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Tunisie : notre collaborateur Mathieu Galtier raconte son passage à tabac par la police

janvier 17, 2022
Des heurts et des arrestations ont marqué la manifestation contre la politique de Kaïs Saïed, le 14 janvier 2022, à Tunis. © YASSINE GAIDI/AFP

Alors qu’il couvrait la manifestation du 14 janvier, le correspondant de « Libération » et collaborateur de « Jeune Afrique » à Tunis a été violemment agressé par les forces de l’ordre. Il témoigne.

Le 14 janvier, Mathieu Galtier, collaborateur de Jeune Afrique à Tunis, couvrait avec d’autres confrères la manifestation marquant à la fois le 11e anniversaire de la chute de Ben Ali et l’opposition au projet politique du président Kaïs Saïed. Ce qui aurait dû être une journée ordinaire dans la vie d’un journaliste a viré au cauchemar pour Mathieu. Son tort ? Avoir voulu faire son travail et tourné des images.

« C’était assez irréel. Par rapport aux manifestations précédentes, celle du 14 janvier n’a pas vraiment drainé la foule des grands jours mais le dispositif policier était totalement disproportionné.

IL FALLAIT QUE JE ME PROTÈGE, JE NE CESSAIS DE HURLER QUE J’ÉTAIS JOURNALISTE

Un déploiement de forces qui se voulait dissuasif pour empêcher l’accès à l’avenue Bourguiba, là où, en 2011, aux abords du ministère de l’Intérieur, quelques milliers de protestataires avaient scellé la fin du régime Ben Ali et inscrit le fameux “dégage” au lexique de la révolution.

Nasse

Une brèche dans le cordon sécuritaire sur l’avenue Mohammed V a permis aux manifestants de se rapprocher de l’avenue Bourguiba, au cœur de Tunis. Les policiers ont ouvert le dispositif, attendu que les manifestants se rassemblent à la croisée des avenues, sur la place de l’Horloge, puis l’ont refermé comme une nasse.

La même technique du piège que celle mise en place lors des mouvements de protestation au quartier Ettadhamen, en janvier 2021, et ceux du 9 avril 2021, selon des témoins. Les camions à eau prennent immédiatement le relais, pendant que les manifestants sont dispersés à coups de matraques et de gaz lacrymogène.

Certains sont arrêtés. A posteriori, il est évident que ce jeu du chat et de la souris et que la bousculade étaient délibérés pour faire un maximum d’arrestations.

J’ai filmé, à ce moment là, l’interpellation musclée d’un homme que les policiers tentaient de mettre dans une fourgonnette. Un agent me demande de ne plus filmer, je lui réponds, en arabe et en français, que je suis journaliste et brandis ma carte de presse.

Ses collègues arrivent, me soulèvent, m’écartent de la manifestation, me mettent au sol entre deux fourgons et commencent à me passer à tabac.

Tout se passe très vite. Dès que j’ai été mis à l’écart, j’ai compris ce qui m’attendait. Je me suis remémoré les positions à adopter pour parer les coups enseignées lors de la formation sécurité de France Médias Monde.

Carte SD confisquée

Il fallait que je me protège, je ne cessais de hurler que j’étais journaliste. De toute évidence, ceux qui distribuaient des coups de brodequins n’en avaient cure. J’essayais d’esquiver en me mettant en position fœtale et en me protégeant la tête.

Ils savaient comment frapper pour faire assez mal sans occasionner de dégâts irréparables. Pour finir, ils m’ont maintenu par les bras, contraint à soulever la tête et l’un d’eux m’a aspergé de gaz lacrymogène à bout portant.

Cet acte délibéré avait pour objectif de me neutraliser pour récupérer mon téléphone. Il ne fallait pas que je sois trop amoché, mais les policiers avaient une certaine latitude pour m’infliger ce qu’ils doivent considérer comme une leçon pour m’ôter toute envie de recommencer.

Je récupérerai ma carte de presse et mon téléphone au commissariat, où je serai conduit après que les pompiers, auxquels je suis reconnaissant, m’ont administré les premiers soins. Mais ma carte SD avec les images de mon reportage a été confisquée, et je m’apercevrai plus tard qu’un cahier de notes a disparu de mon sac, probablement subtilisé pendant que j’étais ausculté par les pompiers. Un moyen de savoir qui sont mes contacts mais est-ce significatif de quoi que ce soit ?

CE PASSAGE À TABAC ME VAUT 15 JOURS D’ARRÊT DE TRAVAIL », RACONTE LE JOURNALISTE ENCORE SOUS LE CHOC

Au commissariat, j’aurai droit à une chaise, alors que des manifestants sont assis à même le sol, et un laconique « c’est bon » me signifiera que je peux quitter les locaux. À l’extérieur, des policiers tentent de minimiser les faits en expliquant, en riant, à des confrères qui m’attendent que “dans des manifs, il est normal de se prendre des lacrymogènes”. »

« Une manière de s’excuser qui n’empêche pas que ce passage à tabac me vaut 15 jours d’arrêt de travail », raconte avec sobriété Mathieu Galtier, encore sous le choc après cette mésaventure, mais bien décidé à continuer à travailler et à couvrir des événements.

Durant cette journée tendue, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a fait état de 20 journalistes empêchés de travailler ou arrêtés. « Pour une petite manif’, ça interpelle », remarque un cameraman, qui note qu’à l’inverse des mobilisations récentes, les manifestants n’étaient que 1200, selon le ministère de l’Intérieur. Mais, contrairement aux dernières manifestations contre Kaïs Saïed, celle du 14 janvier n’a pas été dominée par le parti islamiste Ennahdha.

Avec Jeuene Afrique par Frida Dahmani – à Tunis

Tunisie : incendie au siège d’Ennahdha, Kaïs Saïed cherche à apaiser les tensions

décembre 10, 2021
Bilan du sinistre : 1 mort et 18 blessés, dont Abdelkrim Harouni, président de la Choura, et Ali Laarayedh, ancien chef du gouvernement et vice-président du parti à la colombe. © FETHI BELAID/AFP

Le siège du parti islamiste a été ravagé par un incendie causé par l’immolation d’un militant. Explications.

Le 9 décembre, en début d’après-midi, un incendie s’est déclaré au siège d’Ennahdha, situé dans le quartier de Montplaisir, à Tunis. Le feu a ravagé une grande partie des locaux du parti islamiste. Bilan : 1 mort et 18 blessés, dont Abdelkrim Harouni, président de la Choura, qui souffre de brûlures, et Ali Laarayedh, ancien chef du gouvernement et vice-président du parti à la colombe, qui présente des fractures après avoir sauté du deuxième étage du bâtiment en feu.

Les rumeurs sur les causes du drame sont allées bon train, avant que les faits ne se précisent : Samir, un militant d’Ennahdha de 51 ans, s’est immolé dans le hall de l’immeuble. Un geste de désespoir et de dépit.

L’homme, qui avait participé à l’attentat contre la cellule du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) à Bab Souika (Tunis) en 1991, avait été libéré en 2006, puis embauché par Ennahdha, qui a renoncé à ses services voilà un an.

UNE PARTIE DE L’OPINION PUBLIQUE S’EST FÉLICITÉE DU DRAME SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

Sans emploi, l’homme, qui escomptait percevoir les dédommagements que l’Instance Vérité et Dignité (IVD) avait accordés aux islamistes persécutés par l’ancien régime, n’a pu rencontrer le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, ce qui aurait motivé son passage à l’acte.

Détestation

Le chef du parti et président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) – gelée par le président Kaïs Saïed depuis le 25 juillet – s’est exprimé en fin de journée sur l’identité de celui qu’il qualifie de « martyr » : « Sami a passé plus de dix ans en prison et a mené une longue bataille contre la dictature […]. Même si l’Instance Vérité et Dignité s’est prononcée en sa faveur, Sami a souffert de la discrimination sociale. »

Depuis 2011, de nombreux protestataires ont tenté ou menacé de s’immoler par le feu. Exprimant d’ordinaire son empathie à l’endroit de ceux qui se tuent ainsi par désespoir, une partie de l’opinion publique s’est au contraire félicitée du drame sur les réseaux sociaux. Un phénomène qui en dit long sur la ténacité et l’ampleur de la détestation du parti islamiste. Alors qu’Ennahdha est le principal parti qui pâtit des décisions présidentielles du 25 juillet, Kaïs Saïed ne peut laisser les profondes divisions qui traversent la société mettre en péril son projet.

Dans la matinée du 9, le président s’est réuni avec son trio de conseillers en droit constitutionnel, les professeurs Sadok Belaïd, Amine Mahfoudh et Mohamed Salah Ben Aïssa. Kaïs Saïed se prépare à faire des annonces majeures à l’occasion de la commémoration de la révolution, qu’il vient de fixer au 17 décembre et non plus au 14 janvier.

Le président estime que la Constitution en vigueur n’est pas l’émanation de la volonté populaire et dénonce les politiciens qui cherchent des appuis auprès de puissances étrangères. Ce qui donne une idée des mesures que le chef de l’État va annoncer le 17 décembre.

LE SOIR, LORS D’UNE SÉANCE DU CONSEIL NATIONAL DE SÉCURITÉ, KAÏS SAÏED SE PRÉSENTE COMME FÉDÉRATEUR ET CONCILIANT

Changement de ton en fin de journée après l’incendie au siège d’Ennahdha : celui qui dit vouloir mettre en œuvre ce que « le peuple veut », selon le slogan qu’il a fait sien, se présente lors d’une séance du Conseil national de sécurité comme fédérateur et conciliant. Il s’est dit garant de la continuité de l’État sur un ton apaisé qu’on ne lui connaissait pas.

Pas de marche arrière

Entre le matin et le soir, Kaïs Saïed n’a pas changé d’avis mais il a jugé qu’il fallait calmer les tensions. « Il a bien affirmé et répété qu’il ne compte pas opérer de marche arrière et il faut se le tenir pour dit. Il a révélé que son problème et son projet est d’ordre constitutionnel mais les mesures qu’il prépare ne sont pas toutes les bienvenues, notamment la modification de la loi fondamentale qui revient à reconnaître que le 25 juillet était bien un coup d’État », commente une source proche des Affaires étrangères.

Dans ce contexte tendu, certains craignent que le chef de l’État n’ait recours à la force publique pour enrayer les mouvements de protestation qui s’organisent pour le 17 décembre. « Attendons de voir si les acquis seront préservés par son projet constitutionnel », tempère une militante féministe qui participera à la marche contre les violences faites aux femmes prévue à Tunis le 10 décembre.

Avec Jeune Afrique par RFrida Dahmani – à Tunis

Tunisie : vers un pass vaccinal obligatoire

novembre 29, 2021
À ce jour, plus de 5 millions de Tunisiens ont un schéma vaccinal complet. © FETHI BELAID/AFP

Malgré un taux de vaccination satisfaisant et une baisse des nouveaux cas de Covid-19, la Tunisie reste en état d’alerte en prévision d’une quatrième vague. Et durcit les conditions d’entrée sur son territoire.

Après avoir accusé des retardsla Tunisie ne craint plus les ruptures de stock de vaccins pour les mois à venir. Elle vient de recevoir de la France, par l’intermédiaire de Covax, près de 400 000 doses de Pfizer/BioNtech.

Ce don porte à plus de 3,7 millions le total de doses reçues par le pays grâce à ce dispositif. Quelque 600 000 doses supplémentaires seraient en cours d’acheminement depuis les États-Unis à travers Covax, ainsi que via des commandes.

« Les hésitations des premiers mois de campagne vaccinale étaient liées à la pénurie de vaccins et aux incertitudes du dispositif Covax, mais nous nous sommes rattrapés à travers des achats directs ou des dons », explique Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, à la tête du comité opérationnel de vaccination.

Objectif atteint

« Le circuit est désormais bien rodé, nous avons réussi à administrer les vaccins dans de bonnes conditions en dépit des difficultés. Rien qu’en août nous sommes ainsi parvenus à réaliser 2,8 millions d’injections dans le cadre de campagnes massives, malgré la chaleur et la nécessité impérative de respecter la chaîne du froid, parfois jusqu’à -20 °C », se félicite-t-il encore.

La Tunisie a dépassé ces dernières semaines son objectif de vaccination initialement fixé pour la fin de l’année : plus de la moitié des personnes éligibles (15 ans et plus) ont été vaccinées. 

L’OBJECTIF DES AUTORITÉS SANITAIRES EST DÉSORMAIS DE TOUCHER CEUX QUI N’ONT REÇU AUCUNE DOSE

Près de 10 millions de doses de vaccins anti-Covid-19 ont été injectées. À ce jour, plus de 5 millions de personnes ont un schéma vaccinal complet (vaccin unidose, à deux doses ou à une dose après avoir contracté la maladie).

Près de 1 million de Tunisiens attendraient encore de compléter leur parcours vaccinal à deux doses. Ils sont par ailleurs plus de 270 000 à avoir déjà reçu une troisième dose. Laquelle peut être administrée aux plus de 50 ans cinq mois après l’inoculation de la deuxième.

L’objectif des autorités sanitaires est désormais de toucher ceux qui n’ont reçu aucune dose, en insistant sur les plus de 40 ans, cible prioritaire. « Dans cette frange de la population, nous pouvons faire face à des formes qui peuvent se compliquer », explique Hechmi Louzir. À terme, l’ambition serait de vacciner 70 % de la population.

Anticiper les nouvelles vagues

« On estime que 80 % à 85 % de la population a développé une immunité, une grande partie d’entre elle ayant été en contact avec le virus, de manière symptomatique ou non, via par exemple le variant Delta, qui a largement circulé, détaille Louzir. Je pense que ce niveau nous place relativement à l’abri de nouvelles vagues importantes qui entraineraient des formes graves. »

Selon les indicateurs épidémiologiques, le nombre de nouveaux cas est à la baisse, mais les courbes sont moins rassurantes à l’étranger, même dans les pays où la population est largement vaccinée.

Au vu de la situation que connaît son voisin algérien et après plus de 25 000 décès des suites du Covid-19 sur son territoire, la Tunisie se prépare à l’éventualité d’une quatrième vague via les campagnes de vaccinations, mais aussi en continuant de mobiliser ses hôpitaux.

LE PASS VACCINAL POURRAIT ÊTRE EXIGÉ DÈS LE 22 DÉCEMBRE DANS LES LIEUX CLOS RECEVANT DU PUBLIC

Ils ont reçu l’instruction de ne pas fermer leurs circuits Covid (les personnes contaminées sont placées dans des structures spécifiques pour éviter les contagions) et de garder ouverts les services et lits supplémentaires réservés à la pandémie en cas de recrudescence des cas graves.

Renforcement des contrôles

Un test PCR de moins de 48 heures sera par ailleurs requis dès le 1er décembre pour entrer sur le territoire tunisien à la suite de la propagation mondiale du variant Omicron, identifié en Afrique du Sud. Les voyageurs non ou partiellement vaccinés seront soumis à un confinement obligatoire de 10 jours. Des tests antigéniques aléatoires sont également prévus aux frontières.

Enfin, un passeport vaccinal est désormais opérationnel dans le pays. Téléchargeable sur l’application e-vax, il sera exigé dès le 22 décembre prochain dans les lieux clos recevant du public (restaurants, cafés) et pour certaines professions, sous peine de sanctions.

Avec Jeune Afrique

Tunisie : Kaïs Saïed assure « préparer la sortie » de l’état d’exception

novembre 21, 2021
Kaïs Saïed, le 11 octobre à Tunis. © TUNISIAN PRESIDENCY/ANADOLU AGENCY/AFP

Le président tunisien Kaïs Saïed a assuré « préparer la sortie » de l’état d’exception, en vigueur depuis le 25 juillet, lors d’une conversation téléphonique avec le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken.

La Tunisie « prépare les prochaines étapes » politiques afin de « sortir de la situation exceptionnelle » dans laquelle se trouve le pays, a assuré Kaïs Saïed à Antony Blinken samedi soir, confirmant « sa volonté » de ramener le pays à une « situation normale ».

Le 25 juillet, le président avait créé la surprise en limogeant le Premier ministre, en suspendant les activités du Parlement et en reprenant le contrôle de l’appareil judiciaire. Il avait ensuite promulgué, le 22 septembre, un décret officialisant la suspension de certains chapitres de la Constitution et instaurant des « mesures exceptionnelles », le temps de mener des « réformes politiques ».

« Péril imminent »

Le président tunisien, qui ne pas fait pas mystère de sa volonté d’instaurer un système politique présidentialiste, a aussi l’intention de faire approuver les changements constitutionnels par référendum, avant tout nouveau scrutin parlementaire. Il a justifié ses décisions par un « péril imminent », lié aux blocages politiques et à la profonde crise socio-économique et sanitaire dans laquelle se trouvait la Tunisie en juillet.

Ses détracteurs dénoncent toutefois un « coup d’Êtat » et « un accaparement du pouvoir ». À Antony Blinken, Kaïs Saïed a expliqué avoir agi face à un Parlement tunisien qui s’était « transformé en théâtre d’affrontements » où « les travaux ont été perturbés à maintes reprises par des violences verbales et physiques ».

Le président Saïed a par ailleurs souligné que les difficultés économiques et sociales sont « le problème essentiel » de la Tunisie. Le taux de chômage atteint désormais 18,4% et le pays, dont la croissance reste faible (3 à 4% prévus pour 2021), a demandé récemment au FMI une nouvelle aide de près de 4 milliards de dollars (3,3 milliards d’euros).

Par Jeune Afrique avec AFP

Tunisie : Sfax, couvrez ces déchets que je ne saurais voir

novembre 10, 2021
Amoncellement de déchets dans une rue de Sfax. © HOUSSEM ZOUARI/AFP

Face à la crise des déchets qui frappe Sfax, les responsables se renvoient la balle et n’ont d’autre parade que des solutions à court terme.

Depuis quarante jours, la deuxième ville de Tunisie, Sfax (Centre Est), suffoque et croule sous les déchets. Une crise qui a atteint son paroxysme le 7 novembre avec un soulèvement populaire et des affrontements à Agareb, localité située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Sfax, qui refuse la réouverture de la décharge d’El-Guenna, dont elle a obtenu la fermeture en 2019 par un jugement.

Les protestataires estiment que ce centre de traitement des ordures leur a occasionné de nombreux problèmes de santé et qu’il faut s’en tenir à la sentence des magistrats.

Le précédent de Djerba

Les autorités tunisiennes, dont le ministère de l’Environnement, ont fait fi de la décision judiciaire et souhaitent que le site accueille les ordures de Sfax, au moins à titre temporaire. Elles ont même suggéré qu’une décharge sauvage soit installée dans le voisinage de l’oliveraie de Chaal, la plus vaste d’Afrique.

« À vouloir éteindre un feu, ils en allument d’autres, encore plus dommageables. Il ne manque plus à notre région qu’une contamination de la nappe phréatique », s’emporte un régisseur du domaine oléicole de Chaal.

Des décisionnaires de l’environnement pris au dépourvu et un service public totalement paralysé : ce n’est pas la première fois que pareille situation se produit depuis la révolution de 2011.

Oubliée de tous, la crise similaire qui a immobilisé l’île de Djerba en 2014 après la fermeture de la décharge contrôlée de Guellala a été simplement « résolue » avec l’exploitation d’une décharge sauvage à Telbet, à quelques kilomètres d’une zone industrielle où 15 hectares avaient été attribués au développement d’un centre de traitement, de valorisation et de recyclage des déchets et de production d’énergies renouvelables. Le projet est encore dans les cartons sans que les études aient abouti.

« La situation actuelle peut provoquer la même crise qu’en 2014 », selon le maire de Houmt Souk (Djerba), Houcine Jared. Qui rappelle que « les municipalités sont chargées de la collecte des déchets qu’elles déposent auprès d’un centre de transfert de l’Agence nationale de gestion des déchets [Anged], laquelle pourvoie à leur transport et enfouissement. »

Sur le papier, la politique publique privilégie la valorisation et le recyclage des déchets à l’enfouissement. Mais cela reste un vœu pieu et le problème des ordures devient endémique. Raouf Ellouze, agriculteur et acteur de la société civile, s’indigne : « Le problème des déchets est à l’image de la situation du pays. Les Anged ne servent à rien d’autre qu’à entretenir des ronds de cuir. Depuis 2007, aussi bien la société Eolia que la ville de Grenoble [jumelée avec Sfax, NDLR] ont tenté de sensibiliser les autorités locales au traitement et à la valorisation des déchets. »

LOIN DE CONSIDÉRER QU’IL S’AGIT D’UN PROBLÈME DE GOUVERNANCE, KAÏS SAÏED Y VOIT PLUTÔT L’EFFET D’ACTIONS MALVEILLANTES

Mais là encore, rien n’a été fait et la municipalité de Sfax, malgré ses plus de 260 000 habitants, n’a pas anticipé la crise, qui pourtant était prévisible au vu de l’abandon et du délabrement progressif de la ville la plus productive de Tunisie.

« Tunis ne saurait prétendre traiter seul la gestion des déchets, il s’agit d’un service de proximité et c’est de fait une question de développement local. Les communes devraient prendre les choses en main », commente Samir Meddeb, consultant en environnement et développement durable. Aujourd’hui, la crise d’Agareb illustre les défaillances des politiques publiques.

Difficile pourtant d’admettre que l’État, aussi démuni soit-il, en est réduit à user de violence et à envoyer en première ligne les forces de l’ordre pour contenir la colère des habitants d’Agareb. « C’est inadmissible », assène Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), qui estime que l’action collective est essentielle pour les territoires.

De son côté, loin de considérer qu’il s’agit là d’un problème de gouvernance, le président Kaïs Saïed y voit plutôt l’effet d’actions malveillantes, au risque d’alimenter la polémique. Il assure ainsi que « certains refusent de ramasser les déchets pour noyer la Tunisie sous les poubelles ».

Avec Jeune Afrique par Frida Dahmani – à Tunis

Tunisie : Moncef Marzouki visé par un mandat d’arrêt international

novembre 5, 2021
L’ancien président tunisien Moncef Marzouki, le 28 août 2019, à Tunis. © Hassene Dridi/AP/SIPA

L’ex-président paie ses propos critiques contre Kaïs Saïed, qu’il qualifie de « dictateur ». Mais la procédure a peu de chances d’aboutir.

Moncef Marzouki, 76 ans et ancien président tunisien, fait l’objet depuis le 4 novembre d’un mandat d’amener international pour atteinte à la sûreté de l’État.

Le 9 octobre, lors d’une manifestation à Paris, le fondateur du Congrès pour la République (CPR), qui réside en France, a incité au soulèvement contre Kaïs Saïed et dénoncé sa mainmise sur tous les pouvoirs.

Sur sa lancée, il avait appelé les autorités françaises à « rejeter tout appui à ce régime et à cet homme qui ont comploté contre la révolution et qui ont aboli la Constitution » et s’était targué, quelques jours plus tard, d’avoir œuvré au report du Sommet de la Francophonie, prévu initialement à Djerba, les 20 et 21 novembre.

Personnellement froissé

Une sortie dont Marzouki est coutumier : depuis la chaîne qatarie Al Jazeera, il fustige régulièrement Kaïs Saïed, qualifié de dictateur qui a trahi la Constitution depuis son offensive du 25 juillet.

C’en était trop pour Kaïs Saïed, qui, de toutes évidence, a été personnellement froissé par les propos de Marzouki, au point d’évoquer son cas en conseil des ministres. Celui qui, depuis son passage en force du 25 juillet, s’est aussi institué chef du parquet demande l’ouverture d’une enquête sur les déclarations de Moncef Marzouki, auquel il fait retirer dans un premier temps son passeport diplomatique. Le locataire de Carthage accuse l’ancien président d’atteinte à la sûreté de l’État et aux intérêts de la Tunisie.

LES MANDATS D’AMENER ÉMIS PAR LA JUSTICE TUNISIENNE N’ONT QUE RAREMENT ÉTÉ PRIS EN COMPTE PAR LES TRIBUNAUX ÉTRANGERS

L’ancien président devient un ennemi de son propre pays. C’est du moins ce qu’a conclu le juge d’instruction du Tribunal de première instance de Tunis qui a émis le mandat d’amener et saisi Interpol.

Effets limités

Si l’annonce crée un précédent, ses effets devraient rester limités. Les mandats d’amener émis par la justice tunisienne n’ont que très rarement été pris en compte par les tribunaux étrangers. En général, la personne recherchée est arrêtée lors d’un passage de frontière, mise en garde à vue et interrogée sur les faits qui lui sont reprochés pour examiner la demande d’extradition qu’émettra la Tunisie.

L’avocat défenseur fait alors valoir que le prévenu serait en danger sur le sol tunisien, qu’il peut être l’objet de mesures de rétorsion ou d’une vengeance, d’autant que la peine de mort n’y est pas abolie. Jusqu’à présent, ces arguments ont porté auprès des magistrats devant se prononcer sur une éventuelle extradition, comme cela a été le cas pour le beau-frère de Ben Ali, Belhassen Trabelsi, et pour l’homme politique Slim Riahi.

Le passage par Carthage, entre 2012 et 2014, de Moncef Marzouki, militant des droits de l’homme et opposant à l’ancien régime, n’a pas laissé un grand souvenir. Beaucoup de Tunisiens gardent en mémoire sa collaboration avec les islamistes, assimilée à une compromission. Il a retenté sa chance par deux fois à la présidentielle, en 2014 et en 2019, mais sa candidature a connu un échec cuisant : 3 % des suffrages en 2019.

Par Jeune Afrique avec AFP

Tunisie : en désaccord avec Ghannouchi, 113 membres d’Ennahdha démissionnent

septembre 25, 2021
Rached Ghannouchi, en février 2020.

Une centaine de membres d’Ennahdha ont annoncé samedi leur démission du parti d’inspiration islamiste en dénonçant « les mauvais choix » de son président Rached Ghannouchi, qui ont alimenté, selon eux, la crise politique secouant la Tunisie depuis deux mois.

Les 113 membres d’Ennahdha démissionnaires ont dénoncé, dans un communiqué, « l’échec du président (Ghannouchi, ndrl) qui a refusé tous les conseils ». « La direction actuelle est responsable de l’isolement (du mouvement) et en grande partie de la dégradation de la situation générale dans le pays », ont-ils estimé.

Figurent parmi les démissionnaires, des députés, des cadres du parti, des anciens ministres, des membres du Conseil de la Choura (bureau politique de Ennahdha) et des élus locaux.

« Mauvais choix politiques »

De façon inattendue, le président Kaïs Saïed, élu fin 2019, s’est arrogé le 25 juillet les pleins pouvoirs, en limogeant le Premier ministre, en suspendant les activités du Parlement, où Ennahdha a le plus grand nombre de députés, et en s’octroyant aussi le pouvoir judiciaire. Il a officialisé son coup de force mercredi avec une série de décrets présidentiels, en décidant de « mesures exceptionnelles » pour réguler les pouvoirs exécutif et législatif. Ces textes tendent à présidentialiser le système politique, qui reposait avant sur un régime hybride plutôt parlementaire.

Kaïs Saïed, dont Ennahdha est la bête noire, a confirmé la suspension sine die du Parlement, auquel il va se substituer en légiférant par décrets, et sera aussi désormais le président du conseil des ministres. Rached Ghannouchi, 80 ans, président d’Ennahdha et chef du Parlement, a dénoncé dans une interview à l’AFP jeudi « le pouvoir absolu d’un seul homme ». Il a reconnu que son parti était partiellement responsable de la crise ayant motivé le coup de force de Kaïs Saïed.

Dans leur communiqué, les 113 membres ont critiqué « les mauvais choix politiques de la direction du mouvement », notamment des accords de coalition noués ces dernières années avec d’autres partis au Parlement, pour avoir la majorité des sièges. Selon eux, à cause de ces « alliances politiques inappropriées », des lois ont été adoptées qui « ont nui à la crédibilité de Ennahdha ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Tunisie : arrestation du député Yassine Ayari, selon son parti

juillet 31, 2021
Le député tunisien Yassine Ayari (au centre), le 15 février 2018 au Parlement, à Tunis.

Le parti de ce député tunisien critique du président a annoncé qu’il avait été arrêté vendredi, après avoir dénoncé sur les réseaux sociaux le coup de force de Kaïs Saïed comme « un coup d’État militaire ».

Le député indépendant et ex-blogueur Yassine Ayari a déjà été condamné à plusieurs reprises ces dernières années pour des publications sur les réseaux sociaux, notamment critiques de l’armée. Son mouvement, « Espoir et travail », lancé en 2019, a annoncé dans un bref communiqué son arrestation vendredi, selon eux par des agents de la sécurité présidentielle sans la présentation d’un ordre judiciaire.

Contactés par l’AFP, le service de la communication de la présidence de la République et le porte-parole du parquet étaient injoignables. Dans une publication sur Facebook, sa femme a affirmé de son côté que son mari avait été arrêté d’une façon violente. Aucune source officielle n’a accepté de s’exprimer sur cette arrestation.

Craintes

À la suite de cette annonce, des Tunisiens ont exprimé sur les réseaux sociaux leur crainte d’un retour à la répression. La Tunisie, « est un pays des droits, des libertés et de la Constitution », a tenu à rassurer le président Saïed vendredi au cours d’une rencontre avec des journalistes de New York Times, après que l’un d’eux a été brièvement interpellé dans un poste de police pour une question d’autorisation.

CE N’EST PAS À MON ÂGE QUE JE VAIS COMMENCER UNE NOUVELLE ÉTAPE BASÉE SUR LA DICTATURE

« Pas de peur sur la liberté d’expression (…) ce n’est pas à mon âge que je vais commencer une nouvelle étape basée sur la dictature. Je déteste la dictature et je la méprise », a-t-il encore ajouté. Kaïs Saïed a affirmé qu’il n’y avait eu des arrestations que de ceux qui sont poursuivis par la justice.

L’arrestation de Yassine Ayari survient cinq jours après que le président a gelé le Parlement pour 30 jours, levé l’immunité de tous les députés et limogé le Premier ministre Hichem Mechichi. « C’est un coup d’État militaire », avait écrit sur sa page Facebook Yassine Ayari, connu pour ses prises de positions tranchantes. Pour lui, les mesures du président représentent « un renversement de la Constitution et du pacte social en utilisant l’armée ».

Plusieurs condamnations

Yassine Ayari, 30 ans, ancien blogueur actif sous la censure au moment du soulèvement populaire ayant chassé Ben Ali du pouvoir en 2011, avait été élu en 2017 député de la circonscription de l’Allemagne, puis de la première circonscription de la France en 2019. Il a été condamné en 2018 à trois mois de prison pour une publication Facebook qui critiquait l’armée. Il avait également été condamné à 16 jours de prison, la même année, pour une autre publication de blog. Il n’a pas purgé cette peine.

En 2015, ce fils d’un colonel, tué en 2011 pendant les premiers affrontements contre des groupes terroristes dans le pays, a passé plus de quatre mois en prison après qu’un tribunal militaire l’a reconnu coupable d’outrage au haut commandement de l’armée sur les réseaux sociaux.

Par Jeune Afrique avec AFP

En Tunisie, le PDG de la chaîne nationale démis de ses fonctions

juillet 28, 2021

Le président de la chaîne Wataniya a été remplacé par une journaliste qui avait déjà occupé ce poste par intérim.

Des journalistes travaillent ans la salle de rédaction de la chaîne de télévision nationale publique tunisienne Wataniya, le 14 novembre 2020
Des journalistes travaillent ans la salle de rédaction de la chaîne de télévision nationale publique tunisienne Wataniya, le 14 novembre 2020 FETHI BELAID / AFP

La présidence tunisienne a limogé, mercredi 28 juillet, le PDG de la chaîne de télévision nationale après qu’un militant et une représentante du syndicat des journalistes se sont vu brièvement interdire l’accès à la chaîne où ils devaient intervenir dans une émission.

Cette décision intervient trois jours après la prise de pouvoir du président Kais Saied en Tunisie, qui a entraîné des craintes sur le respect des libertés dans la jeune démocratie, notamment après la fermeture des bureaux de la chaîne qatarie Al-Jazira.

Bloqués à l’entrée

La journaliste Amira Mohamed, vice-présidente du SNJT, a dit être restée bloquée à l’entrée de chaîne Wataniya par un agent de sécurité qui attendait l’autorisation de la direction de la télévision lui permettant d’y entrer. « Le PDG de la Wataniya m’a dit qu’il avait reçu des instructions d’un responsable militaire de ne pas laisser d’invités entrer au siège de la télévision », a ajouté le militant des droits de l’homme Bassem Trifi.

Le ministère de la défense et la présidence de la République ont affirmé qu’ils n’avaient donné aucune instruction dans ce sens.

Quelques heures plus tard, c’est le président de la chaîne, Laassad Dhahech, accusé d’avoir tenté de semer le trouble en limitant l’accès de la chaîne, qui a été limogé. Il a été remplacé par une journaliste qui a déjà occupé ce poste par intérim, Awatef Dali.

Le président Saied, qui a suspendu le Parlement pendant trente jours et limogé le premier ministre, a assuré qu’il était attaché aux libertés publiques, et ferait en sorte de les protéger.

Avec AFP

Après le coup de force du président, la Tunisie dans l’attente d’un gouvernement

juillet 28, 2021
Apres le coup de force du president, la Tunisie dans l'attente d'un gouvernement
Après le coup de force du président, la Tunisie dans l’attente d’un gouvernement© AFP/FETHI BELAID

Trois jours après le coup de force du président tunisien Kais Saied, qui s’est octroyé le pouvoir exécutif et a suspendu le Parlement pour 30 jours, les appels se multiplient en faveur d’une feuille de route et pour la mise en place d’un nouveau gouvernement.

Le président a argué des « périls imminents » auxquels était confrontée la Tunisie, plongée depuis des mois dans une profonde crise politique, pour justifier sa prise de pouvoir dimanche.

Il a limogé le Premier ministre Hichem Mechichi, très critiqué pour sa gestion de l’épidémie de Covid-19 qui a laissé la Tunisie à court d’oxygène et débordée par un pic d’hospitalisations, indiquant qu’il exercerait le pouvoir exécutif avec « l’aide d’un gouvernement » dont il devait nommer le chef.

D’influentes ONG tunisiennes ont mis en garde contre tout prolongement « illégitime » de la suspension du Parlement tandis que Paris a appelé mercredi à la « nomination rapide » d’un Premier ministre.

« Le président Saied est devant un grand défi: montrer aux Tunisiens et au monde qu’il a pris les bonnes décisions », souligne le politologue Slaheddine Jourchi.

M. Saied a présidé mercredi une réunion des cadres de l’armée et de la police, sans qu’aucune décision ne soit annoncée.

Calendrier détaillé

Depuis dimanche, le président tunisien a démis de leurs fonctions une série de conseillers gouvernementaux et chargés de missions auprès du Premier ministre, puis écarté le procureur général de la justice militaire ainsi que les ministres de la Défense et de la Justice après s’être attribué le pouvoir judiciaire dans le cadre des mesures exceptionnelles.

S’il a été salué par de nombreux Tunisiens exaspérés par les luttes de pouvoir au Parlement en pleine crise sociale et sanitaire, ce coup de force suscite également de l’inquiétude en Tunisie comme à l’étranger.

Plusieurs organisations de la société civile, influentes dans le seul pays à poursuivre sa démocratisation après la vague de soulèvement des Printemps arabes en 2011, ont plaidé en faveur d’une feuille de route avec un calendrier détaillé.

Elles ont mis en garde dans un texte commun contre tout prolongement « illégitime » de la suspension du Parlement, soulignant la nécessité de respecter le délai de 30 jours mentionné dans l’article 80 de la Constitution sur lequel s’est appuyé Kais Saied.

A Paris, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a souligné lors d’un entretien téléphonique avec son homologue Othman Jarandi « l’importance de la nomination rapide d’un Premier ministre et de la formation d’un gouvernement qui soit à même de répondre aux attentes des Tunisiens ».

La décision dimanche de suspendre le Parlement et de démettre le Premier ministre faisait suite à des manifestations ayant éclaté le jour même à travers la Tunisie contre le gouvernement, principalement contre sa gestion de la crise sanitaire après une nouvelle flambée des cas.

Les milliers de protestataires réclamaient notamment « la dissolution du Parlement ».

Le principal parti au Parlement, Ennahdha, formation d’inspiration islamiste, a dénoncé les mesures prises par le président tunisien comme un « coup d’Etat » et appelé M. Saied à revenir sur ses décisions.

Enquête

M. Saied avait notamment indiqué qu’il présiderait les services du procureur général « pour qu’ils agissent dans le cadre de la loi et qu’ils ne se taisent pas face à des crimes commis contre la Tunisie et dont les dossiers disparaissent ».

Mercredi, le parquet a annoncé avoir ouvert le 14 juillet une enquête contre Ennahdha, son allié Qalb Tounes et la formation Aïch Tounsi, pour une affaire de financement étranger de leur campagne électorale en 2019.

Dix ans après la chute de Zine el Abidine ben Ali, les problème du chômage, profondément enraciné, et de la dégradation des infrastructures publiques et du pouvoir d’achat, à l’origine du soulèvement contre son régime autoritaire, n’ont jamais été résolus. Et la Tunisie fait face à un mur de dettes.

En outre, depuis les élections d’octobre 2019 ayant débouché sur un Parlement très fragmenté, le pays a connu trois chefs de gouvernements et vu s’accentuer les luttes de pouvoir en pleine crise sociale et sanitaire.

Ennahdha s’est dit prêt « à la tenue d’élections législatives et présidentielle anticipées simultanées » pour « éviter que tout retard ne serve de prétexte au maintien d’un régime autocratique ».

Mais avant de telles élections, il faudrait selon un dirigeant d’Ennahdha interrogé par l’AFP, Noureddine B’hiri, « que le Parlement reprenne ses activités et que soit mis fin à son contrôle militaire ».

Par Le Point avec AFP