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Cameroun : avec la CAN, Paul Biya a peut-être une chance d’unir le pays

janvier 10, 2022
Le président camerounais et la première dame, Chantal Biya, saluent la foule venue assister au premier match de la CAN dans le stade Paul-Biya d’Olembé, à Yaoundé, le 9 janvier 2022. © REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Après cinquante ans d’absence, la Coupe d’Afrique des nations fait son grand retour au Cameroun. Une occasion de retrouver un semblant d’unité nationale, si tout se passe bien.

Au pouvoir depuis quarante ans, Paul Biya, 88 ans, est connu pour ne pas aimer les apparitions publiques. Il a pourtant occupé brièvement le devant de la scène lors de la cérémonie d’ouverture de la 33e Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui s’est déroulée dimanche 9 janvier. Le cortège du président est en effet entré dans le nouveau stade qui porte son nom pour en longer la piste d’athlétisme, lui-même et la première dame, Chantal Biya, saluant par le toit ouvert. Il a ensuite prononcé un discours de quelques phrases seulement pour lancer officiellement le début du tournoi.

Il y a dix jours, à l’occasion du Nouvel An, Paul Biya avait eu plus à dire, présentant la CAN comme la partie d’un grand plan de développement des infrastructures, avant d’appeler ses « chers Lions indomptables à tout mettre en œuvre pour qu’ils terminent cette fête en beauté le soir du 6 février 2022 ».

Un optimisme qui contrastait toutefois avec le cœur du discours, axé sur la désunion nationale. « Beaucoup de nos compatriotes restent dans les rangs des groupes armés, a-t-il souligné. Ils continuent de se livrer à des activités criminelles, multiplient les attaques à l’aide d’engins explosifs improvisés et les meurtres de civils non armés. Le récent assassinat de trois étudiants et d’un enseignant du lycée bilingue Ekondo Titi est venu s’ajouter à la longue liste de leurs exactions et atrocités. »

L’attentat perpétré dans la région du Sud-Ouest en novembre 2021 est venu rappeler que la crise anglophone, qui dure depuis cinq ans, n’est toujours pas résolue. Si cela n’a pas cette fois privé le Cameroun du statut d’organisateur de la compétition, l’humiliation subie lorsque la Confédération africaine de football (CAF) avait décidé, en 2018, de retirer le tournoi à Yaoundé et de le confier à l’Égypte pour l’édition 2019 reste encore vive. Les retards dans les préparatifs et la crise de l’Ambazonie avaient joué un rôle central.

Entraînements à Buea

Cette année, la politique n’a pas modifié l’itinéraire du groupe F – la Tunisie, le Mali, la Mauritanie et la Gambie –, qui doivent toujours s’entraîner à Buea, la capitale régionale du Sud-Ouest. Par ailleurs, huit matchs seront disputés dans la région côtière de Limbé, où une explosion a été signalée pas plus tard que le 5 janvier et où la sécurité est renforcée. Un tournoi sans incident majeur renforcerait la position officielle des autorités, selon laquelle le pire est passé.

Si le Cameroun se qualifie pour la finale au stade Paul-Biya, situé dans la banlieue de Yaoundé, les détracteurs de cette installation de 300 millions de dollars pourront toujours dénoncer le coût total du tournoi. Environ 700 millions de dollars ont été investis dans les stades et les routes. Mais le succès de l’équipe nationale à domicile tend à noyer la voix de l’opposition. Dimanche dernier, les Lions se sont remis de leur défaite contre le Burkina Faso (0-1) en profitant de deux penalties concédés à la hâte pour s’imposer 2-1.

MES FRÈRES, JE SUIS DE BAMENDA

Le Cameroun n’a pas accueilli le tournoi depuis 1972 – à l’époque, il ne comptait que huit équipes réparties en deux groupes – et possède un formidable bilan à domicile en matière de compétitions. La récente défaite de la Côte d’Ivoire dans la lutte pour la qualification à la Coupe du monde a encore accru les attentes.

En 2017, une jeune équipe de Lions qui ne suscitait guère l’enthousiasme au départ avait battu le Sénégal, le Ghana et l’Égypte, remportant le cinquième titre de champion d’Afrique du pays de manière spectaculaire. Un but tardif de Vincent Aboubakar à Libreville avait scellé un tournoi par ailleurs assez plat. La victoire du Cameroun avait également eu une résonance politique. La semaine suivante, le gardien de but Fabrice Ondoa avait exprimé à la télévision sa solidarité avec la minorité anglophone du pays. « Mes frères, je suis de Bamenda », avait déclaré la star francophone, dédiant cette victoire à la ville anglophone du Nord-Ouest dans une époque de répression continue.

Depuis ce titre, l’équipe n’a en revanche pas progressé de manière significative et a été éliminée en huitième de finale en Égypte lors de sa dernière sortie. L’Algérie, championne en titre, et le Sénégal sont un cran au-dessus en matière de forme .

L’ombre du Covid-19

La plus grande menace planant sur la CAF pourrait bien venir du Covid-19. Le tournoi, qui a vigoureusement résisté aux appels au report, doit maintenant faire face à des problèmes de santé publique, à un régime de tests complexe et, inévitablement, à des absences dans les rangs des joueurs.

Peut-être les risques s’amenuiseront-ils une fois que les équipes entrées dans le pays auront séjourné un certain temps dans leurs bulles respectives. Mais le Sénégal est déjà durement touché, avec neuf joueurs testés positifs – dont Edouard Mendy (Chelsea) et Kalidou Koulibaly (Naples) – quelques jours seulement avant son premier match contre le Zimbabwe, lundi 10 janvier. Le Gabon, le Malawi, la Côte d’Ivoire et la Tunisie ont également vu leur préparation perturbée par de nouveaux cas.

Avec seulement 2,5 % de la population doublement vaccinée, les spectateurs sont contrôlés de près. Selon la CAF, « les supporters ne peuvent entrer dans les stades que s’ils sont complètement vaccinés et s’ils sont en mesure de présenter un résultat négatif au test PCR ne datant pas de plus de 72 heures ou un résultat négatif au test antigénique ne datant pas de plus de 24 heures. » Lors des matchs du Cameroun, la capacité d’accueil est limitée à 80 % pour faciliter la distanciation sociale, et celle de toutes les autres rencontres est plafonnée à 60 %.

Samuel Eto’o, la véritable star du tournoi

Si le nom du chef de l’État figure sur le stade, la figure de proue de cette édition sera sans nul doute le nouveau président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Samuel Eto’o. Le quadruple « footballeur africain de l’année », double vainqueur de la CAN, a misé sa réputation sur le bon déroulement du tournoi et sur une nouvelle ère pour le football national, en difficulté. Il était à l’avant-garde de la résistance au report à la fin de l’année dernière et a lancé un avertissement aux voix européennes qui cherchent à saper la crédibilité de la CAF.

« La fédération que je représente défendra fermement la compétition, a-t-il déclaré. Les matchs de l’Euro se sont déroulés au milieu de la pandémie avec des stades pleins. Pourquoi ne pourrions-nous pas jouer ? » Malgré toutes les questions politiques et les problèmes actuels, il n’y a une fois de plus aucune réponse convaincante à cette question.

Avec Jeune Afrique par Taimour Lay

Cameroun : la CAN aura bien lieu aux dates prévues

décembre 21, 2021
Patrice Motsepe, (centre droit), le président de la CAF, accompagné notamment de Samuel Eto’o (à sa droite), à la sortie de leur entretien avec le président Paul Biya, le 21 décembre 2021. © DR

La CAF n’a pas cédé aux injonctions de report de la FIFA. Après avoir rencontré Paul Biya, ce mardi 21 décembre, Patrice Motsepe, le patron du football africain a confirmé que la Coupe d’Afrique des nations se tiendra bien au Cameroun du 9 janvier au 6 février.

Face aux pressions, la Confédération africaine de football (CAF) a donc tenu bon. En milieu d’après-midi, ce mardi 21 décembre, son patron, Patrice Motsepe, a mis fin à plusieurs jours de suspense et de polémique : la Coupe d’Afrique des nations (CAN) aura bien lieu comme prévu. Les sélections africaines ont rendez-vous du 9 janvier au 6 février au Cameroun.

Lundi soir, en arrivant à Yaoundé, le président de la CAF avait déjà commencé à dévoiler ses intentions après sa visite du stade d’Olembé, où la compétition doit être lancée. « Nous serons tous présents au Cameroun dans quelques semaines. Je suis si fier du travail effectué. », avait-il déclaré. Cette décision a finalement été entérinée 24 heures plus tard, lors de la rencontre entre Paul Biya, le président camerounais et Patrice Motsepe, ce mardi après-midi.

« Je serai là le 7 janvier, et je viens pour regarder du football. Je viens pour, le 9 janvier, voir le match Cameroun-Burkina Faso. » À la sortie de l’audience, alors qu’un journaliste lui demandait si la CAN se tiendrait aux dates prévues, ce dernier l’a affirmé sans ambages : « Autant que je sois concerné, et autant que la CAF est concerné, oui. » Et d’ajouter : « Nous avons parlé d’infrastructures, des installations, et du très bon travail qui a été fait pour s’assurer que nous pourrons accueillir une CAN qui rendra le peuple du Cameroun fier, qui rendra le peuple d’Afrique fier. »

La peur d’Omicron, la colère d’Eto’o

Ces derniers jours, la tenue de la CAN s’est transformée en bras-de-fer entre la CAF et la Fédération internationale de football (FIFA). Gianni Infantino, le président de la FIFA, appuyé par l’Association européenne des clubs, avait sommé les dirigeants du football africain de reporter la CAN. La date de 2023 avait été suggérée, alors même que cette compétition a déjà été reportée. Les clubs européens ont même menacé d’empêcher leurs joueurs évoluant en Europe de se rendre au Cameroun. Officiellement, ils s’inquiètent de la propagation fulgurante du variant Omicron.

ON EST EN TRAIN DE NOUS TRAITER, COMME ON NOUS A TOUJOURS TRAITÉS : NOUS SOMMES DES MOINS QUE RIEN

Sur cet aspect sanitaire, Patrice Motsepe s’est voulu rassurant. « Nous devons identifier les problèmes et les défis. Nous devons aussi avoir confiance dans le fait que nous pouvons les surmonter et y répondre de manière responsable. Personne n’entrera dans un stade sans avoir fait un test PCR. Bien sûr, il y a des inquiétudes sur le fait qu’il y ait beaucoup de faux tests en circulation. Mais nous sommes en train de traiter ce problème », a-t-il souligné. Le Cameroun avait déjà annoncé un durcissement des mesures sanitaires. Tous les spectateurs voulant assister aux matchs devront notamment être vaccinés.

Dans ce feuilleton, la superstar et nouveau président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Samuel Eto’o, est en personne monté au créneau. « Je ne vois pas pourquoi [la CAN] n’aurait pas lieu », a-t-il lâché, interrogé par nos confrères de Canal+ Sport Afrique sur l’éventualité d’un nouveau report. Le ton posé, mais visiblement en colère, l’ancien international de football a affirmé que la Fecafoot « défendra avec la dernière énergie la tenue de cette Coupe d’Afrique des nations ». Et de continuer : « Pourquoi la Coupe d’Afrique des nations ne se jouerait pas ? Donnez-moi une seule raison valable ! Ou alors, on est en train de nous traiter, comme on nous a toujours traités : nous sommes des moins que rien et nous devons toujours subir »

Avec Jeune Afrique

Cameroun : Paul Biya, éternellement président

novembre 10, 2021

Paul Biya

L’octogénaire président camerounais vient de célébrer ses 39 ans au pouvoir. Et les partisans de son parti, le RDPC, évoquent déjà un huitième mandat à l’horizon 2025…

Alors que certains dirigeants pourtant labellisés par des prix Nobel voient leur régime de 23 mois menacé, d’autres coulent des jours heureux, blottis dans un cocon de pouvoir vieux de plusieurs décennies. Ce 6 novembre, Paul Biya, le président camerounais, a ainsi soldé 39 ans sur le trône suprême, après sept ans à la tête du gouvernement sous Amadou Ahidjo.

La célébration n’a pas manqué des deux ingrédients classiques de cet exercice d’anniversaires politiques exceptionnels : les déclarations sirupeuses et les vœux de longévité au pouvoir. Pour le premier des ingrédients, une chanson à la gloire de Paul Biya a été composée et interprétée dans les villes et villages du Cameroun.

Vers un huitième mandat ?

En ce qui concerne les vœux de longévité au pouvoir, c’est Henri Eyebe Ayissi qui était à la manœuvre. À la tête d’une délégation du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, le parti présidentiel), dans le chef-lieu du département de la Lekié, le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières a affirmé que la formation politique souhaitait former un consensus national pour que le chef de l’État brigue un huitième mandat consécutif.

IL AURA 92 ANS EN 2025 ET 99 À L’ISSUE D’UN ÉVENTUEL FUTUR NOUVEAU SEPTENNAT

Le scrutin est pourtant lointain – 2025 – et le président âgé – il aura 92 ans l’année de l’élection et 99 à l’issue d’un éventuel futur nouveau septennat… Mais pour ses partisans, la longévité du régime s’explique par la construction de nombreuses infrastructures éducatives et le maintien de l’unité nationale, ceci malgré la crise séparatiste des régions anglophones et le terrorisme de Boko Haram.

Haut du podium

Du côté des opposants, l’hypothèse de cette candidature fait sourire ou grincer des dents. Certains n’y voient qu’une provocation, Paul Biya n’étant pas réputé pour son ardeur à la tâche, ni même très présent en public. D’autres se souviennent des candidatures surréalistes d’un Mugabe ou d’un Bouteflika et prête au RDPC l’ambition de voir le chef de l’État mourir au pouvoir.

Pour les contempteurs de l’actuel président, et nombre d’observateurs indépendants, « l’indéboulonnabilité » est due au maillage étroit de la quasi-totalité du territoire par le RDPC, à la loyauté de l’armée, à la division chronique de l’opposition et à des fraudes électorales difficiles à démontrer juridiquement, comme l’achat de voix. En 2018, dans ce pays où la limitation des mandats n’existait plus depuis dix ans, c’est avec plus de 80 % des voix que Biya était déclaré vainqueur…

Trente-neuf ans au pouvoir, c’est surtout « 40 – 1 », et la symbolique quarantième année qui débute est placée sous le signe plutôt feel-good d’une Coupe d’Afrique des nations de football. Trente-neuf ans, c’est aussi le haut du podium africain de la longévité à la tête de l’État… moins une place. Seul l’Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, homologue et voisin de Biya, détient un meilleur score, avec 42 ans et trois mois de pouvoir. Et lui n’a « que » 79 ans…

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Cameroun : que va faire le régime de Paul Biya de ses opposants ?

septembre 24, 2021
Maurice Kamto lors d’un meeting à Yaoundé, le 30 septembre 2018.

Un an après la répression des manifestations du 22 septembre 2020, les procédures à l’encontre des militants incarcérés piétinent. Lenteur judiciaire dans une affaire politique houleuse ou volonté de décapiter l’opposition ? La question agite l’opinion.

Étrange anniversaire que celui que les 43 militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) détenus à la prison centrale de Kondengui ont célébré ce 22 septembre. Autour d’un généreux ndolé et d’un gâteau préparés pour l’occasion, quelques cadres du parti sont venus leur apporter un message d’encouragement de Maurice Kamto. Avant que les agents pénitentiaires ne mettent un terme aux « réjouissances ».

Comme ceux de Yaoundé, 124 autres personnes arrêtées en marge des manifestations du 22 septembre 2020 ont commémoré leur douzième mois de détention. Et dans les prisons de Mfou, Bafoussam et Douala, le triste souvenir des évènements de cette folle journée a refait surface.

Entraves à la justice

Il y a un an, des partis d’opposition et des organisations de la société civile avaient appelé à descendre dans les rues pacifiquement pour protester contre la décision du gouvernement d’organiser des élections régionales sans modifier le code électoral, contre la crise anglophone et pour demander davantage de transparence dans la gestion des fonds alloués à l’organisation de la CAN. La réaction des forces de sécurité ne s’était pas faite attendre : elles avaient fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau et arrêté près de 550 sympathisants de partis d’opposition. Parmi eux, Olivier Bibou Nissack et Alain Fogue, deux piliers de la machine politique du MRC.

LEURS AVOCATS DÉNONCENT L’ABSENCE D’INDÉPENDANCE DES JUGES ET UN REFUS MANIFESTE D’APPLIQUER LA LOI

Les personnes interpellées auront connu diverses fortunes devant les tribunaux. La majorité d’entre elles a depuis été libérée, mais 116 ont comparu devant des tribunaux militaires pour répondre de chefs d’accusation liés à leur participation à ces manifestations ou à leur activisme. Et si à Douala et à Bafoussam, l’heure est désormais aux procès, les dossiers des détenus de Yaoundé en sont encore à la phase d’instruction. Par ailleurs, huit autres accusés ont été condamnées par un tribunal civil pour des accusations similaires et purgent actuellement des peines de deux ans de prison.

Pour les avocats de ces opposants réunis au sein du collectif Me Sylvain Souop, ces procédures sont « iniques et inacceptables ». Le 9 septembre dernier, ils ont décidé de déposer leurs robes pour protester contre ce qu’ils qualifient d’entraves à la justice. « Nous ne pouvons nous associer à l’arbitraire et à l’illégalité », s’est justifié Me Hippolyte Meli dans une déclaration publique, évoquant entre autres « l’impossible accès à une justice équitable », « l’absence d’indépendance et d’équité des juges civils ou militaires en charge desdites affaires » et « le refus manifeste d’appliquer la loi ».

Au sein du MRC, beaucoup sont persuadés que l’on cherche à museler le parti. « La justice refuse de dire le droit à cause de la rancœur de ceux qui en ont contre le MRC, explique l’un de ses responsables. Notre parti est solidement implanté et son niveau d’organisation fait peur au régime de Yaoundé, qui utilise des raccourcis antidémocratiques pour essayer de briser son élan. » Notre interlocuteur en veut pour preuve le fait que Maurice Kamto a passé trois mois en résidence surveillée, dans le sillage des mêmes manifestations, sans jamais recevoir la moindre explication.

« Hostilité contre la patrie »

Depuis septembre 2020, les autorités camerounaises ont peu communiqué sur le sort des militants emprisonnés. En décembre dernier, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a insisté sur le caractère « insurrectionnel » des manifestations et indiqué que « les procédures judiciaires engagées contre les meneurs et les organisateurs […] se poursuivront ». « Plusieurs personnes arrêtées dans le cadre de ce mouvement insurrectionnel ont d’ores et déjà été relâchées. D’autres le seront au fur et à mesure de l’évolution des procédures judiciaires et en considération de leur degré d’implication et de la menace qu’ils représentent pour la société », écrivait-il dans un communiqué.

ON PARLE D’INSURRECTION, PAS D’UN PETIT LARCIN DE QUARTIER

Dans les coulisses du pouvoir, on affirme que la justice est indépendante et qu’elle doit faire son travail « avec minutie ». « Il faut savoir que les faits qui sont reprochés à ces individus sont suffisamment graves pour que la justice prenne le temps de bien enquêter dessus. Lorsqu’on parle d’hostilité contre la patrie ou d’insurrection, il ne s’agit pas d’un petit larcin de quartier », explique un cadre d’administration.

Les organisations de défense des droits humains ont, elles, commencé à s’inquiéter de la situation. « Les autorités devraient remettre en liberté, immédiatement et sans conditions, toutes les personnes arrêtées pour avoir exprimé leur point de vue politique ou pour avoir exercé leur droit à la liberté de réunion pacifique, et mettre fin à la campagne de répression contre les manifestants pacifiques et les détracteurs du gouvernement », ont insisté les ONG Amnesty international et Human Rights Watch en marge du premier anniversaire des manifestations du 22 septembre 2020.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute – à Yaoundé

Coronavirus au Cameroun : Paul Biya annonce la libération de certains prisonniers

avril 16, 2020

Paul Biya, le président camerounais.

Paul Biya, le président camerounais. © Lintao Zhang/AP/SIPA

 

Le chef de l’État camerounais a ordonné des commutations et des remises de peines pour certains prisonniers afin de désengorger les prisons qui font face à la menace du Covid-19. Le nombre de détenus concernés par cette décision n’a pas été communiqué.

C’était la revendication de la commission des droits de l’homme de l’ordre des avocats du Cameroun, pour qui seule « une réelle décongestion » des établissements pénitentiaires peut garantir une maîtrise de la situation en cas de présence du coronavirus.

Le 15 avril, le président Paul Biya a finalement annoncé la libération de certains prisonniers. Si le nombre de détenus concernés par ce décret présidentiel n’a pas été communiqué, les détails de son application ont été soigneusement précisés. Les prisonniers de l’opération épervier condamnés pour « détournement » ne sont pas concernés par cette mesure, encore moins ceux arrêtés dans le cadre de la crise anglophone et condamnés entre autres pour « atteinte à la sureté de l’État ».

Les personnes en attente de jugement détenues à titre préventif sont également exclues de la décision présidentielle. Cette catégorie comptait pourtant 18 435 personnes sur les 31 815 prisonniers au Cameroun en 2019, soit 58 % de la population carcérale. Une exclusion que regrettent certains avocats, dont la corporation a été en première ligne des revendications ayant conduit à l’adoption de cette mesure.

1 % de la population carcérale

Depuis Bamenda, l’avocat Fru Njoh exprime une satisfaction relative. « Si le but était de désengorger les prisons de telles sorte d’éviter une hécatombe en cas de contamination de celles-ci, c’est évidemment raté, confie-t-il. Mais nous saluons ce geste qui est avant tout humaniste ».

Dans chacune des 91 prisons que compte le pays, les premières sorties devraient intervenir au courant de cette journée du 16 avril. Selon les spécialistes des droits de l’homme au Cameroun, entre 2 000 et 3 000 personnes devraient ainsi recouvrer la liberté, soit à peine 1 % de la population carcérale totale.

Avec près de 855 cas positifs et 17 décès, le Cameroun reste le deuxième pays d’Afrique subsaharienne le plus touché après l’Afrique du Sud. La menace du Covid-19 a récemment provoqué un vent de panique au sein de la maison d’arrêt de Kondengui à Yaoundé, principale prison du pays. Des dizaines de détenus avaient alors manifesté leurs inquiétudes après la circulation de rumeurs sur la présence de cas infectés au sein du pénitencier.

Avec Jeuneafrique par Franck Foute

Cameroun : Emmanuel Macron calme le jeu avec Paul Biya, après une semaine sous tension

mars 3, 2020

Paul Biya et Emmanuel Macron lors d'un sommet UE/UA, le 29 novembre 2017.

Paul Biya et Emmanuel Macron lors d’un sommet UE/UA, le 29 novembre 2017. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

 

Les présidents français et camerounais « se sont accordés sur la nécessité d’une enquête impartiale » sur les violences commises dans la province du Nord-Ouest, après un échange téléphonique entre les deux chefs d’État, dimanche.

Exit les déclarations controversées d’Emmanuel Macron qui avaient mis le feu aux poudre le 22 février dernier en promettant de mettre « le maximum de pression » sur Paul Biya pour que cessent « des violences au Cameroun qui sont intolérables ». Du coté des autorités françaises, l’heure est visiblement à l’apaisement.

Le communiqué laconique publié par le service de presse de l’Élysée traduit la volonté affichée par la France de faire baisser la tension qui était montée d’un cran dans les relations entre Yaoundé et Paris au cours des sept derniers jours.

Au cours de leur échange téléphonique, Paul Biya et Emmanuel Macron se sont ainsi « accordés sur la nécessité d’une enquête impartiale en réaction aux violences commises contre des populations civiles dans le village de Ngarbuh, dans la province du Nord-Ouest ». Une concession moindre pour Yaoundé qui a récemment prescrit l’ouverture d’une enquête.

Soutien de poids

Plus loin, le même communiqué indique que « les deux présidents ont convenu de rester en contact sur le suivi des initiatives politiques issues du grand dialogue national« , sans jamais évoquer la question des prisonniers politiques ni celles des négociations avec les sécessionnistes, deux tabous pour Yaoundé.

Emmanuel Macron avait pourtant assuré au leader de la Brigade anti-sardinards (BAS) Calibri Calibro, qui l’avait interpellé sur ce sujet, qu’il en parlerait au président camerounais. « Je vais appeler la semaine prochaine le président Paul Biya et on mettra le maximum de pression pour que la situation cesse », avait déclaré le chef de l’État français au sujet du massacre de Ngarbuh.

Le retour aux usages diplomatiques du président français est-il lié à la vive réaction des autorités camerounaises, qui ont usé de tous les moyens pour faire entendre leur mécontentement ? Difficile d’être affirmatif. Le bruit des chants des « jeunes badauds » qui ont battu le pavé devant l’ambassade de France, le 24 février, pour dénoncer les propos d’Emmanuel Macron, sont néanmoins parvenus au sommet de l’État à travers un rapport détaillé, qui, selon nos sources, a été transmis au Quai d’Orsay, le siège de la diplomatie française.

Au vue de la tempérance d’Emmanuel Macron, Yaoundé devrait ainsi conserver un soutien de poids dans l’interminable crise qui l’oppose aux séparatistes anglophones, et gagner encore du temps face aux acteurs internationaux qui souhaitent un dialogue direct avec les leaders de ce mouvement, actuellement incarcérés. Une bouffée d’oxygène, dans un contexte où les violences continuent de faire de nombreuses victimes civiles.

Avec Jeuneafrique par Franck Foute – à Yaoundé

 

Présidentielle au Cameroun: Paul Biya favori, conflit en zone anglophone

octobre 7, 2018

Préparation des urnes avant l’élection présidentielle au Cameroun, le 6 octobre 2018 à Buea / © AFP / MARCO LONGARI

Le Cameroun vote dimanche à une présidentielle à un tour dont Paul Biya, tout-puissant chef de l’Etat depuis 1982 qui brigue un 7e mandat consécutif, est le favori malgré un conflit armé sans précédent dans les régions anglophones.

Quelque 6,5 millions d’électeurs – sur 25 millions d’habitants – sont appelés à voter à partir de 08H00 (07H00 GMT) jusqu’à 18h00 (17H00 GMT) et auront à choisir entre huit candidats.

Parmi eux, le président sortant Paul Biya, qui, invisible physiquement durant la campagne hormis un meeting dans l’Extrême-Nord, a été omniprésent dans les débats et sur les affiches collées par milliers partout dans le pays.

Grâce à un maillage territorial imposant et sans pareil de son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), les soutiens du président-candidat ont sillonné le pays durant la campagne d’une élection qui lui semble acquise.

Mais, à 48 heures du vote, un coup de théâtre a surpris le monde politique camerounais: pour la première fois depuis la présidentielle de 1992, deux opposants de poids ont formé une coalition contre Biya.

Akere Muna, ancien bâtonnier du Cameroun, s’est désisté en faveur de Maurice Kamto, candidat majeur de l’opposition, ancien ministre délégué à la Justice (2004-2011) et transfuge du parti au pouvoir.

Un partisan du président camerounais Paul Biya, candidat à la présidentielle, le 5 octobre 2018 à Yaoundé / © AFP / ALEXIS HUGUET

Deux autres candidats sortent du lot et peuvent espérer un score significatif: Joshua Osih, candidat du Social democratic front (SDF, principal parti d’opposition) malgré une campagne timorée, et Cabral Libii, benjamin de l’élection à 38 ans, qui a fortement mobilisé dans ses meetings.

Cette présidentielle se tient dans un contexte sécuritaire inédit au Cameroun: dans trois des dix régions du pays, l’armée est déployée.

Dans la région de l’Extrême-Nord, d’abord, où les jihadistes de Boko Haram lancent des assauts répétés depuis 2014 sur les populations camerounaises, et dans les régions anglophones de l’ouest du pays.

Dans ces deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la guerre s’est installée depuis fin 2017, après plus d’un an de crise socio-politique qui a lentement dégénéré en conflit armé.

Des centaines de séparatistes armés, regroupés en groupes éparses dans la forêt équatoriale, combattent désormais violemment et quotidiennement l’armée camerounaise.

Cameroun : principaux candidats à la présidentielle / © AFP /

Ils réclament l’indépendance des deux régions anglophones, revendication inacceptable pour Yaoundé qui a répondu par la force, qualifiant les combattants de « terroristes ».

– La « guerre » promise –

De nombreuses exactions ont été commises par les deux camps, dans une escalade permanente de la violence.

Plus de 175 membres des forces de défense et sécurité camerounaises ont été tués ainsi que plus de 400 civils, selon les ONG. Aucun bilan n’est disponible du côté séparatiste.

Jeudi et vendredi, quatre personnes dont un prêtre ont encore été tuées dans des violences dans cette zone anglophone. Tous les jours, des échanges de tirs se font entendre dans les deux capitales régionales, Bamenda et Buea.

Des partisans de Joshua Osih, candidat du SDF à la présidentielle, lors d’un meeting de campagne, le 5 octobre 2018 à Yaoundé, au Cameroun / © AFP / ALEXIS HUGUET

La tenue du scrutin paraît très incertaine dans ces régions où plus de 300.000 personnes ont dû fuir leur domicile.

L’insécurité y a pris le pas sur la campagne: aucun candidat ne s’est rendu à Buea ou à Bamenda, et les coups de feu y ont remplacé les traditionnels avertisseurs de voitures et sonos de meetings.

Vendredi, il y avait « quasiment autant de militaires, policiers et agents de renseignement que de civils » à Buea, en grande partie désertée de ses 100.000 habitants, selon une source proche des services de sécurité.

Les séparatistes ont promis « la guerre » dimanche dans ces deux régions quadrillées par l’armée.

7Vendredi, le camp de M. Kamto a accusé le pouvoir de préparer une « fraude massive » et appelé à des « réactions fermes ».

Le gouvernement a vite réagi: « En tentant d’organiser le chaos, ils risquent d’être désagréablement surpris », a prévenu le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary. Yaoundé « ne tolérera aucun désordre avant, pendant et après l’élection présidentielle ».

Romandie.com avec(©AFP / (07 octobre 2018 07h24

Cameroun: la visite de Biya dans le Sud-Ouest « pas confirmée », arrivée du président de la CAF

octobre 2, 2018

Yaoundé – La visite du président Paul Biya dans le Sud-Ouest anglophone du Cameroun en conflit n’est « pas confirmée », selon une source proche de la présidence à Yaoundé où est arrivé mardi le président de la Confédération africaine de football (CAF), Ahmad Ahmad.

Lundi, une source proche du ministère de la Communication avait annoncé à l’AFP la visite mardi du président Biya dans la capitale de la région du Sud-Ouest, Buea, où se font entendre des coups de feu quotidiennement.

« Il y a des préparatifs en cours, la tribune de la place des fêtes a été réfectionnée », a indiqué mardi matin une source proche des autorités locales de Buea.

Dans les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, les combats entre l’armée et des séparatistes armés sont quotidiens. Ces derniers revendiquent l’indépendance du Cameroun anglophone vis-à-vis de Yaoundé.

Ils ont menacé de s’en prendre à toute personne qui voterait dimanche au scrutin présidentiel à un tour.

Lundi, pour le premier anniversaire de la proclamation symbolique de l’indépendance des régions anglophones, le 1er octobre 2017, un couvre-feu a été mis en place dans la plupart des grandes villes de la zone.

Les rues de Buea et Bamenda, les deux capitales régionales, étaient vides hormis les patrouilles de l’armée, selon des témoins.

Mardi, le président de la Confédération africaine de football (CAF), Ahmad Ahmad, a été reçu par Paul Biya au palais présidentiel à Yaoundé.

Le Cameroun doit accueillir la Coupe d’afrique des Nations (CAN) en 2019, mais des retards dans l’organisation ont soulevé des polémiques sur la capacité du pays à boucler les préparatifs de la compétition en temps et en heure.

« La CAF n’a pas de plan B, la CAF n’a jamais réfléchi à un retrait de la CAN au Cameroun », a déclaré M. Ahmad à sa sortie d’audience avec Paul Biya.

« C’est le Cameroun qui accueille cette compétition, c’est le Cameroun qui pourra nous dire demain +On est prêts+ (ou) +Ah non, donnez nous le temps, on n’est pas prêts+, ça dépend du Cameroun », a-t-il ajouté face à la presse.

Dimanche, neuf candidats – dont Paul Biya – s’affronteront dans les urnes pour briguer la présidence du Cameroun, dans un contexte sécuritaire tendu avec les attaques persistantes des jihadistes de Boko Haram dans le nord du pays, et le conflit armé dans les régions anglophones.

Romandie.com avec(©AFP / 02 octobre 2018 15h47)                                                        

Cameroun: Paul Biya officiellement candidat à la présidentielle

juillet 14, 2018

Paul Biya à Yaoundé, lors du scrutin présidentiel de 2011. © Sunday Alamba/AP/SIPA

 

Le président camerounais Paul Biya, 85 ans dont trente-cinq au pouvoir, a annoncé vendredi sa candidature à un septième mandat pour la présidentielle du 7 octobre prochain.

« Conscient des défis que nous devons, ensemble, relever pour un Cameroun encore plus uni, stable et prospère, j’accepte de répondre favorablement à vos appels pressants. Je serai votre candidat à la prochaine élection présidentielle ». Ce message, posté le 13 juillet sur le compte Twitter du président camerounais, est venu mettre fin au suspense. Paul Biya briguera bien un nouveau mandat lors de la présidentielle du 7 octobre prochain. Depuis plusieurs mois, des soutiens du président le présentaient comme le « candidat naturel » de la majorité.

Cette déclaration fait suite à l’annonce, le 9 juillet par décret, de la date du scrutin présidentiel. La clôture du dépôt des candidatures aura lieu le 19 juillet. La liste définitive sera ensuite officialisée le 8 août.

Parmi les principaux concurrents du président Biya figurent Joshua Osih, candidat du Social democratic front (SDF), Maurice Kamto, du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et l’avocat et ancien vice-président de Transparency International, Akere Muna.

Crise en zone anglophone

Quatre scrutins étaient initialement prévus pour cette année 2018. Après les sénatoriales, largement remportées par le parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le gouvernement devait également organiser les élections législatives et municipales d’ici la fin de l’année. Le 2 juillet, les députés ont voté un projet de prorogation de leur mandat d’un an avant que le président Biya ne décide de reporter, par décret, les municipales.

« La tenue au cours de l’année 2018 des élections présidentielle, législatives et municipales sensiblement aux mêmes périodes rend difficile leur organisation matérielle, à cause du chevauchement des opérations électorales », avait justifié le président camerounais dans une correspondance adressée à la présidence du Parlement.

Mais au-delà d’un calendrier électoral serré, le climat politique actuel au Cameroun complique l’organisation des différentes élections. Le scrutin présidentiel se prépare dans un contexte tendu, avec des tensions à l’Extrême-Nord, toujours sous la menace de Boko Haram, et la crise en zone anglophone où séparatistes armés et forces de défense et de sécurité s’affrontent depuis fin 2017.

Alors que le gouvernement a annoncé fin juin un plan d’urgence humanitaire de 12,7 milliards de francs CFA (près de 20 millions d’euros) pour répondre à la situation dans la région, le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, était jeudi 12 juillet en visite officielle dans le Sud-Ouest anglophone.

Jeuneafrique.com avec par

Cameroun: Paul Biya aurait dépensé 182 millions de dollars en voyages privés

février 22, 2018

biy

Paul Biya, président à vie du Cameroun

 

Alors que le président camerounais Paul Biya déclare gagner 271 dollars par mois, il aurait dépensé plus de 182 millions de dollars en voyages privés sur ces 35 dernières années. C’est ce que dénonce un consortium de journalistes.

Selon une enquête menée par le consortium de journalistes OCCRP, le président camerounais a passé trois fois plus de temps à partir en voyages privés plutôt qu’officiels.

Le salaire mensuel officiel de Biya est modeste avec seulement 271 $, plus les primes, mais il voyage et vit à l’étranger dans le luxe.

Selon le politologue camerounais Achille Mbembe, personne ne sait vraiment ce qu’il fait lors de ses fréquents voyages à Genève, bien que les spéculations varient entre traitements hospitaliers et virées shopping.

Alors que son palais à Yaoundé est considéré comme luxueux, Paul Biya préfèrerait passer une grande partie de ses « voyages privés » dans un hôtel cinq étoiles Intercontinental de Genève, qui offre une piscine et une vue imprenable sur le lac Léman et le Mont Blanc.

Il ne voyage pas seul. Son épouse Chantal, réputée pour ses coiffures extravagantes, l’accompagne dans presque tous les voyages, avec une cour pouvant compter jusqu’à 50 personnes, dont des ministres, des gardes du corps, des majordomes et divers autres membres du personnel.

Selon les calculs des journalistes qui ont mené l’enquête – calculs basés sur les prix des chambres d’hôtel disponibles publiquement et une compilation des voyages – la facture totale du président pour un séjour à l’hôtel Intercontinental s’élève à environ 40 000 $ par jour.

À ce rythme, le coût de tous les voyages privés du président (1.645 jours au total) s’élèverait à environ 65 millions de dollars depuis son arrivée au pouvoir, sans compter la nourriture, les divertissements et la location d’un avion privé.

Voyage en avion affrété n’est pas bon marché. Les factures de 2010, apparemment envoyées par une compagnie appelée CS Aviation au directeur du cabinet civil du président Biya et revues par l’OCCRP, facturent au Cabinet civil près de 855 000 $ pour un aller-retour de 50 passagers de Yaoundé à Genève. D’autres factures montrent qu’en 2013, l’avion a été maintenu en attente pendant deux semaines à un coût quotidien de près de 157 000 $.

À ces taux, le coût des vols de Biya depuis son arrivée au pouvoir pourrait s’élever à au moins 117 millions de dollars.

Selon le Fonds monétaire international, plus de 300 millions de dollars de recettes de la compagnie pétrolière nationale du Cameroun en 2017 n’ont pas été comptabilisés.

Le Président contrôle l’entreprise, dont les ventes de pétrole, selon un mémo diplomatique américain divulgué par WikiLeaks.

Selon Transparency International, le Cameroun est l’un des pays les plus corrompus du monde, se classant au 153e rang sur 180 pays en 2018.

AvecSacer-infos.com