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Zimbabwe : comment Emmerson Mnangagwa et son clan tiennent le pays

novembre 28, 2020

Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa à Harare, Zimbabwe, le 22 octobre 2020.

Propulsé sur le devant de la scène par le putsch qui a renversé Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa tient fermement les rênes du Zimbabwe. Pendant que ses alliés et opposants protègent leurs intérêts.

Voitures blindées et chars d’assaut ont sillonné la capitale toute la journée du 14 novembre 2017. Le lendemain, dès les premières heures, le général Sibusiso Moyo apprenait à ses compatriotes que Robert Gabriel Mugabe, président du Zimbabwe pendant trente-sept ans, était assigné à résidence.PUBLICITÉ

Les forces de défense zimbabwéennes s’occuperont des « criminels » qui entourent le président et sont responsables des « problèmes socioéconomiques » rencontrés alors par le pays.

Bien sûr, ce n’est pas un coup d’État, assure Sibusiso Moyo, nommé par la suite ministre des Affaires étrangères. Et sur ce point, l’officier a su se montrer convaincant auprès du président sud-africain Jacob Zuma, comme de son homologue guinéen, le pourtant sceptique Alpha Condé, alors président de l’Union africaine (UA).Read this article in english on 

Au Zimbabwe, la population est bien plus occupée à suivre les pérégrinations de l’homme en devenir, Emmerson Dambudzo Mnangagwa, parti en exil une semaine plus tôt. Des récits circulent à travers le pays sur la bravoure avec laquelle ce dernier et son fils se sont faufilés au Mozambique, en coupant à travers la brousse pour éviter les traquenards éventuels, avant d’atterrir dans la banlieue nord de Johannesburg.

À Harare, les généraux et les « faiseurs d’images » organisent une manifestation qui attire des dizaines de milliers de personnes dans les rues de la capitale pour célébrer le renversement de Mugabe.

Rock star en échec

Emmerson Mnangagwa et sa femme, Auxilia, lors de son investiture, à Harare, le 24 novembre.

Quelques jours plus tard, Emmerson Mnangagwa, rentré au pays telle une rock star, promet « des emplois, des emplois, des emplois » à la population et « un Zimbabwe ouvert au business » aux investisseurs étrangers.

S’appuyant sur son passé de secrétaire personnel de Mugabe, Mnangagwa s’était habilement positionné comme l’héritier du chef pour mieux marginaliser ses rivaux. Jusqu’à l’apparition de son concurrent le plus sérieux, Grace, l’épouse de Robert Mugabe.

Le coup de novembre 2017 a emporté à la fois l’ancien président et sa femme, laissant tout l’espace nécessaire à Emmerson Mnangagwa pour qu’il lance son projet : remettre l’économie du Zimbabwe en marche et réunifier le parti au pouvoir pour une nouvelle décennie de succès.

Un an plus tard, le constat d’échec est évident. L’économie s’est encore affaiblie en raison de la corruption et du favoritisme, auxquels se sont ajoutés les effets de la sécheresse qui a frappé l’ensemble de la sous-région fin 2018. Au sein de l’Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU-PF), les rivalités sont toujours plus exacerbées, alors que l’armée ne semble plus faire confiance au chef de l’État.

Certains citoyens ont cru aux promesses d’élections libres, les chancelleries étrangères ont pensé un moment lever les sanctions internationales qui pesaient sur le pays et les entreprises avaient commencé à montrer des volontés d’investir.

Intrigues et rumeurs de putsch

Un agent de change dans une rue d'Aharare, le 22 octobre 2020.

LE DOLLAR LOCAL, À PEINE RELANCÉ, S’EST FRACASSÉ CONTRE SON HOMOLOGUE AMÉRICAIN

Trois ans plus tard pourtant, le nouveau régime semble à bout de souffle. La distribution d’eau potable et d’électricité reste toujours aussi sporadique dans la capitale, l’inflation dépasse les 750 % et le dollar local, à peine relancé, s’est fracassé contre son homologue américain.

L’équipe qui a porté Mnangagwa au pouvoir n’hésite plus à afficher ses regrets. Les intrigues et les rumeurs de putsch flottent continuellement dans l’air. Pour toute réponse, Emmerson Mnangagwa et son clan familial se serrent toujours plus les coudes. La loyauté, plus encore que les liens du sang, reste le critère déterminant à l’intérieur du premier cercle.

L’ancien ministre pour l’Éducation supérieure, Godfrey Gandawa, s’inquiète de la direction empruntée ces dernières années par le pays : « La ZANU-PF a fait des forces de sécurité une milice à son service. » Tous les leviers sécuritaires ont en effet été placés sous le contrôle direct de la présidence. Ce qui n’empêche pourtant pas les saboteurs de continuer à causer d’importants dégâts.

Pour Godfrey Gandawa, le président Mnangagwa a même été plus loin : « La justice du Zimbabwe, y compris au niveau de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle, est aujourd’hui sous la coupe de l’exécutif. Les gens sont arrêtés pour avoir insulté le président même si cela est manifestement contraire à la Constitution. »

À mesure que le président centralisait les pouvoirs, l’opposition se cherchait d’autres protecteurs, notamment auprès du premier vice-président, le général Constantino Chiwenga. Le Zimbabwe est aujourd’hui dirigé par deux hommes, le plus souvent en désaccord.

Emmerson Mnangagwa a doublé les effectifs du personnel de sécurité, pendant que l’ancien chef d’état-major de l’armée conservait des liens forts au sein de l’appareil militaire. Personne ne sait comment leurs troupes se comporteront si la tension montait entre les deux hommes, au moment même où le pays connaît la pire crise économique de son histoire.

Le général Chiwenga a déjà été accusé – à huis clos – de comploter contre la présidence. L’accord originel passé entre les deux hommes, qui prévoyait qu’après un seul mandat, Emmerson Mnangagwa passerait le relai à son cadet de dix ans, a donc volé en éclats.

Le camp présidentiel a même contrecarré le plan établi par les acolytes de Chiwenga pour renverser le chef de l’État en janvier. Ce qui expliquerait, selon plusieurs hauts fonctionnaires, l’enthousiasme avec lequel ce dernier a confiné le pays en réponse à la pandémie du coronavirus.

Divisions au sein du bureau politique

Un graffiti crtitiquant le ZANU-PF, à Harare en juin 2020.

L’armée et ses principaux officiers se montrent de plus en plus critiques envers les manigances des cadres de la ZANU-PF, dont la plupart soutiennent l’actuel président.

Des divisions sont apparues publiquement lors d’une réunion du bureau politique du parti en juillet, quand le directeur de la Central Intelligence Organization (CIO), Isaac Moyo, a remis un rapport affirmant que deux membres du comité central stockaient des affiches et des pancartes appelant à renverser Mnangagwa en faveur de Chiwenga.

Selon le chef des services secrets, les comploteurs avaient prévu d’utiliser leur matériel lors d’une manifestation nationale organisée par l’opposition le 31 juillet pour couvrir l’opération, justement.

Quelques semaines plus tôt, plusieurs officiels de haut rang de la CIO avaient pourtant tenu une étrange conférence de presse dans laquelle ils niaient avoir découvert les éléments d’un possible coup d’État contre Mnangagwa.

Deux choses sont claires depuis cette révélation : Emmerson Mnangagwa tient bien en main l’armée et l’appareil de sécurité, et il compte se présenter à un deuxième mandat en 2023.

Toute tentative de l’évincer en capitalisant sur les fractures au sein du camp présidentiel nécessitera auparavant une forme de consentement de la part de Constantino Chiwenga et de Sibusiso Moyo.

Contrats opaques

Les actions de lobbying menées, au lendemain du coup d’État de novembre 2017, par Sibusiso Moyo, le ministre des Affaires étrangères, et son ami, l’entrepreneur Edwin Manikai, ont rapidement porté leurs fruits. Rory Stewart, le ministre britannique chargé du continent à cette époque, a vite sauté dans un avion pour rejoindre le Zimbabwe afin d’évoquer la nouvelle ère qui s’ouvrait alors dans les relations entre Harare et Londres.

En moins d’un an, les ministres ont annoncé qu’un peu plus de 15 milliards de dollars d’investissement avaient été promis. Deux opérateurs étrangers incontournables au Zimbabwe, Gemcorp, basé à Londres, et Afreximbank, installé au Caire, ont fourni d’importantes lignes de crédit, garanties semble-t-il par les exportations de minerais à venir.

Mais le gouvernement a par la suite eu des difficultés à élargir sa base de soutiens. Malgré un nombre certain d’accords signés, peu de choses ont bougé sur le terrain. La plupart de ces contrats de plusieurs milliards de dollars chacun brillaient par leur opacité.

Basée à Chypre, l’entreprise russe Vi Holding et son partenaire zimbabwéen, Great Dyke Invesments (GDI), ont vu le jour grâce à la promesse de pouvoir exploiter l’or et le platine, mais ils n’ont jamais réussi à trouver les 2 milliards de dollars nécessaires pour démarrer les opérations.

Les banquiers ont estimé que le Zimbabwe ne serait pas en mesure de rassembler un tel capital tant que les représentants américains à la Banque mondiale et au FMI s’opposeraient à tout financement ou garantie destinés à des entités jugées très proches du gouvernement Mnangagwa.

Relations exécrables avec les partenaires économiques

La promesse d’ouvrir les portes aux compagnies étrangères s’est révélée avoir surtout pour but de séduire les électeurs avant la présidentielle de juillet 2018. Quand la Commission électorale a annoncé une courte victoire de Mnangagwa – alors que les manifestations organisées par l’opposition pour dénoncer la fraude électorale se soldaient par la mort de six personnes –, toute trace de bonne volonté avait disparu dans le camp présidentiel.

Emmerson Mnangagwa a alors nommé Mthuli Ncube, l’ancien vice-président de la Banque africaine de développement (BAD), et lui a demandé de rouvrir, en tant que ministre des Finances, les négociations avec la Banque mondiale. Mais ce dernier avait les mains liées puisque le marché de changes comme l’ensemble de la politique monétaire sont sous le contrôle de l’appareil politique. Le mantra gouvernemental – le Zimbabwe est ouvert au monde des affaires – a alors sonné comme une coquille vide.

Les relations avec les trois principaux partenaires économiques du pays, l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie, sont exécrables. À Pretoria, le président Cyril Ramaphosa se plaint de la mauvaise gestion de l’exode continu des Zimbabwéens vers le Sud, à travers le Limpopo.

Moscou n’arrive pas à lever les fonds nécessaires à ses investissements miniers et si Pékin dispose bien des ressources financières nécessaires pour aider le gouvernement zimbabwéen, il refuse de lui signer un chèque en blanc.

Attaques contre l’opposition et la presse

Une manifestations dénonçant les atteintes aux droits humains, à Harare en septembre 2020.

Depuis janvier, Emmerson Mnangagwa et son équipe ont également intensifié leurs attaques contre l’opposition, la société civile, les journalistes et tous les présumés dissidents. Cette campagne a démarré au moment où le haut commandement militaire établissait un plan pour se débarrasser de Mnangagwa et le remplacer par une « Autorité nationale de transition », soutenue par l’armée, en collaboration avec l’opposition, la société civile et la haute administration.

LE MARTEAU DE LA RÉPRESSION VA CONTINUER DE S’ABATTRE

Pendant que les forces de sécurité kidnappent, incarcèrent et torturent les opposants, d’autres agences de l’État creusent les divisions dans les rangs de l’opposition. « Le marteau de la répression va continuer de s’abattre, promet Victor Matemadanda, le vice-ministre de la Défense. Ceux qui veulent vendre le pays doivent faire attention. Ce pays a des pouvoirs particuliers. Il peut vous faire disparaître sans l’aide de personne. Ce pays a des pouvoirs mystérieux. Ce pays est un mystère. On ne peut juste pas faire ce que l’on veut. »

De son côté, le secteur privé local est entre les mains de deux hommes : Kudakwashe Tagwirei, adventiste du 7ème jour au carnet d’adresses politiques volumineux et qui possède des intérêts dans un grand nombre d’entreprises, et Strive Masiyiwa, en exil entre Londres et l’Afrique du Sud, d’où il préside aux destinées d’Econet et d’Ecocash, les principaux opérateurs de télécoms et de transfert d’argent du Zimbabwe.

Les efforts du gouvernement pour favoriser l’empire industriel de Masiyiwa atteignent ces derniers temps de nouveaux sommets. En juin, après la chute du dollar local, l’état-major des opérations interarmées a ordonné la suspension de la Bourse ainsi que de toutes les transactions numériques supérieures à 50 dollars par jour. Econet a ainsi vu la valeur de ses opérations baisser de moitié au Zimbabwe.

L’opérateur doit également faire face aux nouveaux services numériques proposés pour moitié prix par la Banque commerciale du Zimbabwe, avec le soutien de l’État. Enfin, les ministres ont accusé Econet, et donc son patron, de blanchiment d’argent et de commerce illégal de devises, même si la compagnie a depuis démontré qu’elle respectait bien tous les protocoles financiers établis avec le gouverneur de la Banque centrale.

Tagwirei étend ses positions

Beaucoup, au sein de l’opérateur, craignent que certains politiciens de la ZANU-PF fassent équipe avec Kudakwashe Tagwirei pour se partager le groupe de Masiyiwa. À mesure que l’État intensifie ses actions contre Econet, Tagwirei étend ses positions, se diversifie dans les énergies, la construction, le transport, les produits pharmaceutiques et la santé.

Lewis Matutu, ancien vice-secrétaire de la ZANU-PF, a accusé Tagwirei de monopoliser la vente de carburants, d’intrants agricoles ainsi que l’agent liquide transitant sur le marché parallèle. Sa société, Landela Mining, a mis la main sur plusieurs mines d’or, certaines détenues par l’État zimbabwéen, d’autres par l’homme d’affaires sud-africain Mzi Khumalo. Autant de dossiers troubles qui justifient que Kudakwashe Tagwirei soit aujourd’hui accusé de corruption et placé sous sanction américaine.

L’équipe Mnangagwa

Le groupe de dirigeants de la ZANU-PF qui soutient Emmerson Mnangagwa à la tête du pays a éclaté à cause des rivalités et de la paranoïa qui entourent la famille du président.

La première dame, Auxilia Mnangagwa, et ses fils, Collins et Sean, sont ciblés par plusieurs journalistes pour leurs liens avec des affaires de corruption, la plupart des informations les concernant ayant fuité via des agents de la Central Intelligence Organisation (CIO).

Les principaux soutiens du président, lors son accession au pouvoir, étaient le premier vice-président, le général Constantino Chiwenga, le ministre des Affaires étrangères, le général Sibusiso Moyo, le vice-ministre de la Défense, Victor Matemadanda, le directeur de la CIO, Isaac Moyo, le ministre de la Sécurité de l’État, Owen Ncube, et le conseiller à la présidence et leader des anciens combattants, Chris Mutsvangwa.

Trois ans plus tard, seuls Matemadanda, Isaac Moyo et Ncube gravitent toujours dans le premier cercle des intimes. Au niveau opérationnel, le vice-directeur de la CIO, Walter Tapfumaneyi, s’occupe de la sécurité d’Emmerson Mnangagwa, et organise diverses opérations d’infiltration dans l’opposition. Le général Philip Sibanda, commandant en chef des forces militaires du Zimbabwe, est également un allié clé du président.


L’équipe Chiwenga

Il n’existe pas de faction Chiwenga à proprement parler, mais ce dernier compte suffisamment de soutiens pour figurer comme un candidat sérieux à la succession du chef de l’État.

En janvier, le putsch organisé par les mécontents de la ZANU-PF et les militaires a échoué, en partie à cause de l’état de santé de Chiwenga. La mort de son allié, le général et ministre de l’Agriculture, Perence Shiri, en juillet, a encore affaibli sa cause et la rumeur tenace qui veut que Shiri a été empoisonné, renforce l’idée d’une main mise d’Emmerson Mnangagwa sur le parti.

Deux officiers supérieurs, le major-général Anselem Sanyatwe et le lieutenant-colonel Samson Murombo, sont perçus comme proches des groupes de soutien de Chiwanga dans l’armée.

Le premier vice-président compte également parmi ses alliés l’ancien ministre de l’Énergie, Fortune Chasi, l’ex-membre du bureau politique de la ZANU-PF, Cleveria Chizema, ou encore Saviour Kasukwere, débarqué du ministère de l’Environnement et autrefois supporter de Grace Mugabe, aujourd’hui en exil en Afrique du Sud

Avec Jeune Afrique par Patrick Smith et Franck Chikowore

Au Zimbabwe, un nouveau gouvernement pour relancer l’économie

septembre 7, 2018

Harare – Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a présenté vendredi un nouveau gouvernement largement remanié de vingt ministres auxquels il a assigné la mission essentielle de « développer et moderniser » l’économie en faillite du pays.

Principale figure de la nouvelle équipe, l’économiste Mthuli Ncube, professeur à la prestigieuse université britannique d’Oxford et ex-patron de la Banque africaine de développement (BAD), a été nommé au portefeuille stratégique des Finances.

L’économie zimbabwéenne est sortie exsangue des trente-sept ans du règne autoritaire de Robert Mugabe, contraint en novembre à la démission par l’armée et le parti au pouvoir.

Le chômage y frappe plus de 90% de la population active et l’Etat peine chaque mois à payer ses fonctionnaires faute de liquidités.

Son successeur Emmerson Mnangagwa, vainqueur des élections du 30 juillet, a promis de relancer la machine en faisant revenir les investisseurs internationaux et en luttant contre la corruption.

« Nous voulons développer, moderniser et mécaniser notre économie », a répété vendredi le chef de l’Etat devant la presse en présentant son nouveau cabinet. « Dans les cinq prochaines années, nous devons réussir à faire passer un bon nombre nos concitoyens défavorisés dans la classe moyenne ».

M. Mnangagwa a par ailleurs procédé à des changements aux ministères-clé de la Défense et des Affaires intérieures, mais confirmé deux généraux à la retraite aux portefeuilles des Affaires étrangères et aux Affaires foncières.

Il a également nommé aux Sports l’ancienne championne de natation Kirsty Coventry, double médaillée d’or aux Jeux olympiques d’Athènes (2004) et Pékin (2008).

« J’ai nommé un gouvernement varié, dynamique, jeune et resserré avec les compétences et l’expérience requises pour réaliser nos objectifs », a souligné le président sur Twitter.

La présentation de sa nouvelle équipe a été accueillie plutôt favorablement par les analystes.

« C’est une liste intéressante (…) le ministère des Finances est entre de bonnes mains », a déclaré à l’AFP l’économiste Godfrey Kanyenze, de l’Institut de recherche pour le développement économique et social de Harare.

« Il (le président) a été assez audacieux pour écarter des gens qui étaient connus pour être corrompus », a-t-il ajouté.

Parmi ces exclus figurent l’ancien ministre des Finances Patrick Chinamasa, son ex-collègue de l’Information Supa Mandiwanzira et celui des Affaires intérieures Obert Mpofu.

« Ca ressemble à un bon départ », a renchéri son collègue indépendant John Robertson, « tout va dépendre maintenant de l’autonomie qu’il (le chef de l’Etat) va accorder à ses ministres ».

Romandie.com avec(©AFP / 07 septembre 2018 15h31)                                                        

Emmerson Mnangagwa investi président d’un « nouveau  » Zimbabwe

août 26, 2018

Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa (à gauche) prête serment à Harare le 26 août 2018 à Harare / © AFP / Jekesai NJIKIZANA

Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a prêté serment dimanche en appelant ses compatriotes à tourner la page des élections, jugées frauduleuses par l’opposition, et à se mettre au travail pour redresser tous ensemble son économie en ruines.

En signe d’apaisement, le nouveau maître du pays a profité de son discours d’investiture pour annoncer une enquête sur la répression meurtrière, à ses yeux « inacceptable », de la manifestation post-électorale du 1er août, qui a fait 6 morts.

« Voici le nouveau Zimbabwe, l’aube d’une 2e république du Zimbabwe », a lancé M. Mnangagwa devant plusieurs milliers de ses partisans enthousiastes et une brochette de chefs d’Etat africains réunis dans un stade de la capitale Harare.

Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a pris la tête du Zimbabwe en novembre dernier après la démission de Robert Mugabe, lâché par l’armée et son parti au pouvoir, la Zanu-PF, au terme d’un règne autoritaire de trente-sept ans.

Candidat de la Zanu-PF, l’ancien vice-président a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 30 juillet, crédité de 50,8% des suffrages contre 44,3% à son rival du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa.

Arguant de nombreuses fraudes, le MDC a contesté ces résultats devant la Cour constitutionnelle.

Un soldat et sa famille passent devant une banderole félicitant le président du Zimbabwe Emmerson Mnangwga avant sa prestation de serment le 26 août 2018 à Hararen / © AFP / Jekesai NJIKIZANA

Mais la plus haute instance judiciaire du pays a validé finalement le scrutin vendredi, estimant que l’opposition n’avait pas fait la preuve de ces irrégularités.

Dans son premier discours de président élu, celui qui a été surnommé le « Crocodile », pour son caractère dur et intransigeant, a lancé un appel à l’unité du pays.

– ‘Création d’emplois’ –

« Nous sommes tous zimbabwéens, ce qui nous unit est plus fort que ce qui pourra jamais nous séparer », a-t-il lancé, « maintenant que les élections sont derrière nous, nous devons maintenant nous concentrer sur les défis économiques de notre nation ».

Sorti exsangue de l’ère Mugabe, le Zimbabwe connaît une crise économique et financière catastrophique, avec un taux de chômage estimé à plus de 90% de la population.

Des femmes font la queue pour assister à la cérémonie d’investiture du président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, le 26 août 2018 à Harare / © AFP / Jekesai NJIKIZANA

« Nous allons lancer des mesures pour attirer les investissements nationaux et étrangers (…), la créations d’emplois sera au coeur de nos efforts », a-t-il lancé devant la foule.

« Mnangagwa est l’homme qu’il nous faut pour mener le Zimbabwe à la prospérité », s’est réjoui un de ses partisans, Blessing Muvirimi, assis au milieu des banderoles « célébrons un nouveau Zimbabwe » ou « tolérance zéro pour la corruption » déployées dans le stade.

« Nous, nous voulons que le peuple s’unisse et travaille main dans la main », a renchéri un autre, Malvern Makoni.

L’opposition a déjà opposé aux appels à l’union du vainqueur une sèche fin de non-recevoir.

« Je me considère légitimement comme le dirigeant du Zimbabwe (…) nous avons remporté une nette majorité », avait déclaré samedi devant la presse Nelson Chamisa, qui a délibérément boudé la cérémonie d’investiture.

Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa arrive avec son épouse Auxilia pour prêter serment le 26 août 2018 à Hararen / © AFP / Jekesai NJIKIZANA

« La voie juridique n’est pas la seule vers la liberté, la Constitution nous donne le droit de manifester pacifiquement », a-t-il dit.

– ‘Inacceptable’ –

La campagne pour les élections générales est apparue plus ouverte que lors des scrutins précédents, systématiquement entachés des violences du pouvoir contre ses adversaires.

Mais les fraudes alléguées par l’opposition et, surtout, la sanglante répression par l’armée de la manifestation du 1er août ont ravivé le spectre du passé. Plusieurs dizaines de partisans de l’opposition ont également été arrêtés ces derniers jours, a accusé le MDC.

M. Mnangagwa a regretté dimanche la répression du rassemblement du 1er août. « L’incident violent isolé et malheureux du 1er août était regrettable et totalement inacceptable », a-t-il dit, « j’annoncerai bientôt la nomination d’une commission d’enquête ».

Le président de Republique démocratique du Congo Joseph Kabila (au centre) arrive à la cérémonie de prestation de serment de son homologue zimbawéen Emmerson Mnangagwa le 26 août 2018 à Harare / © AFP / Jekesai NJIKIZANA

Les observateurs internationaux ont pour la plupart accordé leur onction au déroulement du scrutin.

L’Union européenne (UE) a exprimé des réserves, notamment sur le libre accès aux médias publics. Plus sévère, une mission américaine a conclu que le Zimbabwe ne disposait « pas encore de la culture démocratique et tolérante » requise.

De nombreux chefs d’Etat africains ont apporté par leur présence dimanche à l’investiture de M. Mnangagwa leur onction au scrutin.

Parmi eux figurent le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, le Zambien Edgar Lungu, le Rwandais Paul Kagame et le président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila.

L’ex-président Robert Mugabe s’est excusé et s’est fait représenter par sa fille Bona. Celui qui avait traité son successeur de « traître » après sa chute lui a toutefois envoyé ses « chaleureuses félicitations », selon un message lu par… M. Mnangagwa.

Romandie.com avec(©AFP / (26 août 2018 16h57)

Zimbabwe/présidentielle: l’opposition à la Cour constitutionnelle pour déposer son recours

août 10, 2018

Harare – Les avocats de l’opposition étaient vendredi à 15H30 à la Cour constitutionnelle à Harare pour déposer un recours contestant les résultats de l’élection présidentielle du 30 juillet remportée par le sortant Emmerson Mnangagwa, a constaté un journaliste de l’AFP.

Plusieurs hommes en costume dont des membres de l’opposition sont entrés dans les locaux de la Cour constitutionnelle peu après 15H (13H00 GMT). Jameson Timba, ancien député, membre de la délégation, a confirmé à l’AFP qu’ils étaient là pour le recours.

La délégation a été suivie quelques instants plus tard par d’autres hommes en costume portant des boîtes en plastique et des dossiers.

Selon les résultats officiels, M. Mnangagwa, ancien bras droit de Robert Mugabe resté 37 ans pouvoir, a obtenu 50,8% des voix contre 44,3% pour Nelson Chamisa du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

L’opposition avait jusqu’à minuit pour contester les résultats du scrutin. Une fois saisie, la Cour constitutionnelle a 14 jours pour trancher.

« Toutes les preuves (de fraude) dont nous avons besoin sont disponibles. Il n’y aura aucun doute pour tous les citoyens. Il y a eu une triche et une fraude de +mammouth+ », avait affirmé mercredi Thabani Mpofu, avocat du MDC.

De son côté, le président Mnangagwa se montre confiant, répétant que l’élection a été « juste et transparente ». Son camp accuse les opposants d’être « mauvais joueurs ».

Romandie.com avec(©AFP / 10 août 2018 14h06)

Zimbabwe: des opposants devant la justice, le président élu appelle à l’apaisement

août 4, 2018

L’opposant et perdant de la présidentielle au Zimbabwe, Nelson Chamisa, Harare, 3 août 2018 / © AFP / Jekesai NJIKIZANA

Une vingtaine d’opposants arrêtés au siège de leur parti comparaissaient devant la justice samedi à Harare, après la victoire contestée du président sortant Emmerson Mnangagwa, qui a appelé à l’apaisement dans l’espoir de tourner la page de l’ère Mugabe.

M. Mnangagwa a obtenu de justesse la majorité (50,8%) des voix lors de l’élection présidentielle de lundi, la première depuis la chute du président Robert Mugabe, tombé en novembre après près de quatre décennies au pouvoir. Il appartient, comme M. Mugabe, au parti de la Zanu-PF, aux commandes du pays depuis l’indépendance en 1980.

Après un vote dans le calme, la situation a dégénéré mercredi quand la police et l’armée ont maté une manifestation de l’opposition, faisant au moins six morts.

Le lendemain, la police a perquisitionné les locaux du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition). 21 personnes ont été arrêtées et inculpées de violences sur la voie publique, selon l’association des Avocats du Zimbabwe pour les droits de l’Homme. 22 personnes dont huit femmes comparaissaient samedi devant le tribunal.

La situation était calme dans la capitale mais restait tendue, notamment dans la banlieue. A Chitungwiza (sud Harare), « des gens ont été battus par des soldats hier soir », rapporte Christine, commerçante, témoin des événements. « Je ne sais pas pourquoi ils les frappaient. Ils n’avaient rien fait. Les soldats sont encore là, on a peur de sortir ».

Plusieurs des victimes de la répression devaient être enterrées dans la journée.

La veille, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a joué la carte de l’apaisement. L’élection marque « un nouveau départ » pour « construire un nouveau Zimbabwe pour tous », a-t-il déclaré.

Il a promis une enquête indépendante sur les violences et dénoncé l’intervention de policiers qui ont retardé vendredi une conférence de presse de l’opposition. Ce genre de comportement « n’a pas de place dans notre société », a-t-il assuré.

Le président élu Emmerson Mnangagwa lors d’une conférence de presse, le 3 août 2018 à Harare, au Zimbabwe / © AFP / MARCO LONGARI

Il a aussi défendu la légitimité de son élection, assurant qu’elle avait été « libre, juste et crédible ».

Sans convaincre Nelson Chamisa, le jeune chef de l’opposition de 40 ans, qui a de nouveau dénoncé samedi des fraudes. « Nous avons gagné, mais ils ont déclaré le contraire. Vous avez voté et ils ont triché », a-t-il lancé sur son compte Twitter.

Le MDC a promis de saisir la justice, assurant avoir des « preuves » des fraudes.

Une fois saisie, la justice a 14 jours pour se prononcer. Le vainqueur sera alors investi président dans les 48 heures.

« L’opposition n’a eu aucun résultat et je pense que la pilule est dure à avaler après 37 ans de gouvernance par un seul parti sous Mugabe. Il est temps pour un nouveau départ, et cela ne se produit pas. Donc je m’attends à quelques troubles sociaux » notamment en province, estime Anthoni Van Nieuwkerk, professeur de relations internationales à la Wits School of Governance.

– ‘les gens ont faim’ –

« Mnangagwa et son parti comprennent que le pays n’a aucune économie et a besoin de la bonne volonté de la communauté internationale. S’ils déploient les soldats, au-delà de la décence, et si d’autres personnes sont tuées, ça n’annoncera rien de bon pour lui », précise-t-il.

« Le véritable défi ce n’est pas la représentation politique mais la relance de l’économie. Les gens n’ont pas de travail, ils ont littéralement faim… Ce défi ne peut être surmonté, que si le vainqueur et le second travaillent ensemble », conclut-il

Washington a déploré les violences mais « encouragé » vendredi « tous les responsables politiques à montrer de la magnanimité dans la victoire et de la courtoisie dans la défaite ».

Arrivé à la présidence en novembre après un coup de force de l’armée qui a renversé Robert Mugabe, Mnangagwa a légitimé son pouvoir avec ce double scrutin, confortant même sa position à l’Assemblée: son parti a raflé les deux-tiers des sièges lors des législatives.

L’ex-bras droit de Robert Mugabe, soucieux de se démarquer de l’ancien président autocrate, s’était engagé à organiser des élections libres. Sous Mugabe, les scrutins étaient marqués par fraudes et violences. En 2008, plus de 200 partisans de l’opposition avaient été tués.

Dans leurs rapports préliminaires, les observateurs internationaux ont salué le déroulement du vote. Mais l’Union européenne a dénoncé l' »inégalité des chances », rappelant que M. Mnangagwa dispose du soutien de l’armée et contrôle les médias d’Etat.

Amnesty International s’est inquiétée de « l’arrestation arbitraire d’au moins 60 personnes ». Elle a appelé le président à « tenir ses promesses » en « ordonnant aux forces de sécurité de mettre fin à leur campagne brutale de torture, d’intimidation et de suppression de voix dissidentes ».

Emmerson Mnangagwa traîne une réputation sulfureuse. En tant que chef de la sécurité nationale sous Mugabe, il a dirigé en 1983 la brutale répression dans les provinces dissidentes du Matabeleland (ouest) et des Midlands (centre), qui ont fait environ 20.000 morts.

Romandie.com avec(©AFP / 04 août 2018 14h32)

Zimbabwe: le président élu Mnangagwa défend une élection « libre, juste et crédible »

août 3, 2018

Harare – L’élection présidentielle au Zimbabwe a été « libre, juste et crédible », a affirmé vendredi le chef de l’Etat élu Emmerson Mnangagwa, en dépit des accusations de fraude de l’opposition.

« On a assisté à une célébration de la démocratie au Zimbabwe, un festival de liberté sans entraves. Alors que les yeux du monde étaient tournés vers nous, nous avons organisé une élection libre, juste et crédible, comme nous l’avions promis », a déclaré Emmerson Mnangagwa au cours d’un point de presse au palais présidentiel à Harare.

« Je suis fier et humble d’avoir été élu (…). Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour être à la hauteur des attentes de ceux qui ont voté pour moi », a-t-il ajouté, affichant sur son costume sombre une écharpe aux couleurs du Zimbawbe

Emmerson Mnangagwa a remporté l’élection présidentielle de lundi avec 50,8% des voix, devant son principal rival et opposant Nelson Chamisa qui a obtenu 44,3% des voix, selon des résultats officiels.

Ce dernier a rejeté vendredi les résultats, jugeant l’élection « frauduleuse, illégale et illégitime ».

Emmerson Mnangagwa a assuré à son opposant qu’il avait « un rôle crucial à jouer au Zimbabwe, maintenant et dans l’avenir ».

Depuis son indépendance en 1980, le Zimbabwe n’a connu que deux présidents, tous les deux issus de la Zanu-PF: Robert Mugabe, qui a dirigé d’une main de fer le pays pendant trente-sept ans, et Emmerson Mnangagwa, son ancien bras droit, arrivé au pouvoir après un coup de force de l’armée.

Ce dernier a confirmé cette semaine dans les urnes, à l’occasion des premières élections de l’ère post-Mugabe, son emprise sur le pays,

Romandie.com avec(©AFP / 03 août 2018 16h01)                                                        

Zimbabwe: le président prône l’apaisement, l’armée dans les rues de Harare

août 2, 2018

Les forces de l’ordre stationnées dans une rue de Bulawayo au Zimbabwe, le 2 août 2018 / © AFP / PATRICK MEINHARDT

Le président Emmerson Mnangagwa a appelé jeudi à l’apaisement au Zimbabwe alors que l’armée patrouillait dans les rues de Harare dans l’attente des résultats de la présidentielle, au lendemain d’une répression meurtrière contre l’opposition qui crie à la fraude.

La commission électorale a de son côté exhorté jeudi la population à faire preuve de « patience », annonçant que les résultats devraient être communiqués dans la journée ou vendredi.

Le Zimbabwe a organisé lundi, sans incident majeur, les premières élections générales depuis la chute du président Robert Mugabe en novembre après trente-sept ans au pouvoir. Ces scrutins devaient marquer un tournant dans l’histoire du pays où les élections ont été régulièrement entachées de fraude et de violence.

Mais mercredi, après l’annonce de la victoire écrasante aux législatives de la Zanu-PF, le parti au pouvoir depuis 1980, la situation a dégénéré dans la capitale.

L’armée a ouvert le feu sur des manifestants de l’opposition qui protestaient contre des fraudes. Trois personnes ont été tuées, selon la police.

Jeudi, le chef de l’Etat a appelé à résoudre « pacifiquement les différends » avec l’opposition, précisant avoir été en discussion avec son chef, Nelson Chamisa, pour tenter de « désamorcer » la crise.

La communauté internationale s’est inquiétée de ces tensions post-électorales.

Le Commonwealth a « catégoriquement dénoncé l’usage excessif de la force contre des civils non armés » et demandé à la commission électorale d' »annoncer, sans plus attendre, tous les résultats des élections ».

Des policiers anti-émeute protègent les locaux de la commission électorale à Harare, le 1er août 2018. / © AFP / Luis TATO

Dès mercredi soir, le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale du Zimbabwe, et les Etats-Unis avaient appelé Harare à la « retenue ».

– « Faux résultats » –

Le Zimbabwe est toujours dans l’incertitude concernant les résultats de la présidentielle, qui se joue entre Emmerson Mnangagwa – 75 ans et ancien bras droit de Robert Mugabe – et Nelson Chamisa – 40 ans et récemment propulsé à la tête du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Nelson Chamisa avait accusé mercredi la commission électorale de préparer de « faux résultats » pour la présidentielle, provoquant la colère de ses partisans qui sont descendus dans la rue avant d’être dispersés à coup de balles réelles et de gaz lacrymogène.

Après ces violences, le gouvernement a prévenu qu’il ne « tolérerait » aucune contestation.

Jeudi, des policiers anti-émeutes étaient stationnés devant le siège du MDC, tandis que des militaires gardaient les bureaux de la Zanu-PF.

« Aucun agent de change », ont crié des soldats, le visage masqué, à des changeurs de billets installés sur un trottoir à proximité du centre-ville, tandis que l’activité était normale dans des marchés de la capitale.

Le Zimbabwe depuis l’indépendance / © AFP / John SAEKI

« Je ne savais pas si c’était sûr de venir travailler », a expliqué un employé de parking à l’AFP à Harare. « On s’est consulté entre nous. Certains de mes collègues ne savaient pas quoi faire et maintenant ils se préparent à venir », a-t-il ajouté.

Devant les banques, des habitants faisaient la queue pour obtenir du liquide, une scène ordinaire au Zimbabwe qui manque cruellement de cash.

– ‘Main lourde’ –

« Quelle perte de temps de s’être inscrit sur les listes électorales, d’avoir voté pour avoir au final des gens tués », a réagi, dépitée, Sharon Nhamo, une employée de parking de 40 ans.

Le président Mnangagwa, soucieux de se démarquer de son prédécesseur, avait promis des élections libres, pacifiques et transparentes, dans l’espoir d’attirer de nouveaux les investisseurs occidentaux dans son pays au bord de la faillite.

« C’est vraiment décevant », a estimé pour sa part Timie Manuwere, 37 ans. « L’opposition a eu tort et la réaction du gouvernement a aggravé la situation. Ils ont eu la main lourde », a-t-il ajouté, expliquant cependant ne pas être surpris.

« Je ne m’attendais pas à ce que les choses changent beaucoup avec les élections. Il était très improbable que ces gars abandonnent juste le pouvoir au bout de huit mois. ll faut aussi qu’ils profitent du coup. »

Violences au Zimbabwe après l’annonce des résultats / © AFP / Maryke Vermaak

Emmerson Mnangagwa a succédé à Robert Mugabe à la suite d’un coup de force de l’armée, qui a contraint le nonagénaire à démissionner. Le nouveau président a confié à plusieurs militaires des postes clés dans son gouvernement.

« Nous avons tous été naïfs, y compris la communauté internationale », a estimé Ibbo Mandaza, un analyste du groupe de réflexion Southern African Political and Economic Series (SAPES) basé à Harare.

« Nous avons refusé d’appeler un coup un coup et la communauté internationale a été naïve de penser que les élections seraient libres et justes sous un gouvernement militaire », a-t-il déclaré à l’AFP.

Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour de la présidentielle, un second tour sera organisé le 8 septembre.

Romandie.com avec(©AFP / 02 août 2018 15h26)

Présidentielle au Zimbabwe: l’opposition revendique la victoire de son chef Nelson Chamisa au 1er tour

juillet 31, 2018

Harare – La principale formation de l’opposition au Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a affirmé mardi que son chef Nelson Chamisa avait remporté la présidentielle dès le premier tour, face au chef de l’Etat Emmerson Mnangagwa, patron du parti de la Zanu-PF au pouvoir depuis 1980.

« Nous avons reçu les résultats de nos agents (…). Les résultats montrent au-delà de tout doute raisonnable que nous avons gagné les élections et que le prochain président du Zimbabwe est Nelson Chamisa », a déclaré un haut responsable du parti, Tendai Biti, ancien ministre respecté des Finances.

« Nous avons remporté les élections, nous avons réalisé l’impossible », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse au siège du MDC à Harare, devant lequel quelques partisans du parti célébraient la victoire.

« Nous sommes cependant très inquiets au sujet de preuves d’interférence », a-t-il immédiatement ajouté, alors que le MDC n’a cessé de dénoncer pendant la campagne le manque de transparence et la « partialité » de la commission électorale (ZEC).

« Il y a un retard délibéré dans l’annonce des résultats. Ce retard est totalement inacceptable », a estimé Tendai Biti mettant « au défi » la ZEC d’annoncer les résultats.

Mardi en milieu d’après-midi, la ZEC n’avait pas encore publié de résultats pour les élections présidentielle, législatives et municipales de lundi, les premières depuis la chute du Robert Mugabe, contraint de démissionner en novembre après trente-sept ans de pouvoir.

Mardi matin, Nelson Chamisa et Emmerson Mnangagwa avaient affirmé être en tête des élections. Le président Mnangagwa, ancien bras droit de M. Mugabe, était donné favori de la présidentielle.

Romandie.com avec(©AFP / 31 juillet 2018 14h03)                                                        

Au Zimbabwe, le rêve enfin exaucé d’une campagne électorale sans violence

juillet 22, 2018

Des participants à un meeting de l’opposant Nelson Chamisa, candidat à la présidentielle zimbabwéenne du 30 juillet, le 21 juillet à Bulawayo, dans le sud du pays. © ZINYANGE AUNTONY / AFP

 

Michelle Nyakudya écoute attentivement le discours d’un candidat de l’opposition à la députation au Zimbabwe. Elle se pince encore pour y croire, mais les faits sont là.

Cette mère de famille s’apprête à voter dans un climat politique apaisé, sans menaces ni violences. Du jamais vu pour cette trentenaire.

Dans son village de Domboshawa, au nord d’Harare, l’opposition règne en maître, pourtant la sérénité prévaut à l’approche des élections générales du 30 juillet, les premières depuis la chute en novembre du président Robert Mugabe.

« Je peux dire que cette campagne électorale est différente », dit Michelle, « les précédentes étaient très violentes mais cette année c’est plutôt calme, nous ne sommes plus forcés de faire quoi que ce soit ».

« C’est une bonne année, les gens sont libres de dire ce qu’ils pensent », constate elle aussi Rabina Madziva, au chômage.

Crainte de fraude

Mais elle reste prudente. « Avec la politique, on ne sait jamais ce qui peut se passer après le vote », ajoute-t-elle, « j’espère qu’il n’y aura pas de fraude ».

Sous le long règne de Robert Mugabe, fraudes, intimidations et violences électorales ont été la règle. Les nervis du président n’ont pas hésité à rosser, torturer voire supprimer les partisans de l’opposition pour lui assurer la victoire.

En 2008, ces brutalités ont atteint un tel niveau qu’elles ont convaincu le chef du Mouvement pour un changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai de renoncer au second tour de la présidentielle. Il était pourtant arrivé en tête du premier.

Finalement lâché par l’armée et son parti, la Zanu-PF, le « camarade Bob », 94 printemps aujourd’hui, a été contraint de rendre les clés du pays en novembre, après trente-sept ans de règne.

Son successeur Emmerson Mnangagwa, longtemps un proche de l’ancien maître du pays, n’a cessé depuis de promettre que les premières élections générales sans Robert Mugabe seraient « libres, transparentes et honnêtes ».

‘Nouvelle culture’

Son passé d’exécuteur des basses besognes répressives de l’ancien régime en a fait douter plus d’un.

Mais finalement, hormis la tentative d’assassinat – attribuée à une faction de son propre parti – qui a visé en juin le chef de l’Etat lors d’une réunion publique à Bulawayo (sud), les incidents sérieux ont été rares pendant la campagne.

Tout le monde est libre de faire campagne pour qui il veut

« Je pense que le départ de Mugabe a promu une nouvelle culture dans le pays », se félicite Handsome Madziva, 53 ans, un paysan de Nyahukwe, un village à quelque 200 km au sud-est de Domboshawa.

Là aussi, la campagne électorale a été sereine. « C’est la plus pacifique que j’ai connue », se réjouit, incrédule, Patrick Makonde, un électeur de 59 ans qui a participé à tous les scrutins organisés depuis l’indépendance de son pays en 1980.

« Personne n’a été frappé. Tout le monde est libre de faire campagne pour qui il veut », poursuit le grand-père, partisan depuis toujours de la Zanu-PF. « Les jeunes soutiennent leurs partis (d’opposition) et nous, nous gardons notre confiance à celui que nous défendons depuis toujours ».

Jusque-là sans incident majeur. Alors Patrick Makonde espère enfin vivre le 30 juillet sa première élection « normale ».

Influents chefs traditionnels

Illustration de ce changement d’ambiance, les réunions électorales du MDC ont attiré des foules sans précédent, même dans les bastions ruraux traditionnels de la Zanu-PF.

Longtemps considérés comme les agents électoraux les plus efficaces du parti au pouvoir, les très influents chefs traditionnels ont, eux, été priés par la justice de se tenir à bonne distance des opérations électorales.

Malgré l’amélioration générale du climat politique, les tentatives d’intimidation ou de pressions en faveur de la Zanu-PF n’ont pas disparu, relèvent les ONG.

Les intimidations restent répandues et en hausse », affirme l’ONG WTPZ

L’une d’elles, « Nous le peuple du Zimbabwe » (WTPZ), affirme avoir recensé 249 cas de menaces en juin dans le pays. « Les intimidations restent répandues et en hausse », affirme-t-elle dans un rapport en date du 9 juillet.

Le responsable régional de Human Rights Watch (HRW) Dewa Mavhinga doute, lui, de la conversion des chefs locaux du parti au pouvoir aux consignes de modération de leur état-major.

« Mnangagwa prêche la paix pour profiter de la légitimité du scrutin mais ceux qui sont au bas de la hiérarchie de la Zanu-PF sont fébriles », s’inquiète M. Mavhinga, « le recours à la violence reste inscrit dans leurs gènes ».

Pas de quoi toutefois inquiéter Joshua Mvere. « J’étais jeune en 2008 mais je me souviens que l’élection a été terrible », dit ce jeune marié de 22 ans, « mais aujourd’hui nous faisons campagne comme des gens civilisés ».

Et même s’il a longtemps hésité, c’est sûr, le 30 juillet il ira voter pour la première fois.

Jeuneafrique.com avec AFP

Zimbabwe: le président Mnangagwa soupçonne des partisans de Grace Mugabe d’avoir fomenté l’attentat

juin 27, 2018

Grace Mugame

 

Le chef de l’Etat zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a accusé les partisans de l’ancienne Première dame Grace Mugabe d’avoir fomenté l’attentat dont il est sorti indemne ce week-end, en pleine campagne électorale pour la présidentielle du 30 juillet.

 

Samedi, deux personnes ont été tuées et des dizaines blessées lors de l’explosion d’un engin non identifié à la fin d’un discours prononcé par M. Mnangagwa devant des milliers de ses partisans réunis dans un stade de Bulawayo (sud). L’attentat n’a pas été revendiqué.

« Il s’agit d’une action politique de la part de personnes qui sont mécontentes de l’actuel gouvernement démocratique du pays », a estimé M. Mnangagwa dans une interview à la BBC diffusée mercredi.

« Mon intuition, sans avoir de preuve, est que les personnes qui sont mécontentes du nouveau gouvernement sont le G40 », a-t-il poursuivi, en référence au groupe Génération 40, une faction au sein du parti au pouvoir de la Zanu-PF favorable à Grace Mugabe.

« C’est la conclusion logique et raisonnable qu’on peut tirer », a estimé M. Mnangagwa, promettant de « traquer ces criminels ». « Une fois qu’on les aura arrêtés, on pourra déterminer l’étendue de leur réseau », a-t-il encore dit.

M. Mnangagwa a succédé en novembre au président Robert Mugabe, contraint de démissionner, après trente-sept ans au pouvoir.

M. Mugabe s’est résigné à quitter le pouvoir après avoir été lâché par l’armée et son parti, la Zanu-PF, au pouvoir depuis l’indépendance en 1980.

Quelques jours avant l’intervention de l’armée, Grace Mugabe avait obtenu de son mari qu’il démette de ses fonctions de vice-président M. Mnangagwa, dauphin de longue date du chef de l’Etat mais devenu un encombrant adversaire pour l’ambitieuse Première dame.

C’est pour empêcher la fantasque et autoritaire Grace Mugabe de prendre, le moment venu, la succession de son mari nonagénaire que l’armée avait décidé d’agir.

« Comment pourrais-je faire confiance » » à Grace Mugabe, « une personne qui a été utilisée par une cabale pour dire des choses sans fondement ? », a lancé M. Mnangagwa dans son interview à la BBC.

« J’ai de la compassion pour elle », a-t-il toutefois ajouté. « Parce qu’à mon avis elle était politiquement immature, (…) elle a été utilisée par ceux qui voulaient se débarrasser de moi. »

Le Zimbabwe est appelé à élire le 30 juillet son président et ses députés, les premiers scrutins depuis la chute de M. Mugabe. Agé de 75 ans, M. Mnangagwa est donné grand favori de la présidentielle.

Sacer-info.com par Stany Franck avec AFP