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Décès de Christian Tumi, premier cardinal camerounais

avril 3, 2021
Le cardinal Christian Tumi, à Douala, au Cameroun, le 21 juin 2019.

Hospitalisé dans une clinique privée, le cardinal et archevêque honoraire de Douala est décédé dans la nuit de vendredi à samedi.

La nouvelle de la mort de Christian Tumi a circulé dès les premières heures du jour, samedi 3 avril, avant d’être confirmée par l’archevêque de Douala au cours d’une messe à la Cathédrale Saint-Pierre-et-Paul. « Le diocèse de Douala a le regret d’annoncer le décès du cardinal Christian Wiyghan Tumi à l’âge de 91 ans des suites de maladies », a écrit Monseigneur Samuel Kleda dans le communiqué qui a été lu aux fidèles présents.

Une vague d’émotion et de consternation s’est immédiatement emparée de la sphère publique camerounaise qui pleure le départ d’une personnalité respectée. L’avocat Agbor Balla a ainsi salué la mémoire d’un « ardent défenseur d’une société juste, un défenseur des droits des opprimés, réprimés et marginalisés ».

Engagé pour la paix

Au cours des dernières années de sa vie, le cardinal Christian Tumi s’était pleinement engagé dans la résolution du conflit dans les régions anglophones du Cameroun. Réputé pour sa liberté de ton et ses positions tranchées, le gouvernement comme les groupes sécessionnistes le soupçonnaient mutuellement de défendre les intérêts du camp adverse.

La All Anglophone Conference (Conférence nationale des anglophones) qu’il souhaitait organiser n’a jamais prospéré, faute de soutien du régime. L’objectif était de désigner les personnalités anglophones qui engageraient des pourparlers avec le pouvoir de Yaoundé.

Le 5 novembre 2020, le cardinal avait fait l’objet d’un enlèvement revendiqué par les groupes sécessionnistes. Retenu captif dans une ferme située sur l’axe Bamenda- Kumbo, il avait alors fermement rappelé aux soldats armés son opposition à la fermeture des écoles et son souhait de voir les différents protagonistes autour d’une table de négociations. Sa libération était intervenue 24 heures après.

TOUT CE QUE JE VEUX, C’EST QUE LES ARMES SE TAISENT

Dans son dernier ouvrage publié fin 2020 Ma nuit en captivité, Christian Tumi avait réitéré sa position sur le conflit anglophone. « Je ne soutiens pas ces personnes dans la brousse, bien que le gouvernement me soupçonne d’être l’un de leurs partisans. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’ils font (…) je ne soutiens pas la répression du gouvernement, qui a conduit à la prise d’armes. Je maintiens ma neutralité. Tout ce que je veux, c’est que les armes se taisent et que la paix revienne dans le pays », écrivait-il.

Né le 15 octobre 1930 à Kikaikelaki (Kumbo) au Cameroun, Christian Wiyghan Tumi a  été ordonné prêtre le 17 avril 1966 au diocèse de Buéa. Son parcours académique l’a conduit au Nigeria où le jeune prélat suit une formation en sciences de l’éducation puis à Londres, au Royaume-Uni. Il s’inscrit par la suite en théologie à l’Institut catholique de Lyon, en France, où il obtient une licence, puis une autre en philosophie à l’Université de Fribourg, en Suisse, suivi d’un doctorat. Le 28 juin 1988, le pape Jean-Paul II le désigne cardinal, le premier et seul cardinal camerounais.

Arrivé à la tête de l’Archidiocèse de Douala au cœur des années de braise, en 1991, Christian Tumi s’était démarqué en militant activement pour l’avènement de la démocratie. Ce qui a souvent suscité les craintes des autorités camerounaises.

Avec Jeune Afrique par Franck Fout – à Yaoundé

Or : du Cameroun à la RDC, 4 milliards de dollars d’exportations « à haut risque »

mars 15, 2021
Saisie de lingots d’or à Khartoum, au Soudan, en mai 2019.

Issu de zones de conflits et passé en contrebande, l’or est un métal difficile à tracer. Mais l’harmonisation des taxes entre pays africains pourrait être un premier pas.

Dans un rapport paru en février, l’ONG américaine The Sentry estime à 4 milliards de dollars les transactions annuelles d’or « à haut risque » provenant d’Afrique centrale et d’Afrique orientale sur les marchés internationaux, notamment vers les États-Unis, l’Inde, le Moyen-Orient, l’Europe et la Chine.

L’Ouganda, le Rwanda, la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine (RCA) et le Cameroun sont les États qui ont le plus besoin de s’attaquer à ce problème, juge l’ONG, qui préconise une meilleure collaboration entre les États-Unis, l’UE et les gouvernements africains pour harmoniser les taxes sur les exportations d’or afin de réduire la contrebande et de promouvoir l’or sans conflit.

Car si elle estime que « le commerce de l’or de la guerre ne sera jamais éliminé », l’ONG met en avant des fractures qui incitent à la contrebande : ainsi, l’Ouganda et le Cameroun appliquant des taxes sur l’or nettement inférieures à celles de la RDC ou de la Centrafrique, il est beaucoup plus rentable de faire passer la marchandise d’une zone à l’autre.

À Londres, une liste des « bons fournisseurs »

En outre, le rapport de The Sentry met en évidence un grave manque de financement pour l’exploitation minière artisanale sans conflit en Afrique centrale et en Afrique orientale, laissant la porte ouverte aux sources de financement illégitimes, et une « charge bureaucratique » qui pèse sur les exploitants miniers artisanaux. Un phénomène « exacerbé par la corruption gouvernementale », juge l’ONG.

Selon elle, les gouvernements donateurs devraient collaborer avec les ministères africains de l’exploitation minière afin de créer des politiques visant à formaliser l’activité des mineurs artisanaux. Parmi les mesures qu’elle préconise, la diminution des coûts d’enregistrement et le renforcement des droits de propriété.

En novembre 2020, la London Bullion Market Association (LBMA) a publié des recommandations pour les grandes places d’échange de l’or comme Dubaï, avec trois objectifs principaux : augmenter l’approvisionnement responsable en or recyclé, l’éliminer les transactions en espèces et soutenir l’exploitation minière artisanale et à petite échelle.

L’association a notamment dressé des « Good Delivery Lists » (listes des bons fournisseurs) répertoriant les raffineurs qui respectent les normes de l’OCDE.

Absence de conséquences réelles pour les trafiquants

Pour The Sentry, il s’agit là d’un « premier pas » pour inciter les places commerciales à se conformer aux normes. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les entreprises de joaillerie et d’électronique cessent de s’approvisionner auprès de raffineurs qui ne peuvent pas présenter un audit indépendant crédible.

L’ONG déplore une « absence de conséquences réelles » pour les raffineurs et les négociants d’or impliqués dans des affaires de contrebande, à la différence de ce qui a pu se passer pour d’autres minerais de conflit.

L’or fait en effet partie avec l’étain, le tantale et le tungstène, des quatre principaux « minéraux de conflit », dont une équipe de recherche menée par l’économiste du CNRS Nicolas Berman a montré que l’exploitation augmente les risques de déclenchement de la violence, puis propage et perpétue la violence en renforçant les capacités financières de ceux qui se battent.

Entre 1997 et 2010, montre Berman, jusqu’à un quart des niveaux de violence dans les pays africains s’explique par la hausse des prix de l’or. Or, parmi ces minéraux de conflit, l’or est particulièrement difficile à traiter, car il est facile à passer en contrebande et à vendre pratiquement n’importe où. Lorsqu’il est raffiné, il perd toute trace de son origine et est commercialisé comme un produit standard.

Avec jeune Afrique par David Whitehouse

Cameroun : le cardinal Christian Tumi a été libéré après son enlèvement par des séparatistes ambazoniens

novembre 6, 2020
Le cardinal Christian Tumi, ici en 2018 au Vatican, a été enlevé jeudi 5 novembre 2020 par des séparatistes.

Le cardinal Christian Tumi a été libéré ce vendredi 6 novembre. Il avait été enlevé la veille dans le Nord-Ouest par un groupe de sécessionnistes ambazoniens.

Le cardinal et archevêque émérite de Douala, Christian Tumi, a été libéré vendredi 6 novembre, selon des informations confirmées à Jeune Afrique par l’évêché de Bamenda. Il avait été enlevé jeudi 5 novembre vers 18 heures, en compagnie de onze autres personnes parmi lesquelles Fon Sehm Mbinglo II, le chef traditionnel des  Nso.

La délégation avait été interceptée par des séparatistes ambazoniens au niveau de la commune de Baba, dans l’arrondissement de Babessi (département du Ngo-Ketunjia).

Les ravisseurs sont dirigés par un « général » des Ambazoniens, dont le nom de guerre est Chao Mao, un ancien pasteur entré en rébellion contre le pouvoir central de Yaoundé. Celui-ci semble reprocher au cardinal Tumi d’avoir soutenu la reprise des cours dans les écoles des régions anglophones, que les Ambazoniens tentent actuellement d’empêcher.

Selon nos informations, Chao Mao avait été en contact dès les premières heures de l’enlèvement avec des proches du cardinal et leur a assuré que l’ecclésiastique serait rapidement libéré. Mais la libération de l’archevêque de Douala a pris du temps. Fon Sehm Mbinglo II et dix autres personnes sont toujours détenus.

Plusieurs manifestations spontanées de fidèles chrétiens du département avaient débuté dans la matinée de vendredi 6 décembre, réclamant la libération du cardinal et du chef traditionnel des Nso.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute et Mathieu Olivier

Au Cameroun, effroi et colère après le massacre de huit élèves dans le Sud-Ouest anglophone

octobre 25, 2020

Un soldat du Bataillon d'intervention rapide (BIR), à) Buea, dans le Cameroun anglophone, en octobre 2018. Photo d'illustration.

Les condamnations se multiplient depuis l’annonce, le 24 octobre, de l’assassinat de huit élèves dans une école privée de Kumba, dans la région anglophone du Sud-Ouest.

Les habitants de Kumba sont sous le choc depuis l’assassinat, dans l’enceinte du collège Mother Francisca, de huit élèves tombés sous les balles d’individus encore non identifiés ayant fait irruption samedi dans cet établissement privé.

Selon des témoignages recueillis par Jeune Afrique, les assaillants – neuf individus vêtus en civil et non cagoulés – ont fait irruption à moto peu avant la sortie des classes prévue à midi. Les alentours de l’établissement scolaire étaient alors bondés d’élèves. Dans les régions anglophones du Cameroun, le samedi est un jour de cours ordinaire, en raison des opérations « lundis villes mortes » qui amputent la semaine d’un jour de classe.

Après avoir tiré en l’air, certains des assaillants sont entrés armés dans la classe de form one – qui correspond à la sixième dans le système éducatif anglophone – et ont ouvert le feu sur les jeunes élèves. Le bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) évoque des enfants « découpés à la machette ». Le bilan fait également état d’une quinzaine de blessés.

Colère

Selon les autorités camerounaises, cette attaque est sans équivoque « l’œuvre des milices séparatistes ». Si cette thèse est également partagée par de nombreux habitants de Kumba, la facilité avec laquelle l’attaque a été menée les révolte. « On nous a assuré que nos enfants seraient protégés à l’école. Comment cela a-t-il pu arriver ?, s’interroge John Enow, dont le jeune fils de son voisin, âgé de 11 ans, fait partie des huit victimes. Aucune cause ne peut justifier le meurtre d’innocents enfants. »À LIRE Crise anglophone au Cameroun : le meurtre d’une jeune femme suscite l’indignation

Dans un communiqué publié dans la nuit du 24 octobre, le porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, affirme que le collège avait ouvert au début de cette année scolaire « à l’insu des autorités administratives compétentes », d’où l’absence de mesures de protection.

Un argument que rejettent plusieurs sources à Kumba. « Cet établissement fonctionne depuis au moins trois ans », affirme l’une d’entre elles sous couvert d’anonymat.

La tuerie a provoqué une forte émotion. Le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute a tenu un conseil ministériel extraordinaire. À son issue, une délégation dirigée par le ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji et comprenant les ministres des Enseignements secondaires et de l’Éducation a été dépêchée sur les lieux. Sur le terrain, le préfet du département a indiqué que des mesures avaient été prises « pour rattraper les auteurs de ce crime crapuleux » et qu’ils « répondront de leurs actes devant les juridictions camerounaises ».

Appels à la reprise des pourparlers

À travers son ambassade au Cameroun, les États-Unis ont condamné « en des termes les plus vifs » cette attaque et appelé à la fin des violences. Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, s’est dit « horrifié » par cette nouvelle, tout comme l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, qui demande que leurs auteurs soient « traduits en justice et condamné ». L’Union européenne dénonce quant à elle « une violation du droit international sur les populations civiles ».

De son côté, l’opposition camerounaise a appelé à la reprise de pourparlers avec tous les acteurs du conflit en vue d’un cessez-le-feu. Le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, Maurice Kamto, a estimé que seule « une solution politique » pourrait ramener la paix.À LIRE [Tribune] Cameroun : que reste-t-il du Grand dialogue national ?

Plus critique, le député Jean Michel Nintcheu du Social democratic front (SDF) interroge les assurances données par Yaoundé au sujet de la sécurisation des établissements scolaires. « Ce manquement a de fait transformé les élèves en bouclier humain, la responsabilité du régime est formellement établie, a-t-il dénoncé. Seuls la résolution du contentieux national et le retour au fédéralisme pourront déboucher à court ou moyen terme sur une paix durable. »

Avec Jeune Afrique par Franck Foute – à Yaoundé

Cameroun : cinq combattants de Boko Haram tués

juillet 26, 2020

L’armée camerounaise a annoncé ce dimanche 26 juillet avoir tué la veille cinq combattants du groupe djihadiste Boko Haram vers Gouzda-Vreket, un village proche de la frontière nigériane.

«Le 25 juillet, une équipe du commando de nos Forces de défense (…) a eu un accrochage violent avec les terroristes de Boko Haram», a déclaré le porte-parole de l’armée, le capitaine de frégate Cyrille Serge Atonfack Guemo dans un communiqué transmis à l’AFP dimanche.

Le bilan fait état de «cinq terroristes neutralisés, «4 fusils d’assaut récupérés», ainsi que des munitions et du matériel logistique saisis. Aucun militaire n’a été tué au cours de cet affrontement.

52 attaques pour le seul mois de juin

Née dans le nord-est du Nigeria en 2009, l’insurrection de Boko Haram s’est peu à peu propagée à ses voisins camerounais, nigérien et tchadien, particulièrement dans la région du lac Tchad, située à la frontière entre ces quatre pays. En 2016, le groupe s’est scindé en deux branches : la faction historique, dirigée par Abubakar Shekau, et l’Iswap, affilié à l’Etat islamique (EI). L’Extrême-Nord du Cameroun, au sud du lac, est l’une des régions les plus pauvres du monde. Elle est plutôt la cible d’attaques commanditées par la faction historique de Boko Haram.

Le Nord du lac Tchad, à cheval sur le Tchad et le Niger, est plutôt le repaire de ISWAP. Ces derniers mois, peu d’accrochages entre l’armée camerounaise et le groupe djihadiste ont été rapportés. Toutefois, une multitude de petites attaques contre des civils dans les villages, avec des vols de bétails et de vivres, ont eu lieu. Au mois de juin dernier, 52 attaques contre des civils ont ainsi été enregistrés dans cette région, selon les Nations unies.

Depuis 2015, les quatre pays riverains du lac Tchad luttent contre ces groupes djihadistes au sein d’une Force multinationale mixte (FMM). Mais ces derniers mois, son efficacité a été de plus en plus discutée. Les attaques continuent dans tous les pays de la FMM. Le Tchad avait lancé en mars une grande opération militaire, affirmant à son terme avoir chassé Boko Haram de son territoire Mais début juillet, au moins huit de ses soldats ont péri dans une attaque sur son sol.

Le nord-ouest du Nigeria est lui aussi, dix ans après le début de l’insurrection, toujours meurtri par les attaques. Plus de 36.000 personnes y ont été tués depuis 2009, et plus de deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Par Le Figaro avec AFP

Cameroun: un journaliste arrêté il y a dix mois est mort en détention

juin 4, 2020

 

Le journaliste camerounais Samuel Wazizi, arrêté en août 2019 pour avoir critiqué la gestion par Yaoundé de la crise anglophone au Cameroun, est mort en détention, a affirmé Reporters sans frontières (RSF), qui appelle les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances de sa mort.

«Le journaliste Samuel Wazizi est bien mort pendant sa détention», a confirmé mercredi soir RSF dans un communiqué, après l’annonce mardi de son décès par une chaine de télévision privée camerounaise, puis par le Syndicat national des journalistes camerounais (SNCJ). Ni le gouvernement ou l’armée n’avaient encore confirmé le décès du journaliste ou réagi aux sollicitations de RSF, du SNCJ et de plusieurs organisations de défense des droits humains, selon eux. Contactées directement par l’AFP, les autorités n’avaient pas encore répondu jeudi matin.

Présentateur de la chaîne de télévision régionale Chillen Media Television, Samuel Wazizi, avait été arrêté le 2 août 2019 à Buea, chef-lieu de la région anglophone du Sud-Ouest, selon RSF. Il était accusé «d’avoir tenu sur sa chaîne des propos critiques à l’égard des autorités sur leur gestion de la crise dans les régions anglophones du Cameroun», ajoute RSF dans son communiqué. Depuis près de trois ans, des groupes séparatistes et l’armée s’affrontent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, où vit l’essentiel de la minorité anglophone qui s’estime marginalisée. Une partie d’entre eux a pris les armes contre Yaoundé et réclame l’indépendance de ce territoire.

Les combats, mais aussi les exactions et meurtres commis contre des civils par les deux camps, ont fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Cinq jours après son arrestation en août, le journaliste avait été «récupéré» par des militaires, affirme RSF. Il n’a alors jamais été présenté devant la justice, affirme à l’AFP son avocat Me Lyonga Ewule, et était «détenu au secret» en «dehors de toute procédure légale», selon RSF.

Le journaliste était «malade» et serait «mort durant son transfert à Yaoundé à une date inconnue», selon un «responsable militaire de premier plan très proche de l’affaire» cité par RSF. Son avocat et le SNCJ affirment qu’il a été torturé lors de sa détention. Son corps est arrivé lundi à la morgue «sous forte escorte», selon une source de l’hôpital militaire de Yaoundé également citée par RSF. «Nous demandons aux autorités de briser le silence intolérable autour de cette affaire (…) et de conduire une enquête sérieuse et indépendante pour établir (…) les circonstances ayant conduit à cet évènement tragique», a déclaré Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

Par Le Figaro avec AFP

Coronavirus : au Cameroun, les écoles et universités rouvrent malgré les craintes

juin 2, 2020

Entrée de l'université de  Ngaoundéré, au Cameroun (Illustration).

Entrée de l’université de Ngaoundéré, au Cameroun (Illustration). © Renaud Van Der Meeren

 

Les écoles et universités ont rouvert lundi au Cameroun, l’un des pays d’Afrique subsaharienne pourtant les plus touchés, et alors que les mesures pour contrer la progression de la pandémie son vivement critiquées par une partie de la société civile.

Après plus de deux mois sans cours, bravant la pluie et masque sur le nez, des élèves ont repris le chemin de l’école à Yaoundé.

Le 17 mars, le gouvernement avait suspendu les cours dans toutes les écoles, les collèges, lycées et universités, publics et privés. »La reprise est effective avec les classes de terminale », a expliqué à l’AFP Catherine Bessala Bessala, proviseure du Lycée public d’Abang Nkongoa, dans la banlieue sud de Yaoundé. « Les élèves de troisième et première reprendront jeudi », a-t-elle ajouté.

À l’entrée, trois seaux d’eau sont disposés pour les élèves, certains autres dans les classes. « Nous avons essayé de rapprocher le plus possible les élèves des dispositifs de lavage des mains pour les encourager à le faire le plus souvent possible », commente Mme Bessala.

À Abang Nkongoa, Les élèves de terminale ont été répartis dans 12 salles au lieu des quatre qui leur sont affectées d’ordinaire, afin de respecter le nombre maximum de 24 par classe.

Dans le primaire et le secondaire, la reprise concerne uniquement les élèves en classe débouchant sur des examens cette année alors que tous les étudiants sont concernés dans les universités.

Critiques des syndicats

Vendredi, le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, avait confirmé la reprise des classes malgré les réserves de plusieurs syndicats enseignants et les inquiétudes des parents relayées largement dans les réseaux sociaux.

Dans la presse, les syndicats ont estimé que les conditions de sécurité sanitaire n’étaient pas réunies.

Cette rentrée des classes survient alors que l’épidémie progresse encore au Cameroun, avec plus de 6 100 contaminations et 197 décès.

Près de deux semaines après la détection du premier cas le 5 mars, le gouvernement avait pris des mesures – dont la suspension des cours – jugées très tardives par rapport à nombre de pays africains et, surtout, plutôt timides dans un pays de plus de 25 millions d’habitants.

Aucun confinement n’a jamais été imposé, les bars, discothèques et restaurants n’ont été fermés qu’après 18h00 avant d’être autorisés fin avril à rouvrir le soir. Une absence de mesures fermes puis un assouplissement largement critiqués par l’opposition et la société civile.

Par Jeune Afrique avec AFP

Cameroun : un prêtre propose un remède contre le coronavirus

mai 18, 2020

 

Le breuvage à base de plantes médicinales proposé par Monseigneur Kleda se présente sous la forme de gouttes à prendre, diluées dans de l’eau, plusieurs fois par jour.

 

Le prêtre phytothérapeute indique que ses remèdes naturels ne soulagent, voire ne soignent que les symptômes du Covid-19 : « Je n’ai pas dit que j’ai trouvé un traitement contre le coronavirus. Il faut des études sérieuses pour en arriver à cette conclusion ».

Pour le moment, l’archevêque refuse d’en dévoiler la composition, mais assure avoir constaté qu’il soulage rapidement les symptômes des patients qui le prennent : « En une semaine cela suffit, la personne est guérie. Mais les douleurs viennent à disparaître en vingt-quatre heures. Sur tous ceux qui ont reçu le produit jusqu’à présent, (neuf cents personnes), on n’a enregistré aucun décès. »

Début mai, une équipe du ministère de la Santé est venue à Douala rencontrer l’archevêque et a convenu avec lui de l’« accompagner » pour « évaluer l’efficacité et l’innocuité » de son breuvage.

L’archevêque, lui, se dit prêt à fournir gratuitement son produit à tous ceux qui le souhaiteraient, et a reçu le soutien moral mais aussi financier de nombreux donateurs, anonymes, hommes d’affaires, ou personnalités politiques de l’opposition, dont Maurice Kamto.

Pour l’heure, aucun traitement n’a prouvé son efficacité contre le Covid-19. L’Organisation mondiale de la santé assure ne pas être opposée à la médecine traditionnelle, mais elle insiste sur la nécessité de soumettre chaque produit à des essais cliniques rigoureux, afin de s’assurer de leur efficacité.

 

Avec Adiac-Congo par Yvette Reine Nzaba

Coronavirus au Cameroun : Paul Biya annonce la libération de certains prisonniers

avril 16, 2020

Paul Biya, le président camerounais.

Paul Biya, le président camerounais. © Lintao Zhang/AP/SIPA

 

Le chef de l’État camerounais a ordonné des commutations et des remises de peines pour certains prisonniers afin de désengorger les prisons qui font face à la menace du Covid-19. Le nombre de détenus concernés par cette décision n’a pas été communiqué.

C’était la revendication de la commission des droits de l’homme de l’ordre des avocats du Cameroun, pour qui seule « une réelle décongestion » des établissements pénitentiaires peut garantir une maîtrise de la situation en cas de présence du coronavirus.

Le 15 avril, le président Paul Biya a finalement annoncé la libération de certains prisonniers. Si le nombre de détenus concernés par ce décret présidentiel n’a pas été communiqué, les détails de son application ont été soigneusement précisés. Les prisonniers de l’opération épervier condamnés pour « détournement » ne sont pas concernés par cette mesure, encore moins ceux arrêtés dans le cadre de la crise anglophone et condamnés entre autres pour « atteinte à la sureté de l’État ».

Les personnes en attente de jugement détenues à titre préventif sont également exclues de la décision présidentielle. Cette catégorie comptait pourtant 18 435 personnes sur les 31 815 prisonniers au Cameroun en 2019, soit 58 % de la population carcérale. Une exclusion que regrettent certains avocats, dont la corporation a été en première ligne des revendications ayant conduit à l’adoption de cette mesure.

1 % de la population carcérale

Depuis Bamenda, l’avocat Fru Njoh exprime une satisfaction relative. « Si le but était de désengorger les prisons de telles sorte d’éviter une hécatombe en cas de contamination de celles-ci, c’est évidemment raté, confie-t-il. Mais nous saluons ce geste qui est avant tout humaniste ».

Dans chacune des 91 prisons que compte le pays, les premières sorties devraient intervenir au courant de cette journée du 16 avril. Selon les spécialistes des droits de l’homme au Cameroun, entre 2 000 et 3 000 personnes devraient ainsi recouvrer la liberté, soit à peine 1 % de la population carcérale totale.

Avec près de 855 cas positifs et 17 décès, le Cameroun reste le deuxième pays d’Afrique subsaharienne le plus touché après l’Afrique du Sud. La menace du Covid-19 a récemment provoqué un vent de panique au sein de la maison d’arrêt de Kondengui à Yaoundé, principale prison du pays. Des dizaines de détenus avaient alors manifesté leurs inquiétudes après la circulation de rumeurs sur la présence de cas infectés au sein du pénitencier.

Avec Jeuneafrique par Franck Foute

Le masque devient obligatoire dans plusieurs pays d’Afrique centrale

avril 15, 2020

Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, le port du masque est devenu obligatoire dans l’espace public afin de freiner la propagation du nouveau coronavirus, ont annoncé ces derniers jours leurs gouvernements. Au Gabon, le masque est obligatoire depuis mercredi matin, tout comme en Guinée équatoriale, qui demande aussi à ses citoyens de porter des gants lors de leur sortie.

Conscient de la difficulté des Gabonais à se procurer des masques médicaux, Libreville a recommandé à ses citoyens le port «du masque alternatif». De nombreux ateliers de couture au Gabon et ailleurs se sont mis à produire des masques en tissu, moins efficaces mais qui limitent toutefois la propagation du virus.

Lundi, le gouvernement tchadien avait également décrété le port obligatoire du masque sur son territoire avant de revenir sur sa décision le lendemain à cause du manque d’offre sur le marché. Le Cameroun – l’un des pays les plus touchés par le virus en Afrique avec 855 cas déclarés officiellement mercredi – avait déjà adopté cette mesure jeudi dernier.

Dans ces pays d’Afrique centrale, ces dispositions s’ajoutent à celles déjà prises, comme l’instauration de couvre-feux nocturnes, la fermeture des écoles, des frontières et des lieux de culte ainsi que les restrictions sur les rassemblements

Par Le Figaro avec AFP