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Qui en voulait au journaliste Martinez Zogo ?

janvier 23, 2023

Au Cameroun, le directeur de la radio Amplitude FM était porté disparu depuis plusieurs jours. Son corps a été retrouvé le 22 janvier au matin. Une enquête a été ouverte et plusieurs associations de journalistes dénoncent un « assassinat ».

Martinez Zongo était l’animateur vedette d’une émission quotidienne, Embouteillage, sur la radio camerounaise Amplitude FM. © DR.

Il était porté disparu depuis le 17 janvier. Le corps sans vie de Martinez Zogo, 51 ans, directeur général de la radio privée Amplitude FM, a été découvert le 22 janvier au matin, aux environs de la localité Soa, à la périphérie nord de Yaoundé. L’information a été confirmée par le porte-parole du gouvernement, René-Emmanuel Sadi, qui indique dans un communiqué daté du même jour que la dépouille a été retrouvée dans un « état de décomposition avancée ».

« Sévices corporels »

Charly Tchouemou, rédacteur en chef d’Amplitude FM, a assuré avoir reconnu la victime. Les autorités précisent quant à elles que l’épouse de Martinez Zogo a formellement reconnu ses effets personnels et que le journaliste « a subi d’importants sévices corporels ». Son corps a été transporté dans la journée à l’hôpital central de Yaoundé pour y être autopsié et, ce dimanche, une foule nombreuse s’était réunie devant l’établissement, ainsi que de nombreux éléments des forces de l’ordre. Le gouvernement a fait savoir qu’une enquête avait été ouverte pour retrouver « les auteurs de ce crime odieux, inqualifiable et inadmissible ».

L’opposition et des organisations de défense de la presse dénoncent un « assassinat ». Disparu dans des circonstances troubles, Zogo était l’animateur vedette d’une émission quotidienne, Embouteillage, diffusée du lundi au vendredi et très écoutée dans la capitale camerounaise. Une enquête avait été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances de sa disparition, selon une source policière.

« Assassinat odieux »

À l’antenne, ce journaliste engagé abordait régulièrement des affaires de corruption, n’hésitant pas à mettre en cause nommément des personnalités importantes. Il avait notamment été détenu préventivement deux mois en 2020 dans une affaire où il était accusé de diffamation. Le Comité de protection des journalistes (CPJ) avait alors réclamé sa libération et exhorté le gouvernement à dépénaliser cette infraction.

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun a exprimé dans un communiqué sa « consternation », dénonçant un « assassinat odieux » et appelant les travailleurs des médias à se vêtir de noir le 25 janvier pour marquer leur deuil. L’International Press Institute, organisation de défense de la liberté de la presse basée à Vienne, a exhorté les autorités camerounaises à « enquêter rapidement sur le meurtre horrible du journaliste Martinez Zogo et veiller à ce que les coupables soient traduits en justice ».

L’opposition politique s’est également indignée, à l’image du député de l’opposition du Social Democratic Front (SDF), Jean-Michel Nintcheu, qui a dénoncé dans un communiqué un « crime » qui « ne saurait rester impuni ».

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) affirmait vendredi que Zogo avait été « enlevé » le 17 janvier aux alentours de 20 h devant un commissariat de la périphérie de Yaoundé. Il a bien été vu pour la dernière fois devant un poste de gendarmerie, avait confirmé une source policière, qui ajoutait ne « pas disposer d’indices pour affirmer qu’il s’agit d’un enlèvement ».

CHACUN DE NOUS PEUT SE RETROUVER DANS CETTE SITUATION POUR QUELQUE CHOSE QU’IL AURAIT PEUT-ÊTRE DIT

« Il y a de nombreuses zones d’ombres concernant les circonstances de son enlèvement brutal. Les autorités doivent lancer une enquête rigoureuse, approfondie et indépendante pour établir toute la chaîne de responsabilité et les circonstances qui ont conduit à ce triste événement », a déclaré Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne pour RSF.

Dimanche, plusieurs chaînes de télévision camerounaises ont dédié leurs programmes à cet événement. Interrogée sur la chaîne Info TV, la romancière Calixthe Beyala s’est dite « abattue, attristée. Je savais qu’il était mort dès qu’on a annoncé qu’il était enlevé. On peut se poser la question : à qui le tour ? Chacun de nous peut se retrouver dans cette situation pour quelque chose qu’il aurait peut-être dit ».

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Canada-Québec: Une femme tuée à Mont-Saint-Hilaire, un bambin retrouvé dans la maison

janvier 13, 2023
Une voiture de police sous la neige.

Un enfant âgé de moins d’un an a été transporté à l’hôpital, mais on ne craint pas pour sa vie. Photo: Radio-Canada/Yannick Gadbois

Une femme a été retrouvée morte jeudi par des ambulanciers à Mont-Saint-Hilaire, en Montérégie.

Les ambulanciers ont également découvert un enfant âgé de moins d’un an dans la maison. Le bambin a été transporté à l’hôpital, mais on ne craint pas pour sa vie.

Selon des informations obtenues par Radio-Canada, la victime est Nadine Flora Alinanyinyi, une immigrante du Cameroun arrivée au Canada en janvier 2020. Selon nos sources, cette mère célibataire vivait seule avec son bébé.

Vers 14 h, les services d’urgence se sont présentés à la résidence de la rue Joseph-Elzéar-Bernier puisqu’ils avaient des raisons de croire que la femme était en danger.

Portrait d'une femme.

Nadine Flora Alinanyinyi était dans la trentaine Photo : Radio-Canada

La Régie intermunicipale de police Richelieu-Saint-Laurent a transmis l’enquête à l’équipe des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec (SQ).

Aucun suspect n’a été identifié pour l’instant

Radio-Canada par Jean-François Thériault avec des informations de Pascal Robidas

Cameroun : à Yaoundé, un glissement de terrain fait une dizaine de morts

novembre 28, 2022

Un éboulement est survenu le 27 novembre lors d’une cérémonie de commémoration à des personnes décédées durant l’année. Les recherches ont repris ce lundi matin.

Les recherches ont été interrompues dans le quartier de Damas, en périphérie de Yaoundé. © Remi Decoster / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP.

Au moins 11 personnes ont péri, dimanche 27 novembre, dans un affaissement de terrain lors d’une réunion en hommage à des défunts dans le quartier de Damas, en périphérie de Yaoundé, où les recherches ont été interrompues en fin de soirée avant de reprendre ce lundi matin.

« Pour le moment, nous avons 11 corps, les recherches se poursuivent pour trouver d’autres corps sous la terre », a expliqué en soirée sur les ondes de la radio d’État CRTV Naseri Paul Bea, le gouverneur de la région Centre. Quatre premiers corps recouverts de draps blancs ont été évacués en début de soirée sur les plateaux de trois pickups de la police, a rapporté un journaliste sur place. Puis les autres sans doute dans l’un des nombreux véhicules des pompiers et ambulances qui se sont succédé.

Des centaines de personnes s’étaient amassées à proximité, des résidents affolés à la recherche de proches, des badauds tentant de prendre des photos avec leurs portables et des secouristes, policiers et gendarmes qui peinaient à se frayer un chemin vers les lieux du drame.

Cérémonie de commémoration

De nombreuses familles s’étaient installées dans l’après-midi pour une cérémonie de commémoration de cinq membres d’une association décédés durant l’année. Les convives étaient installés sous plusieurs grandes tentes sur un terrain vague au sommet d’une colline quand le sol s’est affaissé en début de soirée sous une partie de l’assistance.

« Nous venions juste de commencer à danser quand la terre s’est effondrée », a raconté Marie-Claire Mendouga, 50 ans, qui se tenait par chance sous l’une des tentes n’ayant pas été emportées par l’éboulement. « Je suis allée creuser avec mes mains » pour tenter de sortir des victimes des amas de terre, soufflait cette commerçante de Damas, les mains encore souillées par la glaise marron et les vêtements couverts de poussière. « Je ne sais pas si je vais pouvoir dormir. Tu es assise, tu as des gens derrière toi et après ils sont morts. »

Quatre grandes tentes blanches se dressaient toujours en haut de la colline, mais au bord de ce qui paraissait être une arête au-delà de laquelle le sol avait disparu, a décrit le journaliste qui a pu s’approcher un peu des lieux de l’éboulement avant d’être bloqué par un cordon de policiers. Des secouristes y descendaient en début de soirée pour tenter de retrouver des personnes en contrebas.

Victimes ensevelies

Vers 22 h, les recherches ont cessé. Un responsable des secouristes a indiqué, sous couvert de l’anonymat, que le bilan de la soirée restait à 11 morts mais que les recherchent reprendraient ce lundi matin pour vérifier qu’il n’y a pas d’autres victimes ensevelies.

Les effondrements de terrain sont relativement fréquents à Yaoundé mais ils sont rarement aussi meurtriers. À Bafoussam, dans l’Ouest, 43 personnes avaient été tuées le 29 octobre 2019 quand un glissement de terrain avait emporté une dizaine d’habitations précaires construites à flanc de colline, après des pluies diluviennes.

Par Jeune Afrique (avec AFP)

Mondial 2022 : le Cameroun va-t-il rééditer l’impossible ?

novembre 17, 2022

DÉFI. La tâche des Lions indomptables sera immense au Qatar, où leurs adversaires de poule sont le Brésil, la Suisse et la Serbie. Mais ils en ont vu d’autres…

Rigobert Song, capitaine emblematique des Lions indomptables, aujourd'hui selectionneur du Cameroun, et Samuel Eto'o, attaquant de legende  et president de la Federation camerounaise de football (Fecafoot) : vont-ils trouver la bonne potion pour aller loin dans ce Mondial au Qatar ?
Rigobert Song, capitaine emblématique des Lions indomptables, aujourd’hui sélectionneur du Cameroun, et Samuel Eto’o, attaquant de légende  et président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) : vont-ils trouver la bonne potion pour aller loin dans ce Mondial au Qatar ? © – / AFP

Il faudra véritablement sortir le grand jeu pour se qualifier au second tour, mais, quand on voit comment les Lions indomptables se sont qualifiés pour la Coupe du monde, chez l’ex-champion d’Afrique, l’Algérie, il n’est pas déraisonnable de rêver. En effet, donnés comme les outsiders en chef de ce groupe G, les joueurs camerounais pourraient profiter de l’expérience et peut-être même de la baraka du président de la Fédération camerounaise de foot (Fecafoot), Samuel Eto’o, et de celle de son sélectionneur, le légendaire Rigobert Song, pour se sublimer et créer la surprise. Mais les avertissements ne manquent pas.

Devoir de vigilance pour les Lions indomptables

La tournée africaine effectuée par le Brésil (victoires 3-0 et 5-1 face à la Tunisie et au Ghana) durant la trêve internationale de septembre n’avait qu’un seul objectif : préparer au mieux la rencontre face aux Lions indomptables à la Coupe du monde du Qatar. La Seleçao, qui court après sa sixième étoile depuis vingt ans, ne prend aucun détail à la légère et veut marquer le coup d’entrée pour aller chercher ce titre qui manque à la génération de Neymar et compagnie.

La Suisse, quart-de-finaliste à l’Euro et sur une pente ascendante depuis plusieurs années, a dernièrement défait l’Espagne (1-2) dans un match comptant pour la Ligue des nations.

La Serbie, potentielle grosse surprise de ce Mondial, guidée par son attaquant Aleksandar Mitrovic, semble plus huilée et plus soudée que jamais et enchaîne les très bonnes performances. Alors, naturellement, la défaite 2-0 face à l’Ouzbékistan et l’autre 1-0 face à la Corée du Sud sur un but de la star de Tottenham Heung-min Son pouvaient susciter des interrogations du grand public après la fenêtre de matchs internationaux de septembre.

Eto’o, Milla : les premiers supporteurs des Lions indomptables

Toutefois, pas de quoi inquiéter le président de la Fecafoot Samuel Eto’o, qui organise le bloc autour de son équipe. « La défaite ? Ce n’est pas le plus important pour nous. Ce que nous voulions voir, nous l’avons vu. C’était beaucoup plus la réaction de l’équipe. Et, pour la première fois, j’ai souhaité voir l’équipe du Cameroun perdre, sachant que nous avons notre objectif qui est de partir de la compétition le 18 décembre à Doha [jour de la finale du Mondial, NDLR]. Quand je parle de sortir de la compétition le 18, ça veut dire que nous ne perdons pas de vue notre objectif. Parce que c’est possible. Mais, pour l’atteindre, évidemment, il faut voir comment le groupe réagit face aux difficultés. Nous n’avions plus beaucoup de temps pour voir ce groupe-là et, comme j’ai dit dans le vestiaire, je félicite ce groupe parce que j’ai vu des réactions positives. Quand on veut vivre ensemble, il faut que le groupe soit humainement bon. »

Même son de cloche de la part du légendaire Roger Milla, pour qui aucune conclusion n’est à tirer sur les résultats des matchs de préparation : « Ne jugez pas Song ni Samuel Eto’o. Le Cameroun sait qui sera titulaire et qui sera remplaçant. Nous n’avons pas à exposer notre système de jeu ni nos meilleurs joueurs. L’Allemagne a envoyé son équipe remplaçante jouer en match amical avec le Cameroun, nous avions fait 2-2. Pendant la Coupe du monde (2014), cette même Allemagne a sorti son équipe type et vous avez vu 7-1 contre le Brésil. Les matchs de préparation ne sont pas la réalité de la Coupe du monde. Il s’agit juste d’une remise en jambes. Celui qui dévoile tout son football avant les choses sérieuses risque de regretter le moment venu. C’est l’occasion de tester de nouveaux joueurs pour voir s’ils n’ont pas le complexe des footballeurs de couleur différente. Seuls les détracteurs critiquent ce genre de défaites. »

Ngadeu, grand absent du Mondial

Cela dit, la fenêtre de septembre avait été marquée par les retours des vainqueurs de la CAN 2017 : Nicolas Nkoulou (ancien défenseur de l’OM) et Georges Mandjeck (ancien milieu de Rennes, aujourd’hui à Famagouste), en retrait de la sélection depuis 2017 et 2019.

À ces noms se sont ajoutés ceux de nombreux nouveaux joueurs, à l’image de Bryan Mbeumo (ailier, Brentford), les anciens Marseillais Kevin Nkoudou (ailier, Besiktas), Olivier Ntcham (milieu, Swansea), Jean Onana (milieu, RC Lens), les défenseurs Enzo Bosse (Udinese), Christopher Wooh (Rennes), Enzo Tchato (fils de l’ancien international Bill Tchato, évoluant à Montpellier) ou encore Darlin Yongwa (arrière gauche de Lorient).

Parmi eux, Nkoulou, Mbeumo, Nkoudou, Ntcham, Bosse et Wooh figurent sur la liste finale qui fera le voyage au Qatar.

Alors que ces joueurs s’ajoutent à une ossature qui s’est dégagée lors de la CAN, à la surprise générale, le grand absent de cette liste est le défenseur central de la Gantoise, Michael Ngadeu, champion d’Afrique en 2017, cadre de la sélection depuis 2016, et même capitaine de la sélection à plusieurs reprises. Titulaire encore à la CAN, il était encore incontournable lors des barrages de la Coupe du monde face à l’Algérie, et même passeur décisif pour le but de la qualification pour le Mondial signé Toko Ekambi.

De plus, cette non-sélection ne se justifie pas par un manque de temps jeu en club, étant donné qu’il est incontournable du côté de la Gantoise. On peut donc s’interroger. Son expérience était cruciale à un poste où Ebosse, Wooh sont relativement nouveaux, tandis que Nkoulou n’est plus forcément au niveau qu’il affichait dans les années 2010. Ayant pris ses marques au point de devenir titulaire depuis la CAN, le Nantais Jean-Charles Castelletto a l’opportunité de naturellement devenir le leader de la défense camerounaise.

Quelle alchimie pour les Lions indomptables ?

Cet important afflux de nouveaux joueurs, ajouts non négligeables sur un plan qualitatif, pose la question de l’alchimie d’équipe. Ne disposant que d’un seul match de préparation avant le Mondial, la capacité d’intégration au projet de jeu sera capitale pour Rigobert Song. Ménagés en septembre, Choupo-Moting, qui prend de plus en plus d’importance au Bayern Munich, et l’ancien Marseillais Zambo Anguissa, auteur d’un très bon début de saison du côté de Naples, seront bien de la partie. Souvent critiqué, ce dernier n’en demeure pas moins un joueur essentiel pour l’entrejeu de la sélection camerounaise tant les attentes sont grandes autour de lui.

Enfin, surprises du chef, Rigobert Song a voulu mettre en valeur le football domestique, qui retrouve une ferveur populaire depuis la saison passée, en incluant deux joueurs évoluant au pays. En l’occurrence, Souaibou Marou, attaquant du Coton Sport, élu Ballon d’or camerounais 2022, récompensé meilleur joueur évoluant au pays, et Jérôme Ngom, ailier de 24 ans évoluant à Apejes. De retour dans son club formateur après des expériences en République tchèque et aux États-Unis, il a attiré l’œil du sélectionneur durant le regroupement de ces derniers jours. Choix payant, donc.

À noter que l’on compte treize joueurs formés au pays, dont quatre en provenance du club dix-sept fois champion du Cameroun : le Coton Sport, représenté par Aboubakar, Zambo Anguissa, Marou et Ngamaleu (qui y a terminé sa formation).

La théorie du danger fera-t-elle la différence ?

Avec cinq matchs, deux victoires, trois défaites, le bilan comptable de Rigobert Song n’est peut-être pas flatteur, mais la compétition est le seul indicateur significatif sur lequel des conclusions peuvent être tirées. Pour Samuel Eto’o, il n’y a pas de limites à se fixer, bien au contraire : « Je crois que, pour gagner la Coupe du monde, il ne faut pas être des monstres ou des extraterrestres. Il faut une bonne préparation, une forte mentalité et une pincée de folie. Je prends toujours l’Inter Milan comme exemple : personne au début de la saison 2009-2010 ne pensait que nous pouvions gagner la Ligue des champions et Mourinho a fait quelque chose de fou, avec un groupe d’hommes et de guerriers. Je voudrais quelque chose comme ça pour le Cameroun aussi. »

Naturellement, s’agissant de la Coupe du monde et prenant en compte l’adversité à laquelle le Cameroun devra faire face d’entrée, ce sentiment d’urgence est de mise. « Quand tu sais que tu es en danger, tu n’es plus en danger ! C’est quand tu ne sais pas que tu es en danger que tu es en danger. » La célèbre citation de Rigobert Song est on ne peut plus vraie à la veille de la Coupe du monde et une mentalité de siège est un impératif pour élever le niveau d’exigence des coéquipiers de Vincent Aboubakar afin d’approcher la compétition sans complexes et pour pouvoir déjouer tous les pronostics, comme le Cameroun l’avait fait en 1982 et 1990.

Avec Le Point.fr par Abdoulaye A. Sall

Mondial 2022 au Qatar : les sélections africaines ont-elles une chance ?

novembre 16, 2022

La Tunisie, le Maroc, le Cameroun et le Ghana devront se surpasser pour atteindre le second tour de la Coupe du monde de football. Quant au Sénégal, il reste suspendu au genou de Sadio Mané.

Le Sénégalais Sadio Mané, le 6 février 2022. © Kenzo TRIBOUILLARD / AFP

Le tirage au sort n’aura pas été favorable aux cinq sélections africaines qualifiées pour le Mondial de football, qui doit s’ouvrir au Qatar le 20 novembre. Seul le Sénégal a été relativement épargné, mais il ignore encore s’il pourra compter sur sa star blessée, Sadio Mané.

Eto’o voit ses Lions sur le toit du monde

Samuel Eto’o, l’ancien capitaine et buteur des Lions indomptables, désormais président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), a toujours vu grand. Celui qui fut l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football africain avait prédit il y a quelques mois que le Cameroun serait champion du monde au soir du 18 décembre.

Ce panafricain convaincu a depuis développé sa prophétie : son pays affrontera le Maroc en finale, avec l’issue que l’on connaît. Et puisque cela ne coûte rien, Eto’o, dans un récent communiqué, a également annoncé la qualification de la Tunisie, du Sénégal et du Ghana pour les huitièmes de finale. « Les équipes africaines ont un gros potentiel, ont acquis de plus en plus d’expérience, et elles sont prêtes à remporter la Coupe du Monde », a-t-il martelé.

On aimerait bien sûr partager, même partiellement, l’optimisme d’Eto’o, lequel, en quatre participations à la phase finale avec les Lions, n’a jamais réussi à franchir le premier tour. Mais la réalité sera sans doute moins lumineuse pour les cinq mondialistes africains, dont aucun ne figure en haut de la liste des favoris (où l’on retrouve la France tenante du titre, le Brésil de Neymar, l’Argentine de Lionel Messi, la Belgique, l’Allemagne ou encore l’Espagne), ni même parmi les outsiders, mélange hétéroclite composé des Pays-Bas, du Portugal, de l’Angleterre, du Danemark, de la Croatie ou de l’Uruguay.

Quand Eto’o envoie ses Lions sur le toit du monde, Mohammadou Idrissou, son ancien coéquipier en sélection, se précipite pour le ramener à la raison. « Nous allons affronter au premier tour le Brésil, la Suisse et la Serbie, autrement dit un favori et deux bonnes sélections européennes. Alors, parler de titre mondial… Commençons déjà par essayer de sortir de ce groupe, ce qui sera déjà très compliqué. »

Les Lions indomptables ont des arguments, tels le gardien André Onana (Inter Milan), le milieu de terrain André-Frank Zambo Anguissa (Naples) ou l’attaquant Eric Maxim Choupo-Moting (Bayern Munich), alors que leur sélectionneur, Rigobert Song, est de plus en plus contesté, notamment pour ne pas avoir retenu Michaël Ngadeu, l’un de ses piliers.

Eric Maxim Choupo-Moting, le 11 août 2022 avec son club, le Bayern Munich. © Photo by Marcel Engelbrecht / firo Sportphoto / dpa Picture-Alliance via AFP
Eric Maxim Choupo-Moting, le 11 août 2022 avec son club, le Bayern Munich. © Photo by Marcel Engelbrecht / firo Sportphoto / dpa Picture-Alliance via AFP

Claude Le Roy, l’ancien sélectionneur du Cameroun, mais aussi du Ghana et du Sénégal, deux autres équipes présentes au Qatar, n’est pas offusqué par les prédictions d’Eto’o, même s’il les nuance. « Il a raison d’avoir des ambitions, de ne pas tenir des propos misérabilistes. Dans une phase de groupes, tout est possible, et je pense que le Cameroun, le Sénégal et à un degré moindre le Ghana peuvent se qualifier. La Tunisie et le Maroc aussi, même si, car il faut être objectif, ce sera très compliqué pour eux. »

Le Sénégal avec ou sans Mané

Le Sénégal a certes hérité du groupe à priori le plus abordable (Qatar, Pays-Bas, Équateur), mais Aliou Cissé, le sélectionneur des Lions de la Teranga, a appris le 9 novembre que son meilleur joueur, Sadio Mané, s’était blessé au péroné lors d’un match avec le Bayern Munich la veille.

La star sénégalaise, deuxième du dernier Ballon d’Or, figure bien dans la liste des 26, mais le champion d’Afrique en titre atterrira forcément amoindri dans le Golfe persique, sans savoir s’il pourra compter sur son principal atout. Si Cissé dispose tout de même d’un effectif de qualité, capable de franchir le cap du premier tour, la mission s’annonce forcément plus périlleuse pour son équipe.

La Tunisie et le Maroc dans des groupes très relevés

Le finaliste potentiel de la Coupe du Monde imaginé par le président de la Fecafoot – le Maroc – a récemment changé de sélectionneur. Walid Regragui, ancien international marocain et vainqueur, en tant qu’entraîneur, de la dernière Ligue des Champions avec le WAC Casablanca, a remplacé Vahid Halilhodzic, limogé après avoir qualifié les Lions de l’Atlas.

Le nouveau patron technique a rappelé Hakim Ziyech (Chelsea), en conflit ouvert avec son prédécesseur, et bénéficie d’une forte adhésion autour de sa personne. Mais les Marocains n’ont pas vraiment eu de chance au tirage, constate Claude Le Roy. « Je pense que c’est la sélection africaine, avec la Tunisie, qui a hérité du groupe le plus difficile. La Croatie a été finaliste de la Coupe du Monde 2018, la Belgique, l’un des favoris, y a terminé troisième, et le Canada est une équipe particulièrement solide. Quant aux Tunisiens, avec la France et le Danemark, ils doivent s’attendre à souffrir. Mais dans le football, tout est possible. Comme me l’a dit Samuel Eto’o récemment, une Coupe du Monde, c’est quelques matches, pas une saison entière. »

Les Black Stars sur une mauvaise lancée

La situation du Ghana, placé dans un groupe où figurent le Portugal, l’Uruguay et la Corée du Sud, n’est guère plus confortable. Les Black Stars ont certes éliminé le Nigeria pour se qualifier, mais sa dernière CAN a été un échec, ses récents matches n’ont pas soulevé un enthousiasme effréné, et le sélectionneur, Otto Addo, a laissé entendre qu’il pourrait quitter son poste après la Coupe du Monde.

En 2018, aucune sélection africaine n’avait franchi le premier tour. Dans l’histoire de la Coupe du Monde, seuls le Cameroun (1990), le Sénégal (2002) et le Ghana (2010) ont atteint les quarts de finale. En envoyant tous les représentants du continent au second tour et deux en finale, Eto’o a placé la barre très haut. Trop ? Réponse dans quelques jours.

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

Cameroun : Paul Biya, quarante années au pouvoir et pas l’intention de se retirer

novembre 5, 2022

Le chef de l’État camerounais célèbre ses quatre décennies à la présidence ce 6 novembre, il détient ainsi quasiment le record de la longévité au pouvoir.

© Damien Glez

Paul Biya, que l’on dit volontiers nonchalant, est-il un marathonien à la vocation de recordman ? Il y a quelques semaines, au décès de la reine britannique Elizabeth II à l’âge de 96 ans, 4 mois et 17 jours, le président camerounais devenait, à 89 ans et demi, le chef d’État le plus âgé de la planète, devant Michel Aoun qui, depuis, a quitté le palais présidentiel libanais.

Il n’est qu’un collègue africain du Camerounais pour lui barrer la route d’un second record, celui de la longévité au pouvoir. « Petit frère » de presque une décennie et candidat à un nouveau mandat, l’Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema enregistre plus de 43 ans au pouvoir. Ce 6 novembre, ce n’est qu’un quarantième anniversaire que célèbre Paul Biya à la tête du Cameroun. Mais déjà chargé de mission à la présidence en octobre 1962 sous Ahmadou Ahidjo, c’est en réalité 60 ans que fête le chef de l’État camerounais sous les arcanes du palais, dont sept à la tête du gouvernement. Si l’on s’en réfère à la pyramide des âges, plus de 80 % des Camerounais n’ont pas connu d’autre président de la République.

Aucun découragement

Pour « les 40 ans du Renouveau », le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) annonce des « réjouissances festives » à la gloire du leader, des témoignages mais aussi des « moments de réflexion », à commencer par un ouvrage « hautement scientifique » de près de 500 pages et 35 co-auteurs. Certaines sources du parti présidentiel évoquent même « une décision inattendue ». Difficile de renouveler l’exercice des anniversaires, si l’on veut être original. L’année dernière, c’est une chanson qui avait été composée à la gloire de Paul Biya…

Solennité commémorative rime avec déclarations emphatiques mais aussi vœux de longévité. Et comme il s’agit d’un anniversaire au pouvoir, la question de la longévité au pouvoir est de mise. Les proches du magistrat suprême rêvent, les yeux ouverts, d’un huitième mandat consécutif. Le président aura 92 ans en 2025, l’année de la prochaine élection présidentielle, et 99 à l’issue d’un éventuel futur nouveau septennat…

Le poids des années ne découragerait pas le chef de l’État camerounais, si l’on en croit ses déclarations lors de la conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, en juillet dernier : « Quand ce mandat arrivera à expiration, vous serez informés si je reste ou si je rentre au village. » Et le président presque nonagénaire de naviguer entre suspense humoristique, division chronique de l’opposition, loyauté de l’armée et logorrhée hagiographique de ceux qui vivent à l’ombre de son régime…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Cameroun : des diplomates américains exigent la libération de Marafa Hamidou Yaya

octobre 4, 2022

Huit anciens ambassadeurs des États-Unis au Cameroun appellent les autorités de leur pays à faire pression pour que l’ex-ministre, âgé et malade, puisse sortir de prison. Et dénoncent la responsabilité de Julian Assange et de WikiLeaks dans cette affaire.

Marafa Hamidou Yaya à la sortie du tribunal de Yaoundé, le 16 juillet 2012, premier jour de son procès. © DR

En juin dernier, le gouvernement britannique a décidé d’extrader Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, vers les États-Unis afin qu’il y soit poursuivi pour avoir diffusé, en 2010, des centaines de milliers de documents confidentiels volés au gouvernement américain. Cette décision rapproche un peu plus l’intéressé de la reddition des comptes. Assange fera sans nul doute appel de cette décision. Je souhaite vivement qu’il perde de nouveau et qu’il comparaisse bientôt devant un tribunal américain.

Robin des Bois, une fiction

Le monde verrait – et mesurerait peut-être alors – l’ampleur des dégâts que ses agissements criminels ont infligé aux amis et alliés des États-Unis. Son procès pourrait également mettre fin à la fiction remarquablement entretenue selon laquelle les actes d’Assange n’ont causé de tort à personne, qu’ils étaient courageux, voire dignes d’admiration.

Il est grand temps de rejeter l’idée erronée selon laquelle les agissements de cet individu – dans lequel beaucoup voient un Robin des Bois des temps modernes –, ont fait progresser la liberté de la presse ou apporté une transparence bienvenue dans la gouvernance des États. Ce n’est pas le cas. Au contraire, ils ont illégalement sapé le caractère confidentiel du partage d’informations utiles au bon fonctionnement de la diplomatie et indispensables à la promotion des intérêts de l’Amérique.

J’écris cette tribune en tant que diplomate américain à la retraite, dont les rapports et notes d’ambassade, comme ceux de mes nombreux collègues, ont été compromis, il y a plus de dix ans, par la publication infâme de ces documents volés.

Nul ne semble en mesure de dire combien de personnes dans le monde, parmi lesquelles de nombreux amis de l’Amérique, ont été lésées par les publications de WikiLeaks. Mais je connais au moins un cas où un honnête homme a passé plus de dix années de sa vie en prison pour des crimes présumés, jamais prouvés devant un tribunal. Cela s’est produit au Cameroun, où j’ai été ambassadeur des États-Unis entre 2004 et 2007.

Détention arbitraire

Là-bas, peu après la publication de WikiLeaks, Marafa Hamidou Yaya, diplômé de l’université du Kansas, a été emprisonné. À l’issue d’une procédure expéditive, il a été condamné à vingt-cinq années de prison pour corruption. Sans aucune preuve.

Avant son arrestation, Marafa Hamidou Yaya avait occupé plusieurs postes ministériels, notamment celui de secrétaire général de la présidence, sans doute le deuxième poste le plus important du pays. Des représentants de notre ambassade, que dirigeait alors Robert Jackson, ont assisté à son procès et l’ont dénoncé comme étant une farce. Bien qu’aucune preuve n’ait été fournie, le prévenu a été reconnu coupable de toutes les charges retenues contre lui.

Depuis, le rapport annuel du département d’État sur les droits de l’homme, qui est soumis au Congrès des États-Unis, présente M. Marafa comme un prisonnier politique. Il est incarcéré dans une prison militaire, dans une cellule humide, où la lumière du jour ne peut filtrer. Après son arrestation, celle qui fut sa fidèle secrétaire pendant une vingtaine d’années a été sauvagement assassinée à son domicile. Quant à son épouse, elle est morte sans avoir pu lui rendre visite ne serait-ce qu’une seule fois.

Les Nations unies ont officiellement déclaré que la détention de M. Marafa était arbitraire et ont exigé sa libération immédiate, ainsi qu’une indemnisation pour les dommages qu’il a subis. Cette requête n’a pas abouti, tout comme celle présentée, à plusieurs reprises, par l’ancien ministre lui-même pour raisons de santé.

Candidature à la présidentielle

Sept anciens ambassadeurs des États-Unis au Cameroun (Frances Cook, Harriet Isom, Charles Twining, John Yates, George Staples, Janet Garvey et Robert Jackson), qui connaissent et respectent M. Marafa, ont écrit avec moi aux administrations américaines successives pour leur demander de nous aider à obtenir sa libération. En vain.

L’administration Biden est pleinement consciente de cette situation, mais, à ma connaissance, elle n’a pris aucune mesure énergique en ce sens. Or, la santé du prisonnier s’étant considérablement détériorée au cours de ses dix années de prison, il est de plus en plus urgent d’agir. Cet homme âgé a survécu au Covid-19 (dont il n’est pas vacciné) l’année dernière. Devenu presque complètement aveugle, il souffre d’un grave problème cardiaque et a absolument besoin d’un traitement qui n’est pas disponible au Cameroun.

Récemment, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a écrit à de nombreuses reprises au gouvernement camerounais, lui enjoignant « de fournir à M. Marafa un accès immédiat à des soins médicaux adéquats, indispensables pour préserver sa vue ». Jusqu’à présent, cet appel n’a pas été entendu. M. Marafa a pourtant répété qu’il accepterait de partir en exil pour pouvoir se soigner, renonçant implicitement à tout rôle politique futur dans son pays.

Sudistes contre Nordistes ?

M. Marafa a été accusé de corruption. Mais son seul véritable crime est de m’avoir dit, en toute confidentialité en 2006, qu’il « pourrait être intéressé » par une éventuelle candidature à la présidence du Cameroun, dans l’éventualité où Paul Biya quitterait ses fonctions. La section politique de mon ambassade, que dirigeait habilement Katherine Brucker, actuelle cheffe de mission adjointe à Ottawa, avait naturellement rapporté cette information à Washington, dans un câble évoquant les scénarios possibles de la succession Biya. Lorsque ce câble a été publié par WikiLeaks, en 2010, cette confidence de M. Marafa a immédiatement fait la une des journaux camerounais. Cela a conduit directement à son arrestation, puis à son procès-spectacle l’année suivante.

Au Cameroun, où le quasi-nonagénaire Biya vient de fêter ses quarante années au pouvoir, la succession du président est un sujet si sensible que la simple évocation, par M. Marafa, de ses éventuelles ambitions a ébranlé le délicat équilibre tribal et politique du pays. De toute évidence, la coterie de M. Biya, composée essentiellement de chrétiens du Sud appartenant à la tribu Beti, s’est sentie menacée à la perspective de voir M. Marafa devenir président, au point qu’elle a décidé de le mettre définitivement sur la touche et qu’elle a manipulé le système judiciaire du pays à cette fin.

M. Marafa est un musulman du Nord, comme l’était Ahmadou Ahidjo, le seul autre président du pays depuis l’indépendance. Après avoir été pendant quarante ans les privilégiés du système, rien ne dérangerait davantage les « sudistes » que l’idée qu’un « nordiste » reprenne le pouvoir.

Confidences trahies

La publication de WikiLeaks s’est produite sous l’administration Obama-Biden. De nombreux responsables de l’administration actuelle occupaient des postes de haut niveau à l’époque. Ils sont donc parfaitement au courant de l’injustice que constitue l’incarcération de M. Marafa. Il n’est donc pas nécessaire de leur rappeler qu’il est de la responsabilité de notre gouvernement de protéger ceux qui ont pâti de la fuite massive de confidences qui avaient été partagées avec nous en toute bonne foi.

Ces responsables n’ont pourtant pas pris de mesures et n’ont même pas eu la curiosité de chercher à savoir combien d’autres « cas Marafa » existent de par le monde. Lorsque j’ai demandé au Bureau of Intelligence and Research (INR) de m’aider à rassembler les faits relatifs à cette affaire, il a décliné au motif que WikiLeaks n’était « pas une question relevant du renseignement ».

Je continue de croire que la décence élémentaire, la loyauté et le fair-play obligent les États-Unis à suivre de près le cas Marafa et des affaires similaires jusqu’à ce que justice soit réellement rendue. Non seulement ce serait la bonne chose à faire, mais cela montrerait à nos amis et collaborateurs du monde entier – y compris à ceux qui ont été affectés par WikiLeaks au point qu’ils ne veulent plus parler aux diplomates américains – que, même après avoir laissé se produire un événement aussi stupidement tragique, l’Amérique se montre à la hauteur de ses responsabilités.

En outre, je crains que les États-Unis soient en train de perdre la bataille de l’opinion mondiale sur cette affaire de WikiLeaks. Avec l’extradition d’Assange et les poursuites judiciaires qui l’attendent, le moment est venu d’expliquer pourquoi cette affaire est importante et pourquoi nous la prenons autant au sérieux. Les arguments spécieux selon lesquels Assange est un journaliste qui défend la liberté de la presse et la transparence trouvent malheureusement un écho auprès d’un trop grand nombre de citoyens, dont peu ont une idée du tort qui a été causé à Marafa. D’autres amis qui avaient fait confiance aux États-Unis ont connu un sort similaire, voire pire. Qui raconte leur histoire ? Si nous ne redoublons pas d’efforts pour expliquer tout cela, les États-Unis apparaîtront une fois de plus comme un pays tyran, qui dépasse les bornes.

Traitement médical

Si le vol et la divulgation, par WikiLeaks, de secrets gouvernementaux justifient l’extradition de Julian Assange et de le poursuivre en justice plus de dix ans après les faits, ne devrions-nous pas nous préoccuper des victimes de ce crime et prendre des mesures pour remédier à des situations telles que celle que vit M. Marafa ?

Pendant ce temps, Paul Biya dirige un Cameroun vacillant et sénescent, réprimant de manière incompétente et dans le sang la sécession anglophone, laissant Boko Haram franchir ses frontières de manière largement incontrôlée, et continuant à présider un pays richement doté qui, sous son règne, est loin d’avoir profiter de son extraordinaire potentiel.

Nul ne sait ce qu’il se passera lorsqu’il quittera enfin la scène, mais beaucoup redoutent que la transition s’accompagne d’une période de violence généralisée. Quelle occasion manquée qu’une personnalité aussi compétente que M. Marafa, qui a été éduqué aux États-Unis, ne figure plus parmi les solutions possibles au drame politique qui se profile au Cameroun !

Reste la possibilité qu’il soit libéré afin de pouvoir suivre un traitement médical en exil, et qu’il puisse ainsi vivre ses derniers jours dans la dignité et la liberté. Nous devons faire pression en faveur de cette issue, en faisant clairement savoir que le gouvernement américain le soutient et reconnaît sa responsabilité directe dans sa situation actuelle.

Il n’est pas trop tard

Voici deux choses que les lecteurs du Foreign service Journal peuvent faire pour nous aider. Premièrement, écrire à leurs représentants au Congrès, en particulier s’ils siègent à la Commission des relations extérieures du Sénat ou à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, pour demander au département d’État et à la Maison-Blanche d’agir pour obtenir la libération de M. Marafa. Une forte expression de l’intérêt du Congrès pourrait aider le département d’État à trouver le courage qui lui fait défaut pour s’occuper de cette affaire (et n’hésitez pas à m’envoyer un courriel à nielsm@lclark.edu pour obtenir un modèle de message qui puisse facilement être collé dans un courriel adressé à votre sénateur).

Deuxièmement, si un lecteur a connaissance d’autres amis des États-Unis qui ont été affectés négativement par les révélations de WikiLeaks et qui ont besoin de l’attention de notre gouvernement, qu’il m’envoie ces informations par courriel. Je les partagerai avec l’INR, qui est, selon moi, la structure la mieux appropriée pour compiler l’ensemble des informations portant sur les effets néfastes de WikiLeaks.

Nos gouvernements successifs ont fait preuve de courte-vue et ont réagi de manière inadéquate. Notre incapacité à défendre vigoureusement les victimes de WikiLeaks durant la décennie écoulée est quasi-honteuse. Il n’est cependant pas trop tard pour que nous corrigions le tir. Pour cela, nous devons être plus nombreux à nous exprimer. Aidez-nous à le faire.

Avec Jeune Afrique

Niels Marquardt

Par Niels Marquardt

Ancien ambassadeur des États-Unis au Cameroun, en Guinée équatoriale, à Madagascar et aux Comores.

Cameroun : Samuel Eto’o veut-il aller trop vite et trop loin ?

septembre 3, 2022

Neuf mois après avoir pris la tête de la Fecafoot, l’ancien joueur multiplie les actes forts, et parfois controversés. Après le choix d’un équipementier inconnu du grand public, c’est la prolongation de la durée de son mandat qui fait polémique.

Samuel Eto’o avant un match de football de l’International Champions Cup entre l’Atletico Madrid et le Real Madrid, à East Rutherford, N.J., le 26 juillet 2019. © Steve Luciano/AP/SIPA

C’est le dernier coup d’éclat de Samuel Eto’o à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot). Mercredi 31 août, alors que la polémique née du choix d’un nouvel équipementier pour remplacer Le Coq Sportif n’est toujours pas retombée, l’ancienne star du ballon rond a décidé de mettre fin aux fonctions du puissant général Pierre Semengue, 87 ans, jusque-là président de la Ligue professionnelle.

Semengue déboulonné

Personne n’avait encore réussi à déboulonner ce militaire à la retraite, réputé proche du président Paul Biya mais dont la gestion était controversée et qui, malgré dix années en fonction, n’était jamais parvenu à donner au football camerounais le rayonnement espéré. Mais c’était sans compter sur Samuel Eto’o.

Le 11 décembre 2021, quelques instants après son élection, l’ancien attaquant a juré de « lancer le chantier de la reconstruction [du] football » camerounais. Et depuis, l’enfant de Newbell est sur tous les fronts. À trois mois du premier anniversaire de son accession à la tête de la Fecafoot, qui va coïncider avec la participation du Cameroun à la Coupe du monde, le système Eto’o semble avoir atteint sa vitesse de croisière.

Après avoir obtenu un verdict favorable au Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne, lequel mettait fin à une querelle portant sur la légalité de l’assemblée générale de la Fecafoot, Samuel Eto’o a entrepris d’assainir les finances de la fédération. À l’issue d’un audit mené par le cabinet Stephens Moore, qui a révélé de nombreux dysfonctionnements financiers perpétrés sous la présidence de ses prédécesseurs, l’assemblée générale lui a donné mandat pour « recouvrer toutes les créances et avoirs de la Fecafoot, poursuivre les auteurs de malversations ou qui se serait servi des avantages accordés à la fédération à des fins personnelles ».

Un véritable feuilleton

De fait, pas une semaine ne se passe sans que le feuilleton Fecafoot ne fasse la Une de l’actualité camerounaise. Saluée par de nombreux acteurs locaux, la mise à l’écart de Pierre Semengue est presque passée inaperçue, immédiatement occultée par une autre « affaire » : la publication des résolutions de la dernière assemblée générale, qui s’est tenue le 27 août à Douala.

IL N’EN FALLAIT PAS PLUS POUR QUE LES DÉTRACTEURS D’ETO’O DÉNONCENT UN PROJET INAVOUÉ DE « PRÉSIDENCE À VIE »

Si celle-ci a fait des vagues, c’est parce que l’assemblée générale a adopté « à l’unanimité, la révision à la hausse de la durée du mandat du président de la fédération », qui passe donc de 4 à 7 ans, ainsi que « la révocation de Guibai Gaitama », l’un de ses membres réputé pour ses prises de position virulentes à l’encontre de Samuel Eto’o. Il n’en fallait pas plus pour que les détracteurs de ce dernier dénoncent une dérive autocratique et y voient un projet inavoué de « présidence à vie ».

Car au Cameroun, cette question du mandat est ultrasensible, tant elle fait écho aux batailles politiques et au maintien de Paul Biya au pouvoir (porté au sommet de l’État en 1982, il a été réélu en 2018 pour un 7e mandat). Ce record de longévité constituant le nœud gordien du débat dans le pays, Samuel Eto’o a beau bénéficier d’un large soutien au sein de l’opinion, l’annonce de la prolongation de son mandat n’a pas manqué de faire des remous. Si bien que la Fecafoot a dû s’expliquer.

« C’est la résultante de l’excellent travail mené par M. Eto’o sur le terrain en 9 mois, s’est justifié le chargé de communication de la fédération sur les antennes d’une chaine de télévision privée. Soixante-six personnes ont adopté ce texte à l’unanimité. Si l’on compare aux 43 voix qu’il avait obtenues lors de son élection, ça veut dire que 17 personnes ont été convaincues par son travail. »

DANS LE CAMP ETO’O, ON SE RÉJOUIT DE CE TEXTE QUI MET UN TERME DÉFINITIF AUX SPÉCULATIONS SUR SES AMBITIONS POLITIQUES

Pas suffisant pour apaiser les opposants à cette mesure, qui dénoncent un texte taillé sur mesure et une forme d’impunité. « Le président de la Fecafoot a été condamné en juin dernier à 22 mois de prison. Il s’agit d’une situation d’inéligibilité qui, selon l’article 47, aurait dû entrainer son retrait, affirme un journaliste présent lors de l’assemblée générale. Or non seulement la vacance n’a pas été constatée mais en plus, les statuts ont été changés et le point indiquant que toute personne condamnée devenait de facto inéligible a été modifié. Et voilà que l’on apprend que cette disposition ne concerne que ceux ayant eu des peines privatives de liberté avec certificat de détention. »

Dans le camp Eto’o, on se réjouit néanmoins de l’adoption de ce texte qui, selon les proches du président, met un terme définitif aux spéculations sur ses ambitions politiques. « On ne nous dira plus qu’il se prépare pour la présidentielle de 2025, vu qu’à cette date, il sera encore concentré sur son mandat », veut croire l’un de ses soutiens. Reste à voir si la Confédération africaine de football (CAF) et la Fifa entérineront les décisions de l’assemblée générale.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Cameroun : pour Samuel Eto’o, la victoire n’est-elle que provisoire ?

août 26, 2022

Après plusieurs mois de litige, le Tribunal arbitral du sport a validé l’élection de Samuel Eto’o à la tête de la Fecafoot. Mais pour l’ex-international, le répit pourrait n’être que de courte durée.

Samuel Eto’o, ex-joueur professionnel de football. © Vincent FOURNIER/JA

Samuel Eto’o a remporté une première manche, qu’il n’a pas hésité, via un communiqué, à qualifier « d’historique », mais l’affaire n’est pas pour autant terminée. Le Tribunal arbitral du sport (TAS), sis à Lausanne (Suisse), a certes mis un terme au litige juridique qui menaçait d’invalider l’élection de l’ancien joueur à la tête de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), en décembre 2021.

Le contentieux portait sur la composition de l’assemblée générale de la Fecafoot : Samuel Eto’o avait été désigné par le collège élu en octobre 2021, mais ses adversaires estimaient que seul était légitime le collège constitué en 2009 – c’est lui qui avait contesté l’élection de l’ancien capitaine des Lions indomptables devant le TAS.

La majeure partie des contestataires avait, au fil des mois suivants, fini par rallier Eto’o et par soutenir son projet de réforme et d’apaisement du football camerounais. Le 31 mars, un accord entre Eto’o, d’une part, et 56 des 74 membres du collège de 2009, d’autre part, avait finalement été signé, qui reconnaissait « la légitimité de l’Assemblée générale ayant élu Samuel Eto’o à la présidence de la Fecafoot ». L’ex-international s’en était réjoui, tout en tâclant dans un communiqué « les complotistes [qui cherchaient] à paralyser le football camerounais ».

Rendant sa décision le 24 août dernier, le TAS s’est appuyé sur le pacte du 31 mars pour déclarer que l’affaire était close. Mais l’est-elle vraiment ? La majorité des membres du collège de 2009 a rendu les armes, certes, mais les contestataires les plus radicaux ne souhaitent pas en rester là.

Abdouraman Hamadou, le mandataire de cette faction rivale, a en effet eu tôt fait de dénoncer le verdict du TAS. L’affaire pourrait maintenant être portée devant le Tribunal fédéral suisse, lequel devrait être saisi dès la semaine prochaine. Samuel Eto’o, qui n’a pas boudé son plaisir après la décision du TAS, va sans doute devoir rapidement repartir au combat.

Avec Jeune Afrique par Alexandre Billebault

Mais qu’est-ce que Macron peut bien venir faire au Cameroun ?

juillet 20, 2022

Une visite officielle n’est jamais anodine et Emmanuel Macron, qui s’apprête à se rendre au Cameroun, en est forcément conscient. Dès lors, la question se pose : dans le contexte politique très particulier à Yaoundé, quels messages veut-il faire passer, et à qui ?

Emmanuel Macron et Paul Biya, le 10 octobre 2019 à Lyon. © Laurent Cipriani/AFP

On annonce la visite imminente du président de la République française au Cameroun. Il serait accompagné de Catherine Colonna, ministre des Affaires européennes et étrangères, d’Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée, de Franck Paris, le monsieur Afrique du président, et de Christophe Bigot, directeur Afrique du ministère des Affaires Européennes et Étrangères. Donc, pas une visite anodine, une vraie visite d’État pour un président re-nouvellement élu.
La question qui se pose est la suivante : pourquoi tant de précipitation, tant d’honneurs et en fin de compte, pour quoi faire et pourquoi le Cameroun ?

Pour avoir suivi et suivre toujours de près, voire de très près, la politique intérieure du Cameroun, nous ne pouvons nous étonner car c’est la suite logique d’une politique initiée depuis longtemps : soutenir sans le dire ouvertement Paul Biya et, peut-être, obtenir des gages économiques ?

La constante de la politique française depuis la fin de la Françafrique semble être de faire confiance à celui qui est en place, à sa succession choisie, plutôt que de jouer la carte du renouveau et de la rupture, par peur de l’inconnu, la nouvelle femme ou le nouvel homme dont on ne connaît pas vraiment les objectifs. Au Cameroun comme ailleurs en Afrique.

Il ne peut ignorer…

On nous a dit et répété au ministère des Affaires étrangères, où nous avons rencontré de nombreuses personnes – d’ailleurs de moins en moins responsables –, que la France ne se mêlait jamais des affaires intérieures d’un autre pays. Comment y croire ? Y croient-ils eux-mêmes ?

C’est, en effet, difficile à croire alors que cette visite se situe en pleine période de succession à la tête de l’État camerounais. Alors que les guerres intestines font rage pour succéder à Paul Biya, qui n’est pas éternel, Emmanuel Macron vient passer deux jours au Cameroun. Il ne peut ignorer les luttes au sein du RDPC, le choix de Paul Biya, le choix de Chantal Biya, la montée en puissance de Franck Biya (notons au passage qu’il a été reçu récemment à l’Élysée), les progressistes du RDPC – s’ils ont le courage de s’affirmer. Il ne peut ignorer les forces de l’opposition qui font un score si médiocre aux présidentielles, en particulier Maurice Kamto, il en connaît les raisons. Il ne peut ignorer les problèmes du Noso et les dissidences violentes et sécessionnistes induites. Il ne peut ignorer les accords de défense avec la Russie et les agissements de la Chine…

Il ne peut ignorer que l’avenir du Cameroun pèsera fortement sur la stabilité de l’Afrique centrale et de l’Ouest.

Que vient-il faire ?

Il y a maintenant très longtemps que nous suivons, de l’intérieur, l’évolution politique du Cameroun : l’affaiblissement progressif du SDF de John Fru Ndi, qui aurait dû gagner les présidentielles de 1992, la dissidence de Bernard Muna, qui a quitté le SDF pour tenter de relancer une opposition trop proche du pouvoir et trop noyautée par Fru Ndi, le retrait d’Akéré Muna face à la division de l’opposition, la défaite de Maurice Kamto et sa mise à l’écart de la scène politique.
Il ne peut ignorer cela.

Il ne peut ignorer la corruption profonde qui règne dans toute la société et qui est un instrument politique, comme le communautarisme diviseur mis en place par le pouvoir, ni ces opérations Épervier qui mettent hors circuit les opposants dangereux, Marafa Hamidou Yaya en étant le plus représentatif, par suspicion de corruption… un comble. Mais tout ceci est fait dans la légalité, car c’est la loi telle qu’elle est écrite par le pouvoir qui le permet. À ce titre, la loi est un instrument politique qui donne une apparence de démocratie, et non un instrument d’égalité au service du peuple.

Le choix entre la rupture et la continuité

Que reste-t-il aux Camerounaises et aux Camerounais pour se projeter dans un avenir libéré des griffes d’un homme, d’une famille, d’un entourage proche qui n’ont aucunement l’intention de se retirer de la politique, bien au contraire ?

Il suffit de regarder dans le monde quels processus ont été employés par les peuples qui ont dit : « ça suffit ! » Et on a la réponse.

Cependant, il faut aussi regarder quels ont été les résultats. Et là, on ne peut pas dire qu’ils ont dépassé les espérances, on peut même dire que les déceptions ont été nombreuses et déchirantes. C’est une leçon à méditer, mais elle ne doit pas conduire à l’immobilisme politique et à la reconduction de ce qui est par rapport à ce qui pourrait être. Ce serait tuer l’avenir.

Le Cameroun a le choix dès maintenant entre la rupture et la continuité. Les forces politiques devraient se positionner face à ces deux options pour que les alternatives soient claires dans le court terme.

Alors, qu’allez-vous faire, Monsieur le Président ? Continuer à écouter vos conseillers, qui jusqu’ici n’ont pas fait preuve de clairvoyance, ou faire confiance à l’avenir, aux femmes et aux hommes nouveaux, aux vrais démocrates, à celles et ceux qui ne se cachent pas derrière une démocratie de façade appuyée sur une loi de circonstances ? Ou bien allez-vous prendre le risque de voir l’Afrique différemment, particulièrement le Cameroun, en favorisant le progressisme en politique, en donnant des signes en ce sens aux populations avides de Liberté et d’Égalité ?

Puisque vous êtes là, au Cameroun, le Cameroun vous regarde, et certainement pas que lui.

Avec Jeune Afrique

Dalami Mahaman

Par Dalami Mahaman

Conseiller politique, consultant en relation publique

François Meynent

Par François Meynent

Consultant en politique africaine