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Cameroun : haro sur la tricherie sur l’âge des footballeurs

juin 22, 2022

La Fédération camerounaise de football convoque 44 footballeurs et les présidents de leurs clubs respectifs pour suspicion de tricherie sur l’âge.

Glez

Plus rien ne sera-t-il comme avant, à la Fecafoot, sous la présidence du tonitruant Samuel Eto’o ? Par un courrier signé de la Chambre d’instruction de la Commission d’éthique de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), 44 joueurs et leurs présidents de club viennent d’être informés de « l’ouverture d’une procédure d’instruction » contre eux pour « faux dans les titres », conformément à l’article 67 al. 1 et 2 du Code d’éthique. Datée du 17 juin dernier, la notification signée par Salatou Baba précise qu’il est question de tricherie présumée et de complicité présumée de tricherie, notamment sur l’âge des joueurs.

Les parties concernées sont invitées à comparaître en audience, dans la salle des conférences du siège de la Fecafoot, assistées ou non de leurs conseils, entre les 4 et 8 juillet prochain. Légèrement menaçant, le communiqué précise qu’en cas de non comparution, « la Chambre en tirera toutes les conséquences de droit »…

Contrôles renforcés

Si l’approximation des millésimes footeux n’est pas qu’un phénomène camerounais, les réseaux sociaux moqueurs se souviennent du milieu de terrain Joseph Minala qui semblait avoir bien plus que ses 18 ans officiels, lors de son transfert à la Lazio Rome, en 2014. À l’époque, une infox suggérait même qu’il avait… 41 ans. Cette polémique avait freiné la carrière du Camerounais. Quant à Youssoufa Moukoko, certains doutent qu’il fut réellement, au Borussia Dortmund, le plus jeune buteur de la Bundesliga allemande, à l’âge présumé de 16 ans…

Certes, dans certaines zones reculées du continent, des parents attendent parfois plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de déclarer la naissance d’un enfant. Au point que la date de naissance du nouveau-né soit mal mémorisée et que le statut de celui-ci soit qualifié de « né vers ». Mais « rajeunir » administrativement certains joueurs est un sport dans le sport, histoire d’évoluer –en début de carrière– parmi des adversaires moins « mûrs » et de prolonger légèrement sa carrière – en fin de parcours.

Si la Fecafoot tape aujourd’hui du poing sur la table, elle sait, depuis longtemps, l’impact de la fraude en termes de réputation internationale. Et cela fait déjà quelques années que les contrôles ont été renforcés. En 2016, la fédération avait sanctionné 14 joueurs camerounais qui avaient menti sur leur âge pour participer à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) des moins de 17 ans…

Avec Jeune Afrique par Damien Glez, Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Cameroun, Nigeria… Glencore plaide définitivement coupable de corruption

juin 21, 2022

Une filiale britannique du géant du négoce a officiellement plaidé coupable de sept chefs d’accusation de corruption dans le cadre d’opérations pétrolières au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Soudan du Sud.

Le siège du géant suisse Glencore à Baar, en Suisse, en 2020. © Fabrice COFFRINI / AFP

Le géant suisse avait jusqu’à ce mardi 21 juin pour confirmer sa décision, intervenue fin mai. C’est désormais chose faite.

Et la déclaration est intervenue devant la Southwark Crown Court à Londres : plus de 28 millions de dollars de pots-de-vin auraient été versés par Glencore Energy pour obtenir un accès préférentiel au pétrole et générer des profits illicites entre 2011 et 2016. Selon le Serious Fraud Office (SFO) britannique, l’entreprise sera condamnée le  2 et 3 novembre prochains.

Nombreuses accusations

Depuis ce début d’année, le groupe a déjà été condamné trois fois. En effet, cette nouvelle procédure de « plaider coupable » fait suite à des accusations portées par les autorités américaines, brésiliennes et britanniques. Pour faire face à ces actions en justice, le géant minier a approvisionné quelque 1,5 milliard de dollars.

Le procureur américain du district sud de New York, Damian Williams, a présenté quelques-unes des conclusions de l’enquête américaine : « Glencore a versé plus de 100 millions de dollars en pots-de-vin à des fonctionnaires au Brésil, au Nigeria, en République démocratique du Congo et au Venezuela. Son système de pots-de-vin s’étendait dans le monde entier. Glencore a agi de la sorte afin d’obtenir des contrats pétroliers, pour éviter les audits gouvernementaux, et afin de faire disparaître des procès. Avec cette stratégie la compagnie a gagné des centaines de millions de dollars. Et ils l’ont fait avec l’approbation et même l’encouragement de cadres supérieurs. »

📢YESTERDAY GLENCORE FACED A $1.2 BILLION FINE FOR GLOBAL BRIBERY AND MARKET MANIPULATION. A THREAD 1/12HTTPS://T.CO/970IQJ65EG— SPOTLIGHT ON CORRUPTION (@ENDCORRUPTIONUK) MAY 25, 2022

Fonctionnement illicite en Afrique

Le SFO indique que les dernières accusations comprennent des allégations selon lesquelles Glencore aurait versé plus de 4,9 millions de dollars de pots-de-vin à des fonctionnaires de la Nigerian National Petroleum Corporation, une entreprise publique nigériane, entre mars 2012 et avril 2014, afin d’obtenir des contrats pétroliers.

Selon la même source, le leader de l’extraction avait versé sous la table plus de 10 millions de dollars à des fonctionnaires de la société pétrolière publique camerounaise, la Société nationale des hydrocarbures et la Société nationale de raffinage, afin d’obtenir l’exclusivité sur des contrats. Plus tôt dans l’année, ce sont des pots-de-vin de 7,4 millions d’euros en Côte d’Ivoire qui ont été pointés du doigt.

« Cette importante enquête, que le Serious Fraud Office a porté devant les tribunaux en moins de trois ans, est le résultat de notre expertise, de notre ténacité et de la force de notre partenariat avec les États-Unis et d’autres juridictions », a déclaré Lisa Osofsky, directrice du SFO à l’issue de l’enquête qui a débuté en 2019.

Le président de Glencore, Kalidas Madhavpeddi, a pour sa part déclaré dans un communiqué que Glencore s’engageait à « agir de manière éthique et responsable dans tous les aspects de son activité ».

Avec Jeune Afrique

Cameroun : nouveau scandale autour des primes des Lions indomptables

juin 18, 2022

La fuite du montant des rémunérations versées aux joueurs, au staff technique et à l’encadrement de la sélection nationale pour la qualification à la Coupe du Monde 2022 n’en finit pas de provoquer la polémique.

L’équipe du Cameroun lors du troisième tour de qualification pour la Coupe du Monde 2022, à Douala, le 25 mars 2022. © DANIEL BELOUMOU OLOMO/AFP

Le football camerounais a toujours su se réinventer. La preuve : pendant des années, il faisait essentiellement parler de lui pour des affaires de primes non versées ou détournées, et de préférence avant – et même pendant, sens du spectacle oblige – une grande compétition, comme la Coupe du Monde ou la CAN.

Les journalistes chargés de suivre l’actualité des Lions indomptables se souviennent encore des innombrables crises de nerfs et prises de tête entre les joueurs, leur fédération et le gouvernement chargé de payer les primes, des menaces de grèves, des palabres qui s’éternisent jusqu’au bout de la nuit, et des porteurs de valises envoyés par Yaoundé afin d’apaiser les conflits.

Un total de 807 000 euros

Cette fois-ci, alors que tout avait été négocié dans les règles de l’art entre toutes les parties concernées, et que le montant des primes devait être gardé secret, celui-ci a –opportunément ? – fuité sur les réseaux sociaux. On y apprend ainsi que Rigobert Song, le sélectionneur, a empoché 31 175 euros, et ses quatre adjoints (Sébastien Migné, Augustine Simo, Souleymanou Hamidou, Raphaël Fèvre) 19 000 euros chacun. Soit autant que la prime accordée à chacun des 27 joueurs retenus pour la double confrontation avec l’Algérie (0-1, 2-1) en mars dernier et au médecin de l’équipe. Bill Tchato, l’ancien international, a pour sa part touché un peu moins : son compte en banque a été crédité de 17 580 €.

Raymond Kall, « team manager », a de son côté été gratifié de 14 900 €, un peu plus que l’analyste vidéo (12 185 €), le kinésithérapeute (10 150 €), les deux agents de sécurité, l’officier de presse et les deux intendants en charge du matériel (9 480 €). Enfin, tout en bas du document qui n’aurait jamais dû se retrouver sur les réseaux sociaux, une prime de présence, attribuée à deux personnes à ce jour non identifiées, et d’un montant total de 29 100 €. Au final, la qualification des Lions indomptables aura coûté 807 630 € au budget de l’État.

CEUX QUI SONT À L’ORIGINE DE CE DÉBALLAGE PUBLIC ONT RÉUSSI LEUR COUP

La divulgation de ce document a évidemment produit son petit effet. La Fédération camerounaise de football (Fecafoot) a rapidement publié un communiqué pour déplorer la fuite d’un document dont le seul ministère des Sports devait être le destinataire. Certains Camerounais y voient la main du pouvoir politique, lequel aurait fort peu goûté la spectaculaire sortie de Samuel Eto’o, président de la Fecafoot, le 9 juin dernier après la victoire face au Burundi (1-0) à Dar es Salaam, lors des qualifications pour la CAN 2023.

« Son discours dans le vestiaire était prémédité, puisqu’il portait un micro-cravate. Et il n’y a pas une seule fois fait référence au rôle de l’État auprès des Lions. Je peux vous assurer que cela a déplu à une partie des responsables politiques, souffle un proche de la sélection. Ici, beaucoup de gens pensent que cette fuite a été organisée par le milieu politique. Ceux qui sont à l’origine de ce déballage public ont réussi leur coup : bien rappeler à tout le monde que c’est l’État qui paye, pas la fédération. » Ce scénario n’a rien de farfelu, tant Samuel Eto’o s’est attiré l’inimitié de certains hauts responsables politiques.

Deux bénéficiaires non identifiés

Journaliste à CRTV-Radio, Raphaël Nkoa se fait quant à lui l’écho d’une autre polémique soulevée par la divulgation de ces paiements : « Concernant cette prime de présence, deux bénéficiaires n’ont pas été identifiés. Cela fait parler, les gens cherchent à savoir de qui il s’agit. » Un autre débat porte sur l’utilité des primes perçues par les joueurs camerounais évoluant en Europe, dans le Golfe persique ou aux États-Unis, pour qui ces sommes ne représentent qu’une infime partie de leurs confortables salaires.

Cette question sensible devrait resurgir à l’approche de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, puisque la Fifa versera 8,6 millions d’euros à chacune des 32 fédérations concernées. Un montant qui augmentera en fonction du parcours des sélections. Lors de son intervention dans les vestiaires de Dar es Salaam, Eto’o a expliqué aux Lions qu’il ambitionnait de remporter la compétition. Le vainqueur du Mondial devrait empocher 40 millions d’euros, versés par la Fifa. Si le Cameroun parvient à se hisser sur le toit du football mondial, cela promet de joyeuses – et juteuses – négociations.

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

Cameroun : Samuel Eto’o, tacleur taclé par Mohammadou Idrissou

juin 14, 2022

Des voix s’élèvent contre le récent sermon du président de la Fédération camerounaise de football à l’équipe nationale, pourtant victorieuse face au Burundi. Un ancien coéquipier de Samuel Eto’o est même entré dans la danse.

© Damien Glez

À qui revient l’animation de la causerie de vestiaire ? Le débat agite la planète foot camerounaise depuis quelques jours, entre mélodrame existentiel et tempête dans un verre d’Eto’o.

Le jeudi 9 juin, l’équipe nationale de football du Cameroun s’impose – certes difficilement – face au Burundi, lors de la première journée de qualifications pour la CAN 2023. S’ils ont bien décroché la victoire, grâce à un but sur coup franc inscrit par Karl Toko-Ekambi, les Lions indomptés s’apprêtent à prendre une douche écossaise.

Dans des vestiaires couverts – comme il se doit au siècle 2.0 – par une captation vidéo, les footballeurs sont rejoints par un président de la fédération guère satisfait du niveau d’investissement de certains joueurs. Et Samuel Eto’o n’est pas du genre à mâcher ses mots : « Je ne suis pas du tout content. […] Personne n’a sa place assurée dans cette équipe. Si vous voulez porter le maillot, vous faites le job. Sinon, ne venez pas et je serai content. Je jouerai avec des enfants. […] Vous vous dites que je suis un salaud, mais j’ai été le meilleur étant assis là… » Et l’ancien attaquant de culpabiliser les footeux en faisant vibrer une fibre patriotique qui rimerait – chez lui plus que chez d’autres ? – avec sacrifice de sa vie…

Remontrance emphatique

Chacun sait l’emphase propre au phrasé de Samuel Eto’o. Les jours qui suivent la remontrance, c’est pourtant moins l’exagération présumée du tacle qui fait grincer des dents que la légitimité de la semonce. Ce qu’il est convenu d’appeler la « causerie de vestiaire » ne doit-il pas être l’apanage de celui qui, dans la scène filmée, reste aphasique : l’entraîneur Rigobert Song ?

Une situation qui a fait sortir du bois un ancien attaquant international ayant fréquenté les mêmes vestiaires qu’Eto’o. Via les médias camerounais, c’est un Mohammadou Idrissou « énervé » qui insiste : « Après un match, la seule personne qui devrait parler aux joueurs, c’est l’entraîneur. » Non sans préciser néanmoins être « content que Samuel soit président de la Fecafoot » – même si « le Cameroun, ce n’est pas seulement Samuel Eto’o », qui devrait « arrêter de dire “moi, moi, moi” ». Et non sans se désolidariser de la forme et du fond du prêche présidentiel : « Il y a une manière de parler à des gens qui viennent de terminer un match. […] Qu’est-ce qu’on veut : la victoire ou la manière de jouer ? »

Même si Eto’o a reçu, dans cette affaire, le soutien de personnalités comme l’ancien sélectionneur du Cameroun Jean-Paul Akono, Mohammadou Idrissou n’est pas le seul à emboucher la trompette de la critique. Plusieurs journaux africains et internationaux ont employé l’adjectif « hallucinant » pour qualifier l’exhortation du président de la fédération.

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Cameroun : Joel Embiid, star mondiale du basket, veut-il devenir français ?

mai 5, 2022

Selon RMC Sport, le joueur vedette des Sixers de Philadelphie souhaiterait être naturalisé pour pouvoir jouer avec l’équipe de France. La nouvelle a déclenché une vive polémique au sein de l’opinion publique : l’enfant terrible de Yaoundé aurait-il définitivement tourné le dos à son pays d’origine ?

Joel Embiid, joueur camerounais des Philadelphia 76ers, pourrait bientôt porter le maillot bleu de l’équipe de France. Ici lors du sixième match du premier tour des playoffs de la NBA contre les Raptors de Toronto, le 28 avril 2022, à Toronto. © Frank Gunn/AP/SIPA

À Yaoundé comme à Douala, la question de la double nationalité suscite facilement les passions. Surtout lorsqu’elle touche aux vedettes sportives et au choix des couleurs qu’elles défendront durant leur carrière, l’opinion publique opposant souvent les athlètes patriotes aux ingrats qui se montreraient, eux, incapables de manifester de la reconnaissance au pays où ils ont vu le jour.

Le basketteur Joel Embiid l’a appris à ses dépens depuis que la chaine RMC Sport a affirmé, le lundi 2 mai sur son site internet, qu’il aurait « enclenché des démarches administratives pour obtenir la nationalité française et pouvoir jouer avec l’équipe de France de basket ». L’article en question ne cite aucune source, mais ajoute qu’un « séjour [en France] serait prévu d’ici à la fin de juin pour finaliser le dossier ».  

L’intéressé, qui est le fils d’un colonel à la retraite, n’a pas réagi à cette nouvelle polémique. Contactés par Jeune Afrique, ses proches assurent qu’il est concentré sur les playoffs de la NBA où son équipe, les Sixers de Philadelphie, sont pour l’instant menés 1 à 0 dans la série qui les oppose aux Miami Heat pour le compte des demi-finales. Mais de nombreux Camerounais, passionnés de basket ou non, ont exprimé leur vif mécontentement, accusant le natif du quartier Damas, situé en périphérie de Yaoundé, de trahison. 

« Pourquoi la France ? »

D’aucuns voient d’un mauvais œil le fait que Embiid joue pour un pays autre que le Cameroun alors qu’il doit sa carrière à un basketteur camerounais, Luc Mbah a Moute. Ils n’hésitent pas à rappeler que c’est au cours d’un stage organisé à Yaoundé par l’ancienne star des Houston Rockets que Joel Embiid, qui avait jusqu’à lors un penchant pour le volley-ball, a été repéré par des recruteurs de la NBA. D’autres lui reprochent de choisir la France. « Pourquoi ce pays ? La France n’a rien fait pour lui, ç’aurait été les États-Unis, on aurait compris cette décision mais pas la France », écrit un internaute sur Twitter.

LA FÉDÉRATION CAMEROUNAISE A ABANDONNÉ LA COURSE À LA SÉLECTION D’EMBIID DEPUIS LES ANNÉES 2017-18 

Embiid peut néanmoins compter sur quelques soutiens, y compris parmi ceux qui dénoncent l’incapacité de la Fédération camerounaise de basketball à s’offrir les services du joueur camerounais le plus coté de l’histoire. Ils ajoutent que le choix d’une nationalité sportive ne l’empêcherait pas de s’impliquer dans le développement du sport dans son pays de naissance.

«Notre fédération a abandonné la course à la sélection d’Embiid depuis les années 2017-18, rappelle Alain Manga, un entraineur camerounais. Joel a toujours voulu jouer pour le Cameroun, mais ses multiples blessures et les clauses de son contrat qui exigent que la Fecabasket souscrive à une assurance faramineuse pour l’avoir les a découragés. Le dossier a été enterré lorsque l’État, à travers le ministère des Sports, a dit ne pas avoir d’argent pour cela. »

Un rapprochement qui remonte à loin

Il faut dire que l’histoire du rapprochement entre Joel Embiid et l’équipe de France n’est pas nouvelle. En septembre 2014 déjà, Embiid avait été invité par le joueur franco-camerounais Nicolas Batum à rejoindre l’équipe. Une proposition que l’intéressé avait rapidement déclinée en indiquant qu’il ne possédait pas la nationalité française.

JOEL RESTE UN JOUEUR CAMEROUNAIS, ET NOUS LUI APPORTERONS TOUJOURS NOTRE SOUTIEN EN TANT QUE TEL 

L’éventualité d’une sélection d’Embiid en équipe de France avait de nouveau fait grand bruit en 2018. «Il y a d’autres pays, comme la France. J’aime bien la France, c’est une opportunité. J’ai beaucoup d’amis et de la famille là-bas. La France est une option, mais on verra », avait-il déclaré en marge des All Stars Game. 

Sauf que, cette fois-ci, ce sont les sportifs français qui avaient mal réagi, au motif que le pivot des Sixers n’avait que peu d’attaches avec la France. « J’ai beaucoup de famille en France, avait protesté Embiid dans une interview au journal L’Équipe. Des oncles, des tantes… J’y suis allé en étant petit pour passer deux mois de vacances. […] J’ai toujours été fan de la France en général. Le fait de parler français, la famille là-bas, mon père et ma mère sont en France peut-être trois fois par an et voulaient acheter une maison ou un appartement là-bas. »

Quelle sera l’issue de cette affaire ? La fédération camerounaise assure ne pas prêter attention aux «rumeurs ». «Il n’y a rien de concret, affirme l’un de ses cadres. Si c’est officiel, nous en prendrons acte. Mais, tant que ça n’est pas le cas, Joel reste un joueur camerounais, et nous lui apporterons toujours notre soutien en tant que tel. »

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Cameroun-Côte d’Ivoire : rivalités autour de l’attiéké, du gari et du tapioca

avril 30, 2022

Quel nom donner à ces spécialités à base de manioc, communes à plusieurs pays africains, mais qui sèment la discorde entre eux ? Définir leur spécificité et leur identité va bien au-delà du simple chauvinisme : cela favorise le dialogue entre les cultures.

Attiéké au poulet, servi à Abidjan. © Issouf Sanogo / AFP

Dans des pays en rivalité sur le plan culturel, l’alimentation est l’une des pommes de discorde les plus récurrentes. Elle peut constituer, à elle seule, un casus belli, notamment lorsqu’il est question d’appropriation culturelle.

Depuis plusieurs semaines, des Camerounais et des Ivoiriens se déchirent sur la Toile à propos de l’attiéké, du gari et du tapioca, dont ils ont une conception sociale distincte. Pour mieux cerner le nœud de ce conflit, il serait bon d’expliquer à quoi renvoie réellement chacun de ces produits. Disons, d’emblée, que l’attiéké n’est pas le gari, et que tous deux ne sont non plus le tapioca.

La Chine, premier producteur d’attiéké

L’attiéké est une semoule humide et amidonnée, à base de manioc râpé ou broyé, fermenté, puis cuit à la vapeur. On lui connaît habituellement trois variétés. Il sert d’accompagnement à plusieurs sauces et ragoûts. Il est même, avec le thon frit, l’une des composantes du garba, un plat urbain des plus populaires. En raison du rapprochement étymologique du mot « attiéké » avec le mot « tchaakri » qui, en pulaar, désigne une semoule de sorgho, on serait tenté d’y voir un emprunt culinaire ; ces deux semoules diffèrent cependant par leur matière première, leur texture et leur saveur.

L’ « ATTIÉKÉ DES LAGUNES » EST EN COURS DE LABELLISATION À L’ORGANISATION AFRICAINE DE LA PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE

Spécialité emblématique de la Côte d’Ivoire, un produit d’exception, l’ « Attiéké des Lagunes », est en cours de labellisation comme « Indication géographique protégée » (IGP) à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Cette initiative a vu le jour à la suite de deux incidents. D’abord, les Chinois, flairant la bonne affaire, ont entièrement mécanisé tout le processus de fabrication de l’attiéké, ce qui a eu pour conséquence que la Chine en devienne le premier producteur mondial. Ensuite, en novembre 2019, une polémique a éclaté à propos de l’enregistrement, à l’OAPI, de la marque « Faso attiéké ». Se sentant dépossédé de son patrimoine culturel alimentaire, Abidjan a sollicité l’obtention d’un titre de propriété intellectuelle lui permettant de disposer de l’usage exclusif du nom « attiéké ».

Le gari, un « dessert » très apprécié

Le gari, pour sa part, est une semoule sèche à base de manioc râpé ou broyé, fermenté, puis grillé. On lui connaît généralement deux variétés, l’une blanche et l’autre jaune, celle-ci étant agrémentée d’huile de palme. On en fait des pâtes, qui se consomment avec sauces et ragoûts. Détrempé dans de l’eau froide ou glacée avec du sucre et, éventuellement, des arachides grillées, du citron et du lait, il constitue un  « dessert » très apprécié dans toute l’Afrique subsaharienne.

Les Camerounais appellent symboliquement le gari « saveur », car il les aide parfois à surmonter les moments de soudure. Le mot « gari » vient de langue haoussa, dans laquelle il signifie « poudre ». Au moins deux garis jouissent d’une grande réputation, le « gari sohui de Savalou » du Bénin et le « ijebu gari » du Nigeria, ce dernier étant en passe de bénéficier d’une IGP.

Le tapioca, ingrédient des célèbres bubble tea

Le tapioca, enfin, est une fécule sèche, poudre blanche — riche en amidon — aussi fine que du sucre glace, obtenue après broyage, fermentation, lavage et décantation du manioc. On s’en sert, en Europe notamment, pour épaissir les sauces ou pour donner une texture amidonnée à diverses pâtisseries. L’une de ses variantes, appelée « perles de tapioca », entre par exemple dans la préparation du célèbre dessert bubble tea.

On trouve du tapioca dans toute l’Afrique subsaharienne. Il correspond à cette poudre blanche qui sert à cuisiner le wata fufu au Cameroun et le placali en Côte d’Ivoire. « Tapioca » est un mot français, qui provient de « typyóka », vocable de la langue sud-américaine tupi.

Discordes sémantiques

Une fois le décor planté, essayons de comprendre la genèse de ce conflit entre internautes. Tout serait parti du fait que, dans plusieurs groupes Facebook, dont principalement « Secret de femme à la cuisine », les Camerounais affirment que l’attiéké est du tapioca. Ce que nient les Ivoiriens. Pour certains Camerounais, l’attiéké serait très précisément du tapioca frais. Pour d’autres, l’attiéké, le gari et le tapioca ne seraient ni plus ni moins que la même chose, parce que tous fabriqués avec du manioc. Cette affaire a donné lieu à d’interminables querelles.

Mais, si l’on s’en tient aux définitions données ci-dessus, on peut constater que les Camerounais se trompent, puisque l’attiéké n’est pas le gari, et encore moins le tapioca. S’il peut avoir un peu de mauvaise foi dans l’attitude de certains Camerounais – qui ont bel et bien compris la différence, mais s’obstinent à la nier –, il apparaît que, pour une partie de leurs compatriotes, en revanche, l’incompréhension résulte davantage de l’acception de ces mots dans leur pays.

LES PAYS AFRICAINS PARTAGENT DES SPÉCIALITÉS CULINAIRES TRÈS PROCHES, QUI DONNENT L’ILLUSION D’ÊTRE IDENTIQUES

En effet, en français camerounais, le mot « tapioca » désigne abusivement le gari. Cette confusion n’est pourtant pas présente dans l’anglais camerounais et dans les langues locales, où « gari » désigne le produit exact. Le tapioca, pour les francophones comme pour les anglophones, correspond au contraire à la « farine » du wata fufu. On peut donc comprendre d’où vient ce malentendu. Quant à l’attiéké, même si l’on en trouve de plus en plus au Cameroun dans des restaurants tenus par la diaspora ivoirienne, il correspond, dans une certaine mesure, au dakkéré, lorsqu’il est bien entendu fait avec de la farine de manioc.

Si l’on peut regretter cette guéguerre sémantique, et toutes les conséquences qu’elle engendre, elle n’en met pas moins un fait en lumière : les pays africains partagent des spécialités culinaires très proches, qui donnent l’illusion d’être identiques. En maîtriser les subtilités est un atout majeur pour le dialogue entre les cultures.

Avec Jeune Afrique

ParTéguia Bogni

Téguia Bogni

Chargé de recherche au Centre national d’éducation, ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation du Cameroun.

Cameroun-Russie : ce que contient leur nouvel accord de défense

avril 21, 2022

Le document signé par les ministres camerounais et russe de la Défense consacre la coopération militaire entre les deux pays pour une durée de cinq ans. Renouvelable…

Des soldats du gouvernement à Ekona, au Cameroun, le 3 octobre 2018. © ASHLEY GILBERTSON/NYT/REDUX/REA

Quinze articles repartis sur treize pages chacune paraphée par Joseph Beti Assomo, ministre camerounais chargé de la Défense, et par son homologue russe, Sergueï Choïgou… On en sait désormais un peu plus sur les détails de l’accord de défense conclu entre le Cameroun et la Russie. 

Signé le 12 avril dernier, il a pour objet de développer la coopération militaire entre les forces armées des deux pays, à savoir : des échanges d’informations, la formation et l’entrainement des troupes, un partage d’expérience et des activités communes de lutte contre le terrorisme ou la piraterie maritime.

Concrètement, cette coopération se déclinera sous la forme de visites officielles, de participation aux exercices militaires, d’échange de spécialistes ou d’organisation d’évènements.

La question de l’armement

Le document n’évoque pas explicitement la livraison d’équipements militaires, comme cela a été le cas au Mali. Mais il stipule que « d’autres domaines de coopération » peuvent être envisagés conformément aux conventions entre les deux parties, sans donner plus de détails.  

Cette question est pourtant celle qui focalise le plus l’attention depuis l’annonce de la signature de cette convention. En 2015, un autre accord signé par Yaoundé et Moscou prévoyait en effet de faciliter la fourniture d’armements et d’équipements militaires à l’armée camerounaise, engagée dans la lutte contre Boko Haram, devenu depuis l’État islamique en Afrique de l’Ouest.

Moscou avait alors fourni une aide matérielle dans les domaines de l’artillerie, du transport de troupes et de la protection aérienne.

Le nouvel accord russo-camerounais a été signé pour cinq ans. Il sera automatiquement renouvelé pour les cinq années suivantes si l’une ou l’autre des parties n’exprime pas son souhait d’y mettre un terme.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Cameroun : Paul Biya va-t-il se choisir un vice-président ?

avril 6, 2022

Un projet de modification de la Constitution visant à créer le poste de vice-président de la République est-il en cours d’élaboration au Cameroun ? La presse en fait ses gros titres, le sujet est débattu sur les réseaux sociaux mais Etoudi se garde bien de confirmer.

Le président du Cameroun, Paul Biya, arrive au quatrième sommet UE-Afrique à Bruxelles, le 3 avril 2014. © Stephanie Lecocq/EPA/MAXPPP

Il y a tout juste 38 ans, Paul Biya manquait d’être emporté par un coup d’État fomenté par ceux-là mêmes qui étaient chargés de le protéger. Un véritable traumatisme que le président camerounais n’a jamais complètement surmonté et dont il a gardé une propension à la suspicion ainsi qu’un goût prononcé du secret. Quel que soit l’enjeu.

Collaborateurs dans le flou

Aujourd’hui encore, Biya n’aime rien tant que cloisonner et laisser ses collaborateurs dans le flou de ses intentions véritables. Obtenir de la présidence camerounaise qu’elle confirme – ou infirme – une information est généralement une gageure. Aucune de nos sources n’a donc souhaité commenter – ou démentir – le projet de révision constitutionnelle sur lequel plancherait Etoudi et qui viserait à créer un poste de vice-président de la République.

« Jusqu’à ce matin, nous n’avons pas travaillé sur un tel dossier, a répondu l’une d’elle. S’il y avait une évolution, nous ne manquerions pas de vous en tenir informé. » Or deux autres de nos interlocuteurs évoquaient une équipe secrètement constituée pour proposer un texte bientôt déposé au Parlement, tandis qu’un troisième allait jusqu’à laisser entendre qu’un constitutionnaliste, étranger de surcroît pour des questions de confidentialité, pourrait avoir été mis à contribution.

LES DIPLOMATES EUROPÉENS ET AMÉRICAINS PRESSENT LE PRÉSIDENT DE SE TROUVER UN SUCCESSEUR QUI SOIT VÉRITABLEMENT EN ÉTAT DE GOUVERNER

Ces divergences suffisent-elles pour conclure à une fausse information ? Les rumeurs d’amendement constitutionnel courent en réalité depuis plus d’un an, qui prêtent à Paul Biya, 89 ans, l’intention de se choisir un suppléant qui pourrait, le cas échéant, devenir son successeur constitutionnel.

Pressions occidentales

Sauf que la Constitution a déjà tout prévu. En cas de vacance, l’intérim serait assuré par Marcel Niat Njifenji, le président du Sénat. Niat est un homme du sérail, certes en poste depuis moins de neuf ans mais presque nonagénaire, à la santé si fragile qu’il consacre autant de temps à se faire soigner qu’à veiller à la bonne marche de la chambre haute – plus de temps même, disent les mauvaises langues.

Pourquoi le pouvoir camerounais se donnerait-il alors la peine de créer un poste de vice-président ? Depuis de nombreux mois, diplomates européens et américains pressent le président de se trouver un successeur qui soit véritablement en état de gouverner. »

Mais un vice-président nommé par décret aura toujours un problème de légitimité, objecte un politologue camerounais. Quant à l’hypothèse d’un vice-président élu en ticket avec le président, je me demande pourquoi modifier la Constitution maintenant alors qu’il faudra attendre le terme du mandat, en 2025, pour connaître l’heureux élu puisque nos textes ne prévoient pas de possibilité d’anticiper l’élection présidentielle. »

« Cette initiative serait peu judicieuse, poursuit notre interlocuteur, d’autant que cela revient à ouvrir la succession avant l’heure. Vous pouvez remarquer que l’on spécule déjà sur les profils les plus intéressants ». De fait, plusieurs noms circulent déjà, dont celui de l’ancien Premier ministre, Philémon Yang, ou celui de l’actuel chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute.

BIYA FUT LUI-MÊME DÉSIGNÉ SUCCESSEUR CONSTITUTIONNEL PAR AHMADOU AHIDJO QUELQUES ANNÉES AVANT QU’IL NE DÉMISSIONNE

Supprimé en mai 1972 avec l’instauration de l’État unitaire, le poste de vice-président est revenu dans le débat depuis que le retour au fédéralisme est demandé par une partie des anglophones pour isoler les sécessionnistes. Les francophones le perçoivent, eux, comme un moyen pour le président de se choisir un « dauphin ».

Ce n’est pas un mystère, Paul Biya, qui fut lui-même désigné successeur constitutionnel par le président Ahmadou Ahidjo quelques années avant qu’il ne démissionne, n’a jamais paru écouter les conseillers et les chancelleries qui le pressent de réfléchir à l’après.

À Yaoundé, la guerre des clans que se livrent les ambitieux est déjà telle que désigner un vice-président ayant vocation à succéder au chef de l’État en cas de vacance du pouvoir serait politiquement dangereux. Aussi bien pour le président que le titulaire du poste, qui aurait immédiatement une cible sur le dos.

Avec Jeune Afrique par GeorgesDougueli

Championnats d’Afrique de scrabble : le Congo attendu à la VIe édition au Cameroun

mars 24, 2022

Du 10 au 18 mai ont lieu à Yaoundé, au Cameroun, les championnats d’Afrique de scrabble. Le Congo compte y prendre part par le biais de ses talentueux scrabbleurs si les autorités étatiques, les sponsors et autres mécènes apportent l’aide nécessaire pour que la délégation soit présente en terre camerounaise.

Des scrabbleurs congolais / DR

Une équipe de dix joueurs congolais est invitée à prendre part à la compétition qui va réunir près de vingt pays d’Afrique. Jusqu’aujourd’hui, l’incertitude demeure sur la participation congolaise car la fédération est dépourvue de moyens financiers et l’aide multiforme tarde à venir.

Pour sauver ce qui peut encore l’être et pour amoindrir les frais de voyage, la Fédération congolaise de scrabble, que dirige Edson Chancel Ikouadja, a décidé de faire voyager les scrabbleurs et leur encadrement technique par voie carrossable. « Nous avons été invités pour participer aux prochains championnats qui se dérouleront du 10 au 18 mai à Yaoundé, au Cameroun. Nous souhaitons envoyer une équipe de dix joueurs pour représenter le pays mais comme d’habitude, on a aucun sponsor et du côté de notre ministère de tutelle ( Culture et Arts), notre sollicitation est restée lettre morte. On ne désespère pas pour autant, voilà pourquoi nous demandons à tous (sponsors, sociétés, individualités) de nous aider pour faire voyager les joueurs. Nous n’avons pas besoin qu’on nous donne de l’argent comptant, juste nous payer les billets (par voie routière en plus) et les frais de participation. Le budget total est de six millions de francs CFA », a-t-il dit, dépité. Il a ajouté qu’ « Armel Guembo Loembet, secrétaire général de la Fédération congolaise de scrabble, téléphone: 06 660 28 52 / 05 328 40 50. Email: fede.cg.scrabble@gmail.com, est là pour recevoir ladite aide »

Cet événement, inscrit au calendrier officiel de la Fédération internationale de scrabble francophone, réunit chaque année la fine fleur du scrabble africain, des joueurs de très haut niveau et des arbitres internationaux.

Lors des quatre dernières éditions auxquelles l’équipe nationale a participé, elle a toujours remporté une médaille. Il compte parmi les grands pays du scrabble africain puisqu’il détient un champion du monde en Scrabble classique, une paire championne du monde de classique en ligne et plusieurs médailles continentales.

Le palmarès congolais aux compétitions internationales

2006: une médaille d’or en classique au championnat du monde.

2012 : une médaille de bronze en classique, lors du championnat du monde.

2018 : deux médailles d’argent en classique au championnat d’Afrique.

2019 : deux médailles (or et bronze) lors du championnat d’Afrique.

2020 : une médaille en or à la Coupe des nations classique.

2021 : trois médailles (or, deux en bronze) au Championnat d’Afrique.

Avec Adiac-Congo par Hervé Brice Mampouya

Cameroun : en plein cœur de Yaoundé, « le temple des Noah »

mars 14, 2022
Le Village Noah, à Yaoundé. © Éric Minyan/The PhotoGraphix

Dans son quartier d’Etoudi, proche de la présidence camerounaise, l’ancien champion de tennis Yannick Noah a bâti un vaste complexe hôtelier. Visite guidée.

C’est la chronique d’un retour au pays natal. Celle de la légende du tennis Yannick Noah, ancienne personnalité préférée des Français, star de la musique et as du business, revenue bâtir un village de vacances sur les terres qui ont vu naître ses aïeux. L’histoire d’un patronyme, également, qui appartient à l’une des familles les plus célèbres et influentes du Cameroun. « Ce lieu est plus qu’un hôtel, c’est le temple des Noah », précise Yannick, qui, en cette mi-février, nous fait visiter le site.

Bien décidé à perpétuer l’héritage de ce lieu emblématique de Yaoundé, il n’a rien changé au country club qu’avait fondé Zacharie, son père, décédé en 2017. Une oasis de verdure de plusieurs hectares aux allures de parc d’attractions, parsemée de vastes pelouses, de courts de tennis et d’un terrain de basket ajouté par son fils, Joakim Noah, du temps de son passage en NBA… Construite par sa défunte mère, Marie-Claire Échalier-Perrier, l’école, qui accueille trois cents enfants, a elle aussi gardé tout son charme.

Héritage

Parmi les innovations, un mini-bar nous plonge, dès l’entrée, dans l’univers de l’ancien athlète de haut niveau. De part et d’autre de cet espace cosy, un mini-musée, dans lequel le vainqueur de Roland-Garros expose l’ensemble des trophées remportés au cours de sa carrière. Une balade authentique et originale dans l’univers du tennis des années 1980. Idéal pour prendre un verre ou discuter entre amis, dans une ambiance bercée par des musiques du monde.

OÙ QU’ILS SE TROUVENT, TOUS LES ENFANTS DU CLAN DOIVENT SAVOIR QU’ILS ONT UN CHEZ-EUX AU CAMEROUN

Et bientôt, le plat de résistance : autour d’une cascade, dix-neuf chambres et trois suites, dont une VIP. « Chacune de ces chambres porte le nom d’un petit-fils du clan, explique Yannick. Histoire de les préparer à récupérer cet héritage, et de leur dire que, où qu’ils se trouvent, ils ont un chez-eux au Cameroun ».

À l’intérieur, un mélange d’artisanat camerounais ou, plus largement, africain, qui donne un aspect ethnique chic. Du bambou et du rotin local, du bogolan – ce tissu de coton fabriqué au Mali –, des chaises bamiléké, le tout recouvert de paille provenant du Nord-Cameroun.

Guitare et karaoké

Chez les Noah, la musique reste le fil conducteur. Au cœur du domaine, un bus désaffecté a été relooké pour accueillir les amoureux de karaoké. Les samedis, il n’est pas rare de voir le nouveau gardien du temple empoigner sa guitare et monter sur scène pour jouer quelques notes. Le grand-père, Simon Noah Bikié (le « Papa Tara » célébré par Yannick en chanson), et le père, Zacharie Noah, dit « Tonton Zac », qui repose non loin dans le caveau familial, apprécieraient.

Yannick Noah a également fait ouvrir une boutique du Coq Sportif, la marque qui équipe les sélections nationales de football du Cameroun. Membre du conseil d’administration de l’équipementier, avec lequel il chemine depuis ses 19 ans, Yannick Noah n’est pas étranger à la signature du contrat qui lie cette marque à la Fédération camerounaise de football depuis janvier 2020.

CE N’EST PAS LE BUSINESS QUI COMPTE, MAIS LA SPIRITUALITÉ DE L’ENDROIT

L’ancienne gloire du tennis se souvient de cette session du conseil durant laquelle l’appel d’offre a été débattu. « Quand je suis tombé sur le dossier du Cameroun et que nous l’avons examiné, j’ai dit [aux membres du CA], allons-y sans hésiter », se souvient-il.

Près de 1,5 million de dollars ont été investis dans la valorisation du domaine de 3 hectares. L’air débonnaire, Yannick Noah refuse d’endosser le costume d’entrepreneur. « Ce n’est pas le business qui compte, mais la spiritualité de l’endroit », commente-il. Une des conséquences de la tournure qu’a pris son précédent projet immobilier ?

Mille logements… et un procès

À la fin de 2016, les médias avaient annoncé en grande pompe son ambitieux projet : la construction d’une cité en plein cœur de Yaoundé, baptisée « Cité des cinquantenaires » : en 2019, 1 000 logements conçus selon les normes européennes devaient être livrés. Yannick Noah et ses partenaires financiers – parmi lesquels son fils Joakim – ciblaient la classe moyenne et la diaspora, pour un investissement de plus de 60 milliards de F CFA (plus de 90 millions d’euros).

N’étant pas sur place, Yannick Noah, avait créé une société civile immobilière, MJ Construction, et délégué la conduite des travaux à son cousin, Emmanuel Atangana. Trois ans plus tard, et après qu’environ 500 000 euros eurent été dépensés, rien n’avait bougé sur le site du chantier, dont l’acquisition avait été facilitée par la mairie de Yaoundé. Estimant avoir été floué, Yannick Noah est aujourd’hui en procès contre ce proche.

PARMI SES VISITEURS, LES JOUEURS DE TENNIS AMÉLIE MAURESMO ET YAHIYA DOUMBIA, LE BOXEUR TONY YOKA…

À 61 ans, l’ancien sportif, qui a posé ses valises au Cameroun en 2020, en pleine pandémie de Covid-19, commence une nouvelle vie. Depuis l’ouverture du Village Noah, ses amis font le déplacement pour découvrir ce coin de Cameroun : Amélie Mauresmo et Yahiya Doumbia, membres de la grande famille du tennis français, le boxeur Tony Yoka, etc. Durant la dernière Coupe d’Afrique des nations, les membres de la CAF ont été également séjourné au village, qui accueillait une fan zone officielle de la compétition.

Noah veut en faire une halte privilégiée pour les Yaoundéens comme pour les touristes. « Nous proposons aux visiteurs un endroit magnifique, dans Yaoundé, afin qu’ils repartent du pays en se disant : “Nous avons vu quelque chose de formidable” », conclut-il.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute – à Yaoundé