Posts Tagged ‘Tunisie’

Le Port de Pointe-Noire, l’invention de l’application de Rose Goyeli et la Tunisie avec son premier satellite

mars 26, 2021

Avec France24

Cannabis en Tunisie : « Nul ne veut remonter les filières de la drogue, on se contente du menu fretin »

février 4, 2021
Bien qu’amendée en 2017, la « loi 52 » sur les stupéfiants pose problème tant elle semble inique et obsolète.

Fumer un joint peut valoir une peine de trente ans de prison en Tunisie. Ce qui est arrivé à trois jeunes, condamnés le 20 janvier. Un verdict qui relance le débat sur la répression de la consommation de cannabis.

Trente ans de prison pour consommation de cannabis. C’est le verdict rendu par le tribunal de première instance du Kef (Nord-Ouest) le 20 janvier contre trois jeunes Tunisiens. Une décision qui a provoqué l’indignation générale dans le pays, même si elle est en conformité avec la loi, que les magistrats se sont contentés d’appliquer.

Chacun des trois individus a écopé de cinq ans pour détention de cannabis, de cinq ans pour l’intention de le consommer et de vingt ans pour avoir utilisé un local public à cette fin – ici le vestiaire d’un stade de football. Ce sont les peines que prévoit le Code pénal tunisien.

Circonstances aggravantes

Depuis de nombreuses années, la loi sur les stupéfiants pose problème tant elle semble inique et obsolète. Une loi de 1992, plus connue sous le nom de « loi 52 » et qui avait été amendée en 2017. Au lieu d’infliger systématiquement une peine d’un an de prison aux consommateurs arrêtés pour la première fois, les juges peuvent prendre en compte des circonstances atténuantes et ne pas requérir de peine de prison, sauf récidive. À l’époque, le ministre de la Justice, Ghazi Jeribi, avait précisé que l’amendement était une « mesure provisoire en attendant une révision globale de la loi ».

LE PROBLÈME DES SANCTIONS, QUI BRISENT LA VIE DES JEUNES, N’A PAS ÉTÉ RÉSOLU

Effectivement, le dispositif judiciaire pour les primo-consommateurs a été assoupli, mais les autres articles de la loi 52 sont restés inchangés. Près de quatre ans plus tard, le verdict prononcé au Kef provoque un brutal retour à la réalité. Si le nombre d’incarcérations et de poursuites pour consommation de cannabis a diminué, le problème des sanctions, qui brisent la vie des jeunes, n’a pas été résolu.

Les condamnés du Kef sont non seulement récidivistes mais ils s’étaient installés dans un lieu public pour commettre leur délit. Des faits considérés comme des circonstances aggravantes selon l’article 52 que les magistrats ont appliqué. Ils écopent ainsi du maximum : trente ans de prison.

La sanction met en exergue les excès et les inadéquations des dispositions légales. Ce coup d’aiguillon semble avoir réveillé le monde politique, puisque en quelques jours, plusieurs dirigeants se sont indignés. « Ensemble, sauvons ces jeunes et rappelons-nous qu’ils ne sont pas des criminels, mais des cibles et des victimes de criminels qui, eux, doivent être traduits en justice », a lancé le député et ancien ministre Hichem Ben Ahmed à ses pairs, tandis que l’élue de Aïch Tounsi, Olfa Terras Rambourg, a présenté un projet de révision de la loi à l’Assemblée.

Atterré par la situation des familles qu’il a rencontrées au Kef, Farès Blel, député de Qalb Tounes, veut promouvoir des peines de substitution et des travaux d’utilité publique tout en appelant à une distinction entre les drogues. « Ils auraient consommé de la cocaïne cela aurait était pareil », s’afflige le jeune député. Ennahdha, premier parti de Tunisie, n’a lui pas réagi.

Menu fretin

« Ensemble, sauvons ces jeunes et rappelons-nous qu’ils ne sont pas des criminels, mais des cibles et des victimes de criminels qui, eux, doivent être traduits en justice », a lancé le député et ancien ministre Hichem Ben Ahmed

La société civile est au diapason d’une majorité de formations politiques, ce qui laisse supposer que la loi pourrait être rapidement revue. « Ce serait l’occasion d’examiner le corpus des libertés individuelles », rebondit Farès Blel.

FUMER EST DANS NOS HABITUDES DEPUIS DES SIÈCLES

Mais le sujet implique aussi un choix de société que les Tunisiens n’ont pas fait. « Il n’y a pas d’âge pour fumer, pourquoi s’en prend-on aux jeunes uniquement ? Fumer est dans nos habitudes depuis des siècles », s’exaspère, Ali un homme désœuvré de la cité Ettadhamen, dans l’agglomération de Tunis, qui pointe l’hypocrisie du dispositif législatif sur le sujet.

« En réalité, nul ne veut remonter les filières de la drogue. Avant la révolution, on savait qui était aux commandes, mais ces gens étaient proches du sérail et donc intouchables. Depuis 2011, les réseaux ont changé mais sont encore plus intouchables. Alors on se contente du menu fretin pour démontrer que l’on s’occupe du problème », révèle un ancien sécuritaire.

AVANT LA RÉVOLUTION, ON SAVAIT QUI ÉTAIT AUX COMMANDES MAIS CES GENS ÉTAIENT PROCHES DU SÉRAIL ET DONC INTOUCHABLES

En attendant, l’issue de l’affaire du Kef sera un indicateur précieux de la volonté réelle de changer les lois et d’intégrer un peu plus d’humanité dans la justice. Mais pour le trio de Keffois, les recours sont maigres. À part une révision de peine qui est en cours d’examen, une éventuelle grâce présidentielle ne peut être prononcée qu’après que toutes les instances, l’appel et la cassation, se sont définitivement prononcées.

Avec Jeune Afrique par Frida Dahmani

[Tribune] En 2021, la Tunisie face au mur de la dette

décembre 29, 2020
Le chef du gouvernement tunisien, Hichem Mechichi, lors du vote de confiance du Parlement, le 1er septembre 2020.

Pour l’économiste tunisien Skander Ounaies, un accord avec le FMI est désormais la seule option pour sortir le pays de sa spirale d’endettement. Mais il craint que ce ne soit pas sans conséquence sur la souveraineté.

L’année 2021 verra la Tunisie faire face à trois contraintes économiques majeures. Il s’agit d’une part de l’aggravation du taux de chômage, avec près de 250 000 chômeurs supplémentaires, notamment du fait du taux de croissance négatif du PIB estimé à – 7 % pour 2020 par le FMI et qui pourrait se révéler pire encore.

D’autre part, de l’impossibilité quasi certaine de financer un budget 2021 qui nécessite 4 milliards d’euros de financements extérieurs, une somme très difficilement mobilisable alors que la notation souveraine du pays a été dégradée en novembre par l’agence Fitch Ratings, sa perspective passant de stable à négative.

Une erreur de diagnostic fatale

Enfin, du niveau des dettes publique et extérieure, insoutenable pour l’économie. Cet engrenage de l’endettement a été causé par deux éléments majeurs.

D’abord, une erreur de diagnostic économique : en 2012, le gouvernement issu des élections législatives d’octobre 2011 a considéré que la Tunisie subissait un choc de demande, alors que le pays subissait en réalité un choc d’offre, suite aux différents mouvements sociaux liés à la révolution, nécessitant une action immédiate en faveur des entreprises, comme un report momentané de leurs paiements, pour maintenir leur compétitivité.

À L’ENDETTEMENT DU PAYS, IL FAUT AJOUTER LES PERTES DES ENTREPRISES PUBLIQUES

L’autre élément a été l’emprunt massif, essentiellement extérieur, auquel l’État a recouru pour pour faire face, entre autres, à une explosion de sa masse salariale résultant des différentes augmentations de salaires ainsi que des recrutements aberrants effectués dans la fonction publique ; le tout sur fond de croissance atone et de baisse drastique du taux d’épargne nationale, passé de 23 % du PIB en 2011 à 2 % en 2020.

Il en résulte, selon une étude de l’Institut tunisien des études stratégiques, que l’encours de la dette publique a été multiplié par 3 entre 2010 et 2018, et que sa part dans le PIB a progressé de 40,7 % à 71,7 % sur la même période. En parallèle, la moyenne de la croissance annuelle du PIB était de 1,5 % sur la période 2011-2019, contre près de 5 % pour la décennie précédente.

LE FMI ASSORTIRA CERTAINEMENT SON INTERVENTION DE CONDITIONS DRACONIENNES POUR LE PAYS

Ces chiffres sont à rapprocher de l’envolée de la dette extérieure, dont la part dans le PIB est passée de 37 % en 2010, à 86 % en 2018, selon le FMI, et devrait culminer à 90 % du PIB pour 2021, selon Fitch Ratings.

Le FMI comme dernier recours

À cet endettement, il faut ajouter les pertes des entreprises publiques, ainsi que le montant à payer pour le litige de la Banque franco-tunisienne (BFT), estimé à près de 1 milliard de dollars. Cette pression financière se prolongera jusqu’en 2025, vu les échéances de remboursements qui se profilent.

La crise sanitaire en cours et ses effets à venir poseront certainement des problèmes graves en termes de remboursement des dettes, pour lesquelles, à mon sens, on aurait dû négocier une restructuration dès les années 2015-2016, car la marge de manœuvre était encore possible, et elle ne l’est plus actuellement.

Pour le pays, la seule voie encore possible est donc celle d’un nouvel accord avec le FMI, qui permettrait d’éviter la situation d’un « mur de la dette ». Mais il faut être conscient que l’institution assortira certainement son intervention de conditions draconiennes pour le pays.

L’économiste Michel Aglietta affirme qu’ « il n’y a de monnaie légitime qu’adossée à une souveraineté », pour le cas de Tunisie, à partir de 2021, cette réflexion prend une signification vitale.

Avec Jeune Afrique

Par  Skander Ounaies

Professeur à l’Université de Carthage. Ancien économiste au Fonds souverain du Koweït (KIA)

Un temps consacré à l’actualité africaine

décembre 17, 2020

Avec TV5/Monde

Tunisie : les prémisses d’une nouvelle révolution ?

décembre 15, 2020
Manifestation pour la liberté d’expression en Tunisie.

Près de dix ans après la chute de Ben Ali, le pouvoir est confronté à une colère qui monte, et dont les motifs sont aussi variés que nombreux. Plusieurs manifestations sont prévues le 17 décembre.

L’affectation territoriale d’un point d’eau dans le Sud tunisien provoque des tensions entre des tribus de Douz et Beni Gueddache. En moins de 48 heures, les affrontements extrêmement violents entre les Mrezig et les Houaya à Aïn Skhouna se sont soldés par un mort et 53 blessés.

Pourtant le lieu, connu pour les vertus curatives de ses eaux chaudes, existe depuis des décennies sans que nul n’en réclame la propriété. Mais c’est compter sans l’instrumentalisation des événements via les réseaux sociaux et les médias.

Avant que des Tunisiens ne tirent sur d’autres Tunisiens et fassent d’une paisible source d’eau un décor de razzia, de fausses informations assuraient que le lieu était un prospère champ pétrolier dont l’exploitation serait imminente sans qu’aucune prospection n’ait été faite et sans qu’aucune autorisation ou permis n’aient été concédés.

D’autres assuraient qu’un projet qatari d’envergure devait voir le jour à Aïn Skhouna. Suffisamment pour susciter, sous couvert de revendications tribales, les convoitises dans une région oubliée du développement.

Tribalisme

Le phénomène n’est pas nouveau, mais ce tribalisme connaît un nouvel éveil depuis 2011. À Gafsa (Sud), des tribus se sont écharpées en 2012 au motif d’une prééminence sur le terrain. Elles exigeaient que les emplois proposés par la Compagnie des phosphates de Gafsa soient réservés à leurs enfants. Si pour certains, ce mode de transmission est d’un autre temps, à Gafsa il est solidement ancré.

La CPG prévoit en effet des quotas par tribus. « Le réveil de la tribalité a bon dos ; les citoyens cherchent à faire entendre leurs voix par tous les moyens et pourquoi pas à travers ce réseau là quand les autres échouent à être des relais », commente un ancien de l’association Kolna Tounes.

LES TUNISIENS SEMBLENT DÉCIDÉS À RELANCER LES MOUVEMENTS PROTESTATAIRES

L’impossibilité de se faire entendre par un pouvoir, sourd aux demandes populaires, se mue en colère. « Les tensions ont besoin d’un exutoire et nous avons failli à créer du collectif », explique le sociologue Mohamed Jouili. En dix ans, corporations, secteurs, femmes, étudiants, syndicats, tous ont tenté, via différents réseaux, de transmettre leurs revendications, en vain. Les revendications s’accumulent, les exigences se stratifient, mais rien n’aboutit réellement. Même le très attendu Code des collectivités locales adopté en 2018 n’est toujours pas entré en application intégralement.

Ce qui explique pourquoi les Tunisiens, sans se concerter, semblent bien décidés à relancer les mouvements protestataires. « Front du salut », « Dialogue national », « Tous ensemble au Bardo », « Ensemble arrachons la rue », « Contre les violences faite aux femmes » sont autant de bannières, officiellement non partisanes, qui comptent encadrer les manifestations annoncées le 17 décembre.

Faillite sociétale et politique

Le jour choisi n’est pas anodin : il correspond à l’immolation en 2010 de Mohamed Bouazizi, initiateur de la révolution tunisienne. Mais cette date bien que célébrée régulièrement par les médias n’a jamais été considérée comme celle de la révolution malgré la tentative de certains mouvements politiques comme l’ancien Congrès pour la République (CPR) de l’ancien président Moncef Marzouki d’en faire un évènement national.

Toutes classes sociales et tous motifs confondus, les Tunisiens sont passés de la revendication à la colère. « Elle gronde depuis longtemps. Placés au pied du mur, les gouvernements successifs ont tentés de l’apaiser mais les mesures annoncées à grand renforts de gros titres et jamais appliquées ont fini par lasser les citoyens. Tous espéraient un mieux-être mais ont vu leur pouvoir d’achat s’étioler », résume Achraf Zariat, un syndicaliste de Gabès.

AUJOURD’HUI, DE 7 À 77 ANS, ON EST TOUS EN COLÈRE

Si bien que le 17 décembre, la rue sera le réceptacle de cette colère, bien que les différents mouvements protestataires ne soient pas au diapason : les uns veulent annuler la loi de finances, les autres en finir avec la corruption, mais tous disent surtout l’immense désarroi de la Tunisie face à une faillite essentiellement sociétale et politique.

Au fil des années, faute de débats de fonds sur des objectifs communs et les politiques publiques souhaitées, le tissu social s’est disloqué en générant encore plus de divisions. Et d’énormes frustrations.

« En 2011, on parlait de la colère des jeunes. Aujourd’hui, de 7 à 77 ans, on est tous en colère », constate Walid, un étudiant en gestion. Un courroux général dont parfois on oublie la cause face au constat de délabrement du pays. « Comment revendiquer pour ma pension quand la pauvreté s’insinue partout ? », s’interroge une retraitée de la fonction publique.

La rue en ébulition

Mais si la société civile et les partis sont unanimes à imputer l’échec tunisien au système politique, ils peinent à émettre de nouvelles propositions, en dehors des mesures consensuelles — nouvelle loi électorale, amendement de la constitution ainsi que la mise en place des corps constitués comme la cour constitutionnelle et le réveil des instances électorales. Une dissolution de l’Assemblée est en principe possible, mais dans les faits très compliquée à mettre en œuvre sans Cour constitutionnelle.

« L’impasse politique a été dénoncée depuis au moins cinq ans mais les partis ne voudront jamais courir le risque de perdre leur siège. Le pays n’est qu’un butin pour eux » dénonce un membre de l’ONG Mourakiboune. En attendant, la rue est en ébullition au risque de débordements irrécupérables.

Avec Jeune Afrique par Frida Dahmani – à Tunis

Aide de la France à la Tunisie pour la lutte contre le Covid-19

octobre 22, 2020

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian a assuré la Tunisie de la «solidarité de la France dans la lutte contre l’épidémie» de Covid-19 et annoncé la livraison d’équipement médical à ce pays, à l’occasion de sa septième visite à Tunis jeudi.

Jean-Yves Le Drian a signé avec son homologue Othmane Jarandi le versement en 2020 d’une première tranche de 100 millions d’euros dans le cadre d’un plan d’aide triennal annoncé par le président Emmanuel Macron en juin. Mais il a aussi annoncé, dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, la livraison de 500.000 euros d’équipements, dont des masques, des réactifs pour les tests et 19 respirateurs pour le transfert médicalisé des patients.

La Tunisie, qui avait initialement circonscrit la pandémie grâce à des mesures précoces et strictes, avec 50 morts de mars à fin juin, enregistre actuellement plus de 20 morts chaque jour, et s’inquiète de voir ses hôpitaux débordés. Un couvre-feu en place à Tunis depuis 15 jours devrait être prolongé mais le premier ministre a souligné que le pays n’avait pas les moyens d’un nouveau confinement général.

Emmanuel Macron avait promis une enveloppe de 350 millions d’euros lors de la visite de son homologue tunisien Kaïs Saïed à Paris en juin. Ces prêts viendront appuyer sur trois ans (de 2020 à 2022) les réformes économiques engagées en matière de gouvernance des entreprises publiques, de protection sociale, d’accès au secteur financier et de mobilité urbaine, a-t-on précisé de source française. Outre ces sommes, une seconde convention a été signée pour un prêt de 38 millions d’euros destiné à l’installation d’une station de traitement de l’eau potable à Bjaoua, dans la banlieue ouest de Tunis. «L’objectif est d’appuyer l’économie publique tunisienne», a déclaré Jean-Yves Le Drian après un entretien avec Kaïs Saïed et le premier ministre Hichem Mechichi.

Par Le Figaro avec AFP

Covid-19 : les voyageurs du Canada, de Tunisie et de Géorgie ne seront plus admis dans l’UE

octobre 21, 2020

Le Canada, la Tunisie et la Géorgie ont été retirés de la liste des pays dont les voyageurs sont autorisés sur le territoire de l’Union européenne, en raison de leur situation épidémiologique, a appris l’AFP de sources européennes mercredi 21 octobre. Les représentants des 27 membres de l’UE ont décidé en revanche d’ajouter Singapour à cette liste, qui n’avait pas été modifiée depuis août et passe ainsi de 11 à 9 pays. La procédure devrait être formellement entérinée d’ici vendredi.

«En raison d’une forte hausse des cas d’infection au Covid-19, la Géorgie, le Canada et la Tunisie ont été retirés de la liste», a-t-on indiqué de source diplomatique européenne, ajoutant que «Singapour va être ajouté à la liste en raison d’une amélioration des taux d’infection».

Pour lutter contre la propagation de la pandémie, l’UE a décidé à la mi-mars d’interdire les voyages «non essentiels» sur son territoire en provenance de pays tiers. Les 27 se sont ensuite entendus en juin sur une liste de 15 pays faisant exception à cette règle. La liste a été réduite à 11 pays en août. Elle comporte désormais l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, le Rwanda, la Corée du Sud, la Thaïlande, l’Uruguay et Singapour, ainsi que la Chine, mais sous réserve de confirmation de la réciprocité pour ce dernier pays.

Par Le Figaro avec AFP

Tunisie – Covid-19 : « Nous sommes dans une phase de transmission très rapide et préoccupante »

octobre 5, 2020

La Tunisie fait face à une nouvelle vague de Covid depuis l'ouverture de ses frontières fin juin.

Le coronavirus continue de se propager sur tout le territoire tunisien avec une nouvelle vigueur. Le point avec Yves Souteyrand, représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Tunis.

En Tunisie, la propagation du Covid-19 inquiète les professionnels du secteur de la santé. Si jusqu’au 27 juin seules 1100 contaminations avaient été recensées, le nombre de cas dépistés depuis le 3 mars est désormais de 19721. Quelques 270 décès ont par ailleurs été comptabilisés. Alors que la communication officielle fait l’objectif de critiques, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) appuie la gestion de cette crise dans le pays.À

Son représentant sur place, le professeur Yves Souteyrand, collabore avec le gouvernement pour renforcer la formation du personnel et les moyens des établissements de santé. Mais la gestion de l’épidémie y est compliquée par les difficultés structurelles et le manque de respect des gestes barrières.

Jeune Afrique : Quel bilan tirez-vous de la gestion et de l’évolution de la courbe du virus en Tunisie ?

Yves Souteyrand : La Tunisie a très bien réussi sa première phase et connu plusieurs semaines sans apparition de nouveau cas grâce à la combinaison efficace de politiques de surveillance, de suivi, d’isolement puis de confinement généralisé, à un moment où seuls 75 cas étaient recensés.

Mais lors de l’ouverture des frontières le 27 juin, les voyageurs en provenance d’un grand nombre de pays n’avaient pas de contraintes pour entrer sur le territoire tunisien. Dès juillet, des cas principalement importés sont apparus, en majorité des pays du Golfe, de l’Europe et des pays frontaliers : Algérie et Libye.

DÈS JUILLET, DES CAS PRINCIPALEMENT IMPORTÉS SONT APPARUS, EN MAJORITÉ DES PAYS DU GOLFE ET DE L’EUROPE

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Initialement, les chaînes de transmission étaient assez bien identifiées. Les contaminations se faisaient à partir de réunions familiales, de mariages ou de clusters d’entreprises. À partir d’août, les cas de contamination locale ont pris le dessus. Fin septembre, nous avons atteint 1300 cas positifs identifiés sur une journée pour 5000 tests avec un taux de positivité considérable puisqu’il avoisine les 25 %.

Les chiffres disponibles peuvent être en-deçà de la réalité. Nous sommes dans une phase de transmission communautaire très rapide et préoccupante qui peut saturer le système de santé.

La polémique enfle autour du nombre de lits en réanimation et du manque de transparence concernant les places disponibles pour les patients qui devraient être hospitalisés. Avez-vous des précisions ?

Actuellement, 347 personnes sont hospitalisées dont 99 en réanimation et 41 intubées. Il existe un risque rapide de saturation du système de santé. Nous ne disposons néanmoins pas à l’OMS de chiffres exacts mais il est estimé que le nombre de lits disponibles en réanimation pourrait être doublé ou triplé. À condition que les ressources humaines à même de faire fonctionner ces services et machines soient disponibles car le nombre de cas augmente plus vite que prévu.

84 lits ont été ouverts à El Menzah (banlieue proche de Tunis) dont 4 en réanimation et d’autres avec oxygénation. Le futur hôpital de Sfax pourrait également être consacré aux patients Covid. Le ministère de la Santé a fait un travail important mais il fait face à une situation compliquée.

Comment expliquer l’accélération de la propagation du virus ?

En mars, la Tunisie a observé l’exposition de l’épidémie dans des pays proches comme l’Italie et la France, ce qui a créé un choc. La réponse a été très forte. Or, le fait que le pays a bien réussi la première phase semble avoir considérablement diminué les inquiétudes de la population.

L’impact économique de la fermeture des frontières a été majeur. Leur réouverture a entrainé une baisse de vigilance, voire un certain scepticisme des Tunisiens par rapport à la gravité potentielle de l’épidémie.

LES MESURES BARRIÈRES N’ONT PAS ÉTÉ RESPECTÉES. ON SEMBLE LOIN D’UNE PRISE DE CONSCIENCE DU NIVEAU RÉEL DE L’ÉPIDÉMIE

Les mesures barrières n’ont pas été respectées. On semble loin d’une prise de conscience du niveau réel de l’épidémie. Or, ce virus est dangereux, il crée des pathologies différentes à différents âges et peut laisser des séquelles très importantes, même sur des populations

Les campagnes de prévention classiques ont repris mais nous pourrions nous appuyer davantage sur les leaders d’opinion pour communiquer. Les autorités ont beaucoup travaillé à l’élaboration de protocoles sanitaires pour les entreprises, les écoles, les transports, mais la grosse difficulté est de les faire appliquer. Il existe encore beaucoup trop de possibilités de ne pas respecter la distanciation physique et le port du masque.

Mais l’achat de masques représente un coût considérable pour des citoyens qui souffrent de la crise économique et se retrouvent de plus en plus confrontés à des problématiques de survie…

C’est vrai que les masques coûtent cher, tout comme les thermomètres distribués par exemple dans les établissements scolaires. Nous travaillons avec d’autres agences onusiennes comme l’Unicef ou le Programme alimentaire mondial, dans le cadre de cette épidémie, à un appui des populations les plus vulnérables grâce à des transferts d’argent censés pouvoir contribuer aux dépenses de protection.

L'épidémie de coronavirus en Tunisie, qui avait été contenue en imposant des mesures strictes, a connu un pic de cas depuis la réouverture des frontières fin juin. Ici un patient intubé à l'hôpital de Gabes.

Les changements de gouvernements ont-ils perturbé la continuité de la réaction à ce virus ?

Depuis le début de l’épidémie, quatre ministres de la Santé se sont succédé, ce qui implique la mise en place de nouvelles équipes au moment où la contamination devient importante. Mais le pays s’est doté d’instances telles que le Conseil scientifique, qui ont pu assurer une continuité.

La Tunisie dispose également de pôles d’expertise importants, dont l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes, ainsi que les autres directions générales du ministère de la Santé.

Des réponses aux disparités régionales face à l’accès aux soins sont-elles envisagées ?

Le Covid ne fait qu’exprimer des inégalités déjà connues. Des efforts pour que des laboratoires publics de dépistage soient autorisés dans des villes de l’intérieur du pays ont été faits. Un travail important a, en outre, été réalisé dans le cadre du dialogue sociétal de santé afin de renforcer le premier niveau de soins permettant à chaque citoyen d’accéder à des services au plus près de son domicile. Les réformes se feront à l’horizon 2030.

Quelles sont les actions concrètes de l’OMS en Tunisie depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19 ?

Nous avons dépensé 6 millions de dollars dans ce cadre et une augmentation de ce budget est en perspective. Jusqu’au 27 juin, nous avons appuyé la prise en charge des patients placés à l’isolement dans des hôtels à Monastir, ce qui a été relativement efficace pour éviter la diffusion du virus.

Nous nous sommes également concentrés sur l’achat d’équipements comme les kits PCR et le matériel de protection ; le renforcement de capacité de l’utilisation de ces équipements de protection et la formation ; mais aussi la mise à niveau de structures hospitalières avec des zones de triage pour éviter les contaminations comme au Kef et à Gafsa. Nous appuyons l’équipement de huit lits à pression négative de l’hôpital Farhat Hached à Sousse, à même de prendre en charge les cas Covid les plus graves.

Nous avons, enfin, contribué à la mise en œuvre d’une circulaire signée par le ministère de la Santé pour assurer la continuité des services essentiels et la prise en charge de patients pour la vaccination, les soins reproductifs ou autres pathologies chroniques. C’est actuellement un défi majeur.

Quelles sont les perspectives d’évolution du virus en Tunisie ?

Des projections ont été réalisées au niveau national ainsi que par différentes structures. Si rien ne change, le système de santé pourrait être saturé très rapidement.

SI DES MESURES FORTES NE SONT PAS PRISES EN MATIÈRE DE PRÉVENTION, LE SYSTÈME DE SANTÉ POURRAIT ÊTRE SATURÉ DANS LES PROCHAINES SEMAINES

Selon the Institute for Health Metrics and Evaluation, financé par la fondation Gates, si des mesures fortes ne sont pas prises en matière de prévention et d’adoption des gestes barrière, une saturation est envisageable dans les prochaines semaines. Mais si le lavage des mains, le port du masque et les distances sont respectées par l’ensemble de la population, on peut casser la courbe de l’épidémie et épargner le système de santé.

Peut-on évaluer les perspectives maghrébines, alors que les contaminations vont crescendo également au Maroc ?

Au Maroc, l’épidémie est plus importante rapportée à la population, tout comme le volume de dépistage. On atteint les 130 000 cas. En Libye, 35 000 cas ont été décomptés ce qui représente également une augmentation considérable pour une population moindre.

Cette zone du monde est à surveiller de près. D’autant plus qu’à l’approche de l’hiver, les gens fréquentent davantage de lieux clos et que ce virus aime bien le froid. La situation est très proche de celle de l’Europe mais avec des systèmes de santé plus fragiles.

Quant à l’Algérie, plus de 50 000 cas ont été détectés et le taux de décès est plus important que dans les autres pays de la région mais je n’ai pas d’informations sur la politique de dépistage et ce pays fait partie pour nous de la zone Afrique. Tandis que la Tunisie s’inscrit dans la zone Méditerranée orientale (EMRO), qui s’étend du Maroc au Pakistan (hors Algérie) en passant par les pays du Golfe.

On connaît des remontées fortes de l’épidémie dans des États au niveau de développement proche de celui de la Tunisie comme le Liban ou la Jordanie. Dans le Golfe, la politique de dépistage est proactive et le nombre de cas est très important.

Le professeur français Didier Raoult affirme qu’une mutation du virus en France proviendrait du Maghreb. Qu’en pensez-vous ? 

Je n’ai pas d’avis sur cette affirmation. On sait que le virus circule et passe d’un pays à l’autre dès qu’on lui en donne l’opportunité. Il est certain que le virus a circulé d’une rive à l’autre de la Méditerranée, et ce dans les deux sens.

Concernant les mutations, un groupe d’experts les étudie au sein de l’OMS mais les données scientifiques ne permettent pas de conclure de manière formelle à une mutation vers un virus plus ou moins transmissible ou plus ou moins sévère qu’auparavant. C’est tout ce qu’on peut en dire à ce stade.

Avec Jeune Afrique par Camille Lafrance

[Chronique] En Tunisie, Kaïs Saïed réinvite la peine de mort à la table des débats

octobre 4, 2020
En Tunisie, l'abolition de la peine de mort fait débat.

Les propos du président tunisien favorables à la peine capitale relancent la controverse. Cède-t-il à l’émotion populaire ou s’agit-il d’un calcul politique ?

« Je ne pense pas que la solution soit (…) de ne pas imposer la peine de mort » : dans cette récente déclaration de Kaïs Saïed, la double négation est le gant de velours et le propos la main de fer. Suite au viol et à l’assassinat de la trentenaire Rahma Lahmar dont le corps a été retrouvé le 25 septembre dernier, le président tunisien s’exprimait, lundi, lors d’un conseil national de sécurité.

Sous son képi de chef d’un État ayant adopté en 1991 un moratoire sur la peine capitale, Saïed déroulait une position conforme à sa réputation de conservateur. Certes, le regard bandé, la justice doit s’émanciper de l’émotion conjoncturelle et donc de la réaction épidermique légitime à un fait divers sordide. Certes, dans son allocution, Kaïs Saïed a enrobé sa saillie de termes prudents comme « articles » légaux, « principes » nationaux ou « légitime défense ».

Instrumentalisation ?

Pour autant, dans ce sanglot « avec les Facebookers » que dénonce l’opposant Mohsen Marzouk, faut-il voir une stratégie d’instrumentalisation à plus long terme ? À l’échelle internationale – dans laquelle ce débat s’inscrit toujours plus ou moins –, il apparaît que le positionnement du président tunisien soit à contre-courant.

Les statistiques du dernier rapport annuel sur la peine de mort d’Amnesty international confirmaient un recours à la peine capitale en diminution depuis le pic de 1634 exécutions recensées dans le monde en 2015.

LA QUESTION DE L’ABOLITION OBÉIT AUSSI PARFOIS À DES IMPÉRATIFS MOINS HUMANISTES QUE STRATÉGIQUES

En Afrique, l’abolition a été votée au Tchad en avril dernier, comme au Burkina Faso l’année précédente. En même temps que N’Djamena, les bourreaux saoudiens se voyaient privés des condamnés mineurs et le Colorado devenait le 22e État américain à abolir la peine de mort…

Kaïs Saïed prend-il ainsi à rebrousse-poil une opinion internationale qui tendrait vers l’abolition ? La question de l’abolition n’a pas toujours été indexée sur l’opinion et obéit aussi parfois à des impératifs moins humanistes que stratégiques.

En abolissant la peine de mort, le Tchad n’aurait fait que s’harmoniser avec le G5-Sahel dont le Burkina Faso, lui, n’aurait renoncé définitivement à la peine capitale que « pour permettre l’extradition de François Compaoré », si l’on en croit les thuriféraires du frère de ce dernier, Blaise Compaoré.

Une question de perception

En France, la question de la peine de mort ne semble pas corrélée avec sa perception par l’opinion. De récents sondages indiquent ainsi qu’une majorité de Français est favorable au rétablissement de la peine de mort. Il ne faudrait pas en tirer de conclusions sans rappeler qu’en 1981, une minorité était favorable à son abolition.

Si le débat actuel entre internautes et politiciens tunisiens révèle une véritable fracture sur le sujet, il est permis de s’interroger sur la part de calcul politique dans la sortie de Kaïs Saïed. Une question qui en invite deux autres : primo, dans cette Tunisie qui approuvait, en 2015, une loi sur la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent élargissant le champ d’application de la peine capitale aux crimes terroristes, quel est le pourcentage des Tunisiens effectivement favorables à la peine capitale ? Secundo, le débat résistera-t-il à l’oubli du fait divers, une fois l’émotion du moment retombée ?

Par  Damien Glez Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

                                                  

Tunisie: polémique autour de l’incarcération de l’ex-opposant Taoufik Ben Brik

juillet 28, 2020

 

Déjà emprisonné sous Ben Ali, Taoufik Ben Brik vient d’être condamné à un an de prison ferme pour «diffamation» des magistrats.

Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik, connu pour s’être opposé au régime de Ben Ali, a été incarcéré en Tunisie pour des appels aux armes en faveur d’un politicien, déclenchant une polémique, dix ans après la révolution. Des poursuites avaient été lancées contre M. Ben Brik durant la campagne électorale de l’automne 2019, après qu’il a protesté à la télévision contre l’incarcération du candidat à la présidentielle Nabil Karoui. Il avait notamment lancé: «dans d’autres pays, on prend les armes et les gens descendent se battre pour ceux qu’ils soutiennent» et critiqué à l’époque les juges l’ayant incarcéré.

Sur la chaîne Nessma appartenant à M. Karoui, Ben Brik avait vivement soutenu cet «ami et frère», un homme d’affaires poursuivi pour blanchiment d’argent et en campagne contre le parti d’inspiration islamiste Ennahdha. M. Karoui avait été placé en détention préventive durant la quasi-totalité de la campagne dans le cadre d’une affaire remontant à plusieurs années, ce qui avait poussé nombre d’observateurs à déplorer une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Après cette émission, la Haica, instance de contrôle de l’audiovisuel tunisien, avait condamné une énième fois la chaîne, qui émet sans licence. M. Ben Brik, condamné pour ces propos à deux ans de prison par contumace en avril, a demandé à être rejugé lorsqu’il s’est rendu en Tunisie en juillet à l’occasion des funérailles de son frère.

À l’issue de ce nouveau procès, il a été condamné la semaine passée à un an de prison ferme pour «diffamation» des magistrats, et incarcéré sur le champ, bien qu’ayant fait appel, ont indiqué ses avocats, déplorant une arrestation «arbitraire». Selon l’Association des magistrats tunisiens, il est également condamné pour «incitation à la violence». La décision rendue par le tribunal n’a pas encore été transmise aux parties.

Harcelé par la police de l’ancien régime

Ses avocats ont dénoncé cette nouvelle incarcération du pamphlétaire, qui avait déjà fait de la prison en 2010 après avoir critiqué le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. «Cette arrestation constitue un très mauvais signal», ont souligné dans un communiqué Me William Bourdon et Me Nabil Akrimi. «Dans une démocratie, si des propos excessifs peuvent être poursuivis (…), ils ne (…) doivent jamais faire l’objet d’une procédure expéditive, ni conduire à un placement en détention», ont ils fait valoir.

«L’histoire retiendra que mon mari a été emprisonné sous Ben Ali, puis de nouveau dix ans après sa chute», a déploré son épouse Azza Zarrad, jointe par l’AFP, soulignant que la prison pourrait lui être fatale en raison des dysfonctionnements de son système immunitaire.

Taoufik Ben Brik, 59 ans, connu pour ses écrits souvent satiriques ou ironiques dénonçant la dictature de Ben Ali, a été censuré en Tunisie et régulièrement harcelé par la police de l’ancien régime.

Par Le Figaro avec AFP