réflexe des gens est de s’assurer qu’ils sont beaux. Et en effet ils sont beaux. Mais on ne se voit qu’à travers les yeux d’un autre. Nous sommes un peuple qui, à cause de l’aliénation coloniale, vit encore dans la honte de soi. Une image d’un corps noir nu est encore un scandale, quand elle n’est pas taxée de sorcellerie !

Nous devons travailler à faire advenir un langage cinématographique libre qui raconte notre présence au monde et lui proposent notre élan vital. Nous devons trouver ce cinéma nous permettant de nous réinventer en sortant du registre de l’autoflagellation ou des problématiques de la pauvreté, du retard et du manque. Ils ne nous manquent rien, nous sommes beaux comme les autres.

Vos projets récents et à venir ?

Depuis Le Président, j’ai réalisé un documentaire de quatre heures sur le philosophe congolais V. Y. Mudimbe, Les Choses et les Mots de Mudimbe. Il a été présenté à la sélection officielle de la Berlinale en 2015. Puis un moyen-métrage de science-fiction, Naked Reality, sorti à Durban en juin 2016. Aujourd’hui, en plus de la série pour la télévision Our wishes sur l’histoire coloniale allemande au Cameroun dont les dix épisodes sont prêts pour diffusion dès cet été à la télévision camerounaise, je suis en train de monter un nouveau long-métrage qui sera disponible avant la fin de cette année : Miraculous Weapons, qui raconte l’histoire de trois femmes amoureuses d’un condamné à mort dans les années 1960. On a tourné en Afrique du Sud et en anglais.

Abdourahman A. Waberi est né en 1965 dans l’actuelle République de Djibouti. Il vit entre Paris et les Etats-Unis, où il a enseigné les littératures francophones aux Claremont Colleges (Californie). Il est aujourd’hui professeur à George-Washington University. Auteur, entre autres, d’Aux Etats-Unis d’Afrique (éd. J.-C. Lattès, 2006), il a publié en 2015 La Divine Chanson (éd. Zulma).

Lemonde.fr par Abdourahman Waberi, chroniqueur Le Monde Afrique

« Paul Biya n’est pas le président du Cameroun réel »

janvier 6, 2017

Notre chroniqueur s’insurge contre le discours de vœux du président camerounais qu’il juge déconnecté du quotidien de ses concitoyens.

Le président camerounais Paul Biya à la trribune des Nations unies à New York le 22 septembre 2016. Crédits : Carlo Allegri/REUTERS
Deux jours avant la trente-troisième présentation des vœux présidentiels au peuple camerounais du 31 décembre 2016, je me suis rendu dans un commissariat de Douala. Ayant vendu ma voiture quelque temps auparavant, je devais, ainsi que le prévoit la loi, faire légaliser le certificat de vente de cette voiture.

Après avoir été sèchement renvoyé chez moi parce que je portais un pantacourt (la chaleur est insupportable en décembre dans le pays), je suis revenu avec un pantalon. Je m’étais assuré d’avoir toutes mes pièces justificatives et acquitté de tous les timbres requis.

Lire aussi :   « Le Cameroun n’a pas mal à son peuple, il a mal à ses élites »

L’agent de police, une femme rugissante, n’a eu d’autre choix que de valider le document que je lui présente. J’appose enfin mon nom et ma signature dans ce gros registre bleu qui fleure bon le Moyen Age, soulagé d’en avoir terminé.

« C’est 10 000 francs ! me fait-elle tout à coup.

– Comment ça 10 000 ?

– Je dis que c’est 10 000 !

– D’accord, mais pourquoi 10 000 ? J’ai déjà effectué cette démarche et jamais je n’ai eu à débourser 10 000 francs CFA ! A quoi correspondent-ils ?

– Pourquoi tu discutes ? Ce n’est pas pour moi ! Si tu veux va te renseigner là-bas ! » Elle pointe son doigt en direction du bureau du commissaire.

Le bureau du commissaire est spacieux et climatisé, contrairement à la salle exiguë, chaude et lugubre qui sert de bureau à deux subordonnés. Il abrite une télé, en marche, et même un petit frigo. La classe. Je me présente et expose mon problème. Pourquoi ces 10 000 francs CFA [15 euros] ? Le policier me lance un regard noir, un léger frisson parcourt mon corps.

« Tu ne sais pas que c’est comme ça ? me jette l’homme en bleu.

– Euh… Non, Monsieur le Commissaire. Je n’ai jamais payé ce montant alors que j’ai fait la même démarche récemment.

– Tu as fait ça où ?

– A Bonanjo [quartier administratif de Douala]. »

Au bout de trente secondes du même regard glaçant, sans rien dire, il m’arrache le formulaire des mains, le paraphe, et me le remet dans un geste plein de mépris : « Retourne voir ma collègue. » Ladite collègue, dont le bout du nez peine à retenir un déferlement de sueur, appose son cachet. C’est gagné ! Je suis reparti victorieux mais fou de colère et de frustration devant l’ampleur de la corruption et de l’impunité dans ce pays.

Interminable liste

En écoutant le président Paul Biya, 82 ans, parler de cette jungle comme d’un « pays démocratique et un Etat de droit », se poser en protecteur des « fondements de notre vivre-ensemble », invoquer avec solennité la Constitution du pays alors qu’il est au pouvoir depuis trente-trois ans, réaffirmer avec force l’unité et l’indivisibilité du Cameroun en réponse aux « préoccupations » des enseignants et avocats en grève dans la partie anglophone du pays et rebaptisés pour l’occasion « manifestants extrémistes manipulés et instrumentalisés », j’ai eu la confirmation de ce que je sais déjà. Il y a deux Cameroun : un Cameroun officiel et un Cameroun réel.

Paul Biya est le président du Cameroun officiel, celui des profiteurs du système, celui de ce commissaire corrompu et de ses collègues complices. Mais il n’est pas le président du pays réel : celui des jeunes filles violées et traînées dans la boue par des policiers pour avoir commis le crime innommable de prendre part à des manifestations non violentes dans la région de Buéa ; celui des familles des victimes et surtout des disparus du déraillement d’Eséka, dont il est clair qu’elles ne verront jamais ni la couleur de la vérité ni celle de la justice ; celui des milliers de citoyens camerounais quotidiennement brimés, humiliés, rackettés par des agents publics censés être à leur service. 

La liste est interminable. Nous sommes nombreux à appartenir au pays réel. Et nous sommes seuls ; sans leader qui nous représente, sans Constitution qui incarne nos aspirations, sans horizon vers lequel se projeter.

Et donc, en ce début d’année 2017, à moins de deux ans de l’échéance électorale qui verra le champion du pays officiel solliciter les suffrages des citoyens du pays réel, nous devons affirmer son illégitimité et créer un horizon. Car Paul Biya bafoue la Constitution qu’il brandit par ailleurs, il viole, persécute et tue les enfants supposés appartenir à son pays et il accable d’un inacceptable mépris des citoyens dont il tire son immense pouvoir. « Le Cameroun est un et indivisible, et il le restera ! », a-t-il martelé lors de ses vœux. De quel Cameroun parlait-il ?

 

Cameroun : la limousine de Paul Biya tombe en panne en pleine fête nationale

mai 20, 2016

Voilà ce qui arrive quand on s’accroche au pouvoir… Même les véhicules de fonction disent NON!

Photo de BrazzaNews.

Cette situation assez insolite a obligé les éléments de la garde présidentielle à faire ce que l’on appelle au Cameroun « le pousse-pousse » devant un public médusé. C’est finalement à bord d’une limousine blanche que Paul Biya, chef des armées, a effectué sa traditionnelle revue des troupes.

Deux incidents de même nature étaient déjà survenus. Le 13 juillet 2015, la même limousine avait eu une défaillance technique au lieu-dit Carrefour Mvog Mbi à Yaoundé, devant des passants surpris. L’incident, qui avait duré moins de cinq minutes, n’avait pas été relayé sur les réseaux sociaux, la garde présidentielle s’étant assurée de ne laisser aucune image filtrer. Le 18 février 2010, une autre panne s’était produite alors que Paul Biya revenait de son village Mvomeka’a.

Le gouvernement n’a pour l’instant donné aucune explication sur l’origine de la panne.

Lemonde.fr

« Présidents africains, pourquoi ne restez-vous pas mourir au pays ? »

avril 21, 2016

Le président du Cameroun, Paul Biya, ici à Yaoundé en avril 2016 avec deux de ses collaborateurs.

Le président du Cameroun, Paul Biya, ici à Yaoundé en avril 2016 avec deux de ses collaborateurs. Crédits : Andrew Harnik / AP
On l’a appris par un communiqué laconique du palais de Koulouba, sur les hauteurs de Bamako : le président malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) a été opéré, mardi 12 avril, d’une « tumeur bénigne » à l’Hôpital militaire Bégin, à Saint-Mandé (Val-de-Marne), en région parisienne. Il effectue sa convalescence à Paris et n’a pas communiqué la date de son retour au Mali. Ancien dirigeant de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF), le camarade IBK a donc rejoint la longue liste des chefs d’Etat africains qui délaissent les hôpitaux de leur pays pour venir se soigner en Occident.

Avant le président malien, son homologue ivoirien Alassane Ouattara s’était fait opérer en février 2014 à l’Hôpital américain de Neuilly, à l’instar du Gabonais Ali Bongo Ondimba qui avait choisi, quelques années plus tôt, la clinique chic de l’Ouest parisien pour y subir une intervention chirurgicale. Le Camerounais Paul Biya, lui, se soigne à Genève où il réside une partie de l’année. Son dossier médical est aux mains de médecins suisses, alors qu’il est protégé comme un secret d’Etat au Cameroun. Son épouse, Chantal, préfère les hôpitaux parisiens où elle a passé plusieurs mois ces dernières années.

A ce jeu-là, même les chefs d’Etat maghrébins se sont fait prendre. L’Algérien Abdelaziz Bouteflika a longuement séjourné en 2013 à l’Hôpital militaire du Val-de-Grâce, puis à l’Hôtel national des Invalides pour sa rééducation. Le président algérien était d’ailleurs revenu en décembre 2015 à la Clinique d’Alembert, à Grenoble, pour effectuer un contrôle médical.

Mais le plus surprenant de cette liste non exhaustive, c’est le roi Mohamed VI qui est venu en France en 2013 pour y subir une opération chirurgicale alors que son pays reste une destination sanitaire privilégiée pour de nombreux chefs d’Etat d’Afrique subsaharienne.

Faute politique

Disons le sans ambages : délaisser les institutions sanitaires de son pays pour se soigner à l’étranger est, au bas mot, une faute pour un chef d’Etat. C’est la preuve irréfutable qu’il n’a pas réussi à bâtir sur place un système de santé digne de sa confiance.

Si, dès qu’ils sont malades, même légèrement, les présidents africains sautent dans l’avion pour Paris, Londres, Lisbonne ou Madrid afin d’y recevoir des soins, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas favorisé chez eux le développement de l’expertise médicale nationale. Ce n’est pas une blague : il existe aujourd’hui des pays africains qui n’ont aucun spécialiste du cancer ; d’autres qui n’ont que trois ou quatre cardiologues ; d’autres encore où les quelques gynécologues n’exercent que dans la capitale.

Ces chefs d’Etat, qui ne se gênent pas pour aller se soigner à l’étranger, n’ont pas non plus érigé l’acquisition du matériel médical en priorité de leurs actions. En 2016, il est encore impossible, faute d’appareils, de pratiquer une IRM dans certains Etats d’Afrique subsaharienne. Dans d’autres, il existe un seul appareil qui tombe régulièrement en panne, pour cause de surchauffe ou de défaut de maintenance.

L’aller-retour d’un avion médicalisé pour acheminer à Paris un ministre africain malade coûte 120 000 euros, soit une vingtaine de bourses d’études en médecine à Dakar.

Pour un chef d’Etat, se soigner à l’étranger est également une énorme injustice envers le reste de la nation. En effet, pendant que leurs compatriotes sont condamnés à se rendre dans des structures de santé devenues des mouroirs, les présidents africains eux prélèvent sans vergogne sur les deniers publics pour venir en Occident recevoir des soins. Et c’est souvent une affaire de gros sous : la facture d’hospitalisation d’un dirigeant sahélien à l’Hôpital américain de Neuilly a grimpé jusqu’à 300 000 euros, soit le budget de fonctionnement annuel de l’Hôpital de Birao, en Centrafrique.

De même, l’aller-retour d’un avion médicalisé pour acheminer à Paris un ministre ouest-africain malade coûte 120 000 euros, l’équivalent d’une vingtaine de bourses d’études en médecine à Dakar.

La faute politique et l’injustice expliquent ensemble la colère d’une partie de l’opinion malienne lorsqu’elle a appris qu’IBK était venu se faire opérer à Paris.

Derrière le slogan « Tous au Val-de-Grâce », ces Maliens-là ont rappelé que leur président avait acheté en 2014 un nouvel avion pour près de 30 millions euros. Selon eux, cette somme aurait largement suffi à construire à Bamako un hôpital de référence dans lequel IBK aurait disposé d’une chambre réservée à l’année.

Triste record mondial

Pour avoir fait le choix de négliger les structures sanitaires de leur pays, convaincus qu’ils pourront toujours être évacués vers les capitales occidentales, les dirigeants africains ont mis le continent au sommet du palmarès mondial des présidents décédés à l’étranger.

Ici, on n’en citera que les plus récents : le Zambien Michael Sata, décédé en 2014 à Londres, l’Ethiopien Melès Zenawi, mort en 2012 à Bruxelles, le Bissau-Guinéen Mallam Bacai Sanha qui s’est éteint la même année à Paris tout comme le Zambien Levy Mwanassa mort en 2008 à Paris.

Le Nigérian Umaru Yar’Adua, se sentant condamné, est quant à lui rentré d’Arabie saoudite en 2010, juste à temps pour mourir parmi les siens.

Omar Bongo du Gabon (à gauche) et Gnassingbe Eyadema du Togo, décédés respectivement en 2009 et 2005, en dehors de leur pays.

Omar Bongo du Gabon (à gauche) et Gnassingbe Eyadema du Togo, décédés respectivement en 2009 et 2005, en dehors de leur pays. Crédits : AFP

De toute cette liste, les deux cas les plus scandaleux sont ceux du Gabonais Omar Bongo Ondimba et du Togolais Eyadema Gnassingbé. Le premier est mort en 2009 à Barcelone, en Espagne, après avoir dirigé son pays pendant quarante-deux ans sans avoir eu à cœur de bâtir un centre sanitaire dans lequel il rendrait son dernier souffle.

Le second est mort en 2005 dans l’avion qui le transportait de Lomé vers une capitale occidentale après trente-huit ans d’un règne au cours duquel il avait eu les moyens suffisants de doter le Togo d’un centre hospitalier qui lui aurait permis de recevoir les premiers soins avant son évacuation. Cela lui aurait peut-être sauvé la vie !

Plus de dix ans plus tard, les chefs d’Etat africains ne semblent pas avoir tiré les enseignements de l’erreur fatale d’Eyadema Gnassingbé. Hélas, ils continueront donc de mourir hors des frontières nationales.

 

Lemonde.fr par Seidik Abba (Chroniqueur, Le Monde Afrique)

Lutte contre Boko Haram: le président nigérian au Cameroun mercredi

juillet 27, 2015

Abuja – Le président nigérian Muhammadu Buhari se rendra mercredi au Cameroun pour s’entretenir avec son homologue Paul Biya de la lutte contre les insurgés islamistes de Boko Haram, a-t-on appris lundi de source officielle.

Le président Buhari se rendra au Cameroun mercredi. Il aura un entretien avec le président Biya à son arrivée mercredi et la question de Boko Haram sera au centre de leur discussion, a déclaré à l’AFP Femi Adesina, porte-parole de la présidence nigériane.

Cette visite entre dans le cadre des consultations sur l’insurrection de Boko Haram, a-t-il ajouté.

Après son investiture fin mai, le nouveau président nigérian s’était déjà rendu début juin au Niger puis au Tchad.

La visite d’une journée au Cameroun a pour but de construire une alliance régionale forte pour affronter Boko Haram, a déclaré à l’AFP un autre porte-parole présidentiel, Garba Shehu.

Sans donner de détails sur le déploiement de troupes régionales, il a assuré que le déploiement aura bien lieu à la fin du mois.

A l’issue d’une réunion de responsables militaires en juin, le déploiement de la Force d’intervention conjointe multinationale (MNJTF) avait été annnoncé d’ici au 30 juillet.

Cette force régionale, qui aurait dû être opérationnelle en novembre dernier, a son siège à N’Djamena et doit compter 8.700 militaires, policiers et civils, fournis par le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin.

Un nouveau commandant devrait être désigné pour remplacer le général nigérian Tukur Yusuf Buratai, qui a été nommé mi-juillet à la tête de l’armée de terre du Nigeria.

La MNJTF est censée notamment améliorer la coordination entre les pays voisins – Nigeria, Tchad, Niger et Cameroun – qui ont lancé en début d’année une vaste opération militaire contre les islamistes, dont les fiefs sont dans le Nord-Est nigérian.

L’Union européenne a exprimé lundi son soutien aux opérations lancées contre Boko Haram. Le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Nigeria font tous les efforts possibles pour combattre le terrorisme dans la région. L’UE soutient ces initiatives en faveur d’une collaboration bilatérale et régionale pour relever ces défis, déclare l’UE dans un communiqué.

Les insurgés ont subi de lourdes pertes au cours de ces opérations, sans pour autant être neutralisés. Désormais affiliés au groupe jihadiste Etat islamique (EI), ils multiplient les attaques dans les quatre pays riverains du lac Tchad.

Sept personnes ont été tuées depuis dimanche, dont trois décapitées, lors d’attaques des combattants islamistes dans l’Extrême-Nord du Cameroun, en proie depuis plusieurs jours à des attentats-suicides.

De violents combats opposaient lundi l’armée tchadienne aux insurgés de Boko Haram sur des îles du lac Tchad, a-t-on appris de sources concordantes.

M. Buhari sera de retour à Abuja jeudi, ont précisé ses services.

Romandie.com avec(©AFP / 28 juillet 2015 01h32)

Qui dirige vraiment le Cameroun ?

mai 27, 2015

Le chef de l'Etat camerounais, dans son bureau.
Le chef de l’Etat camerounais, dans son bureau. © Denis/REA

Le président règne de loin et supervise de haut, chargeant une poignée de fidèles d’appliquer – voire de déchiffrer – ses directives. Et depuis trente-trois ans, ça marche.

« Paul, sur quel numéro peut-on te joindre au téléphone ? » aurait demandé sur un ton de reproche feu Omar Bongo Ondimba, le défunt président gabonais, à Paul Biya, son insaisissable homologue camerounais.Selon un ancien ministre qui fut témoin de cet aparté, l’intéressé aurait répondu par une pirouette : « Omar, gouverner le Cameroun est si compliqué ! »

Difficile à joindre, souvent absent des grand-messes diplomatiques, Biya, 82 ans, oblige parfois ses collègues de la sous-région à travailler sans lui. Il en a été ainsi le 5 mai : alors qu’un sommet de la Cemac se tenait à Libreville, il a chargé Philémon Yang, son Premier ministre, de le représenter.

À en croire ses détracteurs, l’attitude distante du président camerounais fait obstacle à la coopération régionale dans la lutte contre Boko Haram, alors que son pays est lui-même en guerre contre ce mouvement jihadiste.

De fait, Biya n’a accepté de rencontrer Goodluck Jonathan, le président nigérian sortant, que dans le cadre multilatéral d’un sommet de chefs d’État convoqué par François Hollande… Vu de l’intérieur, ses absences et la rareté de sa parole donnent de lui l’image d’un chef qui certes règne, mais gouverne par à-coups.

L’inertie semble une fatalité. Les conservatismes bloquent toute réforme audacieuse. Les lenteurs administratives plombent le climat des affaires. L’économie ne crée pas assez d’emplois pour intégrer les diplômés au marché du travail.

En dépit des procès à grand spectacle, la corruption est devenue endémique. Et que dire des carences en matière d’infrastructures et d’énergie, ou de l’état des hôpitaux… « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? »

Dans son livre, Le Choix de l’action, Marafa Hamidou Yaya, ex-secrétaire général de la présidence aujourd’hui emprisonné, estime que « la tentative de coup d’État de 1984 puis les émeutes de 1991 et de 2008 ont été vécues par le président Biya et son entourage comme une série de profonds traumatismes qui les ont enfermés dans une obsession unique : ne pas s’exposer, préserver le statu quo en ne prenant aucune initiative ».

Le président peut encore s’investir pleinement dans un dossier, mais seulement s’il l’estime nécessaire. Il en a été ainsi de la libération (dont aucun détail n’a filtré), en avril 2013, de la famille Moulin-Fournier, prise en otage deux mois plus tôt par Boko Haram.

La méthode Biya, nimbée de mystère, tient donc pour une large part à la personnalité de cet homme sans faille psychologique connue, mais « qui dissimule des gouffres intérieurs insondables », comme l’affirme Marafa, qui fut son proche collaborateur pendant deux décennies.

Elle tient aussi au régime qu’il a mis en place à partir de 1982 et dont la nature reste « introuvable », selon François Mattei, l’un de ses biographes. Paré de sa légitimité de politologue et de conseiller spécial du président, Narcisse Mouellé Kombi reconnaît que définir l’ADN de ce régime est un exercice périlleux.

Tout au plus suggère-t-il l’existence d’un « présidentialisme décentralisé »… La réalité est plus prosaïque. Pour éviter de se retrouver en première ligne, le président gouverne, mais en surplomb, dans le souci de préserver son autorité, de sacraliser sa fonction, sans doute avec l’ambition de durer.

Il s’appuie sur un appareil d’État centralisé et omniprésent. Aujourd’hui, à Yaoundé, ceux qui ont accès à son bureau – ou aux salons de la première dame – ont le pouvoir. Mais qui sont ces quelques hommes qui ont pris, par procuration, les commandes de l’avion ?

Jeuneafrique.com par Georges Dougueli