Posts Tagged ‘Arrestation’

Norvège: 5 tués dans une attaque à l’arc, la piste terroriste pas exclue

octobre 13, 2021
Norvege: 5 tues dans une attaque a l'arc, la piste terroriste pas exclue
Norvège: 5 tués dans une attaque à l’arc, la piste terroriste pas exclue© NTB/AFP/Terje Pedersen

La police norvégienne a arrêté un Danois de 37 ans, soupçonné d’être l’auteur d’une attaque à l’arc et aux flèches qui a fait cinq morts et deux blessés mercredi à Konsberg, dans le sud-est du pays, les enquêteurs n’excluant pas à ce stade une motivation terroriste.

Le suspect, interpellé peu de temps après les faits, est un citoyen danois de 37 ans résidant à Kongsberg, a annoncé la police norvégienne dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi.

« Nous avons décidé de confirmer cette information car beaucoup de rumeurs circulent sur les réseaux sociaux autour de l’auteur de l’attaque, certaines [mettant en cause] des personnes n’ayant aucun lien avec les actes graves commis », a-t-elle ajouté.

Plus tôt dans la soirée, le responsable de la police locale, Øyvind Aas, avait fait état lors d’un point de presse de cinq personnes mortes et deux blessées.

Les deux blessés ont été hospitalisés dans des unités de soins critiques mais, selon Øyvind Aas, rien n’indique que leur vie est en danger. L’un d’eux était un policier hors service qui se trouvait dans un supermarché, l’un des multiples endroits où l’attaque s’est produite.

« Selon les informations dont nous disposons maintenant, il n’y a qu’une personne impliquée dans ces actes », a ajouté le policier. Aucun autre suspect n’est donc recherché.

Les motivations de l’agresseur sont encore inconnues à ce stade.

Selon la chaîne TV2, généralement bien informée, l’auteur présumé de l’attaque est converti à l’islam et a des antécédents médicaux — ce que les autorités n’ont pas voulu confirmer.

« Vu le déroulement des faits, il est naturel d’évaluer s’il s’agit d’une attaque terroriste », a indiqué Øyvind Aas.

« Le suspect n’a pas été entendu et il est trop tôt pour se prononcer sur ses mobiles », a-t-il ajouté, précisant que les enquêteurs gardaient « toutes les possibilités ouvertes ».

« Carquois sur l’épaule »

Informée à 18H13 (16H13 GMT), la police a arrêté le suspect à 18H47 et l’a emmené au commissariat de la ville voisine de Drammen.

A Kongsberg, petite ville d’environ 25.000 habitants à environ 80 kilomètres à l’ouest d’Oslo, l’accès aux lieux du crime était bloqué par un cordon de police et des agents, a constaté un correspondant de l’AFP.

Une femme, Hansine, qui a en partie assisté à l’attaque, a dit à TV2 avoir entendu du vacarme et vu une femme se mettre à l’abri ainsi qu' »un homme au coin de la rue avec des flèches dans un carquois sur l’épaule et un arc dans la main ».

« Après, j’ai vu des gens courir pour leur vie. L’un d’eux était une femme qui tenait un enfant par la main », a-t-elle témoigné auprès de la chaîne.

« Ces événements nous ébranlent », a déclaré la Première ministre Erna Solberg, dont c’était le dernier jour en fonction. Elle cédera jeudi son poste au travailliste Jonas Gahr Støre, vainqueur des législatives du 13 septembre.

Policiers armés

Les habitants ont été appelés à rester chez eux tandis que d’importantes forces de police et de multiples ambulances ont été déployées.

Des hélicoptères de la police et des services médicaux ainsi qu’une équipe de démineurs ont aussi été envoyés sur place.

La direction norvégienne de la police a décidé que les agents, qui ne sont généralement pas armés, porteraient des armes à titre temporaire dans tout le pays.

Plusieurs médias ont diffusé des photos de flèches noires, de compétition semble-t-il, gisant au sol ou, pour l’une d’entre elles, solidement fichée dans un mur.

Dans le passé, la Norvège, nation traditionnellement paisible, a été la cible d’attaques d’extrême droite.

Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik avait tué 77 personnes en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit morts, avant d’ouvrir le feu sur un rassemblement de la Jeunesse travailliste sur l’île d’Utøya, faisant 69 autres victimes.

En août 2019, Philip Manshaus avait aussi tiré dans une mosquée des environs d’Oslo, avant d’être maîtrisé par des fidèles, sans faire de blessé grave. Il avait auparavant abattu par racisme sa demi-soeur adoptive d’origine asiatique.

Plusieurs projets d’attentats islamistes ont par ailleurs été déjoués.

Par Le Point avec AFP

RDC: Marche du 15 septembre à Kinshasa avec arrestation brutale de Martin Fayulu

septembre 15, 2021

Avec Réaco News

Guinée : Alpha Condé arrêté par les putschistes

septembre 5, 2021
Alpha Condé, entouré des militaires des Forces spéciales qui ont procédé à son « arrestation », le dimanche 5 septembre 2021.

Depuis le début de la matinée, le quartier du palais présidentiel était le théâtre de tirs nourris. Ce putsch est mené par le Groupement des forces spéciales, dirigé par Mamady Doumbouya.

Entouré de militaires en treillis, masqués et les armes à la main, Alpha Condé apparaît sur un canapé du palais présidentiel. Le président guinéen est comme sonné, la chemise entre-ouverte, les pieds nus. « Est-ce qu’on a touché à un seul de vos cheveux ? On vous a brutalisé, Excellence? » lui demande un militaire dans une vidéo tournée à Sékoutoureya. Alpha Condé, 83 ans, semble aller bien mais reste silencieux. Il n’aura fallu que quelques heures aux putschistes pour se saisir de celui qui dirigeait le pays depuis onze ans.

Mamady Doumbouya

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, commandant des Forces spéciales guinéennes, lors d’un défilé militaire en 2019.

Tout est allé très vite. Cette journée folle à Conakry a débuté aux alentours de 8h. Des tirs nourris et à l’arme lourde ont été entendus tout au long de la matinée aux abords de Sékoutoureya, le palais présidentiel où se trouvait alors le chef de l’État. Selon des photos, il aurait depuis été emmené hors du palais présidentiel.

À la mi-journée, une déclaration de Mamady Doumbouya, un Malinké originaire de la région de Kankan, a circulé sur les réseaux sociaux. Selon les informations de Jeune Afrique, c’est ce lieutenant-colonel et ses hommes du Groupement des forces spéciales (GPS), une unité d’élite de l’armée aussi bien entrainée qu’équipée, qui sont à l’origine du coup d’État.

Dans cette vidéo, béret rouge sur la tête et lunette de soleil sur le nez, entouré de deux militaires, Mamady Doumbouya annonce que « la situation socio-politique et économique du pays, le dysfonctionnement des institutions républicaines, l’instrumentalisation de la justice, le piétinement des droits des citoyens, la gabegie financière […] ont amené l’armée républicaine à prendre ses responsabilités vis-à-vis du peuple de Guinée. »

Il annonce aussi la dissolution de la Constitution, du gouvernement, des institutions et la fermeture des frontières. Enfin, il annonce qu’un « Comité national du rassemblement et du développement, CNRD » a pris le pouvoir.

Alpha Condé aux mains des putschistes

Ancien légionnaire de l’armée française, Mamady Doumbouya avait été rappelé en Guinée pour prendre la tête du GPS en 2018. Ces derniers mois, sa volonté d’autonomiser le GPS par rapport au ministère de la Défense avait suscité la méfiance du pouvoir de Conakry. En mai, des rumeurs infondées faisant part de sa possible arrestation avaient même circulé dans la capitale guinéenne.

LES FORCES FIDÈLES À ALPHA CONDÉ N’ONT PAS DIT LEUR DERNIER MOT

Celui qui apparaît aujourd’hui comme le chef des putschistes a appelé ses « frères d’armes à l’unité » et à rester dans leurs casernes. C’est bien l’interrogation majeure à cette heure : les hommes du GPS vont-ils être suivis par le reste de l’armée ? « Les forces fidèles à Alpha Condé n’ont pas dit leur dernier mot, mais le président est bel et bien entre les mains des putschistes », a affirmé à Jeune Afrique un proche du chef de l’État.

Arrivé au pouvoir en 2010, Alpha Condé a été réélu en 2020 pour un troisième mandat après une révision de la Constitution controversée.

Par Jeune Afrique

Mali : l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga écroué

août 27, 2021

JUSTICE. Cette arrestation marque un nouveau rebondissement dans l’affaire de l’achat de l’avion de commandement de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta.

L'ex-Premier ministre d'IBK a ete ecroue sur ordre de la chambre d'accusation de la Cour supreme du Mali.
L’ex-Premier ministre d’IBK a été écroué sur ordre de la chambre d’accusation de la Cour suprême du Mali. © HABIBOU KOUYATE / AFP

Soumeylou Boubèye Maïga, qui fut de 2017 à 2019 le Premier ministre du président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé il y a un an par un coup d’État, a été mis sous mandat de dépôt par la Cour suprême du Mali ce jeudi 26 août dans une affaire de fraude présumée. C’est son avocat, Kassoum Tapo, qui a annoncé la nouvelle. Il est soupçonné « d’escroquerie, faux, usage de faux, et favoritisme », selon plusieurs sources.

Âgé de 67 ans, Soumeylou Boubèye Maïga est aujourd’hui une figure majeure de la politique malienne, il a également occupé les fonctions de ministre des Affaires étrangères et de la Défense et chef des services de renseignement.

Ce que la justice lui reproche

Il est soupçonné essentiellement dans le cadre de l’achat en 2014, alors qu’il était ministre de la Défense, d’un avion présidentiel pour un montant de 20 milliards de francs CFA (environ 30,5 millions d’euros), une acquisition épinglée par le Bureau vérificateur général (BVG), autorité malienne indépendante qui a dénoncé des pratiques de surfacturation, de détournement de fonds publics, de fraude, de trafic d’influence et de favoritisme.

Bouaré Fily Sissoko, ancienne ministre de l’Économie et des Finances, a été inculpée et mise sous mandat de dépôt jeudi pour les mêmes motifs, a appris l’AFP auprès d’un magistrat. Elle a été transférée à la prison pour femmes de Bollé, à Bamako.

L’achat de l’avion présidentiel au cœur de l’affaire

Le procureur de la Cour suprême, Mamadou Timbo, avait annoncé mardi à la télévision publique que ce dossier n’était pas clos, contrairement à ce qu’avait publiquement déclaré le 19 août Soumeylou Boubèye Maïga, qui avait assuré avoir été blanchi par le classement sans suite en 2018 de l’affaire.

« À un moment donné, sous l’ancien régime, il avait été instruit au procureur de la République du pôle économique et financier d’alors de classer l’affaire sans suite […]. Par la suite, un autre ministre de la Justice a estimé que cette affaire ne devait pas faire l’objet d’un classement sans suite. Des enquêtes complémentaires ont été menées […]. Le travail judiciaire se fera », avait alors expliqué le procureur. « Il n’y a rien de plus dangereux pour la bonne santé d’une République que l’impunité », avait-il souligné.

« Cette affaire d’avion présidentiel peut éclabousser beaucoup de monde, c’est peut-être le début d’une grande lessive », a commenté un ancien haut fonctionnaire malien.

Soumeylou Boubèye Maïga est réputé disposer d’un important réseau dans les milieux sécuritaires maliens et régionaux. Il dirige l’Asma-CFP (Alliance pour la solidarité au Mali- Convergence des forces patriotiques). Il avait été contraint de quitter le ministère de la Défense en mai 2014, après une lourde défaite de l’armée à Kidal (Nord-Est) face à la rébellion touareg.

Nommé Premier ministre en 2017, il avait été contraint à la démission en avril 2019 après le massacre le mois précédent de quelque 160 civils peuls à Ogossagou (Centre) et une série de manifestations contre la gestion de l’État.

Le président Keïta a été renversé par un putsch militaire le 18 août 2020 à la suite de plusieurs mois de manifestations contre la corruption et l’impuissance de l’État face à la violence. Le nouvel homme fort, le colonel Assimi Goïta, s’est engagé à céder la place à des civils, après des élections présidentielle et législatives prévues en février 2022.

Mais le doute persiste quant à la faculté des autorités à tenir les échéances dans les six mois qui leur restent, tant les obstacles à surmonter sont considérables dans ce pays en pleine tourmente depuis des années. La propagation djihadiste et les violences de toutes sortes vont de pair avec de graves crises politique et sociale.

Avec Le Point

Tunisie : arrestation du député Yassine Ayari, selon son parti

juillet 31, 2021
Le député tunisien Yassine Ayari (au centre), le 15 février 2018 au Parlement, à Tunis.

Le parti de ce député tunisien critique du président a annoncé qu’il avait été arrêté vendredi, après avoir dénoncé sur les réseaux sociaux le coup de force de Kaïs Saïed comme « un coup d’État militaire ».

Le député indépendant et ex-blogueur Yassine Ayari a déjà été condamné à plusieurs reprises ces dernières années pour des publications sur les réseaux sociaux, notamment critiques de l’armée. Son mouvement, « Espoir et travail », lancé en 2019, a annoncé dans un bref communiqué son arrestation vendredi, selon eux par des agents de la sécurité présidentielle sans la présentation d’un ordre judiciaire.

Contactés par l’AFP, le service de la communication de la présidence de la République et le porte-parole du parquet étaient injoignables. Dans une publication sur Facebook, sa femme a affirmé de son côté que son mari avait été arrêté d’une façon violente. Aucune source officielle n’a accepté de s’exprimer sur cette arrestation.

Craintes

À la suite de cette annonce, des Tunisiens ont exprimé sur les réseaux sociaux leur crainte d’un retour à la répression. La Tunisie, « est un pays des droits, des libertés et de la Constitution », a tenu à rassurer le président Saïed vendredi au cours d’une rencontre avec des journalistes de New York Times, après que l’un d’eux a été brièvement interpellé dans un poste de police pour une question d’autorisation.

CE N’EST PAS À MON ÂGE QUE JE VAIS COMMENCER UNE NOUVELLE ÉTAPE BASÉE SUR LA DICTATURE

« Pas de peur sur la liberté d’expression (…) ce n’est pas à mon âge que je vais commencer une nouvelle étape basée sur la dictature. Je déteste la dictature et je la méprise », a-t-il encore ajouté. Kaïs Saïed a affirmé qu’il n’y avait eu des arrestations que de ceux qui sont poursuivis par la justice.

L’arrestation de Yassine Ayari survient cinq jours après que le président a gelé le Parlement pour 30 jours, levé l’immunité de tous les députés et limogé le Premier ministre Hichem Mechichi. « C’est un coup d’État militaire », avait écrit sur sa page Facebook Yassine Ayari, connu pour ses prises de positions tranchantes. Pour lui, les mesures du président représentent « un renversement de la Constitution et du pacte social en utilisant l’armée ».

Plusieurs condamnations

Yassine Ayari, 30 ans, ancien blogueur actif sous la censure au moment du soulèvement populaire ayant chassé Ben Ali du pouvoir en 2011, avait été élu en 2017 député de la circonscription de l’Allemagne, puis de la première circonscription de la France en 2019. Il a été condamné en 2018 à trois mois de prison pour une publication Facebook qui critiquait l’armée. Il avait également été condamné à 16 jours de prison, la même année, pour une autre publication de blog. Il n’a pas purgé cette peine.

En 2015, ce fils d’un colonel, tué en 2011 pendant les premiers affrontements contre des groupes terroristes dans le pays, a passé plus de quatre mois en prison après qu’un tribunal militaire l’a reconnu coupable d’outrage au haut commandement de l’armée sur les réseaux sociaux.

Par Jeune Afrique avec AFP

Mali : après le mandat d’arrêt contre Karim Keïta, l’ancien patron de la Sécurité d’État arrêté

juillet 29, 2021
Des soldats maliens, lors de l’investiture d’Assimi Goïta, le 7 juin 2021 (illustration).

Moussa Diawara, l’ancien directeur de la Sécurité d’État sous Ibrahim Boubacar Keïta, a été arrêté et inculpé pour « complicité de séquestration et d’enlèvement » dans l’affaire de la disparition de Birama Touré. Le fils de l’ancien président, Karim Keïta, est également cité dans l’affaire.

C’est un nouveau rebondissement dans l’affaire de la disparition du journaliste Birama Touré, dans laquelle le nom de Karim Keïta, le fils de l’ancien président malien, est notamment cité. Alors que l’enquête piétinait depuis que le reporter malien avait disparu le 26 janvier 2016, la procédure s’est soudain accélérée. Le 5 juillet, la justice malienne a saisi Interpol pour demander l’émission d’un mandat d’arrêt international à l’encontre de Karim Keïta, que les juges souhaitent auditionner.

Séquestration et tortures

Après le fils d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), c’est au tour du général de division Moussa Diawara, ancien chef d’état-major de la garde nationale, qui a également dirigé la Sécurité d’État (les services de renseignement maliens) de 2013 à la chute d’IBK, en août 2020, de se retrouver impliqué dans cette procédure.

Moussa Diawara a été arrêté à son domicile, ce jeudi 29 juillet, et inculpé pour « complicité de séquestration et d’enlèvement », de « tortures » et d’« associations de malfaiteurs » par le tribunal de la Commune-IV de Bamako, a indiqué à Jeune Afrique une source judiciaire. Il s’agit de la première inculpation, en cinq ans, dans le cadre de l’instruction menée sur la disparition du journaliste.

« Conformément à son statut de général, une demande de mise à disposition avait été formulée auprès du ministère de la Défense par le juge d’instruction chargé de l’affaire, après que la demande de mandat d’arrêt international a été émise à l’encontre de Karim Keïta », précise une source proche du dossier. « Le ministre [de la Défense, le colonel Sadio Camara] n’a pas fait obstacle », souligne la même personne. Moussa Diawara serait actuellement détenu dans les locaux de l’École de gendarmerie.

« Les langues se sont déliées »

Quelques jours avant cette arrestation, une source judiciaire confiait à Jeune Afrique que, depuis la chute d’IBK, « les langues se sont déliées » et des éléments nouveaux ont permis « des avancées non négligeables dans le dossier ». Depuis la saisine d’Interpol par la justice malienne, de nouveaux témoignages ont été rendus publics, notamment par Reporter sans frontières (RSF), qui a enquêté sur la disparition du journaliste. Certains de ces témoignages mettent directement en cause les services de renseignement maliens.

Selon RSF, Birama Touré aurait en effet été détenu pendant plusieurs mois dans une « prison secrète » de la Sécurité d’État. L’un de ses codétenus, dont Reporter sans frontières a obtenu le témoignage, assure que le journaliste a été exécuté « de trois coups de feu » en présence du lieutenant-colonel Cheick Oumar N’Diaye, responsable de la division recherche au sein de la Sécurité d’État. Ce dernier n’a, pour l’heure, pas été inquiété.

Avec Jeune Afrique par Fatoumata Diallo et Manon Laplace

Haïti-Assassinat de Jovenel Moïse : son chef de la sécurité serait détenu

juillet 15, 2021

Le chef de la sécurité du Palais national haïtien, Dimitri Hérard, est détenu par la police nationale dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, rapportent jeudi le Washington Post et CNN.

Le chef de l'Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard.

© – Le chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, Dimitri Hérard.

Le Post dit en avoir obtenu la confirmation du chef du parquet de Port-au-Prince, Bed-ford Claude, d’un porte-parole du premier ministre Claude Joseph, Israël Jacky Cantave, et d’un proche de Hérard, Carl Martin.

Ce dernier a aussi confirmé la nouvelle à CNN.

Le motif précis de la détention de Dimitri Hérard n’est pas connu. La justice veut qu’il réponde à des questions», s’est borné à dire Bed-ford Claude au Post.

Depuis le meurtre de Jovenel Moïse, le 7 juillet, les Haïtiens s’interrogent ouvertement sur le rôle joué par les responsables de la sécurité du président, qui ne semblent pas avoir échangé le moindre coup de feu avec les assaillants.

M. Hérard, chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national, et Jean Laguel Civil, coordonnateur de la sécurité du président, avaient été convoqués par le parquet cette semaine, mais n’ont finalement pas encore été entendus.

Selon CNN et le Miami Herald, M. Hérard a fait savoir par lettre qu’il ne pouvait comparaître mercredi, comme prévu, parce qu’il était retenu par l’inspecteur général de la Police nationale haïtienne, responsable des affaires internes.

Le quotidien haïtien Le Nouvelliste cite une source au parquet selon laquelle M. Civil a aussi justifié son absence, mardi, en disant être frappé par une mesure conservatoire de l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti ».

La police nationale colombienne a révélé plus tôt cette semaine qu’elle enquête sur de multiples voyages effectués dans leur pays par M. Hérard.

Ils cherchent à déterminer s’il y a un lien entre ces visites et le fait que l’essentiel des membres du commando accusé d’avoir assassiné le président dans sa résidence privée sont d’ex-militaires colombiens.

Le chef de la Police nationale d’Haïti (PNH), Léon Charles, demeure très discret au sujet des responsables de la sécurité du président.

Selon Le Nouvelliste, il s’est borné à dire mercredi soir que 4 d’entre eux étaient en isolement et que 24 policiers étaient frappés par des mesures conservatoires.

Deux arrestations supplémentaires

Le chef de la PNH Léon Charles a annoncé mercredi soir l’arrestation de deux autres suspects dans l’enquête sur l’assassinat du président.

Il s’agit de Reynaldo Corvington, dirigeant d’une firme de sécurité haïtienne, et Gilbert Dragon, un ancien chef rebelle ayant participé à un soulèvement contre l’ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en 2004.

Un défenseur des droits humains en Haïti, Pierre Espérance, a déclaré au Washington Post que Dragon est un proche de Dimitri Hérard.

Le quotidien américain et le Miami Herald affirment en outre qu’il était un bras droit de Guy Philippe, chef de la rébellion contre l’ex-président Aristide, aujourd’hui incarcéré aux États-Unis après avoir plaidé coupable à une accusation de blanchiment d’argent.

Les deux hommes ont planifié des rencontres à plusieurs niveaux depuis l’arrivée des assaillants, les ont logés, leur ont loué des véhicules, leur ont fourni des armes», a indiqué Léon Charles selon le compte-rendu du Nouvelliste.

Selon lui, des perquisitions effectuées aux résidences des deux hommes ont permis aux policiers de mettre la main sur de nombreuses armes et des munitions.

Quatre avis de recherche lancés

La PNH a aussi lancé mercredi quatre avis de recherche visant Joseph Félix Badio, John Joël Joseph, Rodolph (Dodof) Jaar et Gordon Phenil Désir.

Les trois premiers sont recherchés pour assassinat, tentative d’assassinat et vol à main armée, selon les avis de recherche diffusés par la PNH.

Selon le compte-rendu du Nouvelliste, Léon Charles a présenté MM. Badio et Jaar comme des coordonnateurs de l’opération sur le terrain» et M. Joseph, un ancien sénateur opposé à M. Moïse, comme le trésorier de l’opération».

MM. Joseph et Jaar auraient aussi été chargés de la coordination des rencontres avec les mercenaires» et auraient loué des véhicules utilisés dans l’opération.

M. Badio aurait en outre loué une maison située près de celle du président, tandis que M. Jaar aurait aussi hébergé des mercenaires.

Selon Associated Press, M. Jaar a été accusé en Floride en 2013 d’avoir comploté en vue d’importer de la cocaïne provenant de la Colombie et du Venezuela qui aurait transité par Haïti avant d’entrer aux États-Unis. Il a plaidé coupable a été condamné à quatre ans de prison.

L’agence présente aussi M. Badio comme un ancien fonctionnaire du ministère de la Justice qui s’est joint à l’Unité de lutte contre la corruption d’Haïti en 2013.

L’agence en question a fait savoir qu’il avait été congédié en mai pour des manquements graves à des règles éthiques qui n’ont pas été précisées, et qu’une plainte avait été déposée contre lui.

La PNH a aussi lancé un avis de recherche visant Gordon Phenil Désir présenté comme un responsable de la location des véhicules, de la coordination des rencontres avec les mercenaires et du paiement des matériels».

Outre 21 ex-militaires colombiens, la police haïtienne a aussi arrêté trois Haïtiens depuis le début de son enquête, soit James Solages, Joseph Vincent et Christian Emmanuel Sanon.

Cinq autres ex-militaires colombiens sont en fuite, et trois ont été tués dans les heures suivant le meurtre de Jovenel Moïse.

Selon la PNH, M. Sanon aurait recruté les 26 ex-militaires colombiens via les services d’une entreprise de sécurité nommée CTU, dirigée par un Vénézuélien basé en Floride, Antonio Emmanuel Intriago Valera.

Une photo présentée en preuve

Léon Charles a également présenté mercredi une photo, déjà virale sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, montrant selon lui plusieurs des suspects réunis à Saint-Domingue, en République dominicaine pour planifier l’assassinat de Jovenel Moïse.

Ils s’étaient réunis dans un hôtel à Saint-Domingue. Autour de la table, il y a les auteurs intellectuels, un groupe technique de recrutement et un groupe de financement», a déclaré M. Charles à la presse.

Certains sur la photo ont déjà été appréhendés. C’est le cas du Dr Christian Emmanuel Sanon, (et de) James Solages. Ce dernier a effectué les coordinations avec la firme de sécurité vénézuélienne CTU, basée à Miami», a-t-il ajouté.

Le responsable de la firme, Antonio Emmanuel Intriago Valera, est sur la photo. Il est entré plusieurs fois en Haïti pour planifier l’assassinat», a poursuivi Léon Charles.

Il y a aussi sur le cliché le responsable de la compagnie Worldwide Capital Lending Group, Walter Veintemilla. Nous sommes en train d’enquêter sur cette entreprise qui aurait collecté des fonds pour financer l’exécution de l’acte criminel.»

Il y avait un groupe de quatre (mercenaires) qui étaient déjà présents au pays. Les autres sont entrés le 6 juin. Ils sont passés par la République dominicaine. Nous avons retracé la carte de crédit qui a été utilisée pour acheter les billets d’avion», a indiqué le patron de la PNH.

Avec CBC/Radio-Canada 

Un troisième Haïtien arrêté en lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse

juillet 12, 2021

La police nationale en Haïti a annoncé dimanche avoir arrêté un ressortissant haïtien qui est accusé d’être entré au pays à bord d’un avion privé et d’avoir participé au complot concernant l’assassinat du président Jovenel Moïse mercredi.

Léon Charles, directeur de la police nationale haïtienne, explique ce que son service a découvert à propos d'un suspect.

© RICARDO ARDUENGO/Reuters Léon Charles, directeur de la police nationale haïtienne, explique ce que son service a découvert à propos d’un suspect.

Le chef de la police nationale haïtienne, Léon Charles, a indiqué que le suspect se nomme Christian Emmanuel Sanon et qu’il est âgé de 63 ans.

M. Charles a expliqué que les policiers ont trouvé plusieurs objets potentiellement d’intérêt au domicile de l’homme, dont une casquette à l’effigie de l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue, 20 boîtes de munitions, des parties d’un fusil, quatre plaques d’immatriculation de la République dominicaine, deux voitures ainsi que des lettres dont le destinataire n’a pu être identifié.

Le chef de la police n’a pas immédiatement été possible de confirmer si l’homme avait un avocat.

« Des objectifs politiques »

À son arrivée dans le pays en juin, Charles Emmanuel Sanon était accompagné de plusieurs ressortissants colombiens, chargés d’assurer sa sécurité.

Le chef de la police haïtienne explique que la mission a ensuite changé.

La mission était de procéder à l’arrestation du président de la République et l’opération a été montée à partir de là : 22 autres individus sont alors entrés en Haïti», a-t-il ajouté.

Les interrogatoires réalisés auprès des 18 citoyens colombiens arrêtés depuis mercredi ont permis à la police haïtienne d’apprendre que Charles Emmanuel Sanon avait recruté les 26 membres du commando via les services d’une compagnie vénézuélienne de sécurité nommée CTU, basée en Floride.

Ces 26 Colombiens figurent parmi la liste des suspects concernant l’assassinat du président haïtien. De ce nombre, 18 ont déjà été arrêtés, tous comme trois Haïtiens.

M. Charles a aussi mentionné que cinq suspects étaient toujours en fuite, tandis que trois autres ont été tués.

Quand nous avons bloqué la progression de ces bandits, la première personne qu’un des assaillants a appelé, c’est Charles Emmanuel Sanon. Il a lui, pris contact avec deux autres personnes que nous considérons comme auteurs intellectuels de l’assassinat du président Jovenel Moïse», a indiqué Léon Charles sans détailler l’identité de ces deux suspects.

La police haïtienne collabore avec les autorités colombiennes pour faire la lumière sur ce complot. Les forces de l’ordre cherchent notamment à savoir comment les suspects ont quitté la Colombie et qui a payé pour leur trajet vers Haïti.

Le FBI en renfort

Des membres du FBI, du département d’État, du département américain de la justice et du département de la sécurité intérieure des États-Unis sont arrivés dimanche en Haïti et ont rencontré le directeur général de la police nationale.

Cet assassinat a aggravé la crise institutionnelle dans laquelle Haïti était déjà plongée depuis des mois et qui amène aujourd’hui trois politiciens à se prétendre légitime pour assurer le pouvoir par intérim.

La délégation des États-Unis s’est entretenue en rendez-vous séparés avec les principaux acteurs de la scène politique dont le premier ministre Claude Joseph.

J’ai rencontré la délégation américaine et ensemble nous avons apprécié la résolution du sénat qui a fait choix de moi comme président provisoire de la République», a pour sa part indiqué dimanche soir sur Twitter Joseph Lambert, président du Sénat.

Quatre jours après l’assassinat du chef de l’État, un calme précaire perdure en Haïti compte tenu des zones d’ombres qui entourent ce meurtre commis dans la chambre de Jovenel Moïse, dans sa résidence privée pourtant sous haute surveillance.

Aucun policier haïtien n’a été blessé au cours des opérations pour appréhender les présumés mercenaires colombiens dont trois ont été tués.

Avec  CBC/Radio-Canada 

Deux Américains d’origine haïtienne arrêtés relativement à l’assassinat du président

juillet 9, 2021

PORT-AU-PRINCE, Haïti — Deux hommes que l’on croit être des Américains d’origine haïtienne – dont l’un serait un ancien garde du corps à l’ambassade du Canada à Port-au-Prince – ont été arrêtés relativement à l’assassinat du président haïtien, ont annoncé jeudi des responsables haïtiens.

© Fournis par La Presse Canadienne

James Solages et Joseph Vincent font partie des 17 suspects détenus en lien avec l’assassinat du président Jovenel Moïse par des hommes armés à son domicile mercredi avant l’aube. Quinze d’entre eux sont originaires de Colombie, selon Léon Charles, chef de la Police nationale d’Haïti. Il a ajouté que trois autres suspects ont été tués par la police et huit autres sont en fuite. Léon Charles avait dit plus tôt que sept avaient été tués.

«Nous allons les traduire en justice», a-t-il déclaré alors que les 17 suspects étaient menottés au sol lors d’une conférence de presse jeudi soir.

Le suspect le plus âgé a 55 ans et le plus jeune, James Solages, a 35 ans, selon un document relayé par Mathias Pierre, ministre délégué chargé des élections.

Il n’a pas voulu donner plus de détails sur les antécédents de James Solages, ou le nom du deuxième Américain d’origine haïtienne. Le département d’État américain a déclaré qu’il était au courant d’informations selon lesquelles des Américains d’origine haïtienne étaient en détention, mais qu’il ne pouvait ni confirmer ni commenter.

James Solages s’est décrit comme un «agent diplomatique certifié», un défenseur des enfants et un politicien en herbe sur un site web pour un organisme de bienfaisance qu’il a créé en 2019 dans le sud de la Floride pour aider les résidents.

Sur sa page biographique pour l’organisme de bienfaisance, il a affirmé qu’il travaillait auparavant comme garde du corps à l’ambassade du Canada en Haïti. L’ambassade du Canada n’a pas immédiatement commenté; les appels à la fondation et aux associés de James Solages n’ont pas abouti ou n’ont pas obtenu de réponse.

Des témoins ont affirmé que deux suspects ont été découverts jeudi cachés dans des buissons à Port-au-Prince par une foule, dont certains ont attrapé les hommes par leurs chemises et pantalons en les poussant.

La police a arrêté les hommes, qui transpiraient abondamment et portaient des vêtements qui semblaient maculés de boue, selon un journaliste de l’Associated Press. Les agents les ont placés à l’arrière d’une camionnette et sont partis alors que la foule les poursuivait jusqu’au poste de police voisin.

Un homme a été entendu disant qu’il était inacceptable pour des étrangers de venir en Haïti pour tuer le dirigeant du pays, faisant référence aux informations relayées par des responsables haïtiens selon lesquelles les auteurs du meurtre parlaient espagnol ou anglais.

La foule a ensuite mis le feu à plusieurs voitures abandonnées criblées d’impacts de balles qui, selon certains, appartenaient aux suspects. Les voitures n’avaient pas de plaques d’immatriculation et à l’intérieur de l’une d’elles se trouvait une boîte vide de munitions et de l’eau.

Lors d’une conférence de presse jeudi, M. Charles, le chef de la police, a exhorté les gens à rester calmes et à laisser la police faire son travail en avertissant que les autorités avaient besoin de preuves qu’ils détruisaient, y compris les voitures incendiées.

Les responsables n’ont pas évoqué le motif du meurtre, affirmant seulement que l’attaque, condamnée par les principaux partis d’opposition d’Haïti et la communauté internationale, avait été perpétrée par un groupe fortement entraîné et lourdement armé.

Tout le monde n’endossait pas la description de l’attaque faite par le gouvernement. Lorsque le journaliste haïtien Robenson Geffrard, qui écrit pour un journal local et anime une émission de radio, a relayé sur Twitter un reportage sur les propos du chef de la police, il a suscité un flot de réponses exprimant son scepticisme. Beaucoup se sont demandé comment les assaillants sophistiqués décrits par la police pouvaient déjouer la sécurité du domicile de Jovenel Moïse, puis s’en échapper indemnes, pour être ensuite attrapés sans avoir su planifier leur fuite.

Pendant ce temps, un juge haïtien impliqué dans l’enquête a déclaré que le président Moïse avait été atteint d’une douzaine de balles et que son bureau et sa chambre avaient été saccagés, selon le journal haïtien «Le Nouvelliste». Le média a cité le juge Carl Henry Destin disant que les enquêteurs avaient trouvé des cartouches de 5,56 et 7,62 mm entre la guérite et à l’intérieur de la maison.

Par Evens Sanon, Dánica Coto et Joshua Goodman, The Associated Press

Nigeria : l’arrestation du leader pro-Biafra Nnamdi Kanu peut-elle ramener la paix dans le Sud-Est ?

juillet 6, 2021
Nnamdi Kanu dans le jardin de sa maison d’Umuahia, dans le Sud-Est du Nigeria, en 2017

Accusé de terrorisme, le dirigeant séparatiste Nnamdi Kanu a été appréhendé et extradé vers Abuja, où il sera jugé à partir du 26 juillet. Si certains dénoncent une injustice, d’autres espèrent la fin des violences.

C’est arrivé de manière aussi soudaine qu’inattendue. Arrêté à l’étranger et ramené au Nigeria, le 29 juin, le dirigeant séparatiste pro-Briafra a aussitôt été présenté devant un juge fédéral et incarcéré à Abuja. La justice nigériane a autorisé son placement en détention jusqu’à l’ouverture de son procès pour « terrorisme », le 26 juillet.

Il y a près de quatre ans, Nnamdi Kanu avait été libéré sous caution et c’est à la faveur de cette remise en liberté qu’il avait choisi de disparaître, disant craindre pour sa vie. Détenteur de la citoyenneté britannique, il tenait depuis en échec les services de sécurité nigérians.Read this article in english on 

« Cette arrestation, c’est un coup dur pour l’Ipob [le mouvement indépendantiste Indigenous People of Biafra], décrypte Ephraim Onoja, un expert en sécurité basé dans l’État d’Imo, où se se concentre la majorité des partisans de Kanu. Le président Muhammadu Buhari envoie un message très fort. L’idée c’est que peu importe où vous êtes et peu importe le temps que cela prendra, vous finirez par être rattrapé. »

« J’aurais pu être tué »

Même si plusieurs sources pointent vers le Kenya, les autorités nigérianes n’ont pour l’instant pas dit où Kanu avait été arrêté. Le ministre de la Justice, Abubakar Malami, s’est contenté de déclarer qu’il avait été « intercepté grâce aux efforts conjoints des services de renseignement et des services de sécurité nigérians », et que son procès, qui s’était initialement ouvert en 2015, allait pouvoir reprendre.

Le leader de l’Ipob a été arrêté pour la première fois cette année-là, après des années de lutte pour le Biafra. Inculpé pour terrorisme, trahison et possession illégale d’armes à feu, il a passé six mois en détention avant d’être libéré sous caution pour raisons de santé. Il était soumis à un contrôle judiciaire strict et avait notamment interdiction d’accorder des interviews ou de prendre part à des rassemblements de plus de 10 personnes.

LE PROCÈS POURRA CONTRIBUER À LE DÉMYSTIFIER OU, AU CONTRAIRE, EN FAIRE UN HÉROS

Ces conditions, Kanu ne les a pas respectées. Il a choisi de fuir après que l’armée a tenté de l’arrêter chez lui, dans l’État d’Abia, dans le sud-est du Nigeria, en novembre 2017. De retour devant la justice, vêtu d’un survêtement Fendi et sans l’assistance d’aucun de ses avocats, il a affirmé qu’à l’époque, il « aurait pu être tué » s’il était resté dans le pays.

Selon Amnesty International, 12 de ses partisans ont péri le 14 septembre 2017 lorsque les services de sécurité ont tenté de l’arrêter. Les autorités rétorquent que les personnes qui ont été tuées ce jour-là avaient résisté à leur arrestation. Quoi qu’il en soit, une répression sévère s’est abattue sur les partisans de Kanu depuis l’arrivée de Buhari au pouvoir ; plus d’une centaine d’entre eux y ont perdu la vie.

Un homme qui divise

Fin juin, après la comparution de leur client devant un juge, les avocats du leaders sécessionnistes ont publié une déclaration insistant sur le fait que « quelle que soit la gravité des infractions ou des charges retenues contre lui, l’article 36 (5) de la Constitution le présume toujours innocent ». Contacté, l’un de ses défenseurs, Maxwell Okpara, précise que lui et ses confrères n’ont pas été informés de son arrestation, encore moins de sa mise en accusation, faisant écho aux inquiétudes quant à la manière dont les autorités nigérianes ont jusqu’à présent traité le cas de Kanu.

Cet épisode « confirme que le fait que l’administration Buhari peut être rapide et méthodique lorsqu’elle est motivée – et poussée par des considérations ethniques ou religieuses », résume l’analyste Demola Olarewaju. Selon lui, le procès à venir pourra contribuer « à démystifier pour de bon le personnage ou, au contraire, contribuer à en faire un héros ».

Jusqu’à présent, les réactions à l’annonce de l’arrestation de Kanu ont surtout reflété les profondes divisions du Nigeria. Des groupes et associations du Nord, tels que le Forum consultatif d’Arewa, ont tenu à féliciter les autorités pour avoir mis la main sur un homme « qui a juré de détruire le pays », tandis que leurs homologues du Sud, tels que la Fondation pour le développement d’Alaigbo, y voient « une grave injustice de la part d’un gouvernement fédéral [qui cherche à] écraser Nnamdi Kanu et, avec lui, les partisans de l’Ipob ».

Symbole de ces divisions, Ohanaeze Ndigbo, un autre groupe qui dit défendre les intérêts des Igbo, a déclaré dans un communiqué l’arrestation de Kanu marquait « le début de la fin des violences dans le sud-est du Nigeria », ajoutant que « l’autodétermination ne [devait] pas être utilisée à des fins de fortune et de gloire » et que « le refus de Nnamdi Kanu d’adhérer aux conseils des dirigeants Igbo est à l’origine de ce qui lui est arrivé ».

Depuis sa base au Royaume-Uni et sur les ondes de Radio Biafra, porte-voix depuis Londres de la lutte sécessionniste, Kanu a contribué à l’endoctrinement de nombreux jeunes, auxquels il a répété qu’ils n’avaient pas leur place au sein de l’État fédéral et qu’ils devaient lutter pour faire du Biafra une nation. Il a lancé une branche armée de l’Ipob, officiellement pour « mettre fin à toute activité criminelle et à toute attaque terroriste contre le Biafra », et les meurtres ont triplé dans la région, selon le média local TheCable, qui souligne que ce sont des agents de sécurité qui sont le plus souvent visés.

L’IPOB NE RENONCERA PAS À SON COMBAT POUR LA LIBERTÉ DU BIAFRA

« Kanu est le cauchemar des gouverneurs et des dirigeants du Sud-Est parce qu’il pense que tout le monde est instrumentalisé », poursuit un conseiller du gouverneur d’Abia, l’État dont le leader pro-Biafra est originaire. Quand les gouverneurs ont tenté de le rencontrer après sa libération en 2017, il s’est esquivé à la dernière minute, affirmant qu’il ne voulait pas prendre le risque d’être tué. Depuis, ceux-ci ont fait interdire l’Ipob. « Les gouverneurs vont enfin pouvoir se concentrer sur le rétablissement d’une paix durable dans la région », estime la même source.

« Cela pourrait apaiser les tensions à court terme, admet Ephraim Onoja. Mais à long terme, certains des partisans de Kanu pourraient modifier leur stratégie et choisir d’intensifier la lutte pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il le libère ou pour obtenir l’ouverture de négociations. »

Un appât pour Buhari ?

À l’approche des prochaines élections générales, l’arrestation de Kanu pourrait également devenir un instrument politique. Les analystes estiment en effet que le président Buhari et son parti, le All Progressives Congress (APC), pourraient utiliser Kanu comme appât pour conquérir le Sud-Est du pays en 2023, une région qui se sent traditionnellement marginalisée et où plusieurs voix se sont élevées pour réclamer un président igbo.

« Le gouvernement pourrait avoir intérêt à calmer le jeu et à trouver un accord politique pour sa libération », résume Ephraim Onoja. La tension n’est pour l’instant pas retombée. « L’Ipob ne renoncera pas [à son combat pour] la liberté du Biafra, a affirmé le mouvement dans un communiqué après l’annonce de l’arrestation de Kanu. Nous avons franchi le Rubicon dans notre lutte pour la restauration de la souveraineté du Biafra. Il n’y a pas de retour en arrière possible, quel que soit le niveau d’intimidation exercé par nos oppresseurs. »

Par Jeune Afrique – Jude Michael