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Crise anglophone au Cameroun : scènes d’émeutes à Buea après le décès d’une écolière

octobre 15, 2021
Un pick-up de l’armée camerounaise à Lysoka, près de Buea, le 7 octobre 2018. © MARCO LONGARI/AFP

La mort d’une fillette de 6 ans, tuée par un gendarme alors qu’elle se rendait à l’école, a entraîné de vives protestations dans la capitale régionale du Sud-Ouest, jeudi 14 octobre. Les habitants soupçonnent une bavure, les autorités tentent de ramener le calme.

La tension est toujours vive à Buea, ce vendredi 15 octobre, au lendemain d’une journée d’émeutes où deux personnes ont été tuées. Tout au long de l’après-midi de jeudi, des coups de feu ont été entendus dans la capitale du Sud-Ouest, une des deux régions anglophones du Cameroun en conflit avec le pouvoir central depuis 2017. Les protestations ont ensuite gagné la ville voisine de Limbe, où des jeunes ont enflammé des tonneaux d’essence pour exprimer leur colère.

Tout a commencé aux alentours de 8 heures du matin, lorsqu’une écolière de six ans a été tuée d’une balle tirée par un gendarme en faction à un check-point. La fillette et sa mère se trouvaient à bord du véhicule familial lorsqu’elles ont été interpellés au lieu dit Buitingi Molyko, derrière le principal stade de la ville. Selon Bernard Okalia Bilai, le gouverneur de la région du Sud-Ouest, le véhicule aurait « refusé d’obtempérer ».

Dans un communiqué rendu public en début de soirée, le porte-parole de l’armée ajoute que « le conducteur a ensuite été rattrapé dans sa fuite », et qu’après les procédures d’identification d’usage, « le ton est inexplicablement monté entre le gendarme et le conducteur ». Il s’en serait suivi un tir de sommation « inadaptée » et « disproportionné » qui a atteint la petite Carolaise Enondialle, la tuant sur le coup.

Gendarme lynché

À Buea, selon la rumeur, le drame serait la conséquence d’une opération de racket qui aurait mal tourné. Des sources locales indiquent que le tir faisait suite au refus de l’automobiliste de s’acquitter d’une somme de 500 francs CFA exigée par le gendarme. Informés de la situation, les habitants des alentours ont entrepris de se faire justice en prenant à partie le gendarme accusé d’avoir ouvert le feu. Ce dernier a été lynché. Conduit à l’hôpital régional de la région, il est décédé en fin d’après-midi du 14 octobre.

« C’est un drame que nous déplorons », a déclaré le gouverneur de la région, qui a également demandé aux populations de garder leur calme, de peur que la colère ne soit « récupérée par les terroristes qui n’attendent que de telles occasions pour créer le désordre ». Alors que les milices sécessionnistes ont promis de s’en prendre aux forces de défense, il a également annoncé que « les auteurs de l’incident, toutes catégories confondues, seront punis conformément à la loi camerounaise ».

« Combien de personnes allez-vous encore tuer ? »

Un message d’apaisement qui n’a visiblement pas été entendu par la foule, laquelle a continué à défiler dans les rues de la ville, ses rangs grossissant tout au long de la journée. L’évêque de Buea, Michael Bibi, qui se trouvait non loin du lieu du drame, a rejoint les manifestations. « Combien de personnes allez-vous encore tuer ? », chantaient les manifestants avant d’être finalement dispersés par les forces de défense qui ont dû faire usage de tirs, créant une ambiance d’émeute dans la ville. Les coups de feu ont été entendus jusque tard dans la nuit.

Carolaise Enondiale a quant à elle été inhumée aux alentours de 18h30, au cimetière de la paroisse Saint Antoine de Padua. Une enquête a été ouverte par les autorités administratives locales et les forces de défense et de sécurité afin de préciser les circonstances du drame et d’en déterminer les responsabilités.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Art africain : vie, mort et résurrection d’un masque bamiléké

octobre 14, 2021
À l’Institut national du patrimoine (INP), Naomie Kuperholc-Duruel, spécialisée dans les tissus, restaure un masque du XVIIIe s. de l’ethnie bamiléké faisant partie des collections du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, à Aubervilliers, le 1er septembre 2021. © Vincent FOURNIER/JA

La restauration de cet objet rituel provenant du Cameroun a été confiée à Naomi Kuperholc-Duruel, une jeune étudiante de l’Institut national du patrimoine. Un travail qui nécessite, au-delà de la technique, de se plonger dans l’histoire de l’œuvre et d’en retracer le parcours migratoire.

Il avait été créé pour danser, mais depuis de nombreuses années, il dormait dans les réserves du musée du quai Branly sous le numéro de matricule 73.1980.7.2. Une rangée de chiffres austères qui ne disent pas grand chose de ce masque tso bamiléké en tissus et végétaux, décoré de perles et représentant un homme-éléphant. Dans son malheur, cet objet cultuel multicolore et anthropomorphe a croisé la route d’une jeune étudiante de l’Institut national du patrimoine (INP), Naomi Kuperholc-Duruel. Dans le cadre de la préparation de son diplôme de restauratrice du patrimoine, cette dernière a choisi de se pencher sur son sort et de lui redonner, dans la mesure du possible, une nouvelle vie.

Restaurateur, ce chirurgien de l’art

Dans l’introduction du mémoire de plus de 200 pages qu’elle lui consacre, elle écrit ainsi : « Le choix de cet artéfact comme sujet de mémoire est aussi motivé par l’envie de continuer l’apprentissage de la conservation-restauration d’objets ethnographiques, que nous avions commencé au cours de nos études et de nos stages. Cela me conforte quant à l’importance de la pluridisciplinarité de notre métier, et me permet d’aborder des notions culturelles et matérielles très souvent éloignées de notre société. » Le débat nécessaire sur la restitution des œuvres d’art pillées pendant la colonisation a occulté nombre d’autres questionnements liés à la mémoire : comment conserve-t-on ? Comment restaure-t-on ? Comment entretient-t-on ?

En France, l’Institut national du patrimoine forme une vingtaine de jeunes au métier de restaurateur, après un concours exigeant (environ 300 candidats par an) et cinq années d’études. Accompagnés par des professionnels, bénéficiant des 45 000 m2 d’ateliers installés à Aubervilliers (banlieue parisienne), ils peuvent se spécialiser dans les différentes disciplines artistiques et devenir, en quelque sorte, des chirurgiens de l’art luttant contre les ravages du temps. « Le restaurateur n’est pas un artiste, précise Marie-Christine Vigutto, chargée de communication à l’INP, il se place derrière l’artiste et va soigner son œuvre avec beaucoup de précaution pour la ramener à quelque chose de visible, au plus près de son aspect originel. »

LA RESTAURATION D’OBJETS ETHNOGRAPHIQUES NOUS PERMET D’ABORDER DES NOTIONS CULTURELLES ET MATÉRIELLES TRÈS SOUVENT ÉLOIGNÉES DE NOTRE SOCIÉTÉ

Spécialisée dans le textile et intéressée par les œuvres composites complexes, Naomi Kuperholc-Duruel a été orientée vers ce masque de danse tso par le musée du quai Branly – Jacques Chirac lui-même. « Nous avons trois masques éléphants, dont un en très mauvais état, confie Hélène Joubert, responsable de l’unité patrimoniale Afrique. Nous n’avons pas de restaurateurs pour chaque spécialité, c’est pour cela que nous sommes en contact avec des restaurateurs indépendants et des étudiants de l’INP. Mais bien entendu, il faut que ce soit une œuvre intéressante à restaurer pour eux. » Naomi Kuperholc-Duruel a eu un véritable « coup de cœur » quand elle l’a découvert pour la première fois. « Il vaut mieux apprécier l’œuvre sur laquelle on va travailler, parce que l’on va passer beaucoup, beaucoup de temps avec elle », explique-t-elle en souriant, dans les ateliers d’Aubervilliers où elle officie.

Face à elle, allongé sur une table comme sur un lit d’hôpital, posé sur des coussins spécialement conçus pour lui, le masque éléphant s’apprête à sortir de convalescence. Les images affichées au mur permettent de prendre conscience du travail accompli : la coiffe a repris sa forme initiale, des trous ont été réparés, des sutures grossières ont été remplacées par des réparations plus discrètes… Mais pour l’oeil du profane, bien des interventions demeurent invisibles : le travail de restaurateur passe par une multitudes d’étapes, longues et minutieuses. Le sommaire du mémoire rédigé par l’étudiante le montre bien, il faut identifier l’œuvre, la replacer dans son contexte historique, sociologique et géographique, la comparer avec d’autres créations du même genre, comprendre son utilisation et la manière dont elle a été réalisée, analyser en détail les matériaux qui la constituent, lister l’ensemble des altérations, déterminer la manière dont chacune d’elle sera traitée ou pas. Une fois l’ensemble des interventions décidées, il faudra se muer en artisan patient capable de recoudre, dépoussiérer, fixer, teindre, consolider, remplacer, sans jamais dénaturer le propos d’un créateur mort depuis des années. Un travail minutieux exigeant patience, précision, détermination et surtout, modestie.

Itinéraire d’une œuvre

C’est ainsi que Naomi Kuperholc-Duruel a retracé l’itinéraire du masque 73.1980.7.2 depuis les Grassfields du Cameroun jusqu’aux caves du musée du quai Branly. Elle a dû pour cela s’immerger dans les traditions bamilékés. Elle explique :  « Le masque 73.1980.7.2 fait partie de la catégorie des masques cagoules, costume des initiés mkem [sociétés secrètes, NDLR]. Ils sont composés de textile sur lesquels sont cousus des matériaux divers (corne, pelage, cheveux humains, coquillages, perles, plumes) afin de former le décor. Les deux masques cagoules les plus connus sont les masques éléphants et les masques yegué. Ces objets sont produits par des gueva [créateurs] spécialisés parmi les plus importants dans leur catégorie car la production de masques rituels est un acte essentiel pour la transmission de la tradition. Ils véhiculent les valeurs magico-religieuses et la conscience collective des Bamilékés. […] Les masques que portent les membres des mkem prennent des formes spécifiques qui illustrent la vie de leur porteur. C’est pour cela que la plupart du temps, ils ont soit la forme soit les attributs d’un animal, très souvent le pi [double animal] du détenteur, puissant de préférence, car synonyme de force, de pouvoir et de courage. »

Dans ce cas, l’éléphant, appelé « so », symbolise la royauté et la richesse. Le masque représente la trompe de l’animal, sa tête et ses oreilles, le tout agrémenté d’une figure humaine avec le nez, la bouche, les yeux. Les mkem rattachées aux masques éléphants sont « les sociétés Aka et Kuosi qui incluent tout l’entourage du fo [roi] – famille et serviteurs –, les notables (kam) et les individus les plus riches du gung ». Il est porté pour deux danses spécifiques, la danse du tso et celle du nzen qui ont lieu en des occasions bien particulières­ : enterrement du fo, fin de la moisson, rites bisannuels du ké [force spirituelle]…

LA QUESTION DES RESTITUTIONS EST FONDAMENTALE POUR MOI, MAIS ELLE CONCERNE SURTOUT L’INSTITUTION. CE QUI M’IMPORTE AVANT TOUT, C’EST LA CONSERVATION DE L’OBJET

Avant de prendre en main ce masque, désormais bien éloigné de ses racines originelles, Naomi Kuperholc-Duruel a précisé ne pas vouloir travailler sur une œuvre qui ferait l’objet d’un litige. « La question des restitutions est fondamentale pour moi, mais elle concerne surtout l’institution. Ce qui m’importe avant tout, c’est la conservation de l’objet. Je fais mon travail comme s’il s’agissait de n’importe quel artéfact. »

L’histoire de ce masque éléphant Mbap Mten ne prête pas vraiment à controverse : sans doute constitué de deux parties créées à des époques différentes – la trompe serait précoloniale, la coiffe postcoloniale, en raison de la présence de perles vert foncé – il a été acheté à Foumbam, dans les années 1970, par Alain Dufour, actuel directeur de la galerie Afrique ; Alain Dufour, qui l’a rapporté en France. Il a ensuite été exposé par la galerie Bernard, à Ramatuelle (Sud de la France) avec tout un ensemble de masques éléphants. Il aurait dû ensuite rejoindre Heidelberg, en République fédérale allemande, où la galerie l’envoyait. Bloqué en douane le 19 novembre 1980, il a attiré l’attention du directeur du Musée national des arts d’Afrique et d’Océanie (MNAAO), qui s’est déplacé en personne pour jeter un œil à un ensemble de 177 pièces provenant de la chefferie Bandjoun. Avec quatre autres objets, le masque a été retenu, sur des critères d’ancienneté, et acheté par l’État français pour 1 250 francs. Les collections du MNAAO ont ensuite rejoint celle du quai Branly à sa création. Ainsi est mort le masque éléphant, jusqu’à ce que les doigts et la patience de Naomi Kuperholc-Duruel le ressuscitent.

Exposition hors les murs

Son mémoire détaille l’étude technique des matériaux, l’état de conservation général, l’ensemble des altérations subies et, bien entendu, l’ensemble des interventions de restauration et de conservation effectuées. « C’est un travail que l’on effectue avec l’idée d’exposer un jour l’objet : on le traite dans sa globalité en gardant cet objectif en tête, dit-elle. Il faut retrouver sa forme initiale, sans inventer bien entendu, et stopper sa dégradation. » Dans ce cas précis, l’étudiante s’est concentrée sur la coiffe et les oreilles. Elle a retiré la cage métallique et la mousse de polyuréthane qui avaient été utilisées pour rembourrer la coiffe et lui a redonné une forme plus proche de celle qu’elle avait à l’origine, avec des matériaux pérennes. Elle a remplacé des raccommodages qui tiraient sur le textile et créaient des tensions sur l’objet. Elle a aussi recouvert un morceau de feutre rouge postérieur à sa création, mais sans le remplacer afin de conserver une trace de son histoire.

Tout ce travail de restauration a exigé un équilibre entre respect des intentions de l’artiste et interventions indispensables. « J’ai aussi dépoussiéré les perles, explique-t-elle. Il est possible d’effectuer un décrassage complet, mais le musée du quai Branly n’y est pas favorable, préférant montrer une valeur d’usage. » Pour un masque utilisé lors de danses, le 73.1980.7.2. n’était pas en si mauvais état que cela… Bien sûr, malgré les soins reçus, il ne dansera plus. Mais Naomi Kuperholc-Duruel a imaginé un astucieux système de présentation à base d’aimant qui permettra de le présenter au public. Cette renaissance aura lieu au musée national de Mexico, dans le cadre d’une exposition hors les murs du musée du quai Branly.

Avec Jeune Afrique par Nicolas Michel

Cameroun : qui arme les combattants ambazoniens ?

octobre 2, 2021
Des soldats du Bataillon d’intervention rapide à Bamenda, en novembre 2017, après une attaque attribuée aux séparatistes © Soldiers from the Rapid Intervention Battalion (BIR) secure a ceremony honouring four soldiers killed in the violence that erupted in the Northwest and Southwest Regions of Cameroon, where most of the country’s English-speaking minority live, on November 17, 2017 in Bamenda. – Four soldiers were killed this month in less than a week, in attacks attributed to secessionist « terrorists ». © AFP

Dans les provinces anglophones, les « Ambaboys » sont de mieux en mieux équipés. Yaoundé soupçonne les sécessionnistes biafrais, actifs au Nigeria, de leur apporter un soutien logistique.

Pouvait-il en être autrement ? Aux premières semaines de la crise, plusieurs voix s’étaient élevées à Yaoundé, jurant que la revendication séparatiste ne durerait pas dans les provinces anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. C’était à la fin de l’année 2016. Presque cinq années ont passé et les Ambazoniens continuent de faire mentir ceux qui prédisaient leur éradication rapide en tenant tête, mois après mois, aux forces de défense camerounaises.

Ces dernières semaines, le conflit s’est encore durci. En cause : les engins explosifs improvisés (EEI) de plus en plus puissants qu’utilisent désormais les combattants séparatistes – des engins capables de détruire les blindés utilisés par les militaires sur le terrain.

Lance-roquettes et AK-47

Dernier exemple en date, l’embuscade meurtrière dans laquelle des soldats sont tombés le 16 septembre dans le département du Ngok-Etundja (Nord-Ouest). Quinze d’entre eux ont péri et trois véhicules ont été détruits au cours de ce qui est à ce jour l’une des attaques les plus sanglantes perpétrées dans la zone. Selon le porte-parole de l’armée camerounaise, Cyrille Atonfack Nguemo, les militaires étaient en mission de reconnaissance lorsqu’ils sont tombés dans un guet-apens.

LES SÉPARATISTES ONT CHANGÉ LEUR MODE OPÉRATOIRE ET SONT PARVENUS À AUGMENTER LEUR CAPACITÉ DE NUISANCE

Dans une vidéo enregistrée quelques minutes après l’attaque et diffusée sur les réseaux sociaux, on a pu voir de jeunes combattant séparatistes lourdement armés, se réclamant d’une faction dirigée par un certain « No Pity », parader devant les corps des victimes. Quelques jours plus tard, Cyrille Atonfack Nguemo a fait mention dans un communiqué radio-diffusé « d’un engin explosif improvisé et d’un lance-roquettes antichar » avec lesquels « les insurgés ont immobilisé les véhicules des forces de défense avant d’ouvrir un feu nourri sur ces derniers ». Il s’est aussi inquiété de « l’usage de nouveaux armements, qui consacrent indubitablement un changement de paradigme dans les opérations en cours ».

De fait, la question de l’approvisionnement des milices en armes fait l’objet d’une attention accrue de la part des autorités camerounaises. Au fil des mois, les séparatistes ont changé leur mode opératoire et sont parvenus à augmenter leur capacité de nuisance. Désavantagés numériquement et matériellement à leurs débuts, les combattants issus des villages de ces régions montagneuses ont renoncé aux offensives frontales, qui tournaient rarement à leur avantage, pour multiplier les attaques éclair, les embuscades et les raids. Une tactique de harcèlement et d’usure parfaitement assumée, dont l’objectif a été officialisé par Lucas Ayaba Cho, à la tête de l’une des factions engagées dans ce conflit. « La République [du Cameroun] tire 60 % de son PIB de l’Ambazonie, a-t-il écrit sur son compte Facebook. Nous ferons en sorte que ce qu’ils y dépensent pour la guerre soit supérieur à ce qu’ils en tirent. »

La piste nigériane

Les groupes armés disposent désormais de tenues de combat, d’AK-47 et d’autres pièces d’artillerie légères, souvent dérobées aux forces de défense camerounaises, si bien qu’il est parfois difficile de distinguer les Ambaboys des militaires. Selon Cyrille Atonfack Nguemo, les services secrets ont aussi « établi avec certitude que la montée en puissance de ces groupes terroristes, de par l’armement de gros calibre dont ils disposent, découle en grande partie de leur jonction avec d’autres entités terroristes opérant hors des frontières ».

Fin août, Yaoundé a dépêché à Abuja son ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, afin d’en discuter avec les autorités nigérianes, preuve que la piste est prise très au sérieux par le gouvernement camerounais, souvent prompt à soupçonner son grand voisin.

Cette défiance est ancienne et remonte au début des années 1980. À l’époque, Paul Biya vient tout juste d’échapper à une tentative de coup de d’État et il goûte peu de voir son homologue nigérian s’offusquer de la purge lancée contre ses cousins peuls dans l’armée et accorder l’asile à plusieurs personnes soupçonnées d’être directement impliquées dans la tentative de putsch.

Au milieu des années 1990 et pendant plus d’une dizaine d’années, c’est la querelle autour de la presqu’île de Bakassi qui vient de nouveau alimenter la suspicion entre les deux voisins. Et lorsque le différend frontalier sera résolu, ce sera autour de la lutte contre Boko Haram que les deux pays exprimeront leurs dissensions. Au fil des années, le gouvernement camerounais a d’ailleurs plusieurs fois tenté de fédérer derrière lui contre cet « ennemi de l’extérieur ».

Paranoïa ?

Cette fois-ci, Abuja fait mine de jouer la carte de la collaboration. Les autorités nigérianes ont d’ailleurs annoncé avoir mis la main sur un certain Ntui Lambert, un Camerouno-nigérian de 36 ans qui était en possession d’armes, de munitions et de 58 dynamites destinées à la fabrication d’EEI. Selon nos informations, aucun lien n’a été formellement établi entre Ntui Lambert et le mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (IPOB), qui est régulièrement accusé d’être le principal soutien logistique des séparatistes anglophones. Il leur fournirait des armes et les formerait, notamment à la fabrication d’explosifs.

YAOUNDÉ POINTE UN DOIGT ACCUSATEUR VERS LE MOUVEMENT INDÉPENDANTISTE PRO-BIAFRA

Les autorités camerounaises font-elles preuve de paranoïa lorsqu’elles pointent un doigt accusateur vers le principal groupe sécessionniste nigérian ? « L’approvisionnement des groupes séparatiste est multiforme, souligne un observateur local. La proximité entre le Cameroun et le Nigeria entraine forcément des échanges, mais ils ne peuvent constituer les seuls réseaux [d’approvisionnement] des groupes séparatistes. »

En avril dernier, Lucas Ayaba Cho a certes annoncé une alliance avec l’IPOB, dirigée par Nnamdi Kanu. Mais ce dernier ayant été arrêté et placé en détention au Nigeria, où il est notamment poursuivi pour trahison et terrorisme, la collaboration entre les deux factions ne s’est pas concrétisée.

Face à cette réorganisation stratégique et aux divers revers encaissés, l’armée camerounaise a entrepris de renforcer sa présence dans la région. Lors d’une réunion de crise organisée le 22 septembre dernier, le ministre chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, a annoncé que des « réajustements et actions appropriés [seraient] déployés ». Quelques jours plus tard, des chars d’assaut susceptibles de mieux résister aux EEI faisaient leur apparition sur le théâtre des opérations. Selon des sources internes, les effectifs sur le terrain auraient également été renforcés.

Une solution qui trouve un écho plutôt défavorable au sein de l’opinion nationale et internationale, où l’on continue d’appeler à une solution pacifique et à des négociations entre les belligérants.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Rwanda, Cameroun, Nigeria… S’unir ou périr

septembre 30, 2021
Commémoration du génocide des Tutsi, à Kigali, en avril 2019 © Ben Curtis/AP/SIPA

Vingt-sept ans après le génocide, Kigali créé un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. Preuve qu’au Rwanda comme au Cameroun, au Nigeria ou en Éthiopie, les rancœurs du passé menacent toujours la cohésion sociale.

Il y a quelque chose d’étonnant avec le Rwanda. Il s’y passe toujours quelque chose. Ce pays est souvent, pour le meilleur ou le pire, à la une de l’actualité. Pourtant, vu de l’intérieur, on a le sentiment que l’essentiel passe au travers des radars médiatiques. Récemment, par exemple, le gouvernement a annoncé la création d’un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. L’information a été relativement peu commentée à l’extérieur du pays. Il est vrai que le décès de la star locale du rap « Jay Polly » à la même période dans un hôpital de Kigali, où il avait été conduit en urgence alors qu’il était détenu depuis plusieurs mois dans un établissement pénitentiaire, constituait, pour les pourfendeurs du pouvoir rwandais, une occasion de tirer une nouvelle fois à boulets rouges sur un régime qui provoque chez certains une aversion irrationnelle.

Pourtant, la question de l’unité nationale est centrale dans le projet de transformation du Rwanda. Elle a occupé l’esprit des architectes de sa renaissance après le génocide perpétré contre les Tutsi. Les fameuses « discussions du village Urugwiro » qui, entre mai 1998 et mars 1999, réunirent toutes les forces vives d’une nation pas totalement pacifiée pour plancher sur les fondements de la reconstruction, identifièrent « l’unité nationale » comme l’un des socles du nouveau Rwanda. La nouvelle Constitution consacra « l’unité » comme l’un des « piliers du développement ».

Comment « faire nation » ?

L’impératif de l’unité répondait évidemment à l’histoire récente : l’instrumentalisation politique des divisions avait conduit le pays au bord de l’anéantissement. L’enjeu, sur le papier, était simple : s’unir ou périr. Dans les faits, c’était une autre histoire : comment « faire nation » avec des compatriotes dont une partie avait été actrice du génocide ? Comment faire émerger une communauté de destin dans un pays qui, depuis son indépendance, s’était précisément bâti sur l’idée de destins irréconciliables ?

Les fondateurs du nouveau Rwanda avaient visiblement conscience de la difficulté du problème. Mais ils estimaient que le pays bénéficiait d’atouts spécifiques qui, naturellement, favoriseraient l’œuvre d’unification : une langue unique, des coutumes communes, etc. Or, la présence de ces facteurs n’avait pas empêché la désintégration du pays. Dans sa fameuse conférence sur la nation, Ernest Renan rappelle à juste titre que si « la langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. Les États-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation… Il y a quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté ».À LIREPaul Kagame : « Le jour où j’ai fui le Rwanda pour échapper aux génocidaires »

Puisqu’il est question de « volonté », difficile de dire que les nouvelles autorités en ont manqué dans leur objectif de réconciliation du peuple rwandais après la tragédie de 1994 : des actes de vengeance de militaires issus des rangs de l’armée du FPR ont été sanctionnés ; la mention ethnique sur les cartes d’identité a été abolie, des officiers issus de l’armée du régime génocidaire ont été intégrés à la nouvelle force, des anciens miliciens Interahamwe réfugiés dans les forêts congolaises ont été réadmis dans la société, etc.

LA RÉCONCILIATION N’A PAS EMPÊCHÉ LE DÉVELOPPEMENT D’UN NÉGATIONNISME VIRULENT

Et pourtant, d’une certaine manière, la création même d’un ministère consacré à l’unité nationale, vingt-sept ans après le génocide, témoigne de ce que les efforts entrepris depuis presque trois décennies ont été insuffisants. La réconciliation par la réforme du système politique n’a pas empêché le développement d’un négationnisme virulent. Mais qui aurait pu imaginer à l’époque qu’un génocide dont toutes les preuves existent aurait pu être relativisé, contextualisé, nié ? On peut penser que dans l’esprit des cadres du Front patriotique rwandais [FPR], la question de la réconciliation des mémoires historiques ne se posait pas : le génocide contre les Tutsi était une réalité objective. Mais dès lors que, contre toute attente, des mémoires s’affrontent autour de la place et du sens de cet évènement fondamental, sur quelles bases fonder « l’unité nationale » ? Dans quelle mesure l’unité peut-elle être accomplie sans un récit historique partagé ?

Le lourd prix de l’unité

Cette question va bien au-delà du Rwanda. Au Cameroun, par exemple, la question historique est revenue au cœur du débat national avec la résurgence de « la crise anglophone ». Là aussi, l’un des enjeux est celui du récit national – et donc de l’unité du pays : peut-il y avoir cohésion nationale sans mémoire historique nationale ? Quel contrat social dans un climat de rancœurs historiques ? Au Nigeria, la parenthèse ouverte par la guerre du Biafra n’a jamais été refermée ; l’héritage de cette tragédie pose toujours la question de l’unité du pays, d’autant plus que, entre-temps, d’autres considérations politico-historiques ont conduit à l’émergence de revendications sécessionnistes dans diverses autres régions du territoire. Et que dire de l’Éthiopie, dont une terrible guerre civile menace la survie ?

Constituer une nation est difficile. Le prix de « l’unité » est souvent lourd. C’est peut-être la raison pour laquelle les gouvernements confrontés à des problèmes de cohésion nationale choisissent soit de fermer les yeux, soit d’instrumentaliser les divisions – souvent pour le pire. En raison de son histoire, le Rwanda n’a pas d’autre choix que celui d’affronter le problème, puis d’y apporter une solution – et peut-être, comme dans d’autres domaines, d’inspirer le continent.

Yann Gwet

avec Jeune Afrique par Yann Gwet

Essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Rwanda.

Cameroun : décès d’Ibrahim Mbombo Njoya, roi des Bamouns

septembre 27, 2021
Ibrahim Mbombo Njoya

Le sultan s’est éteint ce lundi 27 septembre. Il avait contracté le Covid-19 et avait dû être évacué vers la France, où il avait été hospitalisé. À 83 ans, il demeurait l’une des personnalités les plus influentes du pays.

C’est la fin d’une ère pour les Bamouns, ce peuple installé depuis sept siècles dans les montagnes de l’ouest du Cameroun. Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, 83 ans, est décédé ce lundi, au petit matin, à l’Hôpital américain de Paris. Dix-neuvième sultan des Bamouns, il y avait été admis à la mi-septembre, après avoir contracté le Covid-19.

Né le 27 octobre 1937 à Foumban, Ibrahim Mbombo Njoya en était devenu le sultan le 10 aout 1992, remplaçant à ce poste son père, Seidou Njimouluh Njoya. Diplômé de l’Institut d’études administratives de Dakar, il avait intégré l’administration camerounaise en 1958, soit deux ans avant l’indépendance, en tant que secrétaire du haut-commissaire de la République française au Cameroun. Le début d’une longue carrière publique, au cours de laquelle il aura occupé à sept reprises des fonctions ministérielles et à deux reprises celles d’ambassadeur.

D’Ahmadou Ahidjo à Paul Biya

En 1992, Ibrahim Mbombo Njoya avait mis un terme à sa carrière administrative à la faveur de son intronisation, mais il n’avait pas renoncé à la politique. D’abord membre haut placé de l’Union nationale du Cameroun (UNC) d’Ahmadou Ahidjo, il avait ensuite rejoint, dès sa création en 1985, le comité central et le bureau politique du Rassemblement démocratique du peuple du Cameroun (RDPC, au pouvoir).

Les 29 années de son règne auront été relativement calmes, mais son parcours politique aura été émaillé de rudes batailles, et ce dès l’avènement du multipartisme. La plus féroce d’entre elles l’a opposé à son cousin, Adamou Ndam Njoya, fondateur de l’Union démocratique du Cameroun (UDC, opposition) : tous deux se battront pour Foumban lors des élections municipales de 1996 et le sultan sera sèchement battu dans son propre royaume. L’opposition entre les deux hommes demeurera vive jusqu’au décès d’Adamou Ndam Njoya, en mars 2020. 

Ce revers n’a pas empêché Ibrahim Mbombo Njoya et le président Paul Biya d’être proches, le sultan des Bamouns étant considéré comme l’un des hommes les plus influents de la République. En 2013, il fut même pressenti pour occuper la présidence du Sénat, ce qui aurait fait de lui la deuxième personnalité du pays. Mais Paul Biya en décida finalement autrement, lui préférant Marcel Niat Njifenji, originaire de l’Ouest bamileke.

Une bataille pour la succession de Mbombo Njoya devrait maintenant s’ouvrir. Monogame pendant la trentaine d’années qui a précédé son accession au trône, le sultan des Bamoun laisse neuf veuves ainsi qu’une trentaine d’enfants. Or selon la tradition bamoun, ne peuvent prétendre au trône que ceux qui sont nés durant son règne. Dans la querelle qui se profile, nul doute que sa dernière épouse, l’influente africaine-américaine Kadidj Jennifer James Mbombo Njoya, devrait jouer les arbitres.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Cameroun : que va faire le régime de Paul Biya de ses opposants ?

septembre 24, 2021
Maurice Kamto lors d’un meeting à Yaoundé, le 30 septembre 2018.

Un an après la répression des manifestations du 22 septembre 2020, les procédures à l’encontre des militants incarcérés piétinent. Lenteur judiciaire dans une affaire politique houleuse ou volonté de décapiter l’opposition ? La question agite l’opinion.

Étrange anniversaire que celui que les 43 militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) détenus à la prison centrale de Kondengui ont célébré ce 22 septembre. Autour d’un généreux ndolé et d’un gâteau préparés pour l’occasion, quelques cadres du parti sont venus leur apporter un message d’encouragement de Maurice Kamto. Avant que les agents pénitentiaires ne mettent un terme aux « réjouissances ».

Comme ceux de Yaoundé, 124 autres personnes arrêtées en marge des manifestations du 22 septembre 2020 ont commémoré leur douzième mois de détention. Et dans les prisons de Mfou, Bafoussam et Douala, le triste souvenir des évènements de cette folle journée a refait surface.

Entraves à la justice

Il y a un an, des partis d’opposition et des organisations de la société civile avaient appelé à descendre dans les rues pacifiquement pour protester contre la décision du gouvernement d’organiser des élections régionales sans modifier le code électoral, contre la crise anglophone et pour demander davantage de transparence dans la gestion des fonds alloués à l’organisation de la CAN. La réaction des forces de sécurité ne s’était pas faite attendre : elles avaient fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau et arrêté près de 550 sympathisants de partis d’opposition. Parmi eux, Olivier Bibou Nissack et Alain Fogue, deux piliers de la machine politique du MRC.

LEURS AVOCATS DÉNONCENT L’ABSENCE D’INDÉPENDANCE DES JUGES ET UN REFUS MANIFESTE D’APPLIQUER LA LOI

Les personnes interpellées auront connu diverses fortunes devant les tribunaux. La majorité d’entre elles a depuis été libérée, mais 116 ont comparu devant des tribunaux militaires pour répondre de chefs d’accusation liés à leur participation à ces manifestations ou à leur activisme. Et si à Douala et à Bafoussam, l’heure est désormais aux procès, les dossiers des détenus de Yaoundé en sont encore à la phase d’instruction. Par ailleurs, huit autres accusés ont été condamnées par un tribunal civil pour des accusations similaires et purgent actuellement des peines de deux ans de prison.

Pour les avocats de ces opposants réunis au sein du collectif Me Sylvain Souop, ces procédures sont « iniques et inacceptables ». Le 9 septembre dernier, ils ont décidé de déposer leurs robes pour protester contre ce qu’ils qualifient d’entraves à la justice. « Nous ne pouvons nous associer à l’arbitraire et à l’illégalité », s’est justifié Me Hippolyte Meli dans une déclaration publique, évoquant entre autres « l’impossible accès à une justice équitable », « l’absence d’indépendance et d’équité des juges civils ou militaires en charge desdites affaires » et « le refus manifeste d’appliquer la loi ».

Au sein du MRC, beaucoup sont persuadés que l’on cherche à museler le parti. « La justice refuse de dire le droit à cause de la rancœur de ceux qui en ont contre le MRC, explique l’un de ses responsables. Notre parti est solidement implanté et son niveau d’organisation fait peur au régime de Yaoundé, qui utilise des raccourcis antidémocratiques pour essayer de briser son élan. » Notre interlocuteur en veut pour preuve le fait que Maurice Kamto a passé trois mois en résidence surveillée, dans le sillage des mêmes manifestations, sans jamais recevoir la moindre explication.

« Hostilité contre la patrie »

Depuis septembre 2020, les autorités camerounaises ont peu communiqué sur le sort des militants emprisonnés. En décembre dernier, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a insisté sur le caractère « insurrectionnel » des manifestations et indiqué que « les procédures judiciaires engagées contre les meneurs et les organisateurs […] se poursuivront ». « Plusieurs personnes arrêtées dans le cadre de ce mouvement insurrectionnel ont d’ores et déjà été relâchées. D’autres le seront au fur et à mesure de l’évolution des procédures judiciaires et en considération de leur degré d’implication et de la menace qu’ils représentent pour la société », écrivait-il dans un communiqué.

ON PARLE D’INSURRECTION, PAS D’UN PETIT LARCIN DE QUARTIER

Dans les coulisses du pouvoir, on affirme que la justice est indépendante et qu’elle doit faire son travail « avec minutie ». « Il faut savoir que les faits qui sont reprochés à ces individus sont suffisamment graves pour que la justice prenne le temps de bien enquêter dessus. Lorsqu’on parle d’hostilité contre la patrie ou d’insurrection, il ne s’agit pas d’un petit larcin de quartier », explique un cadre d’administration.

Les organisations de défense des droits humains ont, elles, commencé à s’inquiéter de la situation. « Les autorités devraient remettre en liberté, immédiatement et sans conditions, toutes les personnes arrêtées pour avoir exprimé leur point de vue politique ou pour avoir exercé leur droit à la liberté de réunion pacifique, et mettre fin à la campagne de répression contre les manifestants pacifiques et les détracteurs du gouvernement », ont insisté les ONG Amnesty international et Human Rights Watch en marge du premier anniversaire des manifestations du 22 septembre 2020.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute – à Yaoundé

Gabon-Cameroun : Casimir Oyé Mba et Ibrahim Mbombo Njoya, roi des Bamouns, atteints du Covid

septembre 14, 2021

Casimir Oyé Mba et le Roi des Bamouns, Ibrahim Mbombo Njoya

L’ancien Premier ministre gabonais a déjà rejoint Paris, tandis que l’influent sultan est en attente d’évacuation. 

Selon nos informations, Casimir Oyé Mba a été évacué le 11 septembre vers l’hôpital Paris Saint-Joseph, après une semaine d’hospitalisation à la polyclinique Chambrier de Libreville. Le vice-président de l’Union nationale (UN, opposition) lutte contre une forme sévère de Covid-19.

Diagnostic

Cet ancien gouverneur de la BEAC et ancien Premier ministre du Gabon était favorable à la vaccination, mais refusait de se faire inoculer les vaccins russe ou chinois, proposés au Gabon mais non homologués par l’Union européenne (UE).

Également atteint du Covid-19, le sultan Ibrahim Mbombo Njoya, roi des Bamouns, est en attente d’évacuation sanitaire en Europe. Le diagnostic est tombé en fin de semaine dernière pour l’ancien ministre de la Jeunesse et des sports. Ce membre du bureau politique du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) est aussi le père de Seidou Mbombo Njoya, le président de la Fédération camerounaise de football.

Le ministre des Finances camerounais, Louis Paul Motaze, lui aussi touché par le Covid, est toujours hospitalisé en Suisse. Son état est jugé stable.

Par Jeune Afrique

Incroyable, il neige au Cameroun, la joie des populations du Haut-Nkam dans la neige

septembre 11, 2021

Avec INFOS RAPIDE

France: Amobé Mévégué, ancien présentateur de TV5MONDE, est mort

septembre 8, 2021

Amobé Mévégué présentait le magazine Africanités sur TV5MONDE

Amobé Mévégué présentait le magazine Africanités sur TV5MONDE©

Le journaliste, animateur et producteur Amobé Mévégué est décédé ce mercredi 8 septembre à l’âge de 52 ans. Il avait présenté le magazine Africanités sur TV5MONDE. Amobé était aussi chroniqueur pour 300 millions de critiques. Il était le fondateur de la chaîne UBIZNEWS TV. Il laisse aujourd’hui un grand vide dans le monde audiovisuel. Ses confrères louent son humanisme et son professionalisme.

« C’est avec une grande tristesse que nous vous annonçons qu’Amobé est parti rejoindre ses ancêtres. Il laisse derrière lui un grand vide ». Sur le compte Facebook du journaliste et producteur Amobé Mevegue, le message est humble. La perte, elle, est grande. Célèbre animateur et producteur de radio et de télévision, il a co-présenté le magazine « Africanités » sur TV5MONDE. Il était également chroniqueur sur « 300 millions de critiques » sur TV5MONDE, avant de rejoindre le plateau de France 24.

En 2012, il avait également fondé la chaîne UBIZNEWS TV diffusée dans 40 pays africains. Ce mercredi 8 septembre, il est décédé à l’âge de 52 ans.

Né au Cameroun en 1968, Amobe Mévégué arrive en France à l’âge de 5 ans. Là, il étudiera la communication et le cinéma avant de se lancer dans une formation au Conservatoire libre du cinéma français de Paris. Cet ancien élève du Conservatoire libre du cinéma français, dont il est sorti diplômé en 1994 après avoir effectué une licence d’études cinématographiques, est une figure connue du monde de la culture et du show-business de la diaspora africaine de France. Erudit de culture, grand passionné du septième art, il a fait vivre de sa gouaille et de son professionnalisme de nombreux médias : RFI, France Ô, TV5MONDE, France 24 et bien d’autres …

Des centaines d’artistes ont répondu à ses questions, comme le sénégalais Youssou NDour qui évoque sa disparition avec émotion.

Ce mercredi 8 septembre, dans les couloirs de la rédaction de TV5MONDE, l’annonce de sa disparition laisse sans voix. Pour beaucoup, il était « un grand professionnel ».
 Amobé Mévégué présentait, avec Christian Eboulé et Lise-Laure Etia, le magazine Africanités sur TV5MONDE.

Amobé Mévégué présentait, avec Christian Eboulé et Lise-Laure Etia, le magazine Africanités sur TV5MONDE.© TV5MONDE« Amobé était d’abord un éveilleur de conscience, un humaniste, un panafricaniste convaincu. « 

Christian Eboulé, journaliste TV5MONDE


« Amobé était d’abord un éveilleur de conscience, un humaniste, un panafricaniste convaincu. Il n’avait qu’une envie, essayer de se mettre à la hauteur de tous ceux qui venaient à lui pour les amener le plus loin possible. Il a inspiré énormément de monde », se souvient Christian Eboulé, avec qui il a collaboré sur RFI et sur l’émission « Africanités » de TV5MONDE :Volume 90% « C’est quelqu’un qui aimait profondément l’Afrique, pour ses valeurs. C’est quelqu’un qui connaissait la musique africaine, qui la vivait. »
Lise Laure Etia, journaliste TV5MONDE


« C’est quelqu’un qui aimait profondément l’Afrique, pour ses valeurs. C’est quelqu’un qui connaissait la musique africaine, qui la vivait. C’est une perte immense pour le continent, une perte immense pour les artistes, la presse et la presse panafricaine », déplore Lise-Laure Etia, avec qui il a également co-animé « Africanités » sur TV5MONDE.

Producteur pour plusieurs chaînes musicales, promoteur et animateur de l’émission Plein Sud sur RFI, il a également édité un magazine spécialisé, Afrobiz, avant de lancer en avril 2012 une chaîne, Ubiznews, disponible sur le câble. Très impliqué dans les questions de diversité, cet Eton originaire de la région du Centre, qui a renoncé à son prénom français – Alain –, militait pour une plus grande visibilité des Noirs dans les médias français.

Fin août, il avait séjourné au Cameroun pour y assister aux obsèques de sa mère, décédée du Covid-19.

Ce mercredi 8 septembre, toutes les pensées de ses confrères, consœurs et amis de la rédaction de TV5MONDE vont à sa famille.

Avec TV5Monde par Luna Gay-Padoan et Agences

[Tribune] Cameroun : Christian Penda Ékoka, mort d’un soldat de la résistance

août 10, 2021
Christian Penda Ékoka.

Allié de l’opposant Maurice Kamto et ex-conseiller économique du président Biya, le chef du mouvement Agir est décédé le 8 août, à l’âge de 69 ans.

J’ai du mal à y croire. Mon esprit refuse d’assimiler cette nouvelle. Je ne perds pas espoir, persuadé que quelqu’un m’appellera et me dira que c’est une fake news. Ce n’est pas ce qui manque, au Cameroun, où il y a davantage de « fake » que de « news »… Malheureusement, le démenti tarde à venir. Je commence à me dire qu’il va falloir que je m’y fasse : Christian Penda Ékoka est mort, ce dimanche 8 août 2021, au Canada. Tonton Christian – comme j’aimais à l’appeler – ne reviendra plus. Je n’entendrai plus sa voix posée, assurée et rassurante. L’optimisme, la foi et la conviction : voilà ce que je retiendrai de ce grand homme.

Discours moderne et novateur

Nous nous étions rencontrés pour la première trois mois avant l’élection présidentielle d’octobre 2018. Christian Penda Ékoka créait son mouvement, Agir, et recrutait des jeunes pour l’animer. Un ami m’avait invité à assister aux réunions organisées à cet effet, et nous avait présentés.

QUAND IL PRÉSENTAIT SA VISION D’UN CAMEROUN IDÉAL, IL PARLAIT AVEC SON CŒUR. »

En bon pédagogue, l’économiste nous avait exposé la philosophie qui sous-tendait son action. J’étais fasciné par la modernité de son discours. La plupart des gens de son âge se cramponnent à de vieux logiciels. Lui avançait des idées novatrices, qu’il voulait voir porter par des jeunes à qui il mettrait le pied à l’étrier. Il émanait de lui cette simplicité propre aux grands hommes, qui n’ont pas besoin de trop en faire.

Christian Penda Ékoka parlait avec son cœur, y compris quand il présentait sa vision d’un Cameroun idéal. Il élaborait des théories et suggérait des solutions pour les concrétiser. De temps à autre, il s’autorisait des digressions, laissant ainsi poindre ses regrets de n’être pas parvenu, lui l’ex-conseiller du président Paul Biya, à infléchir la politique économique de ce dernier.

Pot de fleurs

Au cours de ces réunions, par pudeur et par respect, mais aussi – je le confesse – par lâcheté, je m’étais toujours abstenu de lui demander ce qu’il était allé chercher au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). J’étais pourtant curieux de découvrir les causes de sa rupture avec le parti présidentiel. Il m’avait répondu en substance que le RDPC était une terre aride, où plus rien ne poussait, pas même les graines fertiles du développement.

Comme à la présidence de la République, où il avait ses bureaux, il avait le sentiment de servir de pot de fleurs. Les notes et rapports enfouis au fond des tiroirs auront été l’une de ses plus grandes frustrations. Sans doute est-ce qui l’a rapproché de Maurice Kamto. Tous deux avaient en commun le regret d’avoir occupé des fonctions dans les cercles du pouvoir sans être parvenus ni à donner la pleine mesure de leur talent, ni à contribuer à insuffler une dynamique au pays.

Tonton Christian aura néanmoins marqué son temps les trois dernières années de sa vie, en prenant des décisions dont la plus importante l’a conduit et maintenu en prison pendant dix longs mois, en 2019 : soutenir la candidature de Maurice Kamto à la présidentielle de 2018 et accompagner le plan national de résistance visant à libérer le Cameroun d’une dictature vieille de plus de quarante ans.

“ÇA VA ALLER, VALS, NOUS NOUS EN SORTIRONS”, ME RÉPÉTAIT-IL QUAND NOUS ÉTIONS EN PRISON. »

Pendant notre séjour dans les geôles de la prison centrale de Yaoundé, nous avions pour seule sujet de discussion un Cameroun imaginaire, le Cameroun de nos rêves, dans lequel prévaudrait l’État de droit. Ce séjour carcéral aura été pour moi une période de formation. Avec Maurice Kamto, Christian Penda Ékoka m’a appris le sens du mot « droit ». D’abord, le droit comme discipline. À ma sortie de prison, j’aurais pu réussir haut la main l’examen du barreau tant nous potassions notre procès à venir.

« Droit dans ses bottes »

Puis, l’expression « se tenir droit dans ses bottes », sans courber l’échine malgré le poids de l’injustice. Quand il m’arrivait de flancher, d’avoir envie de hurler ma rage en donnant des coups de poing dans le mur, Tonton Christian me redisait sans cesse : « Ça va aller, Vals, nous nous en sortirons ! » Preuve de sa détermination à rester debout vaille que vaille, il avait exigé de son épouse qu’elle ne vienne jamais lui rendre visite à la prison. Sans doute, aussi, pour lui épargner les traitements humiliants qu’on faisait subir aux nôtres.

Ce sont ces décisions majeures, payées au prix fort, qui font de lui un être exceptionnel et qui lui garantissent une place d’honneur dans l’histoire de notre pays. Depuis l’annonce de son décès, les hommages se succèdent, à la hauteur de l’homme qu’il représente pour nous, combattants de la liberté dont il était l’un des piliers.

Je voudrais retenir ces flots de témoignages d’amour, de reconnaissance et de compassion qui déferlent sur les réseaux sociaux. Certes, le temps des détracteurs et des récupérateurs viendra. Payés pour distraire les abrutis, ils font leur « job ». Sont-ils efficaces pour autant ?

Nous avons perdu un soldat de la résistance. Il ne verra pas le pays que nous avons reconstruit des heures durant pendant nos longs mois d’incarcération. Il ne verra pas cet État démocratique, souverain et développé, dont nous parlions. Il ne verra pas cet État où les tribus et les sous-tribus se placent au-dessus de l’identité nationale. Avait-il vraiment prévu de le voir ? Je ne saurais le dire avec exactitude. Je reste persuadé, en revanche, qu’il s’en va heureux d’avoir contribué à faire germer les graines de la liberté dans le cœur de la jeunesse camerounaise.

Il est mort.  L’héritage est lourd. L’objectif est le même : nous continuerons, aussi, pour qu’il soit fier de nous.
À très bientôt, Tonton Christian.

Avec Jeune Afrique par  Valsero

Rappeur camerounais